Rubrique ‘Discours rue de Valois’

Présentation des Rencontres pour l'Europe de la culture

29 mars 2005

Mon premier contact avec la presse dans mes fonctions actuelles, il y a presque un an, a été
de présenter ici même, au ministère, un mémorandum pour la coopération culturelle
européenne contenant 16 propositions d'action que le gouvernement français adressait à ses
partenaires de l'Union européenne. Le Président de la République avait pris connaissance
de ce document avec le plus vif intérêt et avait demandé à son gouvernement de soutenir
son effort avec détermination dans ce sens.

J'ai voulu placer mon action à la tête de ce ministère au service d'une ambition européenne.

Ceci correspond à mes convictions et résulte d'une analyse de la situation de la construction
européenne partagée par le Président de la République, comme par le Chancelier fédéral ou
le Président de la Commission européenne : l'Europe a besoin de placer la culture au coeur
de ses priorités et de son action. Parce que la culture est un fondement de l'idée
européenne, parce qu'elle rassemble les Européens dans une même communauté de
valeurs et parce que la culture est un atout dans la concurrence économique internationale,
tant en termes de créations d'emploi (métiers du tourisme, patrimoine, industries culturelles)
d'attractivité (grandes entreprises, touristes, étudiants) que de capacité d'innovation.

Avec l'élargissement, l'Europe a franchi deux étapes historiques : celle de la réconciliation,
franco-allemande notamment, puis celle de la réunification et du retour dans une destinée
commune des pays qui étaient placés dans l'orbite de l'Union soviétique.

Un cycle s'est
accompli. Se pose à présent la question des valeurs qui rassemblent 450 millions
d'Européens qui sont enfin parvenus à la paix et à la démocratie. Je crois pour ma part que
l'Europe politique repose sur une Europe de la culture qui l'a précédé de longtemps. Ce qui
réunit profondément les Européens, ce sont leurs affinités culturelles, ces affinités qui sont
au coeur d'une tension entre "Unité et diversité ", la devise que nous propose la Constitution.

On ne peut aborder le débat sur la Constitution sans cette réflexion fondamentale sur ce qui
nous unit, sur notre héritage culturel, sur ce que nous ressentons de commun mais aussi sur
le rôle que joue la culture pour préserver la diversité de nos identités.

Le projet de Constitution européenne est une avancée pour la culture. Il ouvre de nouveaux
domaines d'action auxquels des pays qui tiennent à la culture, comme la France, doivent se
préparer.

Pour l'essentiel, la Constitution comporte deux nouveautés :

– l'affirmation de la diversité culturelle comme un objectif de l'Union

– le passage à la majorité qualifiée pour les coopération culturelle interne tout en maintenant
l'unanimité pour les négociations commerciales quand elles risquent de porter atteinte à la
diversité culturelle et linguistique.

Dans le domaine culturel, les choses sont claires. Si le non l'emporte, c'est tout ce que la
France a bâti patiemment au fil des années, de l'exception culturelle à la diversité culturelle,
qui sera remis en cause. Je ne vois pas comment après un non de la France, nous pourrons
encore dire à nos partenaires que la Commission européenne ne doit pas offrir l'audiovisuel
et les industries culturelles à la libéralisation des services à l'OMC. En revanche, le oui ouvre
tout car il sera plus facile de progresser à la majorité qualifiée au service de la culture.

Ce sera d'autant plus facile si, comme la France le souhaite, la communauté internationale
adopte une Convention sur la diversité culturelle à l'automne prochain à l'UNESCO, selon les
échéances prévues. Car cette Convention aura un effet en retour dans les affaires
européennes.

Le risque d'uniformisation de la culture n'est pas un mythe. Quelques chiffres :

– 85% des places de salle de cinéma vendues dans le monde concernent des films produits
à Hollywood (chiffres de l'UNESCO 2002).

– la part de marché globale des films européens dans l'Union européenne a baissé de 2002 à
2003 : 25,7% en 2003 contre 27,8% en 2002. Celle des films américains a augmenté : 72,
1% contre 70,1 %.

– 50% des fictions diffusées à la télévision en Europe sont d'origine américaine, cette
proportion atteignant même 67% dans un pays comme l'Italie.

– 70% des enregistrements légaux de musique vendus dans le monde sont produits par deux
grands groupes.

– 9 des 10 écrivains les plus traduits dans le monde sont des écrivains de langue anglaise.

C'est pourquoi, à l'initiative du Président de la République, la France a compté parmi les plus
ardents promoteurs de la Convention sur la diversité culturelle en cours de négociation à
l'UNESCO. Vis-à-vis des négociations à l'OMC, comme des politiques internes de l'UE, ce
projet vise à garantir le droit des Etats à mener des politiques de soutien à l'activité culturelle
au nom de la spécificité des oeuvres d'art et de l'esprit qui ne peuvent être considérées
comme des marchandises ordinaires. La Commission européenne s'est engagée dans cette
négociation avec l'appui de la France. Elle a reçu mandat du Conseil des ministres en
décembre dernier. C'est un exemple clair du rôle que l'Europe peut jouer pour répondre à la
mondialisation.

Il est important de réflêchir avec les professionnels de la culture aux conséquences que nous
pourrons tirer dans les affaires européennes internes des principes acquis à l'UNESCO, sur
le fonctionnement du marché intérieur et de la concurrence. C'est l'objet de la Charte pour
l'Europe de la culture que je me suis engagé à élaborer à Berlin, en novembre dernier, dans
une initiative conjointe avec mes collègues allemand et polonais. Dix-sept ministres de la
culture ont apporté leur soutien au principe d'une telle charte.

C'est dans ce contexte de mobilisation exceptionnelle que le Président de la République m'a
demandé d'organiser à Paris des Rencontres pour l'Europe de la culture qui se tiendront à la
Comédie française les 2 et 3 mai.

Ces Rencontres font suite à la Conférence organisée par les autorités allemandes à Berlin
en novembre dernier sous le titre " Donner une âme à l'Europe ". Cette conférence avait été
inaugurée par le Chancelier Schröder. Le Président de la Commission européenne, M.
Barroso y était intervenu. La déclaration de Berlin qui en a résulté annonce plusieurs
réunions régulières. Celle de Paris, puis celle de Budapest en novembre prochain en font
partie. Ma collègue espagnole est prête à organiser la réunion suivante au printemps 2006.

Il s'agit d'organiser un véritable débat européen, des artistes, des intellectuels, des
responsables de la culture, conduisant, dans la durée, à lancer des initiatives concrètes en
faveur du rayonnement culturel de l'Europe.

Nous attendons environ 500 artistes et intellectuels dont au moins la moitié venus de tous
les autres Etats membres de l'Union européenne, de toutes disciplines et formes
d'expression. Les réponses sont très positives.

Du côté politique, le Président de la République a invité le président du Conseil européen, M.
Jean-Claude Juncker et le président de la Commission européenne, M. Barroso, qui
prendront la parole le 3 mai. Le Président interviendra lors d'une réception à l'Elysée. J'ai
invité l'ensemble des ministres de la culture de l'UE, les membres du collège des
Commissaires concernés (M. Figel, Mme Reding) ainsi que plusieurs parlementaires
européens et nationaux.

L'esprit des rencontres sera de mettre les responsables politiques à l'écoute des artistes et
des intellectuels qui prendront la parole en toute priorité. Ce sera un débat de réflexion mais
aussi un débat en vue de l'action qui se déroulera en quatre temps :

Matinée du lundi 2 mai

" Cette figure spirituelle que nous nommons l'Europe " (Husserl)

Débat des philosophes, des écrivains et des historiens sur le rôle de la culture comme
fondement de l'idée et de l'identité européennes.
Animateur : M. Frédéric Ferney

Après-midi du lundi 2 mai

" La culture ne s'hérite pas, elle se conquiert " (Malraux)

Débat sur les priorités de l'action et sur les initiatives à prendre au sein de l'Union
européenne.
Animateur : M. Patrick de Carolis

Des propositions concrètes seront soumises à débat par les ateliers qui se seront réunis
avec des experts européens de la fin mars à la mi-avril :

• – patrimoine et tourisme culturel, sous la présidence d'Henri Loyrette et de Thomas
Grenon, porte-parole : Marc Fumaroli

• – éditions, langues et traduction : sous la présidence d'Antoine Gallimard, porteparole
Jorge Semprun

• – cinéma : sous la présidence de Margaret Menegoz

• – danse, musique, théâtre : sous la présidence de Gérard Mortier
Sur la base de ces travaux, je souhaite pouvoir lancer des groupes de coopération avec les
Etats membres qui ont décidé de s'impliquer dans ce débat européen en organisant des
conférences sur la politique culturelle européenne : Allemagne, Pologne, Espagne, Hongrie
et d'autres qui nous rejoindront.

Matinée du mardi 3 mai

" Simul et singulis " (devise de la Comédie française)

Débat sur la tension entre la proximité et la diversité des cultures européennes, du point de
vue des artistes et des créateurs à partir de leurs différents métiers et disciplines.
Animateur : M. Guillaume Durand

Après-midi du mardi 3 mai

" Pour une Europe fondée sur sa culture " (appel lancé en juin 2004 par une centaine
d'artistes et de penseurs européens)

Débat des artistes et des intellectuels avec les responsables politiques.
Animateur : M. Amin Maalouf

Ouverture de la matinée par M. Jean-Claude Juncker, Président du Conseil européen,
Premier ministre du Luxembourg

Clôture des travaux par M. José Manuel Barroso, Président de la Commission européenne.

Discours de M. Jacques Chirac, Président de la République française, lors d'une réception
au Palais de l'Elysée.

Je vous remercie.

Remise officielle de La Vestale de Houdon au Musée du Louvre

29 mars 2005

Monsieur le Président du directoire d'AXA,

Madame la Directrice des musées de France,

Monsieur le Président-directeur du musée du Louvre,

Mesdames, Messieurs, Chers amis,

Nous partageons ce soir un moment de grande émotion, un moment fort de la
vie de notre patrimoine. Car l’entrée de La Vestale de Houdon dans les
collections du musée du Louvre, grâce à la mise en oeuvre de la loi du 1er août
2003 et au généreux mécénat d'AXA, est aussi un retour aux origines, dans le
lieu même de sa première exposition publique, lors du Salon de 1787.

Ce chef d'oeuvre de la sculpture française classique retrouve le territoire
national après un exil de près d'un siècle. La Vestale n'a pas été présentée au
grand public depuis plus de cinquante ans. Dès demain, elle pourra être
admirée par les 20.000 visiteurs quotidiens du musée du Louvre.
Le motif de la chaste prêtresse de marbre blanc, chargée d’entretenir le feu
sacré, hommage à l’Antiquité et expression de la maîtrise de son art, hanta
longtemps l’imagination de Houdon. Lorsqu’il la réalisa, celui que Jefferson,
alors ambassadeur à Paris, considérait « comme le premier sculpteur du
monde » était devenu très célèbre, par ses portraits, ses bustes, des plus
grandes figures de son temps, exposés il y a un an à Versailles.

Après la force mystérieuse de la statue Dogon, qui est allée rejoindre les
collections du musée du quai Branly, qui ouvrira ses portes l’an prochain, c’est
la deuxième oeuvre majeure, acquise grâce au mécénat d’Axa, dans le cadre
du dispositif instauré par la loi du 1er août 2003, que j’ai l’honneur d’accueillir.

Ces nouvelles dispositions, qui complètent celles de la loi du 4 janvier 2002
relative aux musées de France, créent en effet des conditions très favorables à
l'entrée dans les collections publiques d'oeuvres reconnues d'intérêt patrimonial
par la commission consultative des trésors nationaux.

Mais ces incitations fiscales resteraient lettre morte s'il n'y avait des entreprises
pionnières pour les faire vivre. Je tiens à exprimer ici toute ma reconnaissance
au Groupe AXA et à son président du directoire Henri de Castries pour ce
nouvel acte de mécénat tout à fait exceptionnel. Je rends hommage à votre
action constante et exemplaire en faveur du patrimoine national et du
rayonnement de l'art. Je ne peux qu'encourager les dirigeants d'entreprises ici
présents à suivre votre exemple. Un exemple porteur de sens.

La culture est en effet à la fois une richesse spirituelle, un enjeu économique
pour l’attractivité de notre pays et un atout déterminant du rayonnement
international de la France. Les entreprises de toutes tailles ont un rôle essentiel
à jouer dans cette dynamique de l’ensemble de la société, comme je l’ai dit il y
a deux semaines aux présidents de chambre de commerce et d’industrie, avec
qui j’ai signé une charte pour le développement du mécénat.

Le statut juridique et fiscal du mécénat en France a beaucoup progressé. J ‘ai
demandé à la "mission mécénat" du ministère de la culture et de la
communication de mieux faire connaître les outils dont nous disposons.

Je tiens enfin à saluer le dynamisme emblématique du Louvre en matière de
mécénat.

Je souhaite que des actions exemplaires telles que celle qui nous réunit ce soir
contribuent à stimuler l'engagement croissant des Français pour leur culture,
leur patrimoine, enrichi au fil des siècles de tout ce qui forme notre identité.

Telles les vestales prenant soin du feu sacré, tel le « sculpteur des Lumières »,
à nous tous d’entretenir cette flamme qui ne cesse de se nourrir des liens entre
l’art et ses mécènes. Des liens qui sont fait autant d’admiration que d’affection
réciproques.

Je vous remercie.

Vanikoro 2005 à l'Hôtel de la marine – conférence de presse

22 mars 2005

Madame le Ministre, Chère Michèle,

Monsieur le Ministre, Cher François,

Monsieur le Chef d’état-major,

Mesdames, Messieurs,

Chers Amis,

Je suis très heureux d’apporter ici le témoignage de l’intérêt de la participation
du ministère de la culture et de la communication à cette expédition, qui est
avant tout une extraordinaire aventure humaine. Michèle Alliot-Marie vient de
rappeler qu’il s’agit avant tout de notre mémoire, de notre histoire, de nos
valeurs. Il s’agit aussi de notre patrimoine et d’abord du patrimoine commun de
l’humanité, de ce monde que La Pérouse, Fleuriot de Langle, et les marins et
les savants qui ont fait ce magnifique voyage, avaient pour mission d’explorer,
dans toutes ses dimensions, conformément aux idéaux universels des
Lumières, des idéaux de connaissance, de paix, d’échange, de commerce, au
sens large où on l’entendait alors, c’est-à-dire du commerce entre les hommes.

Il est significatif que le roi conclua ainsi les instructions – qui formaient au total
un volume de cinq cents pages – qu’il remit à La Pérouse : « Sa Majesté
regarderait comme un des succès les plus heureux de l’expédition qu’elle put
être terminée sans qu’il en eût coûté la vie à un seul homme ».

La volonté humaniste et universaliste qui présida à la conception de ce
voyage, sans doute l’ultime voyage totalement pacifique du XVIIIe siècle, dans
la lignée de ceux de Cook et de Bougainville, fut sans doute présente jusqu’au
bout, jusqu’au mystère de la disparition finale que l’expédition de ce printemps
contribuera, je l’espère, à éclaircir. L’île de Vanikoro et la mer qui l’entoure
gardent encore une grande part de ce secret.

Le potentiel exceptionnel de l’épave du site dit « de la faille » a été mis en
évidence lors de la mission de 2003. Il fallait se résoudre, soit à « geler » le
site archéologique sous-marin en assurant sa protection, soit à programmer
cette ultime campagne de fouille. Notre démarche exemplaire est calquée sur
la pratique archéologique terrestre : ne fouiller que ce qui risque d’être détruit
ou lorsque l’on a les moyens scientifiques, humains et financiers d’être au
meilleur niveau scientifique.

C’est notre cas, et je suis très fier de l’apport des archéologues et des
conservateurs plongeurs du département des recherches archéologiques
subaquatiques et sous-marines (DRASSM) du ministère de la culture à ces
recherches, et au suivi scientifique de ces travaux exceptionnels. Michel
L’Hour et Elisabeth Veyrat vous en diront plus tout à l’heure sur leur travail
fascinant.

Votre odyssée est avant tout une aventure collective. Et c’est avec un
formidable esprit d’équipe, semblable à celui qui inspira les membres de
l’expédition de l’époque, que tous les savants d’aujourd’hui, de toutes les
disciplines, mettent leurs compétences au service de ce magnifique projet, aux
côtés de l’Association Salomon, d’Alain Conan et d’Yves Bourgeois. Un projet à
partager, avec l’ensemble de nos concitoyens et des citoyens du monde
d’aujourd’hui. Oui, la mer rassemble. La passion de la mer n’a d’égale sans
doute que celle de la culture, du patrimoine, de l’histoire. Et en tant que ministre
de la culture et de la communication, je me réjouis, que les compétences des
archéologues, des archivistes, des scientifiques, rencontrent l’engouement du
public et l’intérêt des médias. Je tiens à souligner le formidable engagement du
service public de l’audiovisuel, et en particulier celui du groupe France
Télévisions (France 3, France 5 et RFO), de France Inter et de TV5.
Je forme enfin le voeu que nous partagions le souvenir de La Pérouse et de ses
compagnons, la mémoire et l’esprit de leur oeuvre commune, avec toutes les
populations de la région où ils disparurent. Ainsi leur idéal sera vraiment sauvé
du naufrage.

Je vous remercie.

Présentation du guide de sensibilisation des jeunes internautes aux enjeux de la création artistique

21 mars 2005

Monsieur le Ministre, Cher collègue,

Madame la Présidente,

Monsieur le Directeur Général adjoint,

Mesdames et messieurs,

Permettez-moi d'abord de vous dire le plaisir que j'ai à vous accueillir aujourd'hui ici.

La création culturelle est en train de vivre un tournant majeur, avec le développement des
technologies numériques et de l'internet à haut débit. Cette révolution est évidemment riche
de possibilités quasi infinies, grâce aux nouveaux services en ligne, mais aussi de risques
importants, liés à la contrefaçon numérique. Sans la rémunération à laquelle les créateurs
ont droit, c'est la création elle-même qui est menacée.

C'est un problème complexe, que l'on ne peut réduire à quelques slogans simplificateurs, et
qui crée des tensions parfois lourdes entre les différents protagonistes.

Je me suis donc attaché, depuis près d'un an, à créer, à rétablir et à animer le dialogue
indispensable entre tous les acteurs de cette révolution.

Avec Patrick Devedjian, nous avons réuni les professionnels de la musique et de l'internet,
qui ont signé ensemble une Charte. L'objectif de cette Charte est de définir une coopération
volontaire et responsable, qui traduise un équilibre entre les acteurs, afin de développer une
offre légale en ligne et de lutter contre la contrefaçon.

Avec François Fillon, nous avons également souhaité nous adresser particulièrement aux
jeunes en confiant au Forum des droits sur l'internet, en décembre dernier, la mission de
réaliser un guide de sensibilisation aux enjeux de la création artistique, à l'intention des
jeunes internautes. Nous avons souhaité que ce guide puisse être consensuel et faire à
nouveau l'objet d'un dialogue ouvert et constructif entre toutes les parties prenantes, les
auteurs, les interprètes, les producteurs, les fournisseurs d'accès à internet et bien sûr les
consommateurs, qui ont tous constitué un comité éditorial auprès du Forum.

La sensibilisation des jeunes à la propriété intellectuelle et au respect de la création est en
effet plus que nécessaire, car les nouvelles possibilités offertes par les technologies
apportent une liberté nouvelle, qui s'accompagne d'une responsabilité nouvelle et nécessite
de nouveaux repères.

Je souhaite faire respecter une valeur fondamentale : la valeur du respect de la création, du
travail et du talent qu'elle représente. Cette valeur doit être défendue si l'on veut permettre à
la création de se renouveler, pour maintenir la diversité à laquelle nous sommes tous
attachés.

La propriété intellectuelle est une construction de la civilisation, qui donne à l'artiste la liberté
de créer et de vivre de sa création. Elle est aujourd'hui la pierre angulaire qui fonde
l'économie de la création et lui a permis d'atteindre, dans notre pays, un dynamisme presque
unique au monde et dont nous pouvons être fiers. Elle doit être mieux connue et reconnue
par les jeunes, et ce guide va y contribuer.

Je voudrais donc remercier le Forum des droits sur l'internet et sa présidente, ainsi que
l'ensemble des membres du comité éditorial, pour le travail d'élaboration consensuelle de ce
guide, qui sera distribué dans les collèges et dans les espaces d'accès public à internet.

Enfin, pour célébrer la fête de l'Internet, je vous invite à plonger dans la mémoire du web
avec " Images-mémoire ", une oeuvre de Fred Forest que nous présentons dans le hall du
nouvel immeuble du ministère de la culture et de la communication tout proche, au 182 rue
Saint-Honoré. C'est un bon exemple de passerelle entre le monde l'Internet et celui de l'Art.

Je vous remercie.

Remise des insignes de chevalier dans l'ordre des Arts et des Lettres à Vassili Axionov

17 mars 2005

Cher Vassili Axionov,

Vos livres, aujourd'hui mis en valeur dans les librairies moscovites, ne sont autorisés en
Russie qu'à l'avènement de la perestroïka. Ils sont écrits avec la plume cinglante,
courageuse et ironique du " dissident littéraire ". De celui qui a retrouvé ses parents à
Magadan, dans les goulags de Sibérie, si bien décrits par votre mère, Evguénia Guinsbourg,

dans son inoubliable Ciel de la Kolyma. De celui qui a dû s'exiler aux Etats-Unis, suite à la
découverte par le KGB de son manuscrit La brûlure.

Vous vivez aujourd'hui entre Biarritz et Moscou. Et nous sommes ravis que vous ayez
aujourd'hui un port d'attache sur la côte Atlantique française.

Depuis votre premier roman, Confrères, paru en 1960, et dans la vingtaine d'ouvrages,
romans, nouvelles, pièces, dont vous êtes l'auteur, presque tous traduits en français par Lily
Denis, vous gardez l'indépendance et la liberté de vos débuts. Votre Saga moscovite a
séduit nombre de lecteurs, tant russes que français. Récemment, vous avez obtenu le prix
Booker russe 2004 pour votre roman A la Voltaire, consacré au philosophe des Lumières et
à l'impératrice Catherine II.

Nous avons pu savourer cette oeuvre dans sa traduction française parue cette année chez
Actes Sud. Impossible de dire en quelques mots tout de cet ouvrage étourdissant, fou de
cette passion que beaucoup de russes continuent à porter à la France des Lumières et de
celle que vous portez plus particulièrement à Voltaire, " formidable flagorneur " pour vous
citer. D'une grande érudition et absolument romanesque, les rencontres entre Voltaire et la
Grande Catherine sont le prétexte à une épopée flamboyante, et drôle souvent, où excelle
votre talent de moraliste frondeur.

Ainsi, dans votre vie comme dans votre oeuvre, vous jetez un pont entre nos deux cultures et
nos deux pays.

Cher Vassili Axionov, au nom de la République, nous vous faisons chevalier dans l'ordre des
Arts et des Lettres.

Salon du Livre 2005

17 mars 2005

Mesdames, Messieurs, Chers amis,

C'est pour moi un très grand plaisir de vous recevoir aujourd'hui au ministère de la Culture et
de la Communication, à quelques heures de l'inauguration par le Premier ministre du salon
du livre.

Cette 25e édition sera, tout l'annonce, une très grande réussite.

D'abord, parce que le livre
est en bonne santé. L'édition affiche une belle croissance malgré quelques récentes
turbulences. Elle est l'expression même de la diversité culturelle, avec ses forces et ses
faiblesses. L'édition et la librairie indépendantes jouent un rôle essentiel dans le dynamisme
et le rayonnement de ce secteur clé de la culture.

Le salon promet d'être un exceptionnel moment de fête littéraire. Je suis certain que le public
plébiscitera notre invitée d'honneur, la littérature russe, comme ce fut le cas en novembre
dernier, au moment des Belles Etrangères de Russie. Les écrivains russes, avec leur
gravité, leur allégresse, avec leur foi dans l'écriture, leur histoire traversée de
bouleversements politiques et sociaux extrêmes, avec la liberté dans le coeur et dans le
verbe, ont des mots inouïs à nous dire et à nous lire, qui sont autant d'expériences à
partager, à la mesure des espoirs, des vérités, des passions, des souffrances, des violences,
des contradictions, des dangers, des périls, des gouffres, mais aussi des désirs de vie et de
bonheur d'un très grand pays, d'une immense culture, d'une littérature infinie, à lire et à
aimer.

Un grand hebdomadaire a cru bon de classer les auteurs russes en cinq familles : " avantgardistes,
traditionalistes, réalistes, contestataires, auteurs de Polars ". Je décèle en vous
bien plus de complexité, celle d'un univers entier.

Un univers fascinant que nous avons appris à aimer avec Dostoïevski, Tolstoï, Tchekhov,
Pouchkine ou Gogol, et que nous continuons à découvrir chez les auteurs contemporains,
pour renforcer ces liens très forts entre la Russie et la France, de la littérature et de l'art, que
jamais l'histoire n'a pu briser.

Je tiens à remercier tous ceux qui ont répondu à l'invitation à représenter la Russie au salon
du livre. Je salue bien entendu tous les auteurs présents, et avec eux Andréï Kourkov, grand
écrivain russophone ukrainien.

J'embrasse dans ce salut tous vos éditeurs, en Russie et en France, ainsi que les
traducteurs français qui nous transmettent vos textes avec tant de finesse et de beauté.
Faisons tous ensemble de ce 25e anniversaire du salon du livre un moment exceptionnel de
culture et d'amitié.

J'ai l'honneur aujourd'hui de distinguer six personnalités exceptionnelles du monde littéraire,
animées par la même volonté d'échange et le même goût des mots, des livres et des lettres.

Remise des insignes de chevalier dans l'ordre des Arts et des Lettres à Olga Sedakova

17 mars 2005

Chère Olga Sedakova,

Poète, philologue, enseignante de littérature à l’université de Moscou, docteur honoris causa
de l’université de théologie de Minsk, vous excellez dans tous les domaines que vous
abordez. Vous êtes aussi traductrice, notamment de Dante, Rilke, Claudel, Celan, Pound.

Si vous avez étudié le piano, ce sont les chansons populaires que vous chantait votre grandmère
qui ont déterminé votre devenir de poète, ainsi que vous le racontez dans votre Eloge
de la poésie, traduit par Ghislaine Capogna-Bardet et publié par les éditions de l’Age
d’homme.

Durant de longues années, vous n’avez pas pu être publiée officiellement en Russie, ce qui
ne vous a pas empêchée, grâce aux « Samizdat », de trouver vos lecteurs. Les gens se
rassemblaient pour écouter vos textes dans des appartements privés ou des ateliers
d’artistes. Vos poèmes passaient de mains en mains, recopiés, tapés à la machine par les
lecteurs eux-mêmes. Aujourd’hui, votre oeuvre est traduite dans plus de quinze langues. De
nombreux prix de poésie vous ont été décernés et vous avez été lauréate, en 2003 à
Moscou, du prix Soljenitsyne.

Preuve émouvante de la force si douce et si claire des mots triomphant de tous les carcans.

Olga Sedakova, vous incarnez ici un trait d’union entre la Russie et la France, mais aussi le
lien entre deux belles manifestations : le salon du livre et le printemps des poètes.

Que pour vous, comme pour nous, ce soit une double fête !

Olga Sedakova, au nom de la République, nous vous faisons chevalier dans l’ordre des Arts
et des Lettres.

Remise des insignes de chevalier dans l'ordre des Arts et des Lettres à Irina Prokhorova

17 mars 2005

Chère Irina Prokhorova,

Diplômée de philologie de l'université de Moscou, vous fondez, en 1992, la Nouvelle Revue
Littéraire (Novoïé literatournoïé Obozrenié, NLO), dont vous êtes, depuis, avec énergie et
talent, la rédactrice en chef. Votre publication est actuellement la principale revue de sciences
humaines en Russie. Elle est aujourd'hui associée à une maison d'éditions qui porte également
le nom de " NLO " et publie de nombreux ouvrages français, grâce à ses 17 collections. Vous
offrez au public russe comme une porte grande ouverte sur l'ensemble de la recherche et de la
pensée européennes et occidentales.

Soucieuse de promouvoir l'édition indépendante dans votre pays, vous avez fondé une
association de petits éditeurs et c'est vous qui les conduisez dans les salons internationaux, y
compris ce salon du livre où vous tenez avec eux, cette année, le stand des nouveaux éditeurs
russes. La nouveauté, vous en êtes éprise, et vous savez l'appeler, la créer et en faire partager
le goût sans égal.

En vous, je rends hommage à l'une des figures majeures de l'édition intellectuelle russe. De
cela je tiens à vous remercier sincèrement et chaleureusement. Soyez remerciée, aussi, de tout
ce que fait " NLO " pour s'ouvrir sur l'ensemble du monde contemporain.

Irina Prokhorova, au nom de la République, nous vous faisons chevalier dans l'ordre des Arts
et des Lettres.

Remise des insignes de Chevalier dans l'ordre des Arts et des Lettres à Hélène Henry-Safier

17 mars 2005

Chère Hélène Henry-Safier,

Aujourd’hui enseignante de littérature russe à l’université de Paris IV-Sorbonne, vous oeuvrez
depuis de nombreuses années pour faire connaître en France la poésie russe contemporaine.

Vos écrits et vos traductions dans ce domaine ont joué et continuent de jouer un rôle essentiel.

Vous avez notamment traduit les poètes Boris Pasternak, Joseph Brodsky, Lev Rubinstein,
Elena Schwarz.

Le théâtre et la prose sont également au coeur de vos activités. Je pense, pour le premier, aux
traductions d’écrits de Vakhtangov, d’Alexandre Blok et de Marina Tsvetaïeva et, pour la
seconde, aux romans de Nikolaï Kononov. Vos travaux témoignent d’un constant souci de
rapprocher les cultures russe et française. Je n’en veux pour preuve que vos écrits sur la «
Présence de Mallarmé en Russie aux temps du symbolisme » ou sur « Verlaine, poète russe.
Un étranger si familier. »

Vous êtes, Hélène Henry-Safier, l’une de ces passeuses de texte, et de culture, dont nous
avons tant besoin. En vous, je souhaite rendre hommage à la communauté des traducteurs, et à
leur admirable travail. C’est plus qu’un travail. C’est une mission.

Hélène Henry-Safier, au nom de la République, nous vous faisons chevalier dans l’ordre des
Arts et des Lettres.

Remise des insignes d'Officier dans l'ordre des Arts et des Lettres à Françoise Nyssen

17 mars 2005

Chère Françoise Nyssen,

L’année dernière, le prix Goncourt qui revenait à Laurent Gaudé, pour Le Soleil des Scorta,
aux éditions Actes Sud, confortait et récompensait les 26 ans de politique éditoriale
indépendante et audacieuse de la maison familiale que vous dirigez aujourd’hui. S’il est une
maison ouverte sur les littératures d’ailleurs, c’est bien la vôtre. De cette ruche littéraire
ancrée au coeur de la plaine arlésienne, rayonne une ambition internationale. Ainsi, c’est à
Actes Sud que nous devons la révélation en France de Paul Auster, de Nancy Huston, ou
d’Imre Kertész, prix Nobel de littérature en 2002, mais aussi, pour nous rapprocher encore
de notre invitée d’honneur de cette année, de Nina Berberova.

La célébrité actuelle et justifiée de beaucoup de vos auteurs, ne doit pas faire oublier les tout
premiers moments où, dès la lecture du premier manuscrit, vous osez faire confiance à un
auteur. Votre intuition téméraire tombe amoureuse d’un imaginaire, d’un style que vous
défendez ensuite avec conviction.

Vous avez, chère Françoise Nyssen, un charme très particulier, fait de détermination et de
légèreté, de dynamisme et de discrétion, de gaieté et de rigueur, de grâce et d'autorité.

Vous savez guider vos auteurs, les accompagner de livre en livre avec un respect complice.

Ils sont fiers, aujourd'hui, d'être publiés par Actes Sud. Ils ont désormais, pour reprendre le
titre d'une très belle collection que dirige votre père, et qui est un modèle d'accueil et de
cosmopolitisme littéraire : « un endroit où aller ».

Votre maison d’édition entre aujourd’hui dans une phase de maturité. Avec 4000 titres au
catalogue, un chiffre d’affaires très satisfaisant et la fusion récente avec les éditions du
Rouergue, Actes Sud sait cultiver sa différence, son esprit familial et indépendant. Votre père
veille toujours sur la maison qu’il a fondée et cet esprit est aujourd’hui aussi celui d'un lieu :
Le Méjan, créé par votre époux, Jean-Paul Capitani. Le Méjan, c’est à la fois un lieu de
culture, votre lieu de travail et votre résidence. Il n'y a en effet pas, pour vous, de vraie
séparation entre le travail et la vie, la passion de la littérature et le « reste ». Il est vrai que
pour paraphraser Verlaine, « tout le reste – j’ajouterais aussi – est littérature » !

A Angoulême, en janvier dernier, j'ai pu voir vos premiers albums de BD. Aujourd'hui, le
salon du livre vous donne l’occasion de présenter le travail exemplaire que vous menez pour
traduire et faire découvrir la littérature russe. La diversité culturelle est plus que votre pain
quotidien, elle est votre vocation, votre mission. Merci de nous faire encore partager de
nombreux coups de coeur littéraires.

Chère Françoise Nyssen, au nom de la République, nous vous faisons officier dans l'ordre
des Arts et des Lettres.