Remise des insignes de chevalier dans l'ordre des Arts et des Lettres à Vassili Axionov
Cher Vassili Axionov,
Vos livres, aujourd'hui mis en valeur dans les librairies moscovites, ne sont autorisés en
Russie qu'à l'avènement de la perestroïka. Ils sont écrits avec la plume cinglante,
courageuse et ironique du " dissident littéraire ". De celui qui a retrouvé ses parents à
Magadan, dans les goulags de Sibérie, si bien décrits par votre mère, Evguénia Guinsbourg,
dans son inoubliable Ciel de la Kolyma. De celui qui a dû s'exiler aux Etats-Unis, suite à la
découverte par le KGB de son manuscrit La brûlure.
Vous vivez aujourd'hui entre Biarritz et Moscou. Et nous sommes ravis que vous ayez
aujourd'hui un port d'attache sur la côte Atlantique française.
Depuis votre premier roman, Confrères, paru en 1960, et dans la vingtaine d'ouvrages,
romans, nouvelles, pièces, dont vous êtes l'auteur, presque tous traduits en français par Lily
Denis, vous gardez l'indépendance et la liberté de vos débuts. Votre Saga moscovite a
séduit nombre de lecteurs, tant russes que français. Récemment, vous avez obtenu le prix
Booker russe 2004 pour votre roman A la Voltaire, consacré au philosophe des Lumières et
à l'impératrice Catherine II.
Nous avons pu savourer cette oeuvre dans sa traduction française parue cette année chez
Actes Sud. Impossible de dire en quelques mots tout de cet ouvrage étourdissant, fou de
cette passion que beaucoup de russes continuent à porter à la France des Lumières et de
celle que vous portez plus particulièrement à Voltaire, " formidable flagorneur " pour vous
citer. D'une grande érudition et absolument romanesque, les rencontres entre Voltaire et la
Grande Catherine sont le prétexte à une épopée flamboyante, et drôle souvent, où excelle
votre talent de moraliste frondeur.
Ainsi, dans votre vie comme dans votre oeuvre, vous jetez un pont entre nos deux cultures et
nos deux pays.
Cher Vassili Axionov, au nom de la République, nous vous faisons chevalier dans l'ordre des
Arts et des Lettres.
