Rubrique ‘Discours rue de Valois’

Soirée commémorative pour le Cambodge au Sénat

6 avril 2005

Mesdames, Messieurs,

Je tiens tout d’abord à exprimer les regrets du Ministre de la culture et de la communication,
Renaud Donnedieu de Vabres, qui souhaitait être présent parmi nous ce soir et qui m’a
confié la lecture du message suivant :

Madame la Ministre, chère Catherine Tasca

Mesdames et Messieurs les Sénateurs,

Monsieur le Président d’honneur, cher Rithy Panh

Mesdames, Messieurs,

Chers amis,

Je tiens tout d’abord à rendre hommage à la force et au courage de tous ceux pour qui la
commémoration des trente ans du génocide khmer rouge n’est pas vécue seulement comme
un moment de deuil, mais aussi comme un véritable appel pour aider le Cambodge à
avancer vers un avenir plus serein.

Il est certaines pages noires de l’histoire, certaines images comme celles de ce soir, que l’on
voudrait n’avoir jamais vues pour ne pas être hanté de cauchemars. Pourtant la barbarie
dont elles témoignent a bien eu lieu.

L’oeuvre remarquable de M. Rithy Panh exprime avec une justesse rare, cette réalité sur
laquelle, trente ans après, on peine à mettre des mots. Je salue sa contribution essentielle
au devoir de mémoire.

La sauvegarde de la mémoire est une nécessité tout comme la sauvegarde du patrimoine
culturel. Cette nécessité devient vitale lorsqu’un régime a procédé à l’élimination scrupuleuse
et systématique de toute référence au passé. Un peuple qui ne sait pas d’où il vient, ne peut
savoir où il va.

L’ouverture d’un centre de mémoire audiovisuelle à Phnom Penh, rassemblant photos, films,
documentaires, et enregistrements radio, m’apparaît ainsi comme une priorité, notamment à
l’approche du procès annoncé des anciens dignitaires khmers rouges.

Vous avez tous
ressenti la force des images, pour susciter l’émotion et le souvenir d’abord, la réflexion et le
débat ensuite. Cette force est particulièrement grande dans un pays où l’analphabétisme est
encore assez important.

De plus en plus de pays ont pris conscience de l’enjeu considérable que représente la
numérisation des archives pour la transmission de notre patrimoine aux générations futures.

La France est à la pointe de ces avancées techniques qui peuvent également permettre un
partage et un échange avec les pays du Sud.

Je salue le travail remarquable de l’Institut National de l’Audiovisuel (INA) de mise à
disposition d’archives numérisées sur le Cambodge pour le projet de l’Association d’Aide au
Développement de l’Audiovisuel au Cambodge (AADAC). Je me félicite également de
l’implication qui a suivi de la part du Centre National de la Cinématographie (CNC).

La volonté de l’AADAC d’ouvrir une formation aux métiers de l’audiovisuel parallèlement au
centre de mémoire s’inscrit également avec pertinence dans notre volonté de défendre une
véritable diversité culturelle à travers le monde. J’espère ainsi qu’un échange fructueux
pourra avoir lieu, notamment par l’envoi de formateurs français pour favoriser la production
documentaire cambodgienne.

Votre projet, qui aura des répercussions à long terme sur le système éducatif, le système
judiciaire, la liberté de la presse, le renforcement de la société civile et de la démocratie,
vient nous redonner confiance en l’avenir du Cambodge.

Je souhaite un grand succès à l’AADAC pour cette magnifique entreprise et lui renouvelle
mon soutien et mes encouragements.

Je vous remercie.

Ouverture des Rendez-vous de l'architecture au Palais de la Porte dorée

6 avril 2005

Messieurs les Ministres, Cher Gilles, Cher Marc-Philippe,

Mesdames et Messieurs les Parlementaires,

Mesdames et Messieurs les Elus,

Monsieur le Président,

Mesdames, Messieurs,

Cette 4éme édition des Rendez-vous de l’architecture transforme le Palais de
la Porte dorée en une véritable « ruche culturelle ». Ces Rendez-vous
exceptionnels montrent que l’architecture est avant tout un ensemble de
valeurs. Parce qu’elle répond à deux besoins essentiels des individus et de
l’humanité : être abrité et vivre ensemble. Parce que l’architecture est au coeur
de la ville, au coeur de la vie.

Après la communication sur la qualité architecturale et urbaine que nous
avions faite ensemble lors du Conseil des ministres du 24 novembre dernier,
votre participation, cher Gilles, cher Marc-Philippe, à ces rendez-vous, marque
l'engagement collectif du gouvernement pour le cadre de vie des Français.

Je veux tout d'abord remercier tous ceux et toutes celles qui ont contribué à
faire de ces rendez-vous 2005 un grand succès :

– la Cité de l'architecture et du patrimoine et son président, François de
Mazières, pour le concours et le soutien apporté à l'organisation de l'une des
dernières grandes manifestations qu’il organise ici avant de rejoindre
prochainement le Palais de Chaillot ;

– Michel Clément et l'équipe de la direction de l'architecture et du patrimoine
qui, sous l'impulsion dynamique d'Ann-José Arlot, ont fédéré un nombre
important de partenaires pour donner à ces rendez-vous tout leur
retentissement ;

– les entreprises privées qui ont spontanément apporté leur soutien. En
particulier, je tiens à saluer le Groupe du Moniteur, la société Lafarge dont la
filiale Platec a réalisé la magnifique table de nos débats conçue par l'architecte
Jean-Christophe Quinton, lauréat des « Nouveaux albums » et scénographe
de cette rencontre. Je remercie également l'éditeur de mobilier Vitra, pour les
chaises de cette tribune et, enfin, l'éditeur de logiciels spécialisés Autodesk.

Bien entendu, je ne vous oublie pas – comment le pourrais-je ? – Cher Patrick
Berger, Grand prix national de l’architecture 2004. Vous avez accepté de
présider cette manifestation et, par votre réflexion et votre engagement,
contribué à donner du sens à l’ensemble de ces débats. Je tiens à vous en
remercier particulièrement.

Avec vos confrères lauréats du Grand prix national de l’architecture, vous
incarnez la puissance de conception et de réflexion de l’architecture française,
dont les conseils peuvent et doivent bénéficier à l’ensemble de la profession – je
pense en particulier aux jeunes générations – et à ceux qui ont la charge de
définir la politique de l’architecture. C’est pour vous consulter sur les questions
d’actualité, comme sur les grands sujets liés à l’évolution du cadre de vie des
Français, que j’ai décidé de vous réunir, régulièrement, et de vous consulter, en
créant le conseil national de l’architecture, dont vous avez accepté de faire
partie, et je vous en remercie, aux côtés notamment de Jean-Louis Véret, de
Bernard Tschumi et de Christian de Portzamparc.

L’architecture, la ville, l’architecture dans et pour la ville, sont le reflet, mais
aussi le projet d’une société. Les thèmes de débat de ces rendez-vous
montrent à quel point les enjeux de l’architecture sont des enjeux de société.

Vous savez que je suis élu local, à Tours. J’y ai inauguré la semaine dernière
un centre hospitalier, qui est aussi la plus vaste rénovation hospitalière de
France. Je considère que ma responsabilité est d’inventer l’avenir avec les
architectes et la population. Pour concevoir ensemble une ville qui relève les
défis du développement durable, mais aussi des violences et des fractures
ressenties par nos concitoyens ; une ville qui ne fabrique pas de l’exclusion
mais leur permette de mieux vivre ensemble, de créer de nouveaux liens
nécessaires, pour assurer une meilleure cohésion sociale, tout en dessinant
une véritable esthétique urbaine, dans tous les quartiers de l’agglomération ;
une ville où s’épanouissent chaque jour l’art de vivre, ainsi que la qualité et la
beauté de la vie quotidienne.

Au-delà du caractère emblématique des grands architectes, parmi lesquels je
tiens à saluer tout particulièrement la présence parmi vous de Christian de
Portzamparc et Zaha Hadid, tous deux lauréats du Pritzker Price, l’architecture
concerne tout citoyen, dans sa vie quotidienne. La création architecturale est à
l’oeuvre pour les constructions neuves mais aussi pour revitaliser notre
patrimoine, nos paysages, nos territoires. Par exemple, le geste architectural du
Centre Pompidou à Metz ne doit pas occulter le soucis nécessaire et constant
que nous devons apporter à la qualité de l’habitat quotidien. L’un comme l’autre
mobilise les mêmes compétences.

C’est dire l’importance que j’attache, comme ministre, à ce que l’ensemble des
acteurs de la ville, responsables politiques, parlementaires, élus locaux,
professionnels, citoyens, échangent, dialoguent, débattent, de la représentation
de nos territoires, de l’expression de nos besoins, de la cohérence d’ensemble,
qu’il nous faut donner aux territoires, dans le temps et dans l’espace.

Après Gilles de Robien et Marc-Philippe Daubresse, je tiens à dire à mon tour
que je me battrai pour que les architectes prennent toute leur place, non
seulement pour apporter des réponses, mais aussi pour formuler les questions
que notre société doit se poser en ce début de XXIe siècle. L’ampleur et la
hauteur de vos débats apportent la preuve vivante que nous sommes sur la
bonne voie.

Notre réflexion sur nos responsabilités présentes s’enrichit du colloque sur
l’histoire des Villes nouvelles, laboratoires d'architecture vivante depuis
quarante ans. Ce colloque est le fruit d'une collaboration entre nos ministères,
présidée par Jean-Eudes Roullier. Quant à l’avenir et aux rapports de
l’architecture et du temps, de l’homme et de son environnement, je me réjouis
de revoir ici l'exposition des "Métamorphoses durables" qui a dignement
représenté la France à la biennale de Venise.

Notre communication en conseil des ministres insistait sur la responsabilité des
élus à l'égard de la qualité architecturale, urbaine et paysagère. Nous avions
aussi insisté sur l'importance de la formation, initiale et continue, des
professionnels dont nous avons la charge. C’est un enjeu essentiel au regard
des responsabilités professionnelles de coordination de tous les acteurs de la
maîtrise d’oeuvre.

En qualité de ministre de la culture, je tiens à rappeler ici mon engagement à
l'égard de la réforme de l'enseignement de l'architecture.

Erasmus a marqué un immense progrès des échanges d’étudiants au sein de
l’Union européenne, mais il fallait aller plus loin, pour harmoniser l'organisation
de l'enseignement supérieur.

Pour la France, je me félicite que le Conseil national de l'enseignement
supérieur et de la recherche ait approuvé, le mois dernier, les principes de la
réforme de l'enseignement de l'architecture. Cette réforme, que nous mettons
en oeuvre, est fondée sur la mise en place du LMD : licence, mastère et
doctorat.

Ce n’est pas pour vous confondre. C’est pour permettre à vos talents de
rayonner au-delà de nos propres frontières. Car je tiens à le réaffirmer, ni la
France, ni les Français ne disparaissent dans l’Europe.

La création du doctorat consacre enfin les efforts menés depuis plusieurs
décennies pour la reconnaissance de la discipline architecturale au niveau
universitaire, comme partout ailleurs en Europe. Je me réjouis que l’architecture
contribue à la construction de l'espace européen de l'enseignement supérieur et
de la recherche. Il s’agit tout simplement de notre avenir.

Cette réforme, vous le savez, crée un diplôme d’Etat d’architecte à Bac +5,
valant grade de Mastère. Les titulaires de ce diplôme pourront ensuite suivre
une formation professionnalisante sanctionnée par la délivrance par les écoles,
en association avec les professionnels, d’une capacité à exercer la maîtrise
d’oeuvre. Il est clair que, au-delà de ces formations, il faut être inscrit au tableau
de l’ordre pour exercer les missions de maîtrise d’oeuvre. C’est une garantie
d’autant plus nécessaire, au moment où la judiciarisation et les recours
contentieux ne cessent de croître.

J’ai évoqué tout à l’heure les « Nouveaux albums des jeunes architectes » dont
la prochaine session débutera en novembre prochain. Je vous annonce la
création prochaine des « Nouveaux albums des paysagistes ».

J’ai demandé en effet à la Direction de l’architecture et du patrimoine de mettre
en place un appel à candidatures européen, dès juin prochain, afin de
promouvoir des équipes talentueuses de paysagistes. Parce qu’ils contribuent,
aux côtés des architectes et des urbanistes, à l’amélioration de notre cadre de
vie, je souhaite sensibiliser mieux et davantage les Français à leurs savoir-faire
et à leurs réalisations. Selon les mêmes principes que les « Nouveaux albums
des architectes », les « Nouveaux albums des paysagistes » favoriseront
l’insertion professionnelle de paysagistes de moins de 35 ans et les aideront à
accéder à la commande publique.

Le lancement, ce soir, de la huitième session du concours Europan nous
montre que l’Europe de l’architecture existe depuis longtemps. Enfin, j’insiste
sur la nécessaire cohérence des politiques architecturales à l’échelle de
l’Europe. Tel est l’objet du Forum européen des politiques architecturales, dont
la France avait pris l’initiative, et qui sera réuni sous la présidence
luxembourgeoise en juin prochain.

Il est en effet essentiel que nos débats, que vos propositions, que notre
ambition commune pour l’architecture et pour la ville, soient portés à l’échelle
européenne et je m’y emploierai.

Je vous remercie.

Remise des insignes de Commandeur dans l'ordre des Arts et des Lettres à Derek Walcott

6 avril 2005

Cher Derek Walcott,

Je suis très heureux et très honoré que cette magnifique soirée
d’ouverture de la semaine de la Caraïbe à la Comédie française, me
permette de rendre l’hommage solennel de la France à l’un des plus
grand poètes de notre temps.

Jusqu'au 10 avril les comédiens du théâtre français auront l'honneur
de prêter leurs voix aux écrivains d'Outre-Mer, et nous commençons
ce soir, avec la saveur unique de votre parole libre et forte, à percevoir
les lumières, les lieux, les langues et les désirs dont elle raconte
l’épopée.

Dans Le Chien de Tiepolo, votre dernier poème publié en français,
vous expliquez la sensibilité particulière de Pissarro à la lumière de
nos paysages par cette magnifique intuition esthétique, que « l’île
flambe dans sa tête » .

Vous savez la communauté d'esprit et de coeur qui nous rassemble,
dans le dialogue des cultures, de l’espace et du temps. C’est la communauté de la littérature. C’est la communauté des îles. C'est la
communauté des Antilles.

Antilles anglophones ou francophones, mais toujours avec des mots
anglais dans le français, toujours avec des mots français dans
l'anglais. Et surtout, Antilles créoles, dont vous portez, dans votre vie,
dans votre oeuvre, l’identité, ou plutôt les identités nouées tout au
long de l’histoire. L’histoire tragique. La traductrice de votre dernier
poème publié en français, Une autre vie, évoque votre vision
baudelairienne de l’existence, votre quête d’une identité qui n’est pas
unitaire et qui navigue entre deux langues : « l’anglais paternel du
savoir et le créole maternel de la mémoire ». Vous ajoutez, dans Café
Martinique, entre deux vies : « La vie intérieure, celle de la poésie, et
la vie extérieure, celle de l’action et du dialecte ». La mémoire vivante
et forte est une conquête. Un voyage. Car, comme René Char, votre
héritage n’est précédé d’aucun testament. Et votre oeuvre toute
entière est une invitation au voyage. Non pas à l’exotisme, qui est
l’autre nom du dédain. Mais aux talents multiples, « aux milles
ressources », que tel Ulysse, heureux, vous déployez. Car vous nous
enseignez que les lettres, la mer, comme la vie, comme l’art, sont un
voyage :
« Parmi ces hauts-fonds, je cherche mon nom et l’homme. »
(Origins)

Avec la mer et le vent qui ne séparent pas, mais qui unifient, relient,
mélangent, les Antilles, forment comme un continent à elles seules.

Celui de la langue et du poème, avec pour chaque île ses porte-voix inspirés : vous êtes évidemment celui de Sainte-Lucie, en écho à
Césaire et Chamoiseau pour la Martinique, Naipaul pour Trinidad,
Saint-John Perse pour la Guadeloupe. Saint John-Perse dont vous
écrivez : "Les palmiers de la Guadeloupe connaissent Eloges par
coeur". Ce soir, les colonnes du Louvre et du Palais-Royal connaîtront
Le Rêve de la montagne aux singes par coeur. Permettez-moi de vous
dire, d’une formule dont vous me pardonnerez la rapidité, que vous
êtes le Saint-John Perse de la langue anglaise.

Sainte-Lucie pourrait être l’infiniment petit d’une cité insulaire. Vous
l’ouvrez à l’infiniment grand du monde. Sainte-Lucie, surnommée
l'Hélène des Antilles, à cause de sa beauté et en raison de la rivalité
dont elle fit l'objet entre Anglais et Français. Est-ce ce surnom qui
vous inspira le titre et le thème de votre magnifique recueil, Omeros,
paru en français en 1990, qui est tout simplement l’un des textes
phares de la littérature antillaise ? Omeros, épopée d'un peuple et
d'une terre qui attendaient son aède, et où d'humbles pêcheurs,
nommés Achille, Hector et Philoctète, rejouent et rechantent
l'aventure qui inventa à la fois l'histoire et la poésie. L’aventure du
monde. De notre monde.

Dès votre jeunesse, vous avez connu les arrachements de l’exil. A
Trinidad, où les langues des Antilles viennent encore s'enrichir de
celles du Vénézuéla tout proche, ne vous ont-ils pas inspiré cette
réflexion : "Je ne suis que le huitième de l'écrivain que j'aurais pu
être si j'avais rassemblé en moi tous les langages éclatés de
Trinidad". Puis dans d’autres îles ; et aux Etats-Unis, enfin. Mais vous êtes avant tout, corps et âme, de Sainte-Lucie, où vous avez gardé
un domicile, en plus de celui de New York, et où votre père vous a
donné le goût de la peinture, et votre mère, celui de l’enseignement et
de la poésie. Vous publiez dès l’âge de dix-huit ans. Et vous êtes
aussi naturellement dramaturge, en mêlant les langages et les mythes,
que vous êtes profondément poète. Dès 1960 vous fondez l’atelier
théâtral que vous dirigerez jusqu'en 1988. Votre activité protéiforme et
votre créativité foisonnante donnent naissance à des dizaines de
pièces, des centaines de poèmes, sans pour autant que vous refusiez
votre temps à vos étudiants de l'université de Boston, où vous
enseignez, où vous transmettez, où vous passez la littérature.

En 1992, le Prix Nobel est venu consacrer cette oeuvre, la vôtre ; cette
voix, la vôtre, celle des Antilles. Une voix universelle parce que
singulière, née d'une expérience unique. Expérience à la fois
tellurique, culturelle et linguistique. Une expérience que vous faites
partager à toutes les cultures, toutes les traditions, tous les
continents, toutes les muses, y compris Clio, même si vous nous
montrez, selon votre belle formule, que « le sens de l’histoire écorche
les nerfs des poètes ».

Votre oeuvre métisse les horizons. Elle perpétue l’idéal d’un verbe
éclairé. Elle illumine le crépuscule « comme un rai d’ambre sur une
scène de théâtre ». En créant vos pièces, vous n’avez pas seulement
créé « tout un théâtre », vous n’avez pas seulement chanté ces
« crépuscules qui ressemblent à des aubes ». Vous faites vibrer, de toute sa force, le souffle d’un art authentique. C’est ce souffle, qui
éclaire ce soir la scène de ce théâtre, et l’émotion de notre hommage.

Cher Derek Walcott, au nom de la République française, nous vous
remettons les insignes de Commandeur dans l'Ordre des Arts et des
Lettres.

Remise des insignes de chevalier dans l'ordre des Arts et des Lettres à Erik Truffaz

5 avril 2005

Cher Erik Truffaz,

C’est une heure très inhabituelle pour une cérémonie de remise de décoration, mais tout à
fait propice au monde bleu du jazz, auquel vous apportez la palette de vos couleurs sans
frontières, novatrices et séduisantes. Vous puisez votre inspiration à de multiples sources.

Des sources vives, subtiles et libres, venues du rock, de l’électro, du hip-hop parfois, mais
aussi des grands maîtres du jazz et des musiques orientales. Loin de toutes les étiquettes,
vous faites vibrer un univers nouveau, riche et mouvant, au son et au rythme des volutes
aériennes et ciselées de votre merveilleux instrument.

La musique a toujours eu pour vous la force de l’évidence.

C’est d’abord la fanfare du village de votre enfance, les rêves que vous inspire à 10 ans
Deep Purple, votre improvisation sur Kind of blue, du grand, de l’éternel Miles ; l’étude du
piano, préférée à 16 ans aux études tout court, et votre coup de coeur pour Satie, Debussy et
Ravel que vous appelez aujourd’hui avec tendresse la French touch début de siècle. Dans la
cave où se réunit le groupe que vous intégrez à 16 ans, vous n’hésitez pas à orner votre
trompette d’une pédale wha wha. Depuis, vous n’avez eu de cesse, tout au long de votre
compagnonnage complice et brillant, d’enrichir inlassablement le son de votre instrument.

Pour le plaisir. Pour le bonheur du partage et du voyage. Franco-suisse, vous êtes voué à
jouer à saute-frontières, à déplacer des montagnes, à franchir les océans, à découvrir le
vaste monde. vos tournées vous emmènent très tôt à New York et au Brésil, avec le groupe
Cruzeiro del Sol.

A 30 ans, vous créez votre premier groupe, qui vous permet d’exprimer « votre » jazz. Vous
parcourez le monde, de New York à Tokyo ou Sarajevo, de Lausanne à Montréal, à Eilat ou
à Byblos, avec des haltes dans les plus grands festivals, Montreux, « 38èmes rugissants »,
Vienne où, en 2004, 8000 personnes vous applaudissent lors d’une soirée particulièrement
mémorable ; avec des escales à l’Olympia, et dans ces hauts lieux de l’intimité et de
l’inspiration du jazz que sont les clubs les plus fameux, comme ces trois jours au New
Morning, où vous nous avez enchanté ce soir.

Chaque tournée, chaque voyage, chaque étape, vous inspire. Et vous nous transportez, par
exemple, devant un narguilé à la pomme sous une tente berbère, au Train Bleu de la Gare
de Lyon « à la recherche du temps perdu », devant un temple indien, sous le fog londonien
ou près d’un clocher du pays de Gex.

Ce sont de grandes rencontres, qui sont autant de départs pour de belles aventures
humaines.

Habib Achour, à qui vous donnez, alors jeune musicien fauché, des leçons de piano, et qui
jouera ensuite un rôle important dans votre parcours. André Francis, avec son flair de limier
et son expérience, le premier sans doute à avoir discerné votre esthétique, votre ligne
mélodique. C’est aussi votre extraordinaire complicité avec Pierre Henry, le précurseur, le
magicien des sons, votre maître, qui a composé pour vous. C’est également l’osmose
évidente ce soir avec le grand chanteur tunisien Mounir Troudi, que je suis heureux de
saluer à vos côtés.

Je veux adresser un salut particulier et l’expression de mon admiration aux musiciens qui
forment avec vous le Ladyland Quartet : Manu Codjia à la guitare, Michel Benita à la
contrebasse, Philippe Garcia à la batterie, Mounir Troudi et Nya [Naïa] à la voix.

Ensemble, vous avez signé deux albums majeurs, « Mantis » en 2001 et « Saloua »
aujourd’hui. Les couleurs multiples, la tonalité métissée, orientale, la parfaite maîtrise de
votre art comme l’éclatante complicité du groupe, en font l’un de vos plus beaux succès,
dans la lignée de quelques très grands souvenirs.

Avec votre album « Out of dream », vous êtes, en 1997, le premier groupe français à signer
le label mythique « Blue Note ». Avec « The dawn » vous placez le mouvement des
musiques électroniques au coeur de votre inspiration, ce qui vous vaut une reconnaissance
internationale. En 2003, l’album « The walk of the giant turtle » distille une brûlante
atmosphère musicale, au-dessus de laquelle plane le son de votre trompette.

Et enfin, qui peut oublier la rencontre, le choc du cinéma d’Ozu ? Vous déposez votre
musique, comme une offrande, sur les bouleversantes images du chef-d’oeuvre muet de
1932 « Les gosses de Tokyo ». Pour vous, et pour vos complices du Ladyland Quartet, un
travail de chartreux. Pour le public de la Cité de la Musique, en 2004, une révélation et pour
la Cité, sans doute l’une de ses plus chaudes soirées !

Je suis heureux et fier de rendre hommage à votre talent exceptionnel, à votre rayonnement,
à vos exceptionnelles qualités d’homme et de musicien.

Cher Erik Truffaz, au nom de la République, nous vous faisons chevalier dans l’Ordre des
Arts et des Lettres.

Inauguration du nouveau siège d'Audiens

4 avril 2005

Monsieur le Ministre,

Madame la Sénatrice,

Monsieur le Maire,

Monsieur le Sous-Préfet,

Monsieur le Président,

Monsieur le Directeur Général,

Mesdames, Messieurs,

Je suis très heureux d'inaugurer le nouveau siège social du groupe Audiens, le
groupe de protection sociale de l'audiovisuel, de la communication, de la
presse et du spectacle, ici, à Vanves, dans une rue qui pourrait s'appeler la rue
de l'audiovisuel de la communication, à en juger par les raisons sociales de
vos voisins, au coeur de cet arc de Seine, qui rassemble de très nombreuses
entreprises du secteur.

Votre groupe est jeune, vous l'avez rappelé, Monsieur le Président, puisqu'il
est né il y a un peu plus de deux ans, et s'est constitué depuis par la fusion de
plusieurs groupes, dont vous avez hérité le savoir-faire, la culture d'entreprise
et l'expérience.

Votre métier est très proche du mien, puisqu'en rendant service aux
professionnels de l'audiovisuel, de la communication, de la presse et du
spectacle, vous construisez des liens concrets et humains, entre ces domaines
variés qui relèvent de la culture et de la communication. J'insiste sur ce et, qui
donne tout son sens à ma propre mission mais aussi à la vôtre. J'y reviendrai
dans un instant.

Mais comme je suis également le Ministre de tutelle de l'architecture, je tiens à
féliciter tous ceux qui ont conçu et réalisé ce bel immeuble baigné de lumière,
où vos salariés trouveront des conditions de travail agréables et vos
ressortissants des conditions d'accueil optimales. Je tiens à féliciter, en
particulier, l'architecte Pierre Granger et la société SOPIC, qui ont conçu et
réalisé ce site de haute qualité environnementale, qui vous aidera à
développer et à entretenir des liens de proximité avec vos adhérents. La
qualité de votre cadre de travail et d'accueil est un atout dans l'exercice de vos
missions. Mon ministère vient d'en faire l'expérience : comme vous le savez
sans doute, la plupart de ses services centraux sont regroupés en un même
lieu au 182, rue Saint Honoré, à deux pas de la rue de Valois.

A l'exception des arts plastiques, du livre et du patrimoine, vous vous adressez
aux mêmes personnes, aux mêmes métiers, dans leurs essentielles diversité
et solidarité.

Je le dis avec force, en tant que membre d'un gouvernement qui a mené les
réformes de la retraite et de l'assurance maladie, pour relever les défis liés aux
enjeux de la santé et de ce que l'on appelle le "papy-boom" : la retraite, la
santé, la protection sociale, sont des droits essentiels pour le présent et pour
l'avenir, pour l'ensemble des salariés, comme pour ceux de ce grand secteur de la culture et de la communication. Les artistes et les techniciens du
spectacle vivant, du cinéma et de l'audiovisuel doivent bénéficier des mêmes
droits sociaux et des mêmes protections que l'ensemble des salariés.

Dans vos métiers, qui épousent à la fois le formidable rayonnement, mais aussi
les contraintes très spécifiques de la création, et de la diffusion artistiques et
audiovisuelles, des rythmes particulièrement exigeants de la presse et de la
communication, des métiers où le rapport au temps est absolument
déterminant, et où les ruptures sont parfois nombreuses et inattendues, avec
des parcours parfois un peu chaotiques, l'enjeu de la retraite est
particulièrement important. Nous savons les difficultés qu'éprouvent parfois les
salariés aux carrières beaucoup plus rectilignes pour reconstituer toutes les
étapes de leur trajectoire professionnelle et faire valoir leurs droits. Je sais les
fragilités qui touchent vos métiers, l'extrême complexité à laquelle il vous faut
parfois faire face, pour obtenir un tableau juste et complet de la situation dans
vos professions.

Nous ne sommes plus au temps de La Roue Tourne ou de La Fin du Jour, mais
nous connaissons tous de grands artistes, de grands techniciens, qui après
avoir connu des fins de mois difficiles, puis l'apogée de leur carrière, après
avoir enchanté des millions de spectateurs, ont connu des fins de vie très
difficiles. Le coeur de votre métier et le rôle que vous jouez en matière d'action
sociale vous confrontent quotidiennement à ces difficultés et à la précarité.

Vous suivez l'intégralité des parcours professionnels et des parcours de vie.
Votre expérience et votre connaissance des employeurs et des salariés sont
sans égale. Et elles sont précieuses pour moi. Vous savez, en particulier, là où
sont les abus, les responsabilités, les problèmes. Et je tiens naturellement à
vous associer à la construction forcément collective des solutions que je
m'efforce de mettre en place, depuis un an, avec l'aide de tous. Votre
participation au Conseil national des professions du spectacle témoigne de
l'intérêt que vous portez à l'emploi et à l'activité dans les secteurs du spectacle
vivant, de la musique, du cinéma et de l'audiovisuel. Et je tiens à vous
remercier d'avoir accepté de faire partie du groupe de travail du Comité du
fonds transitoire, présidé par Michel Lagrave, aux côtés des partenaires
sociaux.

Je suis convaincu que vos connaissances, que votre savoir-faire peuvent être
très utiles pour faire progresser la structuration de la profession. Vous
connaissez particulièrement bien les accidents de la vie et les accidents de
carrière des professionnels du spectacle, dont traite le projet de charte sur
l'emploi dans le spectacle que j'ai soumis à la concertation, et que je vous ai
adressé.

Je me réjouis de pouvoir compter sur votre expertise, pour nous aider à
élaborer les dispositifs innovants et expérimentaux, qui permettront de répondre
aux besoins des artistes et techniciens dont la carrière connaît une rupture, un
accident. L'Etat pourra naturellement apporter une contribution, mais aussi les
collectivités locales, dont vous savez combien je m'emploie à les associer au
soutien à l'activité dans le secteur. Et j'aurai à coeur d'instaurer un partenariat
avec vous, sur ces sujets que vous connaissez bien et où Audiens pourrait
jouer le rôle d'opérateur.

Je compte sur vos savoir-faire, sur vos compétences, sur vos propositions.

Vous savez que vous pouvez compter sur moi.

Je vous remercie.

Pose de la première pierre reconstruction du château de Lunéville

2 avril 2005

Monsieur le Ministre, Cher Laurent Hénart,

Monsieur le Président du Conseil régional,

Monsieur le Président du Conseil général,

Monsieur le Maire,

Mesdames et Messieurs les élus,

Monseigneur,

Mesdames, Messieurs,

Nous nous souvenons tous de cette nuit du 3 janvier 2003 où l’incendie qui ravageait le
château de Lunéville parut consumer une part de notre mémoire, une part de notre histoire.

C’était le patrimoine de votre région, mais aussi le patrimoine du pays tout entier, c’était non
seulement la Lorraine, c’était une part de l’histoire de l’Europe qui souffrait d’une atteinte
insupportable.

Ce drame a suscité dans notre pays et dans l’Europe toute entière un mouvement de
mobilisation qui témoigne de notre attachement à ces lieux où s’est forgée notre identité
collective. La chaîne humaine qui s’était formée sous les flammes, pour sauver tout ce qui
pouvait l’être, a abouti à une véritable chaîne de solidarité qui la prolonge encore aujourd’hui.

Cette mobilisation, marquée par une multitude d’initiatives individuelles, empreintes de
beaucoup d’émotion, a été le fait de l’ensemble des collectivités publiques et des diverses
associations que je tiens à remercier au nom du gouvernement et de l’Etat.

L’Etat, avec ses représentants politiques et culturels, avec ses techniciens et ses experts, a
tenu une place éminente dans l’organisation du dispositif de premier sauvetage. C’est une
étape essentielle, un peu méconnue, qui a été franchie dans l’urgence. Ainsi les dispositifs
scientifiques, techniques, méthodologiques les plus sûrs et les plus approfondis en faveur du
château sinistré, pour sauver les décors, les collections, pour relever enfin sur place tous les
témoignages subsistants de ce patrimoine qui fait votre fierté, notre fierté.

Nous connaissons la part essentielle qui a été prise à cette époque par Jean-Jacques
Aillagon, mon prédécesseur, pour organiser cette étape de sauvetage et relayer la
mobilisation dont elle a fait l’objet et je tiens à
Lui rendre l’hommage qui lui revient.

Les plus hautes autorités de l’Etat, derrière le Président de la République, ont lieu de se
réjouir de la cérémonie qui nous rassemble pour poser la première pierre d’une restauration
qui doit être exemplaire : son ambition est de faire revivre le château du roi Stanislas, celui
des ducs de Lorraine, le « Versailles » lorrain, le coeur vivant de l’Europe des Lumières.

L’ampleur du travail qui reste à accomplir ne saurait nous faire oublier les acquis de cette
première phase de sauvetage et d’élaboration du cadre défini pour ce projet de restauration.

Ce cadre a pris la forme de l’étude préliminaire très complète réalisée par l’architecte en chef
des monuments historiques Pierre-Yves Caillault. Les principes les plus rigoureux de
conservation de ce qui a pu être sauvé, l’analyse systématique des documents d’archives,
les méthodes de consolidation et de restitution apportent les meilleures garanties,
solennellement prises en compte par la Commission supérieure des monuments historiques
le 7 février dernier pour la réussite d’un tel projet.

C’est pourquoi je suis heureux de présider aujourd’hui, avec les représentants de toutes les
institutions partenaires de ce vaste chantier, que je tiens à remercier, au lancement des
premiers travaux visibles de reconstruction. Ainsi, le travail préliminaire dont je viens de
rappeler l’importance, ouvre la voie à la reconstruction attendue des façades, des toitures,
des décors, de la silhouette et de tous les éléments d’aménagement architecturaux,
spectaculaires et visibles, qui font la gloire éternelle de Lunéville. Ils reprendront
progressivement leur place et redonneront au château tout son lustre.

Ma présence ici témoigne de l’engagement le plus ferme de l’Etat pour accompagner la
réalisation de ce grand chantier. En concertation avec Michèle Alliot-Marie, Ministre de la
défense, je confirme les principes qui ont été retenus pour le financement et l’engagement
des travaux « de clos et de couvert » – selon la belle expression consacrée – de la partie des
bâtiments appartenant au Ministère de la défense.

De la même façon, j’ai demandé à mes services d’accompagner, selon les principes
d’intervention qui sont les siens, la restauration des parties classées de la propriété du
Conseil général.

Vous savez tous à quel point ce projet de reconstruction est complexe. Plus de 10 000
mètres carrés, soit 60 % de la surface totale du château ont été ruinés. Des éléments
patrimoniaux les plus considérables : chapelle, grand escalier, appartements décorés, ont
subi des dommages considérables qui nécessiteront toute l’expertise des services
spécialisés, et toute la compétence des entreprises patrimoniales, tout le talent de leurs
ouvriers et artisans, pour retrouver leur aspect originel.

L’enjeu d’une telle restauration est évidemment immense. Cette entreprise nécessite avant
toute chose la définition d’un projet cohérent et diversifié de réutilisation des espaces
intérieurs du château. Certains auront pour objet principal, bien entendu, la visite du
monument historique qui devra renaître de ces cendres. D’autres devront faire l’objet d’un
réemploi conforme à leur nature. C’est une oeuvre de longue haleine.

C’est pourquoi Madame Alliot-Marie et moi-même avons souhaité la nomination, au nom de
l’Etat, d’une personnalité susceptible de coordonner l’action des services de l’Etat, pour être
l’interlocuteur permanent des collectivités locales dans l’élaboration de ce grand projet
exaltant, conforme à l’esprit et à la vocation de ce lieu unique.

Le général Louis Lemière, qui est ici présent, contrôleur des armées en mission
extraordinaire, assurera cette importante fonction. Je le remercie du concours qu’il nous
apportera. Il disposera de tous les moyens d’analyse d’expertise de mes services, comme
auprès de l’ensemble des services de l’Etat, pour mener à bien cette lourde tâche. Avec son
concours, vous pourrez, j’en suis certain, Monsieur le Président du Conseil général, finaliser
le programme qui permettra d’articuler un calendrier opérationnel et rassembler encore
davantage, s’il est possible, toutes nos énergies, pour faire revivre le magnifique site
patrimonial de Lunéville, au coeur de la Lorraine, de son histoire et de son avenir, au coeur
de l’Europe.

Je vous remercie.

Clôture de la cérémonie de transfert des cendres d'Agnès Sorel à Loches

2 avril 2005

Monsieur le Ministre, cher Jean-Jacques,

Madame la Députée européenne, chère Marie-Hélène,

Monsieur le Président, cher Marc,

Monsieur le Préfet,

Altesses Royales,

Révérends Pères,

Docteur,

Mesdames et Messieurs,

C’est une cérémonie tout à fait exceptionnelle qui nous réunit aujourd’hui et qui est d’abord
un hommage à la mémoire d’Agnès Sorel. Elle rejoint enfin, conformément à ses dernières
volontés, cette merveilleuse collégiale, cet édifice, dont Viollet-le-Duc disait qu’il est « d’une
étrange et sauvage beauté, unique au monde ». Sans doute a-t-on pu toujours en dire autant
de « la dame de beauté », dont mieux que la beauté, les témoignages du temps ont célébré
le charme, qui ne nous était rendu visible, jusqu’à présent, que par la fameuse image, j’allais
dire l’icône, que nous laissèrent Jean Fouquet, puis François Clouet.

La persévérance de Jean-Yves Couteau, et la science du docteur Charlier, ont permis de
lever aujourd’hui, une part de son mystère. Son visage ne nous est plus inconnu.

Sa beauté, son charme, ont traversé les siècles, mais aussi son influence, puisqu’elle fut,
sans doute, l’une des toutes premières femmes de notre histoire, avec Jeanne, sa
contemporaine, à exercer un rôle politique indéniable et public. Voltaire lui rendit justice en
inscrivant au fronton de son tombeau :
« Je suis Agnès, vive France et Amour ».

Chateaubriand a écrit de cette « reine sans couronne » qu’elle « a été utile au prince et à sa
patrie ». Oui, elle allia le pouvoir et la grâce. Pour nous, elle n’est plus seulement une image,
une icône, une gisante. Elle n’est plus seulement la plus belle femme de son temps. Elle
reprend, en quelque sorte, forme humaine. Mais par-dessus tout, elle fut, comme le dit un
jour André Malraux de Jeanne, « fémininement humaine ». La présence de l’histoire n’efface
pas la légende, ni, bien sûr, nos interrogations. Car les révélations de la science posent de
nouvelles questions, tout aussi passionnantes. Et sans doute l’enquête ne fait-elle, en vérité,
que commencer.

Mais laissons la reposer en paix, où elle l’a choisi. Et réjouissons-nous du sens de cet
extraordinaire événement, qui met en relief les liens forgés au long des siècles par notre
histoire, par notre patrimoine. Car en ce lieu, les pierres nous parlent. Parce qu’elles nous
disent quelque chose de ce que nous sommes, de notre héritage culturel. L’événement qui
nous rassemble montre la force de ces liens vivants, inscrits et transmis dans la mémoire
des habitants de Touraine, à partager avec les visiteurs venus de toute la France, de
l’Europe et du monde. Autour d’une émotion et d’une conviction communes : connaître nos
racines, ce n’est pas seulement répondre à un besoin du passé, à un engouement du
présent, c’est éclairer notre avenir.

Je vous remercie.

Lancement du Projet européen Michaël

1 avril 2005

Madame la Directrice Générale,

Monsieur le Directeur Général,

Mesdames et Messieurs les conseillers culturels,

Mesdames, Messieurs,

Je suis particulièrement heureux d’accueillir ce matin à Paris cette réunion européenne, pour
le lancement du projet Michael, qui réunit la France, le Royaume Uni et l'Italie, aux côtés de
la commission européenne et des représentants des pays européens. Dans notre effort commun
pour faire vivre l’Europe de la culture, je me réjouis de voir débuter cette coopération qui doit
permettre au premier grand portail culturel européen de voir le jour. Ce portail multilingue
donnera accès à l'ensemble des collections numérisées réparties dans les institutions
culturelles européennes. Il apportera ainsi à nos concitoyens une perception concrète et
sensible de l'Europe en train de se construire dans le domaine de la culture.

Le référencement des collections des grandes institutions culturelles, et notamment des
bibliothèques, en France et en Europe, est en effet une première étape pour les rendre plus
largement et plus rapidement accessibles sur internet. En ce sens, le dispositif proposé par le
projet Michael doit être considéré comme un élément fondateur d'une stratégie européenne
volontariste en matière de numérisation de notre patrimoine culturel.

Vous savez que le Président de la République française, particulièrement attentif à ces
questions, m'a chargé de lui soumettre un ensemble de propositions pour créer une véritable
bibliothèque virtuelle européenne, destinées à rendre plus accessibles les collections des
bibliothèques en France et en Europe. Michael s'inscrit dans cette démarche, et réalise la
première étape de cette ambition.

Il contribuera concrètement à la promotion de la diversité culturelle et linguistique, inscrite
parmi les priorités de l'action internationale de la France. Le caractère multilingue de ce
portail témoignera de la diversité linguistique qui caractérise l'Europe.

L'Europe, dans son
projet de traité constitutionnel, place en effet la diversité culturelle et linguistique au coeur des
objectifs de l'Union. Sur le plan international, l'UNESCO est engagée dans la phase finale du
projet de convention pour la protection des expressions artistiques et des contenus culturels.

Nous avons le devoir de proposer au citoyen une information de qualité, fiable et structurée.

Et je suis heureux de voir ici rassemblés quelques-uns des meilleurs experts en matière
d'inventaires numérisés.

Ce projet ne part pas de rien, mais il s’inscrit au contraire dans une évolution, et capitalise
l'expérience acquise au niveau européen et au niveau français en matière de numérisation du
patrimoine culturel.

Ainsi, au plan national, la France s’est engagée depuis 1996 dans un vaste plan de
numérisation de ses collections. Ce programme coordonné concerne l’ensemble des grands
domaines d’intervention du ministère – le patrimoine, l’architecture, les musées, les arts
plastiques, la musique, le livre, l’audiovisuel. Cette politique, à laquelle le ministère de la
culture et de la communication consacre un budget total de 15 millions d’euros par an – dont
10 millions pour l'audiovisuel, a permis de numériser plusieurs millions de documents.

L’actuel catalogue des fonds numérisés, réalisé selon une programmation raisonnée et des
cahiers des charges détaillés et standardisés, préfigure la plate-forme qui va être proposée
dans le projet MICHAEL à une échelle européenne.

Ces mesures ont donné un indéniable élan à la production et à la numérisation des contenus
culturels français, elles ont favorisé la présence des institutions culturelles sur le réseau
internet. Elles ont également conduit à moderniser les outils d’accès au patrimoine national,
elles ont suscité la formation de nombreux agents du ministère et ont contribué à la
sauvegarde de documents fragiles. Grâce au portail « culture.fr », nous donnons aujourd’hui
au grand public un moyen attractif d'accéder facilement aux ressources culturelles en ligne et
aux informations sur les événements. Dans sa nouvelle version, que nous sommes en train de
préparer, ce portail sera encore plus convivial et interactif. A terme, les acquis de Michael y
seront intégrés.

Les possibilités offertes par le numérique sont immenses. J’ai souhaité donner un nouvel élan
à notre politique en faveur de la création numérique, de l'accès à la culture et de la
numérisation du patrimoine. Le programme « chantiers numériques », que j’ai lancé début
septembre lors de la manifestation « Villette numérique », vise ainsi à structurer l'action du
ministère et de ses établissements publics en mettant l'accent sur les besoins de tous les
publics et leur élargissement.

J’ai identifié plusieurs chantiers prioritaires. Le ministère devra cibler ses efforts sur les
documents selon leur intérêt ou leur fragilité et accentuer encore la diffusion de ce patrimoine
numérisé, notamment auprès d’un nouveau public par internet.

En effet, grâce à internet, l’accès aux collections, à notre mémoire commune, ne sera plus
exclusivement réservé à un public de chercheurs et de spécialistes, mais accessible à chacun
de nos concitoyens.

Entendons-nous bien, je ne veux pas opposer cette diffusion élargie au rôle indispensable que
doivent jouer les passeurs et les médiateurs. La richesse de notre patrimoine exige un patient
travail de tri, de reconstitution, de hiérarchisation qui conserve tout son intérêt et reste très
complémentaire d’une large diffusion.

Le programme "chantiers numériques" soutient les efforts des établissements publics dans le
cadre d'une stratégie concertée : c'est notamment le cas de la Bibliothèque Nationale de
France, dont les moyens techniques sont renforcés, et de l’Institut National de l'Audiovisuel.

La numérisation des archives audiovisuelles est en effet une priorité absolue du fait de la
dégradation plus rapide des supports.

Pour accentuer ces efforts, je vous annonce que mon ministère lance aujourd’hui un nouvel
appel à projets pour la numérisation et la diffusion de notre patrimoine, doté de 2,7 millions
d’euros et ouvert à tous les services du patrimoine, des archives, les bibliothèques et musées,
y compris des collectivités locales, et dont les modalités seront précisées sur le site internet du
ministère.

Ces orientations sont complémentaires d’autres actions concernant le numérique au sens
large, tel que le plan de lutte contre la piraterie, que j’ai lancé, notamment pour protéger le
droit d'auteur sur internet, ou tel que le soutien à la création numérique. Je citerai notamment
le réseau de Recherche et d’Innovation en Audiovisuel et Multimédia (Riam), associant les
ministères chargés de l’industrie, de la recherche et de la culture, le DIspositif pour la
CRéation Artistique Multimédia (DICREAM) ou le Fonds d'Aide à l'Édition Multimédia
(FAEM).

Je suis convaincu qu’on ne peut agir dans ces domaines qu’en unissant nos forces à l’échelle
européenne.

Plusieurs projets européens, comme STRABON, le portail du patrimoine euroméditerranéen,
ou MINERVA, le réseau d'échange de bonnes pratiques en matière de numérisation entre pays
européens, ont posé des bases et mon ministère a pris une part active dans ces réalisations.

Je me réjouis que les efforts que vous avez entrepris depuis des années aboutissent
aujourd’hui. L’Europe de la culture se construit ainsi, par des projets concrets, mettant en
commun les talents et l'expertise de chacun. Je compte beaucoup sur la Commission
européenne, dont je tiens à remercier les représentants, pour continuer à nous accompagner
dans cet effort.

Le Président de la République m’a demandé d’organiser au Palais-Royal, à la Comédie
française, les Rencontres de Paris pour l’Europe de la culture, les 2 et 3 mai prochains. A cette
occasion, j’ai tenu à ce qu’un temps spécifique soit consacré aux questions posées par la
numérisation de notre patrimoine culturel, le moment qui nous rassemble aujourd’hui n’est
qu’une étape sur un chemin qui sera long. Mais c’est une étape importante et que je souhaitais
saluer personnellement.

Je vous remercie.

Manifestation de soutien à Florence Aubenas et Hussein Hanoun al-Saadi, Parvis des Droits de l’Homme

30 mars 2005

Monsieur le Président du Sénat, cher Christian Poncelet,

Monsieur le Président de l’Assemblée nationale,

cher Jean-Louis Debré,

Mesdames et Messieurs les Députés,

Mesdames et Messieurs les Sénateurs,

Mesdames, Messieurs,

Chers Amis,

Au nom du Premier ministre et du gouvernement tout entier, réuni en ce
moment même en conseil des ministres, je suis venu ce matin, témoigner
parmi vous, du soutien, de la mobilisation et de l’action du gouvernement, des
services de l’Etat, des institutions de la République, en faveur de la libération
de Florence Aubenas et de Hussein Hanoun al-Saadi, captifs en Irak depuis 84
jours, tout simplement parce qu’ils faisaient leur métier : informer, témoigner,
faire vivre, avec leur regard, leur lucidité, leur talent, la liberté de conscience, la
liberté d’expression, la liberté de la presse, la liberté inscrite dans le marbre de
la déclaration des droits universels de l’homme, dans la pierre de ce parvis,
dans nos esprits et dans nos coeurs, la liberté plus forte que toutes les
violences et toutes les souffrances, notre liberté.

Oui, leur liberté, c’est la nôtre. C’est celle du courage, de l’engagement, du
rassemblement des espoirs et des énergies de chacune et de chacun d’entre
nous, plus forts que l’attente, l’angoisse, le silence, insupportables,
interminables et inacceptables.

Messieurs les Présidents, Mesdames et Messieurs les Députés, Mesdames et
Messieurs les Sénateurs, c’est la nation assemblée que vous représentez ici
ce matin. De toutes les communes, de tous les départements, de toutes les
régions de France, d’outre-mer et de nos compatriotes établis dans le monde
entier, c’est d’une même voix, d’une voix forte, claire, unie et indivisible, que
vous représentez l’ensemble de nos concitoyens pour dire à Florence et
Hussein et à leurs familles que nous sommes à leurs côtés et que nous
poursuivons le même but, en partageant le même espoir et la même confiance
invincibles en leur délivrance, en leur libération. Où qu’ils soient en cet instant,
je suis sûr qu’ils nous entendent, qu’ils nous voient, et qu’ils savent que nous
travaillons sans relâche pour briser leurs chaînes.

Sur les champs sur l’horizon

Sur les ailes des oiseaux

Et sur le moulin des ombres

J’écris ton nom…

Liberté !

Réunion du Conseil national des professions du spectacle

29 mars 2005

Mesdames et Messieurs,

Je suis heureux d’ouvrir aujourd’hui le premier Conseil national des
professions du spectacle de l’année 2005.

C’est pour moi un rendez-vous particulièrement important, puisque, vous le
savez, c’est devant vous et avec vous que, depuis ma prise de fonction, nous
avons jalonné chacune des étapes du long chemin de sortie de la crise que
nous connaissons depuis près de deux ans. Il s’est créé entre nous, au fil des
séances du Conseil national des professions du spectacle, j’ose le dire, malgré
les tensions et les désaccords, un climat de confiance et de dialogue, de liberté
de propos et de respect, dont je voudrais remercier chacun d’entre vous.

Je le dis d’emblée, pour dissiper tout malentendu. Personne, je crois pouvoir le
dire, n’est plus que moi mobilisé pour la construction d’un système pérenne,
personne n’est plus que moi conscient que tout n’est pas réglé ; personne,
autant que moi, ne mesure l’ampleur et la difficulté du chemin qui reste à
parcourir pour y parvenir. J’entends et je perçois toutes les impatiences et les
inquiétudes qui s’expriment, je connais les situations de difficulté, parfois
extrême, que rencontrent certains artistes et techniciens – et qui ne
s’expriment pas toujours.

Je ne veux pas me rassurer à bon compte. Une chose est certaine,
cependant : nous ne sommes plus dans la situation d’il y a un an. Grâce à
vous et avec vous, beaucoup a été fait.

Les effets les plus négatifs du protocole du 26 juin 2003 ont été corrigés par le
fonds provisoire mis en place en 2004, dont les modalités ont été aménagées
et améliorées pour constituer le fonds transitoire en 2005.

Ce dispositif est en place.

Les artistes et les techniciens qui effectuent leurs 507 heures en 12 mois, mais
n’y parviennent pas en 10,5 mois ou en 10 mois sont rétablis dans leurs droits ;
les congés de maladie de plus de trois mois et ceux dont le traitement est
remboursé à 100 % par l’Assurance Maladie, quelle qu’en soit la durée, sont
pris en compte pour le calcul des heures. Sous certaines conditions, le plafond
des heures effectuées au titre de la formation a été porté de 55 à 120 heures
pour les artistes et de 0 à 120 heures pour les techniciens, parce que pour le
Gouvernement auquel j’appartiens, l’éducation artistique est une priorité, et
que nous sommes décidés à mobiliser tous les moyens propres à la favoriser.

Le groupe de travail du Comité du fonds transitoire est en place, sous la
présidence de Michel Lagrave, et il permet d’identifier, de hiérarchiser, de
qualifier les difficultés pratiques que rencontrent les artistes et techniciens dans
leurs contacts avec les ASSEDIC, à propos du fonds transitoire et, parfois, audelà,
et dont j’ai pu me rendre compte lorsque j’ai visité l’agence Vicq d’Azir,
dans le Xème arrondissement de Paris.

Grâce à la qualité des relations que nous avons établies avec les responsables
de l’UNEDIC, je sais que ces difficultés vont trouver, progressivement,
nécessairement, des solutions. Ainsi, pour éviter que Michel Lagrave – que je
voudrais, avec vous, remercier très chaleureusement et très sincèrement pour
la disponibilité et l’écoute attentive qu’il réserve à chacun des artistes et
techniciens, parfois en immense désarroi, qui l’appellent ou lui écrivent – ne soit
complètement submergé par les sollicitations, l’UNEDIC met en place, dans
chaque centre régional de l’ASSEDIC, un accueil spécialisé pour les artistes et
techniciens.

Vous trouverez, dans vos dossiers, tous les éléments et les documents qui
caractérisent le fonds transitoire, y compris le compte-rendu de la réunion du
groupe de travail du Comité du fonds transitoire qui s’est tenue le 21 mars
dernier.

Mais en amont des mesures d’urgence, j’agis sur tous les paramètres à ma
disposition pour le soutien à l’emploi, grâce au soutien du Premier Ministre et
au budget que vote le Parlement. Soyons en fiers.

Permettez-moi de remercier devant vous le Premier Ministre qui, depuis que je
suis ministre, a épargné le ministère de la culture et de la communication de
tout gel, sans parler des mesures complémentaires décidées à l’automne en
soutien à l’audiovisuel public et au patrimoine. L’ensemble de ces mesures
porte l’augmentation du budget du ministère de la culture très sensiblement audelà
de 6 % pour l’année 2005.

Le crédit d’impôt pour le cinéma, son extension à l’audiovisuel, le mécanisme
d’articulation entre les fonds régionaux de soutien à l’emploi entre les régions et
l’Etat, c’est des milliers d’emplois relocalisés en France. Le bilan actuel que
nous faisons du crédit d’impôt pour le cinéma grâce à la relocalisation d’un
certain nombre de semaines de tournage, c’est d’emblée 1 500 emplois pour
l’année 2004. Pour le crédit d’impôt sur l’audiovisuel, on ne peut pas le chiffrer
encore parce qu’il vient d’entrer en vigueur, mais l’estimation que nous pouvons
en faire, c’est la même chose. Relève de cette même démarche l’ensemble des
mesures prises afin de soutenir et de renforcer l’attractivité des tournages sur
notre territoire. Lorsque le Premier ministre a décidé de réaffecter un certain
nombre de crédits supplémentaires pour l’audiovisuel public, c’est du soutien à
l’activité artistique directe qui est orchestré et qui est engendré. Si vous avez
une programmation qui va s’annoncer particulièrement importante et brillante
sur FRANCE 4, si vous avez le redémarrage de “ Taratata ” – je ne suis pas là
pour faire de la publicité pour Pierre, Paul ou Jacques – mais permettez-moi de
vous dire que pour les musiciens et pour les techniciens de notre pays, c’est
sacrément observé. Parce que ça, ce sont des mesures concrètes qui
débouchent sur un certain nombre d’emplois.

Dans le budget 2005 pour le spectacle vivant, 18 millions d’euros sont affectés
exclusivement à la politique d’emploi, c’est-à-dire non pas au soutien à l’activité
artistique – cela, c’est l’ensemble de mon budget qui y contribue -, mais à la
politique d’emploi au sens de la modification d’un certain nombre de contrats de
travail, pour faire en sorte que dans les compagnies, dans les centres
dramatiques nationaux ou dans les centres chorégraphiques nationaux ou dans
d’autres institutions culturelles, il y ait davantage de permanence de l’emploi.

Tout cela a un coût, et ne pourra entrer en pratique que progressivement, mais
le mouvement est clairement impulsé, et je le poursuivrai.

Ces mesures ne sont pas immédiatement populaires, j’en suis conscient.
Certains me disent : « Mais, pourquoi ces mesures à l’emploi ? Il vaudrait mieux
uniquement des mesures de soutien à la création… »

Donc, j’affirme haut et fort la volonté du gouvernement de soutenir par tous les
moyens l’activité et l’emploi des artistes et des techniciens.

Et je souhaite bien évidemment que ce soit une politique partagée entre l’Etat et
les collectivités territoriales ; c’est-à-dire que nous fassions entrer dans nos
critères de financement et dans nos critères de décision des mesures positives
pour l’emploi.

L’Etat, les collectivités territoriales, les entreprises publiques et les entreprises
privées, nous sommes tous d’une manière directe ou indirecte des employeurs
d’intermittents et chacun a à balayer devant sa porte. Ca veut dire que chacun,
d’une certaine manière, par la politique de soutien financier qu’il apporte sans
se soucier parfois des conditions effectives d’emploi, a à progresser.

C’est
évidemment aujourd’hui un objectif particulièrement difficile et délicat parce
qu’on ne peut pas modifier du jour au lendemain, en quelques heures, en
quelques jours ou en quelques semaines les structures d’emploi d’un certain
nombre d’institutions culturelles. Je tiens à la disposition de chacun et
notamment de celles et ceux qui sont enclins à donner des leçons à la terre
entière, alors que chacun a à balayer devant sa porte, la structure d’emploi
institution culturelle par institution culturelle. On s’apercevra que dans un certain
nombre de villes, que dans un certain nombre de lieux, les pratiques d’emploi
ne sont pas acceptables et, donc, qu’on a tous – et ce n’est pas facile à faire –
un certain nombre d’efforts à faire. De ce point de vue, les propos de l’UNEDIC
sont tout à fait recevables, c’est-à-dire que ce n’est pas à l’UNEDIC de financer
l’intégralité de la politique culturelle de la France. Donc, cette évolution
nécessaire des comportements d’emploi, elle est très importante, mais elle ne
se fait pas du jour au lendemain, même si les choses progressent.

Il faut rappeler haut et fort qu’il y a dans un certain nombre de secteurs des
pratiques d’emploi qui doivent changer. Quand les emplois sont permanents
dans la pratique, il faut que le contrat de travail soit, lui aussi, soit un contrat à
durée indéterminée, soit un CDD d’usage avec des durées appropriées à
mettre en oeuvre. Il faut que vous sachiez, par exemple, qu’en ce qui concerne
FRANCE TELEVISIONS, en un an, il y a eu une pérennisation par
transformation de contrat de 7 % du nombre d’intermittents dans les effectifs de
FRANCE TELEVISIONS. Les ratios de ce point de vue-là progressent et sont
une évolution dans le bon sens.

Mais, par ailleurs, il y a un certain nombre de formes d’expression culturelle et
artistique auxquelles nos concitoyens sont particulièrement attachés, qui ne
peuvent pas vivre sans être articulées sur le régime des annexes VIII et X, donc
sur le système de l’intermittence. Je pense bien évidemment à tout ce qui a trait
au court métrage, aux entreprises les plus fragiles ou à la diffusion de la
musique dans certains lieux qui ne sont pas les immenses salles de spectacle
ou les grandes tournées, mais qui sont les petits lieux de diffusion musicale et
qui sont importants pour la vivacité de la diffusion de la musique. Il est évident
qu’il faut adapter les solutions juridiques et les contraintes d’emploi bien sûr aux
différents lieux.

La mobilisation parlementaire, que j’ai souhaitée dès ma prise de fonction,
autour des artistes et des techniciens s’est réalisée au-delà de mes
espérances. Je veux à nouveau exprimer en notre nom à tous, notre profonde
gratitude à Jean-Louis Debré, Président de l’Assemblée nationale, et à
Christian Poncelet, Président du Sénat, qui ont personnellement présidé les
débats d’orientation que le Gouvernement a voulus et qui ont eu lieu le 9
décembre à l’Assemblée nationale et le 1er février au Sénat, aux Présidents de
commissions, à chacun des parlementaires, au-delà de la commission des
affaires culturelles de chacune des deux assemblée. Je sais que les Présidents
Jacques Valade et Jean-Michel Dubernard, ont mobilisé de manière
exceptionnelle les membres de leurs commissions. J’ai pu mesurer, en maintes
occasions, leur soutien attentif. Je veux aussi, une nouvelle fois, saluer le rôle
utile des parlementaires du Comité de suivi, lieu original de réflexion,
d’échanges et de propositions.

Il ne s’agit pas pour moi, en rendant hommage à l’importance et à la qualité de
cette mobilisation parlementaire, de me satisfaire de l’intérêt que la
représentation nationale porte au secteur d’activité dont ce ministère a la
charge. Je le dis gravement : je conçois ma mission comme celle du garant des
équilibres, comme une sorte de « casque bleu » qui vise, inlassablement, avec
ténacité et modestie, à faire valoir, auprès de l’ensemble de nos concitoyens, le
rôle essentiel et éminent de la création, de la production et de la diffusion
artistiques et culturelles, des artistes et des techniciens, des spécificités de
leurs conditions d’emploi qui justifient la définition de droits sociaux spécifiques
eux aussi. C’est de ce décloisonnement, de cette « dé-marginalisation », que la
mobilisation des parlementaires est la manifestation la plus éclatante dans
notre démocratie. C’est pour cela que j’y attache un prix particulier.

Les travaux d’expertise nécessaires ont été conduits, qu’il s’agisse de la
mission conduite par Bernard Latarjet, de la mission de Jacques Charpillon, des
travaux de la commission des affaires culturelles du Sénat, de la mission
d’information parlementaire de la commission des affaires culturelles de
l’Assemblée nationale conduite par Dominique Paillé et dont le rapport a été
établi par Christian Kert, de la mission de Jean-Paul Guillot.

Chacun a apporté sa contribution et son éclairage – et c’est ce qui m’a permis
de présenter devant vous, le 17 décembre dernier, une politique et un
programme de travail pour l’emploi dans le secteur du spectacle vivant, du
cinéma et de l’audiovisuel, dont j’ai compris qu’ils correspondaient à ce que
souhaitait le Conseil national des professions du spectacle.

Cette politique, ce programme de travail sont ma feuille de route, exigeante.

Parce que vous l’avez approuvée, le 17 décembre dernier, elle m’oblige et
m’engage. Mon cabinet, mon administration, mais aussi Jean-Louis Borloo,
Gérard Larcher et Laurent Hénart, tous leurs collaborateurs et tous leurs
services, sont mobilisés pour que la politique définie et le programme de travail
proposés soient scrupuleusement mis en oeuvre.

L’ordre du jour de cette séance du Conseil national des professions du
spectacle en porte témoignage.

J’inviterai dans un instant les représentants des employeurs à présenter l’état
d’avancement de leurs travaux sur la définition du champ des conventions
collectives dans le secteur, première condition pour permettre aux conventions
collectives de jouer leur rôle de structuration, de régulation et d’assainissement
des conditions de travail et, plus largement, des conditions sociales du secteur.

Je veux le redire clairement : ce n’est pas à l’assurance chômage de jouer ce
rôle. Je sais que les employeurs du secteur, ils nous le préciseront, ont
beaucoup travaillé. Je sais que l’exercice est particulièrement difficile. Je sais
qu’ils sont parvenus tout récemment à pouvoir présenter les premiers résultats
de leurs travaux aux représentants des salariés du secteur. Avec le concours
du cabinet et des services du Ministre délégué aux relations du travail, nous
nous sommes efforcés de leur apporter tout l’appui de l’Etat qui leur paraît
nécessaire. Cette première étape conditionne la poursuite des discussions sur
les conventions collectives dans le cours de l’année 2005 et permettra de
nourrir notre séance du Conseil national des professions du spectacle du 27
septembre prochain.

Je demanderai ensuite à Monsieur Alain Auclaire, chargé d’une mission
d’inspection générale de l’administration des affaires culturelles, de présenter
son rapport d’étape sur les liens entre les financements publics et l’emploi, que
je vous ai fait adresser par voie électronique un peu tardivement, je vous prie
de m’en excuser, et qui figure dans votre dossier.

Nous examinerons ensuite, quand ils nous auront rejoints, le rapport de
Messieurs Serge Kancel et Dominique Chavigny, inspecteurs généraux de l’administration des affaires culturelles, sur les licences d’entrepreneurs du
spectacle. Dès qu’il m’est parvenu, ce rapport vous a été adressé par voie
électronique. Un exemplaire papier figure dans votre dossier.

Sur chacun de ces points que j’avais annoncés le 17 décembre, nous pourrons
constater ensemble, l’importance du travail accompli. La valeur d’engagement
collectif du programme d’actions du 17 décembre dernier n’est pas un vain mot.

C’est ce que j’ai voulu traduire dans le projet de protocole d’accord sur l’emploi
dans le spectacle que je vous ai soumis au début de ce mois.

Vidons tout de suite une vaine et ridicule querelle. Certains ont considéré que le
choix du terme « protocole » visait délibérément à entretenir la confusion avec
le désormais célèbre protocole du 26 juin 2003, pour laisser croire qu’il devait le
remplacer ! La nouvelle version qui figure dans votre dossier porte le nom de
« projet de charte » – et j’espère éviter ainsi tout malentendu. Par superstition,
peut-être, mais surtout par respect pour notre dialogue, je n’avais, en effet, pas
encore voulu appeler ce document « les accords de Valois », dont j’avais
annoncé le principe et la démarche le 1er décembre 2004, lors de mon audition
devant la mission d’information parlementaire de la commission des affaires
culturelles de l’Assemblée nationale et que j’ai confirmé le 9 décembre, lors du
débat d’orientation sur le spectacle vivant à l’Assemblée nationale, et, devant
vous, dans mon discours du 17 décembre.

De quoi s’agit-il ? Il s’agit de donner valeur d’engagement à une politique
ambitieuse d’emploi dans le secteur du spectacle. Mener une politique, dans ce
domaine, est complexe ; elle fait intervenir de multiples acteurs, avec des
responsabilités enchevêtrées et tellement diffuses qu’elles ne sont parfois
même pas perçues par ceux qui ont la charge de les exercer. Sans aller très
loin, dans les directions régionales des affaires culturelles ou dans mes propres
services centraux, il peut arriver que les responsables qui ont pour mission de
soutenir financièrement un projet ou une action ne mesurent pas pleinement les
effets de leur financement sur le volume et les conditions d’emploi générées par
le projet ou l’action soutenue. Ils ont apprécié la qualité artistique ou l’intérêt
culturel du projet et considèrent que les conséquences de leur financement, en
terme d’emploi, ne les regardent plus.

J’ai souhaité qu’un document puisse clarifier les responsabilités respectives de
l’Etat, des collectivités territoriales, des partenaires sociaux du secteur, des
confédérations, en matière de soutien à l’emploi dans le spectacle et définir la
place que doit y prendre l’assurance chômage sur laquelle ne peut ni ne doit
reposer la structuration et le financement indus de l’activité.

Je souhaite, en proposant ce document à la signature, que les membres du
Conseil national des professions du spectacle, partenaires sociaux du secteur
et représentants des collectivités territoriales transforment l’approbation qu’ils
ont apportée aux orientations de la politique de l’emploi dans le spectacle que
j’ai présentées le 17 décembre dernier en engagement concret de leur part en
soutien à cette politique.

Alors, c’est vrai, on m’en a fait le reproche, ce projet de charte, ces futurs
« accords de Valois » n’entrent dans aucun cadre institutionnel pré-établi. Mais
il n’existe à ma connaissance aucun cadre qui, jusqu’à présent, ait permis de
conduire en pleine responsabilité de chacun, une politique de l’emploi dans le
spectacle. Il peut s’agir d’une innovation, mais face à des situations complexes,
pour mettre en place des politiques neuves, on peut ne pas craindre les
innovations. Après tout, le Comité de suivi non plus, lorsqu’il réunit des
parlementaires au côté des partenaires sociaux, et même de coordinations, ne
répond pas à des catégories juridiques très bien contrôlées ! Et les innovations
peuvent s’avérer utiles lorsqu’elles offrent un cadre adapté au traitement d’un
sujet.

Il est vrai aussi que ce projet de charte n’a pas d’autre valeur juridique que le
prix que chacun des signataires peut attacher à son engagement public. Les
engagements pris ne sont assortis d’aucune sanction.

Je ne veux, en conséquence, pas m’exagérer l’audace de ce projet ! Mais je ne
veux pas non plus en minorer l’importance et la signification politiques. Les
artistes et les techniciens doivent savoir que tous ceux qui ont une
responsabilité dans la conception, la conduite et la mise en oeuvre effective
d’une politique d’emploi dans le secteur sont prêts à l’exercer et à réserver à
l’assurance chômage tout son rôle, mais seulement son rôle, en articulation et
en cohérence avec cette politique d’emploi.

Et plus les partenaires sociaux du secteur, plus les collectivités territoriales
seront nombreux à s’engager au côté de l’Etat dans cette démarche, plus nous
créerons les conditions favorables à une renégociation des annexes VIII et X
dans le cadre de la solidarité interprofessionnelle.

Mon objectif est en effet que puissent être ouvertes, dans les meilleurs délais,
les discussions nécessaires à la redéfinition des règles d’assurance chômage
des artistes et techniciens. Je souhaite que la définition fine de ces règles
inscrive leur régime dans la solidarité interprofessionnelle, et, dans le même
temps, permette de s’assurer qu’elles correspondent aux particularités et aux
pratiques d’emploi dans le secteur, qu’elles concourent également aux objectifs
d’une politique d’emploi qui vise à développer l’activité, à allonger la durée du
travail déclaré et des contrats, à mieux programmer l’activité des employeurs et
des salariés.

Je souhaite que cette négociation puisse intervenir sous la responsabilité des
partenaires sociaux, dans le cadre de la solidarité interprofessionnelle. Compte
tenu du nombre et de la complexité des sujets techniques à traiter (niveau de
plafonnement, durée d’indemnisation, période de franchise ou de carence,…), il
me paraît indispensable que les travaux puissent démarrer rapidement – et je
ne vois pas ce qui pourrait s’opposer à ce que les discussions débutent dans
les meilleurs délais, c’est-à-dire avant l’été. L’objet même de ma démarche est
de faire précéder la réouverture des discussions d’un accord constaté sur les
objectifs d’une politique de soutien à l’emploi dans le spectacle et sur les
responsabilités qui incombent à chacun.

Il me paraît également souhaitable que les modalités d’association des
partenaires sociaux du secteur soient clairement organisées, afin de s’assurer
de la compatibilité des règles envisagées avec les pratiques d’emploi propres
au spectacle vivant, à la musique, au cinéma ou à l’audiovisuel. J’ai modifié et
complété dans ce sens le titre cinquième du projet de charte que je vous ai
soumis, afin de tenir compte des observations et suggestions qui m’ont été
faites.

Vous noterez que j’ai demandé à Jean-Paul Guillot de bien vouloir assurer une
nouvelle étape de la mission qu’il a conduite afin d’aider les partenaires sociaux
du secteur à préparer, dans les meilleures conditions de structuration et de
professionnalisation nécessaires, la négociation des futures annexes.

Je souhaite, pour terminer, dire un mot du calendrier et prendre devant vous un
engagement.

Le projet de charte qui a été soumis à concertation depuis le début du mois de
mars vous est présenté, dans vos dossiers, dans une version qui tient compte
de toutes les observations et suggestions que les uns et les autres avez bien
voulu m’adresser à l’occasion ou à l’issue de nos réunions bilatérales.

Outre les améliorations de rédaction et de formulation, les principales
modifications par rapport à la version qui avait été diffusée portent sur l’ajout
d’un article au titre premier, visant à fournir aux services déconcentrés de l’Etat
et aux collectivités territoriales les outils nécessaires à l’exercice de leur
responsabilité, et sur le titre cinquième, relatif à l’assurance chômage, qui est
plus nourri que dans la première version.

Le texte n’est pas encore stabilisé et vous pouvez, au cours de la séance
d’aujourd’hui ou, plutôt, dans le courant de la semaine, me faire part de vos
propositions d’amélioration.

Je souhaite, au début de la semaine prochaine, saisir officiellement les
confédérations pour recueillir leur avis sur ce projet et sur cette démarche.

Ainsi, à la mi-avril, chacun sera en mesure de se prononcer sur ce projet, soit,
ce que je souhaite, en y apposant sa signature – et j’espère que vous serez
nombreux à le faire -, soit en s’exprimant publiquement sur le soutien
nécessaire à apporter à l’emploi dans le secteur du spectacle.

Concernant le calendrier de l’assurance chômage pour les artistes et
techniciens, je souhaite que les partenaires sociaux interprofessionnels
puissent offrir toutes les garanties qu’au 1er janvier 2006 au plus tard, les
nouvelles dispositions d’un accord que j’appelle de mes voeux seront
opérationnelles. Avec mes collègues du Gouvernement, nous sommes
disposés, s’ils le souhaitent, à les aider et à faciliter la recherche d’un accord en
ce sens.

Si ce n’était pas le cas, je prends devant vous l’engagement que le
gouvernement utilisera toutes les voies juridiques et politiques qui s’offrent à lui
pour que se manifestent toutes les solidarités nécessaires vis-à-vis des artistes
et techniciens et qu’un nouveau régime d’assurance chômage soit
effectivement en place au 1er janvier 2006.

Je vous remercie, et je vous propose de vous donner la parole, si vous le
souhaitez, avant de passer à l’ordre du jour de notre réunion.