Rubrique ‘Discours 2005’

Conférence de presse sur l’action en faveur de la danse

13 octobre 2005

Mesdemoiselles,

Mesdames, Messieurs,

Chers amis,

Je suis très heureux de vous accueillir aussi nombreux rue de Valois, au salon
des Maréchaux, aujourd’hui.

Parce que la danse est à mes yeux l’une des expressions artistiques les plus
accomplies et que je m’y suis toujours passionnément intéressé.

Parce que la danse, art vivant par excellence, art du mouvement, art majeur,
art fragile aussi, est au coeur de ma politique en faveur du spectacle vivant.

Parce que le soutien que l’Etat apporte à la danse dans notre pays est unique
au monde. Notre particularité est d’intervenir à tous les niveaux : autant par le
soutien aux grands établissements de formation, de production et de diffusion
qu’à un grand nombre de démarches individuelles et artistiques, à travers
l’aide aux compagnies, à la recherche, aux écritures chorégraphiques. Le
Ministère de la Culture et de la Communication n’est pas seul pour conduire
cette politique. A ses côtés, les collectivités territoriales, sont les interlocutrices
permanentes des Directeurs régionaux des affaires culturelles afin de
conjuguer les préoccupations d’ordre national et les besoins de chaque
territoire.

Le paysage chorégraphique, pourtant, n’est pas encore complètement
construit et nous devons encore oeuvrer afin de conforter durablement la place
de la danse à travers ses multiples pratiques sur tout le territoire, et au sein de
notre puissant réseau d’équipements culturels. C’est bien là l’objet du plan
d’action que je vous propose pour les années à venir, qui est orienté par trois
grands objectifs :

– mieux accompagner la carrières des interprètes et des créateurs ;

– partager les outils afin de renforcer les moyens dévolus à la danse et
élargir son audience ;

– enfin, veiller à la préservation et à l’enrichissement du répertoire de la
danse en nous souvenant que nous sommes responsables de la mémoire
mémoire de la danse.

1) Mieux accompagner la carrière des interprètes et des créateurs
Il a beaucoup attendu, beaucoup trop attendu, le premier chantier que je
souhaite ouvrir, celui du déroulement de la carrière des danseurs.

L’une des caractéristiques du métier de danseur est qu’il doit s’interrompre à
un âge qui permet encore de réelles perspectives professionnelles. Or la
question de l’accompagnement des danseurs vers cette seconde carrière n’a
pas été abordée jusqu’ici avec une détermination suffisante, à mon avis.

Anne Chiffert, inspectrice générale de l’administration des affaires culturelles et
Maurice Michel, inspecteur général des affaires sociales m’ont remis une étude
sur ce sujet délicat. Je tiens maintenant à ce que la responsabilité et
l’engagement du Ministère de la Culture et de la Communication se traduise
concrètement, dès 2006, pour favoriser l’accès des danseurs à des formations
les préparant à un second métier.

En 2006, je souhaite que le Ministère de la Culture et de la
Communication étudie, en lien avec le Ministère de l’Emploi, du Travail
et de la Cohésion sociale, les modalités de sa participation à un fonds
nouveau d’aide à la seconde carrière des danseurs constitué à l’AFDAS.
Mon Ministère affectera, dès l’an prochain, 300.000 – à cette action, et
dans les années suivantes il confirmera son engagement.

En 2006 encore, le ministère de la culture, en concertation avec le
ministère du travail et de l’emploi, en lien avec la caisse nationale
d’assurance maladie des travailleurs salariés, s’impliquera pour faire
reconnaître la pénibilité du métier de danseur.

Je souhaite par ailleurs ouvrir, avec le Centre national de la fonction
publique territoriale et la Réunion des opéras de France, une réflexion
sur la mise en oeuvre de dispositifs permettant d’encadrer la
reconversion des danseurs des ballets. Parmi les opéras de région, les
opéras nationaux de Lyon, de Bordeaux, du Rhin ont ouvert la voie en
créant des dispositifs originaux. L’Opéra national de Paris s’est
également engagé dans une action volontaire d’incitation et de
préparation systématique de ses danseurs aux fonctions de professeur
de danse.

Afin d’optimiser les possibilités de reconversion des interprètes, il
convient avant tout de sensibiliser les jeunes danseurs, dès leurs
années de formation, à préparer un parcours professionnel au-delà de
leur carrière de danseur. C’est pourquoi des espaces de découverte des
autres métiers des arts et de la culture seront progressivement
aménagés dans les cursus d’études dispensés par les écoles
supérieures de danse, à commencer par les deux conservatoires
supérieurs de musique et de danse de Paris et de Lyon. Les écoles
supérieures devront renforcer leur vigilance afin que les élèves soient en
mesure d’obtenir le baccalauréat simultanément à leurs études
chorégraphiques, et elles devront faciliter l’accès à des formations postbaccalauréat
de leurs élèves. Je n’ignore pas que ces priorités appellent
des moyens nouveaux, en termes de soutien financier et de personnel
d’encadrement ; je mesure le remarquable travail accompli par les six
écoles supérieures qui ouvrent l’une des principales portes d’entrée au
métier de danseur. Mais j’affirme ici notre responsabilité commune pour
que la préparation de la seconde carrière soit prise en compte dès le
moment où un jeune danseur s’engage dans un cursus de formation
supérieure et professionnelle.

Enfin, un diplôme national d’interprète sera créé en 2006. Ce diplôme
assurera aux professionnels une reconnaissance sociale plus forte,
facilitera leur mobilité professionnelle en Europe, et optimisera leurs
chances de reconversion ; il leur permettra en particulier, à terme, de
bénéficier d’équivalences et d’intégrer un cycle universitaire. Bien
entendu, les écoles supérieures ne sont pas la seule voie vers la
professionnalisation et l’existence de ce diplôme ne fermera pas la
porte à des parcours plus atypiques. Les chorégraphes engagent les
interprètes sur audition, pour la force de leur interprétation, pour les
techniques qu’ils maîtrisent et non sur la base du cursus qu’ils ont suivi.

Ensemble nous pouvons nous en féliciter, mais nous savons tous que la question de la mobilité professionnelle, de la réorientation se pose à
tous les danseurs et que, le moment venu, ce diplôme sera un atout.

Réussir la sensibilisation des élèves danseurs à leur seconde carrière
dès leur passage dans les écoles supérieures suppose de renforcer la
formation des formateurs à cette problématique complexe. J’ai donc
demandé à la direction de la musique, de la danse, du théâtre et des
spectacles, d’engager différentes actions, en lien notamment avec le
Centre national de la danse, afin d’améliorer cet aspect de la formation
des professeurs de danse.

Dans la vie d’un danseur, la préparation d’une seconde carrière se
construit tout au long de sa vie d’artiste et le Centre national de la
danse, à travers son département des métiers, est l’interlocuteur
privilégié des artistes. En 2006, ses moyens seront renforcés, et je
souhaite en particulier le charger de concevoir et de mettre en oeuvre
dès que possible, en lien avec les employeurs, l’AFDAS et l’ANPE, des
dispositifs adaptés permettant aux danseurs de faire le point à micarrière
sur leur évolution professionnelle et leur projet de vie. J’ai enfin
chargé la DMDTS, d’étudier en lien avec la Direction des relations du
travail du ministère du travail et de l’emploi, les modalités de mise en
place d’un lieu ressource dédié à la recherche médicale en danse, afin
de mieux appréhender les risques physiques liés à l’exercice de ce
métier si spécifique, qui met le corps des artistes à l’épreuve.

Dès l’aube de la carrière, l’insertion est un enjeu crucial. Les directeurs
de centres chorégraphiques et de ballets, ceux de certains Centres de
développement chorégraphiques ont pris des initiatives efficaces dans le
domaine de l’insertion qui viennent compléter l’action des jeunes ballets
attachés aux écoles supérieures et à certains conservatoires de région.

J’ai tenu à ce que le soutien financier que leur apporte le Ministère de la
Culture et de la Communication soit significativement renforcé en 2005.

J’ai demandé au Ministère de conforter ces actions par un appui
technique, et en particulier d’aider les responsables de ces projets à
utiliser au mieux les dispositifs de droit commun.

2) Partager les outils afin de renforcer les moyens de la danse et
d’élargir son audience

Les compagnies indépendantes sont le terrain sur lequel, chaque jour, la
danse se renouvelle.

En 2005, le nombre de compagnies chorégraphiques aidées par le
ministère de la culture et de la communication est de 224. Ces équipes,
aidées ponctuellement ou régulièrement, ne sont pourtant qu’une partie
de toutes celles qui aspirent à recevoir un soutien du Ministère de la
Culture et de la Communication et mes visites, partout en France, me le
montrent toute l’année.

Plusieurs innovations ou réorientations de l’action de l’Etat vont
intervenir en 2006. Elles doivent permettre d’accompagner les premiers
pas d’un artiste isolé, de mieux prendre en compte la réalité du travail
des compagnies non conventionnées et de resserrer les liens entre les
compagnies de danse et les théâtres.

1°) Je souhaite tout d’abord que le soutien de l’Etat aux compagnies
continue d’augmenter, comme il n’a cessé de le faire au cours des
dernières années. Cette progression se prolongera en 2006 afin
notamment que soit mieux pris en compte le temps de travail consacré à
la création, et que l’effort de consolidation des équipes, engagé cette
année, se poursuive.

2°) Par ailleurs, l’aide à la reprise, proposée aux compagnies depuis
2004, sera encouragée, afin d’offrir aux équipes artistiques un cadre
budgétaire qui leur permette d’organiser des tournées pour une
deuxième exploitation de leurs spectacles.

3°) en troisième lieu, je souhaite valoriser les projets individuels :
lorsqu’il n’est pas indispensable pour un artiste de se doter
immédiatement d’une compagnie, il pourra placer son projet à l’abri
d’une structure déjà constituée. J’engage les Centres chorégraphiques
nationaux à épauler, comme certains le font d’ailleurs déjà, les danseurs
qui en sont aux prémices de leur démarche de créateur. Ces jeunes
artistes pourront désormais obtenir une aide à la création apportée aux
structures intervenant en appui du projet. Cette mesure pourra
progressivement être étendue aux compagnies conventionnées. Mon
objectif est que, pour un artiste, la création d’une compagnie résulte d’un
vrai choix artistique et pas simplement d’une obligation juridique. Il s’agit
de créer un véritable compagnonnage.

4°) En quatrième lieu, j’ai décidé d’élargir le champ et les bénéficiaires
de l’accueil-studio. Je félicite les centres chorégraphiques nationaux
(CCN) qui, depuis 1998, parient sur l’ouverture et le partage de leur outil
de travail avec des compagnies émergentes. Dans ce domaine
également, on peut aller plus loin, j’en suis convaincu. Je souhaite en
effet permettre aux CCN d’accueillir des spectacles en partenariat avec
des théâtres proches. Là encore, certains centres chorégraphiques ont
ouvert la voie. Permettez-moi de citer ici le projet des « Chorégraphiqes
», porté par le CCN de Tours qui m’est cher, vous le savez.

L’enveloppe « accueil-studio » consacrée aux Centres Chorégraphiques
nationaux pourra donc être, dès 2006, renégociée à la hausse en
fonction des projets élaborés par chaque centre chorégraphique. Je ne
crée pas ici une nouvelle obligation. Seuls les CCN qui le souhaiteront
seront concernés. Et puisque j’aborde la question des missions des
centres chorégraphiques nationaux, je vous confirme que le texte
réglementaire élaboré en concertation par mes services et les membres
de l’Association des Centres chorégraphiques nationaux, afin de clarifier
leurs missions et certains aspects de leur fonctionnement, en cours
d’examen par les services juridiques du ministère, doit être
prochainement publié.

J’ai souhaité que le bénéfice de l’accueil-studio soit élargi aux Centres
de développement chorégraphique. En bénéficiant dès 2006 du
dispositif de l’accueil-studio, les centres de développement
chorégraphique pourront mieux articuler leurs actions de diffusion et de
production.

5°) en cinquième lieu, je tiens à valoriser les résidences d’artistes ou de
compagnies : toutes les démarches favorisant la résidence d’une compagnie ou d’un artiste dans un lieu font l’objet d’une circulaire que
j’adresserai prochainement aux Directeurs régionaux des affaires
culturelles. Sans détailler les mesures qui y figurent, je veux redire ici
mon attachement à tout ce qui contribue au partage de cet outil qu’est
un théâtre. Les théâtres doivent être plus souvent et mieux investis par
les artistes, car il demeure encore à mes yeux trop de distorsions entre
la production et ses lieux d’exploitation. C’est un des multiples exemples
du décloisonnement que j’appelle de mes voeux.

6°) Enfin, je souhaite également que l’Etat ouvre à la danse l’ensemble
de son patrimoine monumental. Des expériences réussies ont prouvé
que la danse pouvait investir des musées, des monuments historiques,
des sites urbains emblématiques. L’ouverture de tous les lieux du
patrimoine à la danse et au spectacle vivant est pour moi plus qu’une
ambition. C’est une décision. Je souhaite que, désormais, chaque
monument bénéficiant à un titre ou à un autre d’une aide de l’Etat,
accueille des artistes de tous horizons, des ensembles musicaux, des
compagnies de danse, de théâtre, de cirque. J’ai donné des instructions
précises en ce sens au Président du Centre des monuments nationaux,
au Directeur de l’architecture et du patrimoine et à la Directrice des
musées de France. C’est dans cet esprit que j’ai tenu à associer une
création musicale à la mise en lumière du Grand Palais à Paris, pour sa
réouverture, et c’est encore pour cela que je souhaite qu’un spectacle
chorégraphique, adapté à ce site exceptionnel, y soit créé.

Parce que la danse manque de lieux, je souhaite que soient créés de
nouveau lieux qui lui soient spécifiquement dévolus.

Plusieurs équipements sortent de terre et seront inaugurés en 2006 :
tout d’abord le Centre chorégraphique national d’Aix-en-Provence, le
premier du réseau à être pourvu d’un salle de représentation autonome;
suivra celui de Rilleux-la-Pape. Et vous le savez, la saison 2007-2008
verra l’ouverture du « Quai », à Angers, qui offrira au Centre national de
danse contemporaine de nouveaux studios et facilitera son accès au
plateau.

Sur les centres chorégraphiques nationaux, je souhaite faire deux
observations. Tout d’abord, le réseau n’est pas clos : 19 n’est pas un
nombre d’or ! L’Etat lancera donc, en 2006, un appel à projet auprès des
collectivités territoriales, afin de leur proposer la création de nouveaux
CCN dans les régions qui n’en sont pas pourvues, ou dans celles dont
l’étendue et le développement démographique justifieraient la création
d’un second centre.

Les Centres chorégraphiques se trouvent dans des situations très
inégales en termes d’équipement et beaucoup ont encore besoin, pour
accomplir leurs missions d’au moins un second studio. Je demande
donc à mes services de lancer, avant la fin de l’année en cours, un état
des lieux, au sens propre du terme, et de définir un plan de bataille pour
que cette question mobilise les moyens de l’Etat et des collectivités
partenaires, et trouve enfin sa solution. En vous disant cela, je reste
réaliste : nous ne réglerons pas toutes les situation difficiles d’un seul
coup, sur un seul exercice budgétaire ! Mais il est de ma responsabilité
de lancer le mouvement, et de prendre l’initiative d’une concertation
avec les collectivités locales.

Deux Centres de développement chorégraphique (CDC) bénéficieront
prochainement d’infrastructures pensées pour la danse, celui du Val de
Marne et celui d’Uzès. Un second studio et des hébergements ouvriront
fin 2006 au CDC de Toulouse, dans l’attente du projet d’aménagement
de la Prison Saint Michel envisagé par la Ville de Toulouse.

Certaines compagnies sont déjà attributaires de studios de danse et
l’Etat contribue activement à leur aménagement et à leur fonctionnement
dans le cadre du dispositif d’aide aux studios.

Je me félicite de l’accueil que réservent la ville de Bron et les
collectivités territoriales de Rhône-Alpes à Mourad Merzouki. Grâce à un
partenariat fructueux entre l’Etat et les collectivités territoriales, ce
chorégraphe bénéficiera dès l’année prochaine d’un lieu dévolu à la
danse Hip-Hop qu’il souhaite ouvrir largement à toutes les danses
urbaines.

Nous le savons, la danse ne consolidera sa position dans le paysage du
spectacle vivant qu’en s’appuyant sur une diffusion plus large. La
situation de la danse est particulière, car hormis la Maison de la Danse à
Lyon, aucun plateau ne lui est réservé en propre.

La danse trouve aujourd’hui principalement sa place dans les saisons
des lieux généralistes. Je sais que vous êtes inquiets et malgré
l’augmentation globale du nombre de représentations de spectacles
chorégraphiques sur le territoire, ces spectacles ne rencontrent pas
encore suffisamment leurs publics.

Le ministère de la culture et de la communication doit donc accorder la
plus grande attention à la diffusion de la danse en aidant les lieux qui le
souhaitent à structurer de véritables « pôles de diffusion », composés de
personnels formés, dotés d’outils techniques de recensement et de
connaissance des réseaux, aptes à se déplacer pour trouver et
sensibiliser des lieux à la coproduction, au préachat ou à l’accueil de
leurs spectacles.

La constitution de ces pôles de diffusion pourra être proposée à
l’occasion de la signature ou de la prolongation du contrat liant un
théâtre, quel qu’il soit, à l’Etat. Une évaluation des besoins du lieu sera
réalisée, en partenariat avec l’Office national de diffusion artistique à qui
je souhaite confier, en plus de son travail d’accompagnateur de projets,
une véritable mission « d’expert de la diffusion » au service des
théâtres, menée en liaison avec les DRAC.

La question de la diffusion est complexe et pour agir plusieurs leviers
sont à notre disposition :
Tout d’abord l’Office National de Diffusion Artistique. Depuis 2005,
l’ONDA propose des modes d’intervention dont l’objectif est de favoriser
les tournées « territoriales » afin de rompre avec l’éclatement des
tournées et de favoriser l’exploitation en séries des spectacles.
Concernant les scènes nationales, la place de la danse a progressé. A
chaque nomination, une analyse de l’environnement culturel de la scène permet au ministère de la culture et de la communication de proposer
l’orientation qui sera donnée à la scène nationale : c’est ainsi que l’on a
procédé pour celles de Dieppe, de Reims et de Marseille qui ont
clairement fait le pari de la danse.

Le ministère est également attentif au profil des directeurs, lors du
renouvellement des mandats. Je souhaite pouvoir nommer plus de
directeurs ayant une forte sensibilité et un réel intérêt pour la danse.

Parmi les théâtres généralistes, les théâtres de ville sont un important
relais de la diffusion de la danse. Je souhaite que le programme des
scènes conventionnée continue à se développer. Actuellement 30
théâtres sur 76, soit près de 40%, sont conventionnés pour leur action
en faveur de la danse. Des conventions avec le théâtre Rive Gauche à
Saint Etienne du Rouvray dans l’agglomération rouennaise et le théâtre
de la Cigalière à Sérignan en Languedoc-Roussillon viennent d’être
signées. Suivra celle avec le théâtre de Chartres.

A Paris, afin de mieux articuler soutien aux compagnies, production et
diffusion, le ministère de la culture et de la communication a lancé une
étude sur l’édification d’une salle de spectacle attenante au Centre
National de la Danse. A Paris toujours, l’Etat apporte son soutien à des
théâtres qui font une place importante à la danse : bien sûr, l’Opéra
national de Paris qui allie création et répertoire en présentant près de
160 représentations par saison, le Théâtre national de Chaillot, dont
l’ouverture à la danse est aujourd’hui perçue par tous comme un
enrichissement, le Centre Georges Pompidou ou au théâtre de la
Bastille qui soutiennent fermement la création contemporaine. En 2005,
les moyens alloués par le ministère au théâtre de la Cité Internationale,
doté d’un nouvel équipement parfaitement adapté à la danse, ont été
confortés, de même ceux de la Ménagerie de Verre, un lieu qui a tant
contribué depuis vingt ans à la formation des danseurs et à
accompagner l’émergence de nouveaux talents.

Enfin, je veux m’adresser aux directeurs des festivals pour les assurer
du soutien de l’Etat. Ces manifestations jouent un rôle décisif pour la
création et la diffusion de la danse française ou étrangère.

Si les compagnies françaises tournent déjà beaucoup à l’étranger, je
sais que la danse française peut trouver un écho encore plus large en
dehors de nos frontières. L’association française d’action artistique est
un partenaire naturel du ministère de la culture dans ce domaine. J’ai
d’ailleurs engagé, avec le ministre des affaires étrangères, une réflexion
pour optimiser la concertation entre nos deux ministères et vous ne
serez pas surpris que, dans le prolongement des débats que j’ai
organisés lors des Rencontres pour l’Europe de la culture, en mai
dernier, je confirme ici mon soutien à tous ceux qui créent des réseaux
visant à faciliter la circulation internationale des oeuvres, des artistes et
des idées.

La rencontre du public et de la danse ne se limite pas à l’expérience de
la représentation.
La première rencontre doit avoir lieu à l’école et peut se prolonger par la
pratique de la danse en amateur, qui ouvre d’abord à une prise de conscience du corps et du mouvement, avant de conduire parfois à la
participation à des spectacles.

Je fais de la relance de l’éducation artistique et culturelle un axe majeur
de la reconnaissance du rôle de la culture dans notre pays. C’est vrai
pour les arts plastiques, pour la musique, pour le théâtre et aussi, bien
sûr, pour la danse. Je tiens à saluer l’engagement du monde de la
danse, des chorégraphes et des danseurs, qui s’investissent avec
conviction dans ce secteur et portent largement les nouvelles classes
préparant au baccalauréat option danse, qui sont plus de trente cette
année.

Le développement de l’éducation artistique et culturelle est une priorité
nationale. Il s’agit bien, dans son sens le plus large, d’éducation à la
citoyenneté, à la liberté et à l’intelligence.

J’installerai le 19 octobre prochain le Haut conseil pour l’éducation
artistique et culturelle. Instance consultative et prospective, le Haut
conseil aura pour mission d’évaluer, chaque année, la politique
nationale d’éducation artistique, et de proposer aux deux ministres de
l’éducation nationale et de la culture et de la communication, des actions
susceptibles d’en renforcer l’efficacité.

La danse, comme les autres arts, participe à la formation de la
personnalité ; elle permet aux enfants et aux adolescents en recherche
de langage et de relations, de construire des expériences fortes
d’expression, d’intégration et d’échanges. Le travail pionnier réalisé par
l’association « Danse au coeur » est, à cet égard, exemplaire de toutes
les possibilités offertes par la rencontre de l’enfant et de la danse dans
le cadre scolaire. Je me félicite qu’à travers le partenariat institué entre
« Danse au coeur » et le Centre national de la danse, plusieurs pôles de
ressources en danse aient été créés dans les régions.

L’action de promotion de la danse à l’école, fortement soutenue par le
ministère de la culture et de la communication, est relayée par le réseau
des établissements d’enseignement spécialisés. Je ne doute pas que la
mise en place prochaine des schémas départementaux d’orientation
pédagogique favorisera leur plus grande ouverture à la danse et aux
artistes qui la pratiquent en amateurs.

Améliorer les conditions d’exercice des pratiques amateurs est pour moi
une autre priorité, qui repose sur une plus grande ouverture des
établissement d’enseignement spécialisés à ces pratiques, mais
également sur un renforcement de la collaboration entre artistes
amateurs et professionnels. Le cadre juridique de ces collaborations doit
être clarifié ; une loi, qui a fait l’objet d’une large concertation, est en
dernière phase de préparation.

Plus concrètement, le ministère engagera en 2006 deux actions
principales pour soutenir la pratique de la danse en amateur:
Tout d’abord un dispositif de tutorats par des chorégraphes
professionnels pour encadrer les pratiques de danse à finalité scénique.

J’ai ensuite souhaité que mes services lancent une étude, qui sera publiée au début de l’année 2006 sur le thème de la transmission des
danses traditionnelles, qui sera prolongée par une consultation
nationale.

En contrepoint de la pratique, professionnelle ou amateur, mais au coeur
de la sensibilisation du grand public, le renforcement de la présence de
la danse sur les écrans de télévision est, à mes yeux, un enjeu majeur.

La place réservée à la danse en particulier et au spectacle vivant en
général est en effet un point crucial du prochain contrat d’objectifs et de
moyens de France-Télévisions en cours de discussion.

Relais de l’action de ministère, le Centre national de la cinématographie,
à travers notamment sa commission d’aides sélectives, a aidé, en 2004,
433 heures de spectacle vivant pour un montant de 16 M-.

J’ai par ailleurs souhaité qu’un nouveau dispositif soit créé, le fonds
spécifique d’aide à l’innovation, ouvert aux créations chorégraphiques
dans le domaine de la fiction et du documentaire. Ce fonds, en cours de
constitution sera opérationnel dès le début de l’année 2006. Et je fonde
plus que des espoirs sur le développement de la Télévision Numérique
Terrestre, qui avec France 4 et la diffusion toute la journée de Arte et
France 5, ouvre de nouveaux espaces de programmation pour la danse
sous forme de captations, recréations de spectacles comme de
documentaires.

Je souhaite enfin que le Ministère de la Culture et de la Communication
poursuive, à travers une collaboration accrue avec l’Institut national de
l’audiovisuel, son action de soutien à des projets aux formats atypiques,
à usage patrimonial ou pédagogique. Je pense en particulier à la
captation d’entretiens avec des figures centrales de la danse.

3 ) Préserver le répertoire de la danse

Plus que jamais, je souhaite, et c’est le troisième pilier de mon action,
que le ministère soit attentif à la question de la mémoire de la danse, à
l’enrichissement et à la transmission des répertoires. La danse, comme
tout art, a besoin de se réfléchir et de connaître ses racines pour
aborder l’avenir en toute liberté.

Grâce notamment à la permanence de leurs équipes, les ballets des
maisons d’opéra, à Paris comme en régions, exploitent un répertoire
constitutif du patrimoine chorégraphique. Tous ont su engager des
démarches d’enrichissement de ce répertoire, en s’ouvrant très
largement aux esthétiques contemporaines. Les ballets implantés en
région sont souvent confrontés à l’insuffisance de leurs effectifs pour
monter certaines oeuvres lourdes, notamment les ballets du XIXe siècle
et les grandes pièces néoclassiques du XXe siècle. Certaines
expériences récentes de coproduction entre plusieurs ballets
appartenant à des maisons d’opéra, notamment les Opéras d’Avignon et
de Toulon, ont démontré la possibilité et l’intérêt d’une mise en commun
des moyens de plusieurs structures, pour monter une oeuvre majeure du
répertoire. J’ai donc souhaité que le ministère de la culture et de la
communication soutienne ces démarches de mutualisation des moyens artistiques, techniques et logistiques et que, dès 2006, une unité de
production, dotée de moyens propres, soit préfigurée afin de faciliter la
naissance de projets communs entre les ballets.

La question du répertoire et de sa transmission n’intéresse pas que les
seuls ballets d’opéras. Elle est au coeur des préoccupations de
nombreux centres chorégraphiques nationaux et tout particulièrement de
ceux qui, tels le Ballet national de Marseille, le Ballet du Nord, le Ballet
de Lorraine et le Ballet du Rhin, le ballet Preljocaj et le Ballet de Biarritz,
sont dotés d’effectifs importants.

La seule énumération de ces compagnies, engagées dans des
démarches artistiques et des esthétiques différentes, montre assez que
la question du répertoire ne se limite pas à celle de la transmission des
oeuvres classiques et néoclassiques, si importantes soient-elles. La
danse contemporaine, dont les créations viennent enrichir le patrimoine
chorégraphique, doit mieux se préoccuper de son inscription dans la
mémoire de la danse.

L’une des voies de la constitution de cette mémoire pour demain est la
transcription, sur des partitions chorégraphiques, des oeuvres
d’aujourd’hui. En 2006, le ministère de la culture et de la communication
mettra en place, à titre expérimental dans un premier temps, des
bourses afin que soient notées les oeuvres de création. Ces bourses
seront également ouvertes aux expérimentations d’informaticiens afin de
faciliter l’usage des logiciels de notations. Déposées au Centre National
de la Danse, ces partitions offriront des outils pédagogiques précieux
aux étudiants.

Je souhaite enfin, puisque nous parlons de mémoire, rendre hommage à
Francine Lancelot qui nous a quittés. Grâce à ses travaux de recherches
historiques et à ses activités de créatrice, elle a révélé au public tout un
pan de l’histoire de la danse. Je souhaite que ce patrimoine, et les
démarches créatrices qui en sont issues, soit mieux soutenu.

Aujourd’hui, le soutien à la danse baroque repose essentiellement sur le
conventionnement de deux compagnies « L’Eventail », et « Les Fêtes
Galantes ». En 2005, j’ai souhaité lancer un nouveau volet d’action en
soutenant l’ouverture, par « Les Fêtes Galantes » des « Ateliers
baroques », dont les moyens seront renforcés en 2006. Les conditions
d’une ouverture plus large du Centre de musique baroque de Versailles
à la danse baroque seront également étudiées, notamment pour les
activités de recherche.

La recherche est une composante essentielle de l’activité
chorégraphique, et elle réunit tous les acteurs du monde de la danse,
toutes les pratiques, toutes les esthétiques. C’est pourquoi je suis très
attaché à l’existence de lieux où les chercheurs puissent échanger,
développer ou confronter leurs travaux. Ce sont là les missions d’un lieu
singulier, que beaucoup d’entre nous connaissent, le « Mas de la
danse » créé et animé depuis de nombreuses années par Françoise et
Dominique Dupuy. Afin de permettre à ce lieu de continuer d’exister et,
si possible d’exister mieux, j’ai souhaité que des moyens nouveaux lui
soient attribués en 2006, ce qui lui permettra en particulier d’initier une
collaboration avec la Chartreuse de Villeneuve-lès-Avignon, et d’engager de nouvelles expérimentations au croisement de la recherche
corporelle et théorique.

La lisibilité de l’action du Ministère de la Culture et de la Communication
dans le domaine du spectacle vivant passe aussi par un regard critique
sur sa propre organisation et ses propres procédures.

Ainsi que je l’ai indiqué à Strasbourg, lors de ma conférence de presse
consacrée à la musique, puis ici même, lors de la présentation du
budget de la culture et de la communication et lors de la conférence de
presse sur le théâtre, j’ai décidé de lancer une réforme de la Direction
de la musique, de la danse, du théâtre et des spectacles.

J’ai confié à l’inspection générale de l’administration de la culture, en
plein accord avec Jérôme Bouët qui participe activement à la réflexion,
une mission d’analyse du fonctionnement de la DMDTS conduite par
Mme Anne Chiffert et Monsieur Dominique Chavigny. J’attends leur
rapport et leurs propositions avant la fin de l’année. Les professionnels
du spectacle, dans toutes les disciplines, seront largement associés à
cette réflexion afin qu’elle aboutisse à une réforme que je souhaite
mettre en oeuvre avant la fin du premier semestre 2006.

Enfin, je tiens à vous indiquer, au moment de conclure, que 3 millions
d’euros de mesures nouvelles seront spécifiquement affectée à la
danse. Les moyens financiers alloués à la danse par le ministère de la
culture et de la communication auront ainsi augmenté 12 millions
d’euros par rapport à 2003, soit près de 13%. Pour 2006, Jérôme Bouët
me rendra à la mi-novembre ses propositions d’arbitrage sur la part des
crédits qui seront gérés en centrale et ceux qui seront déconcentrés
dans les DRAC. Et je veillerai personnellement à ce que les initiatives
annoncées trouvent leur traduction budgétaire et contribuent ainsi à
ouvrir de nouvelles perspectives pour la danse.

Comme vous pouvez le constater de grandes « manoeuvres » nous
attendent. C’est ensemble que nous parviendrons à consolider l’acquis,
mais aussi à faire bouger les lignes. Pour ma part, je suis complètement
engagé dans cette action. Je crois profondément au rôle social de l’art
de la danse, à sa nécessaire inscription dans notre quotidien, celui des
créateurs et des interprètes, celui du public qui est composé par chacun
et de chacune de nos concitoyens.

Comme le disait Léopold Sédar Senghor : « danser, c’est découvrir et
recréer (…) c’est le meilleur mode de connaissance ».

Je vous remercie.

Remise des insignes de chevalier dans l’ordre national du Mérite à Gérard Proust

13 octobre 2005

Cher Gérard Proust,

Je suis très heureux de distinguer ici le Président de l’Union nationale des diffuseurs de
presse. Comme je vous le disais, le 24 février dernier, lors du congrès de votre fédération,
vous savez combien je suis attaché à la pérennité et au développement du réseau de
diffusion de la presse.

En vous accueillant rue de Valois aujourd’hui, c’est la somme de savoir, de découvertes et
d’émotions que les diffuseurs de presse proposent à la vente tous les jours, sur l’ensemble
de notre territoire, qui entre ici.

Je sais combien vos commerces de proximité sont ancrés dans la vie quotidienne de nos
concitoyens, et participent à l’animation des quartiers, de leur cadre de vie, et j’ajouterais de
leur qualité de vie.

J’ajoute que leur contribution à la vitalité de la démocratie dans ce pays est essentielle.

L’article XI de la Déclaration des droits de l’Homme et du Citoyen proclame : « La libre
communication des pensées et des opinions est un des droits les plus précieux de l’homme
». Le pluralisme des idées et des opinions, si nécessaire à l’exercice effectif de la liberté,
passe par la diffusion de la presse écrite, qui permet une appropriation active de
l’information, une confrontation des analyses, et la construction d’une véritable conscience
collective, culturelle et civique. Une société qui n’est plus cimentée par la diffusion des idées
et de l’information devient une société fragile. Je sais que la presse écrite est aujourd’hui
bousculée, malmenée, par de nouvelles habitudes de consommation, par l’essor des
nouvelles technologies, par l’immédiateté de l’instant, qui privilégient le fait brut, plutôt que le
commentaire, l’analyse et la réflexion ; par la culture de la gratuité, par le marketing qui
préfère le produit formaté par le marché à l’expression de la pensée, qui, elle, est contraire à
l’uniformisation du discours.

La diffusion de la presse dépend avant tout des conditions géographiques, matérielles et
professionnelles que vous connaissez mieux que quiconque, et notamment de l’implantation
et du nombre de points de vente, de l’adaptation de votre réseau aux modes de vie et de
déplacement de nos concitoyens. Le réseau de diffusion de la presse, c’est un peu le
système nerveux qui parcourt le corps de notre démocratie, qui fait que son âme frissonne et
réagit.

Tout ce qui l’affecte positivement ou négativement, tout ce qui contribue à sa vigueur ou au
contraire l’affaiblit, concerne naturellement les pouvoirs publics et me préoccupe tout
particulièrement.

Ces derniers mois, j’ai eu maintes fois l’occasion de constater avec vous les difficultés que
connaît votre profession, de déplorer l’érosion du nombre des points de vente, la dégradation
des conditions de travail, l’engorgement des linéaires, et j’ai fait mienne votre inquiétude.

Je sais qu’il vous faut jongler quotidiennement avec plus de 3000 titres, qu’il vous faut
répondre aux demandes des clients et des éditeurs, et que votre métier qui exige un très
grand professionnalisme et de très grandes compétences à la fois humaines et techniques,
est l'un de ceux où l’on se lève le plus tôt et où l’on se couche le plus tard, qu’il neige ou qu’il
vente, en toutes saisons, tout au long de l’année.

Cela, vous le connaissez bien sûr de l’intérieur. Par votre parcours. Par votre expérience.

Par votre engagement au service de votre profession.

Vous êtes né à La Rochelle en 1949.

En 1972, vous obtenez une licence de droit, à Montpellier, puis le certificat d’aptitude à la
profession d’avocat, deux ans plus tard.

Puis vous êtes contraint, pour des raisons familiales, de rejoindre votre ville natale où vos
parents sont commerçants.

Vous devenez, en 1976, gérant d’un Tabac-Presse, puis de plusieurs autres magasins,
avant d’acquérir en 1999 un point de vente Presse-Librairie.

En 1980, vous adhérez à l’Union nationale des diffuseurs de presse (UNDP) et votre
engagement devient alors une véritable passion. Une passion personnelle et professionnelle.

Une passion collective au service de l’intérêt général, puisque votre objectif est en effet de
faire évoluer et de moderniser le système de diffusion de la presse.

Vous êtes à ce point apprécié, que vous êtes immédiatement nommé président de l’UNDP
pour le département de la Charente-Maritime (1986).

A partir de 1989, date à laquelle vous en serez nommé administrateur, vous gravissez avec
succès tous les échelons de la profession et vous devenez successivement président de
l’UNDP pour la région Sud-Ouest en 1992, secrétaire national trois ans plus tard, puis en
2002, président national, fonction que vous occupez actuellement.

Outre les responsabilités importantes que vous exercez, vous apportez une étroite
collaboration au centre de formation aux métiers de la diffusion de la presse (CEFODIP),
organisme ayant pour mission la formation à l’ensemble des métiers qui concourent à la
diffusion de la presse.

En véritable professionnel, vous avez toujours eu le souci de moderniser les méthodes, de
consolider le réseau de diffusion, pour affirmer la dimension du commerce de proximité et
pour affirmer son image et sa notoriété sur l’ensemble du territoire national.

Votre action, votre message, ont été entendus. En négociateur habile, vous avez su créer en
2005 les conditions d’un accord qui incessamment me conduira à permettre la revalorisation
de la rémunération des diffuseurs de presse répondant aux conditions fixées entre les
éditeurs et votre organisation.

J’ai mis en place, vous le savez, cette année, une aide aux diffuseurs d’un montant de 3,5
M€. Je sais qu’il n’a pas été aisé de déterminer la première tranche de diffuseurs éligibles.

Je sais aussi ce que le secteur vous doit sur ce sujet. Cette aide sera reconduite et renforcée
en 2006. Toutes vos propositions pour revitaliser la présence, la vitalité et l’attractivité des
diffuseurs de presse seront bienvenues, cher Gérard Proust. Elles seront, vous le savez,
écoutées et prises en compte. Je vous l’ai déjà dit, aujourd’hui, votre combat n’est pas fini.

En vous rendant hommage ce soir, ce sont, bien sûr, vos éminentes qualités personnelles et
professionnelles, c’est aussi votre expertise de la diffusion, très utile aux pouvoirs publics,
que j’ai souhaité mettre à l’honneur, et je suis convaincu que cet hommage sera partagé par
tous les diffuseurs de presse de notre pays.

Cher Gérard Proust, au nom du Président de la République et en vertu des pouvoirs qui
nous sont conférés, nous vous faisons Chevalier dans l’ordre national du Mérite.

Remise des insignes de Chevalier dans l'ordre national de la Légion d'honneur à Claude Moliterni

13 octobre 2005

Cher Claude Moliterni,

Je suis très heureux de vous distinguer ce soir. Ancien élève de l’école des Chartes, vous
auriez pu exercer votre curiosité universelle, votre soif de connaissances et de découvertes,
en explorant les archives et les mondes du passé.

Votre savoir encyclopédique, votre passion de la recherche et votre goût de l’exploration,
vous l’avez, pour notre plus grand bonheur de lecteur, porté aussi loin qu’il est possible, en
nous ouvrant les portes des mondes nouveaux de la bande dessinée, qui vous doit d'être,
aujourd'hui, considérée comme un art à part entière, le neuvième, dit-on, sans doute, mais
assurément l'un des plus stimulants et des plus vivants de notre temps.

Avant d’entrer dans ce monde fascinant, vous avez publié pas moins d’une centaine de
romans policiers et d’espionnage sous pseudonyme : Eric Cartier, Cehem, Olivier Fontaine,
Karl Von Kraft, Frank Sauvage, Marc Jourdan, Yves Sainclair. On vous doit notamment les
aventures de L’inspecteur Vitos et du Furet, sous le pseudonyme d’Eric Cartier.

Vous vous êtes aussi consacré à l’écriture de pièces radiophoniques, pour des émissions
comme Allô Police et Les Auditeurs mènent l’enquête. Vous avez aussi conçu et réalisé des
disques, dont les Mémoires du Général de Gaulle avec Jean-Louis Barrault, ainsi qu’une
Histoire de la musique en dix albums.

Et sans doute, est-ce votre talent de défricheur, mais aussi votre esprit pionnier, qui vous
amènent à vous intéresser et à faire connaître la bande dessinée, à une époque, c’était il y a
une quarantaine d’années, où l’on n'avait pas pour elle le même respect, la même admiration
qu’aujourd’hui. Ce n'était, tout au plus, qu'un "genre", à peine admis dans le catalogue des
divertissements, un lieu, plus tout à fait secret, mais encore enfantin, de lecture, de plaisir de
moins en moins solitaire et de plus en plus partagé. C'est vous qui l'avez fait sortir de son
périmètre restreint et ludique. C’est vous qui lui avez donné le rayonnement et l'importance
qu'elle méritait dans nos esprits et dans nos coeurs.

Il fallait, il y a encore quelques années, non seulement qu'elle soit lue, mais surtout qu’elle
soit vue.

Vous avez organisé tant d'expositions et de manifestations, pour témoigner de ses
richesses, de sa diversité, de sa créativité. Personne n'a oublié la célèbre exposition
fondatrice " Bande dessinée et figuration narrative " que vous avez conçue avec Pierre
Couperie, dès 1967, au musée des Arts décoratifs de Paris.

Vous créez ensuite la société française de BD, qui a joué un rôle capital, pour encourager
l'unité de la création dans ce domaine, sa promotion et sa visibilité.

Vous êtes parmi les trois fondateurs du salon international de la bande dessinée
d'Angoulême : c'était, en 1974, une ébauche de rêve ; c'est, aujourd'hui, une référence
mondiale, un phare de la BD française et francophone, où j’ai eu le plaisir de me rendre en
janvier dernier, avant de vous retrouver ici, rue de Valois, le 31 mai dernier, pour la Fête de
la BD. Quant au salon international de Lucca, il vous doit son prestige et sa vitalité.

Oui, vous êtes l’honneur de la bande dessinée, parce que vous l’avez fait connaître au plus
large public. Vous lui avez donné sa place dans la société et l'histoire de la lecture. Comme
tout art en prise sur la société d’aujourd’hui, elle suscite des mouvements, des
commentaires, des analyses, mais c'est vous qui, en créant, dès 1966, Phénix, une revue
d'études sur la bande dessinée, en avez fait une matière à réflexion, un symbole éblouissant
de l'univers, un vecteur essentiel d'interprétation du monde.

La bande dessinée a une histoire, désormais. En réalisant, notamment, L'Histoire mondiale
de la Bande dessinée, non seulement vous démontrez l'évolution de cet art, mais vous
amenez à la lumière des sources d'imaginaire que l'on ne soupçonnait pas. Ainsi, la bande
dessinée arabe ou chinoise nous est, grâce à vous, devenue plus familière.

" Les aventures de la bande dessinée" : oui, vous les avez suivies au plus près, parce que
vous les avez vécues vous-même.

Vous êtes en effet un admirable scénariste, plein d'humour, de souplesse, de gravité, de
souci endiablé du monde. Tous les ouvrages auxquels vous avez travaillé sont merveilleux :
il suffit simplement de rappeler Scarlett Dream, Agar, Taar le Rebelle, mais aussi, Pas de
Sida pour Miss Poireau, et tous les épisodes de la série d'animation Les ailes du dragon.

Car vous êtes un grand artiste, un vrai créateur, vous avez traversé l'intérieur de la bande
dessinée. Vous avez travaillé en son coeur. Mais sans doute parce que vous êtes un homme
éminemment généreux, vous ne vous êtes jamais laissé fasciner par votre propre création.

Vous vous êtes sans cesse engagé à faire connaître le talent des autres, et cela, toute votre
vie, comme si seul comptait pour vous le dévouement à la Bande dessinée.

Et c'est pour cet amour que vous lui portez, que vous avez prouvé, pour lequel vous avez
lutté et que vous nous faites partager, que j'ai le plaisir de vous rendre hommage aujourd’hui.

Claude Moliterni, au nom du Président de la République et en vertu des pouvoirs qui nous
sont conférés, nous vous faisons chevalier de la Légion d'honneur.

Lire en Fête

12 octobre 2005

Monsieur le Président du syndicat national de l’édition, cher Serge Eyrolles,

Monsieur le Président du syndicat de la librairie française, cher Gilles de la
Porte,

Mesdames, Messieurs,

Chers Amis,

Je suis très heureux de vous accueillir si nombreux ce soir pour célébrer tous
ensemble Lire en fête. Une fête qui est presque devenue une institution. Et
pourtant, cette manifestation a gardé une fraîcheur, une effervescence, une
gaieté, une couleur d’Automne joyeux. Grâce à l’immense énergie qui est la
vôtre, celle de tous les acteurs de la grande chaîne du livre.

Je connais et reconnais bon nombre d’entre vous, rencontrés dans des
circonstances aussi variées que le Centenaire du Prix Femina, le Salon du livre
de Francfort et celui de Paris, le Festival de la Bande dessinée à Angoulême,
puis la Fête de la BD, ici même, le Festival de la correspondance à Grignan et
la Forêt des livres près de chez moi en Touraine.

Cette fête est d’abord celle de tous les acteurs et de tous les amis du livre. Elle
est offerte, durant ces trois jours – les 14 , 15 et 16 octobre – « à qui lit »,
comme disaient les dédicaces de l’âge classique, c’est-à-dire à quiconque lit
nos écrivains, et à toutes celles et à tous ceux qui participent à la vie du livre
en France, et bien sûr d’abord au public, qui est immense. Je rappelle que
68% des Français de plus de quinze ans ont au moins lu un livre au cours des
douze derniers mois, que 33% ont lu de un à neuf livres, 22% de dix à vingtquatre
livres, et 13% vingt-quatre livres et plus.

Le secteur du livre est par excellence celui de la diversité culturelle. On
recense près de 600 000 titres disponibles en France. La production de livres,
qui atteint aujourd’hui plus de 50 000 nouveaux titres chaque année, a doublé
en une quinzaine d’années. A elles seules, la littérature et les sciences
humaines représentent plus de la moitié de ces nouveautés.
Lire en fête est une étape dans le parcours de la foisonnante rentrée littéraire,
vers les prix de l’automne. Cette année encore, nous attendons que plus d’un
million et demi de Français se déplacent vers le livre, pour lui prouver leur
attachement, leur fidélité et cela dans tous les lieux imaginables, des marchés
aux cafés, des péniches aux gares, des musées aux estrades en plein air, des
théâtres aux places des villages ; afin que, pendant ces quelques jours, toutes
les portes de France s’ouvrent devant les mots écrits, le souffle des pages.

Et je pense d’abord, bien sûr, aux 300 librairies ouvertes la nuit du 14 octobre
pour accueillir les lecteurs, ceux de toujours, ceux d’un soir ; cette nuit unique
où chaque librairie sera comme une maison aimée depuis l’enfance, que l’on
retrouve ou que l’on redécouvre, avec cet émerveillement proustien, devant
les rayons, souvent dans la lumière, parfois dans la pénombre, où reposent
ces livres, que l’on prend soi-même ou vers lesquels le libraire, guide amical,
messager avisé et fraternel vous amène, parce qu’il semble les avoir gardés
rien que pour vous, comme s’il devinait quelle réponse vous attendiez d’un
livre, vers quelle région de l’imaginaire, et de la vie, vous désiriez embarquer.

Je tiens à remercier les libraires qui nous tendent ces livres, qui nous
bouleversent, nous amusent ou parfois changent nos vies.

Je remercie les auteurs si nombreux encore, cette année, à avoir accepté
l’invitation de Lire en fête, prêts à répondre à toutes les questions sur leur
univers, sur leur écriture, sur les étapes de leur travail, sur leur amour absolu
de la littérature, sans souci des frontières, des langues, des régions et des
pays d’où ils viennent.

En effet, dans le prolongement des Rencontres pour l’Europe de la Culture,
qui se sont tenues, ici même, les 2 et 3 mai derniers, j’ai souhaité cette année
que Lire en fête nous invite à découvrir la diversité et la richesse des cultures
et des littératures européennes, grâce à toute une série de manifestations qui
leur sont dédiées et que vous découvrirez dans le dossier de presse qui vous
est remis, ainsi que sur le site Internet lire-en-fete.culture.fr.

Nous avons en France une loi sur le prix du livre que j’entends défendre et
dont je souhaite faire la promotion un peu partout en Europe.

Autre bataille qu’il convient de mener à l’échelle européenne et mondiale : la
diffusion du livre français et l’exportation. Aujourd’hui cette bataille passe par
la technologie. Vous le savez, j’ai constitué, à la demande du Président de la
République, un comité de pilotage pour la création d’une Bibliothèque
numérique Européenne, dont les travaux avancent, pour prendre en compte
les évolutions technologiques majeures de notre temps. J’ai souhaité
m’entourer des meilleures compétences et de l’indispensable regard des
professionnels privés de l’édition. Nous avons eu raison d’associer dès le
départ les représentants des ayants droits. C’est par eux et pour eux, comme
pour tous les lecteurs, que nous travaillons aujourd’hui pour forger les outils
de diffusion et d’accès au savoir de demain.

Vous l’avez compris, j’ai fait de mon action en faveur du livre une priorité et
du développement de la lecture en France, une mission.

Les bibliothèques qui seront en fête, elles aussi, les jours prochains, sont au
coeur de cette mission.

Les bibliothèques sont devenues les équipements culturels les plus
fréquentés par les Français.

La France peut s’enorgueillir d’un réseau extrêmement structuré et vivant.

Que ce soient les bibliothèques municipales qui, souvent, s’agrandissent et
rajeunissent ; les bibliothèques départementales de prêt, qui irriguent tout le
territoire, les bibliothèques municipales à vocation régionale, dont les grands
vaisseaux de verre et de bois brillent au sein de nos villes, ou les Ruches qui
couvrent les zones rurales et les quartiers urbains périphériques. Mais il reste
encore, dans notre pays, nous le savons tous, des inégalités d’accès au livre,
des disparités entre les territoires que nous devons réduire. Le livre avec
tous, pendant Lire en fête ; mais aussi le livre pour tous, absolument pour
tous, toute l’année !

Tournées de plus en plus vers la modernité, et je m’en félicite, les
bibliothèques ont une fonction essentielle : la conservation et la mise en valeur de notre patrimoine écrit. Défendre ce patrimoine, ce n’est pas le
cloîtrer dans des temples anciens où les plus beaux ouvrages du passé,
comme inaccessibles, reposeraient dans un silence doré ; c’est, au contraire,
l’amener dans la pleine lumière du jour, le faire découvrir, le présenter à la
connaissance de tous, grâce, notamment, à des expositions très largement
ouvertes.

A notre époque où la transmission prend d’autant plus de sens que s’accroît
le goût frénétique de l’instant, il me paraît indispensable, pour l’éducation et le
juste épanouissement de l’esprit, de rappeler l’importance de la diversité des
idées et des styles, le bonheur de découvrir pour comprendre, de comprendre
pour respecter.

La création n’est pas seulement un trésor ; elle est la meilleure preuve du
rayonnement culturel d’un pays. Notre patrie est une grande puissance de la
pensée et de la littérature, dépositaire d'un héritage qui nous oblige à la fois à
le faire partager, mais aussi à l'enrichir, sachant que la création d'aujourd'hui
sera le patrimoine de demain.

C’est pourquoi j’entends, plus que jamais, protéger les écrivains, par les aides
du Centre national du Livre et par la défense et l’illustration des droits
d’auteur, notamment devant le Parlement, d’ici la fin de l’année.

C’est pourquoi, j’entends, avec vous, contribuer à rapprocher les livres et les
lecteurs.

L’Etat n’est certes pas seul à assumer cette mission que je résume par la
formule lapidaire : « Le livre est une rencontre ».

La télévision joue, à mon sens, un rôle majeur. Et je souhaite donner un coup
de chapeau collectif, car à mon sens le livre à la télévision occupe une place
que bien d’autres secteurs culturels peuvent lui envier. Nous avons la chance
en France d’avoir à la télévision des amis et des acteurs du livre.

Cher Patrick de Carolis, vous êtes de ceux-là, mais nous devons faire encore
plus et mieux pour donner plus d’espace au livre. Et je suis convaincu que la
télévision, et particulièrement le service public, peut faire encore beaucoup
pour donner le goût de lire à nos concitoyens, je pense tout spécialement au
jeune public, comme à tous les publics, qui sont sans cesse à conquérir et à
reconquérir, pour faire chaque jour de la lecture une fête.

Car le livre est avant tout un goût, un plaisir de la vie que l’on pratique, que
l’on cultive, que l’on aime chaque jour.

Je vous remercie.

Rencontre théâtre public / théâtre prive au théâtre de la Madeleine

10 octobre 2005

Mesdames, Messieurs,

Chers amis,

Je suis très heureux de conclure votre journée de réflexion sur les relations entre le théâtre
public et le théâtre privé.

Et je le suis d’autant plus que vous avez placé votre rencontre sous le double symbole des
identités et des passerelles, deux termes essentiels qui renvoient, pour moi, à trois autres
axes : l’ouverture, le rayonnement, la lisibilité, sur lesquels je fonde mon action en faveur du
théâtre, ainsi que je l’ai annoncé le 5 octobre dernier rue de Valois.

Je vous remercie, cher Jacques Baillon, de votre invitation, car elle me permet d’abord de
dire aux responsables du théâtre privé et à tous ceux, artistes et techniciens, qui le font vivre
au quotidien, mon admiration et ma reconnaissance.

Les théâtres privés constituent en effet un réseau de 48 salles à Paris, unique en Europe,
produisant une centaine de spectacles par an, rayonnant, grâce aux tournées, sur
l’ensemble du territoire, et rassemblant chaque année 2 850 000 spectateurs.

Depuis toujours, le théâtre privé a été à l’origine de la découverte de nombreux auteurs,
joués par de remarquables comédiens, dont les noms font partie désormais de notre
mémoire collective. Et vous savez combien cette mémoire m’est chère : j’ai en effet décidé
d’organiser, le 17 juillet 2006, au coeur du Festival d’Avignon, une grande journée consacrée
aux soixante ans de la décentralisation théâtrale. Je souhaite qu’à cette occasion, la grande
famille du théâtre se réunisse pour célébrer son amour des textes d’hier et d’aujourd’hui et
réfléchir à ce qui l’unit plutôt qu’à ce qui la sépare. Tous ici, vous êtes donc invités à
construire avec moi cet événement : je compte sur vos souvenirs aussi bien que sur votre
participation active !

Sur cette scène, vous ne m’en voudrez pas d’ailleurs d’évoquer les noms de Jean Desailly et
de Simone Valère, qui furent durant tant d’années acteurs dans la compagnie de Madeleine
Renaud et de Jean-Louis Barrault, puis directeurs de ce beau Théâtre de La Madeleine,
prouvant ainsi la force du lien qui peut, et doit, unir théâtre public et théâtre privé.

L’accent mis sur les grandes réussites du théâtre public, dont je suis fier comme Ministre et
auxquelles je suis redevable, comme spectateur, de beaux et rares moments d’émotion, a
parfois terni l’image du théâtre privé, assimilé à tort au seul théâtre de divertissement. Or je
sais, nous savons tous ici, combien le privé a toujours su garder une véritable capacité à
prendre des risques artistiques et à proposer au public des spectacles exigeants et
passionnants. Et je place volontiers dans cette catégorie cet art si difficile de la comédie que
le théâtre public néglige parfois, alors que les spectateurs réclament avec raison le retour du
rire sur les scènes de théâtre.

Heureusement, la différence, autrefois sensible, entre théâtre public et théâtre privé, tend à
se réduire en raison de l’évolution des répertoires et de la circulation des auteurs et des
comédiens d’un secteur à l’autre.

Ici même, dans ce théâtre, sera créée la semaine prochaine une pièce d’Edward Albee mise
en scène par Frédéric Bélier-Garcia, qui fut metteur en scène associé au Théâtre de La
Criée-centre dramatique national de Marseille, et accueilli régulièrement sur les scènes
publiques, du Théâtre de la Tempête à celui du Rond-Point.

Au Théâtre de l’oeuvre, la présentation récente de la pièce de Denise Bonal « Dis à ma mère
que je pars en voyage », d’abord créée au Rond-Point, ou encore, il y a quelques mois, la
reprise au Théâtre des Bouffes Parisiens des « Bonnes » de Jean Genet d’abord mis en
scène par Alfredo Arias au Théâtre de l’Athénée, prouvent combien le passage d’un secteur
à l’autre est fécond.

Et je n’oublie pas les expériences de Gildas Bourdet, de Roger Planchon, de Jacques
Weber, de Pierre Pradinas ou de compagnies comme celle de Lisa Wurmser, accueillie au
Théâtre Hébertot, ou encore la création à la Maison de la culture de Bourges du fameux «
André le magnifique » repris triomphalement au Théâtre Tristan Bernard et devenu un longmétrage
de cinéma.

A cette dimension artistique s’ajoute une réalité économique. Dans notre pays, tous les
théâtres sont, d’une certaine manière, des théâtres soutenus par des fonds publics : le
théâtre public par la subvention directe de l’Etat ou des collectivités territoriales, le théâtre
privé par la taxe fiscale sur la billetterie et par les subventions versées par l’Etat et la Ville de
Paris au fonds de soutien pour le théâtre privé.

Il importe que nous partagions aujourd’hui l’objectif de parvenir collectivement à la meilleure
utilisation de ces financements publics. C’est pourquoi j’ai demandé à la Direction de la
Musique, de la Danse, du Théâtre et des Spectacles de mener une étude sur « l’Association
de soutien pour le théâtre privé ». Et je me réjouis qu’elle ait pu se faire en très étroite
collaboration avec la Ville de Paris.

Le rapport issu de cette étude, qui vient d’être rendu public, ouvre un ensemble de pistes qui
me paraissent particulièrement intéressantes pour le rapprochement du public et du privé.

Il constate en effet que les modes de fonctionnement propres à chaque secteur induisent
une exploitation encore insuffisante des spectacles : les théâtres publics ne jouent qu’un
nombre limité de représentations à leur siège et rarement à Paris (8245 représentations en
2004 contre 15123 pour les théâtres privés), tandis que les théâtres privés ne tournent pas
suffisamment en région faute d’être accueillis par les Centres dramatiques nationaux, les
scènes nationales ou les scènes conventionnées.

Or, les théâtres privés pourraient accueillir les productions réalisées du théâtre public pour
les exploiter à long terme, et les théâtres subventionnés pourraient programmer les
meilleures productions du théâtre privé.

Déjà, la transformation de la taxe parafiscale en taxe fiscale – qui augmente les revenus du
fonds de soutien (d’un peu plus de 3 millions d’€ en 2003 à 4 millions d’€ en 2004), par
ailleurs soutenu financièrement par l’Etat et la Ville de Paris (plus de 7 millions d’€) – favorise
la multiplication des échanges entre les deux secteurs.

Le rapport propose d’aller plus loin. Je souhaite donc que le groupe de travail qui vient de se
mettre en place entre l’association de soutien pour le théâtre privé, la Ville de Paris et le
Ministère de la Culture et de la Communication approfondisse tout particulièrement trois
propositions :

– l’élargissement de la taxe fiscale à toutes les représentations de théâtre, privé ou public,
sur l’ensemble du territoire national ;

– la possibilité, pour tout théâtre privé parisien, de consacrer un de ses droits de tirage
auprès du fonds de soutien à la reprise d’une production existante du théâtre public ;

– le développement du mécénat, voire de l'investissement, dans le théâtre et je pense
particulièrement à la possibilité de créer l’équivalent des Sofica pour le théâtre.

J’ajoute qu’il me paraîtrait nécessaire que les tourneurs, qui jouent un rôle majeur dans la
circulation des oeuvres, saisissent cette occasion pour multiplier les échanges d’un secteur à
l’autre.

Pour conclure, je veux rappeler que si les Molières sont depuis dix-neuf ans la grande fête
annuelle du théâtre, ainsi qu’une émission de télévision, ils constituent aussi un lieu unique
de dialogue et de rapprochement entre le théâtre privé et le théâtre public.

J’ai demandé à Patrick de Carolis de reprendre ce dossier et je suis sûr qu’avec lui, nous
pourrons construire un travail en commun pour rapprocher théâtre et télévision.

La dix-neuvième édition a permis de lancer une réforme qui doit être, tant dans l’organisation
que dans la forme de l’émission de télévision elle-même, prolongée et améliorée. Car il est
dans notre intérêt à tous de fêter un bel anniversaire à l’occasion de la vingtième édition, en
2006.

Riches de vos différences, et forts de ce qui vous rassemble, je tiens à vous dire enfin que
vous êtes tous, auteurs, acteurs, directeurs, équipes artistiques et techniciens du théâtre
public comme du théâtre privé, chargés d’une mission essentielle : construire une société qui
refuse le repli sur soi et se rassemble dans les salles de spectacle pour former une
communauté qui partage, dans le rire ou les larmes, ses émotions et ses valeurs.

De cela, je tiens à vous remercier.

Cérémonie de remise des prix de l'Andam

10 octobre 2005

Monsieur le Président, Cher Pierre Bergé,

Mesdames, Messieurs,

Chers Amis,

Je suis très heureux de vous accueillir ici, au 182, rue Saint-Honoré, dans cette nouvelle
maison du Ministère de la Culture et de la Communication que j’ai eu le plaisir d’inaugurer en
février dernier.

Témoignage de l’audace et de la créativité contemporaine, cet immeuble des Bons Enfants
est un cadre idéal pour célébrer, ce soir, le talent des jeunes créateurs de mode
récompensés comme chaque année par l’Association nationale du développement des arts
de la mode, l’Andam. Véritable carrefour de la création de mode, cette association concentre
les énergies qui font de la mode française une promesse à portée internationale.

Fédérant tous les acteurs, toutes les institutions et les entreprises majeures de ce secteur,
l’Andam est le lieu qui consacre les talents de demain, ceux qui permettront encore à Paris
de briller sur la carte de la mode.

Car la mode, bien sûr, est un enjeu culturel, économique et social qui déborde largement le
cadre de l’esthétique.

A l’heure où le dynamisme de nouveaux acteurs du marché mondial, certes représente une
menace pour nos emplois, mais aussi donne à nos talents de nouvelles chances de
s’exprimer et de se faire connaître, c’est en défendant sa création et son savoir-faire que
l’industrie française, dans ce secteur particulièrement, pourra continuer à rayonner dans le
monde entier.

Plus que jamais, nous avons besoin de nous battre sur deux fronts : d’une part, pour
préserver le savoir-faire des maisons de couture, et de tous ceux qui travaillent pour la
couture, un patrimoine vivant et unique que le monde entier nous envie.

Et d’autre part, pour
encourager et soutenir la créativité, l’audace, l’imagination des nouvelles générations, celles
qui nous ouvrent les voies de la mode d’aujourd’hui et de demain. C’est en soutenant leurs
recherches que nous pourrons continuer d’attiser l’excitation, la curiosité, l’admiration qui
attirent à Paris, chaque saison, les acheteurs et les journalistes du monde entier.

Pour que l’Europe continue de rayonner face aux nouveaux mondes économiques que sont
la Chine, le Brésil ou l’Inde, nous avons besoin de vos talents à tous, et je me tourne en
particulier vers les lauréats de l’Andam. C’est par le regard que vous posez sur la vie
contemporaine que vous nourrissez notre culture sous son aspect le plus vivant, le plus
enthousiasmant. Votre vision est en prise avec la réalité quotidienne : c’est ce qui fait son
originalité, c’est ce qui la rend passionnante. Comme disait Mademoiselle Chanel :
« La mode n’existe pas seulement dans les robes ; la mode est dans l'air, c'est le vent qui
l’apporte, on la pressent, on la respire, elle est au ciel et sur le macadam, elle est partout,
elle tient aux idées, aux murs, aux événements ! ». Plus encore que le révélateur de l’air du
temps, la mode est le reflet d’une époque. Elle est un art à part entière.

Créateurs et entrepreneurs, vous avez la double charge de nous habiller et de nous faire
rêver. D’inventer des formes et des matières, d’élaborer les nouvelles syntaxes du style,
mais aussi d’imposer de nouvelles images en phase avec votre époque.

En créant les
tendances, vous influencez d’autres domaines de la culture qui sauront vous donner la
réplique, tels que la musique, le design, le cinéma, le graphisme ou l’art contemporain. La
mode n’est pas une discipline à côté des autres. Elle est en symbiose avec toutes les
expressions artistiques.

L’exposition de photographies de mode installée dans les vitrines de ce bâtiment des Bons
Enfants est la preuve de cette synergie : ces images, extraites du catalogue de l’Andam
2005, sont des interprétations brillantes de vos vêtements. En tant que créateurs, vous
participez ainsi d’une formidable énergie collective qui affirme une vision nouvelle et prépare
l’avenir.

Une étude commandée par le Ministère de la Culture et de la Communication à deux
équipes de chercheurs français et italiens, dirigés par Christian Barrère et Walter Sanagata,
vient de paraître, qui montre combien la mode est une économie de la créativité et du
patrimoine « à l’heure du marché ».

Vous avez ainsi la lourde responsabilité de donner une forme économique et commerciale
viable à vos jeunes entreprises afin de les conduire vers le succès. Si une aide peut vous
être apportée, c’est sur ce dernier volet, celui des fondations financières et logistiques de
votre activité, que nous espérons être des partenaires à la hauteur de vos espérances.

Les bourses de l’Andam, cette année encore, vont permettre à vos jeunes entreprises
d’éclore sur la scène internationale grâce à une aide à la diffusion, à l’organisation d’un défilé
ou à toute autre initiative nécessaire à votre développement. Nous espérons qu’après cet
encouragement vous effectuerez le même parcours que votre confrère Martin Margiela,
bénéficiaire -de l’une des toutes premières bourses de l’Andam en 1989.

Nous sommes
particulièrement heureux que sa maison ait accepté la « carte blanche » de l’Andam et
réalisé les installations poétiques et spectaculaires que vous pouvez admirer dans les
vitrines du Palais-Royal.

Je tiens également à remercier les différentes structures qui, en acceptant de collaborer
régulièrement avec l’Andam, ont pu assurer la pérennité de son action.

Je pense notamment
au DEFI, Comité de développement et de promotion de l’Habillement, dont la fidélité a
permis l’éclosion de nombreux projets.

Je tiens également à remercier les partenaires qui ont apporté cette année leur concours :
Yves Saint Laurent, Beams Japan, La Fondation Pierre Bergé et Yves Saint Laurent, Le
Club des Créateurs de Beauté, l’Association française d’action artistique (AFAA), Les
Galeries Lafayette et les Industries du cuir.

Je tiens naturellement à féliciter du fond du coeur les lauréates et les lauréats de cette année
: Bernhard Willhelm, Felipe Oliveira Baptista, Cathy Pill, Marie Seguy et Yazbukey.

Je remercie aussi les magazines de mode, tels Technikart, Mademoiselle, ainsi que les
talents associés de Vincent Alvarez, Dominick von Schultess, Gregory Derkenne et
Sébastien Chéri, figure montante de la photographie, qui ont bien voulu mettre en scène
l’univers de nos lauréats, que vous pourrez découvrir grâce aux magnifiques posters qui
vous sont offerts ce soir. Bravo à vous tous !

Vos collections de l’été 2006 et les suivantes vont affirmer l’originalité de votre talent aux
yeux de tous les professionnels de la mode, premier relais vers un public plus large de
clients et de fans ! Nous sommes très heureux, au sein de ce ministère et à l’Andam, d’être
les témoins de votre éclosion.

Je salue enfin chaleureusement l’Andam, son équipe, son conseil d’administration et les
membres du jury, et je remercie tout particulièrement son Président, Pierre Bergé, pour leur
engagement, pour leur patient travail d’observation, de sélection et de soutien à cette jeune
création de mode contemporaine.

Je vous remercie. Et place à la fête !

Ecole nationale supérieure d’architecture et de paysage – Lille

7 octobre 2005

Monsieur le Préfet,

Monsieur le Directeur, cher Bernard Welcomme,

Mesdames, Mesdemoiselles, Messieurs,

Je tiens tout d’abord à vous remercier de m’avoir invité à Villeneuve d’Ascq.

Cher Bernard Welcomme, lorsque je vous ai reçu, il y a deux semaines, dans
les salons du ministère, pour vous remettre les insignes de chevalier dans
l’ordre des Arts et des Lettres, vous aviez dédié cette distinction aux étudiants,
aux enseignants et aux équipes de l’Ecole nationale supérieure d'architecture
et de paysage de Lille. Je suis très heureux de vous rencontrer aujourd’hui,
pour débattre et dialoguer avec vous tous, d’autant que notre rencontre a lieu à
un moment clé.

D’abord, parce que votre école s’agrandit.

Et je ne pouvais imaginer meilleure entrée en matière, que de commencer par
une visite de chantier…et par une leçon d’architecture par l’exemple :
l’architecture de l’école d’architecture !

Chère Nasrine Seraji, je tiens à vous féliciter. L'extension que vous avez
conçue est attentive aux usages et aux flux des étudiants et des futurs
architectes. Votre bâtiment a en lui-même une vocation pédagogique.

Telle
était aussi l’ambition du bâtiment initial de l’école, conçu il y a trente ans, en
1975, lorsque démarra le chantier de ce qui s’appelait alors l’unité
pédagogique d’architecture de Lille, au sein de la ville nouvelle de « Lille-Est »,
qui était elle-même, à l’époque, en construction.

Et puisque cette nouvelle étape nous amène à jeter un regard vers l’histoire, je
suis heureux de célébrer avec vous le centenaire de l’enseignement de
l’architecture à Lille. Votre école partage ce siècle d’enseignement de
l’architecture, avec d’autres écoles, notamment Rouen et Rennes. Mais elle est
la seule dans le Nord de la France, et dans cette grande Euro-région qui
regarde par vocation au-delà de nos frontières.

En tant que ministre de la culture et de la communication, en charge de
l’architecture et des écoles d’architecture en particulier, je suis fier de votre
grande histoire, qui continue aujourd'hui.

Je note aussi avec intérêt que les réformes ne datent pas d’hier. Vous le
savez, l’enseignement de l’architecture fut longtemps réservé aux Beaux-Arts.

Et dès 1903, le rapport d’une commission de réflexion, retrouvé par le comité
d’histoire du ministère, souligne : « Les architectes des départements se
plaignent vivement et non sans raison que les travaux les plus délicats de
l’architecture, qu’il s’agisse de création ou de conservation, soient souvent
confiés à des mains inhabiles […]. En plaçant l’enseignement de l’architecture
à la portée des jeunes gens qui ne peuvent venir le chercher à Paris, on doit
espérer que cette situation anormale disparaîtra peu à peu, et telle est la
considération d’intérêt public qui fait à l’Etat un devoir de s’intéresser à la
création d’écoles régionales d’architecture ». C'était déjà il y a plus de cent
ans. Une belle exposition sur vos trente ans et sur les architectures d'écoles à
lieu ici. Aujourd'hui, c'est une nouvelle réforme qui entre en vigueur, une
nouvelle étape de votre histoire qui s'ouvre, une nouvelle page que nous
allons écrire ensemble.

Car nous vivons la première rentrée placée sous le signe de la réforme de
l'enseignement de l'architecture, dite « LMD ». Votre école a joué un rôle
pionnier dans cette réforme.

Dans votre établissement, qui bénéficie d'efforts budgétaires accordés pour
son extension, il me faut en effet insister, non seulement sur les objectifs
pédagogiques pour la formation des architectes, non seulement sur les
moyens nouveaux destinés à mettre en oeuvre la réforme, mais aussi sur la
volonté partagée qui conduit sans relâche à restaurer la dignité de ces vingt
établissements d'enseignement supérieur que sont les écoles nationales
supérieures d'architecture.

Désormais, vous le savez, les études que vous allez suivre sont organisées
en trois cycles : trois ans de licence, deux ans de master et trois ans
complémentaires pour ceux d'entres vous qui souhaitent soutenir un doctorat.

Sur l'année, votre enseignement est organisé sur deux semestres, de
septembre à janvier puis de février à juillet. Chaque semestre, au moins en
deuxième cycle, peut-être évalué de façon indépendante, ce qui vous donne
évidemment une très grande souplesse, notamment dans le cadre d'échange
Erasmus ou de vos stages, ou d'expériences professionnelles. Votre école a
aussi introduit une plus grande mobilité des enseignants, qui sont amenés à
enseigner dans des cycles différents selon les semestres. C'est un
enrichissement pour vous tous. La mobilité, la collégialité et la transversalité
en seront améliorées.

Car vos études sont passionnantes mais aussi exigeantes et difficiles, tout
comme les métiers auxquels elles préparent. Leurs particularités uniques font
l'étonnante diversité des disciplines que vous allez aborder tout au long de
votre parcours, des sciences humaines aux domaines techniques et
scientifiques, déclinés dans une très large variété d'exercices. Rares sont les
formations qui conjuguent un appétit culturel de haut niveau, une culture
scientifique, technique et artistique approfondie et l'apprentissage d'un savoirfaire
professionnel précis. Vos enseignements de projets, vos enseignements
de disciplines nombreuses et variées, votre recherche, sont ancrés dans les
milieux professionnels et les métiers de l'architecte. Votre formation est par
nature ouverte sur la cité, sur la société qui vous entoure et que vous avez
aussi vocation à imaginer, à construire, à façonner.

D'autant que votre école s'est toujours engagée dans le développement des
régions qui sont à la source de son recrutement et de son rayonnement :
Nord-Pas-de-Calais bien sûr, mais aussi Picardie, Champagne-Ardennes.
Transfrontalière, elle est naturellement tournée vers l'Europe du Nord, ses
villes, ses territoires, ses paysages modelés par l'histoire de ce carrefour
économique, industriel et humain qui s'étend bien sûr en Belgique, en
Flandres, aux Pays-Bas et jusqu'aux villes hanséatiques.

La réforme vous permet de vous insérer pleinement dans l'Europe. Et je tiens
à saluer les coopérations et les possibilités d'échanges qui vous sont offertes
par votre école. Ce ne sont pas seulement des accords bilatéraux. Vous êtes
maintenant au coeur d'un véritable réseau d'écoles et d'universités réunies
autour d'un même projet cohérent et stimulant, d'une grande ambition :
contruire l'Europe de demain et faire rayonner l'architecture française et
européenne dans le monde entier.

Le développement de la recherche et des enseignements dans votre école
fera de vous des architectes généralistes, au sens complet et noble du terme
: riches d'une culture humaniste et universitaire, préparés à l'insertion dans
les métiers de la maîtrise d'oeuvre architecturale et urbaine, mais aussi dans
toute la diversité des métiers qui reflètent les attentes de notre société.

Le diplôme d'Etat d'architecte au niveau du master, à Bac + 5, est une
réponse aux attentes de notre société, parce qu’il permet la diversification des
débouchés professionnels et la valorisation des compétences des architectes
hors maîtrise d'oeuvre. Et le nouveau dispositif pédagogique conduisant à
l'habilitation à la maîtrise d'oeuvre, exprime la volonté d'une grande rigueur
dans l'exercice de la profession et d'un véritable partenariat entre les écoles
et les milieux professionnels.

Telles sont, Mesdames, Mesdemoiselles, Messieurs, les orientations
majeures de cette réforme que je souhaite placer sous le signe de l'insertion
des architectes diplômés. J'ai voulu suivre de très près l'évolution de votre
situation en mettant en place, au sein de la Direction de l'architecture et du
patrimoine du ministère de la culture et de la communication, l'observatoire de
la scolarité et des débouchés.

Pour mettre en application cette réforme, J'ai tenu à mobiliser des moyens
budgétaires supplémentaires. C'est pourquoi, comme je l'ai indiqué à la
presse le 28 septembre dernier, en présentant mon budget, des mesures
nouvelles à hauteur de deux millions d'euros seront réservées en 2006 pour
accompagner et permettre cette évolution, prioritaire, de l'enseignement de
l'architecture.

Je tiens enfin à insister sur les efforts constants assurés aujourd'hui par le
ministère de la culture et de la communication en faveur du programme
immobilier des écoles d'architecture, dont nous avons une magnifique
illustration sous nos yeux. Toutes les écoles d'architectures sont concernées
par ce vaste chantier collectif, dont vous bénéficiez aujourd'hui.

Aujourd’hui,
Montpellier, Grenoble et Versailles. Demain, ce programme s'appliquera à
Nantes, Paris-Belleville, Paris-Val-de-Seine, Strasbourg, Saint-Etienne et
Rennes. C'est là une preuve tangible de l'importance que notre pays accorde
à la formation de ceux qui auront la charge de concevoir le cadre de vie de
nos concitoyens.

Au sein de mon action pour l'architecture, j'ai voulu que la priorité aille aux
jeunes architectes, car vous représentez l'avenir de cette profession, l'espoir
d'une architecture française directement en phase avec les grands enjeux de
nos sociétés urbaines.

Vous connaissez les Nouveaux albums des jeunes architectes qui distinguent
les compétences les plus prometteuses. C'est dans le même esprit que j'ai
créé les Nouveaux albums des paysagistes et je me réjouis du changement
de nom de votre école qui prépare aussi aujourd'hui au diplôme de
paysagiste. Ce que j'ai dit sur les exigences, la diversité et la passion qui sont
au coeur de votre formation vaut évidemment aussi pour les paysagistes.

Les enjeux dans le Nord-Pas-de-Calais sont très importants. Je pense en
particulier à la requalification du secteur industriel minier, dans le sillage du
projet culturel du Louvre à Lens, mais aussi à la reconquête des nombreuses
friches urbaines qui permettra de recomposer le paysage des grandes villes,
dans la région comme dans toute l'Europe.

Au-delà de l'émulation que ces albums suscitent, je sais l'importance de ces
manifestations pour tous les jeunes talents : elles stimulent et encouragent
l'intérêt des commanditaires pour les nouvelles générations. Etre retenu dans
les grands concours, y être remarqué, c'est essentiel. Et ce n'est pas Jérôme
de Alzua, diplômé de votre école et arrivé 4ème pour le concours du Louvre-
Lens qui me contredira. Pour des projets plus ordinaires également, moins
exceptionnels, il me semble que l'intérêt pour une architecture d'aujourd'hui
s'éveille, dont ne bénéficient pas seulement les NAJA (nouveaux albums des
jeunes architectes), mais aussi l'ensemble des architectes récemment
installés.

Je tiens à féliciter votre école pour son ouverture professionnelle et
intellectuelle dont témoignent notamment les prochaines "Journées
européennes de la recherche architecturale et urbaine" que vous organisez
sur les thèmes de "L'espace de la grande échelle".

C'est une conviction profonde, corroborée par toutes les études et notamment
les derniers chiffres de la Mutuelle des architectes français, publiés
récemment par le Moniteur, ainsi que par l'Observatoire de la Direction de
l'Architecture et du Patrimoine : notre société a besoin, et aura de plus en
plus besoin d'architectes. En société ou installés en libéral, bien sûr ; mais
aussi dans les entreprises, dans les bureaux d'études, dans les services de
l'Etat ou des collectivités territoriales, comme conseils, comme manageurs de
la commande publique ou privée.

Cette demande sociale s'explique aisément : vous devrez apporter de plus en
plus de solutions adaptées et faire du sur-mesure pour répondre aux attentes
actuelles et futures. Les solutions standardisées ne conviennent plus et ne
peuvent convenir pour redéfinir l'avenir de nos villes, fortement marquées par
l'automobile, par l'étalement spatial et menacées de banalisation et
d'uniformisation.

Oui, nous aurons de plus en plus besoin de vous et de vos compétences,
pour redéfinir et construire l'avenir. Pour recycler des bâtiments désaffectés ;
pour créer en milieu urbain de l'habitat individuel dense ; pour concevoir la
programmation complexe de friches urbaines à reconquérir ; pour remodeler
nos villes ; pour offrir aux habitants de nos quartiers un nouveau cadre de vie,
plus conforme à leurs aspirations ; pour susciter l'envie et le désir d'une
architecture d'aujourd'hui.

Oui, il n'est pas de plus beau projet que de concevoir nos espaces de vie
pour aujourd'hui et pour demain. C'est une chance formidable, pour vous,
pour vos énergies, pour vos talents, pour vos ambitions, pour la grande
qualité et la haute exigence des formations que vous recevez ici.

Je vous remercie.

Forum national des musiques actuelles (FoRuma) à Nancy

7 octobre 2005

Monsieur le Ministre, Monsieur le Maire de Nancy, Cher André Rossinot,

Monsieur le Ministre, Maire adjoint chargé de la culture, Cher Laurent Hénart,

Monsieur le Sénateur, Cher Philippe Nachbar,

Monsieur le Préfet,

Mesdames, Messieurs,

Chers Amis,

Je suis très heureux de participer avec vous tous au forum national des
musiques actuelles réuni depuis mercredi à Nancy. Je suis frappé par l’esprit
constructif et pluraliste qui a animé l’ensemble de vos échanges. Vos 17
ateliers ouvrent des pistes de réflexion très riches et très intéressantes.

Je
compte beaucoup sur vos travaux, sur nos rencontres régulières, pour élaborer
les axes d’une politique adaptée aux spécificités de votre secteur. Notre
rendez-vous d’aujourd’hui en est l’illustration. Il est le résultat d’une année de
discussions, d’analyses, de débats et de travail. J’ai tenu à en faire aussi un
temps de proposition.

J’ai symboliquement posé, hier après midi, avec plusieurs d’entre vous, la
première pierre du futur centre régional des musiques actuelles qui verra le
jour à Nancy, fin 2007. Au-delà du symbole, ce geste marque mon
engagement et ma détermination à agir à vos côtés.

La séance de restitution de ce matin est tout à fait stimulante. Elle vous a
permis de dresser un état des lieux. Elle doit nous permettre aussi de franchir
une nouvelle étape dans la reconnaissance des musiques actuelles ainsi que
dans la mise en oeuvre de mesures concrètes et stratégiques pour l’avenir.

La reconnaissance récente des musiques actuelles.

Je veux renforcer et multiplier les occasions de rencontres et les lieux de débat
entre les artistes, les publics, et les nombreux acteurs professionnels ou
amateurs, qui contribuent au développement, au foisonnement des musiques
actuelles. Elles sont à la fois, au sens le plus fort de ce terme, des musiques
populaires. Elles font partie de notre patrimoine, qu’elles enrichissent sans
cesse de nouvelles créations. Et elles incarnent, par la multitude des genres,
des styles et des talents, la notion même de diversité culturelle.

Elles s’inscrivent dans les mouvements de notre société, et ce depuis
toujours, au gré de l’éclosion des talents et de l’évolution des techniques,
mais aussi du formidable écho qu’elles rencontrent auprès d’un public sans
cesse plus large, plus varié, plus avide de nouveautés, de découvertes et
d’émotions. Toutes les études sur les dépenses et les pratiques culturelles
des Français montrent que la part consacrée aux musiques qui nous
rassemblent aujourd’hui dans leurs activités, dans leur équipement, dans
leurs achats, ne cesse de croître et même de se multiplier. Dans toute la
diversité des courants artistiques d’aujourd’hui, comme des supports qui ne
cessent de se diversifier, elles accompagnent toujours, anticipent souvent les
changements, elles sont l’expression de la pluralité des cultures, des langues,
des générations, des combats politiques, mais aussi de toutes les émotions et
des moments forts de la vie de chacune et de chacun d’entre nous.

Le Jazz
N’ayant pu évoquer suffisamment le jazz à Strasbourg, et ne pouvant être
présent ce soir au festival de Nancy jazz pulsation, je veux à ce stade dire un
mot du jazz.

La politique que le ministère de la culture et de la communication conduit
avec succès depuis 2002 en faveur des ensembles musicaux et vocaux
professionnels, concerne aussi les grands orchestres, ensembles ou collectifs
de jazz.

Acteurs importants du développement de l’emploi artistique, ceux-ci doivent
aujourd’hui pouvoir bénéficier de moyens renforcés. Si le secteur du jazz a
besoin de moyens accrus, il doit aussi être mieux structuré. Je serai donc
particulièrement attentif à ce que les DRAC engagent, chaque fois que cela
sera possible, des conventionnements avec ceux des ensembles, orchestres
ou collectifs de jazz, qui, à l’image notamment des ensembles de musiques
classiques, pourraient créer des partenariats durables avec des collectivités
territoriales, pour la réalisation d’un projet artistique et culturel ambitieux et
créatif.

C’est, j’en suis persuadé, une condition nécessaire à la poursuite sereine de
la réflexion qui a été engagée, notamment, avec l’association pour le jazz en
orchestre national (AJON) et avec l’association Grands Formats, sur l’avenir
du secteur. Cette réflexion porte en particulier sur le devenir de l’orchestre
national de jazz, qui est aujourd’hui la seule formation à bénéficier d’un label
unique créé en 1986, dont Franck Tortiller vient de prendre la direction
musicale.

Je souhaite que cette concertation, conduite par la Direction de la Musique,
de la Danse, du Théâtre et des Spectacles, aboutisse dans les prochains
mois à une série de propositions qui pourront être mises en oeuvre dès la
saison 2006/2007.

La chanson, le jazz, les musiques traditionnelles et les musiques du monde,
toutes les formes du rock, de la pop, du hip hop, des musiques électroniques
et tous les métissages de ces différentes familles musicales, constituent un
formidable terreau de créativité pour de nombreux artistes et au-delà, pour
tous ceux qui les pratiquent en amateur.

Les musiciens professionnels relevant du champ des musiques populaires
représentent plus de 70% des musiciens en activités, d’après une enquête
récente du Ministère de la Culture et de la Communication. Il est certain
qu’une proportion semblable de musiciens amateurs pratiquent les musiques
actuelles, ce qui est considérable.

L’action que je veux mener avec vous en faveur des musiques actuelles doit
se nourrir de l’addition des énergies qui les composent.

En dépit d’une longue histoire, les musiques actuelles n’ont retenu l’attention
des pouvoirs publics que depuis une période relativement récente, par
rapport aux autres pratiques culturelles. Aujourd’hui, les musiques actuelles
doivent faire l’objet d’une prise de conscience, non seulement par l’Etat, mais
aussi par l’ensemble des collectivités partenaires de la politique culturelle ;
elles doivent faire l’objet d’une véritable politique publique, dont je vais
maintenant vous présenter les orientations.

Je suis et continuerai d’être très vigilant aux politiques territoriales qu’elles
concernent la ville ou les territoires ruraux. Les artistes, les publics en font
partie intégrante.

Je suis convaincu qu’est venu aujourd’hui le temps de la rencontre avec tous
les échelons territoriaux. J’en serai le déclencheur en y sensibilisant
personnellement les collectivités territoriales, dont le rôle est essentiel.

Je
mesure bien en effet les incompréhensions, les risques de situations
conflictuelles qui en découlent. C’est un véritable partenariat qui doit
s’instituer. Je demande aux Directions régionales des affaires culturelles
(DRAC) de jouer un role actif de médiation.

Le Budget

Un budget ne résume pas une politique, mais il en est l’expression. Le
Ministère de la Culture et de la Communication a doublé les moyens qu’il
accorde au secteur, au cours des sept dernières années, tant pour
l’investissement et le fonctionnement des équipements, que pour l’aide à la
création.

Ce sont aujourd’hui 20M- qui sont accordés en fonctionnement par l’Etat aux
musiques actuelles.

Il importe aussi que les outils dont nous disposons soient encore plus
efficaces.

Des outils perfectibles

Je commencerai par le Centre national de la chanson, des variétés et du jazz
(CNV) qui doit jouer un rôle essentiel pour la structuration de l’ensemble du
secteur. Je tiens à féliciter Daniel Colling qui vient d’être reconduit à la
présidence de l’établissement public.

Il est indispensable que le centre de ressources du CNV sur l’économie de la
production des spectacles de variétés, se développe, afin que nous puissions
enfin disposer d’éléments d’analyse et de prospective sur le spectacle vivant.

Ces éléments sont essentiels pour définir les orientations qui guideront notre
action commune dans les mois et les années à venir.

Le CNV doit en effet être au coeur de la politique publique, pour le
développement des musiques actuelles, pour la création et la diffusion, pour
agir au nom de l’Etat, au nom de l’intérêt général.

Il est tout à fait essentiel que cet établissement public soit au service des
professionnels, afin de les accompagner dans l’ensemble de leurs
démarches. C’est dans cet esprit, que je souhaite lui confier d’autres
missions, à commencer par le programme de résidences de musiques
actuelles, jusqu’ici piloté par le Ministère de la Culture et de la
Communication, afin de dynamiser la création et l’action culturelle ou
éducative. Les modalités du transfert de cette compétence seront
déterminées dans les semaines à venir.

Je souhaite également que le Hall de la Chanson, puisse rapidement intégrer
le CNV. Car, dans votre domaine aussi, le patrimoine est un capital d’avenir.

Sur le financement du centre, je me réjouis, bien sûr, de la progression
régulière du montant de la taxe sur les spectacles, 13M- en 2004, collectée
par le centre national des variétés.

Je réaffirme ici l’engagement de l’Etat, à hauteur d’un million d’euros, dans le
fonctionnement du CNV. Il est en effet primordial que les ressources propres
de l’établissement soient prioritairement affectées au soutien des projets.

Je tiens à saluer par ailleurs le dispositif des “ scènes de musiques actuelles ”
créé en 1996. Il s’est réellement développé depuis cinq ans et nous y avons
consacré 7,5M- en 2004, soit 20% des financements publics.

Les derniers équipements créés sont de remarquables complexes comme la
« Cartonnerie » à Reims ou prochainement le centre des musiques actuelles
de Nancy, et encore, à Tours, la ville dont je suis l’élu, le « Petit Faucheux »,
installé récemment dans l’ancien théâtre Louis Jouvet du centre dramatique.

Ce sont aussi 14 millions d’euros que le Ministère de la Culture et de la
Communication a engagés sur trois ans dans la construction de sept Zéniths
qui couvriront la quasi-totalité du territoire.

Vers une évaluation plus fine des attentes et des besoins

Les outils n’ont de pertinence et d’efficacité que s’ils satisfont les besoins et je
souhaite faire un point très précis sur l’ensemble du secteur.

Je veux d’ailleurs saluer ici le travail remarquable dans ce domaine des
associations comme le Fonds pour la Création Musicale ou le centre
d’Information et de Ressources des Musiques Actuelles.

J’ai commandé à l’inspection générale de l’administration de la culture, une
évaluation des dispositifs et des moyens mis en oeuvre par l’Etat depuis une
quinzaine d’années en faveur des musiques actuelles. Je compte beaucoup
sur les résultats de cette étude, confiée à Anita Weber et Michel Berthod. J’ai
demandé qu’ils me soient remis d’ici la fin de l’année. Ils nous permettront de
concevoir et de mettre en oeuvre une politique plus efficace.

Au-delà des moyens existants et – j’en ai bien conscience -perfectibles, je
veux engager un travail de long terme entre l’ensemble des professionnels et
les collectivités locales, pour la connaissance et la reconnaissance de ce
secteur à part entière.

L’institutionnalisation de la concertation nationale

La concertation nationale pour le développement des musiques actuelles
avait été créée à votre demande. Grâce à l’engagement et à l’énergie de
chacun d’entre vous, qui ont permis de créer les conditions du dialogue
nécessaire, elle a jeté les fondements d’une réflexion et d’un travail durables.

Les premiers travaux de cette concertation ont abordé les conditions
territoriales de développement des musiques actuelles, dans toutes ses
dimensions : l’enseignement de la formation et des pratiques artistiques, la
création, la production, la diffusion et l’exposition des oeuvres et des artistes,
ainsi que le travail d’action culturelle et éducative qui s’y attache.

C’est pourquoi j’ai décidé d’offrir un cadre permanent à cette concertation, en
créant auprès de moi un Conseil supérieur pour les musiques actuelles (CSMA). Je l’installerai dans les toutes prochaines semaines au Ministère de
la Culture et de la Communication.

Il réunira l’ensemble des professionnels d’ores et déjà présents dans la
concertation, les représentants des collectivités locales et territoriales,
auxquels viendront se joindre les représentants de la production et de l’édition
phonographique, ainsi que l’ensemble des services de l’Etat concernés, le
département des études, de la prospective et des statistiques du Ministère de
la Culture et de la Communication, la Direction de la Musique, de la Danse,
du Théâtre et des Spectacles, les directeurs régionaux des affaires
culturelles, et enfin l’établissement public, le CNV. Il associera et entendra en
tant que de besoin l’ensemble des organismes du secteur et des services de
l’Etat compétents et sera présidé par une personnalité indépendante que je
viens de désigner, David Kessler, directeur de France Culture.

Ce Conseil devra achever les travaux d’ores et déjà engagés par la
concertation. Il devra rapidement lancer un programme de travail permettant
de traiter l’ensemble des sujets fondamentaux pour la structuration du
secteur, comme l’emploi, les pratiques amateurs, les questions de formation
et d’insertion professionnelle, la création et la diffusion.

Je souhaite à ce stade évoquer deux thèmes très importants : la formation et
la diffusion.

La Formation

Une première étape a été engagée avec la récente création des diplômes
d’Etat et des certificats d’aptitude pour les musiques actuelles amplifiées. Une
centaine de musiciens en sont titulaires aujourd’hui. Ces diplômes et les
centres de formations qui les délivrent, sont autant d’outils qui devront irriguer
des conservatoires de musique et des écoles associatives. Par ailleurs, la
mise en oeuvre de la valorisation des acquis de l’expérience devrait
progressivement permettre à ceux des nombreux artistes qui se sont eux-mêmes
formés, d’obtenir la reconnaissance de leur compétence dans
l’objectif de mieux la transmettre. Il va de soi que la mise en oeuvre du
diplôme national d’orientation professionnelle, et le dispositif à l’étude sur
l’enseignement supérieur de la musique, concernent aussi les artistes qui,
dans le secteur des musiques actuelles, ont peut-être encore, plus que dans
d’autres disciplines, besoin de trouver les voies d’accès à l’université que leur
ouvriront ces nouveaux diplômes.

J’ai conscience que l’enseignement des musiques actuelles et
l’accompagnement des pratiques musicales, reposent principalement sur un
réseau associatif dense et varié, que nous devons nous engager à mieux
faire connaître, reconnaître, valoriser et accompagner. Tel est le sens de la
politique conventionnelle durable que je veux engager, notamment avec les
associations et les conservatoires de musique. Je veillerai à ce que le
diplôme national d’orientation professionnelle récemment créé pour la
musique, la danse et le théâtre, puisse concerner l’ensemble des musiques
actuelles.

L’éducation artistique est une priorité. J’ai souhaité avec mon collègue Gilles
de Robien renforcer la politique en faveur de l’éducation artistique et culturelle
en installant le 19 octobre prochain le Haut Conseil de l’éducation artistique et
culturelle. Je suis sur que cette nouvelle institution sera source d’évaluation et
de propositions rapides et concrètes.

Cinq millions de Français pratiquent la musique en amateur, et parmi eux, de
très nombreux praticiens des musiques actuelles, qui constituent le socle du
renouvellement des genres, des esthétiques et des pratiques. De ce point de
vue, vous le savez, j’ai voulu qu’un décret, dont la projet a déjà fait l’objet d’une large concertation, vienne prochainement préciser le cadre
réglementaire des pratiques en amateurs, notamment pour ce qui concerne la
collaboration entre musiciens amateurs et équipes professionnelles. Ce sera
une avancée très importante.

L’exercice des pratiques artistiques musicales amplifiées, en amateur ou
professionnelles, nécessite des espaces adaptés, en particulier des studios
de répétition et des lieux de diffusion spécifiques. Le devenir des pratiques en
amateurs et les conditions de la professionnalisation des groupes et des
artistes qui s’y engagent en dépendent en grande partie.

Le spectacle vivant, c’est avant tout la scène, qui donne souvent toutes ses
chances aux artistes de se faire connaître au plus grand nombre. Je me
félicite du nombre et de la richesse des festivals et des concerts de musiques
actuelles qui irriguent l’ensemble de notre territoire. Je salue le travail de
toutes celles et de tous ceux, artistes, techniciens et producteurs de
spectacles, qui sont les acteurs de ce foisonnement remarquable et stimulant.

Sur ce point, le gouvernement encourage la simplification des conventions
collectives du secteur du spectacle vivant, au bénéfice des salariés du
secteur, dont les conditions de travail seront mieux encadrées, et des
employeurs dont l’environnement de travail sera éclairci.

Je souhaite en particulier que le recours au CDD d’usage soit encadré, que le
périmètre et les conditions de recours soient très précisément définis et que
la totalité du travail effectué soit déclarée et rémunérée, afin que l’assurancechômage
joue pleinement – mais seulement – son rôle. Le secteur des
musiques actuelles sera ainsi inscrit dans un cadre conventionnel rationalisé,
au contenu renouvelé.

J’entends également que les musiques actuelles, dans toute leur diversité,
soient accueillies dans le cadre de résidences, par les scènes généralistes
que le ministère soutient, en particulier les scènes nationales. Et je suis très
heureux que de nouvelles scènes conventionnées pour la chanson ou le jazz
s’ajoutent aux sept existantes à ce jour.

Je serai en particulier attentif à ce que l’important dispositif qui a été mis en
place au cours des vingt dernières années par le Ministère de la Culture et de
la Communication pour soutenir l’enseignement des musiques d’aujourd’hui,
dont le monde du jazz a été l’un des premiers bénéficiaires, ouvre sur de
véritables débouchés professionnels pour les jeunes musiciens du secteur,
qui représentent aujourd’hui un cinquième des musiciens professionnels en
France.

La diffusion

La connaissance et la reconnaissance des musiques actuelles ne peuvent se
passer, bien sûr, d’un effort important en faveur de la diffusion.

Même si l’année 2005 a vu une amélioration de l’exposition de la musique à
la télévision, la situation reste fragile, et je relancerai le dialogue entre les
diffuseurs et l’ensemble de la filière pour obtenir des améliorations
supplémentaires dans les mois à venir. De ce point de vue la TNT est une
chance.

La diffusion est la clé de l’accès au public et dès mon arrivée rue de Valois,
j’ai fait adopter par le Parlement la modification de l’article 29 de la loi du 30
septembre 1986, permettant au Conseil supérieur de l’audiovisuel (CSA)
d’établir dans les conventions des radios des critères précis de diversité
musicale. J’ai récemment saisi le CSA afin d’appeler son attention sur la
négociation des futures conventions dans le domaine de la radio, qu’il
s’agisse des radios associatives ou des radios commerciales. Il faut utiliser ce
mécanisme conventionnel pour lutter contre la forte concentration de la
diffusion des titres. Je veux d’ailleurs ici saluer le travail de radios comme
Radio Campus ou de la Ferrarock qui font un formidable travail pour la
diversité de la musique.

J’ai décidé de doter de nouveaux moyens l’observatoire de la musique et
d’étendre ces études à l’observation de la diffusion de musique à la télévision
en 2006, afin que les données du marché soient étudiées en toute
transparence.

La baisse brutale du marché du disque a porté un coup à l’ensemble du
secteur, entraînant de lourdes conséquences économiques et sociales.
Il est évident que ces difficultés s’ajoutent à celles que rencontrent de
nombreux acteurs des musiques actuelles, labels, éditeurs ou distributeurs,
dont l’investissement et la prise de risque sont essentiels à la diversité de la
création musicale.

Soutenir et défendre la diversité de nos créations et de nos industries
culturelles, dans le domaine du disque en particulier, c’est aussi relancer
l’investissement et permettre la prise de risque. C’est pourquoi :

– j’ai souhaité et j’étudie actuellement – avec Jean-François Copé – la création
d’un crédit d’impôt pour les PME du disque ;

– j’ai décidé de prolonger l’aide à la distribution physique des disques, en
partenariat avec le ministère délégué aux petites et moyennes entreprises ;

– j’ai créé un fonds d’avance remboursable pour les toutes petites entreprises
du secteur, que j’ai doté de 2 millions d’euros, et qui sera opérationnel dès la
fin de l’année. Ce fonds sera ré-abondé chaque année de 500 000-.

Les profondes mutations de la société de l’information et les changements de
mode de consommation des biens culturels induisent, par ailleurs, de prendre
en compte la protection de l’ensembles des ayants droits.

Je présenterai en décembre prochain devant le Parlement le projet de loi sur
les droits d’auteurs dans la société de l’information, afin d’apporter le cadre
juridique nécessaire aux nouveaux modes de consommation des produits
culturels.

De manière plus générale, j’aimerais que touts les acteurs des musiques
traditionnelles et des musiques du monde, ou encore des musiques
électroniques, familles singulières, mais parties prenantes des musiques
actuelles, soient en mesure de faire de façon permanente un état des lieux
spécifique à leur secteur. De ce point de vue leur participation aux travaux du
Conseil Supérieur pour les Musiques actuelles et le jazz, les y conduira
naturellement.

Je veux mettre en oeuvre, dans l’échange et le dialogue avec vous une
politique équilibrée et cohérente pour les musiques actuelles. Je me félicite
de la créativité et de la capacité de confrontation des idées dont vous avez fait preuve, tout au long des débats de ce forum national. C’est dans le même
esprit que j’entends donner une lisibilité et une efficacité fortes à la politique
publique dont je viens de vous présenter les orientations. Sans doute les
musiques actuelles ont-elles été longtemps considérées comme un secteur à
part, voire un peu marginal, au Ministère de la Culture et de la
Communication. J’espère vous avoir convaincu que ce n’est plus le cas et
que, bien au contraire, vous êtes au coeur de ma politique en faveur du
spectacle vivant, en faveur de l’emploi des artistes et des techniciens, en
faveur des publics, parce que vous êtes au coeur de la vie des Françaises et
des Français.

Je vous remercie.

Conférence de presse sur l'action en faveur du théâtre

5 octobre 2005

Mesdames, Messieurs,

Chers Amis,

Je suis très heureux de vous accueillir ici, rue de Valois, où le théâtre, art
public par excellence, a toute sa place. Car vous le savez, c’est ici, dans ce
salon des Maréchaux, que depuis mon arrivée au Ministère de la Culture et de
la Communication, j’ai tenu à placer le spectacle vivant et toutes celles et ceux
qui le font, au coeur de mon action. D’abord, en vous recevant tout au long de
l’année, vous, artistes, représentants des collectivités, responsables de lieux,
techniciens, permanents et intermittents du spectacle. Ensuite, en suscitant,
pour la première fois dans l’histoire de la République, le premier débat
parlementaire sur le spectacle vivant, à l’Assemblée et au Sénat, qui ne soit
pas un débat seulement budgétaire.

J’ai présenté ici mon budget, il y a exactement une semaine. Un budget qui est
l’instrument et l’expression d’une politique. Et cette politique est d’abord fondée
sur une vision du rôle de l’art dans la cité, qui se décline en actions, que je vais
maintenant vous présenter.

C’est aussi ici même que siège le conseil national des professions du
spectacle, comme c’est ici que s’est tenue le 29 septembre une très importante
réunion des partenaires sociaux, la seconde à regrouper au ministère de la
culture et de la communication l’ensemble des organisations professionnelles
et interprofessionnelles. Je ne laisserai pas des interventions isolées, qui n’ont
rien à voir avec les enjeux professionnels du spectacle vivant, empêcher le
dialogue entre les partenaires sociaux. J’ai toute confiance dans notre volonté
commune d’aboutir à la mise en place d’un système pérenne de soutien à
l’emploi et d’indemnisation du chômage des artistes et des techniciens au 1er
janvier 2006.

Comme l’écrit joliment Robert Abirached dans le second tome de son ouvrage
Le Théâtre et le Prince : « Le théâtre a gardé l’essentiel de son rayonnement,
parce qu’il exige des regards en état d’alerte ».

Oui, le Ministère de la Culture et de la Communication, comme le Ministre que
je suis, demeurent en état d’alerte permanent. Depuis dix-huit mois, vos
questions, vos doutes, vos espoirs, comme les rapports des experts
indépendants et les propositions de mon administration nourrissent ma
réflexion et l’action que je veux mener au service du théâtre, car l’Etat est là,
avec tous ses partenaires, pour servir l’art, et non pour s’en servir.

D’autant que le théâtre est un art collectif par excellence. Et s’il n’est guère
de discours sur le théâtre, aujourd’hui, qui n’en déplore la crise, c’est un mot
commode qui recouvre des points de vue très disparates. Pour ma part, j’ai
fait le constat du morcellement de la profession théâtrale. C’est pourquoi je
me suis fixé pour premier objectif de renouer les fils du dialogue entre les
artistes, les responsables de lieux de création ou de programmation, et les
publics.

Cet objectif est essentiel. Comme on l’a vu encore cet été, le théâtre, dans
notre pays, est en pleine effervescence. Sa capacité à tendre un miroir à la
collectivité et à nous interroger, avec une extraordinaire acuité, sur notre lien
aux autres comme sur la complexité du monde, le rend incomparable,
irréductible et précieux.

Notre théâtre fait preuve d’un incroyable dynamisme qui se mesure à la force
du désir de la scène chez les jeunes, au foisonnement de ses équipes
artistiques, à la diversité des techniques et des arts qu’il met en scène, à la
variété de ses lieux de représentation, de la salle à l’espace public ou privé, à
sa présence sur l’ensemble du territoire et à sa notoriété internationale,
permettant un accès de plus en plus large au spectacle.

L’organisation du théâtre en France est unique. Elle est au coeur de
« l’exception » française dans le domaine de la culture, qui fait école en
Europe et dans le monde et que je préfère appeler diversité culturelle.

C’est
un mot, un concept, une ambition politique, qui se traduisent en actes et en
actions et qui font, à une voix près, l’unanimité des pays du monde, comme
j’ai pu le constater hier après-midi en plaidant à la tribune de la conférence
générale de l’Unesco, réunie en ce moment même à Paris pour adopter la
convention internationale sur la diversité des contenus culturels et des
expressions artistiques.

Alliance d’artistes individuels, de compagnies indépendantes, de structures
institutionnelles ou de lieux alternatifs, notre organisation théâtrale tire ainsi
sa force de sa diversité même.

Pourtant, encore récemment, à l’occasion d’une rencontre organisée rue de
Valois avec les acteurs du Jeune Théâtre National, j’ai pu prendre la mesure
des difficultés des artistes sortis des écoles qui peinent à voir leur travail
appuyé par des lieux ou épaulé par leurs pairs.

Lors de nombreux rendez-vous, j’ai pris également conscience qu’il n’est pas
toujours facile d’être jeune créateur, auteur dramatique ou compagnie
indépendante. Et je sais qu’il est souvent douloureux, pour un directeur de
théâtre, de devoir sans cesse arbitrer entre des propositions artistiques
toujours plus nombreuses et riches, comme il est parfois complexe pour le
public de s’ouvrir à la nouveauté et de trouver ses repères dans le
foisonnement des spectacles à l’affiche.

J’ai donc décidé de multiplier les occasions de rencontres et d’échanges
entre artistes, institutions et publics.

Je voudrais d’abord rappeler trois vérités simples qui me semblent parfois
oubliées :

– Tout artiste de théâtre qui demande à être aidé ponctuellement ou
régulièrement par l’Etat, souhaite, du même coup, nouer avec la population
une relation particulière. Il signifie que, par son travail sur la langue ou les langages scéniques, il veut développer les sensibilités, éveiller les
consciences et contribuer à une meilleure connaissance de soi, donc de
l’autre.

– Tout lieu de théâtre qui bénéficie du soutien de l’Etat pour sa construction
ou son activité reçoit, dans le même temps, une responsabilité nationale :
celle d’accueillir dès leurs premiers pas, et tout au long de leur vie, des
artistes soutenus par la collectivité. Il s’engage aussi à créer les conditions
d’une riche rencontre entre ces artistes et la population de son territoire.

– Enfin, toute personne qui décide d’aller à la rencontre d’artistes de théâtre,
dans un lieu de représentation théâtrale, choisit de rompre avec le repli sur
soi et l’individualisme. En même temps qu’elle devient membre d’un public,
elle s’affirme aussi comme pleinement citoyenne, c’est à dire partie prenante
d’une communauté qui réfléchit à son destin. A ce titre, elle a aussi pour
responsabilité de convaincre et de séduire ceux qui n’ont pas encore trouvé le
chemin des salles de spectacles. En art, ce n’est pas la publicité mais le
public qui crée le public.

C’est donc pour vous tous, auteurs, acteurs, metteurs en scène, compagnies
de théâtre, de cirque ou de rue, aidés à un titre ou à un autre par le Ministère
de la culture et de la communication ; c’est pour vous tous, théâtres
nationaux, centres dramatiques nationaux, scènes nationales, scènes
conventionnées et lieux subventionnés par l’Etat ; et c’est aussi pour vous
tous, spectateurs sans qui le spectacle n’existe pas, que j’ai voulu ce « plan
d’action en faveur du Théâtre ».

Pour vous relier davantage et pour que renaisse un esprit de curiosité
réciproque, il nous faudra rassembler les énergies et associer, comme c’est
déjà très souvent le cas, les partenaires naturels du service public de la
culture que sont l’Etat et les collectivités territoriales. Il nous faudra aussi
inventer de nouveaux dispositifs, dégager de nouveaux moyens, accepter
certaines remises en cause.

Ce pari exigeant est au coeur de mon projet politique pour le théâtre, que je
veux mettre en oeuvre dès l’an prochain, et qui se décline selon trois axes,
trois piliers :

– l’ouverture ;

– le rayonnement ;

– la lisibilité.

Et je vous fixe d’ores et déjà trois rendez-vous importants :

– le 27 mars, au Studio-Théâtre de la Comédie-Française, autour de la création
contemporaine, de sa production et de sa diffusion ;

– le 15 mai, au Théâtre National de Chaillot, sur la transmission et
l’enseignement du théâtre ;

– le 17 juillet, au coeur du Festival d’Avignon, pour interroger les politiques
théâtrales publiques à l’occasion d’une journée consacrée au soixantième
anniversaire de la décentralisation théâtrale.

Premier axe : l’ouverture

Vous m’avez très souvent entendu prononcer ce mot : c’est qu’il revêt pour
moi une valeur symbolique et politique forte afin de décloisonner la culture et
d’en étendre les territoires.

Dans le domaine du Théâtre, comme dans les autres, tout passe d’abord par
la découverte et la formation.

– C’est ainsi que se concrétise enfin une initiative forte et indispensable :
proposer aux jeunes, partout en France, une offre de découverte et
d’enseignement du théâtre, au même titre que pour la musique et la danse.

La réalisation d’un volet « théâtre » dans chacun des « schémas
départementaux de développement des enseignements artistiques » qui
seront produits à l’avenir, constitue une nouveauté et un enjeu
importants, que l’Etat accompagne et accompagnera plus fortement encore
dans les mois qui viennent.

– C’est ainsi également que sont organisées, au moment où je vous parle, les
épreuves du premier Diplôme d’enseignement d’Etat du Théâtre, le D.E.
850 candidats de tous âges ont été admis à passer les épreuves précédant
l’obtention de ce diplôme et je suis fier et ému de voir l’engouement qu’il
suscite dès la première année de sa mise en place. J’ai d’ailleurs décidé de
réunir le 15 mai 2006, au Théâtre national de Chaillot, l’ensemble des
candidats reçus afin d’échanger avec eux sur le sens et l’importance qu’ils
accordent à la sensibilisation et à la formation au Théâtre dans notre pays.

Je veux toutefois d’ores et déjà rappeler avec force, en réponse à certaines
inquiétudes exprimées ici ou là, que ce diplôme ne conditionne en aucune
manière l’accès à l’activité d’enseignement et qu’il ne saurait être exigé pour
participer à des projets d'éducation artistique ou culturelle. En l’attente de la
nouvelle session qui se déroulera en 2007, je resterai vigilant sur le respect
des principes qui ont guidé la mise en place du D.E : valoriser, mais, en
aucun cas, exclure. Et c’est en parallèle que j’engagerai, dès 2006, la
nécessaire réflexion sur la mise en place d’un nouveau Certificat d’aptitude
aux fonctions de professeur d’art dramatique.

– De la même manière, je veux redire solennellement devant vous que la
création, en 2006, d’un diplôme national de comédien ne s’apparentera en
aucune façon à la mise en place d’une quelconque carte professionnelle.

Il y
a un an, lors des entretiens sur le spectacle vivant de Saint-Denis, j’ai dit sous
le chapiteau du cirque Fratellini qu’en ce qui me concerne je ne serai jamais
partisan de cette carte: je le redis, un an après, rue de Valois.

Délivré en partenariat avec une Université, ce diplôme aura essentiellement
pour vertu de ménager aux comédiens qui le possèdent une possible
reconversion si leur carrière devait être interrompue. Utile, il ne sera pas un
sésame pour la scène : le talent seul, et la persévérance, continueront de
prévaloir. Et il en sera de même pour les futurs metteurs en scène, même si
les expériences de l’Unité nomade ou du Théâtre National de Strasbourg
montrent que ce qui traditionnellement ne s’apprend pas peut tout de même
se transmettre.

– C’est pour mieux préparer au long parcours du métier d’acteur que les
dispositifs d’insertion continuent d’être soutenus et analysés par le ministère
de la culture et de la communication.

Ainsi, tout en demandant que les projets de formation en alternance ou ceux
portés par des groupements d’employeurs soient étudiés et renforcés, je me
félicite particulièrement des résultats de l’enquête coordonnée par le Jeune
Théâtre National sur : le devenir professionnel des artistes issus des écoles
signataires de la plateforme de l’enseignement supérieur pour la formation du
comédien.

Cette enquête, qui sera très prochainement rendue publique, prouve que la
formation favorise l’insertion, ce qu’il n’est pas inutile de rappeler à l’heure où
la réflexion sur les métiers est intense.

– Je conclurai sur la formation, en rappelant que depuis la disparition de
l’Association Nationale pour la Formation et l’Information Artistiques et
Culturelles (Anfiac), la profession culturelle a vu éclore des dizaines de
formations au métier de directeur d’établissement artistique et culturel.

J’ai
donc demandé à la Direction de la musique, de la danse, du théâtre et des
spectacles (DMDTS) d’analyser l’offre existante et de présenter, dès le début
de 2006, des hypothèses de structuration d’une offre nouvelle de formation
continue, en parfaite adéquation avec les besoins et les réalités du secteur.

A ce très important volet de l’action de l’Etat consacrée à la formation
théâtrale, il faut ajouter la perspective de créer un diplôme d’Etat
d’enseignement du cirque, très attendu par le métier, qui pourrait être mis en
place en 2006/2007. Et je n’oublie pas la Formation avancée itinérante aux
arts de la rue, ouverte en 2005, dont les sortants présenteront leurs travaux
de fin d’étude en 2007.

Ainsi, grâce à tous ceux – formateurs, élèves en voie de professionnalisation
ou amateurs – qui transmettent ou reçoivent un savoir, la circulation des
expériences et des sensibilités favorise l’ouverture, qui est mon objectif.
Mais cela ne suffit pas.

Je veux maintenant évoquer la deuxième partie de mon
programme d’ouverture : mieux accompagner les compagnies
indépendantes.

En 2005, sur 630 compagnies de théâtre aidées par l’Etat, 321 bénéficient
d’un conventionnement et 309 ont reçu une aide à la production.

Ces équipes, aidées ponctuellement ou régulièrement, ne sont pourtant
qu’une partie de toutes celles qui aspirent à recevoir un soutien du Ministère
de la Culture et de la Communication : car rappelons-le, les compagnies
indépendantes sont le levain du théâtre français.

Elles naissent spontanément, poussées par le désir de développer un projet
artistique et parfois disparaissent, faute souvent de s’être convaincues ellesmêmes,
ou d’avoir su convaincre les autres, de la nécessité de leur
proposition.

L’Etat doit accompagner avec une attention redoublée ces aventures fragiles
et essentielles, car c’est souvent à leur début que les fulgurances artistiques
sont les plus fortes et les écueils les plus grands.

Pour autant, il n’est pas rare que de nombreuses équipes parviennent à
inscrire leur activité dans la durée, tout en demeurant peu ou pas
subventionnées.

Cinq innovations vont donc intervenir en 2006, dont le détail vous est
présenté dans le dossier qui vous sera remis dans quelques minutes.

Elles
doivent permettre d’accompagner les premiers pas d’un artiste isolé, de
mieux prendre en compte la réalité du travail des compagnies non
conventionnées et de resserrer les liens avec les théâtres autour de projets
expérimentaux.

1°) d’abord, donner plus de moyens aux compagnies pour créer et pour
jouer : le plancher de l’aide à la production dramatique sera fixé à 10 000 -. Il
sera même porté à 20 000 – pour les projets les plus ambitieux fondés sur la
création d’une oeuvre nouvelle, en particulier celle d’un auteur vivant.

Cette hausse est conçue pour que soit mieux pris en compte le temps de
travail consacré à la création. Son entrée en vigueur se fera progressivement à partir de janvier 2006, car il faudra mobiliser des fonds nouveaux afin que le
relèvement du plancher n’entraîne pas une baisse mécanique du nombre de
projets aidés.

Par ailleurs, l’aide à la reprise sera encouragée, offrant aux équipes
artistiques un cadre budgétaire qui leur permette d’organiser des tournées
pour une deuxième exploitation de leurs spectacles.

2°) ensuite, instaurer une nouvelle aide, l’aide à la maquette pour les
compagnies ou les artistes indépendants d’un montant fixe de 5000 –
auxquels devront impérativement s’ajouter au moins 5000 – supplémentaires
venus d’un théâtre ou d’un lieu partenaire.

En amont de l’aide à la production, cette aide sera souple et permettra à un
artiste ou à une équipe artistique d’entrer en contact avec un lieu, autour
d’une démarche d’expérimentation et de recherche.

Présentée devant des spectateurs, cette maquette reflètera, mieux que tout
autre dispositif, la rencontre qui m’est particulièrement chère entre un artiste,
un lieu et le public.

3°) en troisième lieu, valoriser les projets individuels : lorsqu’il ne lui est pas
nécessaire de se doter immédiatement d’une compagnie, un artiste peut
placer son projet à l’abri d’un producteur indépendant ou d’une structure.

Désormais, ces « accompagnateurs » de projets pourront obtenir, à la
demande de l’artiste, une aide à la production ou à la reprise.
Créer une compagnie devient alors un vrai choix artistique et pas simplement
une obligation juridique.

4°) en quatrième lieu, proposer un compagnonnage aux jeunes artistes au
sein d’une compagnie conventionnée : dans l’esprit de la rencontre et de
l’ouverture, les compagnies qui bénéficient de moyens significatifs de l’Etat
pourront accompagner les premiers pas d’un artiste plus jeune et le guider
tout au long de la réalisation d’un premier spectacle. La transmission des
savoirs et la mise à disposition des outils d’un côté, la disponibilité et la
curiosité de l’autre, seront au coeur de la rencontre entre deux artistes,
l’expérimenté et le novice. Les compagnonnages favorisant des périodes
longue d’emploi seront particulièrement valorisés et suivis de moyens
nouveaux.

Je demande à la DMDTS de proposer pour 2006 une nouvelle circulaire sur
l’aide aux compagnies qui récapitulera ces évolutions.

5°) en cinquième lieu, valoriser les résidences d’artistes ou de compagnies :
toutes les démarches favorisant la résidence d’une compagnie ou d’un artiste
dans un lieu font l’objet d’une circulaire que j’adresserai prochainement aux
Directeurs régionaux des affaires culturelles. Sans détailler les mesures qui y
figurent, je tiens à dire ici mon attachement à tout ce qui contribue au partage
de l’outil théâtre.

A ce titre, je suis particulièrement fier d’avoir confié au Théâtre national de
l’Odéon, dont la salle historique du 6ème arrondissement de Paris rouvrira en
avril prochain, le soin de programmer définitivement les ateliers Berthier.

Georges Lavaudant, que je tiens à saluer, a pris en effet la décision de
renouveler et d’amplifier en 2006 l’accueil de projets des écoles de théâtre,
préfiguré cette année au mois de juin avec le Jeune Théâtre National. De
plus, grâce à sa seconde salle, l’Odéon hébergera, outre la compagnie
d’André Engel, un jeune artiste en résidence chargé auprès du directeur de
missions artistiques et culturelles et accompagné dans une production personnelle. En plus du grand théâtre national qu’il était déjà, l’Odéon devient
ainsi un lieu de professionnalisation des jeunes artistes.

Un soutien particulier sera également apporté aux compagnies qui
s’associent pour un temps long à un territoire donné, sous forme d’une
résidence-association.

Cette résidence-association fera l’objet d’un contrat sur deux ou trois années
associant le ou les artistes, le lieu d’accueil, l’Etat et une ou plusieurs
collectivités territoriales. Elle constitue ainsi, pour les compagnies, un
nouveau mode d’accompagnement qui pourra s’articuler avec l’aide à la
production ou le conventionnement proposés par le Ministère de la Culture et
de la Communication.

L’ensemble de ces propositions, destinées à associer les artistes aux
compagnies, les compagnies aux lieux, les lieux aux artistes ou les
compagnies aux territoires doivent, elles aussi, améliorer la circulation des
personnes et des oeuvres et leur rencontre avec des spectateurs, partout où
ils se trouvent.

Et cela, c’est aussi le sens du deuxième axe, du deuxième pilier sur lequel je
m’appuie pour fixer l’action du Ministère de la Culture et de la Communication
en faveur du théâtre : le rayonnement.

Deuxième axe : le rayonnement

Rayonner, c’est faire qu’il y ait du théâtre partout et pour tous.

– Cela passe d’abord par la présence du théâtre dans les établissements
scolaires, à condition que soit préservé l’esprit du partenariat entre artistes et
enseignants.

Sur l’éducation artistique, je serai ainsi amené à m’exprimer avec mon
collègue Gilles de Robien, Ministre de l’Education nationale, lors d’une
conférence de presse que nous tiendrons ensemble le mercredi 19 octobre, à
l’école du Louvre. pour installer le Haut conseil pour l’éducation artistique et
culturelle.

Puis nous nous rendrons en commun à Nantes, pour les « assises nationales
de l’éducation artistique théâtre/spectacle vivant » organisées par
l’Association nationale de recherche et d’action théâtrales (ANRAT) le samedi
12 novembre : une actualité chargée qui montre la détermination du
Gouvernement à ne pas faiblir sur ce sujet essentiel pour le présent comme
pour l’avenir.

– Cela passe ensuite par une nouvelle considération portée à ce que
j’appellerai le théâtre en amateur et non le théâtre amateur. Lorsque j’aurai
rappelé que cette pratique a concerné en 2003 près de 550 000 personnes,
j’aurai justifié, s’il en était besoin, l’impérieuse nécessité pour l’Etat de
travailler sur ce réseau de compagnies ou d’individus qui expriment une
certaine idée du théâtre, partout en France.

Reconnaître et faire connaître les troupes ou compagnies d’amateurs est
important, de même qu’il faut clarifier le cadre juridique régissant la présence
des amateurs sur scène : un projet de loi est en cours d’élaboration dont le
texte fait l’objet d’une large concertation, en vue de son examen au Parlement
en 2006.

Rayonner, c’est faire aussi, et surtout, que tous les genres de théâtre soient
représentés.

– Au premier rang de cette préoccupation, je place le soutien aux écritures et
aux auteurs.

Quelle que soit la qualité de notre dispositif d’aides publiques en faveur de
l’écriture et du montage des oeuvres d’auteurs vivants, le sentiment demeure
vif que le théâtre qui s’écrit au présent n’est pas assez joué ou tarde à l’être.

Le 16 janvier 2006, je réunirai les institutions qui travaillent à la connaissance
et à la communication des oeuvres dramatiques [SACD, Ecrivains associés
du Théâtre, Centre national des écritures scéniques de la Chartreuse de
Villeneuve-lès-Avignon, Aux nouvelles écritures théâtrales, Théâtre ouvert,
Théâtre du Rond-Point, Mousson d’été, Théâtre de l’Est Parisien, Centre
National du Théâtre, Centre National du Livre, A mots découverts] pour lancer
des ponts entre elles et établir un catalogue précis des besoins et des
manques. J’étudierai toutes les suggestions et je ne m’interdirai aucune
initiative pour renforcer la présence du théâtre vivant sur les scènes de
France.

D’ores et déjà, j’ai demandé à la SACD d’étudier des modalités de
rapprochement entre les aides à la création dramatique de l’Etat et son
nouveau fonds d’aide à la création. Par ailleurs, comme vous le savez, j’ai
lancé cette année un premier « Grand prix de littérature dramatique », destiné
à valoriser le texte de théâtre édité. Ce prix sera naturellement reconduit en
2006, toujours sous l’égide d’Aneth, et élargi aux textes édités francophones.

Mais le plus essentiel à mes yeux consiste à rapprocher l’écriture du plateau,
c’est à dire à favoriser le montage des textes d’auteurs vivants.

Je l’ai dit, le plancher des aides à la production des compagnies
indépendantes sera rehaussé à 20 000 – pour doter de manière significative
les spectacles les plus ambitieux tirés d’oeuvres nouvelles. Je veillerai à ce
que les résidences ou les aides à la maquette profitent aux auteurs vivants.

Et dans le cadre de la refonte du contrat de décentralisation dramatique, la
présence ou la part significative de créations d’auteurs vivants au sein des
centres dramatiques nationaux sera accrue.

Constatant enfin que les rencontres avec les auteurs, pourtant nombreuses et
chaleureuses – j’étais moi-même au mois d’août à Pont-à-Mousson et j’ai pu
constater la qualité du travail effectué par Michel Didym et son équipe – ne
produisent pas toujours l’effet escompté auprès des compagnies et des
programmateurs, j’ai décidé d’inviter personnellement le réseau théâtral
français à la manifestation « premières lignes », organisée par la DMDTS au
Studio-Théâtre de la Comédie française.

Je vous donne donc rendez-vous, du 21 au 26 mars prochain, pour entendre
des textes écrits ou traduits avec l’aide de l’Etat. Et le 27 mars, au Studio-
Théâtre de la Comédie Française, je réunirai les professionnels de la
production et de la diffusion pour réfléchir avec eux sur les suites à donner à
cette manifestation. Je convierai également la presse à ce rendez-vous, car
votre rôle, Mesdames et Messieurs les journalistes, est essentiel, pour
soutenir et faire connaître les oeuvres d’aujourd’hui. Je souhaite en effet qu’il
ne se passe pas trois ans, comme c’est trop souvent le cas, avant que les
textes lus soient transformés en spectacle sur l’une de nos scènes ou dans
l’un de nos théâtres nationaux !

Pour autant, je voudrais qu’on n’oublie pas que le théâtre d’aujourd’hui, c’est
aussi, pour reprendre une formule du Théâtre 95 de Cergy-Pontoise, celui
des « contemporains de leur temps ». Je serai donc attentif à ce que la
priorité accordée aux auteurs vivants ne prive pas le public de la nécessaire confrontation avec les oeuvres de notre patrimoine théâtral.

Pour les jeunes et
les moins jeunes, la langue de Molière, de Racine, de Corneille ou de
Marivaux doit encore résonner dans tous les lieux possibles.

Et c’est pourquoi, je veux redire ici que, dans mon esprit, aucun lieu ne doit
être interdit au théâtre, qu’il soit classique ou contemporain. Notre patrimoine
doit être ouvert à toutes les créations, à toutes les expressions artistiques. Je
réfléchis à multiplier les occasions de mêler patrimoine et création et je vais
constituer un groupe de travail avec le centre des monuments nationaux,
comme je l’ai fait pour le cinéma, afin d’étudier les conditions d’une diffusion
accrue de l’art dramatique dans des lieux du patrimoine où d’ordinaire il n’est
pas présent.

– Vous ne vous étonnerez pas, dès lors, que je continue d’accorder une
attention particulière au théâtre qui s’écrit et s’inscrit dans l’espace public. Je
veux simplement rappeler ici mon engagement de construire en trois ans une
active politique de soutien aux arts de la rue. Le Temps des Arts de la rue,
que j’ai lancé à Marseille le 3 février dernier, court toujours et s’affirmera, je le
redis, dans la durée. Il se poursuivra donc tout naturellement en 2006 avec
des mesures nouvelles et des actions élargies, décrites dans le dossier de
presse.

– En parallèle, je ne laisserai pas l’année des Arts du cirque sans suite et je
demanderai à la DMDTS, en concertation avec les collectivités territoriales,
de dresser un bilan des chantiers en cours ou abandonnés et d’estimer ceux
qu’il faut ouvrir ou prolonger. Je pense en particulier à l’accueil des
chapiteaux en centre ville, une question qui préoccupe aussi bien le cirque
traditionnel que le nouveau cirque. Je pense aussi à la place forte et
singulière qui sera accordée au Cirque ou aux Arts de la rue dans la
programmation du Grand Palais : l’installation des machines de François
Delarozière, dans le cadre de Paris Quartiers d’été 2006, ou un projet avec
les Arts Sauts, qui me tient très à coeur, sont déjà au programme.

– Je souhaite, pour conclure, qu’un éclairage particulier soit apporté au
théâtre pour le jeune public. Les questions que pose la perception par l’enfant
du texte, de la scène et des artistes sont à revisiter. Le réseau artistique
français est riche en lieux, festivals et troupes dont l’activité principale ou
ponctuelle est tournée vers les petits et les adolescents.

J’aimerais qu’un grand colloque se prépare pour la fin de l’année 2006, à
l’image de ceux qui sont organisés au Théâtre du Rond-Point sur les arts de
la parole.

Sur ce sujet primordial, le temps est venu en effet de mettre en oeuvre une
évaluation régulière des conditions économiques et professionnelles qui
président à l’élaboration et à la diffusion de l’offre de spectacles vivants à la
jeunesse.

Et je souhaite que ne soient pas oubliés, dans la réflexion, les Arts de la
marionnette, trop souvent associés dans l’esprit du public au seul théâtre
pour les enfants.

Une telle observation nous permettra de reprendre un dialogue constructif
avec l’un des secteurs les plus dynamiques et à la fois méconnus de la
création contemporaine.

J’en viens maintenant au dernier point de ce qui constitue pour moi le
rayonnement, et que j’appellerai, pour filer la métaphore scientifique, la
« nécessité du laboratoire ».

– Un art qui ne cherche pas est un art mort. Le théâtre, pas plus qu’un autre, ne
peut se croire sauf, s’il n’interroge pas sans cesse sa propre existence.

Parmi
les sujets qui le taraudent, il y a son rapport à l’image, aux nouvelles
technologies, et aux autres disciplines artistiques. Je ne souhaite pas devant
vous développer ces thèmes qui mériteraient d’autres espaces et d’autres
moments.

– Cependant, je veux d’abord vous donner rendez-vous le 10 octobre, au
Théâtre de la Madeleine à Paris, où j’aurai l’occasion de conclure une journée
consacrée aux rapports entre théâtre public et théâtre privé. Je rappellerai
alors l’attachement que je porte à ces deux secteurs complémentaires pour le
public et, de plus en plus, pour les artistes. Et je redirai combien je tiens à ce
moment précieux des Molières qui fêteront en 2006, avec une image
rénovée, leur vingtième anniversaire.

– Je veux aussi vous confirmer toute l’importance que revêt à mes yeux la
place du spectacle vivant, et notamment celle du théâtre, à la télévision.

Au
delà de la signature du contrat d’objectifs et de moyens du groupe France-
Télévisions, c’est toute la réflexion en amont sur la forme et les modalités de
la captation du théâtre qui est lancée. Et avec elle la conquête de nouveaux
publics, ceux de demain !

Je veux enfin vous informer de ma décision de fêter un très important et très
émouvant anniversaire : celui de la décentralisation théâtrale.

C’est en 1946 que fut conçu le premier centre dramatique national, la
Comédie de l’Est.

J’ai donc choisi de célébrer le soixantième anniversaire de la décentralisation
théâtrale, à Avignon, au coeur des manifestations que la direction artistique
organisera pour la soixantième édition du Festival.

Un aller-retour avec l’histoire sera proposé au public, dans un lieu mythique
du Festival, au cours d’une longue journée de midi à minuit, le lundi 17 juillet.

Je souhaite qu’à cette occasion la communauté artistique se trouve
rassemblée dans toute sa diversité. Acteurs, auteurs, metteurs en scène,
connus ou non, feront vivre des textes d’aujourd’hui, et des textes de notre
patrimoine, pour célébrer le théâtre.

Pour préparer ce moment, qui concerne l’art théâtral autant que la politique
culturelle, un comité de pilotage sera mis en place dès le mois prochain, sous
la présidence d’honneur de Gabriel Monnet qui a bien voulu accepter ma
proposition. Organisé autour d’un coordonnateur, il sera formé d’un conseil
d’artistes, d’un conseil de scientifiques et d’un conseil d’observateurs avec qui
les contacts sont d’ores et déjà avancés.

J’attache la plus haute importance à cette manifestation qui marque le
démarrage d’un chantier qui s’achèvera en 2009, à l’occasion du
cinquantième anniversaire de la naissance de ce ministère.

D’ici là en effet, plus attaché à l’ouverture qu’il ne l’était, rayonnant
davantage, le ministère aura aussi travaillé à rendre sa politique plus lisible.

Troisième axe : la lisibilité

Camus le dit : « Mal nommer les choses, c’est ajouter aux malheurs du
monde ». Il faut donc rendre plus lisible l’action de l’Etat en précisant
pourquoi il s’engage dans des conventions avec des compagnies et pourquoi
il se lie par des contrats avec des lieux du réseau théâtral.

– Pour les compagnies dramatiques, la convention est devenue au fil des ans
un gage de talent et la preuve d’une progression sur les barreaux de l’échelle sociale. Or, il ne s’agit pas bien évidemment pas de cela, mais d’un contrat
passé entre une équipe artistique et l’Etat dans un but précis.

A l’occasion du réexamen d’une convention en vue de son éventuel
renouvellement, chaque Direction régionale des affaires culturelles sera ainsi
amenée à partir de 2006 à réexaminer le lien qui l’unit à chaque compagnie
au regard de sa qualité artistique ainsi que des quatre critères suivants :

– le volume d’activité,

– le rayonnement territorial,

– le dynamisme en faveur de l’emploi,

– le compagnonnage.

Les prochaines conventions conclues avec les compagnies indépendantes
intégreront donc, en plus de l’évaluation de la qualité artistique, des objectifs
évaluables dans ces domaines.

– Pour les lieux, le travail est un peu plus complexe. 300 théâtres environ, sur
les 900 que comporte le pays, bénéficient d’une aide financière de l’Etat, qui
a noué avec eux des liens particuliers sur des modes différents. Tout au long
de notre histoire se sont ainsi créés 5 théâtres nationaux, 30 centres
dramatiques nationaux, 6 centres dramatiques régionaux, 1 centre
dramatique national en préfiguration, 2 établissements assimilés centre
dramatique, 2 centres de production jeune public, 70 scènes nationales, scènes conventionnées et de nombreux théâtres sans label comme à Paris
le Rond-Point, la Cité Internationale, la Bastille, ou encore à Toulouse le
Théâtre Garonne, par exemple. Des institutions, auxquelles il faut ajouter des
pôles pour les arts du cirque ou les récents centres nationaux de production
des arts de la rue dont le nom évoluera sans doute prochainement.

Alors je veux le dire solennellement aux professionnels et aux observateurs
qui s’interrogent et débattent depuis de longs mois sur la question des noms :
chacun des théâtres soutenus par l’Etat relève pour moi d’une seule et
symbolique appellation, celle de « Théâtre que l’Etat reconnaît ».

Et cette reconnaissance entraîne des droits et des devoirs réciproques,
différents selon les lieux, qu’il s’agit aujourd’hui de redéfinir avec méthode et,
parfois, avec courage.

C’est pourquoi, je propose d’abord de clarifier deux fonctions essentielles que
ces théâtres remplissent ensemble ou séparément : la production et la
diffusion d’une part, la programmation et l’action culturelle de l’autre.

La Production suppose des moyens financiers pour payer les répétitions, pour
financer – ou mieux encore pour réaliser – la construction des décors, la
fabrication des costumes, la création des lumières et pour acheter les
premières représentations du spectacle ; elle suppose des lieux de répétition
adaptés au projet, des lieux de travail et d’hébergement pour les artistes et
techniciens et une véritable disponibilité des équipes permanentes du lieu à
son égard.

De même, étroitement liée à la production, la question de la permanence
artistique se pose dans les théâtres nationaux et les centres dramatiques
nationaux, car elle favorise sur un territoire une relation étroite et
personnalisée entre des artistes et la population, permet de démultiplier les
collaborations avec les équipes indépendantes, ouvre une réflexion sur le
répertoire, et renforce les liens entre la création, les tournées et les actions
culturelles ou d’éducation artistique.

J’ai lancé la mise à l’étude des conditions d’un renforcement de la
permanence artistique, car sa mise en oeuvre ne dépend pas exclusivement
de l’accroissement de moyens financiers. L’adaptation physique du lieu à la
présence d’un auteur, d’un groupe d’acteurs ou d’un ou plusieurs créateurs
du plateau, le choix des oeuvres qui justifient leur engagement, la durée et la
nature du contrat qu’il faut signer avec eux, font également partie de la
réflexion lancée en étroite concertation avec l’Etat et les collectivités
territoriales, comme c’est déjà le cas notamment à Saint-Etienne, Nice ou
Valence. Dès 2006, de nouvelles expériences de permanence seront ainsi
menées. Elles seront dotées de moyens nouveaux.

Corollaire de la production, la circulation des oeuvres constitue à l’évidence le
maillon faible de la chaîne du spectacle vivant. C’est à elle qu’il faut accorder
la plus grande attention en aidant les lieux qui le souhaitent à structurer de
véritables « pôles de diffusion », composés de personnels formés, dotés
d’outils techniques de recensement et de connaissance des réseaux, aptes à
se déplacer en France, en Europe ou au-delà de nos frontières, pour trouver
et sensibiliser des lieux à la coproduction, au préachat ou à l’accueil de leurs
spectacles.

Des personnels capables enfin d’être à l’écoute des équipes indépendantes
situées sur leur territoire et d’accompagner l’organisation de leur tournée
dans ou hors de l’institution. Je pense par exemple aux salles polyvalentes en
zone rurale ou dans les quartiers, aux friches, aux lieux du patrimoine, aux
entreprises dotées d’une salle de spectacle, mais aussi aux prisons, aux
hôpitaux.
La constitution de ces pôles de diffusion pourra être proposée à l’occasion de
la signature ou de la prolongation du contrat liant un théâtre à l’Etat.

Une
évaluation des besoins du lieu sera réalisée, en partenariat avec l’Office
national de diffusion artistique à qui je souhaite confier, en plus de son
remarquable travail d’accompagnateur de projets, une véritable mission
« d’expert de la diffusion » au service des théâtres, menée en liaison avec
les DRAC.

La Programmation, enfin, exige un vrai savoir-faire dans le domaine,
essentiel, de la médiation, c’est-à-dire une attention portée à toutes les
formes d’action culturelle favorisant la rencontre entre le spectacle et toutes
les catégories de public ; elle suppose la pratique, affirmée, d’achat de
représentations en série, la pluridisciplinarité des choix, l’attention spécifique
portée aux spectacles pour le jeune public ainsi qu’aux formes lourdes et
innovantes (troupes, textes d’auteurs vivants, théâtre de rue, cirque, arts
mêlés) par nature plus déficitaires que les autres.

Pourtant, ce travail de présentation réfléchie et accompagnée des oeuvres à
des spectateurs qu’il faut sans cesse conquérir, est paradoxalement
considéré comme moins noble que celui favorisant la création ou la diffusion.

Dans le domaine théâtral, la politique de conventionnement sera donc menée
en priorité avec les lieux animés d’un véritable souci d’élargissement des
publics, de mise en oeuvre de projets artistiques dans les lieux dits de
l’exclusion, d’ouverture aux formes esthétiques les moins représentées sur
les scènes françaises, ou d’accueil d’artistes européens ou venus des pays
francophones.

Ainsi, qu’un théâtre soit lié à l’Etat par une convention, par un contrat de
décentralisation dramatique, par un contrat d’objectif, par un statut
d’établissement public ou par un simple financement, il doit, parce qu’il
engage d’une certaine manière l’argent public et donc l’Etat, produire et
diffuser, programmer et conquérir de nouveaux publics. Il doit aussi, j’y
insiste, assurer l’emploi d’artistes et de techniciens, dans des conditions exemplaires. Je sais que mes services, DMDTS et DRAC, y veilleront tout
particulièrement.

Cette clarification établie, viendra alors une seconde étape : celle de la
réévaluation du réseau théâtral français.

Il s’agira de vérifier la pertinence de chaque label qui, je le rappelle, chacun à
sa façon, favorise la reconnaissance d’un théâtre par l’Etat. D’ores et déjà,
par exemple, une refonte du contrat de décentralisation dramatique sera très
prochainement soumise aux directeurs de centres dramatiques nationaux,
intégrant notamment la rédaction d’un projet d’établissement, tel qu’il a été
expérimenté à Dijon, un appel à candidature public rendant plus transparents
les renouvellements de direction et une durée du mandat plus clairement
établie.

De la même manière, les labels « scène nationale » ou « scène
conventionnée » seront-ils précisés non seulement au regard de leurs
missions respectives, déjà fixées par circulaire, mais aussi en fonction de la
capacité des lieux qui en sont dotés de respecter au mieux leur cahier des
charges.

C’est ainsi que la décision de nommer « scène nationale », « scène
conventionnée » ou même « centre dramatique national » de nouveaux
établissements comme, à l’inverse, celle de reconsidérer la légitimité de l’une
ou l’autre de ces dénominations, sera-t-elle prise après une évaluation
précise du lieu, en tenant compte également d’un nécessaire équilibre de leur
répartition sur le territoire national. Partout où cela se justifie, la possibilité
d’associer un artiste à la codirection d’un théâtre sera également examinée et
valorisée.

A l’image de l’art du théâtre, en constante évolution, l’institution théâtrale ne
saurait rester figée. Pas plus que ne devra rester figé le Ministère de la
Culture et de la Communication.

La lisibilité de son action passe aussi par un regard critique sur sa propre
organisation et sur ses propres procédures.

Ainsi que je l’ai indiqué à Strasbourg, lors de ma conférence de presse
consacrée à la musique puis mercredi dernier, ici même, lors de la
présentation du budget de la culture et de la communication, j’ai donc décidé
de lancer une réforme de la Direction de la Musique, de la Danse, du Théâtre
et des Spectacles.

J’ai confié à l’inspection générale de l’administration de la culture, en plein
accord avec Jérôme Bouët qui participe activement à la réflexion, une mission
d’analyse du fonctionnement de la DMDTS conduite par Madame Anne
Chiffert et Monsieur Dominique Chavigny. J’attends leur rapport et leurs
propositions avant la fin de l’année. Les professionnels du spectacle, dans
toutes les disciplines seront largement associés à cette réflexion afin qu’elle
aboutisse à une réforme que je souhaite mettre en oeuvre avant la fin du
premier semestre 2006.

Je souhaite enfin que des conclusions opérationnelles soient tirées du rapport
que m’a remis Emmanuel Wallon sur les centres de ressources du spectacle
vivant. Et que soient inventés des outils d’expertise statistique mieux partagés
entre les professionnels, les DRAC et la DMDTS.

Enfin, je tiens à vous indiquer que parmi les 22 millions d’euros de mesures
nouvelles affectées en 2006 au spectacle vivant, près de 7 millions d’euros
iront au théâtre. Jérôme Bouët me rendra à la mi-novembre ses propositions
d’arbitrage sur la part des crédits qui seront gérés en centrale et ceux qui
seront déconcentrés dans les DRAC. Et je veillerai personnellement à ce que les initiatives annoncées se traduisent dans le quotidien des artistes, des
lieux et du public.

Je veux pour conclure vous dire un mot de l’Europe et des réseaux de
diffusion que nous allons développer dans les mois et les années à venir,
afin que l’ouverture, le rayonnement et la lisibilité dépassent nos frontières et
permettent à nos oeuvres et à nos artistes de circuler au sein de l’Europe.

C’est dans cet esprit, celui de la construction d’une Europe très concrète,
celle des projets artistiques, que j’ai proposé la création d’un groupe de
coopération sur le théâtre qui pourra notamment mobiliser des moyens pour
le surtitrage.

J’ai dit, en commençant, que le théâtre, art du texte, du corps, du sens et du
geste, exige de nous des regards en état d’alerte. Il est vrai que le théâtre,
c’est étymologiquement le lieu d’où l’on voit. Continuons à voir et à agir
ensemble, au-delà de nos frontières, au-delà de nos murs, au-delà de tous
les cloisonnements, au-delà de nous-mêmes, pour assurer dans notre
société, dans notre cité, dans notre vie, la présence renouvelée et si
nécessaire du théâtre.

Je vous remercie.

Conférence Générale de l'UNESCO – 33ème session

4 octobre 2005

Monsieur le Président,

Monsieur le Directeur général,

Mesdames et Messieurs les Ministres,

Mesdames et Messieurs les Ambassadeurs,

Mesdames et Messieurs,

Il y a soixante ans, sur les décombres du conflit le plus meurtrier de l’histoire,
la naissance de l’UNESCO était un acte de foi dans l’avenir du monde. Et un
appel à l’action, sur le fondement de ce principe et de cette conviction : « Les
guerres prennent naissance dans l’esprit des hommes, c’est dans l’esprit des
hommes que doivent être élevées les défenses de la paix ».

Quelle ambition plus haute que de servir la paix et l’unité mondiales, par
l’éducation, la science et la culture ? Quelle mission plus actuelle, dans le
monde d’aujourd’hui ? Car l'une des réponses fondamentales au défi du
terrorisme et à la violence de notre temps tient dans la culture et dans la
préservation de la diversité des identités culturelles. Ce qui est en jeu dans le
projet de convention qui est soumis à votre approbation, ce sont en effet les
conditions d'une relation pacifique et confiante avec l'autre, c'est-à-dire la
reconnaissance de l'altérité, la conscience d'une profonde égalité en dignité
des cultures, la foi dans la liberté des artistes et des créateurs, des peuples et
des sociétés, d'exprimer ce qui fait leur être et leur vision du monde.

« L’ère du monde fini » qu’annonçait Paul Valéry a commencé. La
mondialisation nous a rendus à la fois plus proches, mais aussi plus
dépendants les uns des autres, en conférant à notre génération une
responsabilité sans précédent vis-à-vis de notre planète, à l'image de la lutte
en faveur de la biodiversité et de la protection de notre environnement naturel.

A notre génération revient aujourd’hui d'inscrire dans le droit international que
les oeuvres d'art et de l'esprit ne peuvent être considérées comme des
marchandises. A notre génération revient aujourd’hui de décider qu’en notre
époque où tout s'échange, où tout peut devenir objet de commerce, nous
devons donner à la culture une place particulière, conforme à la dignité de
l'être humain.

Tel est le sens de la convention sur la diversité culturelle, dont mon pays a
souhaité l'adoption devant vous, il y a deux ans, par la voix de Monsieur
Jacques CHIRAC, Président de la République française.

Ce message, ce n'est pas celui du repli identitaire, ce n'est pas la tentation de
la fermeture et des particularismes qui justifieraient toutes sortes de violences
et de fanatismes. Ce message, c’est celui de l'attachement pluriséculaire de
la France à la liberté, à la tolérance, à la raison, aux valeurs qui fondent la
déclaration des droits de l'homme, cette déclaration qui appelle à toutes les
émancipations et les réunit dans une même universalité.

Monsieur le Directeur général, créée pour servir son unité, l’UNESCO doit
maintenant sauver la diversité du monde. Vous avez la charge de piloter cette
grande organisation qui a entrepris de se rénover et de se tourner vers les
chantiers du XXIe siècle. Nous vous faisons confiance pour contribuer ainsi à
maîtriser et à humaniser la mondialisation.

En adoptant le projet de déclaration relative aux normes universelles en
matière de bioéthique, en faisant progresser, comme chef de file, l'éducation
pour tous, ce grand projet lancé à Dakar en 2000, qui se doit d'être, dans les
prochaines années, une opération majeure au service du développement,
l’UNESCO montre que la culture est une éthique, et nous donne de nouvelles
chances de faire vivre cette conviction de Montaigne : « chaque homme porte
la forme entière de l’humaine condition ».

Le patrimoine, qui a tant compté pour faire connaître l'UNESCO, est aussi de
nature immatérielle et notre organisation a adopté une convention pour le
protéger. Monsieur le Directeur général, je suis heureux de vous annoncer
qu'en France le processus de ratification de cet instrument est désormais bien
avancé.

Il y a quarante-cinq ans, l’appel lancé par l’UNESCO pour sauver Abou
Simbel était un appel à la conscience universelle. André Malraux, mon illustre
prédécesseur auprès du général de Gaulle, y répondit, à cette tribune, en ces
termes : « vous proposez l’action qui fait appel à tous les hommes contre tous
les grands naufrages. Votre appel n’appartient pas à l’histoire de l’esprit parce
qu’il veut sauver les temples de Nubie, mais parce qu’avec lui, la première
civilisation mondiale revendique publiquement l'art mondial comme son
indivisible héritage ».

Aujourd’hui, nous avons la responsabilité de franchir une nouvelle étape de
notre action commune, pour faire de cet héritage notre projet. En adoptant la
convention sur la diversité culturelle, écrivons ensemble cette nouvelle page
de l’histoire de l’esprit. La reconnaissance de la diversité n’est pas
uniquement un projet culturel. C’est une ambition politique, fondement même
de la paix dans le monde d’aujourd’hui.

Je vous remercie.