Rubrique ‘Discours rue de Valois’

Remise des insignes de chevalier dans l'ordre des arts et des lettres à Francis Wahl

8 mars 2007

Cher Francis Wahl,

Si nous pouvons voir, ce soir, cette cérémonie de remise du Prix Dan David organisée pour
la première fois à Paris, c'est avant tout grâce à vous.

C'est vous qui m'avez présenté Dan
David : je me souviens d'ailleurs du jour où nous nous sommes rencontrés pour la première
fois, dans mon bureau de la rue de Valois. Ce qui était alors une perspective bien lointaine,
un beau projet plutôt incertain, se réalise aujourd'hui, grâce à l'énergie que vous avez su
déployer pour cela.

Vous êtes outre votre collaboration au Prix Dan David, l'un des membres fondateurs, entre
autres, de la Ligue internationale contre le racisme et l'antisémitisme ; à ce titre, vous avez
participé à de nombreux travaux, à l'échelle européenne ou internationale, pour faire reculer
la xénophobie et l'antisémitisme dans le monde, sur Internet et en particulier chez les jeunes,
ou bien pour tenter de trouver des solutions aux problèmes du Moyen Orient. Cette volonté
de rétablir le dialogue et la compréhension puise ses racines dans un véritable attrait pour
l'art et la culture ; vos nombreuses activités ne vous ont jamais empêché de poursuivre cette
passion, que ce soit en fréquentant les galeries, en développant votre collection, en éditant
des livres d'art et d'histoire ou en organisant des expositions.

En vous, c'est donc l'homme de culture et l'homme de bien, aux multiples intérêts et aux
talents très divers, que je veux saluer et remercier très chaleureusement.

Francis Wahl, au nom de la République, nous vous remettons les insignes de chevalier dans
l’ordre des Arts et Lettres.

Remise des insignes de Commandeur dans l’ordre des Arts et des lettres à Dan David à l'Opéra Garnier

8 mars 2007

Cher Dan David,

Nous sommes en train de vivre en ce moment, vous comme moi, une soirée particulièrement
émouvante, qui a tout à la fois la solennité et la simplicité des grands moments, des
évènements exceptionnels. Et sans doute est-ce là pour vous la plus belle de toutes les
récompenses : vous avez été, toute votre vie, un inventeur, un chercheur, et voici que votre
plus grande idée a pris vie, a pris corps, et est en train de faire la preuve qu’elle résiste à
l’épreuve du temps. Vous avez consacré votre vie, votre temps et le fruit de votre travail à
une grande ambition : encourager, stimuler et récompenser les hommes et les femmes qui
contribuent, par leurs recherches et leur réflexion, à faire progresser le savoir et l’esprit
humain. Votre succès est véritablement à la hauteur de cette ambition, à la mesure de ce
beau pari.

Cher Dan David, je veux vous dire ce soir, très simplement, très chaleureusement, toute mon
admiration : lorsque Francis Wahl nous a permis de nous rencontrer et de faire
connaissance, j'ai tout de suite été séduit par l'énergie qui vous habitait. Cette énergie, ce
dynamisme, vous en avez amplement fait la preuve tout au long de votre carrière :
passionné de photographie, vous avez toujours cherché à en développer la technique pour
mieux en repousser les limites. Votre inventivité et votre imagination vous ont conduit à
déposer de nombreux brevets à votre nom ; dans le même temps, elles vous poussaient
sans cesse à entreprendre, à créer, à construire. Les entreprises que vous avez créées sont
aujourd'hui présentes dans de très nombreux pays, et connues dans le monde entier.

C’est une forme d’aboutissement que votre venue à Paris, ce soir. Je sais que vous êtes un
francophile de toujours, un amoureux de notre pays ; Napoléon et Victor Hugo, avez-vous
dit, ont été les compagnons de votre enfance et de votre adolescence. Le fait que le Prix
Dan David soit remis ce soir dans ce foyer brûlant de la vie culturelle et intellectuelle
française est donc riche de sens.

Cher Dan David, ce soir, en vous remettant cette décoration, je viens saluer en vous, au nom
de tous les Français, l’infatigable défenseur des arts et des lettres que vous avez toujours
été. « Il est des hommes qui sont sources », écrivait encore Victor Hugo – et vous en faites
partie. En créant le Prix Dan David, vous avez illustré mieux que quiconque cette définition,
que le poète semble avoir écrite pour vous : « L’essence même du génie se compose de ces
deux éléments : deviner et oser. Se donner à ce qui sera malgré la résistance de ce qui
est. » Notre pays a tenu, pour tout cela, à vous honorer une nouvelle fois ; et pourtant, ce
soir, en choisissant d’organiser à Paris cette cérémonie sans égale, c’est vous qui, avant
tout, faites honneur à la France.

Dan David, au nom de la République, nous vous faisons Commandeur dans l’Ordre des Arts
et des Lettres.

Remise des insignes de commandeur dans l’Ordre des Arts et des Lettres à Jean-Claude Zylberstein

7 mars 2007

Cher Jean-Claude Zylberstein,

Vous avez fait tant de choses, abordé tant de domaines de la pensée et de
l’action. Vous avez réussi dans chacun d’eux. Aussi n’en ferai-je pas
l’inventaire.

Pour que ces actes tiennent ensemble, pour qu’il y ait une si belle
cohérence, une si belle unité, une véritable harmonie au sein des aléas,
des combats, de la diversité de vos actions et de vos engagements, il faut
une source, il faut un axe, il faut un motif premier et essentiel : le goût
fondamental, en vous, de la liberté, la croyance obstinée dans la dignité de
l’homme, dans son droit absolu de vivre, d’aimer, d’écrire, comme il
l’entend, où qu’il soit, d’où qu’il vienne, une foi totale dans la vertu de la
culture, des lumières de l’esprit. Comme si vous aviez toujours désiré,
comme si vous aviez toujours oeuvré, loin d’un souvenir terrible de votre
enfance, pour que l’homme ne soit plus jamais traqué, humilié, soumis à la
barbarie, aux forces les plus obscures et les plus maléfiques, aux ravages
de la nuit criminelle, contraint de se cacher, de se retirer dans le sous-sol
du monde.

Oui, c’est la littérature qui peut sauver, c’est la littérature qui ramène vers la
lumière, c’est la littérature qui est le principal moyen de résistance,
d’élévation de soi : c’est ce que vous avez toujours pensé, c’est ce qui a
orienté votre vie.

D’une certaine manière, vous n’avez jamais cessé d’être un militant, au
sens le plus noble du terme. Vous ne vous êtes jamais contenté de vos
propres éblouissements littéraires, vous avez toujours voulu, comme une
mission, comme un devoir, perpétuer et encourager le goût de la lecture.
La démocratisation de la culture, n’est pas un mot, un slogan, pour vous,
mais la réalité, l’engagement de votre vie.

Les collections que vous avez créées, chez 10/18, auprès de Christian
Bourgois, notamment « Domaine étranger », « Grands détectives »,
« Musiques & Cie », auxquelles il faut ajouter, plus récemment, « Culte
fictions », et « Pulp fictions », à La Découverte, vont dans le même sens.

Ce sont des modèles d’ouverture à tous les horizons de la littérature, de
résurrection d’oeuvres majeures passées, qui risquaient d’être oubliées ou
à jamais méconnues. Ce sont des révélations de très grands auteurs
actuels, que vous nous avez fait découvrir et qui passionnent le lecteur
français. Jim Harrison, Toni Morrison, Ishiguro, pour ne citer qu’eux, font
désormais partie, grâce à vous, de notre paysage littéraire.

Vous aimez, dans la littérature, ce qui révèle, à travers les malheurs et les
épreuves, la grandeur de l’homme ; vous aimez les écrivains qui, à travers
le temps, défendent, fragiles, courageux, inaltérables, le droit de l’homme
à maîtriser, autant que possible, son destin.

Ce n’est pas simplement pour vous une question métaphysique, un enjeu
moral, c’est un investissement concret, quotidien.

En tant qu’avocat, combien de causes avez-vous défendues depuis 1973,
où vous avez été nommé à la Cour d’Appel de Paris, avec une seule
ligne, toujours, celle de la défense inlassable des créateurs, de Salman
Rushdie à Françoise Sagan, d’Yves Navarre à Daft Punk.

Ce n’est pas un hasard, bien sûr, si vous êtes aussi, depuis 1977,
conseiller juridique de la société des lecteurs de Jean Paulhan, ce
seigneur des lettres, dont vous étiez très proche, ce prince des mots et
de la vie, qui unissait, comme personne, la plus haute définition du style et
la force de l’engagement.

Aujourd’hui, le cabinet que vous dirigez est renommé pour ses
compétences dans l’ensemble des industries culturelles. Spécialiste du
droit de la propriété littéraire et artistique, membre des comités juridiques
de la société des gens de lettres et des sociétés d’auteurs enseignants,
vous posez les questions pertinentes, actuelles, nouvelles, et notamment
celle de la justice face aux nouvelles technologies.

Peut-être faut-il inventer de nouveaux codes, de nouvelles manières
d’apprécier, une nouvelle façon d’être juste face aux surprises, aux
merveilles et aux pièges de la modernité : nous comptons sur vous pour
nous éclairer, pour nous guider. Ce qui est certain, c’est que nous
saurons toujours avec vous où est l’art, où est la beauté, où est la liberté,
car vous n’avez jamais cessé d’être à la fois rigoureux et rebelle,
exigeant et humain. Ce combat du coeur, où les lettres, et le droit, se
conjuguent à la vie, reste le vôtre. Il est aussi le nôtre.

C’est pourquoi, cher Jean-Claude Zylberstein, je suis particulièrement
heureux et fier, au nom de la République, de vous faire Commandeur
dans l’ordre des Arts et Lettres.

Remise des insignes de Chevalier dans l’Ordre National de la Légion d’Honneur à Daniel Roth

7 mars 2007

Cher Daniel Roth,

Je suis très heureux de distinguer en vous un homme qui a toujours été,
dussé-je heurter sa discrétion et sa modestie, l'un des plus grands artistes
de l'orgue que connaisse notre époque, et parmi les contributeurs les plus
importants à la vie et au renouvellement de cet art si particulier.

Permettez au Tourangeau que je suis de citer Balzac, dans La Duchesse
de Langeais : " l’orgue est certes le plus grand, le plus audacieux, le plus
magnifique de tous les instruments créés par le génie humain. Il est un
orchestre entier, auquel une main habile peut tout demander, il peut tout
exprimer. "

Votre passion pour l'orgue est née très tôt : c'est entre autres par
admiration pour la grande figure d'Albert Schweitzer, que vous avez choisi
d'emblée de mener des études de piano, d’orgue et d’écriture au
Conservatoire de Mulhouse, votre ville natale. Elles se poursuivront au
Conservatoire national supérieur de musique de Paris, où vous obtenez
cinq premiers prix, dans les classes, par exemple, de Maurice Duruflé, de
Marcel Bitsch, ou encore de Rolande Falcinelli. En 1963, vous devenez
d'ailleurs le suppléant de cette dernière au Grand-Orgue de la Basilique du
Sacré-Coeur, et vous lui succèderez comme titulaire en 1971. Entre temps,
votre travail sur l’interprétation de la musique ancienne vous vaut plusieurs
prix très prestigieux ; vous préparez les concours internationaux, souvent
avec Marie-Claire Alain et, en 1971 vous obtenez le premier grand prix de
Chartres en interprétation et improvisation.

Mais pour un organiste, au-delà de toutes les récompenses, le vrai
bonheur se trouve dans la relation nouée avec un instrument, relation
toujours riche et féconde. Votre plus grande récompense sera donc, sans
aucun doute, d'être nommé, en 1985, organiste titulaire des Grandes
Orgues de l’église Saint-Sulpice à Paris. Chef-d'oeuvre du célèbre facteur
Aristide Cavaillé-Coll, construit initialement par Cliquot, cet instrument
classé monument historique est célèbre dans le monde entier pour ses
"cent-jeux" qui lui confèrent une richesse d'interprétation et une harmonie
extraordinaires. En devenant titulaire de cet orgue exceptionnel, vous
succédez à une lignée impressionnante de très grands noms, depuis
Charles-Marie Widor et Marcel Dupré jusqu'à Jean-Jacques Grunenwald,
virtuoses et pédagogues qui ont su illustrer et faire rayonner l’Ecole
d’orgues française.

Soucieux de transmettre votre art, vous vous êtes, à leur suite, beaucoup
investi dans l'enseignement : en 1995, vous avez succédé à Helmut
Walcha et Edgar Krapp à la Musikhoschule de Francfort-sur-le Main. Vous
avez poursuivi une carrière internationale exceptionnelle, jalonnée de
récitals, d'inaugurations d'instruments, de concerts en soliste au sein de
grands orchestres, ou encore d'enregistrements exceptionnels, qui vous
ont valu de nombreuses récompenses ; mais malgré les contraintes de
votre charge et de votre carrière, vous avez toujours gardé cette volonté
d'enseigner, à travers des cours réguliers, de très nombreuses
masterclasses, et des conférences au Japon, en Australie, en Europe et
aux États-Unis, d'où vous revenez tout juste. Vous travaillez ainsi à
transmettre votre talent et votre passion, devenant, comme Cavaillé-Coll
le disait de son orgue, "un trait d'union entre l'art d'hier et l'art de demain."

Vous contribuez également à enrichir le patrimoine de la musique d'orgue
par vos oeuvres, qui développent un langage modal qui vous est propre,
inscrit dans la tradition des Duruflé et pétri de l’influence des Honegger,
Ravel, Milhaud. A travers ces oeuvres nombreuses et très variées, vous
continuez de faire partager une passion contagieuse pour la musique ;
ainsi, je ne citerai que votre composition pour orchestre intitulée Licht im
Dunkel, dont la création a été assurée par votre fils François-Xavier, qui
dirigeait l’Orchestre des Siècles. Pourrait-on trouver plus bel image de ce
désir profond de transmission qui vous anime ?

C'est votre passion, autant que votre talent, qui vous vaut d'être
particulièrement impliqué dans l’action en faveur de la connaissance et de
la mise en valeur du patrimoine des orgues du XIXe siècle. Vous êtes
d'ailleurs membre, depuis 1985, en qualité de personnalité qualifiée, de la
5e section de la commission nationale des monuments historiques.

Cher Daniel Roth, vous avez déclaré un jour que, "à Saint Sulpice, vous
étiez au ciel" ; et je sais que vous ne vous êtes jamais contenté de jouir de
ce bonheur d'artiste, que vous cherchez sans cesse à le communiquer, à
le faire partager, à vos élèves, à votre public, et, très largement, à tous les
passionnés de musique. C'est au nom de tous ceux que vous avez su
hisser au ciel à votre suite que je veux vous dire toute mon admiration et
toute ma reconnaissance.

Daniel Roth, au nom du Président de la République et en vertu des
pouvoirs qui nous sont conférés, nous vous faisons Chevalier de la Légion
d’Honneur.

Point presse relatif à la signature de l’accord intergouvernemental permettant la création d’un musée universel qui portera le nom de Louvre Abou Dabi

7 mars 2007

(…) Parce que chacun peut craindre le choc des civilisations, le choc des
religions, le choc des cultures, eh bien, nous avons à coeur de créer des
ponts, de créer des passerelles. Et dans un univers où la mondialisation
sévit, où elle est parfois une chance, et parfois une menace, il est plus que
jamais nécessaire de lutter contre l’uniformisation, de lutter contre la
marchandisation, et de faire en sorte que les oeuvres de l’art et de l’esprit
soient présentées au plus grand nombre. La France a donc travaillé avec
beaucoup d’attention avec les autorités d’Abou Dhabi pour mener à bien ce
projet. Ce projet devient réalité. Hier, j’étais à Abou Dhabi en présence
d’une importante délégation française, de la directrice des Musées de
France, du président du Louvre, du président du musée du Quai Branly, de
la directrice du musée Picasso, d’un certain nombre de grands
responsables culturels français, pour signer cet accord. Cet accord est une
chance pour nos deux pays.

Nous prenons l’engagement de participer,
d’animer, de créer, un très grand musée qui s’appellera le Louvre Abou
Dhabi. Ce projet ne remet aucunement en cause les principes sur lesquels
sont fondées la politique culturelle française et la politique des musées en
France. Vous savez que certains rapports – chacun a le droit de s’exprimer
– ont préconisé que les oeuvres détenues dans nos musées puissent être
vendues. Le Gouvernement a répondu officiellement, haut et fort, qu’il n’en
était pas question et que ce n’était d’aucune manière une perspective pour
la majorité présidentielle. Et donc, le caractère inaliénable du patrimoine
détenu par les musées de France, quel qu’il soit, c’est un principe
intangible de la République et de la politique culturelle que nous menons.

Et vous savez très bien que pour les biens privés, cette prérogative peut
d’ailleurs s’exercer chaque fois que l’Etat le décide, et interdit de sortie du
territoire national une oeuvre. Mais en ce qui concerne le patrimoine détenu
par nos musées, il n’est pas question, d’aucune manière, d’en modifier le
statut. De la même manière que je tiens, en évoquant ce projet et cette
perspective, à rendre un hommage solennel au travail de toutes celles et
ceux qui contribuent à la réussite et à l’attractivité de nos musées. Qu’il
s’agisse des conservateurs, qu’il s’agisse des historiens de l’art, qu’il
s’agisse de celles et ceux qui ont la charge de la restauration des oeuvres,
qu’il s’agisse de toutes les fonctions essentielles à la vie d’un musée, des
fonctions d’accueil, des fonctions de surveillance, bref, de toutes les
fonctions qui sont indispensables au rayonnement de nos musées : – en
bien, rien n’est remis en cause dans ces responsabilités et dans ce projet,
bien au contraire.

C’est pour notre pays un motif de fierté. Parce qu’avoir la charge de créer
un musée universel qui soit un symbole et qui soit, à la manière française,
à la manière dont le Louvre, à la manière dont les principaux musées de
notre pays assument leurs responsabilités, c’est un symbole très fort,
puisqu’il ne s’agira pas de présenter uniquement des oeuvres de telle ou
telle époque, mais de faire vivre dans un même lieu le patrimoine le plus
emblématique de la culture de notre pays ou de la culture européenne ou
de la culture universelle, dans un souci également de rencontre avec l’art
contemporain. Et donc, ce projet est un magnifique projet que nous avons
étudié avec beaucoup d’attention.

Les engagements que nous avons pris concernent une période de trente
ans, puisque c’est ce qui a été décidé dans le contrat que j’ai signé hier.

Avec toute une série d’étapes que l’on pourra vous détailler, ou on pourra
répondre à vos questions, – mais de toute façon vous avez un dossier qui
est assez bien fait. Je voudrais dire que sur le plan architectural, ce projet
qui est conçu par Jean Nouvel l’architecte du musée du Quai Branly et de
beaucoup d’autres projets de par le monde, – ce musée comprendra 6000
m2 de galeries permanentes qui ouvriront par tranches ; 2000 m2 de
galeries d’expositions temporaires ; il disposera d’espaces d’accueil et de
services culturels et pédagogiques. Et donc l’ensemble des superficies de
ce Louvre Abou Dhabi est de 24 000 m2.

Nous avons pris un certain nombre d’engagements, de présentations
d’oeuvres issues des collections françaises des musées de France, – dont
une part significative en provenance des collections du Louvre. Et là
aussi, quelques ordres de grandeur je crois, sont importants à rappeler.

La tradition du Louvre et sa vocation universelle et son rayonnement font
que chaque année, entre les expositions internationales et les sorties
d’oeuvres sur le territoire français, c’est à peu près 1 400 oeuvres qui
sortent – j’allais dire des murs ou des réserves du Louvre pour être
présentées au public. L’engagement que nous avons pris concernant ce
musée, concernant donc le Louvre et d’autres musées français, est dans
un premier temps de 300 oeuvres avec une durée limitée d’exposition au
maximum, de 2 ans. Je crois que c’est très important à rappeler, sachant
d’autre part que, comme vous le savez, il y a un certain nombre d’oeuvres
qui ne quitteront jamais le territoire national : ni le musée du Louvre ni le
musée d’Orsay ni le musée Picasso ni aucun musée de France pour des
raisons de conservation, puisqu’il n’est pas question de la moindre
manière, de menacer l’intégrité physique des oeuvres. Nous avons donc
pris des engagements pour que ces expositions et ces collections
permanentes et les expositions temporaires soient de haut niveau. Je
rappelle ces chiffres pour tout simplement, faire mesurer clairement les
choses.

Deuxièmement, ce qui est très important, c’est de savoir aussi, et c’est
notre fierté, que selon les cas et selon les musées, c’est entre 5 et 10 %
des réserves des musées qui sont présentées aujourd’hui au public. Ce
qui veut dire que les projets nouveaux et que la participation à un certain
nombre d’expositions temporaires ou de collections permanentes, ne
menacent d’aucune manière l’attractivité du musée du Louvre, du musée
d’Orsay et des principales institutions culturelles qui participeront à cette
opération.

Bref, c’est un magnifique défi que nous relevons et je suis extrêmement
fier, avec Francine Mariani-Ducray et avec Henri Loyrette et avec
l’ensemble des responsables des grandes institutions culturelles de notre
pays, de l’avoir mené à bien.

Pour le mettre en oeuvre, il sera donc créé une Agence internationale des
musées de France qui permettra, à travers et autour de ce projet, et peut-être
autour d’autres projets, de mettre en oeuvre concrètement les
engagements que nous avons pris.

Cette agence regroupera les forces de travail et les compétences de
plusieurs grandes institutions nationales : Le Louvre, le Centre Pompidou,
le musée du quai Branly, le musée d’Orsay, le château de Versailles, le
musée Guimet, la Réunion des musées nationaux. Car le projet est d’une
ampleur et d’une complexité telles, qu’aucune des institutions nationales
françaises ne pouvait, à elle seule, le mener à bien en totalité. Bref, je
crois que ce projet est très emblématique de notre volonté de
rayonnement culturel extérieur.

J’étais très fier vendredi, d’être à la Nouvelle-Orléans, pour l’inauguration
de deux expositions. L’une faite par la BNF, sur quatre siècles d’amitié
entre la Louisiane et la France. L’autre par le Louvre, le musée d’Orsay et
par 45 musées nationaux, présentant une magnifique exposition sur le
thème de la femme, de Daumier à Picasso, avec 83 tableaux, qui ont
donc marqué la réouverture du musée de la Nouvelle-Orléans, pour faire
en sorte que cette ville retrouve son attractivité culturelle et artistique.

Nous somme et nous resterons très mobilisés sur ce rayonnement culturel
extérieur, de la même manière que j’ai rencontré le directeur du High
Museum d’Atlanta, pour lui dire à quel point nous étions fiers, nous
Français, du succès remporté par les différentes expositions du Louvre à
Atlanta.

Je salue, bien évidemment, dans cette opération, la possibilité pour nous,
d’interventions majeures et nouvelles pour la vie de nos musées en
France. Le Premier Ministre a rendu un arbitrage que je salue : les
moyens dégagés par cette opération ne seront pas versés abstraitement
dans les caisses de l’Etat, ni globalement au ministère de la Culture pour
des opérations de fonctionnement, mais seront directement affectés à des
opérations d’investissement concernant nos musées.

Notamment, chose très importante, qui va nous aider à relever un défi : la
mise en sécurité de nos réserves. Un Centre de réserves des musées de
France sera créé, notamment grâce aux produits de cette opération.

De la même manière, nous allons pouvoir accélérer un certain nombre de
politiques d’acquisition, qui sont essentielles pour toujours maintenir le
niveau d’exigence et d’attractivité, pour répondre à l’exigence scientifique,
légitime, des conservateurs de nos musées, qui parfois, pour telle
discipline, pour tel artiste, considèrent que nous devons acquérir un
certain nombre d’oeuvres supplémentaires. C’est évidemment quelque
chose de très important.

De la même manière, je salue les initiatives de soutien annoncées par les
Emirats Arabes Unis, notamment pour ce qui concerne l’aide qu’ils ont
décidé de nous apporter pour la restauration du château de
Fontainebleau.

Toute une série de décisions très positives sont prises pour que cette
opération fasse que, dans chacun de nos deux pays, il s’agisse,
évidemment, d’éléments très positifs.

Voilà, très simplement ce que je voulais vous dire.

Nous avons beaucoup de projets que nous allons formaliser, que nous
annoncerons dans les jours et les semaines qui viennent. Pour vous
montrer à quel point il s’agit à la fois d’un geste de présence, au moment
où la fureur du monde fait craindre l’intégrisme, le fanatisme et ce qui
concourt à la spirale du terrorisme. Considérer que la présentation
d’oeuvres d’art, que cet appel au coeur, que cet appel à l’intelligence, que
cet appel à l’ouverture d’esprit est une mission prioritaire, notamment d’un
pays comme la France, mais, en fait, de l’ensemble des pays du monde,
pour échapper à cette spirale dans laquelle nous sommes engagés : cette
opération est, de ce point de vue, très symbolique.

Elle dépasse de beaucoup la présentation d’oeuvres d’art. Par sa
localisation, par le symbole qu’elle représente, elle est, évidemment, la
volonté concrète de dialogue. Et je le dis à quelques jours de l’entrée en
vigueur définitive de la convention sur la diversité des expressions
culturelles, que nous avons fait adopter à l’UNESCO le dimanche 18
mars.

Nous avons discuté dans un climat particulièrement fructueux avec les
responsables d’Abou Dhabi, des Emirats Arabes Unis. Je crois pouvoir
vous dire que, sans attendre l’ouverture prévue pour la fin 2011 ou début
2012, du Louvre Abou Dhabi, les échanges vont commencer de façon très
opérationnelle. Aussi, pour permettre à un certain nombre de jeunes ou de
responsables d’Abou Dhabi de se former, de devenir d’authentiques
partenaires et des acteurs souverains, bien sûr, pour la gestion future d’un
tel musée. Il s’agit d’une grande coopération, une coopération que je
souhaite la plus fructueuse possible.

Remise des insignes de Chevalier dans l’Ordre des Arts et des Lettres à Muriel Robin

7 mars 2007

Chère Muriel Robin,

C’est un grand plaisir de vous accueillir aujourd’hui ici, pour honorer en
vous une très grande artiste. Vous dites souvent : « Je n’y suis pour rien, je
suis née drôle. » Ce don, qui sonne comme une fatalité, vous avez eu
l’audace de le prendre à bras-le-corps, vous l’avez travaillé, pour en faire
un atout immense. Vous avez très vite compris que le rire est la meilleure
arme contre les tensions, les incompréhensions, les petitesses
quotidiennes, les mesquineries, qui risqueraient, sinon, de tutoyer le drame,
l’horreur, ce que Cioran appelait « l’inconvénient d’être né ».

Mais la vie, vous la croquez à pleines dents. Le rire dépasse, réconcilie, il
masque, aussi, et cela, vous l’avez saisi très jeune. Cette vocation de
funambule, de clown en équilibre au-dessus d’un gouffre, qui sait grimacer
et doit parfois, pour dissiper le malaise, faire rire « pour ne pas mourir », je
vous cite, a nourri nombre de vos sketches, aujourd’hui cultes, comme vos
talents de comédienne.

Ces talents, je l’ai dit, sont précoces. Ils vous poussent à quitter, toute
jeune, votre ville natale, Saint-Étienne, pour apprendre le théâtre à Paris.

Vous remportez, la même année, les deux concours les plus prestigieux, le
Conservatoire, et l’École de la rue Blanche. Vous choisissez le premier, où
vous suivez la classe de l’éblouissant Michel Bouquet, votre mentor, votre
« père de théâtre », qui vous a toujours fait confiance, et dont vous
recherchez encore les conseils. C’est la première des trois plus belles
rencontres qui ont jalonné votre carrière.

Roger Louret est la deuxième. Dès le début des années quatre-vingts, le
metteur en scène vous offre vos premiers rôles dans sa compagnie, à
Monclar d’Agenais, dans le Lot-et-Garonne. Il devient par la suite l’horloger,
le maître du temps, qui règle celui tous vos spectacles.

La troisième, c’est celle de votre alter ego, votre double, votre plus grand
complice, Pierre Palmade, que vous croisez un soir, en 1988, au caféthéâtre
Le Tintamarre, alors que, tout juste sortie du Petit Théâtre de
Bouvard, vous vous apprêtez à partir tenter votre chance au Canada.

Trois semaines plus tard, vous êtes à Paris, sur scène, toujours au
Tintamarre, pour un nouveau spectacle, écrit avec lui, Les Majorettes se
cachent pour mourir, qui vous vaut une nomination aux Molières. Le
tandem fonctionne, vous ciselez, à quatre mains, des répliques
foudroyantes, devenues cultes, de véritables scènes de théâtre, dont la
brièveté n’a d’égale que l’intensité et la densité.

C’est le début d’une grande histoire d’amour ininterrompue avec le
public, qui vous applaudira de plus belle à chacun de vos nouveaux
rendez-vous, Un point c’est tout, en 1989, Tout m’énerve, l’année
suivante. En 1992, vous affrontez le redoutable Guy Bedos, pour un duo
explosif, qui obtient la Victoire de la musique du meilleur spectacle
comique. Vous remplissez les plus grandes salles, le Casino de Paris
avec Tout Robin, l’Olympia et le Zénith avec Muriel Robin, nouveau
spectacle, et enchaînez les succès, tandis que vos sketches deviennent
cultes. L’addition, le répondeur, Pépette, le testament, autant de
moments vécus, autant de tranches de vie à peine décalées, autant
d’instants « t » où tout semble sur le point de basculer dans l’absurde, la
folie, la crise.

Vous passez maître dans l’art de jouer les excentriques survoltées, les
femmes au bord de la crise de nerfs, aux répliques cinglantes, et au
verbe haut en couleurs. Vous épinglez ces petitesses, ces mesquineries
humaines, et nos lâchetés ordinaires avec une finesse, et une énergie
rares. Vous maniez l’exorcisme et la catharsis avec une grande habileté,
avec une grande tendresse, aussi, et beaucoup de compréhension.

C’est là sans doute la clé de votre succès, jamais démenti. « On n’est
jamais à l’abri d’une folie, d’une violence, d’une mort intérieure », avez-vous
déclaré. Et cette violence, ce gouffre présent en chacun de nous,
vous le frôlez, vous le taquinez, vous le moquez, pour mieux le
domestiquer, le surmonter, le sublimer.

Cette force, cette énergie, ce don pour l’écriture et la mise en scène,
nous vous en sommes tous reconnaissants. Vous en avez fait bénéficier
vos amis, Elie Semoun, pour son spectacle Elie et Semoun, Mimie
Mathy, pour J’adore papoter avec vous, et, bien sûr, Pierre Palmade,
pour le diptyque Ils s’aiment et Ils se sont aimés, avec Michèle Laroque.

Le nouveau millénaire est synonyme pour vous de nouvelles
expériences, d’une véritable renaissance. Vous tombez le masque de
clown, en faisant vos adieux à ce type de scène, à l’Olympia, à la fin de
votre tournée triomphale pour votre spectacle Toute seule comme une
grande.

En 2000, Mehdi Charef vous offre un très beau rôle dramatique dans le
film Marie-Line, où vous déployez toute la subtilité de votre jeu. Deux
ans plus tard, vous retrouvez les planches pour la pièce La Griffe, un
brillant huis clos familial dans une station service, sur fond de
mesquinerie, de jalousies contenues et d’espoirs frustrés. Du rire aux
ricanements grinçants, de la comédie grand public au drame, vous
savez tout interpréter, comme en témoignent, vos rôles plus récents
dans la comédie Saint-Jacques … La Mecque, de Coline Serreau, et
dans le téléfilm noir, Marie Besnard, l’empoisonneuse.

Mais la scène et le public vous manquent, et vous faites votre grand
retour en 2005, au Grand Rex, pour un spectacle étonnant, et
détonnant, Au secours ! Bien loin d’appeler à l’aide, vous y êtes au
contraire plus resplendissante que jamais, en meneuse de revue, la
taille corsetée, entourée de sept danseurs. Vous emportez votre public,
avec la vitalité que l’on connaît, dans l’histoire de Lisa, une jeune femme
qui monte une comédie musicale, « Blanche-Neige et les sept boys ».

Lisa, cette femme battante, travailleuse, qui cache ses angoisses, ses
blessures et ses drames intimes sous une apparence survoltée.

Cette hypersensibilité, à peine voilée par vos différents masques, vous
la partagez avec votre personnage. C’est sans doute, aussi, ce que le
public aime particulièrement en vous, cette générosité, cet engagement
de tous les instants en faveur des causes les plus nobles, aux côtés des
Restos du coeur, notamment, dont vous êtes l’une des marraines les
plus fidèles, aux côtés de la Chaîne de l’espoir, également, que vous
avez soutenue pour la construction d’un hôpital à Kaboul.

En vous distinguant aujourd’hui, je tiens à saluer, à titre personnel
comme au nom de la France, une artiste de grand talent, qui sait nous
faire passer du rire aux larmes, en incarnant toute la palette, toutes les
facettes des émotions humaines, et une femme de conviction, qui
touche les coeurs et les esprits de nos concitoyens, une femme engagée
dans la lutte contre les souffrances, les discriminations, les intolérances
de notre temps, et qui sait que l’humanisme est un combat de chaque
jour.

Muriel Robin, au nom de la République, nous vous faisons Chevalier
dans l’Ordre des Arts et des Lettres.

Remise des insignes de Chevalier dans l’Ordre des Arts et des Lettres à Annick Massis

7 mars 2007

Chère Annick Massis,

Je suis très heureux de vous accueillir aujourd’hui pour saluer en vous l’une des
plus grandes artistes lyriques de votre génération, une magnifique ambassadrice
du chant français sur la scène internationale, qui connaît un véritable triomphe,
en ce moment même, à l’Opéra national de Paris, où vous interprétez la
Princesse Eudoxie, dans La Juive d'Halévy. La finesse de votre interprétation,
votre puissance dramatique et votre extrême musicalité sont au coeur de
l'événement.

Si le mot vocation a un sens, alors, chère Annick Massis, vous l'illustrez à
merveille ! Passionnément attirée par l'art lyrique dès l'enfance, vous vous
heurtez aux réticences de vos parents, qui tentent de vous en éloigner, de toute
la force de leur tendresse et de leur expérience : un père baryton dans le Choeur
de Radio France et une mère cantatrice ne sont, paradoxalement, pas les
meilleurs alliés pour aborder la carrière ! Peut-être, simplement, cherchaient-ils à
éprouver votre conviction, parce qu'ils connaissaient mieux que quiconque
l'âpreté du métier que vous rêviez d'embrasser.

Mais les chemins buissonniers ne sont pas les moins efficaces. Vos études
d'histoire et d'anglais vous forgent de solides bases pour évoluer dans le monde
universel de l'art lyrique. Quant au métier d'institutrice, que vous exercerez
durant huit années, il vous permet d’ouvrir les portes de la pratique musicale à
vos jeunes élèves, et de vous laisser émerveiller par leur écoute de L'enfant et
les sortilèges et par leur imagination naissante.

Mais vous n’avez jamais renoncé à l'étude du chant. Vous apprenez tardivement
le solfège, rencontrez de grands maîtres et suivez une chaîne de hasards et
d'amitiés qui feront de vous cette “ soprano à la voix ailée ” demandée par les
maisons d'opéra du monde entier.

Disciple d'Isabel Garcisanz, élève dans les masterclasses de Régine Crespin et
les stages de Denise Duplex, vous rencontrez Gabriel Dussurget, fondateur du
Festival d'Aix-en-Provence, qui vous présente au chef d'orchestre Bernard
Thomas.

Une simple audition vous permet de débuter dans la Grand Messe en Ut de
Mozart, l'un des compositeurs phares de votre panthéon personnel.

C’est
ensuite tout un répertoire d'oratorio qui s'offre à vous, et des engagements, très
vite, dans la plupart des opéras de notre pays, où vous excellez, dans le
répertoire français du XIXe siècle.

En 1997, le Festival de Glyndebourne représente un tournant dans votre
carrière, désormais internationale. Vous êtes une Comtesse Adèle très
remarquée dans Le Comte Ory de Rossini. Lyrique, virtuose, plein d'esprit, ce
rôle, au-delà de la performance vocale, est l'un des plus drôles du répertoire. Il
vous permet de déployer la fantaisie et la présence scénique que l'on applaudira
aussi dans un rôle à votre démesure, celui de La Folie dans Platée de Rameau,
que vous chantez au Palais Garnier sous la direction exigeante de Marc
Minkowski. Vous brillez de la même façon dans Les Indes Galantes , sous la
direction de William Christie.

Le fait marquant de ces représentations n'est pas uniquement votre aptitude à
chanter un contre-ré, c'est aussi l’élargissement de votre répertoire au registre
baroque, pour lequel les meilleurs chefs vous réclament.

Mais les grands rôles dramatiques du répertoire italien vous offriront sans doute
vos plus grands triomphes. Je fais ici, bien sûr, allusion à vos débuts au
Metropolitan Opera de New-York, où vous chantez au cours de la saison 2002-
2003 le redoutable rôle-titre de Lucia di Lammermoor. La folie toujours !

La même saison, vous livrez toute l'étendue de votre palette. Vous enregistrez
Marguerite d'Anjou, de Meyerbeer, pour le label Opera Rara avec le London
Philharmonic Orchestra, et vous interprétez Teresa dans Benvenuto Cellini, de
Berlioz, au Théâtre Mogador avec l'Orchestre de Paris dirigé par Christoph
Eschenbach.

Vous qui déclarez “ cultiver un grain de folie ”, vous nous offrez l'image d'un
talent exemplaire et rigoureux, qui s'épanouit dans tout les répertoires.

Vous êtes aussi convaincante et émouvante en Ophélie du Hamlet d'Ambroise
Thomas, qu’en Leila des Pêcheurs de perles de Bizet, en Elvire des Puritains
qu’en Gilda de Rigoletto ou en Giuletta des Capulet et des Montaigu.
Vous aimez, je le sais, vous adapter à chaque style, avec une prédilection
cependant pour le grand répertoire romantique italien, ainsi que pour les grandes
pages du XIXe siècle français, que vous servez admirablement. Votre
interptétation de la Princesse Eudoxie nous en offre une fois encore un
témoignage éclatant.

Vous êtes l'un des fleurons de cette magnifique génération de chanteurs français
qui s'épanouit aussi bien dans Mozart, Offenbach, que dans le répertoire baroque
ou Ravel. Vous défendez leurs couleurs à Milan, à Vienne, à Barcelone, aux
Etats-Unis et en Angleterre, où vous êtes l'invitée des plus grandes scènes
lyriques. Je suis heureux de saluer ce soir une artiste véritable, diverse, et
audacieuse, qui fait rayonner la scène française au-delà de nos frontières.

Annick Massis, au nom de la République, nous vous faisons Chevalier dans
l'Ordre des Arts et des Lettres.

Remise des insignes de Commandeur dans l’Ordre des Arts et des Lettres à Mylène Demongeot

7 mars 2007

Chère Mylène Demongeot,

Je suis particulièrement heureux de vous recevoir aujourd’hui, pour vous dire
à la fois toute l'admiration que je vous porte, mais aussi et surtout la
reconnaissance de notre pays pour celle qui a toujours été une
ambassadrice d'exception de la culture française. Si votre nom est
aujourd’hui aussi évocateur, s'il tient une place si particulière dans le coeur
de tous les amoureux du cinéma, c’est parce que, par votre talent, votre
grâce, votre charme, votre regard, vous incarnez une manière d’être, de
jouer et de séduire, telle une vamp blonde et lumineuse, que l'on peut dire
typiquement française, et que vous avez su faire rayonner dans le monde
entier.

Votre carrière a commencé très tôt : vous n'aviez que dix-sept ans lors de
votre première apparition à l'écran, dans Les enfants de l'amour. La même
année, Marc Allégret vous engage pour tourner dans son film Futures
vedettes : voilà un titre qui vous convenait particulièrement bien ! En 1956,
vous vous trouvez en effet propulsée sur le devant de la scène par Raymond
Rouleau, qui vous choisit pour jouer dans Les sorcières de Salem, d’Arthur
Miller, dont le scénario était signé Jean-Paul Sartre. Ce rôle, aux côtés
d'Yves Montand et de Simone Signoret, révèle votre personnalité d'actrice,
bien loin de la simple image de reine de beauté dans laquelle l'ancien
mannequin que vous êtes était encore enfermée. Paris-Match vous consacre
sa une, et titre : "Une star est née".

La suite de l'histoire, c'est l'éclosion d'un
personnage à part dans le monde du cinéma français et international, à
travers une succession de très grands films. En 1957, on vous retrouve dans
Bonjour tristesse, la fameuse adaptation de Françoise Sagan, dirigée par
Otto Preminger, où vous jouez aux côtés de Deborah Kerr, David Niven et
Jean Seberg. La même année, Marc Allégret vous confie un rôle dans Sois
belle et tais-toi, pour lequel vous rencontrez Henri Vidal, ainsi que deux
illustres inconnus, nommés Jean-Paul Belmondo et Alain Delon ! Il y aura la
série des Fantômas, d’André Hunebelle, avec Jean Marais et Louis de
Funès, des Trois Mousquetaires, de Bernard Borderie, avec Gérard Barray,
et tellement de films, qu'il serait bien trop long de les citer tous ici !

Mentionnons simplement ceux que vous avez tournés avec votre mari,
aujourd'hui disparu, Marc Simenon : votre rencontre, à la fin des années
soixante, marquera le début d'une relation exceptionnelle, et d'une série de
films magnifiques, réalisés en commun, parmi lesquels Explosion ou encore
Signé Furax. Avec votre mari, vous vous lancez dans la production. Vos
apparitions au cinéma s'espaceront peu à peu, tandis que vous continuez
d'explorer de nouveaux domaines ; ainsi, on vous retrouve au théâtre, dans
des rôles très variés, aux côtés de Michel Serrault, puis de Daniel Auteuil ou
de Bernard Giraudeau. Vous publiez également plusieurs ouvrages, depuis
Les Lilas de Kharkov, allusion aux racines ukrainiennes de votre mère,
jusqu'à Animalement vôtre, où vous communiquez, de manière profonde et
touchante, votre amour sincère pour les animaux qui nous entourent.

Vous faites ainsi la preuve de vos multiples talents, de vos multiples
passions, mais aussi des émotions que vous avez su et continué de nous
faire partager. Et, puisque le temps n'a de prise ni sur le talent, ni sur la
passion, ni sur l’émotion, le public a eu la joie de vous retrouver au cinéma,
depuis quelques années, autant dans des films populaires, comme Camping,
l’immense succès de Fabien Onteniente, ou 36 quai des orfèvres, d’Olivier
Marchal, qui vous a valu une nomination aux Césars, que dans des oeuvres
plus engagées, parmi lesquelles Victoire ou encore La piste du télégraphe –
deux films qui plaident en particulier la cause des femmes.

J’ajoute que vous êtes particulièrement bouleversante, dans votre
interprétation, si belle, si touchante, si subtile et si fragile, du rôle de Katia,
dans La Californie, de Jacques Fieschi, aux côtés de Nathalie Baye, Roschdy
Zem, Ludivine Sagnier, d’après le roman de Georges Simenon, Chemin sans
issue, qui reflète peut-être, une part de l’ambiance de cet univers, de ce
microcosme, du monde des arts, du spectacle et de la création, que vous
connaissez si bien. Cette interprétation vous a valu, cette année, une fois de
plus, une nomination aux Césars.

C’est donc à une artiste complète, à une figure impressionnante du cinéma
français, dont quelques auteurs ont su capter particulièrement la puissance et
la profondeur de séduction et d’émotion, mais également à la femme
d’engagement, d’esprit et de coeur qui n’a cessé de donner, tout au long de
sa carrière, tant de bonheur à ses admirateurs, que je veux exprimer
aujourd'hui toute ma reconnaissance et celle de notre pays.

Mylène Demongeot, au nom de la République, nous vous faisons
Commandeur dans l’ordre des Arts et des Lettres.

Remise des insignes de Chevalier dans l’Ordre National de la Légion d’Honneur à Jacques Louvet

7 mars 2007

Cher Jacques Louvet,

C’est un grand plaisir, et un honneur, pour moi, de vous accueillir ici pour
saluer une vocation et un destin, celui d’un homme qui a su anticiper et
accompagner les bouleversements technologiques des médias, un
« pilote » pour son secteur professionnel, un précieux négociateur pour la
presse spécialisée.

Négociateur, vous l’étiez déjà au lycée Pasteur, pour ceux de vos
camarades de classe qui s’essayaient au théâtre dans la troupe du lycée et
qui formeront plus tard l’équipe du « Splendid ». Je ne résiste pas à l’idée
de rappeler une anecdote, pour laquelle il y a, je l’espère, prescription :
vous aviez su négocier une révision de la sanction prononcée à leur
encontre pour avoir monté dans la salle de classe la fiat 500 du professeur.

Pour reprendre l’une de vos phrases favorites : « c’était complètement
dément », mais pourtant vous n’aviez pas hésité à relever le défi que vous
imposait déjà le sens de l’amitié !

Compétence, engagement, fidélité, tels sont en effet les trois mots, les trois
valeurs de votre parcours.

L’aviation a été votre première vocation ; vous avez appris à piloter avant
de conduire. Mais vous avez dû ranger vos ailes pour répondre aux sirènes
d’une grande école de commerce. A la sortie de la promotion 1976 de
l’ESSEC, vous avez fait le choix de vos armes à L’Expansion, premier
journal économique français, comme chef de publicité d’abord, puis comme
responsable de la publicité internationale. Vos compétences ont grandi
avec le Groupe et vous êtes devenu directeur général de La Tribune, de
l’Agefi, de Télexpansion et gérant de La Lettre de l’Expansion.

Vous y acquérez une expertise des spécificités et des contraintes de la
presse française qui vous donne le goût de l’aventure.

C’est en 1991 que vous franchissez le pas en créant, avec un ami issu
comme vous de L’Expansion, Hubert Zieseniss, un groupe de presse
professionnelle avec Sete, société leader dans l’information de la chimie,
puis en 1994, avec Cosmedias, le premier groupe d’information
professionnelle dans le monde des industries de la beauté. Cosmédias
dont vous êtes le directeur général, édite des publications destinées à la
distribution et aux marques, ainsi que des journaux traitant des matières
premières aux noms évocateurs, Parfums cosmétiques actualités, Arômes
ingrédients additifs.

A la compétence professionnelle qui fait l’honneur de votre secteur, vous
alliez le sens de l’engagement.

Vous participez très tôt à la création de l’Association pour la promotion de
la presse magazine et vous devenez en 1989, membre du Comité
directeur du Syndicat de la presse parisienne (SPP).

Dès le développement de votre groupe de presse professionnelle en
1992, vous rejoignez le syndicat de la presse professionnelle (SPPRO),
dont vous assurez la présidence de 1997 à 2003.

Fédérant les principaux titres de presse professionnelle en France, vous
participez à la défense collective de leur image et à leur mission de
formation.

Cette conscience des enjeux de communication de la presse
professionnelle vous porte en 1993 à rejoindre le comité directeur de la
Fédération nationale de la presse spécialisée dont fait partie le syndicat
de la presse professionnelle, ou vous avez en charge la commission
publicité, et vous participez aux côtés du président Lionel Guérin, aux
négociations presse-poste. Vice président de la Fédération de 1998 à
2001, vous devenez secrétaire général, membre de la commission
paritaire des publications et agences de presse et, en 2005, vous êtes élu
par vos pairs, Président de la Fédération nationale de la presse
spécialisée et Vice-président de la Fédération nationale de la presse
Française.

La Fédération nationale de la presse spécialisée regroupe aujourd’hui
plus de 700 entreprises adhérentes et plus de 1400 publications dans les
secteurs agricole, médical, social, culturel et scientifique, économique,
juridique et politique, presse professionnelle et magazines spécialisés.

Vous avez grandement oeuvré à mettre en lumière le rôle essentiel de la
presse spécialisée dans notre société. Dans un environnement
bouleversé par l’avènement des nouvelles technologies, dans un monde
où les sources d’information sont devenues quasiment infinies, seules la
mise en perspective de l’information, sa vérification et son authentification,
sa lecture critique et sa hiérarchisation permettent au lecteur de lui donner
un sens et font la richesse de l’information écrite spécialisée.

En tant qu’acteur et défenseur de la presse spécialisée, vous avez
entrepris, Monsieur le Président, un combat à la mesure de votre
indéfectible énergie et trouvé un terrain de prédilection à l’expression de
vos passions.

Ce qui marque votre parcours exemplaire, c’est en définitive, et cela me
frappe, une grande fidélité, à vos choix de vie, à vos convictions, à vos
idées et, bien sûr, à vos amis que vous ne perdez jamais de vue et que
vous entraînez dans vos aventures.

En 2001, vous en donnez encore une illustration en créant l’association
des anciens de L’Expansion qui, tous, ont en commun une expérience
professionnelle dans un groupe de presse devenu mythique, fondé par
son créateur, Jean-Louis Servan Schreiber en 1967. Ce qui les rapproche
et c’est tout à votre honneur, c’est la conscience d’avoir acquis un savoirfaire,
et comme l’évoquait l’un de ses membres, Hervé Sauzay, « une
culture d’honnêteté et de solidarité ».

Entraide et solidarité, ce sont des valeurs dont vous avez su faire profiter
la presse spécialisée pour lui permettre de mieux répondre aux défis du
futur.

Jacques Louvet, au nom du Président de la République, et en vertu des
pouvoirs qui nous sont conférés, nous vous faisons chevalier de la Légion
d’Honneur.

Discours de Henri Paul, chef du cabinet du Ministre de la culture et de la communication, prononcé lors de la cérémonie de remise des insignes de Chevalier dans l’Ordre des Arts et des Lettres à Gisèle Tsobanian

6 mars 2007

Chère Gisèle Tsobanian,

Je suis très heureux de vous accueillir aujourd’hui, pour distinguer en vous
une grande femme de coeur, dans tous les sens du terme.

Celui, tout d’abord, de l’amour, et de la générosité, qui vous ont poussée à
fonder l’association « Les Toiles enchantées », en faveur des enfants
hospitalisés.

Mais celui, également, du courage, dont il vous a fallu faire preuve pour
mener à bien votre noble mission, et vous l’avez très joliment exprimé en
vous définissant comme « une idéaliste confrontée à une dure réalité ».

L’aventure des « Toiles enchantées » commence en 1994. Vous venez de
terminer votre travail, en tant qu’assistante de production, pour le film Un
Indien dans la ville. Quelques années plus tôt, alors que vous travailliez
dans la publicité, vous aviez offert un film à l’Association Enfance et
Partage, et vous aviez été particulièrement touchée, et émue, par ce projet.

A la sortie du film d’Hervé Palud, vous décidez donc d’organiser une
projection dans un hôpital, pour les enfants malades.

Votre rencontre avec le responsable de la communication de l’hôpital
Necker, qui accueille le projet avec beaucoup d’enthousiasme, est décisive.

Vous vous lancez tout entière dans cette magnifique aventure, déployant
une énergie rare pour rechercher des subventions, convaincre les
distributeurs de vous prêter des copies neuves des films, concevoir un
matériel de projection adapté, sensibiliser les hôpitaux, et, enfin, fonder
votre association, en 1997.

Depuis dix ans maintenant, vous êtes donc la bonne fée des « Toiles
enchantées », la marraine bienveillante, l’oreille attentive, l’âme même de
ce réseau d’amour et de solidarité que vous avez patiemment tissé, fil
après fil.

Depuis dix ans, votre équipe sillonne les routes de France, pour offrir aux
enfants hospitalisés des projections de films au moment même de leur
sortie en salle.

Vous contribuez à faire des hôpitaux de véritables lieux de vie, ouverts sur
le monde, et à la pointe de l’actualité culturelle. Vous offrez aux enfants la
possibilité de découvrir, en même temps que tout le monde, et sur grand
écran, les films en exclusivité.

Avec vous, les murs blancs des hôpitaux s’animent et se colorent, pour
laisser entrer la lumière, le rêve et l’espoir. Dans cette noble bataille,
vous avez su vous entourer des plus grands. « Est-ce qu’ils existent
vraiment les acteurs ? », vous a un jour demandé Pierre, un enfant de 6
ans. Quelle meilleure preuve que de les faire sortir de l’écran ?

Invités par « Les Toiles enchantées », des artistes se joignent donc
régulièrement à vous pour raconter leurs souvenirs de tournage ou
expliquer leur métier. Thierry Lhermitte, présent depuis le début, mais
aussi les Robins des Bois, Isabelle Nanty, Gérard Lanvin, Isabelle
Giordano, Clémentine Célarié, Elie Semoun, Benoît Poelvoorde, ou
encore José Garcia ont ainsi partagé des moments uniques avec les
apprentis cinéphiles.

Rendre le cinéma accessible à un jeune public malade dans les
établissements hospitaliers et valoriser son intérêt et les connaissances
cinématographiques de ces jeunes publics en leur présentant les films à
l’affiche, dès leur sortie nationale, ont conduit en 2007 un partenariat,
déjà bien engagé, entre le Ministère de la Culture (la délégation au
développement et aux affaires internationales) et les Toiles Enchantées
par la signature d’une convention les liant pour les quatre prochaines
années.

Je n’oublie pas, bien sûr, le Président de l’association, Alain Chabat, qui
a magnifiquement résumé l’esprit des « Toiles enchantées » : « Quand
les enfants ne peuvent aller au cinéma, c’est au cinéma de se
déplacer ! »

Oui, vous êtes une véritable femme de coeur. « Un coeur, écrit Paul
Eluard, n’est juste que s’il bat au rythme des autres coeurs ». Et le vôtre,
nous le savons, bat au rythme de tous ces coeurs d’enfants, que vous
faites vibrer intensément en leur ouvrant les portes du septième art.

Gisèle Tsobanian, au nom de la République, nous vous faisons
Chevalier dans l’Ordre des Arts et des Lettres.