Conférence de presse de lancement de la manifestation Luce di Pietra, en présence de Francesco Rutelli, du Maire de Rome, Walter Veltroni, de Henry-Claude Cousseau, commissaire général de l’événement et de nombreux artistes – Palais Farnèse à Rome

22 mars 2007

Monsieur le Vice-Président du Conseil, Ministre de la culture,

Monsieur l’Ambassadeur de France,

Messieurs les commissaires de l’exposition,

Mesdames, Messieurs,

Chers Amis,

Je suis très heureux de célébrer, à Rome, le cinquantième anniversaire du
Traité, et de lancer l’initiative du Label du patrimoine européen aux côtés
de mon ami Francisco Rutelli, Vice-Président du Conseil et Ministre de la
culture.

Et je tiens tout d’abord à vous remercier, Monsieur l’Ambassadeur, de nous
accueillir dans ce merveilleux Palais Farnèse, pour le lancement de « Luce
di Pietra » dans les hauts lieux du patrimoine de Rome, dont la France est
fière d’avoir la charge et d’assurer le rayonnement, avec des artistes dont
la renommée transcende les frontières.

La manifestation « Luce di Pietra » nous offre une magnifique illustration de
la fécondité et de la richesse des projets issus de la collaboration entre nos
deux pays. EIle est aussi emblématique du lien entre le patrimoine et la
création qui doit animer les politiques culturelles. La création illumine le
patrimoine. Il s’agit de la plus belle des résonances.

Je tiens à remercier chaleureusement les commissaires, Henry-Claude
Cousseau et Marcello Smarelli, qui ont invité parmi les plus grands artistes
français et italiens.

Ce sont quelques-uns des monuments les plus chargés d’art et d’histoire
qui sont revisités par nos artistes, mettant ainsi en exergue la place
nouvelle qu’occupe l’art contemporain dans la ville éternelle.

Je suis particulièrement heureux que certains de ces sites,
exceptionnellement ouverts au public à cette occasion, puissent être
restitués aux Romains le temps de cette exposition, marquant ainsi l’amitié
et la coopération entre nos deux pays, mais aussi la force de l’attachement
des citoyens de toute l’Europe à leur patrimoine.

Demain, je représenterai le Président de la République française au
Palais du Quirinal pour l’inauguration, par le Président de la République
italienne, de l’exposition « 50 ans du Traité de Rome », pour laquelle la
France a tenu à prêter une oeuvre majeure, Le Penseur de Rodin. Ce
cinquantième anniversaire du Traité de Rome revêt pour moi une
signification particulière.

Cinquante ans après la signature du Traité de Rome, nous avons devant
nous une nouvelle étape de la construction européenne, une étape
majeure, dont il appartient à notre génération d’inventer les formes et de
réaliser les solidarités concrètes. Il faut pour l’Europe une ambition
nouvelle. La culture est le vecteur de cette ambition. Elle l’est, car faire
vivre notre patrimoine, l’animer et le faire rayonner renforce l’identité de
chacun et permet d’aller vers l’autre ; car se sentir et enraciné et fier de
cet enracinement, est la meilleure réponse aux replis frileux, aux
communautarismes, à la peur de l’autre. Oui, la diversité et l’identité
sont des forces positives qui animent l’Europe. Elles sont les
déterminants de la confiance, les ressorts de nouveaux projets.

J’ai pu, hier soir, à mon arrivée à la Villa Médicis, dans ce lieu chargé
d’une histoire commune à nos deux pays, insister sur l’importance de la
place à accorder à la culture dans cette Europe que nous construisons
ensemble. La Villa Médicis est emblématique de ce que doivent devenir
les lieux de culture et de patrimoine : des lieux de vie, des lieux de
création. Il faut que chaque lieu de patrimoine s’imprègne de l’esprit de
la Villa Médicis ; soit à sa manière une Villa Médicis.

L’Europe et la culture doivent revenir au centre du débat public.
Le projet qui porte l’idée européenne depuis un demi-siècle souffre sans
doute d’un défaut d’attention à notre héritage culturel, alors même que la
réalité de l’Europe a été culturelle, bien avant d’être économique ou
politique. Si l’Europe a souvent conquis les raisons, elle doit encore
gagner le coeur de nos concitoyens. Or, l’unité et la diversité sont depuis
l’origine les deux fondements de la construction européenne, et ce sont
des fondements dont nous savons aujourd’hui qu’ils sont d’abord
culturels.

Seule une Europe des projets culturels est capable de graver dans les
esprits et les coeurs l’unité de l’Europe.

Je tiens à remercier chaleureusement mon collègue, Francesco Rutelli,
pour le soutien sans faille qu’il a accordé au nouveau label du
patrimoine européen, cette initiative, et je me réjouis que la place du
Capitole, site d’exception, hautement symbolique de l’Europe, reçoive le
label du Patrimoine européen. Cette proposition de l’Italie témoigne
brillamment de sa foi en l’avenir de ce classement, et de sa fierté d’y
figurer.

L’Europe de la culture, c’est aussi la circulation, la découverte et la
connaissance des artistes, des oeuvres et des idées. L’Europe est un
formidable creuset de cultures, d’expressions, de représentations, de
talents. En cette aube du XXIe siècle, qui est celui d’une véritable
révolution des technologies de communication, cette circulation est
facilitée, démultipliée, à l’ère numérique, et c’est une grande chance
pour la valorisation de la diversité culturelle. C’est une chance si les
pays et leurs responsables politiques s’unissent pour impulser cette
dynamique nouvelle.

Dans le cadre de cette ambition nouvelle, je pense en particulier à la
mise en place d’un réseau de librairies européennes, sur le modèle du
réseau de salles de cinéma « Europa cinémas », et dont le fonds de
commerce serait composé d’oeuvres d’autres pays européens, traduites
et en langue originale. Ce réseau pourrait être adossé à un observatoire
européen de la traduction.

C’est par la culture que nous donnerons une âme à l’Europe, c’est par
elle que nous cultiverons la conscience partagée d’appartenir à une
même communauté de destin.

Vive l’Italie ! Vive l’amitié franco-italienne ! Vive l’Europe de la culture !

Je vous remercie.

Clôture du colloque « Dialogues européens » à la Villa Medicis à Rome

22 mars 2007

Monsieur le Directeur de la Villa Médicis, cher Richard Peduzzi,

Mesdames, Messieurs,

Chers Amis,

Je suis très heureux de clore cette journée d’échanges consacrée aux
dialogues européens, que j’ai tenu à organiser pour la célébration des
cinquante ans du Traité de Rome.

Vos réflexions ont été passionnantes, et ont touché, il me semble, au coeur
des nouveaux enjeux auxquels il nous appartient de répondre aujourd’hui,
l’éducation en premier lieu. Cette éducation à l’esprit humaniste qu’a forgé
notre continent au fil des siècles, et que nous devons transmettre à notre
tour. Cette éducation à l’Europe, à sa force, à sa culture, à sa richesse, à
sa diversité, qui est le ferment de notre cohésion de demain.

Cinquante ans après la signature du Traité de Rome, il nous appartient de
faire vivre cet héritage dont nous sommes les dépositaires, de le faire vivre,
mais aussi de le conquérir, pour le transmettre à nouveau à nos
concitoyens. Cet héritage est donc d’abord un projet, qui ne prendra tout
son sens que s’il est fondé sur la culture.

C’est l’Europe des projets concrets que nous devons bâtir, et je suis très
heureux que nombre de ces projets prennent corps aujourd’hui.

Une étude réalisée ce mois-ci par l’Institut Ipsos et le ministère de la
Culture et de la Communication montre que, pour la majorité des
Européens interrogés, l’Europe ne représente pas, pour leur pays, un
risque de perte d’identité propre, mais qu’elle permet, bien au contraire, au
patrimoine de leur pays, de bénéficier de plus de protection et de chances
de rayonnement.

Dans le domaine de la culture, et du patrimoine, l’Europe est donc
comprise, vécue, comme une chance immense, et je crois que c’est là un
terreau fantastique pour nourrir et développer le sentiment d’appartenance
à une identité et un espace culturels communs chez nos concitoyens. Les
citoyens italiens et français sont, avec les Finlandais, les plus convaincus
de cette incidence extrêmement positive de l’Europe sur leur patrimoine.

Je souhaite que le Label du patrimoine européen, que je lancerai tout à
l’heure aux côtés de mon collègue Francisco Rutelli, renforce encore ce
sentiment. En mettant en valeur des lieux essentiels de notre histoire et de
notre culture communes, nous voulons faire comprendre au public le plus
large la substance de l'esprit européen, une sorte d'esprit de famille, dont
les racines plongent au sein même des fiertés nationales, qui sont légitimes
et qu’il convient d’honorer. L’Abbaye de Cluny, où j’ai apposé lundi dernier
la première plaque du Label, la Place du Capitole à Rome, et l’Acropole à
Athènes seront ainsi, pour reprendre la célèbre formule d’André Malraux,
« les jalons successifs et fraternels de l’immense rêve éveillé que poursuit
l’Europe depuis des siècles. »

Et ces siècles de rêve, nous devons mieux les faire connaître, pour mieux
les partager, dans leurs chapitres les plus glorieux, mais aussi dans leurs
pages les plus sombres. Oui, l’Europe fut d’abord une légende et un mythe.

Un rêve et une utopie. Puis elle entra dans l’histoire et devint réalité, force
profonde et projet. Elle a pris corps et chair. Elle partit à la conquête des
mers et des continents. Elle inventa la démocratie. Elle se fit la guerre à
elle-même tout au long des siècles, mais elle proposa plus tard la paix
perpétuelle. Ce destin commun, qui a forgé notre continent, nous nous
proposons aujourd’hui de le raconter dans un Dictionnaire historique de la
civilisation européenne, avec l’aide d’un comité de rédaction européen.

C’est un très beau projet, qui permettra, j’en suis certain, de sensibiliser un
vaste public à notre histoire collective, à notre destin commun.

Les dialogues européens, thème des rencontres d’aujourd’hui, sont des
dialogues que nous devons nouer à tous les niveaux. L’Europe est, depuis
toujours, celle de la circulation, du dialogue et du partage des idées, des
oeuvres et des projets.

Parmi les propositions retenues à l’issue des Rencontres pour l’Europe de
la culture, que j’ai organisées à Paris en mai 2005, il en est une qui me tient
particulièrement à coeur : la création d’un réseau de librairies européennes,
sur le modèle d’Europa Cinéma. Ces librairies s’engageraient à présenter
un fonds significatif d’oeuvres européennes traduites ou en langue originale,
pour mettre davantage en lumière auprès des lecteurs la richesse littéraire
de notre continent.

Je souhaite que l’Italie, grand pays de littérature,
s’associe étroitement à ce projet, véritable invitation à la découverte et au
voyage, ainsi que nous y invite votre grand essayiste Claudio Magris – que
j’ai rencontré en septembre 2006, pour la Journée européenne des langues,
au Centre Pompidou – dans ses passionnantes lectures et relectures des
plus grandes pages de notre littérature européenne.

Oui, l’Europe est une chance immense. Elle n’est plus l’Europe qui menace,
qui effraie, elle est l’Europe qui protège, qui conserve, qui transmet.

Depuis
la prise en compte de la dimension culturelle dans le Traité de Maastricht en
1992, depuis le protocole sur le service public de radiodiffusion annexé au
Traité de Rome par le Traité d’Amsterdam de 1997, l’Union européenne a
su, sans perdre sa mission première qui, dans le secteur culturel, consiste à
promouvoir la libre circulation des oeuvres, permettre le développement des
politiques nationales. Elle participe ainsi pleinement à l’attractivité des
territoires.

Il en va ainsi, pour la France, de la validation en mars 2006, de l’ensemble
du dispositif de soutien à l’industrie cinématographique et audiovisuelle.

Cette décision, essentielle pour la viabilité du dispositif français de soutien
au cinéma et à l’audiovisuel, participe pleinement, comme celle validant le
crédit d’impôt à l’industrie phonographique, de la diversité culturelle
européenne qui doit encourager la multiplication des contenus.

Cette décision fait suite à la validation par la Commission, en avril 2005, du
système français de financement mixte de l’audiovisuel public par la
redevance et la publicité, décision qui confirme l’application du principe de
subsidiarité en matière de financement du secteur public.

Sur ce sujet de l’audiovisuel public, je pense qu’une initiative doit être
prise au niveau communautaire, afin que l’identité et la spécificité de
l’audiovisuel public soient encore mieux reconnues. Quel vecteur serait en
effet meilleur que celui-là pour l’accès du plus grand nombre à la culture ?

Je propose qu’à l’occasion de quelques grands évènements européens, les
journées européennes du patrimoine par exemple, des télévisions publiques
européennes puissent s'unir afin de retransmettre de tels évènements.

Je veux enfin saluer le travail de la Commission et du Parlement européens
sur la renégociation de la directive sur la télévision sans frontières, qui sera
probablement adoptée par le Conseil en mai prochain. L’élargissement de
son champ d’application aux services non linéaires est un élément tout à fait
fondamental pour la diversité culturelle à l’heure où les contenus se
dématérialisent, ce qui constitue d’ailleurs une chance, si elle est régulée,
pour leur diffusion.

Avec cette dématérialisation des contenus, nous sommes entrés dans une
ère où la communication n’a jamais été aussi facile, aussi rapide et,
paradoxalement, où les incompréhensions entre les cultures et les
civilisations n’ont jamais été aussi fortes.

Vous avez abordé cet après-midi la question cruciale du rôle de l’Europe
dans le monde, des valeurs qu’elle porte au-delà de ses frontières, du poids
que peut prendre son message et d’abord celui, universaliste, des droits de
l’homme. Je suis convaincu que, sur ce terrain également, la culture doit
occuper une place de tout premier rang. C’est pourquoi je propose la
création d'un mandat européen pour l'envoi de professionnels de la relance
des institutions culturelles, dans les pays en crise. « Nos soldats sont
ensemble au Liban, nos artistes doivent être ensemble au Liban », comme
l’exprime si bien Francisco Rutelli. Parce que les dialogues européens sont
aussi ceux que nous parviendrons à nouer au-delà des frontières de
l’Europe, pour construire la paix et porter les valeurs qui font de l’Europe un
espace ouvert à l’universel.

Je vous remercie.

Radio Vatican

22 mars 2007

– Nous avons voulu, le Président de la République l’a souhaité personnellement, que cet
anniversaire du traité de Rome soit un moment magnifique de rayonnement culturel.

L’Europe, elle est née, dans son projet politique de la guerre, de la barbarie, qui a ruiné nos
espérances au coeur du XXe siècle. C’est un projet de paix. Aujourd’hui, nous voulons que ce
qui a été fondé sur l’économie, la liberté de circulation des hommes, des matières, des
capitaux, devienne un grand projet culturel. C’est la raison pour laquelle, être à Rome, pour
les 50 ans du traité de Rome, et participer à l’inauguration de cette grande manifestation
culturelle, c’est pour mon pays, non seulement la reconnaissance du passé, mais la volonté
qu’à l’avenir, la culture soit au coeur du projet politique européen. Le Président de la
République a voulu prêter une oeuvre majeure, une oeuvre de la fierté française absolue. Le
Penseur de Rodin, dans le coeur de chaque Français, c’est quelque chose de très important.

Donc, c’est une manifestation joyeuse pour nous. Je suis fier, au nom de tous mes
compatriotes, les Français et les Françaises, de venir avec ce Penseur de Rodin, et de venir
l’offrir, pour cette exposition temporaire, à l’Italie.

– Pour quelle raison la culture est-elle aujourd’hui essentielle dans ce projet européen, ce qui
n’était pas le cas il y a 50 ans ?

– Parce que nous considérons peut-être plus qu’avant, que dans les fureurs du monde, dans
les menaces qui pèsent sur nos épaules, dans les intégrismes, dans les fanatismes, dans les
discriminations, dans les engrenages du terrorisme, les principes du droit, du respect de
l’autre, du respect de l’identité, du respect de la tradition, mais aussi de l’ouverture et de la
diversité sont des valeurs essentielles. La tâche politique de l’Europe, dans cette époque
très particulière, soit dans les quartiers d’une ville, soit dans une école, soit sur la scène
internationale, c’est de promouvoir ces valeurs de respect, de diversité, au moment où la
mondialisation est parfois une chance, parfois une menace, faire en sorte qu’il n’y ait pas de
risque d’uniformité, de marchandisation, de standardisation au niveau international, est une
exigence majeure de nos concitoyens.

Cela participe de la volonté que nos racines soient célébrées. Ce n’est pas un
renfermement. Si l’on veut accueillir l’autre, quel que soit l’autre, couleur de peau, religion,
vie sexuelle, pratique sociale… si l’on veut que l’autre paraisse proche, il faut que chacun
célèbre sa propre identité. C’est là, à mon avis, le défi politique de l’Europe.

– La solidarité politique repose sur les fondements culturels ?

– Oui, bien sûr. Il faut arriver à montrer les proximités. Simul et singulis.

C’est la devise de la
Comédie Française. C’est aussi celle de l’Europe. C’est-à-dire que nous avons des liens,
des proximités, des fraternités, un esprit d’une civilisation, en commun, mais qu’il faut faire
vivre dans sa diversité. Donc, oui, je crois que la dimension culturelle du projet européen est
essentielle. L’un des pères fondateurs de l’Europe, Jean Monnet – je ne sais pas si cette
phrase qu’on lui attribue est de lui ou pas, en tout cas elle est juste politiquement : il est
censé avoir dit : « Si j’avais à recommencer, je recommencerais par la culture ».

Eh bien ! Pour ces 50 ans du Traité de Rome, nous affirmons haut et fort que l’enjeu culturel est
stratégique, majeur, aussi bien par le lien et la fierté qu’il suscite parmi tous les peuples, que
par la dimension du message universel. Je pense au conflit au Proche-Orient. Je pense à la
situation entre Israéliens et Palestiniens. Je pense à la situation au Liban, en Afghanistan, en
Irak, en Iran. Ce message de respect des diversités, de fierté de l’identité, mais, pour qu’elle
ne tombe pas dans l’intégrisme, d’ouverture à l’autre, c’est peut-être là l’universalité du
message européen.

– Les cultures peuvent être un outil pour maintenir, pour soutenir les racines chrétiennes de
l’Europe ?

– Oui. Il ne faut pas avoir peur de son histoire. Parler des racines chrétiennes de l’Europe, ce
n’est pas vouloir aujourd’hui tourner le dos à la diversité religieuse. Dans mon pays, en
France, et dans chacun des pays européens, il y a de nombreux compatriotes qui sont de
religion musulmane. Je ne dirai jamais « d’origine » musulmane. Car la religion n’est pas
pour moi une origine nationale. Cette diversité doit être accueillie, mais soyons fiers de ce
qui constitue notre histoire.

J’ai lancé l’idée du label du patrimoine européen. Je suis heureux et fier que cela soit devenu
une idée de l’ensemble de l’Union européenne et que chaque pays ait à coeur de la faire
vivre. Pour ce qui concerne la France, j’ai choisi, j’ai proposé et cela a été accepté, des lieux
qui sont liés, notamment, à l’Histoire chrétienne : l’abbaye de Cluny, lieu de rayonnement
humaniste, il y a près de dix siècles, et qui a essaimé à travers toute l’Europe. J’ai choisi
aussi la cour d’honneur du Palais des Papes, à Avignon. Cour d’honneur où, chaque année,
au moment du Festival d’Avignon, nous nous ouvrons à toutes les créations, qui font parfois
couler beaucoup d’encre, critiquer, crier, réagir, comme toute création contemporaine de
toute époque. J’ai voulu le faire pour montrer à quel point ces racines, cette histoire, elle
n’est pas étouffante. Il faut la célébrer. C’est un lieu où ont vécu des Papes. Aujourd’hui, il accueille la jeune garde de la création contemporaine, qu’il s’agisse de Jan Fabre,
d’Ostermeyer ou de tout autre talent venant travailler dans notre pays.

Bref, oui, il y a des racines judéo-chrétiennes à l’Europe. Il faut les célébrer pour accueillir la
diversité actuelle.

– En 2008, la France assumera la Présidence de l’Union Européenne, une carte importante à
jouer pour la France, après l’échec de 2005.

– Bien sûr. Parce que j’ai été « électrochoqué », comme beaucoup d’Européens très
convaincus dans notre pays par le résultat du Référendum, qui traduisait le fait que les
Français se disaient : l’Europe nous fait disparaître. Moi, je considère, au contraire, que
l’Europe est garante de la diversité. Mais il faut réconcilier les citoyens, dans chaque pays,
avec le projet politique européen. Cette réconciliation, elle passe par la culture, et aussi, bien
sûr, par l’économie, par l’emploi, par toutes sortes de choses. Mais nous avons des valeurs
à protéger. Ce n’est pas nous refermer sur nous-mêmes que de dire cela. Mais c’est puiser
en nous-mêmes la force de rayonner et d’envisager l’avenir. A un moment où la
mondialisation fait craindre l’uniformité, l’Europe a cette tâche de faire rayonner la diversité.

– Je vous remercie. Vous avez quelque chose à ajouter ?

– Je formule le voeu qu’il y ait d’avantage de grands événements populaires européens. Je
voudrais que pour les prochaines Journées du Patrimoine, en septembre, les télévisions
d’Europe créent un grand événement qui nous fasse passer d’un lieu de culture à un autre,
en découvrant des musiques, des danses, des spectacles, des formes d’expressions
artistiques différentes. Que ce soit une fête de la diversité et un grand événement populaire.

Voilà, c’est un voeu que je formule en ce jour anniversaire.

Visite inaugurale de la Galerie des Gobelins

21 mars 2007

Mesdames, Messieurs,

Chers Amis,

Je suis très heureux de vous retrouver aujourd’hui, pour la visite inaugurale
de la galerie des Gobelins. Notre rencontre d'aujourd'hui marque à la fois
un anniversaire et une étape, dans la longue histoire des Gobelins et du
Mobilier national.

Il y a en effet tout juste quatre cents ans, en 1607, Henri IV établissait une
manufacture de tapisseries, la manufacture dite du Faubourg Saint-Marcel,
dans la « maison des Gobelins », ainsi nommée en souvenir de Jehan
Gobelin, qui, attiré par les eaux de la Bièvre, y avait installé un atelier de
teinture dès 1447.

Et il y a trois cent quarante ans, en 1667, Louis XIV, poursuivant et
approfondissant l'oeuvre de son aïeul, établissait au même endroit, sous la
direction de Charles Le Brun, la « manufacture des meubles de la
Couronne ». C'est à la même période que furent créées les manufactures
de la Savonnerie et de Beauvais, également présentes aujourd'hui sur le
site des Gobelins et rattachées au Mobilier national, lui-même héritier du
Garde-meuble de la couronne réorganisé par Colbert dans les années
1660. Ces manufactures ont donc traversé quatre siècles, et il nous revient
aujourd’hui, à notre tour, de les faire vivre.

L'explication de cette exceptionnelle continuité tient sans nul doute à
l’efficacité et à la solidité du mécénat public institué à travers le système
des manufactures. Grâce à l'impulsion artistique et financière de l'État
commanditaire, les manufactures n'ont eu de cesse d'épouser l'art de leur
temps. Ces conservatoires dépositaires des techniques et savoir-faire
traditionnels sont en effet avant tout des lieux de création, où le talent des
lissiers s'allie à l'inventivité des créateurs, pour produire des oeuvres
authentiquement originales. L'étonnante variété de la production témoigne
de la capacité quasi infinie de l'art du tissage à relever les défis répétés que
lui proposent aujourd'hui, architectes, designers, peintres et photographes.

Si ces chefs-d'oeuvre viennent enrichir les collections du Mobilier national,
leur usage ne saurait se limiter à l'ameublement de l'État ; ce sont des
trésors qu'il importe de partager largement dans le cadre d'une politique
culturelle dynamique.

A cet égard, l’année 2007 marque une étape décisive, avec la réouverture au
public, après trente-cinq ans d'interruption, de la galerie des Gobelins. Ce
superbe bâtiment, construit en 1913 par l'architecte en chef des Monuments
Historiques Formigé et fermé au public depuis 1972, était, il y a encore peu
de temps, un vaste bâtiment de triste apparence échoué sur les bords de
l'avenue des Gobelins. Il aura fallu la ferme intervention de Jacques Toubon,
en 1994, pour qu'un plan de rénovation du site des Gobelins en trois
tranches, permette de reloger dans des locaux rénovés, dans d'autres parties
du site, les métiers à tisser qui occupaient la galerie.

Avec ce départ, devenu effectif en janvier 2004, la renaissance de la galerie
en tant que lieu d'exposition devenait possible.

J’ai aussitôt demandé au service national des travaux de mener rapidement
ce projet à bien ; l'enjeu était de taille, puisqu'il s'agissait de rendre aux
manufactures la visibilité qu'elles méritent, et d'ouvrir à Paris un lieu
d'exposition dédié à la tapisserie, au design et aux métiers d'art, un lieu où les
oeuvres seront présentées, non seulement pour elles-mêmes, mais
également en relation avec les processus de restauration et de création dont
elles font l'objet.

Au carrefour de l'Art et des métiers d'art, de la tradition et de l'innovation, ce
nouvel espace offrira, au fil des expositions successives, une confrontation
stimulante entre créations d'hier et d'aujourd'hui; il témoignera de la vitalité du
Mobilier national et des manufactures qui, au-delà de leur contribution à la
perpétuation de nos savoir-faire et au rayonnement de la scène artistique
nationale, attirent désormais des créateurs de tous les continents.

La première exposition, que nous inaugurerons dans quelques semaines, en
donnera un premier et, je crois, éloquent aperçu avec la présentation des
créations les plus récentes issues des manufactures et de l'Atelier de
recherche et de création du Mobilier national.

L'exposition permettra aussi d'évoquer brillamment les origines de l'institution,
avec la reconstitution spectaculaire, rendue possible par le mécénat de
Natixis, de l'ensemble des quinze pièces de la tenture d'Artémise
commandées par Henri IV en 1607 à la manufacture du Faubourg Saint-
Marcel. La découverte sur le marché des huit pièces qui avaient été distraites
des collections nationales intervient à point nommé, comme un signe du
destin, à l'heure où nous fêtons le quatrième centenaire de l'institution, et où
celle-ci s'apprête à prendre un nouveau départ.

La confrontation inédite qui sera ainsi présentée entre l'art de 1607 et celui de
2007 illustrera de la manière la plus claire la continuité remarquable et
l'efficacité de ce mécénat d'État qui, aujourd'hui comme hier, met en relation
lissiers et créateurs. Un tel exemple suffit à prouver combien il est vain de
vouloir opposer patrimoine et création, art et métiers d'art.

Tel sera l'objet de la programmation, qui se poursuivra à l'automne prochain
avec un hommage rendu à l'un de nos plus grands designers, Pierre Paulin,
dont le rôle a été immense dans l'évolution des décors officiels de la
République depuis quarante ans ; viendra ensuite, au printemps 2008, une
manifestation consacrée aux grands savoir-faire français dans le domaine des métiers d'art. Cette troisième exposition présentera un panorama des
créations des maîtres d'art, aux côtés de pièces majeures des collections
nationales.

Mais revenons à l'instant présent, et au chantier qui s'achève. Je tiens à
saluer la rénovation exemplaire que nous découvrons aujourd'hui, menée
dans des délais records par Monsieur Jacques Moulin, Architecte en chef des
Monuments historiques, et le Service national des travaux, dirigé par Jean-
Marc Boyer. Les travaux, d'un montant de 3 950 000 euros, ont permis de
remettre le bâtiment aux normes actuelles dans le respect de l'architecture
élégante et fonctionnelle de Formigé.

Je tiens également à saluer le splendide projet de commande publique dont
François Rouan nous a donné un aperçu tout à l'heure. Cette oeuvre originale
devrait s'inscrire avec justesse dans l'architecture de Formigé, tout en
célébrant, de manière résolument contemporaine, l'art traditionnel de la
tapisserie.

Cette intervention de François Rouan est un hommage de l'artiste aux gestes
des lissiers avec lesquels il a eu par ailleurs l'occasion de collaborer sur de
magnifiques projets. Quand je vois la liste impressionnante des plasticiens,
architectes, designers, de tous horizons, de Christian de Portzamparc à
Matali Crasset, de Pierre Alechinsky à Jean-Michel Othoniel, qui collaborent
avec nos manufactures, quand j'entends les termes enthousiastes dans
lesquels ils évoquent cette collaboration, quand je vois l'hommage splendide
qu'un François Rouan tient à leur rendre, je n'ai pour ma part aucun doute sur
le potentiel et sur l'avenir de nos manufactures, et, plus généralement, sur le
potentiel des métiers d'art, dès lors qu'ils nouent un dialogue ouvert et fécond
avec les créateurs.

Merci encore, donc, à tous les acteurs de cette belle réussite, serviteurs de
l’État, architectes, entreprises. Afin de faire vivre ce nouveau lieu de culture,
les emplois nécessaires ont été créés au budget 2007 du ministère, et la
Réunion des musées nationaux apportera son efficacité et son expertise à la
gestion de l'accueil, de la billetterie et du comptoir commercial, avec le savoirfaire
qu'on lui connaît. Je vous donne rendez-vous très prochainement pour
découvrir la première exposition de la galerie rénovée, où nous seront
dévoilés les trésors issus de quatre siècles de création ininterrompue sur le
site des Gobelins.

Je vous remercie.

Inauguration du donjon du château de Vincennes restauré

20 mars 2007

Monsieur le Ministre, cher Jean-Philippe Lecat,

Monsieur le Ministre, cher Jacques Douffiagues,

Monsieur le Député, cher Patrick Beaudoin,

Monsieur le Maire,

Monsieur le Chef d’Etat-major des armées,

Monsieur le Secrétaire général,

Madame la Directrice,

Messieurs les Directeurs,

Mesdames, Messieurs,

Chers Amis,

Dans la semaine où nous commémorons le cinquantenaire du Traité de
Rome et où nous créons le Label du patrimoine européen, je suis
particulièrement heureux de vous rencontrer, en ce haut lieu de notre
patrimoine français, dont nous vivons aujourd'hui la renaissance. Voir un tel
monument mis en lumière ce soir, et rouvert au public, dans toute sa
splendeur retrouvée, c'est voir renaître une parcelle de notre histoire
nationale, de notre mémoire collective, de nos racines, celle du Moyen-Âge,
de Saint Louis, de Philippe VI et de Charles V, celle des rois de France qui
s'y sont succédé, mais aussi celle de la Fronde et de Mazarin, et celle des
prisonniers qui furent internés ici, de Sade, de Diderot et de Mirabeau.

Voir
renaître Vincennes, c'est voir revivre tout cela. André Malraux considérait
déjà, à juste titre, Vincennes comme l'un des emblèmes les plus prestigieux
de notre patrimoine, en affirmant : "Les monuments ne se définissent pas par
ce dont ils sont nés. Ils ont subi une immense métamorphose. Vincennes
n'est plus pour nous, comme pour le XIXe siècle, une forteresse féodale" ; il
constitue, parmi les monuments que nous avons reçu des générations
passées, l'un des "jalons successifs et fraternels de l'immense rêve éveillé
que poursuit la France depuis près de mille ans."

"L'âme de ce grand rêve" a pourtant commencé par un simple pavillon de
chasse, en lisière du bois de Vincennes. Il faudra la volonté de Philippe-
Auguste, qui construit un premier manoir, et surtout de Saint Louis, qui
entreprend la construction de la Sainte Chapelle, pour donner à Vincennes
l'ampleur et l'importance d'une résidence royale. Le château est agrandi sous
Charles V et achevé sous Henri II ; la construction du donjon est, quant à
elle, amorcée par Philippe VI, premier des Valois, pour être achevée par
Charles V vers 1370.

Une longue suite de rois et de reines se succèderont à Vincennes, y laissant
les traces successives de leur passage, comme autant de strates d'une
histoire écrite en plusieurs siècles. Le dernier à apporter des modifications
d'importances au monument fut Louis XIV, qui fit construire les pavillons du
Roi, dans lequel nous nous trouvons actuellement, et le pavillon de la Reine.

Mais l'installation de la cour à Versailles signe la fin d'une époque, l'abandon
de Vincennes comme résidence royale. Dès lors, le château va connaître
plusieurs vies : le donjon servait depuis longtemps de prison d'État, il
accueillera désormais les prisonniers de marque, parmi lesquels Fouquet,
puis Diderot, Sade et Mirabeau. Enfin, le château devient propriété du
Ministère de la Guerre, qui y loge une garnison, puis y installe certains de
ses services. De toutes ces époques, de toutes ces vies, Vincennes a gardé
la mémoire ; et c'est là ce qui fait de ce monument un lieu hors norme, un
passionnant et vivant lieu d'histoire autant qu'un lieu d'esprit.

Le château de Vincennes est maintenant affecté pour partie au ministère de
la Culture et au ministère de la Défense, qui y a installé les services
historiques de la direction du patrimoine et de la mémoire des armées.

Sous
l'autorité de la Commission interministérielle pour le château de Vincennes,
présidée par Jean Philippe Lecat, l'amiral de Cotenson et Christophe Vallet,
Président du Centre des monuments nationaux, ce monument devrait
maintenant connaître un avenir plus paisible, tout entier dédié à l'histoire, à
la recherche et à la découverte !

Cette stratification de l'histoire de Vincennes rendait bien délicate la
réorganisation du musée et du parcours de visite : c'est sur l’époque de
Charles V, dit le Sage, fondateur de la première bibliothèque royale, que le
ministère de la Culture et le Centre des Monuments nationaux ont choisi de
mettre l'accent pour la mise en valeur du Donjon de Vincennes. C'est ce
règne, oublié et pourtant central dans l'histoire de la forteresse, à la fois
modeste et raffiné dans ses fastes, ambitieux et clairvoyant sur le plan
intellectuel et politique, que le public est invité à découvrir à Vincennes.

Mais avant d'en arriver aux aménagements, il a fallu consolider durablement
les fondations de ce donjon, réexaminer pierre à pierre les éléments des
façades de la tour et retrouver les traces des éléments de décor des pièces
d’apparat.

Ces travaux très divers et souvent bien complexes ont été mis au service
d'un projet de restauration ambitieux, conçu et conduit par plusieurs
architectes en chef des monuments historiques : Dominique Moufle, d'une
part, qui a réalisé les études préalables sur la structure du bâtiment et
l'origine de ses désordres, et qui a proposé la méthodologie de la
restauration, relayé ensuite par Gabor Mester de Paradj, qui a suivi le projet
et assuré la réalisation des travaux, sous la maîtrise d'ouvrage de l'État.

Je
tiens également à saluer le travail de Jean Chapelot, archéologue chargé
d'une mission spécifique sur Vincennes, dont les recherches, menées
depuis le début de ce projet et tout au long de son déroulement, ont permis
de faire des choix de restauration pertinents et conformes à la réalité de ce
monument si complexe. Les résultats de ses travaux et les découvertes
faites au cours de chantier ont considérablement amélioré l'état de nos
connaissances sur l'histoire et l'architecture de cet ensemble trop méconnu.

Je tiens également à féliciter Monsieur Jean-Philippe Lecat, dont nous nous
souvenons tous que c’est sous son ministère que l’année 1980 fut instituée
« l’Année du patrimoine ». A l’occasion de l’achèvement de la restauration
du donjon et de la Sainte-chapelle du château de Vincennes, il a souhaité
accompagner ce renouveau « par un geste de création», pour inscrire l’art
contemporain au coeur de cinq siècles d’architecture et d’expérience
plastique.

C’est une initiative audacieuse et généreuse, à laquelle le Ministère de la
culture et de la communication peut participer par le biais de la commande
publique nationale, et je suis heureux de confirmer ici que l’alliance future
entre la restauration exemplaire d’un site prestigieux et une ou plusieurs
créations artistiques dignes de ce contexte me semble un pari qu’il faut
absolument encourager et soutenir.

Il appartient désormais au Centre des Monuments nationaux de faire vivre
ce lieu prestigieux, et d'offrir, au coeur de la région parisienne, aux 200 000 visiteurs qui sont attendus annuellement, une rencontre inoubliable avec
cette magnifique page de notre histoire nationale. Je souhaite à tous ceux
qui sont présents ce soir, Vincennois et Parisiens, ainsi qu'à tous les
visiteurs de demain, de redécouvrir avec un oeil neuf ce lieu magnifique,
enfin rendu à sa majesté et sa pureté d'origine.

La restauration de ce haut lieu de notre histoire est l’un des chantiers les
plus importants et les plus spectaculaires menés sur les monuments
historiques de France, grâce aux moyens mis en oeuvre par l’État en faveur
de notre patrimoine, grâce aussi à la mobilisation des élus et de la ville de
Vincennes, et je tiens à saluer particulièrement la continuité de l’action
menée, tant au niveau local qu’au Parlement, où Patrick Beaudoin
notamment intervient activement lors de la discussion du budget de la
Culture, et je l’en remercie, depuis que Jean Clouet, Sénateur-Maire de
Vincennes de 1965 à 1996, a tenu à appuyer le potentiel de développement
de votre ville sur le rayonnement culturel du château. Je sais aussi le rôle
joué par la dynamique société des Amis de Vincennes et sa mobilisation en
faveur de la Tour du Village.

Je tiens enfin à rendre hommage à l’action constante et exemplaire
d’animation de ce monument historique exceptionnel menée par
l’association pour le rayonnement du château de Vincennes, présidée par
François Léotard.

Je vous remercie.

Installation avec Azoug Begag, ministre délégué à la promotion de l'égalité des chances, de la commission Images de la diversité, présidée par Alexandre Michelin – Ministère de la promotion et de l’égalité des chances

20 mars 2007

Monsieur le Président, Cher Alexandre Michelin,

Mesdames, Messieurs,

Chers amis,

L’installation de la « Commission Images de la diversité » est
l’aboutissement de plusieurs mois d’efforts conjoints entre le Centre
national de la cinématographie, dont je tiens à remercie la Directrice
générale, Véronique Cayla, et l’Agence nationale pour la cohésion sociale
et l’égalité des chances, qui travaillait déjà depuis plusieurs années en
collaboration avec le CNC, gestionnaire du Budget audiovisuel des
administrations civiles. Ces deux grandes institutions vont désormais
travailler main dans la main pour donner corps à un projet qui est
particulièrement cher au Président de la République. Je tiens à saluer
aussi l’action et l’engagement d’Alexandre Michelin ainsi que de tous ceux
qui avec lui ont permis à ce projet d’aboutir. Aujourd’hui, un instrument
culturel vient contribuer à la réduction de la fracture sociale : je suis
heureux et fier que mon Ministère puisse participer à ce combat national.

C’est en effet Jacques Chirac qui avait souhaité la création d’un fonds
spécifique qui pourrait soutenir la création cinématographique et
audiovisuelle qui s’attacherait à améliorer la représentation de la diversité
de notre société sur les petits et sur les grands écrans. Soutenir la
représentation de cette vérité, de cette réalité du monde dans lequel nous
vivons, c’est rendre hommage à la diversité de notre propre culture, elle qui
est composée justement de plein d’influences, de regards, d’expériences.

Une culture française riche de sa diversité de regards, d’expériences,
d’histoires. C’est une manière de lutter contre l’uniformisation des
expressions artistiques que d’encourager la représentation de ce qui fait la
complexité et la variété de notre société.

Cette aide, pour laquelle la commission compétente vient de se réunir pour
la première fois, sera attribuée comme une prime à l’engagement citoyen,
en complément d’aides sélectives préalablement accordées par les
commissions du CNC. De cette manière, le dispositif me semble rejoindre
pleinement la logique du soutien sélectif, dont le principe est d’encourager
la création de qualité, pour son écriture, sa production, et pour sa diffusion
auprès des publics, en salle, ou en vidéo. Il ne s’agit pas d’aider la
production d’oeuvres qui n’auraient pas obtenu le soutien du CNC, le
Centre jouant pleinement son rôle de « label de qualité ».

Je suis heureux que l’appel à projets qui a été lancé récemment ait
rapidement récolté de nombreuses demandes de la part des producteurs
de cinéma et de télévision. Plus d’une trentaine de dossiers ont été
examinés tout à l’heure par les membres de la commission « Images de la
diversité » : Alexandre Michelin sera mieux que moi à même de vous
rendre compte des délibérations de la commission. J’espère en tout cas
que cette initiative que j’ai portée conjointement avec mon collègue Azouz
Begag portera ses fruits et encouragera la production et la diffusion
d’oeuvres qui nous éclairent sur le monde dans lequel nous vivons.

Le CNC et l’ACSÈ vont avoir la chance de partager et d’échanger, en
apportant à cette commission leurs expertises respectives. Le CNC arrive
dans cette aventure fort de son expérience en matière d’aides sélectives à
la production et à la distribution, notamment grâce à l’avance sur recettes,
au Fonds sud cinéma, mais aussi parce qu’il soutient le court métrage, la
vidéo, et bien d’autres secteurs. C’est désormais un regard nouveau qu’il
va pouvoir porter sur les oeuvres, en allant au-delà des considérations
artistiques, et en s’engageant sur le terrain de la vie, au-delà de la
création pure.

Je suis convaincu que ce dispositif essentiel et novateur que l’Etat met en
place pour que la diversité de notre société vienne consolider la diversité
culturelle, suscitera de nombreuses vocations parmi les jeunes
générations. Pour tous ceux qui veulent lutter contre les discriminations,
contre les inégalités, la création audiovisuelle et cinématographique est un
moyen noble et passionnant pour y arriver. Cette nouvelle aide doit les
aider à croire en leur talent.

Je vous remercie.

Remise des insignes d’Officier dans l’Ordre des Arts et des Lettres à Patrick Chesnais

20 mars 2007

Cher Patrick Chesnais,

C’est avec beaucoup de plaisir que je vous reçois aujourd’hui, pour saluer
votre immense talent de comédien, aussi éclatant que précoce. A cinq ans,
déjà, vous montez vos premiers spectacles de marionnettes. A 12 ans, vous
construisez, avec votre père, votre premier théâtre, dans votre chambre. Vos
voisins et les amis de votre famille sont votre premier public, quand vous
dirigez vos copains dans Les Fourberies de Scapin. L'été, vous payez votre
place au camping en organisant des spectacles. A seize ans, votre passion
devient vocation. Vous annoncez la bonne nouvelle à vos parents, soulagés de
vous voir abandonner votre rêve d’une carrière dans le football.

Vous faites un triomphe au Conservatoire de Rouen, où vos professeurs vous
repèrent dès votre première prestation. Les Animaux malades de la peste, un
texte corrosif et cruel, déjà ! Au Conservatoire de Paris, ensuite, vous obtenez
le Premier prix de comédie, sous les ovations du Tout-Paris. Mais, malgré ces
débuts sous le feu des projecteurs, vous avez toujours cherché à privilégier
une carrière exigeante, et qui vous ressemble, à l’abri des paillettes et des
faux-semblants. Vous vous consacrez tout d’abord au théâtre, et vous servez,
pendant dix ans, un répertoire très vaste, jouant aussi bien Jean Anouilh que
Frédéric Dard. Vous vous faites remarquer pour votre interprétation dans Les
Amoureux, de Goldoni, en 1976, avec Brigitte Rouan.

Vous obtenez au même moment votre premier rôle au cinéma, dans Les
Naufragés de l’île de la tortue, de Jacques Rozier, aux côtés de Pierre Richard
et de Jacques Villeret. Passé rapidement maître dans l’art d’offrir à des
personnages au premier abord râleurs, colériques, et antipathiques, de forts
accents d’humanité, et de vérité, vous êtes révélé au grand écran par le film La
Lectrice, de Michel Deville, où vous campez un pdg maladroit et dépressif, qui
se fait lire des ouvrages érotiques par Miou-Miou. Vous obtenez un très beau
succès auprès du grand public, mais aussi le César du meilleur second rôle,
en 1989.

Vous distillez votre ironie douce-amère, votre décalage parfois inquiétant,
souvent hilarant, toujours terriblement attachant au cinéma, à la télévision, et
sur les planches, avec, notamment, un Grand Prix de la critique en 1982 pour
Le Bleu de l’eau de vie, de Jorge Semprun, et de très beaux succès aux côtés
de metteurs en scène tels que Françoise Petit, pour Le Mariage de Figaro, Le
Misanthrope, Michel Fagadau, pour Love, de Murray Schisgal, et Dîner entre
amis, de Donald Margulies, ou encore Bernard Murat, pour Le Retour, de
Harold Pinter, et plus récemment, Une heure et demie de retard, de Gérard
Sibleyras, qui a été une très belle réussite.

Au cinéma, vous collaborez à deux reprises avec Claude Lelouch, dans Il y a
des jours … et des lunes, et La Belle Histoire. Dans Post coitum, animal triste,
Brigitte Rouan vous offre l’un de vos plus beaux rôles, celui d’un mari blessé et
trompé, qui passe de la douleur sourde à l’explosion.

Vous passez derrière la caméra en 2000, pour réaliser Charmant
garçon, une
comédie acide sur le thème de la confrontation des genres, celui de votre
personnage, ringard, brutal et grossier, et de la femme dont il tombe amoureux,
belle et cultivée, interprétée par Alexandra Vandernoot.

Après ce premier succès, vous offrez votre talent aux jeunes réalisateurs
prometteurs, Manuel Poirier, pour Te Quiero, Eric Assous, pour lequel vous
campez un professeur taciturne, sur lequel une jeune élève mineure jette son
dévolu, dans Sexes très opposés, ou encore Rémy Waterhouse, pour sa
comédie mordante, Mille millièmes, fantaisie immobilière. Dans Je ne suis pas là
pour être aimé, de Stéphane Brizé, vous jouez un huissier fatigué, pris d’une
passion aussi soudaine que dévorante pour le tango.

A l’heure de la sortie de votre nouveau film, Le Prix à payer, de Alexandra
Leclère, je suis très heureux de saluer votre carrière aussi brillante que
singulière, vouée à la création la plus exigeante, et à des rôles très divers,
toujours empreints de cette profonde humanité qui a touché le coeur de tous les
spectateurs.

Patrick Chesnais, au nom de la République, nous vous faisons Officier dans
l’Ordre des Arts et des Lettres.

Remise des insignes d’Officier dans l’Ordre National du Mérite à Pierre Arditi

20 mars 2007

Cher Pierre Arditi,

C’est un très grand plaisir de vous accueillir aujourd’hui, pour saluer votre
brillante carrière de comédien, à la verve légendaire, aussi talentueux et
charismatique sur les planches que sur le grand écran.

Au cinéma, vous appartenez notamment, aux côtés de Sabine Azéma, et
André Dussollier, à la famille prestigieuse d’Alain Resnais. De Mon Oncle
d’Amérique, en 1979, à Coeurs, sorti l’année dernière, vous avez
accompagné le parcours de ce réalisateur hors du commun, qui nous a
livré des oeuvres singulières, des chassés-croisés amoureux, des comédies
musicales savoureuses et hautes en couleur, et des variations sur le thème
du destin, de la liberté, et de l’engrenage des choix. Mélo, en 1986, vous
vaut le César du meilleur second rôle. Avec vos quatre personnages dans
le diptyque Smoking et No smoking, vous remportez le César du meilleur
acteur en 1994.

Vous êtes l’un de ces « silex », dont Alain Resnais sait qu’il fera, à chaque
fois, des étincelles au contact de ses autres acteurs fétiches. Vous
illuminez chacun de ses films de votre présence, de votre fougue et de
votre charme.

C’est cette même exigence, cette même volonté de servir un cinéma
d’auteur, riche d’un univers et d’une écriture uniques, qui vous a poussé à
des collaborations régulières, aussi bien avec Claude Lelouch qu’avec
Bruno Podalydès.
Dans les oeuvres intimistes et humanistes du premier, Hommes, femmes,
mode d’emploi, Hasards ou coïncidences, ou encore Le Courage d’aimer,
vous avez donné toute la mesure de votre sensibilité, et dévoilé toute la
richesse des nuances de votre vaste palette de jeu.

Pour le second, toujours aux côtés de Sabine Azéma, vous avez incarné
Frédéric Larsan, le mystérieux et inquiétant trouble-fête des deux volumes
des aventures de Rouletabille, de Gaston Leroux, Le Mystère de la
Chambre jaune et Le Parfum de la dame en noir.

Aussi à l’aise dans les comédies comme Vanille Fraise, du regretté
Gérard Oury, que dans un répertoire plus sombre, comme dans l’insolite
Agent trouble, de Jean-Pierre Mocky, aux côtés notamment de Catherine
Deneuve ; virtuose dans l’art de l’autodérision, dans Les Acteurs, de
Bertrand Blier ; perdu et touchant dans L’Un reste, l’autre part, de Claude
Berri ; excentrique frivole dans Le Grand appartement, de Pascal
Thomas ; amer et glaçant dans Coup de sang de Jean Marboeuf, vous
avez joué tous les rôles, et conquis tous les genres, cinématographiques
et humains. Fait plus méconnu, vous avez également incarné Superman,
mais sans enfiler le collant, en prêtant votre voix à Christopher Reeves,
pour le doublage du film sur le super-héros. Qui d’autre que vous aurait pu
prêter sa voix à celui qui observe, d’en haut, Nos amis les terriens, dans
l’adaptation du roman de Bernard Werber qui sort le 18 avril prochain ?

Cette expérience n’a sans doute pas été sans vous rappeler vos
premières impressions sur les planches : « Un jour, dites-vous, je me suis
rendu compte que c’était formidable de monter sur une estrade avec le
monde qui me regarde et moi qui regarde le monde. »

Le public qui vous applaudit au cinéma vous plébiscite également sur le
petit écran, dans vos très nombreux téléfilms de qualité, Le Comte de
Monte Cristo, de José Dayan, L’Affaire Dreyfus, d’Yves Boisset, ou encore
La Séparation, de François Hanss.

Ce même public vous acclame aussi au théâtre, où vous avez commencé
très tôt une carrière aussi dense qu’éclectique, aux côtés de metteurs en
scène prestigieux, Marcel Maréchal notamment, votre premier mentor,
puis Pierre Debauche, Jean-Pierre Bisson, Andreas Voutsinas, Jean-
Louis Barrault, Pierre Mondy, Georges Wilson, Bernard Murat, ou encore
Yasmina Reza et Jean-Michel Ribes, pour ne citer qu’eux.

Je salue aujourd’hui un très grand acteur, mais aussi, nous le savons
tous, un homme à l’engagement et à la responsabilité exemplaires, qui
s’investit avec une forte volonté, et une belle générosité dans les
nombreuses causes d’intérêt général qui lui tiennent à coeur.

Pierre Arditi, au nom du Président de la République, et en vertu des
pouvoirs qui nous sont conférés, nous vous faisons Officier dans l’Ordre
national du Mérite.

Visite inaugurale de la Cité de l'architecture et du patrimoine, au Palais de Chaillot

20 mars 2007

Monsieur le Président

Je suis très heureux de vous retrouver aujourd'hui dans l'aile Est du palais
de Chaillot pour inaugurer la Cité de l'architecture et du patrimoine. Ce lieu
est l'aboutissement d'un processus engagé depuis plusieurs années par le
ministère de la culture et de la communication et destiné à donner à la
France le grand établissement de valorisation et de diffusion de
l'architecture et du patrimoine qui lui manquait.

Cette ouverture d’un nouvel établissement aux objectifs ambitieux sur les
bords de la Seine, au pied de la Tour Eiffel, marque l’aboutissement d’un
long et patient travail de reconnaissance et de consécration de la place et
du rôle de l'architecture dans notre société, comme au sein du ministère de
la Culture.

Ce projet est d'abord né de la volonté de Jacques Toubon en 1993 de créer
un Centre national du patrimoine au Palais de Chaillot, projet porté par
Maryvonne de Saint-Pulgent, directrice du patrimoine, et Jean-Marie
Pérouse de Montclos.

Avec le retour de l'architecture au ministère de la culture en 1996 et la
création de la direction de l'architecture et du patrimoine, le projet
embrasse désormais un champ plus large : François Barré nouveau
directeur, puis Wanda Diebolt, pilotent une mission de réflexion confiée à
Jean-Louis Cohen qui propose la création d'une cité de l'architecture et du
patrimoine. Le Musée des monuments français est fermé à la suite d'un
incendie le 22 juillet 1997.

A partir de 2003, le projet, désormais conduit par Michel Clément, nouveau
directeur de l'architecture et du patrimoine et Ann-José Arlot, directrice
chargée de l'architecture, puis Jean Gautier, devient réalité par la création
le 9 juillet 2004 de l'établissement public de la cité de l'architecture et du
patrimoine.

Rassemblant trois départements constitutifs, le musée des monuments
français, l'Institut français d'architecture et l'école de Chaillot, le nouvel
établissement a vocation à assurer une mission nationale et internationale
de diffusion de l'architecture et du patrimoine sur plus de 20 000 m².

Il a fallu du temps, de l’énergie, de la volonté pour que ce nouvel
équipement culturel ouvre enfin ses portes à nos concitoyens.

Il est vrai que la conception et la mise en place d'un projet culturel d'une
telle ampleur a besoin de temps pour mûrir, et ce temps de maturation a
permis de l'enrichir, grâce au rôle croissant des questions d’architecture
dans notre société, et nous pouvons nous en féliciter.

Je salue donc avec beaucoup d'émotion et de gratitude tous les acteurs de
cette magnifique aventure, portée depuis quatorze ans par notre ministère,
et en son sein par la direction de l'architecture et du patrimoine.

Cher François de Mazières, le destin de ce grand vaisseau vous est confié
et il vous appartient désormais de le faire prospérer en vous appuyant, sur
la compétence et l'engagement de l’ensemble de vos équipes et des
directeurs de département Marie-Paule Arnaud, Francis Rambert, et Mireille
Grubert, à qui j'exprime également ma confiance et ma reconnaissance.

Je veux également féliciter chaleureusement les architectes Jean-François
Bodin et Jean-François Lagneau, architectes et maîtres d’oeuvre de
l’opération, ainsi que le maître d'ouvrage délégué, l’Établissement public de
maîtrise d’ouvrage des travaux culturels (EMOC). Durant des mois, ces
professionnels, associant les savoir-faire les plus traditionnels et les
techniques modernes ont oeuvré pour reconstituer et transformer
l'architecture du Palais et redonner vie à l'ancien musée des monuments
français, oeuvre de l'architecte Jean Carlu.

Le réaménagement intérieur et la restructuration des espaces
muséographiques se poursuivront jusqu'en septembre 2007, date à
laquelle le public pourra découvrir la totalité des 22 000 m² dédiés à
l'architecture et au patrimoine.

Aujourd'hui, nous inaugurons deux expositions d'architecture : la première,
« Avant-Après » ou l'architecture au fil du temps, située dans la galerie de
l’ancien musée du cinéma, au dessus de la mythique Cinémathèque, nous
entraine dans une déambulation imagée à travers l’architecture
contemporaine – minérale ou végétale, bâtiment singulier ou quartier de
ville, espace public ou jardin privé. Le cinéaste Patrick Boulet et le
scénographe Patrick Bouchain immergent le spectateur dans un espace
temps propre aux dimensions de l'architecture.

L'exposition consacrée à Christian de Portzamparc, grand prix national de
l'architecture, nous livre sa réflexion sur la ville et nous dévoile ses
réalisations récentes et ses projets en cours.

D’autre part, l'exposition Génération Europan retrace 20 ans de concours
Europan, qui, depuis sa création, a fait émerger sur la scène européenne
les talents de jeunes architectes dans les domaines de l’architecture et de
l’aménagement.

En septembre, le public pourra découvrir l'ensemble des espaces de la Cité
de l'architecture et du patrimoine, et tout d'abord, la galerie des moulages,
dans laquelle nous sommes, qui présente les oeuvres du musée de
Sculpture comparée, voulu par Viollet-le-Duc et présenté au public pour la première fois en 1882, puis entièrement rénové à l'occasion de l'Exposition
universelle de 1937, pour prendre le nom de Musée des Monuments
français. Toutes les oeuvres présentées dans la galerie des moulages sont
des relevés à l’échelle « 1 » qui ont été réalisés selon la technique
traditionnelle de l’estampage sur des édifices français, civils ou religieux.

En
1937, un département de peintures murales vient compléter celui des
moulages, pour répondre alors au souci de réhabiliter des peintures
murales françaises, encore largement méconnues du public.

Vous découvrez la suite du parcours qui s'ouvre sur l'architecture moderne
et contemporaine. L'ambition est la même que celle qui a prévalu
initialement, faire connaître et reconnaître l'architecture aujourd'hui encore
méconnue du grand public. Ce nouveau parcours est consacré à 150 ans
d’architecture française, de 1850 à nos jours. Jamais l’évolution
architecturale n’a été aussi importante qu’en ces quelques décennies, où
l’architecte est amené à construire pour le plus grand nombre : mise au
point de matériaux et de structures jusqu’alors inconnus, multiplication de
programmes innovants, développement spectaculaire des villes et
renouvellement des problématiques urbaines. Densité, mobilité, urbanité
sont les trois concepts clés de cette période, marquée par une accélération
des destructions et des reconstructions, propre à brouiller les repères
traditionnels en matière d'architecture.

La Cité de l'architecture et du patrimoine répond à l'exigence de combler le
déficit de connaissance de l'architecture auprès du grand public, en
permettant à tous les publics de découvrir l'histoire de l'architecture, ainsi
que les acteurs de l'architecture contemporaine.

Pour répondre à cet objectif, la Cité fonde sa création autour de quelques
principes auxquels je suis personnellement attachés et qui demeurent des
défis à relever pour demain :

Le premier principe, c'est l'accès à une culture architecturale de qualité.
L'intervention des architectes est fondamentale dans l'évolution du cadre de
vie et la reconnaissance de leurs savoir-faire est indispensable à
l'amélioration de notre cadre de vie. La Cité n'est pas un équipement
parisien mais un établissement national qui doit travailler avec tous les
acteurs de notre pays : architectes, Conseils d’Architecture, d’Urbanisme et
d’Environnement (CAUE), centre de diffusion, écoles, universités.

Ainsi, la réforme des études d'architecture est aujourd'hui entrée en vigueur
et cette formation, qui s'inscrit désormais dans le système européen du
LMD, bénéficie d’une meilleure reconnaissance de l’enseignement
supérieur de l'architecture.

Pour le jeune public, plusieurs programmes de sensibilisation des scolaires
à l'architecture et à l'urbanisme ont été mis en oeuvre en liaison avec les
DRAC et les rectorats. J’attache beaucoup d’importance à ces actions.

L’éducation à l’architecture doit faire partie de l’éducation artistique et
culturelle. J’encourage la réflexion sur les « Repères pédagogiques en
architecture pour le jeune public », qui sera prochainement publiée avec le
ministère de l'éducation nationale, afin de mieux prendre en compte
l'ensemble des programmes scolaires quelques notions d'architecture,
indispensables à une véritable culture urbaine et architecturale, afin de permettre aux jeunes Français d'exercer pleinement leurs responsabilités
de citoyens.

Le second principe fondateur est la nécessité d'un dialogue permanent
entre patrimoine et création architecturale. La Cité offre à l'architecture
contemporaine et historique un espace partagé entre collections historiques
et expositions novatrices d'architectes, lieu de partage et d'échanges
d'expériences. Cet établissement doit devenir le lieu où le visiteur est sans
cesse confronté à une multiplicité de propositions et où la création
architecturale la plus novatrice côtoiera les portails des plus belles
cathédrales et des plus prestigieux hôtels de l’époque médiévale et de la
Renaissance. Parce que c'est en montrant de quelle manière la création
s'inscrit dans une perspective historique que le patrimoine devient l'outil de
compréhension de l'architecture contemporaine.

Cette ouverture traduit les actions du ministère menées en matière de
qualité architecturale, de préservation des centres historiques des villes et
des paysages culturels. Notre exigence commune doit être de maintenir la
continuité avec le passé et de susciter la création architecturale au coeur de
la fabrication des espaces.

Nous devons faire de l'architecture une culture partagée, une culture du
vivre ensemble, et du cadre de vie, à l'instar de la 3e édition de « Vivre les
villes », qui s'est déroulée sur l'ensemble du territoire. Des réalisations
architecturales, urbaines et paysagères exemplaires, montrées et
commentées par le biais de visites, animées par des professionnels, incitent
tous les Français à découvrir leurs villes.

Un dernier principe pour cette cité, c'est l'ouverture et l'échange entre la
France et l'étranger, entre le grand public et les professionnels. Il s'agit à la
fois de favoriser le rayonnement de l'architecture française à l'étranger et de
l'ouvrir aux expériences et réalisations étrangères, afin qu'elle puisse
s'enrichir et s'affirmer sous diverses formes.

Les 26 écoles nationales supérieures d’architecture, les conseils
d’architecture, d’urbanisme et de l’environnement, les maisons de
l’architecture et les villes et pays d’art et d’histoire constituent les lieux de
diffusion et de valorisation de l’architecture contemporaine, dont l’ampleur et
la diversité sont encore aujourd'hui assez mal connues. La nouvelle Cité
doit contribuer à l'action de ces réseaux locaux, nationaux et internationaux
de diffusion, de préservation et de valorisation de la culture architecturale et
patrimoniale, pour favoriser leur développement, la promotion de
l'architecture contemporaine et de la qualité de la création française.

Les architectes, les maîtres d'ouvrage, les urbanistes et les paysagistes
sont les acteurs de la qualité de vie de nos villes. Aujourd'hui, le dialogue
est une nécessité, pour que la diffusion de la culture architecturale et
urbaine auprès du public soit un facteur d'enrichissement et de progrès, et
non d'incompréhension et de conflit. C'est l'ambition de la nouvelle « école
de la maîtrise d'ouvrage », qui élargit la formation des commanditaires aux
problématiques liées à la nécessaire prise en compte du patrimoine et du
paysage dans les projets de développement et d'aménagement de nos
territoires.

Au moment où tous nos concitoyens s'interrogent sur leur cadre de vie, je
suis très fier de contribuer à ouvrir 22 000 m² à l'architecture, pour offrir à
cette discipline un lieu d'échanges et de dialogue avec le public afin qu'elle
puisse se rendre accessible à tous .

Je souhaite tous les voeux de réussite à la Cité de l'architecture et du
patrimoine pour inscrire la modernité au coeur de la capitale, et contribuer à
instaurer un rapport nouveau entre l'architecture et la ville.

Je vous remercie.

Remise des insignes de Chevalier dans l’Ordre National de la Légion d’Honneur à Alain Chamfort

20 mars 2007

Cher Alain Chamfort,

« Personne n'est parfait »… mais « Les beaux yeux de Laure », – comme
les brunes, – certainement « ne comptent pas pour des prunes »….
Les titres de vos chansons sont les jalons de votre parcours. Un parcours
riche en rencontres, en succès, en épreuves aussi. Un parcours qui a fait
de vous l'auteur-compositeur-interprète élégant et authentique que nous
admirons et qui fait honneur à la chanson française.

Sans doute avez-vous aujourd'hui pactisé pour le meilleur avec « L'ennemi
dans la glace ». Plus de « Double vie » ! Nous applaudissons le véritable
Alain Chamfort, loin des ambiguïtés, des excès et des provocations.

Votre
succès, vos retrouvailles avec un public enthousiaste et chaleureux,
l'adhésion de la presse et des professionnels, consacrent définitivement
votre inspiration comme l'une des plus originales et des plus attachantes de
notre paysage musical.

La musique est votre vocation dès la plus petite enfance. Vous étudiez le
piano, et c'est aux claviers de divers groupes que vous entrez dans la
carrière. Aux claviers aussi que vous accompagnez Jacques Dutronc,
première rencontre décisive, durant deux années, de 1966 à 1968. Vous
l'accompagnez sur scène de votre talent, qui s'unit remarquablement au
sien ! Et c’est certainement au clavier que vous vient l’inspiration des
mélodies qui nous ravissent et sont votre marque.
Autre étape, autre rencontre, celle avec Claude François.

L'artistebusinessman
vous apprend la rigueur. Il vous familiarise avec le succès en
vous confiant ses premières parties, et vous baptise du nom de scène qui
ne vous quittera plus : Alain Chamfort.

Pourtant, ce n'est pas là encore votre véritable voie. C'est Serge
Gainsbourg qui compléte la trilogie des grands parrains de vos débuts.

Le
ton, la couleur Chamfort se révèlent dans ce compagnonnage artistique si
riche et si fécond.

Sur des textes de Gainsbourg, c'est, en 1977, l'enregistrement à Los
Angeles de l'album « Rock and Roses », puis, en 1979, le fameux
« Manureva », qui fera de vous un emblème de la chanson française.

Les années 80 et 90 vous portent au sommet du succès. Vous vous
libérez de toute influence, comme vous le ferez, peu à peu, d'une image
sucrée de séducteur, ou de « petit prince de la chanson », comme vous
surnomment vos fans – véritablement fanatiques – japonaises, car votre
succès et votre notoriété sont dès lors devenus internationaux.

Votre stature de pionnier de la pop française de qualité, votre style raffiné,
sophistiqué, votre sobriété, aussi, et une touche d'élégance distanciée, un
peu mystérieuse, composent les grands traits d'une indépendance
artistique et d'une personnalité forte qui s'expriment aussi bien à l’écoute
de vos disques que sur scène.

« Secrets glacés », « Tendres fièvres », « Trouble », « Ce n'est que moi »
sont les intitulés magnifiques d'albums non moins magnifiques où perce
aussi un humour qui sera votre meilleure arme quand s'ouvrira la période
de l'incompréhension et des conflits avec les maisons de disques.

On peut vous croire un instant au creux de la vague. Mais il n'en est est
rien. Les mânes des grands navigateurs évoqués dans « Manureva »
veillaient peut-être sur vous, – à supposer que votre talent et votre
inspiration sans cesse renouvelée en aient eu besoin.

Dans un clip à l'auto-dérision d'une très grande classe, vous raillez vos
déboires avec votre label, dans le même temps d'ailleurs que vous
soulignez de façon pertinente et pleine d'esprit le trouble qui agite
l'ensemble de l'industrie discographique. Cela vous vaut la Victoire 2005
du meilleur vidéo-clip de l'année.

Cher Alain Chamfort, votre itinéraire d'artiste, votre conquête de vousmême,
vous ont conduit à ce style d'un romantisme épuré, à cette
sincérité profonde, à cette élégance en toute circonstances de l'attitude et
de l'inspiration, qui font de vous un véritable esthète, plutôt qu’un dandy,
comme beaucoup se plaisent à le dire, de notre scène musicale. Je salue
aussi en vous un auteur, féru de littérature, un compositeur, un interprète,
qui porte au plus haut la chanson française.

Alain Chamfort, au nom du Président de la République, et en vertu des
pouvoirs qui nous sont conférés, nous vous faisons Chevalier de la Légion
d’honneur.