Rubrique ‘Discours rue de Valois’

Remise des insignes de Chevalier dans l’Ordre national de la Légion d’Honneur à Laurent Bayle

5 mars 2007

Cher Laurent Bayle,

Je suis très heureux de vous accueillir, pour saluer en vous un acteur
majeur et un artisan patient des grandes et belles perspectives qui
s’ouvrent aujourd’hui pour le paysage musical de notre pays. La saison
2006-2007 aura été une étape décisive pour le développement de l’offre
musicale de la France, et pour son rayonnement, et vous êtes, cher
Laurent Bayle, à la croisée stratégique, et au coeur de ces nouvelles
ouvertures.

En quelques mois, un grand projet a abouti, et un nouveau a été lancé.

Je
parle, bien sûr, de la réouverture, très attendue, de la Salle Pleyel, pour
laquelle vous avez tant oeuvré, et de la mise sur orbite, souvent annoncée,
et enfin réalisée, de la Philharmonie de Paris. Le 5 avril prochain,
l’architecte lauréat du concours ouvert pour la maîtrise d’oeuvre de cet
équipement culturel de première importance, sera désigné.

Directeur général, depuis 2001, de la Cité de la Musique, vous êtes aussi,
depuis 2006, Président de cette mythique Salle Pleyel, rendue à la fois à
son histoire et à de nouvelles ambitions. Le projet qu'elle porte désormais
vous doit beaucoup, puisque durant plus de trois ans, vous avez présidé et
animé le groupe de travail chargé de le mener à bien. Depuis novembre
dernier, vous êtes également le Président de la Philharmonie de Paris, ce
grand auditorium de quelque 2400 places, qui ouvrira en 2012 dans le Parc
de la Villette.

Cette future institution, dotée de salles d’exposition, et d’un pôle
pédagogique que vous avez voulu ouvert à toutes les formes de musique,
et à tous les publics, renouvellera, en profondeur, l’approche de la musique
dans notre pays, et démultipliera le rayonnement de la France sur la scène
artistique internationale.

Croyez bien que je suis conscient de l'étendue de votre charge. Je sais,
cher Laurent Bayle, que vous saurez relever ce nouveau défi, avec
l’audace, le talent, et l’inventivité dont vous avez toujours fait preuve,
depuis le début de votre carrière. Ces qualités ont fait de vous une
personnalité toute désignée pour accompagner l’État dans sa volonté de
moderniser les conditions d'accueil des grandes phalanges nationales et
internationales, de diversifier les publics, et de faire entrer le concert
classique dans le XXIe siècle.

Alors que vous n'êtes vous-même ni musicien, ni compositeur, ni artiste,
vous êtes unanimement salué comme un virtuose, et un orfèvre en la
matière, vous qui avez marqué de votre empreinte le festival Musica,
l'Ircam, et la Cité de la Musique, fleurons de notre vie musicale.

C'est pourtant par le théâtre, dans votre ville natale de Lyon, que vous
êtes venu au monde du spectacle. Diplômé de Sciences Po, professeur
de Lettres Modernes, vous êtes très tôt attiré par l’animation culturelle.

Vous soutenez alors la démarche de la Compagnie La Satire, qui
déploie son action dans la banlieue lyonnaise. Vous faites vos premières
armes dans ce combat exigeant, qui consiste à conjuguer au quotidien
art et gestion, pour mener à bien une entreprise de spectacle vivant.
Vous passez maître dans cet exercice au Théâtre de l'Est lyonnais, où
vous êtes nommé Directeur adjoint en 1977, avant de devenir, dès
l’année suivante, Administrateur général de l'Atelier Lyrique du Rhin,
organisme associé à l'Opéra du Rhin. Vous accompagnez sa démarche
de création en faveur du genre lyrique contemporain, et vous devenez
un familier de la diversité des courants de la vie musicale.

Cette terre d'Alsace, sa position transfrontalière, sa vocation à l'échange
et à l'ouverture, vous retiendront durablement. En 1982, à la demande
du ministère de la culture et de la ville de Strasbourg, vous fondez une
manifestation qui devient rapidement un rendez-vous essentiel de la
création musicale contemporaine : Musica, le Festival international des
musiques d'aujourd'hui. On sait que Musica n'a, depuis, jamais cessé de
nourrir l'impulsion que vous avez su lui donner, pour favoriser la
rencontre de la création avec un vaste public, pour affirmer la
confrontation entre les esthétiques, et pour inscrire les nouvelles
générations dans le cours de l'histoire musicale. Vous êtes vous-même
toujours resté fidèle à ces principes, et au modèle de diffusion qui en
découle.

En 1987, vous rejoignez l’Institut de Recherche et Coordination
Acoustique/Musique, en tant que Directeur artistique, auprès de son
fondateur et Directeur, Pierre Boulez, qui vous proposera de lui
succéder en 1992. Vous creusez un peu plus profondément le sillon qui
rapproche cette fois la composition de la recherche ou de l'industrie, et
la création de la pédagogie.

Vous développez également les liens de l'Ircam avec les grands pôles
internationaux, lançant des tournées et scellant des partenariats
universitaires en Europe, en URSS, au Japon et aux États-Unis. Vous
faites émerger de nouvelles générations de musiciens, en créant un
département de pédagogie. Vous rendez ce lieu plus ouvert, plus
accessible à tous, y compris dans sa structure architecturale, dimension
qui vous a toujours intéressé. Pour que les nouvelles technologies ne
soient plus un domaine réservé, vous lancez le « Forum Ircam », qui
promeut l'utilisation des logiciels musicaux, et vous créez le Festival
Agora, pour une diffusion élargie des créations. En 1995, vous mettez
en place une médiathèque informatisée particulièrement performante.

Trois ans plus tard, vous innovez avec la création d'un département
danse, qui rapproche chorégraphes et compositeurs.

Je n'oublie pas votre mission de conseil aux programmes musicaux de
la Sept, durant les premières années de lancement de la chaîne, de
1987 à 1989, autre témoignage de votre magnifique vocation de
passeur.

Ces compétences, ce savoir-faire, cette expertise, qui vous permettent
d'appréhender de façon globale et prospective toutes les
problématiques de la vie musicale, nous savons avec quel talent vous
les avez mis, dès 2001, au service de la Cité de la Musique. Vous y
avez succédé à Brigitte Marger, qui, dès le lancement de ce grand
vaisseau, lui a donné un élan et un rôle phare au coeur de notre
paysage musical. A votre tour, vous en avez développé les activités,
accru la fréquentation, et diversifié les publics.

Sous votre direction, cette institution, qui mérite plus que jamais son si
beau nom, a confirmé son rôle fédérateur, et son identité pertinente et
plurielle. Sa programmation exigeante en fait un lieu de référence, un
lieu d'échanges entre répertoire et musiques populaires, entre
patrimoine et création.

L'action pédagogique de la Cité s'est également renforcée, et je m'en
réjouis, car vous savez combien je suis attaché à la proximité avec les
publics, au développement des pratiques et à l'étendue de
l'enseignement musical dans notre pays.

L'inauguration en octobre 2005 de la Médiathèque, que vous avez voulu
mettre en place dès votre arrivée à la tête de la Cité, me semble à cet
égard particulièrement emblématique. Le fonds qu'elle détient, son
projet éducatif, ses capacités d'accueil, et enfin sa situation symbolique,
sur ce que l'on appelle « la poutre », donnent la meilleure et la plus juste
image possible du rôle porteur et structurant de la Cité !

La France salue aujourd’hui, par ma voix, votre dévouement sans borne,
l’ambitieuse vision que vous portez, et les merveilleuses promesses que
vous incarnez pour sa vie musicale.

Au nom du Président de la République et en vertu des pouvoirs qui nous
sont conférés, nous vous faisons Chevalier de la Légion d'Honneur.

Déjeuner au consulat général sur le thème « les sociétés d’amis américains des musées » à New York

4 mars 2007

Mesdames, Messieurs,

Chers Amis,

Je suis très heureux d’être présent parmi vous aujourd’hui, pour ce
déjeuner placé sous le signe de l’amitié franco-américaine, une amitié qui
puise ses racines dans notre histoire, notre culture, et le soutien
indéfectible que de grands mécènes américains ont bien voulu apporter,
depuis de très nombreuses années, à nos monuments les plus
emblématiques.

Nous avons tous en mémoire ce que la résurrection de Versailles, au
lendemain de la Première Guerre mondiale, puis dans les années
cinquante, doit à John D. Rockfeller Jr. Cette action se poursuit grâce aux
American Friends du château, qu’anime Mme Katherine Hamilton : la
magnifique restauration du Bosquet des Trois-Fontaines, par exemple,
n’aurait pu se faire aussi vite sans leur mobilisation. Des associations
américaines se sont également constituées autour de l’Opéra de Paris, du
Centre Pompidou, du musée du Louvre qui dotent ces établissements de
moyens nouveaux venant abonder les crédits publics et le mécénat des
entreprises françaises ou européennes. Le musée national francoaméricain
de Blérancourt, symbole de l’amitié entre nos deux pays, a pu se
lancer dans d’importants projets de rénovation et d’extension grâce au
soutien de l’association que préside Mme Eugénie Anglès.

Le projet « Châteaux de la Loire »

Les châteaux de la Loire, situés de part et d’autre du Val de Loire, classé
au patrimoine mondial par l’UNESCO, constituent un ensemble historique
et artistique unique au monde : c’est l’un des éléments majeurs du
rayonnement culturel et touristique de notre pays, que nos amis américains
connaissent bien. Leur sauvegarde et leur animation constituent un enjeu
important de développement économique pour le Val de Loire.

Au printemps dernier, lors d’une visite au château de Chenonceau, j’ai
donc lancé, en liaison avec M. Craig Stapleton, l’ambassadeur des Etats-
Unis en France, le projet de création d’un organisme de droit américain qui
concourra à la sauvegarde et à la mise en valeur des châteaux de la Loire
publics et privés. Le duc de Luynes, Mme Menier, propriétaire de
Chenonceau, M. Philippe Martel, Directeur général du château de
Chambord ont adhéré d’emblée à cette idée. Pour favoriser la création de
cet organisme “non profit” et lui offrir un interlocuteur en France, une
association de droit français a été mise en place à mon initiative, et des
fonds du Ministère de la Culture et de la Communication lui ont été
attribués pour lui permettre de démarrer ses travaux.

L'action de cette association intitulée “ Rayonnement des châteaux de la
Loire ”, mise en place dès octobre (Création publiée au Journal Officiel, le
30 décembre 2006), concerne 41 monuments du coeur de la France, le
long du Val de Loire : Chambord, Amboise, Blois, Chenonceau, Azay le
Rideau, Brissac, jusqu'à Angers, pour ne citer que les plus fameux,
demeures royales et aristocratiques de la Renaissance, encore
propriétés, pour un certain nombre d'entre elles, des grandes familles qui
les ont fait vivre.

Les membres décisionnels de l'association sont : Monsieur Jean
Guéguinou, Président, ancien Ambassadeur de France auprès de
l'UNESCO, Madame Laure Menier, propriétaire du château de
Chenonceau, Monsieur Charles-André de Brissac, respectivement
premier et deuxième Vice Présidents.

L'association a d’ores et déjà entrepris de définir les activités éducatives,
universitaires, culturelles au sens large, qui constituent la base des
échanges à construire entre le club des châteaux et diverses institutions
américaines, et, partant, de l'offre à proposer à ses partenaires. Elle
communiquera son programme en mai 2007, et annoncera dans le même
temps la création de la structure américaine autour de la personnalité qui
en assurera la présidence.

Parallèlement, elle s'emploie à constituer un véritable catalogue de projets
à soutenir pour la sauvegarde et la mise en valeur des monuments
concernés, assorti des contreparties qui seront offertes aux mécènes.
Cette action innovante, d'envergure internationale, qui tourne aussi ses
regards vers l’Asie, contribue à renforcer les liens historiques et les
solidarités intellectuelles entre la France et les Etats-Unis, dans la droite
ligne de ce qui est déjà entrepris autour du Louvre ou de Versailles.

Le développement du château de Fontainebleau

Témoignage continu de l'histoire de France du XIIe au XIXe siècle, seule
résidence souveraine intégralement conservée dans son dernier état
d'ameublement, le château de Fontainebleau est inscrit au patrimoine
mondial de l'UNESCO. Il occupe une place majeure dans le patrimoine de
notre Nation, par l'ampleur des formes de son architecture et de ses
collections d'art décoratifs, par la valeur évocatrice et démonstrative de
ses décors intérieurs et de ses jardins.

Les qualités exceptionnelles de conservation de cet ensemble
considérable en font un site unique, qui permet également d'appréhender
de façon sensible et vivante le fonctionnement de l'institution monarchique
et l'histoire de France.

Sans cesse agrandi et embelli par les différents souverains qui l'ont
occupé, exemple unique d’une résidence aimée et régulièrement habitée
pendant huit siècles, le château de Fontainebleau a mérité la phrase
nostalgique de Napoléon 1er dans son exil : “ Voilà la vraie demeure des
rois, la maison des siècles […] c'était ce qu'il y avait de plus
heureusement situé en Europe… ”

Les atouts et les richesses exceptionnelles de Fontainebleau restent
jusqu’à aujourd’hui insuffisamment exploitées. Il mérite que l’on s’y
intéresse, que vous vous y intéressiez, au même titre que Versailles.

J’ai donc tenu à définir un programme de développement et de
restauration ambitieux, qui vise à élargir l’offre culturelle et à accueillir un
très vaste public. Le rattachement, en 2006, des anciennes grandes
écuries Louis XV au domaine national, la restauration de la grille de la
cour d’honneur – la célèbre “ Cour des Adieux ”, la réouverture d’espaces
historiques jusqu’à présent fermés à la visite, comme l’appartement dit du
Pape et des Reines Mères, l’ouverture d’un point de restauration, mais
aussi la mise en place d’un pôle pédagogique, et la reconduction de
l’opération “ Les Portes du temps ”, tournée vers des jeunes publics
défavorisés, sont les premières étapes de ce vaste plan destiné à réveiller
la “ belle endormie ”. Mais bien d’autres ensembles d’un intérêt
exceptionnel, comme le Grand Parterre de Le Nôtre, la Salle de Bal
décorée par Nicolo dell’ Abate sur les dessins de Primatice, ou les petits
appartements de l’empereur Napoléon et de l’impératrice, pour ne citer
que quelques exemples majeurs, appellent également tous nos soins.

C’est un plan audacieux, à la hauteur de ce monument emblématique du
génie français, où nous pouvons lire un pan entier de l’histoire de France,
de notre histoire dans sa dimension universelle. Car le patrimoine, ce ne
sont pas seulement de vieilles pierres, aussi belles et vénérables soientelles,
c’est la trace bien vivante, bien présente, de la construction de notre
identité à travers les siècles.

De grandes entreprises françaises comme le Crédit Agricole, mais aussi
l’INSEAD –l’Institut européen d’administration des affaires –, “ a Business
School for the World ”, nous ont déjà rejoints sur ce projet.

Je souhaite que ces deux projets, ambitieux, prestigieux, et
emblématiques, rencontrent l’intérêt de nombreux partenaires.

Je vous remercie.

Remise des Insignes de Chevalier dans l’Ordre des Arts et des Lettres à Jason F. Isaacson

3 mars 2007

Cher Jason F. Isaacson,

C’est un grand plaisir pour moi de rendre hommage aujourd’hui à un grand
ami de la France, un artisan inlassable de la paix et du dialogue des
civilisations, et un humaniste fervent, dont toutes les actions pourraient
découler de cette célèbre maxime de Térence : « Je suis homme et rien de
ce qui est humain ne m’est étranger. »

Avant de vouer votre vie professionnelle aux nobles causes que défend
l’American Jewish Committee, vous avez été chef de cabinet (Chief of
staff) du Sénateur du Connecticut, Christopher J. Dodd. Vous vous êtes
alors particulièrement impliqué dans la politique internationale, notamment
vers le Moyen-Orient, l’Europe de l’Est et l’Amérique latine, et dans les
affaires familiales (domestic affairs), relatives surtout à l’enfance.

Votre engagement au service de l’autre, votre ouverture, et votre grande
expertise des relations internationale vous valent d’être nommé en 1991
Directeur des relations gouvernementales et internationales (Director of
Government and International Affairs) de l’American Jewish Committee.

Depuis plus de quinze ans, vous êtes donc un artisan infatigable de l’amitié
israélo-américaine, de la paix au Moyen-Orient, et, nous vous en sommes
infiniment reconnaissant, de la coopération transatlantique. En 2003, vous
avez coordonné la création de l’Institut transatlantique, un organisme affilié
à l’American Jewish Committee, basé à Bruxelles. Vous en supervisez
aujourd’hui le programme.

La coopération franco-américaine, forgée par des siècles d’histoire, et de
culture, vous en écrivez aujourd’hui un nouveau chapitre, en contribuant à
faire connaître aux Etats-Unis, l’hommage que la Nation française a rendu
aux Justes de France, marqué par une cérémonie au cours de laquelle a
été présentée la création d’Agnès Varda.

Vous êtes un formidable ambassadeur, auprès de la communauté juive et
de toute la société américaines, de la culture française et de la lutte active
que nous menons, dans notre pays, contre toutes les formes de racisme et
d’exclusion. Plus qu’un ambassadeur, vous en êtes même un acteur de
tout premier plan, qui propose des solutions concrètes pour lutter contre
ces fléaux. Ces solutions, vous les avez déjà expérimentées, avec succès,
aux États-Unis.

Je salue aujourd’hui un brillant homme d’esprit et de convictions, un
analyste passionné de la vie politique et des relations internationales, et
un acteur de tout premier plan de la paix et de la réconciliation. Un grand
amoureux de la France, enfin, de notre culture et de ces valeurs que nos
deux pays partagent, et que vous incarnez brillamment.

Jason F. Isaacson, au nom du Président de la République, et en vertu des
pouvoirs qui nous sont conférés, nous vous remettons les insignes de
Chevalier dans l’Ordre des Arts et des Lettres.

Dîner de l’American Jewish Comittee présentant l’exposition « les Justes » d’Agnès Varda

3 mars 2007

Monsieur le Président de l’American Jewish Committee,
cher Robert Goodkin,

Madame la Membre du Congrès, chère Nita M. Lowey,

Monsieur l’Ambassadeur de France aux Etats-Unis d’Amérique,
cher Jean-David Levitte,

Monsieur le Cardinal,

Monsieur le Vice-Président de la Fondation pour la Mémoire de la Shoah,
cher Serge Klarsfeld,

Mesdames, Messieurs,

Chers Amis,

Je suis très heureux d’être présent parmi vous ce soir. Je tiens à remercier,
avant toute chose, l’American Jewish Committee, à l’origine de ce dîner.

Cette soirée est placée sous le signe de la justice, de la mémoire, de la
paix et de l’amitié profonde qui lie nos deux pays. Une amitié qui puise sa
force dans nos valeurs communes, dans notre culture, dans les destins
étroitement liés de nos Nations, dans notre Histoire, dont nous mettons en
lumière aujourd’hui, à travers la création d’Agnès Varda, un chapitre
essentiel, et des héros dont il nous revient de perpétrer le souvenir, mais
aussi le combat.

Il y a à peine plus d’un demi-siècle, l’Europe, terre de l’humanisme, patrie
des Lumières, de la raison et de la tolérance, a sombré dans la barbarie,
déchirée par un conflit fratricide, emportée par la folie criminelle de
l’idéologie nazie. Dans ces heures sombres, dans la France occupée,
terrorisée, défaite, des hommes et des femmes se sont levés sur notre
territoire pour défendre, au péril de leur vie, ces principes de liberté,
d’égalité, de fraternité, inscrites au frontispice de leurs édifices
républicains, et plus profondément encore gravées dans leurs âmes et
dans leurs coeurs.

Les Justes de France ont accueilli, caché, sauvé, au mépris du danger, des
hommes, des femmes, des enfants, des familles entières, persécutés pour
le seul crime d’être nés Juifs. Grâce à le courage de ces Français
« ordinaires », qui n’ont jamais cherché les honneurs, grâce à leur
générosité, les trois-quarts des Juifs de France ont pu être sauvés. Ils ont
ouvert, ainsi que l’a nommée Simone Veil, Présidente de la Fondation pour
la Mémoire de la Shoah, jusqu'au 5 février dernier, « une page de lumière
dans la nuit de la Shoah ». Une page d’espoir, et de foi profonde en
l’homme, dans les ténèbres de la lâcheté et de la violence.

2693 Justes, de toutes régions, de tous milieux, de toutes convictions, ont
été identifiés en France, à ce jour, grâce aux témoignages de ceux qui leur
doivent la vie, et reconnus par le Mémorial de Yad Vashem. Comme l’a
déclaré le Premier Ministre, en inaugurant le « Mur des Justes » au
Mémorial de la Shoah, le 14 juin dernier, « leur souvenir constitue pour
nous une consolation mais aussi une exigence ».

Oui, leur souvenir est une exigence, un devoir, ce « devoir de mémoire »
que brandissait Primo Levi. C’est tout le sens de l’hommage que la
France, par la voix du Président de la République, leur a rendu, le 18
janvier dernier, au Panthéon, à l’initiative de Simone Veil. Cet hommage
s’inscrit dans la droite ligne des nombreuses actions que mène la France
en faveur de la transmission, de la diffusion, du partage de la mémoire de
la Shoah, dans toutes ses dimensions, dans toutes ses implications.

Le Président de la République m’a confié le soin de préparer cette
cérémonie, pendant laquelle une inscription honorant les Justes de
France a été apposée dans la crypte de ce monument qui, vous le savez,
abrite l’âme des plus grands hommes de notre Nation.

Parce que je crois profondément qu’il y a une urgence à donner à voir et à
entendre les destins, les motifs, le courage de ces hommes exceptionnels,
j’ai proposé à l’une de nos plus grandes réalisatrices, Agnès Varda, de
participer à cette commémoration, et de mettre en scène ces récits et ces
mémoires.

Le résultat a dépassé mes attentes, pourtant extrêmement fortes. Je sais
que vous avez été très émus, le mois dernier, en découvrant son oeuvre.
Fragments d’histoire collective, scènes tragiques et quotidiennes
reconstituées avec une extrême pudeur, portraits saisissants, tirés
d’archives diverses, dont les collections du Mémorial de la Shoah, cette
installation a retracé magnifiquement le dévouement et l’héroïsme discrets
dont ont fait preuve les Justes de France.

Cette création exalte des valeurs que nous partageons, ces valeurs qui se
sont incarnées dans cette chaîne humaine de solidarité et de courage, ces
valeurs pour lesquelles vos soldats ont donné leur vie, pour libérer notre
pays du joug nazi, ces valeurs qui fondent le respect mutuel et l’amitié
profonde qui lient nos deux nations, ces valeurs universelles, qui sont
magnifiquement résumées dans l’inscription qui figure sur la médaille des
Justes : « Quiconque sauve une vie sauve l’univers tout entier. »

C’est pourquoi je souhaite aujourd’hui que cette exposition circule aux
Etats-Unis, pour apporter un pierre de plus à l’édifice de notre histoire
commune, et pour exalter, notamment auprès du jeune public, le souvenir
de ces héros et de leur lutte contre la barbarie.

Les services culturels de l’Ambassade de France aux Etats-Unis
d’Amérique, piloteront ce projet, avec le concours de tous, et notamment
de la Fondation pour la Mémoire de la Shoah, et de l'Association des fils
et filles des déportés juifs de France, dont je salue le Président fondateur,
Serge Klarsfeld. Nous connaissons tous ses travaux remarquables, et son
combat de chaque instant pour la mémoire de cette période tragique de
notre histoire.

Je tiens à remercier chaleureusement, de nouveau, l’American Jewish
Committee, qui a bien voulu attirer votre attention sur cette grande cause,
et tout particulièrement Valérie Hoffenberg, qui contribue, depuis de
nombreuses années, au dialogue et au renforcement des liens entre nos
deux pays.

Je vous remercie.

Inauguration de la maquette de la Nouvelle-Orléans au siège de la Cour Suprême à la Nouvelle Orléans

2 mars 2007

Monsieur le Maire, Cher Ray Nagin,

Monsieur l’Ambassadeur de France aux Etats-Unis d’Amérique,
Cher Jean-David Levitte,

Mesdames, Messieurs,

Chers Amis

C’est pour moi un très grand plaisir, et un honneur, de remettre aujourd’hui
à la ville de la Nouvelle-Orléans, et aux bons soins de Madame Priscilla
Lawrence, directrice exécutive de The Historic New Orleans Collection, la
maquette de la Nouvelle-Orléans.

Cette maquette est le fruit de la passion et du travail méticuleux de deux
amoureux des notes bleues, Pierre Atlan, et son ami Pierre Merlin, aidés
de deux grands noms du jazz français, Jean-Christophe Averty et Claude
Luter. Permettez-moi d’y voir, plus largement, l’amour que la France a
toujours porté à votre ville, et le symbole de son engagement à vos côtés,
après la tragédie qui vous a touchés.

Nous avons sous les yeux 25 ans d’un patient travail de reconstitution à
l’identique de la ville de la Nouvelle-Orléans au début du siècle, à partir de
documents d’archives, de milliers de photos et de nombreux séjours dans
cette ville.

Le réalisme et la qualité de cette reconstitution, dont nous n’avons pu
retrouver qu’une partie, étaient tels, que Louis Malle l’utilisa en 1977, en
vue aérienne de nuit, pour le générique d’ouverture de son film La petite.

L’action se déroulait dans les maisons de plaisirs de Storyville, maisons
dans lesquelles se produisaient les plus grands noms du Jazz à leurs
débuts.

A l’époque de sa création, le souci d’exactitude des auteurs est allé jusqu’à
remplir les voies d’eau de l’eau même du Mississipi transportée en
bouteilles !

Cette maquette est un véritable symbole, un hommage rendu à cette ville à
laquelle la France est particulièrement attachée, mais aussi à laquelle le
monde entier doit une part essentielle de son patrimoine musical.

J’ai tenu, en 2005, deux mois après les ravages de l’ouragan Katrina, à
me rendre à la Nouvelle-Orléans, et à vous rencontrer, M. Ray Nagin. Je
suis fier d’avoir engagé, avec vous, de nombreux projets de reconstruction
de la vie culturelle de la ville :

– des concerts de soutien aux musiciens louisianais ;

– des accueils en résidence dans nos Centres culturels de rencontre ;

– un jumelage entre l’opéra de la Nouvelle-Orléans et l’opéra de
Bordeaux ;

– des dons de livres aux bibliothèques sinistrées ;

– l’exposition Femme, femme, femme, qui réunit plus de quatre-vingt
peintures françaises du XIXe siècle, et que je viens d’inaugurer, au
New Orleans Museum of Art ;

– une exposition d’archives sur 400 ans de présence française en
Louisiane, provenant de la Bibliothèque Nationale de France, dont je
viens également de célébrer l’ouverture, à la Historic New Orleans
Collection ;

– enfin, un projet fondateur, je l’espère, d’une riche coopération
patrimoniale : la restauration du « Passebon Cottage », dans le
quartier Tremé, en partenariat avec l’université de Tulane, French
Heritage Society et Maisons de France.

En témoignage de l’ensemble de ces projets de coopération, et en accord
avec la famille Atlan, j’ai décidé d’offrir en dépôt à la ville de Nouvelle-
Orléans cet ouvrage extraordinaire dont nous ne voyons aujourd’hui
qu’une partie, je vous le rappelle, mais une partie haute en symbole,
puisque l’on y reconnaît le Carré Français !

Je tiens à remercier chaleureusement les ateliers d’Alain Pras, présent
parmi nous aujourd’hui, qui en ont assuré la restauration délicate, et ont
soutenu cette opération.

Comme Madame Pierre Atlan, représentée aujourd’hui par Pauline Atlan,
à mes côtés, et Emmanuelle Atlan, je suis convaincu que cette oeuvre
connaîtra ici sa juste destination.

Je vous remercie.

Inauguration de l’exposition « 400 ans de présence française en Louisiane / Trésors de la bibliothèque nationale de France »

2 mars 2007

Monsieur le Directeur,

Mesdames, Messieurs,

Chers Amis,

Je suis très heureux d’être parmi vous aujourd'hui, dans cette Historic
New Orleans Collection, pour inaugurer l’exposition Quatre cents ans de
présence française en Louisiane : Trésors de la Bibliothèque Nationale de
France.

Comme j'ai déjà eu l'occasion de le dire ce matin, en ouvrant, au
New Orleans Museum of Arts, une exposition consacrée à l'émergence de
la figure de la femme moderne dans la peinture française du XIX° siècle,
nous observons aujourd'hui les fruits d'une collaboration très étroite qui
s'est accélérée, de part et d'autre de l'Atlantique, depuis deux ans. Ma
dernière visite dans votre ville date de Novembre 2005 ; je venais alors,
deux mois à peine après le dramatique passage du cyclone Katrina sur la
Nouvelle-Orléans, porter le témoignage de la solidarité, du soutien et de
l'admiration de la France, de tous les Français, aux habitants de la
Louisiane meurtris par ce drame. Cette admiration pour une population
courageuse qui avait su résister avec détermination dans une épreuve si
difficile, comme elle l’avait fait à de nombreuses reprises dans son histoire,
avait poussé les Français à contribuer, dans un grand élan de solidarité,
aux secours d'urgence pour une région avec laquelle ils entretiennent
toujours des liens historiques et affectifs très forts. Ce sont ces liens de
quatre cents ans que l'exposition que nous inaugurons aujourd'hui vient
éclairer, expliquer et renforcer à la fois.

L'élan de générosité de la France pour la Louisiane a été immédiat et
spontané, témoignant de cet attachement toujours aussi fort qui nous unit ;
il n'en a pas été éphémère pour autant : la visite que j'effectuais, peu après
la catastrophe, avec son Excellence Jean-David Levitte, ambassadeur de
France aux Etats-Unis, et Monsieur Henry Loyrette, Président-directeur du
musée du Louvre, avait aussi pour but de chercher des solutions et
d'esquisser des programmes de long terme pour accompagner
durablement l'effort de reconstruction en Louisiane. Il s'agissait en
particulier de relancer une coopération culturelle ambitieuse, et nous avons
pour cela engagé de nombreux chantiers dans les domaines du
patrimoine, de la musique, du livre, des archives, et bien sûr des musées.

C'est la raison pour laquelle cette inauguration revêt aujourd'hui une
importance toute particulière, puisqu'elle marque, au-delà d'un travail
artistique et historique commun, un succès emblématique des efforts
accomplis en étroite collaboration par des équipes françaises et
américaines pour donner une nouvelle impulsion à la vie culturelle en
Louisiane.

Dans cette nouvelle impulsion, l’exposition que nous ouvrons aujourd'hui
constitue une étape décisive. Elle a été proposée à la Historic New
Orleans Collection par le consul général de France à La Nouvelle-
Orléans, monsieur Pierre Lebovics, associé au Président de la
Bibliothèque Nationale de France, monsieur Jean-Noël Jeanneney. Grâce
à un travail intense de préparation en commun, la Historic New Orleans
Collection et la Bibliothèque nationale de France ont réuni un ensemble
absolument exceptionnel de documents et de pièces d’archives
extrêmement rares, qui témoignent de la présence de la France en
Louisiane depuis la découverte de cette région et jusqu’à nos jours. Ces
pièces sont issues de diverses collections, parmi lesquelles, outre les
ouvrages de la Bibliothèque Nationale de France, figurent des documents
appartenant à la Direction des Archives du ministère des Affaires
étrangères, et bien sûr à la Historic New Orleans Collection. Ainsi se
trouvent réunis des sources très différentes, scientifiques, géographiques,
littéraires ou diplomatiques, qui, réunies pour cette occasion unique,
apportent un témoignage particulièrement impressionnant de la richesse
et de l'intensité des liens qui unissent notre pays à votre Etat.

C'est pour ce témoignage qu'ils nous livrent que je veux remercier tous
ceux qui ont contribué à la réussite de cette belle exposition, en particulier
tous ceux qui en ont été à l'origine, ainsi que les commissaires de cette
exposition, monsieur Gilles-Antoine Langlois et monsieur Alfred Lemmon.

Avec toutes les équipes qui, sous la direction de madame Priscilla
Lawrence, accueillent cette manifestation dans le cadre magnifique de la
Historic New Orleans Collection, ils ont contribué à renforcer
l'attachement, déjà très ancien et pourtant toujours bien vivant, qui unit la
France à la Louisiane. Cet attachement continuera, dans les mois et les
années qui viennent, à se matérialiser à travers des opérations
ambitieuses d'aide à la reconstruction de la Nouvelle-Orléans ; pour ma
part, je veux en prendre l'engagement, notre coopération culturelle se
maintiendra et s'amplifiera. Nous sommes d'ores et déjà engagés dans
des programmes musicaux ou architecturaux ; je souhaite que cet
engagement se poursuive, afin que continuent de se développer, entre la
France et la Louisiane, les liens primordiaux de l'art, de l'histoire et de la
culture.

Je vous remercie.

Inauguration de l’exposition « Femme, Femme, Femme » au New Orleans Museum of art (NOMA)

2 mars 2007

Monsieur le Directeur,

Mesdames, Messieurs,

Chers Amis,

Je suis très heureux d’être parmi vous aujourd'hui, au New Orleans Museum
of Art, pour inaugurer l’exposition Femme, femme, femme : Images de la
femme dans la société française au 19e siècle. Ma dernière visite dans votre
ville date de Novembre 2005 ; je venais alors, deux mois à peine après le
dramatique passage du cyclone Katrina sur la Nouvelle-Orléans, porter le
témoignage de la solidarité, du soutien et de l'admiration de la France, de
tous les Français, aux habitants de la Louisiane meurtris par ce drame.

Cette
admiration pour une population courageuse qui avait su résister avec
détermination dans une épreuve si douloureuse, comme elle l’avait fait à de
nombreuses reprises dans son histoire, avait poussé les Français à
contribuer, dans un grand élan de solidarité, aux secours d'urgence pour une
région avec laquelle ils entretiennent toujours, depuis quatre cents ans, des
liens historiques et affectifs très forts. Je veux d'ailleurs saluer ici le travail
accompli par monsieur Pierre Lebovics, consul général de France à la
Nouvelle Orléans, qui a beaucoup facilité le déroulement des opérations de
solidarité mises en place par notre pays.

Si l'élan de générosité a été immédiat et spontané, il n'en a pas été
éphémère pour autant ; la visite que j'effectuais, peu après la catastrophe,
avec son excellence Jean-David Levitte, ambassadeur de France aux Etats-
Unis, et Monsieur Henry Loyrette, Président-directeur du musée du Louvre,
avait aussi pour but de chercher des solutions et d'esquisser des
programmes de long terme pour accompagner durablement l'effort de
reconstruction en Louisiane. Il s'agissait en particulier de relancer une
coopération culturelle ambitieuse, et nous avons pour cela engagé de
nombreux chantiers dans les domaines du patrimoine, de la musique, du
livre, des archives, et bien sûr des musées. C'est la raison pour laquelle cette
inauguration revêt aujourd'hui une importance toute particulière, puisqu'elle
marque un succès emblématique du travail commun accompli par des
équipes françaises et américaines pour donner une nouvelle impulsion à la
vie culturelle en Louisiane.

Ce n'est d'ailleurs pas la première fois que le New Orleans Museum of Art
est un lieu de rencontre entre la France et la Louisiane : fondé en 1910
par Isaac Delgado, il abrite une admirable collection d’oeuvres d’art
françaises constituée peu à peu grâce à la générosité de grands
collectionneurs, et développée encore par la politique d’acquisition
extrêmement ambitieuse que John Bullard a conduite depuis sa
nomination, en 1973. Une très belle sélection d’oeuvres de ce musée,
avec notamment l’emblématique Portrait d’Estelle Musson, peint par
Degas pendant son séjour de l’hiver 1872, avait été présentée au musée
des Beaux-Arts d’Orléans en 1984. A l'inverse, la France a été souvent
célébrée au New Orleans Museum of Art, comme en témoigne l’exposition
Peintures françaises du Louvre à travers cinq siècles organisée en 1953 à
l'occasion du cent cinquantième anniversaire de la cession de la
Louisiane. En 1995, 235 000 visiteurs se pressaient pour admirer des
oeuvres de Monet prêtées par le musée Marmottan ; en 1999, Degas et la
Nouvelle Orléans rassemblait plus de 192 000 visiteurs.

Femme, femme, femme se propose aujourd’hui d’explorer un sujet
nouveau, qui n’avait jamais fait l’objet d’une manifestation d’envergure :
l’évolution de la condition féminine tout au long du 19e siècle et jusqu’à la
fin de la guerre de 1914. La figure de la femme moderne apparaît ainsi à
travers les tableaux de peintres illustres, de Daumier à Picasso, en
passant par Manet, Toulouse-Lautrec, ou Degas, mais aussi dans des
oeuvres d’artistes moins connues du grand public, mais tout aussi
éclairantes. Représentations des femmes au quotidien dans la société
française, ces tableaux, au-delà de leur beauté picturale, sont abordés
comme des témoignages : il s'agit d'y discerner les nouveaux regards
portés sur la femme – y compris par les femmes elles-mêmes. La richesse
de cette perspective est due au travail exceptionnel qu'ont accompli les
commissaires de l'exposition, monsieur Francis Ribemont, directeur du
musée des Beaux-Arts de Rennes et membre du French Regional
American Museum Exchange, et madame Danièle Giraudy, directrice
honoraire des musées de Marseille. Ils sont notamment parvenus à
mobiliser une quarantaine de musées, qui ont accepté de prêter des
oeuvres dont certaines n’avaient jamais quitté l’hexagone. Je suis heureux
de voir ainsi se développer les liens amicaux et confiants qui se sont
noués entre les conservateurs français et américains.

Cette exposition a bénéficié d’un comité scientifique réunissant, de part et
d'autre de l'Atlantique, des personnalités d’un très haut niveau : monsieur
John Bullard, directeur du New Orleans Museum of Art, madame Victoria
Cooke, conservatrice du département des peintures européennes, et
madame Priscilla Lawrence, directrice de la Historic New Orleans
Collection, ont ainsi collaboré avec monsieur Henry Loyrette, Président-directeur
du musée du Louvre, monsieur Serge Lemoine, Présidentdirecteur
du musée d’Orsay et monsieur Rodolphe Rapetti, adjoint à la
directrice des musées de France. Ce comité exceptionnel a su donner à
cette exposition un relief tout particulier, et a permis d'en faire une grande
manifestation artistique en même temps qu'une source de choix pour la
recherche historique.

Cette exposition exceptionnelle n'aurait pu voir le jour sans leur travail, ni
sans le soutien des nombreux mécènes qui ont accompagné ce projet,
parmi lesquels le groupe Total ; qu'ils soient tous remerciés très
chaleureusement ici ! Par leurs efforts et par leur contribution, ils ont
rendu possible ce bel événement, qui marque avant tout la constance de
la solidarité qui a toujours uni la France à la Louisiane, depuis les champs
de bataille de Yorktown jusqu'aux plages de Normandie. Cette amitié sans
faille joue bien sûr dans tous les domaines, et nous sommes
particulièrement heureux aujourd'hui de manifester que notre solidarité,
au-delà des aspects matériels, se déploie également sur les terrains
essentiels de l'art, de l'histoire et de la culture.

Je vous remercie.

Elévation d’Agnès Varda à la Dignité de Grand-Officier dans l’Ordre National du Mérite à La Nouvelle Orléans

1 mars 2007

Chère Agnès Varda,

C’est un très grand plaisir pour moi, de vous rendre cet hommage inédit,
entre ciel et terre, à l’image de votre oeuvre unique, et inclassable, qui suit le
fil de votre inspiration vagabonde, et des rencontres prestigieuses qui ont
jalonné votre chemin.

Elève de Gaston Bachelard à la Sorbonne, étudiante à l'École du Louvre,
vous vous lancez dans votre première passion, la photographie, aux côtés
de Jean Vilar, au Théâtre National Populaire, deux ans après la création de
son désormais célèbre Festival d’Avignon. Vos clichés de Maria Casarès et
de Gérard Philipe vous valent votre première reconnaissance, et lorsque
vous décidez de vous essayer à la réalisation, c’est avec deux acteurs du
TNP alors débutants, Sylvia Monfort et Philippe Noiret. Votre premier longmétrage,
La Pointe courte, a pour monteur un jeune homme nommé Alain
Resnais.

Vous naviguez ainsi, dès vos débuts, pionnière de la réalisation féminine,
dans une constellation de futurs monstres sacrés du cinéma français.

Vous
connaissez rapidement de très beaux succès, Cléo de 5 à 7 décroche le Prix
Méliès en 1961, et Le Bonheur le Prix Louis Delluc, en 1965. Vous passez
d’un genre à l’autre, réalisant, avec la même aisance, des films de
commande pour les Châteaux de la Loire ou la Côte d’Azur, et un récit
onirique, Les Créatures, mettant en scène Catherine Deneuve et Michel
Piccoli. Vous suivez vos désirs et vous vous laissez happer par toutes les
surprises que vous réserve la vie. De passage à San Francisco, vous êtes
présentée à un dénommé Varda, un Oncle d’Amérique, peintre original, dont
vous faites immédiatement le sujet d’un film, Oncle Yanco, avant de réaliser
un documentaire sur les Black Panthers.

Instinctive, spontanée, vous êtes passée maître dans l’art du collage et des
associations d’idées, du coq-à-l’âne et des films gigognes. La rue du
quatorzième arrondissement où vous vivez, et vos voisins, vous inspirent en
1975 vos Daguerréotypes. Une vieille photo de 1954, oubliée dans une porte
de vos placards, vous souffle, en 1982, l’idée de votre film Ulysse, épopée
sur les chemins de vos souvenirs. En 1987, c’est Jane Birkin qui devient
votre muse, et vous faites de ses multiples visages autant de miroirs qui
vous reflètent, dans le « portrait-collage » Jane B. par Agnès V. Jacques
Demy, votre compagnon qui fut aussi votre plus fidèle complice, vous inspire
également un magnifique triptyque, Jacquot de Nantes, Les Demoiselles ont
eu 25 ans, et L’Univers de Jacques Demy.

Sans toit ni loi reconstitue des bribes de vie d’une jeune sans domicile
morte de froid, brillamment interprétée par Sandrine Bonnaire. Le film
remporte le Lion d'or à Venise, et le Prix Méliès en 1985. Dans Les
glaneurs et la glaneuse, en 1999, vous partez sur les traces de ces
glaneurs des temps modernes, qui récupèrent les restes, les rebuts, d’une
société consumériste, pour se nourrir, ou pour créer. Le film, magistrale
mise en abîme de votre métier de réalisatrice, vous voit, à votre tour,
devenir une glaneuse d’images, d’idées, d’instants de vie, que vous
assemblez et collez à votre manière, pour livrer des oeuvres uniques.

Ce goût pour les reconstitutions, les patchworks d’histoires, et pour les
mises en abîme du septième art, nous le retrouvons dans le film
inoubliable que vous avez réalisé, en 1995, pour célébrer un siècle de
cinéma. Michel Piccoli offre un visage à ce centenaire effrayé à l’idée
d’oublier ses meilleurs moments, qui convoque une pléiade d’acteurs et
d’actrices plus prestigieux les uns que les autres, pour les lui faire revivre.

Vous seule pouviez réaliser ce tour de force, ce tour de passe-passe,
cette plongée au coeur de cet art auquel vous avez consacré toute votre
vie. Cette passion, vous avez su la transmettre à vos deux enfants,
Mathieu Demy, comédien de grand talent, et Rosalie Varda, costumière et
décoratrice dont nous pouvons admirer la magie et la fantaisie dans les
dîners d’ouverture et de clôture du Festival de Cannes, et à la Plage des
Palmes.

En 2001, l’ensemble de votre carrière est couronnée d’un César, mais loin
de vous l’idée de vous reposer sur ses lauriers. En 2006, avec l’exposition
L’île et elle, vous envahissez la Fondation Cartier de vos installations, de
vos photographies et de vos vidéos, pour un hymne à l’île de Noirmoutier.

Et en janvier dernier, vous avez peuplé le Panthéon des visages
saisissants de héros discrets, des histoires extraordinaires d’hommes
ordinaires, qui ont choisi, pendant la Seconde guerre mondiale, de sauver
des femmes, des hommes, des enfants, des familles entières persécutés
pour le seul crime d’être nés Juifs. Votre installation, en hommage aux
Justes de France, poursuit aujourd’hui, avec nous, son voyage de l’autre
côté de l’Atlantique, où je souhaite qu’elle touche un très vaste public.

Je salue aujourd’hui une réalisatrice aussi libre qu’exigeante, une
photographe inspirée, et une « glaneuse » de génie, qui nous a entraînés
sur les chemins bohèmes de son imagination, pour nous offrir une
oeuvre libre, personnelle, sensible et poétique.

Agnès Varda, au nom du Président de la République, et en vertu des
pouvoirs qui nous sont conférés, nous vous élevons à la dignité de Grand
Officier dans l’Ordre national du Mérite.

Remise des insignes de Chevalier dans l’Ordre des Arts et des Lettres à Jean-Paul Alègre

28 février 2007

Cher Jean-Paul Alègre,

Oui, la création dramatique française est riche de promesses et d'avenir ;
oui, nous avons des auteurs, des textes et un public à fidéliser ou à
conquérir ; oui, nous avons pour y parvenir le tonus, la volonté et la
conviction. L'engagement de toute une profession auprès de l'État et le
rayonnement de notre scène théâtrale hors de nos frontières en
témoignent. Votre propre engagement personnel, votre talent et votre
succès aussi, cher Jean-Paul Alègre, et c'est pourquoi je suis très heureux
de vous distinguer aujourd'hui.

Votre vocation pour le théâtre a répondu à un double appel.

Tout d'abord, votre coup de coeur pour le théâtre américain, alors que vous
étiez jeune étudiant boursier outre-Atlantique. J'avoue être sensible à cet
épisode : l'expression artistique n'est-elle pas en effet le lien indéfectible
qui nous réunira toujours à nos amis des États-Unis où je pars demain – à
la Nouvelle-Orléans – pour témoigner que la solidarité passe par la culture.

D'autre part, il y a, bien sûr, votre participation à la grande aventure du
Théâtre du Soleil d'Ariane Mnouchkine.

Avec cette équipe généreuse et novatrice, vous participez à la production à
tous égards historique que fut « 1789 ». Ce n'est donc pas un hasard si
votre propre compagnie, fondée en 1970, se nomme Le Théâtre du Fil
d'Ariane. D'emblée, votre mise en scène d'une pièce de Vaclav Havel,
« Plein air », dont c'est la création en France, donne la mesure de vos
choix et de vos ambitions artistiques, et vous assure succès et
reconnaissance de la part du milieu théâtral.

De la mise en scène à l'écriture dramatique, il fallut pourtant bien plus
qu'un pas.

C'est près de vingt ans plus tard, en 1988, que vous l'avez franchi, non
sans audace il faut l'avouer, en écrivant dans l'urgence votre premier texte
dramatique « Écoute le bruit de la mer », pour sauver les meubles, en
quelque sorte, car vous vous étiez engagé auprès d'un lieu, auprès de
comédiens, pour la création d'une pièce de Samuel Beckett qui n'a
finalement pas eu lieu.

C'est dire combien vous connaissez, et de longue date, les aléas de la
création dramatique !

Aujourd'hui, vous êtes l’un des auteurs vivants les plus joués en France.

Toutes vos pièces sont éditées aux Éditions de l'Avant-Scène ou chez
Lansman Editeur. Vous êtes traduit dans une vingtaine de langues
(anglais, japonais, russe, arabe moderne, grec, espagnol, entre autres).

Leur diversité donne une idée de votre audience et de l'universalité de
votre inspiration. Les textes de vos débuts ont, très vite, été joués en
Hollande, en Côte-d'Ivoire, au Japon, au Brésil et dans le Maghreb. C'est
désormais dans plus de 30 pays à travers le monde que vous êtes
présent et reconnu.

Votre théâtre a en effet ceci de singulier et d'attachant qu'il concerne de
très larges publics et que, au-delà de ses qualités dramatiques, il sait
parler du théâtre, le mettre en partage, le faire aimer et comprendre.

Jouées en France et dans le monde entier par de nombreuses troupes et
compagnies professionnelles de haut niveau, vos pièces sont également
un terrain d'élection pour la pratique théâtrale des amateurs, un univers
dans lequel vous investissez beaucoup de votre talent et de votre énergie,
en véritable militant de la cause du théâtre.

Jeux de mots et jeux de rôles, clins d'oeil aux traditions du clown ou du
carnaval, poésie du verbe et des situations, sont des éléments-clés de
votre inspiration dramatique et de votre approche de la représentation.

Les albums et les livres que vous avez publiés sur l'art du maquillage ou
la pratique de l'animation, la vision tout à la fois technique et poétique qui
s'en dégage, témoignent aussi de la façon vivante, charnelle et
enthousiaste dont vous vivez votre statut d'auteur et d'homme de théâtre.

Ils éclairent de façon éloquente vos dons de passeur et de transmetteur,
votre intérêt pour la coulisse autant que pour la scène.

J'ai moi-même pu apprécier les résultats tangibles de votre engagement,
sur le terrain, lorsque je me suis rendu au Perreux pour y visiter l'Espace
Culturel des Bords-de-Marne. Vous en êtes le très actif Président. J'ai été
heureux, à cette occasion, d'accorder le statut de scène conventionnée à
ce vaste complexe culturel, qui fait une large place à la création
contemporaine et accueille plus de 5000 personnes chaque semaine. Le
rayonnement de ce lieu doit beaucoup, en effet, à votre engagement
auprès des collectivités locales.

Engagé dans la vie culturelle au plus près du terrain, vous l'êtes aussi, ô
combien, dans le devenir de l'écriture dramatique. Je salue votre action au
sein de l'EAT, les Écrivains Associés du Théâtre, dont vous êtes le
Président depuis le mois de Juin 2006.

Fondée il y a près de sept ans, d'abord présidée par Jean-Michel Ribes
puis par Michel Azama, cette association s'est fixé pour mission de
« remettre le texte contemporain au coeur du dispositif théâtral ». Elle
regroupe maintenant quelque 300 auteurs dramatiques et reçoit plus de 2
000 pièces par an.

Nous lui devons notamment l'organisation de rencontres, de débats, de
lectures, ainsi que des actions de promotion de l'écriture dramatique dans
le domaine de l'Éducation nationale, la mise en place d'un réseau régional
et international.

Vous apportez à cette Association, qui témoigne de la vitalité de la
création sur la scène dramatique française, votre optimisme, votre sens
du combat et votre inlassable attention à l'autre.

Vous savez que c’est la même énergie qui inspire mon action en faveur
de la création dramatique contemporaine, et cela plus que jamais, à
l'heure où nous réinventons la procédure d'Aide à la Création d'Oeuvres
Dramatiques, fer de lance du renouveau des écritures et de la constitution
d'un répertoire contemporain, et à quelques semaines de la remise du
3ème Grand Prix de Littérature Dramatique, que j'ai tenu à mettre en
place.

Oui, et pour reprendre vos propres mots, toujours hauts en couleur, c’est
avec bonheur que vous êtes un jour, et pour toujours, « tombé dans le
chaudron d'une passion dévorante pour les planches ».

Jean-Paul Alègre, au nom de la République, nous vous faisons chevalier
dans l'ordre des Arts et Lettres.

Remise des insignes de Commandeur dans l’Ordre des Arts et des Lettres à Bernard Sobel

28 février 2007

Cher Bernard Sobel,

Je suis fier de rendre hommage ici aujourd’hui, avec respect et émotion, à
une grande figure et à une conscience élevée de la scène française et du
théâtre de ce temps.

Il y a quelque chose de l'épure dans votre parcours.

Engagement, fidélité, exigence, en sont les maîtres-mots.

Le Berliner Ensemble… Gennevilliers… un répertoire dramatique inédit et
foisonnant, en sont véritablement les phares.

Metteur en scène, réalisateur, directeur de lieu : vous êtes bien plus que
tout cela, et rejoignez vous-même ceux que vous vous plaisez à nommer
« nos frères voyants », ces grands auteurs dramatiques, – car vous
préférez parler de poèmes dramatiques plutôt que de pièces de théâtre, –
ces poètes de l'âme, du verbe et de leur temps, qui font la richesse du
répertoire comme du théâtre contemporain.

« Le théâtre, – dites-vous, – doit donner du sens, il doit donner du
courage ».

C'est ce à quoi vous avez consacré votre vie d'homme, – d'homme engagé,
– vous qui, né en 36 de parents venus d’ailleurs, avez vécu les drames de
votre temps, l'enfance traquée, les doutes et la gravité de la génération
d'après-guerre, et connu ce sentiment aigu, et qui jamais ne vous a quitté,
que chaque instant de votre vie était à justifier.

Pour vous, le théâtre allait être cette justification. Vous y venez par le
cinéma, qui vous fascine dans votre enfance, et vous entraîne à l'Ecole de
cinéma de Babelsberg en RDA.

Là, c'est la rencontre décisive avec l'univers du Berliner Ensemble.

Vous y êtes assistant pendant 4 ans, de 1957 à 1960, puisant culture et
références aux sources mêmes du théâtre brechtien. Vous en nourrirez
désormais, avec une acuité toujours renouvelée, votre approche des
auteurs classiques et contemporains.

De retour en France, vous vous installez à Gennevilliers, salle des
Grésillons. En 1964, vous créez un groupe de théâtre amateur, l'Ensemble
Théâtral de Gennevilliers.

L'aventure se poursuivra 43 années durant, ne se démentira jamais, et
irriguera la vie et l'histoire du théâtre du XXe siècle.

L'on sait que votre action à la périphérie parisienne a revêtu un caractère
précurseur, et foncièrement fondateur. Votre premier spectacle
professionnel y est marqué du sceau de votre culture profonde, façonnée
à Berlin, dans le saint-des-saints brechtien, c'est « Homme pour
homme ».

En 1983, Gennevilliers devient Centre Dramatique National. En 1986, des
travaux embellissent le lieu et optimisent sa capacité d'accueil et de jeu.
Dès lors, – par votre talent de « passeur », par votre vision passionnée
des textes et des auteurs, par leur mise en perspective acérée, – vous
porterez cette scène au plus haut niveau, et n'y présenterez pas moins de
80 textes.

Grâce à vous, nous découvrons Ostrovski, en 1966 avec « Coeur
ardent », et nous le retrouvons il y a quelques mois pour un ultime succès,
celui de votre dernier spectacle en tant que directeur à Gennevilliers,
auquel je fus particulièrement ému d’assister, « Don, mécènes et
adorateurs ».

Grâce à vous encore, nous découvrons Heiner Müller, ou bien Isaac
Babel.

Grâce à vous, de Lessing à Genet, de Shakespeare à Claudel, de Molière
à Jarry, de Marlowe à Beckett, nous entendons de grands textes dans des
mises en scène qui font date. Vous convoquez également de grands
anciens ou la modernité la plus décapante, ainsi Euripide ou Sarah
Kane….

Il faudrait en citer bien d'autres, – tous ceux dont, sans cesse, vous vous
attachez à faire résonner la voix dans la cité, dans votre temps, dans les
esprits.

Vous ferez aussi de la salle des Grésillons le lieu d'accueil de jeunes
compagnies ou de metteurs en scène. Ils y fourbiront parfois leurs
premières armes. Ils auront pour noms Patrice Chéreau, Stéphane
Braunschweig ou Bruno Bayen.

Dans vos jeunes années berlinoises, vous avez eu la révélation que le
théâtre , « au moment où il s'élabore, est un lieu de dialogue, un lieu
public où on peut discuter ».

De ce « lieu de dialogue », vous avez fait un outil pour servir la mission
de service public du théâtre et votre conception profonde de la société et
du rapport à la culture.

Vous avez su défendre, avec subtilité et pugnacité, avec dignité et
humilité, le lien entre utopie et réalité dont le théâtre nous apporte un
ardent témoignage. Vous avez su concilier votre engagement pour un
théâtre populaire avec la conviction, – infiniment respectueuse de l'identité
de chacun et ô combien réaliste, – que la rencontre d'un individu avec la
dimension artistique procède d’abord d'une démarche intime et peut-être
secrète, et qu’en ce sens, elle n’est pas collective.

Tous les paradoxes du théâtre, cher Bernard Sobel, toute son apparente
fragilité et sa force unique, incroyable, pour dire l'époque, éveiller les
consciences et façonner les esprits, toute son aptitude à constituer une
mémoire collective, – vous avez su les réunir, les fédérer, pour en faire ce
langage vivant et si peu fugace qui reste aujourd'hui un recours majeur
pour créer le dialogue et susciter la compréhension.

Une de vos phrases, à propos de l'exercice de votre art, m'a beaucoup
impressionné : « Une étoile, je sais qu'elle n'existe plus et pourtant, je la
vois en tant que lumière ». N'est-ce pas là l'essence même de la
représentation théâtrale ?

C'est pourquoi je crois profondément en la force du théâtre, en l'action
structurante et fondatrice de ceux qui, – comme vous, – le servent avec foi,
raison, engagement. Je pense sincèrement, – comme vous, – que « l'art,
ce n'est pas du décor, c'est là où l'homme produit quelque chose de
vivant ».

Comme Jean Vilar, comme Antoine Vitez, – et d'une façon qui n'a jamais
été qu'à vous, – vous avez nourri notre conscience collective. Vous êtes
un grand passeur du répertoire classique et du répertoire contemporain.

Loin des modes et des dogmatismes, avec constance et pugnacité, vous
n’avez cessé d’apporter une ouverture sur le monde et sa pensée. Vous
avez conforté le théâtre et ceux que vous nommez les « poètes
dramatiques » dans leur rôle indispensable d'aèdes de la modernité.

Nous vous devons pour cela respect et gratitude.

Pour autant, cher Bernard Sobel, je souhaite que vous n'entendiez pas cet
hommage, qui, profondément, vient du coeur, comme un bilan!

Je sais que ce mot vous est étranger ! Il nous l'est aussi, à l'égard d'une
personnalité telle que la vôtre, dont l'Etat, et je m'en porte ici garant,
entend continuer d'accompagner le cheminement. Il importe que votre
aventure trouve maintenant à s'ancrer dans un lieu de transmission et de
formation des comédiens. Nous avons besoin de vous. Le théâtre et ceux
qui le servent ont besoin de vous.

Le théâtre de Gennevilliers ouvre aujourd'hui une nouvelle page de son
histoire, avec Pascal Rambert aux commandes, et en plein accord avec le
Maire de Gennevilliers, Jacques Bourgoin – qui est présent parmi nous, et
que je tiens à saluer – et le Département des Hauts-de-Seine. Je suis
heureux que cette mutation historique puisse se faire sous vos auspices,
puisque votre prochain spectacle en sera à l'affiche, rappelant que ce lieu
porte à jamais votre marque.

Bernard Sobel, au nom de la République, nous vous faisons Commandeur
dans l'Ordre des Arts et des Lettres.