Dîner de l’American Jewish Comittee présentant l’exposition « les Justes » d’Agnès Varda
Monsieur le Président de l’American Jewish Committee,
cher Robert Goodkin,
Madame la Membre du Congrès, chère Nita M. Lowey,
Monsieur l’Ambassadeur de France aux Etats-Unis d’Amérique,
cher Jean-David Levitte,
Monsieur le Cardinal,
Monsieur le Vice-Président de la Fondation pour la Mémoire de la Shoah,
cher Serge Klarsfeld,
Mesdames, Messieurs,
Chers Amis,
Je suis très heureux d’être présent parmi vous ce soir. Je tiens à remercier,
avant toute chose, l’American Jewish Committee, à l’origine de ce dîner.
Cette soirée est placée sous le signe de la justice, de la mémoire, de la
paix et de l’amitié profonde qui lie nos deux pays. Une amitié qui puise sa
force dans nos valeurs communes, dans notre culture, dans les destins
étroitement liés de nos Nations, dans notre Histoire, dont nous mettons en
lumière aujourd’hui, à travers la création d’Agnès Varda, un chapitre
essentiel, et des héros dont il nous revient de perpétrer le souvenir, mais
aussi le combat.
Il y a à peine plus d’un demi-siècle, l’Europe, terre de l’humanisme, patrie
des Lumières, de la raison et de la tolérance, a sombré dans la barbarie,
déchirée par un conflit fratricide, emportée par la folie criminelle de
l’idéologie nazie. Dans ces heures sombres, dans la France occupée,
terrorisée, défaite, des hommes et des femmes se sont levés sur notre
territoire pour défendre, au péril de leur vie, ces principes de liberté,
d’égalité, de fraternité, inscrites au frontispice de leurs édifices
républicains, et plus profondément encore gravées dans leurs âmes et
dans leurs coeurs.
Les Justes de France ont accueilli, caché, sauvé, au mépris du danger, des
hommes, des femmes, des enfants, des familles entières, persécutés pour
le seul crime d’être nés Juifs. Grâce à le courage de ces Français
« ordinaires », qui n’ont jamais cherché les honneurs, grâce à leur
générosité, les trois-quarts des Juifs de France ont pu être sauvés. Ils ont
ouvert, ainsi que l’a nommée Simone Veil, Présidente de la Fondation pour
la Mémoire de la Shoah, jusqu'au 5 février dernier, « une page de lumière
dans la nuit de la Shoah ». Une page d’espoir, et de foi profonde en
l’homme, dans les ténèbres de la lâcheté et de la violence.
2693 Justes, de toutes régions, de tous milieux, de toutes convictions, ont
été identifiés en France, à ce jour, grâce aux témoignages de ceux qui leur
doivent la vie, et reconnus par le Mémorial de Yad Vashem. Comme l’a
déclaré le Premier Ministre, en inaugurant le « Mur des Justes » au
Mémorial de la Shoah, le 14 juin dernier, « leur souvenir constitue pour
nous une consolation mais aussi une exigence ».
Oui, leur souvenir est une exigence, un devoir, ce « devoir de mémoire »
que brandissait Primo Levi. C’est tout le sens de l’hommage que la
France, par la voix du Président de la République, leur a rendu, le 18
janvier dernier, au Panthéon, à l’initiative de Simone Veil. Cet hommage
s’inscrit dans la droite ligne des nombreuses actions que mène la France
en faveur de la transmission, de la diffusion, du partage de la mémoire de
la Shoah, dans toutes ses dimensions, dans toutes ses implications.
Le Président de la République m’a confié le soin de préparer cette
cérémonie, pendant laquelle une inscription honorant les Justes de
France a été apposée dans la crypte de ce monument qui, vous le savez,
abrite l’âme des plus grands hommes de notre Nation.
Parce que je crois profondément qu’il y a une urgence à donner à voir et à
entendre les destins, les motifs, le courage de ces hommes exceptionnels,
j’ai proposé à l’une de nos plus grandes réalisatrices, Agnès Varda, de
participer à cette commémoration, et de mettre en scène ces récits et ces
mémoires.
Le résultat a dépassé mes attentes, pourtant extrêmement fortes. Je sais
que vous avez été très émus, le mois dernier, en découvrant son oeuvre.
Fragments d’histoire collective, scènes tragiques et quotidiennes
reconstituées avec une extrême pudeur, portraits saisissants, tirés
d’archives diverses, dont les collections du Mémorial de la Shoah, cette
installation a retracé magnifiquement le dévouement et l’héroïsme discrets
dont ont fait preuve les Justes de France.
Cette création exalte des valeurs que nous partageons, ces valeurs qui se
sont incarnées dans cette chaîne humaine de solidarité et de courage, ces
valeurs pour lesquelles vos soldats ont donné leur vie, pour libérer notre
pays du joug nazi, ces valeurs qui fondent le respect mutuel et l’amitié
profonde qui lient nos deux nations, ces valeurs universelles, qui sont
magnifiquement résumées dans l’inscription qui figure sur la médaille des
Justes : « Quiconque sauve une vie sauve l’univers tout entier. »
C’est pourquoi je souhaite aujourd’hui que cette exposition circule aux
Etats-Unis, pour apporter un pierre de plus à l’édifice de notre histoire
commune, et pour exalter, notamment auprès du jeune public, le souvenir
de ces héros et de leur lutte contre la barbarie.
Les services culturels de l’Ambassade de France aux Etats-Unis
d’Amérique, piloteront ce projet, avec le concours de tous, et notamment
de la Fondation pour la Mémoire de la Shoah, et de l'Association des fils
et filles des déportés juifs de France, dont je salue le Président fondateur,
Serge Klarsfeld. Nous connaissons tous ses travaux remarquables, et son
combat de chaque instant pour la mémoire de cette période tragique de
notre histoire.
Je tiens à remercier chaleureusement, de nouveau, l’American Jewish
Committee, qui a bien voulu attirer votre attention sur cette grande cause,
et tout particulièrement Valérie Hoffenberg, qui contribue, depuis de
nombreuses années, au dialogue et au renforcement des liens entre nos
deux pays.
Je vous remercie.
