Rubrique ‘Discours 2005’

Inauguration de l'exposition " La table à l'Elysée , réceptions officielles des Présidents depuis la IIIe République " – Musée du Président Jacques Chirac, Sarran, Corrèze

22 octobre 2005

Madame,

Monsieur le Maire de Sarran,

Monsieur le Député, Président du Conseil général, Cher Jean-Pierre Dupont,

Monsieur le Préfet,

Madame la Présidente de l'Etablissement public du Musée et du Domaine national de
Versailles, Chère Christine Albanel,

Madame la Conservatrice du Musée,

Mesdames, Messieurs, Chers Amis,

Je suis très heureux et très ému de découvrir avec vous à la fois Sarran et le Musée du
Président Jacques Chirac, à l'occasion de l'inauguration d'une exposition exceptionnelle : "
La table à l'Elysée, réceptions officielles des Présidents depuis la IIIe République ". Mais si
quelqu'un devait inaugurer cette exposition, c'est vous, Madame, auprès des Corréziennes,
des Corréziens et des élus de ce département, dont vous faîtes partie et qui vous sont si
profondément attachés. Nous savons tous et je sais bien la passion avec laquelle vous
défendez les intérêts de la Corrèze et des Corréziens, vos amis, vos concitoyens.

Jean-Michel Wilmotte a conçu ce Musée à partir d'une petite maison et d'une grange dans
un pré. L'alliance des matériaux symboliques de la force et de la solidité de la Corrèze et des
Corréziens – granit, ardoise, chêne et châtaignier – et des lignes pures que vous avez
dessinées, en verre en béton et en acier, permettent une intégration remarquable dans
l'environnement de ce vallon limousin.

Ce Musée, qui a reçu l'appellation de musée de France, propose d'abord un voyage autour
du monde et un regard sur le monde d'aujourd'hui, à travers les objets qui ont été reçus par
le Président de la République et déposés ici. Il est aussi un lieu de recherches et de
découvertes, pour toutes celles et tous ceux qui s'intéressent à l'histoire de nos institutions. Il
est exemplaire de la contribution qu'un équipement culturel bien conçu, doté d'une
programmation qui se renouvelle et de collections qui s'enrichissent régulièrement, peut
apporter à l'attractivité de nos territoires. Ce musée est un exemple de réussite de la
décentralisation culturelle, et de l'aménagement culturel du territoire, de la collaboration de
l'Etat et des collectivités territoriales, et de l'engagement de toutes les équipes qui ont
contribué à ce beau succès. Depuis l'inauguration du musée, il y a cinq ans, vous avez
accueilli plus de 200 000 visiteurs, soit en moyenne 35 000 visiteurs par an. Le musée de
Sarran est le premier site culturel payant du département.

L'extension qui a été décidée par
le Conseil général l'an dernier et qui sera également réalisée par Jean-Michel Wilmotte,
permettra de mieux accueillir encore des visiteurs plus nombreux et de poursuivre une
programmation scientifique et culturelle ambitieuse. L'Etat sera, là encore, à vos côtés,
Monsieur le Président du Conseil général.

C'est l'ensemble de la Corrèze et de la région du Limousin qui bénéficient de l'attrait de ce
musée et de ses riches expositions. Je suis certain que les visiteurs de Sarran auront aussi à
coeur de découvrir, par exemple, le Musée national de la porcelaine Adrien Dubouché, et le
Musée municipal de l'évêché à Limoges, ou encore, le Musée départemental de la tapisserie
à Aubusson.

Cette exposition est une première. Elle nous invite à un voyage sans précédent à travers
notre histoire, mais aussi l'art de vivre à la française, cette tradition d'accueil que vous savez
faire vivre à l'Elysée, Madame, et qui illustre le talent de nos métiers d'art, depuis la réception
du Shah de Perse par le Président Patrice de Mac Mahon en 1873 jusqu'à nos jours, en
partageant les quelque 275 repas prestigieux offerts aux chefs d'Etat de tous les continents
par les Présidents de la République. Nous accédons ainsi à la mémoire jusqu'alors
conservée uniquement au Palais de l'Elysée, des gestes, des lieux, des objets, du
cérémonial, savamment organisé, où chaque détail est soigné pour marquer combien la
France sait recevoir ses hôtes illustres, et conserver ses traditions.

Des dîners de gala du XIXe siècle, aux grands dîners de la IIIe République, puis aux dîners
officiels de la IVe République, jusqu'aux dîners d'Etat d'aujourd'hui, le protocole, qui était,
selon le Général De Gaulle " l'expression de l'ordre dans la République ", s'est allégé et
modernisé. Mais cette exposition témoigne d'une permanence, qui est d'abord celle de la
République, en représentation et en action, pour offrir à ses hôtes le meilleur de la cuisine,
de la table, de l'hospitalité françaises. Ce sont bien sûr ces chefs d'oeuvre des porcelaines
de Sèvres, des cristalleries de Saint-Louis et de Baccarat, de l'argenterie des maisons
Puiforcat et Christofle, des nappes brodées d'or et de dentelle, mais aussi de l'art floral, des
menus richement illustrés, sans oublier l'art oratoire, avec le rituel codé, précis, et
diplomatique des toasts.

En parcourant cette exposition, nous comprendrons mieux ce qu'entendait le Général De
Gaulle lorsqu'il disait que " tout compte s'il s'agit du prestige de l'Etat " et qu'il ajoutait : " je
tiens pour important qu'à cet égard les choses se passent avec ampleur et mesure, bonne
grâce et dignité ". Oui, les Françaises et les Français peuvent être fiers du rayonnement de
leur pays qu'incarne " la table à l'Elysée ". Ce qu'exprime cette exposition, comme ce musée,
c'est surtout l'ouverture internationale de la France, sa contribution à la paix et au dialogue
des cultures. C'est ce qui fait que la voix de la France est, aujourd'hui comme hier, si
écoutée dans le monde.

Je vous remercie.

15e Rencontres cinématographiques de Beaune

21 octobre 2005

Cher Dan Glickman,

Mesdames, Messieurs,

Chers amis,

Je suis très heureux de vous retrouver à Beaune, pour la deuxième fois en
ce qui me concerne.

Nous sommes, cette année encore, c’est décidément une caractéristique à
Beaune, au lendemain d’un moment capital dans l’histoire politique de la
culture sur la scène internationale. Comme vous le savez en effet, l’UNESCO
vient d’adopter lors de la Conférence générale réunie en plénière, ce 20
octobre, le projet de convention sur la promotion de la diversité des contenus
et expressions culturelles, à une écrasante majorité.

Pour la France, ainsi que pour tous ceux qui se sont battus pour ce texte, la
convention s’appuie sur un constat sans appel et repose sur une conviction
politique forte.

Le constat est simple mais éloquent. Dans le domaine culturel en général, et
dans celui du cinéma en particulier, l’uniformisation des oeuvres et la
concentration de l’offre ne font que progresser. D’après des chiffres de
l’UNESCO datant de 2000, les 8 plus grands studios d’Hollywood se
partagent 85% du marché mondial dont 71% du seul marché européen.

De
même, 4 groupes se partagent le marché mondial du disque. Le marché ne
produit donc pas spontanément, loin de là, la « diversité culturelle ».

La conviction politique, c’est que le combat pour la diversité culturelle est
mené au nom de valeurs universelles et humanistes. Pour lutter contre la
standardisation culturelle, il faut défendre sans fléchir la liberté de création et
d’expression. Il faut se battre pour donner aux artistes la possibilité de
fabriquer leurs oeuvres écrites et leurs images, et permettre aux peuples de
les lire et de les voir. Notre bataille n’a rien à voir avec le protectionnisme
dont nous sommes parfois taxés. Je considère pour ma part que le repli des
identités sur elles-même ne mène au contraire qu’à la violence et à la
négation des droits de l’homme. Je veux dire aussi que si le combat contre
l’uniformisation doit être mené, je veux mener le combat plus positif de la
promotion de la diversité culturelle.

Le texte que l’UNESCO a adopté répond à ces attentes, et je le considère
comme très satisfaisant au regard des objectifs ambitieux de négociation que
la France avait fixés dès le début, et que le Président de la République avait
formulés à Johannesburg en septembre 2002.

Ce texte, je veux le souligner, constitue une véritable innovation : c’est la
première fois que la culture est intégrée en tant que telle dans le droit
international. De manière fondamentale, trois principes sont affirmés :

– la reconnaissance de la nature spécifique des biens et activités
culturels ;

– l’affirmation du droit souverain des Etats à conserver, adopter et mettre
en oeuvre les politiques culturelles qu’ils jugent appropriées à la
promotion de la diversité culturelle ;

– le renforcement de la coopération internationale, notamment en
direction des pays en développement.

La convention apporte, et ce n’est pas son moindre apport, une réponse à la
question complexe de la relation entre culture et commerce. L’article 20, qui a
donné lieu à de longues discussions, offre à nos yeux un compromis
équilibré. La Convention rappelle que les Etats signataires devront respecter
leurs obligations à l’égard des autres traités qu’ils ont ratifiés, mais qu’ils
doivent dans le même temps respecter les principes de cette convention dans
les autres engagements internationaux qu’ils seraient amenés à prendre.

Cela confère une force particulière à la convention. C’est un gage de
cohérence important.

Le fait d’ailleurs qu’aucun lien de subordination n’ait été instauré entre ce
texte et les autres accords internationaux est déterminant. Il signifie en
pratique que la convention de l’UNESCO est placée sur un pied d’égalité
avec d’autres accords internationaux, et en particulier ceux de l’OMC qui
nous concernent particulièrement ici. Formulé autrement, ceci revient à
affirmer que les règles commerciales n’ont pas – ou, plus précisément,
n’auront plus à l’avenir – vocation à constituer, à elles seules, le cadre de
régulation des politiques publiques. Au contraire, d’autres principes – ceux de
la présente convention – doivent également être pris en compte, entre autres
par l’organe de règlement de différends de l’OMC s’il est saisi d’un arbitrage
qui concerne le champ culturel.

Contrairement à ce qui se dit ici ou là, cet article 20 ne cherche en rien à
remettre en cause les prérogatives de l’OMC. La France, comme d’autres, est
en effet très attachée au rôle joué par l’OMC dans la régulation de la
mondialisation. Il ne s’agissait donc pas de sortir la culture et l’audiovisuel du
champ de l’OMC. Ces services sont et restent en effet couverts par l’accord
général sur le commerce des services (AGCS) de l’OMC. Cela n’implique pas
l’abandon de toute régulation. Nous revendiquons une mondialisation
maîtrisée, soucieuse du respect des valeurs humaines et en particulier des
identités culturelles dans leur diversité. Je crois que ce nouveau texte y
concourt.

Je tiens d’ailleurs à souligner au passage que, comme Pascal LAMY s’y était
engagé lorsque je l’ai rencontré début septembre à Genève, l’OMC n’a jamais
cherché à intervenir d’une façon ou d’une autre dans le cadre du processus
de négociation en cours à l’UNESCO, malgré les tentatives
d’instrumentalisation de certains pays.

A peine plus de deux ans se sont écoulés entre le lancement des travaux à
l’UNESCO et leur aboutissement sous forme de cette convention. A l’échelle
du temps des négociations internationales, vous observerez avec moi que
c’est un délai particulièrement bref pour être souligné, d’autant que les
obstacles ont été nombreux et constants.

Je souhaiterais revenir avec vous sur quelques caractéristiques de la
négociation, qui ont été essentielles à sa réussite et dont il me semble que
nous pouvons tirer quelques enseignements pour l’avenir.

En premier lieu, je veux rappeler que l’idée de bâtir un nouveau texte, ayant
force juridique, en faveur de la diversité culturelle revient, en premier lieu, à
nos amis canadiens, à la suite d’un panel qu’ils avaient perdu à l’OMC
concernant la presse magazine en 1998. Les canadiens ont émis l’idée d’un
« instrument international » en faveur de la diversité culturelle. De
nombreuses discussions entre la France, le Canada et le Québec, auxquelles
Jean Musitelli entre autres [à la tribune] a pris part dès le début – et je tiens ici
à saluer son rôle dans cette aventure collective -, ont permis de faire
progresser cette notion. C’est lorsque le Canada a imaginé le Réseau
International pour la Politique Culturelle (RIPC), premier réseau ne regroupant que des ministres de la culture, que le concept a circulé entre de
nombreux pays et a progressivement pris corps. Ce sont enfin les ministres
de la culture de ce réseau qui ont formellement demandé en 2003 au
Directeur Général de l’UNESCO d’explorer la possibilité d’une convention
internationale sur la diversité culturelle.

Le fait d’avoir rallié aussi tôt une cinquantaine de pays, puis davantage,
autour de la diversité culturelle, a incontestablement été déterminant pour la
dynamique de la négociation en permettant d’atteindre rapidement une
« masse critique » de partisans. Même si je peux comprendre que
l’expression « exception culturelle » soit regrettée, il faut bien reconnaître que
celle de « diversité culturelle » qui lui a été substituée a sans aucun doute été
plus fédératrice et plus pertinente. Elle nous a permis de multiplier le nombre
de nos alliés dans ce combat, alors que la précédente a toujours été perçue
comme trop française.

Dans cette affaire, le mérite de la France aura été de comprendre que la
question des identités culturelles est sûrement l’une des grandes questions
de ce siècle. Nous avons été le premier pays à porter ce débat au niveau des
chefs d’Etat et de gouvernement. C’est ce qu’a fait le Président de la
République au Sommet sur le développement durable de Johannesburg en
septembre 2002. Cette victoire diplomatique est une victoire de la France et
du Président.

En second lieu, je souhaite m’arrêter sur l’attitude de l’Europe dans cette
négociation pour m’en féliciter. Personne n’avait jamais douté – en tout cas
pas moi – que la diversité culturelle soit l’un des fondements de l’identité
européenne. J’irai même plus loin en affirmant que, si l’on veut maintenant
donner un sens à l’avenir de la construction européenne, il faut placer la
culture et les valeurs au coeur de notre projet collectif.

J’avais d’ailleurs eu l’occasion d’en discuter avec le président de la
Commission José Manuel BARROSO dès janvier 2005 et de constater qu’il
partageait ces préoccupations.

Dans les négociations à l’OMC, et notamment dans l’actuel cycle de Doha,
l’Union européenne a toujours défendu scrupuleusement ce principe en
refusant de prendre le moindre engagement de libéralisation dans
l’audiovisuel ou le cinéma, et en s’abstenant aussi de formuler des demandes
de libéralisations dans ces secteurs aux autres membres de l’OMC.

Il faut se féliciter que la même attitude, unie et sans faille, ait été celle de
l’Union européenne tout entière lors de la négociation de l’UNESCO. La
Commission européenne, armée d’un mandat clair des Etats membres, a pu
affirmer sans ambiguïté une position forte. C’était une première pour elle,
dans le contexte très spécifique de l’UNESCO, et je suis convaincu que cette
unité a contribué de manière décisive à l’avancée rapide de la discussion. On
imagine d’ailleurs sans mal l’effet désastreux qu’aurait, à l’inverse, provoqué
une cacophonie européenne sur un sujet aussi essentiel.

Enfin, l’implication permanente et le soutien actif des milieux professionnels
ont été particulièrement marquants tout au long du processus de l’UNESCO.

Il serait trop long de rappeler l’ensemble des initiatives, rencontres,
déclarations qui ont émaillé ce parcours. Toutes ont été précieuses pour
mobiliser les consciences et expliquer le sens et l’absolue nécessité de la
négociation. Je pense entre autres au travail remarquable des coalitions en
faveur de la diversité culturelle, qui sont maintenant une trentaine à travers le
monde, et notamment la coalition française présidée par Pascal ROGARD [à
la table, modérateur] dont je salue l’engagement, coalition dont l’ARP est
également un membre très actif.

Permettez-moi aussi de me réjouir que les rencontres pour l’Europe de la
Culture, dont la France a pris l’initiative de la première édition en mai dernier
à Paris en présence de plus de 800 artistes, écrivains et professionnels de
l’Europe entière, soient maintenant devenues un rendez-vous régulier, avec
la deuxième édition qui aura lieu à Budapest en novembre puis en Espagne
l’an prochain. Ces premières rencontres ont été l’occasion de mettre des voix,
des visages, des noms européens sur ces concepts de diversité culturelle.

Elle a aussi été l’occasion pour les participants d’adopter une déclaration en
faveur d’une charte pour l’Europe de la culture qui, je l’espère, servira de
base à l’avenir à nos réflexions sur la meilleure prise en compte de la culture
dans le projet européen.

Pour autant, notre travail n’est pas terminé et notre engagement collectif ne
doit pas s’arrêter là.

La première des choses à faire est bien évidemment de faire ratifier cette
convention. Pour qu’elle entre en vigueur, il est en effet nécessaire en vertu
des règles de l’UNESCO que celle-ci soit ratifiée par un minimum de 30 Etats.

Par ailleurs, cette ratification doit intervenir rapidement afin que la première
réunion des Etats parties à cette convention puisse se tenir d’ici 2 ans, lors de
la prochaine Conférence générale de l’UNESCO.

En vérité, nous devons nous fixer un objectif plus ambitieux, à savoir faire
ratifier au plus vite le plus grand nombre d’Etats, au premier rang desquels
les pays membres de l’Union européenne et nos amis du RIPC. Une lenteur
excessive dans le processus de ratification n’augurerait rien de positif pour
l’avenir de la Convention, sa mise en oeuvre effective et donc le rôle de
contrepoids que nous lui assignons vis-à-vis de l’OMC.

Là encore, les efforts conjoints des professionnels et des Etats seront
indispensables et la mobilisation doit se maintenir à son plus haut niveau. Ils
sont d’autant plus nécessaires qu’il est vraisemblable que les pays qui
n’étaient pas favorables à ce texte, vont en sens inverse user de toutes leurs
capacités d’influence pour retarder son entrée en vigueur.

Le diversité culturelle n’a pas qu’une dimension internationale et
européenne : elle doit s’incarner dans chacun des pays. Je le fais en France.

J’y reviendrai tout à l’heure. Nous pouvons nous féliciter d’avoir fait aboutir
tous ensemble une grande ambition au service de la culture et de la
communauté internationale.

Je voudrais terminer en revenant sur la diversité culturelle sous l’angle
européen. Je disais tout à l’heure qu’il y avait tout lieu de se réjouir de l’unité
européenne autour de la Commission européenne. Je veux y voir une prise
de conscience et un engagement déterminé de la Commission européenne
en faveur de la promotion de la diversité culturelle sur la scène internationale.

Comme j’ai eu l’occasion de le dire en septembre dernier à la commissaire
Viviane REDING ainsi qu’à sa collègue en charge de la concurrence, Neelie
KROES, il ne me paraîtrait pas compréhensible que la Commission
européenne adopte maintenant une attitude différente vis-à-vis de la diversité
culturelle à l’intérieur même de l’Union européenne.

L’une des premières occasions à saisir est à l’évidence la renégociation de la
directive télévision sans frontières. Ce texte, constitué depuis 1989, est
aujourd’hui encore un formidable instrument de promotion des contenus
européens dans leur diversité sur les chaînes de télévision « classiques ». A
l’occasion de la renégociation de ce texte, s’est engagée la réflexion sur son
élargissement du champ aux nouveaux services et aux nouveaux supports
audiovisuels. Je souhaite que nous maintenions cette ambition légitime de diversité afin que les contenus européens bénéficient pleinement de la
révolution numérique et de ses nouveaux débouchés, dont vous reparlerez ici
même à Beaune dans les débats qui suivront.

La France attend donc que la future directive prévoie des dispositions en
faveur de la promotion de la diversité culturelle pour ce que l’on appelle les
services « non linéaires ». Je serai très attentif à ce point dans le projet de
directive que la Commission européenne devrait transmettre aux Etats
membres d’ici la fin de l’année.

L’autre occasion pour l’Europe de se montrer ambitieuse en matière de
diversité culturelle tiendra à la façon dont la direction générale de la
concurrence entend encadrer les politiques publiques, et tout particulièrement
celles en faveur du cinéma. C’est une question d’actualité pour la France.
Comme vous le savez en effet, la Commission est maintenant entrée dans la
phase active d’examen du système de soutien français au cinéma et à
l’audiovisuel que la France lui a notifié fin 2004. La Commissaire m’a assurée
être pleinement consciente des enjeux que représentaient ces aides pour
l’existence du cinéma français et européen. Je lui ai redit que, de mon point
de vue et de celui de mes collègues européens, il ne saurait y avoir de
cinémas nationaux en Europe, donc pas de cinéma européen, sans aides
publiques.

Les contacts entre le CNC et les services de la Commission européenne
s’étant intensifiés ces derniers jours, nous avons maintenant le sentiment
qu’une partie importante de notre système pourrait être autorisée
prochainement par la Commission, pour autant que nous procédions à
l’aménagement de certains dispositifs qui posent des problèmes de
conformité au droit européen. C’est le cas principalement des crédits d’impôt
au cinéma et à l’audiovisuel, et des dispositifs d’aide aux industries
techniques.

J’ai donc demandé à Véronique CAYLA, directrice générale du CNC, de se
rapprocher de la profession dans les jours qui viennent, afin de discuter avec
vous des modalités possibles d'évolution de ces outils. Nous savons tous
qu’ils sont efficaces et nécessaires au développement du cinéma français. Il
n’est donc pas question de les supprimer. Mon souhait et d’en préserver
l’esprit, l’objet et l’efficacité, et d’en aménager les modalités de
fonctionnement pour garantir leur parfaite compatibilité avec les exigences
communautaires. Tel est l’engagement personnel que j’ai pris auprès de la
Commissaire.

J’ai également indiqué à Neelie KROES que je souhaitais la revoir d’ici la fin
de l’année afin, de trouver une issue rapide à cette négociation.

Au-delà de cette échéance de court terme qui ne concerne que la France –
mais o combien essentielle – qu’est le renouvellement de l’autorisation de nos
aides au cinéma et à l’audiovisuel, nous devons aussi rester mobilisés
ensemble en vue de l’échéance de 2007, date à laquelle la Commission a
annoncé qu’elle envisageait de revoir les règles applicables aux aides au
cinéma en Europe. Je sais que je pourrai compter sur votre mobilisation dans
les deux ans qui viennent auprès de vos partenaires européens.

Je le répète : la diversité culturelle n’a pas qu’une dimension internationale et
européenne : elle doit s’incarner dans chacun des pays. Je le fais en France
que ce soit pour le court-métrage pour lequel le CNC à a demande a confié
une mission à Alain Rocca ou pour le maintien de l’attractivité de l’instrument
financier que représentent les soficas ou encore la mise au point du
mécanisme de riposte graduée dans le cadre du projet de loi sur le droit
d’auteur. Je pourrais citer d’autres exemples qui tous témoignent de ma volonté de préserver de développer la création et la diversité dans toutes ses
composantes, y compris les plus fragiles.

Je vous remercie.

Remise des insignes d'Officier dans l'Ordre des arts et des lettres à Glenn Lowry

20 octobre 2005

Madame la Présidente du Conseil d'administration du musée d'Art moderne de New York
(MOMA), Chère Marie-Josée Kravitz,

Mesdames et Messieurs les Administrateurs du MOMA,

Monsieur le Directeur du MOMA, Cher Glenn Lowry,

Monsieur le Président du Centre Georges Pompidou, Cher Bruno Racine,

Chers Amis du MOMA et du Centre Georges Pompidou,

Mesdames, Messieurs,

C'est un honneur et un plaisir de vous recevoir au Palais-Royal, au ministère de la culture et
de la communication, ce soir, pour cette première rencontre que je souhaite, chers amis,
placer sous le double signe de notre amitié et de notre passion partagée pour l'art de notre
temps.

Le musée d'Art moderne de New York, est sans aucun doute la plus ancienne des plus
grandes institutions dédiées à l'art et aux artistes de toutes les avant-gardes, du XXe siècle
jusqu'à nos jours.

Depuis 1929, le musée d'Art moderne de New York, illustration du dynamisme américain, a
changé totalement d'ampleur et de dimension, à plusieurs reprises. Du petit bâtiment de la
5ème avenue au nouvel édifice occupant presque un bloc entier à l'angle de la 53ème rue,
d'un département unique à sept (dont six sont des départements qui rassemblent des
collections) et d'un programme sans collection permanente à une collection de plus de 150
000 pièces, le musée d'Art moderne a grandi et s'est transformé. Il s'est agrandi et rénové à
sept reprises depuis l'achèvement du premier immeuble, en 1939, jusqu'à sa magnifique
extension, conçue par le grand architecte japonais Yoshio Taniguchi, terminée il y a un an, et
que je me réjouis de découvrir lors de mon déplacement aux Etats-Unis, le 3 novembre
prochain.

Les travaux, qui ont duré cinq ans, ont permis de créer plus d'espace pour l'art contemporain
et exposer les oeuvres, en doublant la surface d'exposition. Vous avez ainsi également
réaffirmé la position du musée comme centre urbain de première importance, un lieu qui a
de profonds liens avec New York. Et vous avez créé un musée plus accueillant pour le
public, à l'occasion du 75ème anniversaire de ce haut lieu de l'art mondial.

Depuis la réouverture, le nombre de visiteurs a, m'a-t-on dit, presque triplé. C'est pour moi un
très bel exemple de l'engouement que suscite l'art contemporain, de l'attractivité de la culture
dans nos sociétés, que nous constatons aussi en France, avec le Centre Georges
Pompidou, qui a placé l'art contemporain et la culture contemporaine au coeur du
rayonnement de notre pays.

L'exposition " Dada ", que vous avez visitée cet après-midi, montre toute la richesse de
l'héritage des mouvements d'avant-garde, qui sont nés ici, au coeur de l'Europe, au moment
où celle-ci dansait sur un volcan, avant de sombrer dans la nuit, puis de renaître, fortifiée
notamment par les liens artistiques et culturels que nous avons tissés de part et d'autre de
l'Atlantique. Cette exposition est d'ailleurs exemplaire de notre partenariat, et je tiens à
remercier particulièrement Anne Umland, conservatrice au département des peintures et
sculptures du MOMA, où vous pourrez voir une version remaniée de cette exposition du 18
juin au 11 novembre prochain, qui a travaillé aux côtés des plus éminents spécialistes, et de
Leah Dickerman, conservatrice associée et responsable de l'art moderne et contemporain de
la National gallery of art de Washington et Laurent Le Bon. Ce premier bilan majeur, nous
avons pu le réaliser grâce à cette collaboration fructueuse entre nos deux pays, entre nos
meilleurs spécialistes, qui nous ont conduits à repenser en profondeur la place du dadaïsme
et l'influence cruciale qu'il a exercée sur des générations d'artistes et de créations. Sans aller
jusqu'à dire, avant Tristan Tzara, que " tout est Dada ", cette exposition nous montre que
l'histoire de l'art moderne et contemporain est encore en train de s'écrire et que nous
l'écrivons ensemble, grâce au dynamisme de nos prestigieuses institutions.

Je suis convaincu que la France et les Etats-Unis ont beaucoup à échanger dans le domaine
de l'art et de la culture. Parce qu'elles ont une commune aspiration à l'universalité. Parce
qu'elles ont aussi, quelque soit la conjoncture internationale, la même conscience, et, j'en
suis certain, le même respect de la diversité culturelle, qui est certainement aujourd'hui, la
valeur universelle la plus partagée et la plus nécessaire.

Les relations entre le MOMA et le Centre Georges Pompidou sont exemplaires de ce
dialogue constant qui pourra, j'en suis certain, s'enrichir grâce notamment, à la " Georges
Pompidou art and culture Foundation ", fondation américaine créée par Mme du Menil à la
création du Centre. Cette fondation, sous l'autorité d'un conseil d'administration renouvelé et
le pilotage d'un directeur ayant la double nationalité, M. Scott Stover, ici présent, nous
permettra de renforcer notre dialogue et nos échanges réciproques. Je pense, par exemple,
aux échanges de conservateurs. Ainsi, M. Didier Ottinger, spécialiste de Max Beckmann, qui
a fait l'objet d'une exposition conjointe il y a deux ans, est parti en septembre dernier, pour
un an au MOMA. Et, un conservateur américain doit séjourner prochainement au Centre.

Il nous faut, je crois, aller au-delà. Si le modèle culturel français implique un plus fort
engagement direct de l'Etat dans nos institutions culturelles, tout en maintenant ce modèle,
je suis convaincu que nous pouvons aussi beaucoup apprendre de l'histoire culturelle, et de
l'ouverture réciproque de l'art et de la société, que vous incarnez et que vous favorisez par
votre mécénat. Nous mettons en oeuvre actuellement en France, certainement la législation
la plus favorable au mécénat en Europe. Et les résultats sont là, notamment pour
l'implication des grandes entreprises et aussi pour l'acquisition de trésors nationaux. Je me
réjouis que nous ayons pu appliquer pour la première fois les dispositions relatives aux
trésors nationaux, à un chef d'oeuvre du XXe siècle, en faisant entrer La Tête en profondeur
de Julio Gonzalès dans les collections du Centre Pompidou.

Et je suis heureux d'annoncer
que la plus grande et la plus belle collection de revues d'avant-garde européenne, qui est
présentée à l'exposition " Dada ", pourra également entrer dans les collections du Centre,
grâce à ces dispositions.

Mais nous avons certainement beaucoup de progrès à faire, notamment en direction du
vivier des petites et moyennes entreprises – un proverbe français dit que " les petits
ruisseaux font les grandes rivières " – mais aussi des particuliers. Et je suis bien sûr à
l'écoute de toutes vos suggestions et de vos analyses sur la façon dont les incitations,
notamment fiscales, au mécénat, peuvent être adaptées aux besoins de développement de
grands musées phares, comme le Centre Georges Pompidou et le MOMA.

Je pense en particulier à un dispositif qui suscite l'admiration et l'envie de Bruno Racine, et
qui s'appelle, je crois, mais vous allez certainement m'en dire plus, le partial and promised
gift.

Par ailleurs, j'attire votre attention sur la programmation du Centre Pompidou de l'an
prochain, qui aura une forte coloration américaine. Je sais les liens qui vous unissent à la
France, et en particulier les vôtres, Madame la Présidente. Et je suis très heureux de saisir
cette occasion pour vous rendre hommage, Monsieur le Directeur, cher Glenn David Lowry.

Vous êtes à la tête du MOMA depuis dix ans. Vous êtes son sixième directeur, vous avez
piloté son extension et son réaménagement, qui est un autre " Big Bang ", selon le nom
qu'Alfred Pacquement a donné à la nouvelle présentation thématique et non plus
chronologique des nouvelles collections du musée d'art moderne. Vous avez donné, grâce à
votre action, à votre vision, à l'impulsion et à l'engagement de votre conseil d'administration
une nouvelle dimension aux collections que vous n'avez cessé de développer, dans le
prolongement de la prestigieuse histoire de votre musée qui, dès les années trente, avait
ouvert au public américain l'avant-garde de l'art européen. L'acquisition des premières
oeuvres remonte à 1929, année de la création du musée, une des toutes premières est la
sculpture Ile-de-France d'Aristide Maillol. Dès 1931, le legs laissé par votre membre
fondateur Lillie P. Bliss, comprenait le Baigneur, Pains et Rochers et La Nature morte aux
pommes de Paul Cézanne, ainsi que La lune et la terre de Paul Gauguin.

Pendant, et juste
après la seconde guerre mondiale arrivent Les Demoiselles d'Avignon de Pablo Picasso – et
je suis très heureux de saluer Diana, qui vient de publier un très beau livre sur l'érotisme de
l'oeuvre de son grand-père, mais aussi La Fenêtre de Henri Matisse, La Nuit étoilée de
Vincent Van Gogh et Broadway Boogie de Piet Mondrian.

Vous avez fait évoluer les collections, sous l'autorité de votre conseil d'administration, en
faisant émerger les nouvelles générations d'oeuvres et d'artistes. En 1995, vous avez acquis,
par exemple, la célèbre série de quinze oeuvres de Gerhard Richter, 18 octobre 1977, qui
évoque la violence du terrorisme des années soixante. En 2003, vous avez acquis Le
Plongeur de Jasper Johns. Et vous n'avez cessé d'élargir vos collections aux oeuvres très
contemporaines, grâce notamment à la collaboration et la fusion tout à fait exemplaires que
vous avez initiées avec le Centre d'art contemporain PS1.

Vous avez ainsi profondément renouvelé la réflexion et l'action muséographiques.

Vous êtes francophile. Votre mère est française, et vous n'avez cessé de travailler avec les
musées français, en particulier le musée Picasso et le musée national d'art moderne.

Vous êtes spécialiste d'art islamique et du Proche Orient, et vous êtes bien sûr une
référence mondiale dans le domaine de l'art moderne et contemporain, où vous avez su
croiser les apports de toutes les disciplines, de toutes les époques et de toutes les régions
du monde. Vous avez contribué à créer au sein même de votre musée un véritable dialogue
entre les artistes et les oeuvres depuis le début du XXe siècle, jusqu'à aujourd'hui. En cela,
vous avez contribué à renouveler votre approche de l'art moderne, riche de tous les récits,
de toutes les idées, de tous les projets qu'il précipite au sens presque chimique du terme. En
renouvelant votre musée, en créant de nouveaux espaces, vous nous montrez à quel point,
l'art moderne et contemporain interroge notre regard sur nous-mêmes et sur les oeuvres, en
donnant de nouveaux échos aux interrogations des hommes, en repoussant toujours plus
loin les limites de notre regard, en éclipsant ou en modifiant nos perceptions des distances.

Je pense à notre distance par rapport aux images, dont nous sommes entourés, je pense à
Diderot, qui posait déjà, face à La Raie Dépouillée de Chardin, la question de la distance : "
Approchez-vous, tout se brouille, s'aplatit et disparaît. Eloignez-vous, tout se crée et se
reproduit ". Je pense à la distance qui nous réunit, plus qu'elle nous sépare, de part et
d'autre de l'Atlantique, et vous êtes, assurément, cher Glenn Lowry, avec nos amis qui nous
entourent ce soir, l'un des meilleurs artisans de ce rapprochement.

Cher Glenn Lowry, au nom de la République, nous vous faisons Officier dans l'Ordre des
Arts et des Lettres.

Remise des insignes de Commandeur des Arts et des Lettres à Marc Ladreit de Lacharrière

19 octobre 2005

Cher Marc Ladreit de Lacharrière,

C'est un grand honneur et un grand plaisir pour moi de vous rendre hommage à l'Institut,
devant l'Académie des Beaux-Arts, assurément l'une des plus belles et l'une des plus
prestigieuses institutions françaises. Vous y avez été élu, le 9 février dernier, dans la section
des membres libres, un qualificatif, une qualité qui vous va si bien, au fauteuil de Gérald Van
der Kemp. Je crois être fidèle à la mémoire de l'illustre conservateur en chef de Versailles,
du Trianon et du Jeu de Paume, qui a tant contribué à donner au mécénat ses lettres de
noblesse dans notre pays, en disant qu'il aurait sans doute été particulièrement heureux de
cette succession.

Et je suis particulièrement fier de distinguer aujourd'hui, non seulement un homme
d'entreprise au parcours tout à fait exceptionnel, mais aussi et surtout un grand homme de
goût, un grand homme de culture, et un grand mécène heureux.

En cela vous êtes fidèle à la devise de votre famille " tout droit quand même ". " Tout droit "
d'accord ! Mais " quand même " ! " Tout droit " : votre sens, votre passion et votre
engagement pour le patrimoine, trouve sans doute sa source dans vos racines familiales, qui
se trouvent, depuis plus de sept siècles, dans ce terroir Boutiérot de l'Ardèche, réputé être le
pays le plus vivarois de tout le Vivarais. Les Boutières forment ce que l'on appelle le plateau
ardéchois : massif quaternaire d'origine volcanique. Les gens des Boutières, sur un sol ingrat
et à peine pourvu de voies praticables, ont pendant des siècles été réputés pour leur
frugalité, leur âpreté à la tâche, mais aussi leur promptitude à se saisir de leur arquebuse ou
de leur bâton ferré … en attendant votre épée d'académicien ! Votre attachement à votre
terroir, à vos racines, à votre propriété de La Charrière, construite à la fin du XIVe siècle, et à
votre commune de Coux, dont vos aïeux ont longtemps été maires de père en fils, ne s'est
jamais démenti. Les premiers juristes de votre famille apparaissent au début du XVIe siècle,
et vos oncles, René, professeur de droit, directeur-adjoint du cabinet de Pierre Mendès
France, et Guy, représentant de la France à l'UNESCO, conseiller d'Etat, puis juge à la Cour
internationale de La Haye, ont brillamment perpétué cette tradition.

Dans le droit romain, le
patrimonium, c'est l'ensemble des biens familiaux, envisagés non pas selon leur valeur
pécuniaire, mais dans leur condition de biens à transmettre. Vous incarnez cette conception
du patrimoine qui engage à la fois une généalogie et une exigence. Un souci de préservation
et de transmission, de création et d'audace. Loin de toute nostalgie, c'est au contraire à la
fois une référence, un savoir et une expérience. Tel est ce patrimoine, ce bien " d'héritage "
qui, comme l'écrit par exemple Littré " descend suivant les lois des pères et des mères aux
enfants ". On trouve aussi, dans le patrimoine de vos valeurs familiales, des entrepreneurs,
dans la production et le négoce de la soie, de grands voyageurs, de grands serviteurs de
l'Etat, des scientifiques, comme votre père Pierre.

" Tout droit, quand même ! " : vous avez perdu votre père à quinze ans, et sans doute pris
conscience, dès cet âge de tous les rêves et de tous les projets, de l'identité, de la continuité
et de l'unité d'un héritage qui est d'abord fait de valeurs. Un héritage ne se transmet pas,
disait Malraux, il se conquiert. Vous l'avez conquis, d'abord par le travail, valeur permanente
et fondamentale. Le travail, source d'excellence et de création. Homme de patrimoine,
homme de culture, vous êtes assurément un créateur.

A votre sortie de l'Ecole nationale d'administration, promotion Robespierre, après un stage
mémorable à Tours, en 1968, vous êtes le premier à refuser d'entrer au sein de la sacrosainte
direction du Trésor. Il est vrai que vous aviez participé, au Brésil, il y a quarante ans,
au coup d'Etat de Carlos Lacerda contre le Président Joao Goulard ; et créé Mademoiselle
Magazine, en étant déjà précurseur, pionnier, de ce que l'on appelle aujourd'hui les "
tendances " de la mode, du style et du goût.

Alors, vous choisissez à nouveau l'aventure : la banque. Et vous choisissez de suivre un
homme hors du commun : Jack Francès. Je veux aujourd'hui associer sa mémoire à
l'hommage que je vous rends, car je sais combien il a compté pour vous.

A ses côtés, vous
entrez dans un monde inconnu, qui vous ouvre un autre monde, celui de l'entreprise, où
vous allez déployer votre audace, votre courage, votre imagination, votre sens de
l'anticipation, votre talent de gestionnaire, votre énergie de meneur d'hommes, auprès de
François Dalle, chez L'Oréal. Vous devenez numéro 2 de ce groupe, symbole du
rayonnement et de l'élégance françaises à travers le monde, en vous investissant avec
succès dans son prodigieux développement international.

" Tout droit, quand même ! ". Il est rare de s'entendre dire par Liliane Bettencourt, " Allez-y
Marc, la fortune sourit aux audacieux ". Le goût de l'aventure, de l'indépendance, de la
liberté, vous a conduit à créer votre propre groupe, Fimalac, à partir de quelques
participations minoritaires et de Masson, fleuron de l'édition universitaire et scientifique
française, que vous aviez repris et redressé, pour éviter notamment qu'il passe dans des
mains étrangères. Là encore, votre travail, votre talent, votre créativité, votre rigueur, votre
enthousiasme, votre sens du mouvement, votre ouverture au monde font merveille. Et font
de vous l'un des plus beaux exemples de la réussite française. Comment dit-on en français
success story ? Sans doute, Fimalac.

Et non content de créer et de développer la troisième agence mondiale de notation, Fitch, le
deuxième stockeur mondial de produits chimiques, LBC, le premier outilleur européen,
FACOM, et l'une des plus prestigieuses entreprises de mobilier et de design, Cassina, de
siéger dans de nombreux conseils d'administration, où vos initiatives, votre engagement et
votre expérience sont précieux, vous êtes convaincu que l'entreprise doit être active dans la
cité, dans le domaine économique et social, comme dans celui de la culture. Et c'est en ce
sens que vous êtes vraiment un mécène heureux.

Vous avez créé et vous remettez depuis 1995 le " Prix de l'audace créatrice ", mais aussi le "
Prix du livre politique " – vous êtes membre fondateur de l'association " Lire la politique "
créée par Luce Perrot – et le " Prix du livre d'économie ". Dans tous les domaines où vous
intervenez, qu'il s'agisse de la diffusion du savoir et des idées, de la promotion des arts, de
la préservation du patrimoine, ou de votre participation à des institutions culturelles, votre
souci constant est de décloisonner, d'ouvrir, de faire dialoguer des mondes qui parfois
s'ignorent ou pourraient être tentés de se replier sur eux-mêmes.

Avec ce souci de l'homme, de l'humanisme, et – comme le dirait Marc Fumaroli, des
humanités – plus fort que l'émiettement des savoirs, des disciplines, des intérêts, des prés
carrés, sur lesquels vous avez à coeur de faire prévaloir la langue commune, l'intelligence, la
conscience commune, le bien commun, vous êtes fidèle en cela à vos valeurs, comme aux
sources les plus profondes, antiques, du mécénat. Vous avez fait vôtre ce fameux mot de
Térence : " Je suis homme, et rien de ce qui est humain ne m'est étranger ".

Oui, dans chacune de vos entreprises, dans chacune de vos actions, vous avez toujours été
un passeur de cultures, un passeur de mondes, entre " deux mondes ", l'ancien et le
nouveau, en sachant ce que l'un doit à l'autre, et en créant sans cesse de nouveaux liens
entre eux, comme l'écrivait Péguy, au moment où l'Europe sombrait dans la nuit, et où il
redécouvrait Homère, " qui est nouveau ce matin, et rien ne peut être aussi vieux que le
journal d'aujourd'hui ".

Et c'est la plus ancienne revue d'Europe, celle des signatures les plus prestigieuses, fondée
en 1829, que vous avez reprise dès 1991, et que vous présidez depuis, La Revue des Deux
Mondes, la revue internationale des débats de société, qui renaît grâce à vous, parce que
vous l'avez ouverte sur le monde d'aujourd'hui, en ressuscitant notamment les fameux
dîners.

Je tiens à mentionner également que, depuis 1997, vous êtes membre fondateur de la
Fondation Jacques Toja pour le théâtre. Jacques Toja vous a appris, quand vous étiez tout
jeune, à bien " déclamer ", comme on disait alors. Il vous a permis d'obtenir vos premiers prix
de récitation, mais surtout, il vous a enseigné l'art de convaincre les autres, une qualité aussi
assurément essentielle, pour un mécène heureux, que pour un entrepreneur avisé. Votre
engagement pour le théâtre fait de vous un soutien passionné, chaleureux et vigilant, du
Théâtre du Rond-Point, lieu de création contemporaine, dédié aux auteurs et au spectacle
vivants, et ouvert, lui aussi, sur la cité et sur tous les débats de société.

Vous incarnez, dans vos choix professionnels, comme dans vos actions de mécénat,
l'alliance féconde entre les deux mondes de la création et du patrimoine.

Je tiens à souligner
que vous avez été l'un des fondateurs de la Fondation du Patrimoine.
Mais c'est auprès du lieu le plus emblématique de l'histoire de l'art et du rayonnement de
notre culture, et dans le domaine qui illustre sans doute le mieux la permanence de notre
patrimoine, le Louvre, que vous menez une action durable de mécénat heureux, en faveur
du département des antiquités grecques, étrusques et romaines. C'est grâce à Fimalac en
effet qu'est menée à bien, de 1995 à 1997, puis de 1997 à 1999, l'étude de laboratoire et la
restauration de deux des antiques les plus célèbres du monde, le " Gladiateur Borghese " et
la " Venus Genitrix ". Fidèle à ce département, vous soutiendrez l'éblouissante exposition, au
tournant du millénaire, " 2000 ans de création…d'après l'Antique ", qui aura magnifiquement
contribué à faire mieux connaître les relations essentielles avec le monde classique qui est
l'un des fils continus de la création occidentale. Cette exposition a donné lieu, grâce à vous,
à la publication d'un très bel ouvrage sur les antiques du Louvre, une Histoire du goût d'Henri
IV à Napoléon Ier, sous la direction de Jean-Luc Martinez. Face à de telles splendeurs, on
peut paraphraser Péguy à nouveau, en disant que " les dieux ne seraient rien, et non
seulement les dieux mais les hommes, s'ils ne les avaient pas sculptés ".

Avec votre soutien
à l'exposition " Porphyre, la pierre pourpre des Ptolémées aux Bonaparte ", avec votre
contribution décisive à la rénovation exemplaire de la Salle du Manège, dont on peut
désormais redécouvrir la voûte spectaculaire et les chapiteaux animaliers, et où sont
présentés dignement les antiques, votre mécénat a été d'une grande constance, d'une
grande logique, d'une grande cohérence, à travers les années.

Le conservateur général chargé du département des antiquités grecques étrusques et
romaines, M. Alain Pasquier, avec qui vous avez noué des relations d'estime et de respect
mutuel, vous décrit comme un homme non seulement extrêmement sympathique, mais
curieux, ouvert et enthousiaste. En accompagnant le travail de ce département avec une
grande fidélité, vous témoignez votre volonté sincère de contribuer au développement du
Louvre et à son rayonnement.

Et vous êtes plus qu'un témoin, un acteur : vous avez accompli deux mandats de membre du
Conseil d'administration du musée du Louvre à partir de 1999. Vous y avez pleinement
exercé vos talents de fin négociateur. Vous avez à plusieurs reprises donné des conseils
déterminants, et vous avez montré à juste titre votre exigence à l'égard d'une institution
patrimoniale si essentielle. On me rapporte aussi que vous vous êtes toujours montré très
chaleureux et complice avec la représentante CGT, avec laquelle vous avez souvent
échangé, pour le bonheur de tous, des reparties pleine d'humour.

Depuis 1997, vous siégez très assidûment au Conseil artistique des musées nationaux. Aux
côtés du président David-Weill, et par vos conseils à la direction des musées de France,
vous avez accompagné la transformation, réussie, du régime juridique des acquisitions des
musées nationaux ; vous apportez à ce conseil la franchise de propos et, ici encore, la
capacité d'enthousiasme et d'audace qui sont les vôtres. Je sais quelle est la
reconnaissance de la direction des musées de France à votre égard.

Vous considérez, et je
vous en remercie, que dans la France d'aujourd'hui, il n'y a pas de contradiction entre la
production de la richesse économique par l'industrie et les services, d'une part, la
conservation, la mise en valeur, l'enrichissement du patrimoine national des biens culturels
d'autre part, car l'attractivité de notre pays repose largement sur les biens et les valeurs
culturelles dont il est dépositaire. Vous savez combien je partage votre conviction.

Si j'ajoute que vos dîners de mécénat au Louvre ont marqué les esprits par leur raffinement,
je pense que l'on peut dire que vous incarnez, non seulement le bonheur, mais aussi le
visage brillant du mécénat et de l'esprit français, la vitalité et la vivacité de notre culture, que
vous avez à coeur de propager à travers le monde, et notamment de part et d'autre de
l'Atlantique, pour faire partager votre enchantement sans cesse renouvelé devant la beauté,
l'universalité et la diversité de la création, sous toutes ses formes, qu'il s'agisse des chefs
d'oeuvre du Louvre, mais aussi, et nous retrouvons là vos racines, les modillons sculptés et
les pierres si claires et si purement romanes de l'église de Lubilhac en Ardèche, berceau de
votre famille.

Je vous le dis en mon nom personnel, en notre nom à tous et au nom de la France : soyez
fier de ce que vous êtes et de ce que vous faîtes ! Recevez cet hommage comme un
encouragement à continuer, et puisque vous aimez tant l'art statuaire, sans vous figer en
statue du commandeur, permettez-moi de citer enfin ces fameux vers de Théophile Gautier,
l'un des auteurs de votre Revue :
" Sculpte, lime, cisèle ;
Que ton rêve flottant
Se scelle
Dans le bloc résistant ! "

Cher Marc Ladreit de Lacharrière, au nom de la République, nous vous faisons Commandeur
dans l'ordre des Arts et des Lettres.

Installation du Haut Conseil de l’éducation artistique et culturelle – Ecole du Louvre

19 octobre 2005

Monsieur le Ministre de l’Education Nationale, de l’Enseignement
Supérieur et de la Recherche, Cher Gilles,

Monsieur le Vice-Président du Haut Conseil, Cher Didier Lockwood,

Mesdames et Messieurs les Membres du Haut Conseil,

Mesdames et Messieurs,

Chers Amis,

Nous sommes dans un lieu doublement emblématique. Le plus grand
musée du monde, le plus visité, le lieu par excellence du rayonnement
de notre culture, qui s’est toujours enrichi des créations de toutes les
époques. Un lieu qui a accueilli tant d’élèves, tant d’étudiants, tant
d’enseignants, qui sont venus y chercher, qui leur première émotion
esthétique, qui le souffle de l’histoire, qui tout simplement le premier
contact avec notre patrimoine culturel. Nous sommes aussi dans une
très grande école, l’un des prestigieux établissements d’enseignement
supérieur relevant du Ministère de la Culture et de la Communication.

Je suis très heureux de t’y accueillir, cher Gilles, car j’y vois un symbole
de l’action que nous menons ensemble, au sein du Gouvernement,
pour renforcer le rayonnement, l’influence, l’attractivité, l’activité de la
France dans la mondialisation. Cette action vient d’obtenir un soutien
de poids : le soutien quasi unanime de la communauté internationale,
réunie à Paris, à l’UNESCO, à l’occasion de la conférence générale, où
tu présides la délégation française et où j’ai plaidé pour la convention
sur la protection et la promotion de la diversité culturelle, qui vient d’être
adoptée par la commission culture avant d’être soumise, demain matin,
au vote en séance plénière.

C’est dans cette perspective que je tiens d’emblée à situer notre
réunion de ce matin et la tâche qui incombe désormais à votre Haut
Conseil. En effet, c’est la légitimité des interventions publiques pour le
soutien des industries culturelles nationales, mais aussi la légitimité des
politiques publiques en matière de culture et d’éducation qui se trouve
confortée par cette décision. Comme l’annonçait de façon prophétique
Claude Lévi-Strauss « la civilisation mondiale ne saurait être autre
chose que la coalition, à l’échelle mondiale, de cultures préservant
chacune son originalité ».

Dans cet esprit, notre engagement en faveur de l’éducation artistique
et culturelle est d’abord celui de l’ardente obligation de l’éducation,
dans son sens le plus large, c’est-à-dire de l’éducation à la
citoyenneté, à la liberté et à l’intelligence. Nous sommes encore
aujourd’hui dans la droite ligne tracée par Condorcet dès 1788 dans
son Essai sur la fonction et la constitution des assemblées provinciales
: « faire en sorte qu’aucun talent préparé par la nature ne reste inutile
et méconnu faute d’instruction ». Et d’ajouter que ce que l’on appelait
alors l’instruction « est pour la puissance publique un devoir imposé
par l’intérêt commun de la société, par celui de l’humanité entière ».

Oui, cher Gilles, l’éducation artistique et culturelle s’affirme plus que
jamais comme la première clef de l’égalité des chances qui doit être
donnée à chaque enfant. En effet, dans la période où nous sommes,
marquée par des confrontations, des haines, des violences, politiques,
intellectuelles, sociales, au sein du monde scolaire comme de la cité
dans son ensemble, les valeurs diffusées par l’action, comme par
l’éducation, culturelles et artistiques, au-delà même du champ des
enseignements artistiques proprement dits, sont absolument
essentielles. L’éducation artistique et culturelle est indispensable à la
formation des enfants, elle leur apporte la connaissance de l’histoire
de l’art, comme des disciplines artistiques. Elle leur ouvre un niveau de
connaissance et de sensibilité qu’on ne retrouve nulle part ailleurs.

Je voudrais te remercier, mon cher Gilles, de ton engagement
personnel dans ce combat.

Permettez-moi de rappeler certains des points forts de notre plan
d’action commun. Pour la première fois, la circulaire du 3 janvier 2005
a demandé à toutes les structures subventionnées par le Ministère de
la Culture et de la Communication, de mener une action éducative.
Parallèlement, au Ministère de l’Education Nationale, tous les projets
d’établissement devront désormais comporter un volet d’action
artistique et culturelle. L'idée centrale est de demander à l'ensemble
des établissements scolaires de s’associer avec une équipe artistique,
une structure ou un lieu culturel, pour assurer une ouverture des
élèves au monde des arts et de la culture, par la présence conjointe,
dans un projet commun, d’une parole pédagogique et d’une parole
artistique et culturelle.

Il s’agit de franchir un pas décisif, en demandant aux établissements
scolaires de s’associer, sous la forme d’un « jumelage » ou d’un
« parrainage réciproque », avec un artiste, une structure ou un lieu
culturel.

En second lieu, le dispositif gouvernemental des contrats aidés du
Plan d’urgence pour l’emploi, appliqué aux secteurs de la Culture et de
l’Éducation Nationale, vient compléter la mise en oeuvre de ces actions
de coopération. Les Directeurs régionaux des affaires culturelles et les
Recteurs veilleront à examiner avec les structures concernées et les
collectivités partenaires, toutes les possibilités d’utilisation des emplois
aidés pour l’éducation artistique et culturelle.

Un budget ambitieux d’aides à l’emploi, dans le cadre de notre Plan de
cohésion sociale , permettra à nos deux ministères de développer, en
synergie :
l’emploi culturel, qu’il s’agisse d’artistes ou de médiateurs culturels
dans les services éducatifs des structures culturelles ; l’emploi de
jeunes en contrats vie scolaire qui, au sein des établissements,
pourront contribuer à une meilleure découverte de l’environnement
culturel de proximité.

Tu as rappelé, mon cher Gilles, ton engagement à Amiens.

Cette politique doit en effet être copilotée avec les collectivités locales,
qui ont consenti un réel effort en faveur de la culture, pour toucher des
publics de plus en plus larges et sensibiliser les plus jeunes, dans le
cadre scolaire et péri-scolaire. On n’a pas encore tiré totalement parti
de l’effort de maillage culturel du territoire qui a été réalisé, depuis
trente ou quarante ans ! Je pense aux réseaux de bibliothèques, de
centres d’art, de musées, de lieux patrimoniaux et de mémoire,
d’écoles de musique, de lieux consacrés au spectacle vivant, qui
contribuent, de façon décisive, à cette éducation aux arts et à la
culture dans la proximité des équipements mis en place. Nous avons
une vraie marge de manoeuvre pour mieux reconnaître tout ce qui a
été fait, consolider et pérenniser de vraies politiques éducatives, dans
une démarche contractuelle avec l’ensemble des collectivités
territoriales.

Enfin, sur le plus long terme, une vraie réflexion est à mener entre nos
deux ministères sur la place de l’éducation à la culture dans les cursus
éducatifs, au-delà des seuls enseignements artistiques traditionnels, et
leur intégration au sein du socle fondamental des connaissances.
Le Haut Conseil de l’éducation artistique et culturelle est le lieu que
nous avons voulu instituer aujourd’hui pour effectuer ce travail de
longue haleine qui n’a que trop attendu.

Nous attendons beaucoup du Haut Conseil : la culture, ce n’est pas un
supplément d’âme, ni dans la formation des élèves, ni dans la vie de la
cité, ni dans le rayonnement et l’attractivité de notre pays. La rue de
Valois prolonge la rue de Grenelle : s’agissant de l’éducation, la
sensibilité artistique, dans toutes ses dimensions, fait partie du bagage
que tous les jeunes Français doivent avoir acquis au moment où ils
quittent le système scolaire.

Ainsi que l’a souligné le Premier ministre lundi dernier, à la FIAC, à
propos des artistes, « dans un temps qui gomme les aspérités des
choses et laisse grandir l’uniformité, leur présence est plus que jamais
nécessaire. Donnons-leur la place et le rôle qu’ils réclament.

Apprenons à nos enfants à regarder, à écouter, à être ouverts à la
création artistique dans son ensemble ». La volonté politique est là. Et
Gilles de Robien vient, à son tour, de l’exprimer fortement. Nous
pouvons nous en réjouir. Je suis lucide. Mais je suis optimiste, car je
sais que toutes les conditions sont aujourd’hui réunies pour que l’appel
à la mobilisation que vient de lancer Gilles de Robien, et auquel je
m’associe pleinement, soit entendu. En matière d’éducation artistique
et culturelle, l’ère de l’incantation est close. Parce que jamais les
attentes n’ont été aussi fortes, jamais les énergies aussi grandes,
jamais, sans doute, la volonté aussi partagée, par les enseignants, par les élus, par tous les partenaires de la communauté éducative, mais
aussi par les artistes et les responsables d’institutions culturelles.
Nous entrons de plain pied dans le domaine de l’action et votre Haut
Conseil a, à cet égard, un rôle déterminant à jouer.

Or, nous savons tous, qu’en dépit des efforts réels de l’Etat, de nos
collectivités territoriales, de nos enseignants et de nos artistes, si
aucune famille ne peut plus aujourd’hui concevoir une éducation sans
sport, trop peu d’entre elles ont encore accès au bénéfice de
l’éducation artistique et culturelle.

L’errance sur les divers écrans, des jeux vidéo ou de « Google »,
comme disent désormais, pour désigner la Toile, les enfants, de plus
en plus isolés dans une « culture de la chambre », est une forme de
guerre à l’intelligence. La maîtrise du contenu des technologies de
l’information et de la communication doit conduire à une nouvelle
structuration intellectuelle et culturelle de l’esprit, elle ne peut
constituer une simple fuite en avant technologique.

Les études conduites par le ministère sur les publics montrent que
c’est d’abord par la consommation des produits des industries
culturelles, souvent chez soi, que s’effectue l’accès à la culture, et de
moins en moins, par les formes plus traditionnelles, que sont les
sorties dans les musées, les expositions, les lieux de spectacle vivant,
ou encore les visites du patrimoine architectural et monumental. Cela
concerne surtout la musique, le livre et le cinéma. Poussées par la
convergence des supports numériques et leur souci de devenir des
généralistes de la distribution, les grandes surfaces ne s’y trompent
pas : elles regroupent les rayons photo, vidéo, son, informatique
domestique, avec les produits correspondants, CD et DVD, auxquels
s’ajoutent d’ailleurs, en proportion variable, la presse, les livres et
jusqu’au téléphone portable, appelé lui aussi à devenir support de
diffusion culturelle en commençant par le téléchargement de musique !
Face à cette évolution, le Haut Conseil est une instance d’analyse et
de proposition, que nous souhaitons vivante et efficace.

Nous avons tenu à ce que votre formation, resserrée mais diverse
dans sa composition, associe aux côtés des représentants de l’Etat,
des personnalités qualifiées et des représentants des industries
culturelles, des élus des collectivités territoriales.

Je suis très sensible à l’importance que Gilles de Robien a accordée
dans son propos aux expériences, aux initiatives, aux projets et aux
réussites qu’il a menés à bien dans l’exercice de son mandat local, à
Amiens. Je l’ai entendu comme un signal, adressé non seulement aux
Recteurs, aux Préfets et aux DRAC, à tous les acteurs de l’éducation
artistique et culturelle, et en particulier aux membres de votre Haut
Conseil, mais aussi au Ministre de la Culture et de la Communication.
Je ne suis pas, contrairement à ce que l’on entend parfois, le ministre
du désengagement de l’Etat. Le Ministère de la Culture et de la
Communication consacrera à l’éducation artistique et culturelle près de
40 millions d’euros en 2006. Je mène, avec mes services, avec les
élus, avec les artistes et les techniciens, les responsables des
institutions culturelles, les acteurs du patrimoine, les associations, une politique culturelle qui est le fruit de l’addition de toutes les énergies,
dans le dialogue et la concertation.

J’y suis particulièrement sensible, en tant qu’élu de Tours, ville de
culture, de patrimoine et ville universitaire, qui compte aussi 45 écoles
maternelles, 44 écoles élémentaires, 22 Collèges, 11 lycées et 8
lycées professionnels, ainsi qu’une école régionale des Beaux-Arts, un
Conservatoire municipal régional, une école de musique municipale, et
une école spécialisée dans la formation de graphistes.

Je crois que votre rôle essentiel est vraiment de faire remonter,
d’analyser, de faire connaître, d’échanger et de mutualiser les
« bonnes pratiques », les expériences, les initiatives locales, les cas
concrets de réussite, qui sont nombreux – n’en déplaise aux critiques
et aux grincheux – et qui permettront de démultiplier notre action sur
l’ensemble du territoire, en décloisonnant les institutions, les
disciplines, les innovations.

Pour ma part, je sais que les exemples ne manquent pas. Je peux
vous en donner quelques-uns, et ce ne sont, j’y insiste, que des
exemples, de sensibilisation du jeune public, y compris hors du temps
et du cadre scolaires. Je pense au travail remarquable que font les 94
animateurs du patrimoines et les quelque 1400 guides et conférenciers
des villes et pays d’art et d’histoire, dont nous avons fêté la semaine
dernière le 20e anniversaire. Amiens et Tours font partie de ce réseau
exemplaire.

Dans le domaine de la danse, j’ai cité la semaine dernière, en
présentant mon action dans ce domaine, l’exemple de « Danse au
coeur », à Chartres. Pour le théâtre, le travail mené depuis plus de
vingt ans par l’association nationale de recherche et d’action
théâtrales, présidée par Jacques Lassalle, membre de votre Haut
Conseil, est une référence dans ce domaine si important de la
rencontre avec le spectacle vivant.

Dans le domaine de la photographie, je pense à l’opération « Une
rentrée en images », à Arles, et à l’exposition « Des clics et des
classes » dans le cadre des Rencontres internationales de la
photographie. Dans le domaine de l’architecture, le Conseil
d’architecture, de l’urbanisme et de l’environnement d’Angers, que je
viens d’inaugurer, s’ouvre de façon remarquable aux jeunes enfants.

Les programmes « Ecole au cinéma », « Collège au cinéma » et
« Lycée au cinéma », menés au nom de l’Etat par le Centre national
de la cinématographie, mobilisent deux millions d’euros en 2005 sur
mon budget, avec le soutien respectif des communes, des
départements et des régions. Ces programmes concernent au total un
million d’élèves et trois millions d’entrées dans les salles de cinéma.
J’ai pu constater, en particulier en région Centre, combien ces
programmes permettent de former de nouveaux publics cinéphilies,
c’est-à-dire qui aiment le cinéma. Ils permettent aussi à des oeuvres de
rencontrer ces nouveaux publics. Je pense par exemple au film Le
Gone du Chaâba de Christophe Ruggia, d’après l’ouvrage de mon
collègue Azouz Begag, dont l’intérêt pédagogique évident motive le
choix répété des enseignants.

Cette expérience pourrait être étendue aux oeuvres audiovisuelles,
pour développer une véritable éducation à l’image, selon des
modalités à déterminer, et je compte aussi là-dessus sur vos
propositions.

Votre réflexion devra s’orienter en outre vers les points suivants.
Tout d’abord, il conviendra de vous appuyer sur les états des lieux
auxquels procèdent régulièrement nos deux administrations, pour
nous proposer des initiatives et des orientations nouvelles.

Nous avons ainsi demandé un symposium européen et international,
qui se déroulera au Centre Georges Pompidou en janvier 2007, sur les
recherches européennes en matière d'évaluation des actions
d'éducation artistique et culturelle sur les enfants et les jeunes. Ce
colloque permettra pour la première fois de donner une évaluation
scientifique de l’impact de la formation artistique sur la réussite des
enfants.

Dans un deuxième temps, nous souhaitons que vous puissiez
examiner les conditions de mise en oeuvre d’une véritable politique
éducative territoriale pour les arts et la culture, impliquant tous les
acteurs concernés, en construisant à partir des « bonnes pratiques »
que vous aurez constatées, un cadre de référence pour une meilleure
coopération avec l’ensemble des collectivités territoriales.

La réflexion que nous vous demandons de mener pour l’enseignement
scolaire devra également s’intéresser à la vie culturelle des étudiants
des Grandes écoles, des Universités et des établissements
d’enseignement supérieur dépendant du Ministère de la Culture et de
la Communication.

Vous pourrez vous interroger sur la place de l'éducation artistique et
culturelle dans la formation initiale et continue des enseignants du
premier et du second degré, ainsi que des cadres de l'éducation
nationale. De même, vous pourrez nous faire des propositions visant à
mieux former les artistes et professionnels de la culture à la
transmission.

Les pistes de réflexion que j’ai évoquées sur l’éducation aux images
diffusées par l’ensemble des écrans, aussi bien ceux de la télévision
que ceux qui diffusent les DVD, les jeux vidéos et les contenus de
l’Internet, devront intégrer la prévention du piratage, qui constitue une
menace tangible pour la vitalité et la diversité de la création artistique.

Nous attendons donc, de votre part, pour les prochains mois, à la fois
des analyses ouvertes sur l’avenir et des propositions opérationnelles
très concrètes. L'action du Haut Conseil devra donner lieu à la
présentation d'un rapport d’activité annuel, comportant l’exposé de vos
propositions sur les quatre pistes de travail que je viens d’évoquer.

Vous l’avez compris, nous attendons beaucoup de vos propositions,
de votre liberté, de votre créativité, de votre rôle d’aiguillon, autant que
de conseil, des pouvoirs publics. Ne nous y trompons pas. Il s’agit d’éducation et de culture. C’est-à-dire de l’avenir. Et votre plus belle
mission sera de nous donner envie d’aller plus loin et de donner envie
à tous les enfants de France de découvrir « les clefs du trésor ».

Je vous remercie.

50 ans de l’Association française des cinémas d’art et d’essai

18 octobre 2005

Monsieur le Président de l’Association française des cinémas d’art et d’essai,
Cher Patrick Brouiller,

Madame la Directrice générale du Centre national de la Cinématographie,
Chère Véronique Cayla,

Mesdames, Messieurs,

Chers Amis,

Au moment de célébrer le cinquantenaire de l’Association française des
cinémas d’art et d’essai (AFCAE), je tiens tout d’abord à dédier cet événement
à la mémoire de Jean Lescure, disparu avant-hier. Il fut, cher Patrick Brouiller,
votre prédécesseur à la présidence de l’AFCAE, pendant vingt-six ans, de
1966 à 1992. Il a également animé, et longtemps présidé, la Confédération
internationale des cinémas d’art et d’essai. Né il y a quatre-vingt-treize ans, à
Asnières, Jean Lescure avait succédé à son père, à la direction du cinéma
l’Alcazar, l’une des toutes premières salles d’art et d’essai de banlieue.

Et il se
trouve, Monsieur le Président, que vous êtes aussi le successeur de Jean
Lescure à la direction de cette salle emblématique de l’apport des cinémas
d’art et d’essai à la culture, à la diversité culturelle, à la richesse du cinéma.

Je tiens à rendre hommage à cette grande figure, l’une des figures fondatrices
de votre mouvement. Il était avant tout poète, l’un des créateurs de l’Oulipo
(l’Ouvroir de littérature potentielle), membre du collège de pataphysique,
philosophe, et disciple de Gaston Bachelard, mais aussi Résistant, médaillé de
la Résistance, Croix du combattant volontaire de la Résistance, rédacteur de la
revue poétique et résistante « Messages », dont il a retracé l’histoire dans
Poésie et liberté, proche depuis cette date d’André Malraux et du gaullisme,
proche aussi des plus grands peintres de sa génération, comme Raoul Ubac,
Zao Wou-Ki, Maurice Estève, et pendant des années, directeur littéraire de
l’ORTF. Je voudrais évoquer son humour subtil, sa poésie ludique, en
rappelant qu’aujourd’hui spécialement, en mémoire de lui
« Au zénith, un zeste de zéphyr fait zézayer le zodiaque »
et en vous demandant d’observer un instant de silence, en rappelant ce
passage de son introduction à la poétique de Bachelard, dans L’Intuition de
l’instant : « Nous ne vivons que peu de choses, à chaque instant, de ce que
l’instant nous propose. Et pourtant, tout ce que nous en vivons est l’instant lui-même…
»
Même si des salles pionnières comme l’Alcazar, ou des salles d’avant-garde
parisiennes, comme le Vieux Colombier de Jean Tedesco, le Studio des
Ursulines d’Armand Tallier, le Panthéon de Pierre Braunberger, le Studio 28 de
Jean Mauclaire, ou l’Oeil de Paris de Jean Vallée, ont ouvert la voie d’un
cinéma expérimental, indépendant et exigeant, dès l’entre-deux-guerres, c’est
donc il y a cinquante ans, en 1955, que cinq directeurs de cinéma et des
critiques s’associaient pour fonder votre association.

Cinquante ans après, l’AFCAE incarne la vocation culturelle du cinéma dans
notre société. 947 établissements – et 1 957 écrans art et essai sur 5 314
écrans en tout, soit 37 % des écrans – sont aujourd’hui membres de votre
association. Je tiens à vous adresser toutes mes félicitations pour ce résultat
remarquable, qui prouve la qualité et la sincérité de votre engagement pour
assurer le succès de la culture dans nos villes. Cela veut dire que partout sur
notre territoire, auprès de tous les publics, il existe une salle d’art et d’essai,
où les films sont choisis par des amoureux du cinéma, soucieux de la
transmission et de la découverte, respectueux aussi de la diversité des
langues et des expressions artistiques. C’est ainsi, faut-il le rappeler, dans les
salles classées art et essai que l’on peut voir les films étrangers en version
originale sous-titrée. C’est dans les salles art et essai que les oeuvres sont
présentées, expliquées, discutées, et sans doute aimées comme nulle part
ailleurs.

Nous avons tous le souvenir d’une découverte qui a changé notre vision du
cinéma. Et tous nous savons que cette découverte a eu lieu dans une salle
d’art et d’essai. De La vie d’Hoaru, femme galante de Kenji Mizoguchi, en
1955, aux Fraises sauvages d’Ingmar Bergman en 1957, au Salon de
musique de Satyajit Ray en 1958 , à L’Avventura de Michelangelo Antonioni
en 1960 jusqu’à My Beautiful Laundrette de Stephen Frears en 1985, ou La
loi du désir de Pedro Almodovar en 1986, La Promesse de Jean-Pierre et Luc
Dardenne en 1996, de Central do Brasil de Walter Salles, en 1998 à Good
Bye Lénin ! de Wolfgang Becker en 2003, pour ne citer que quelques
exemples totalement subjectifs, choisis à dessein avant ma nomination, et
permettez au cinéphile que je suis d’assumer cette subjectivité et au ministre
de vous dire qu’elle est à la fois tout à fait partiale et largement partagée !

Pendant les cinquante années de la vie de votre association, les pouvoirs
publics se sont tenus résolument à vos côtés. C’est particulièrement vrai
depuis 1959, date de la création de ce ministère par André Malraux, qui la
même année a créé l’avance sur recettes et reconnu officiellement le statut
de votre association. La volonté de l’État d’encourager la production d’oeuvres
cinématographiques de qualité était soutenue par le développement des
salles qui allaient en assurer une meilleure diffusion auprès des publics.

Cette
vision de la politique française du cinéma demeure aujourd’hui et continue,
bien sûr, à m’inspirer : l’avance sur recettes et l’art et essai sont deux des
piliers de ma politique de la création cinématographique et de développement
des publics. Il faut assurer le développement des oeuvres nouvelles,
encourager la réalisation de premiers films, courts et longs, soutenir les
écritures innovantes. Il faut aussi que les oeuvres puissent être vues dans de
bonnes conditions, dans des salles modernes, où l’accueil des publics aille un
peu plus loin que l’attribution d’un billet d’entrée. L’art et essai, c’est cet
accompagnement, ce « plus », qui fait de la cinéphilie, non plus une
exception réservée à quelques happy few, mais une passion partagée, un
véritable amour du cinéma de toutes les époques et de tous les pays.

Amener les publics vers des oeuvres qu’ils n’iraient peut-être pas voir
spontanément, cela demande un travail considérable et emblématique de la
diversité culturelle, qui vient, vous le savez, de remporter une première
grande victoire, avec l’adoption, par la commission culture de l’Unesco, hier
soir, à Paris, du projet de convention qui est maintenant soumise au vote de
la conférence générale, devant laquelle j’ai plaidé mardi dernier.

Bien souvent, les films recommandés art et essai ne bénéficient pas de
grandes campagnes de promotion. Les faire connaître, susciter l’envie de les
découvrir, c’est une grande partie du travail qu’accomplit votre association, en
fournissant par exemple des informations aux salles membres du réseau, ou
en éditant les documents destinés aux publics. J’en suis conscient, il sort beaucoup de films dans les salles toutes les semaines, et certains ont une
« force de frappe » que d’autres n’ont pas. Votre rôle est donc difficile, mais
passionnant et indispensable à la vie culturelle de notre pays, notamment
pour distinguer dans cette abondance les oeuvres les plus exigeantes.

J’ai eu le plaisir et l’honneur d’inaugurer la Cinémathèque française le 28
septembre dernier rue de Bercy. Cette institution jouera tout son rôle pour
permettre notamment l’accès aux oeuvres de patrimoine. Mais je tiens à
affirmer ici mon attachement au travail vos salles, au plus près des publics,
en matière de diffusion des films de patrimoine.

L’accès à l’histoire du cinéma, à ses grands classiques, ne saurait être le
monopole des cinémathèques. Les salles commerciales, qui se sont d’ailleurs
récemment inquiétées du développement des projections dans le secteur dit
« non-commercial », ne sauraient être l’objet d’une quelconque concurrence
déloyale. Vous le savez, Michel Berthod m’a récemment remis son rapport
sur le cinéma non-commercial : j’ai demandé au CNC d’étudier ses
propositions. Elles constituent une base pour la concertation que je souhaite
voir s’engager avec vous et avec l’ensemble des professionnels concernés,
sur l’évolution de la réglementation dans ce domaine. Sans préjuger de
l’issue de cette concertation, je tiens à le dire tout net : il faudra mieux
encadrer ce type de projections.
Je tiens à saluer aussi le travail essentiel que vous accomplissez auprès des
jeunes publics, qui rejoint mon action en faveur de l’éducation artistique et
culturelle, priorité de ma politique culturelle, que je soulignerai demain, en
compagnie de mon collègue Gilles de Robien, en installant à l’Ecole du
Louvre le Haut conseil de l’éducation artistique et culturelle. Vous avez mis en
place un programme remarquable dans ce domaine, en prenant des
initiatives avec des enseignants cinéphiles, en menant des actions de
formation des exploitants, d’édition de documents à l’intention des jeunes, et
des réflexions, avec les Journées annuelles AFCAE jeune public, qui se
tiennent prochainement et dont je suivrai les conclusions avec attention.

Aux
côtés des enseignants et des élus des collectivités territoriales, dans le cadre
des programmes d’éducation au cinéma pilotés par le CNC, vous formez les
prochaines générations d’amoureux du 7e art, les publics de demain, en les
armant d’un regard critique, d’une connaissance des rouages du cinéma et de
ses professionnels, dans leur diversité.

Le Centre national de la cinématographie est votre interlocuteur de tous les
instants. C’est avec lui que vous procédez aux recommandations de
classement des salles art et essai. C’est lui qui étudie vos demandes d’aides,
qui accompagne vos salles dans vos efforts d’animation, de modernisation,
d’équipement. L’un des grands enjeux de sa modernisation aujourd’hui est le
passage de l’ensemble des salles au système informatique Webcinédi.

Un
grand nombre d’entre vous y ont déjà adhéré, dans votre intérêt, ne serait-ce
que parce que cet outil va accélérer et optimiser la gestion du compte de
soutien. Des données plus fiables, plus rapidement enregistrées, c’est un
soutien plus vite calculé, pour vos salles, mais aussi pour les producteurs et
pour les distributeurs. Les métiers du cinéma sont aujourd’hui solidaires les
uns des autres : je souhaite que toutes les salles participent à cette
nécessaire modernisation dès l’an prochain.

Il est essentiel que l’administration, et le CNC en particulier, se modernise. Il
vous faut aussi vous préparer à des mutations technologiques majeures. Je
pense en particulier à la projection numérique en salles. L’AFCAE s’est saisie
très rapidement de cette question. Elle a fait preuve d’un grand sens des
responsabilités qui a toujours caractérisé son action sur le plan national.
Véronique Cayla désignera prochainement un expert chargé d’animer un
groupe de travail sur le passage à la projection numérique : je souhaite
évidemment que vous y soyez pleinement associés. Il y aura un modèle économique à la française à imaginer pour cette transition vers le cinéma
numérique. C’est tous ensemble que nous y réfléchirons.

Chers amis,
L’art et essai a traversé cinquante années d’évolutions continues de
l’exploitation : les salles de quartier existent toujours, mais sont depuis
apparus les multiplexes, où un nombre important de films peuvent être
programmés en même temps, et dont certains sont d’ailleurs classés art et
essai. Vous êtes passés d’une activité marquée par les fortes personnalités
de quelques entrepreneurs un peu aventuriers, curieux de découvertes, à une
industrie moderne, qui compte dans la vie de nos sociétés et joue un rôle
essentiel, emblématique de la diversité culturelle. L’art et essai n’est plus
depuis longtemps un club réservé à quelques uns, c’est désormais une
grande famille, une composante majeure du secteur de l’exploitation, un
partenaire indispensable des auteurs, des réalisateurs, des producteurs, de
tous les artistes et les techniciens du cinéma, que je tiens à saluer ce soir, et
du public, de nous tous qui aimons le cinéma, qui est l’une des plus belles
expressions du rayonnement de notre culture.

Au moment où la communauté internationale s’apprête, à l’Unesco, à faire
entrer la diversité culturelle dans le droit international, je sais combien ce
beau résultat, qui n’est encore qu’une étape – mais quelle étape ! – doit à
votre action exemplaire au service de l’amour et de la connaissance du
cinéma. L’on ne pouvait rêver plus bel anniversaire !

Je vous remercie.

Lancement de la saison « Etonnante Lettonie »

18 octobre 2005

Madame, Messieurs les Ministres,

Mesdames, Messieurs les Ambassadeurs,

Mesdames, Messieurs,

Chers Amis,

Nous sommes rassemblés ce matin pour mieux connaître et faire connaître un étonnant
pays. Un pays de grande culture européenne. Un pays qui a vu naître l’un des plus grands
précurseurs du cinéma universel, Sergueï Mikhaïlovitch Eisenstein. Un pays qui a survécu
aux occupations successives, comme à l’absurdité de son effacement politique. Un pays où,
symboles de sagesse et d’énergie, les pierres parlent, la démocratie chante, le président de
la République est une femme, Mme Vaira Vike Freiberga, que la France aura l’honneur
d’accueillir lors de sa visite officielle du 7 au 9 novembre prochains. Un pays qui nous invite
à nous laisser surprendre, à voir, à écouter, à apprendre et à découvrir la richesse et la
vitalité de sa culture et de ses créations.

Quelques premiers pas avaient été franchis, par le Ministère de la Culture et de la
Communication, dès le début des années quatre-vingt-dix, avec une exposition d’art
contemporain d’artistes des trois pays baltes « Aujourd’hui les Baltes », avec la
manifestation « les belles étrangères » en 1992, qui avait mis à l’honneur les littératures
baltes, et plus récemment, avec le festival des Boréales, qui a consacré sa dernière édition,
l’an dernier, en partie à la culture lettonne. Je suis très heureux qu’aujourd’hui nous ayons
fait le choix d’accueillir un festival letton dont le titre, au-delà « des assonances et des
allitérations qui constituent la substance sonore de la poésie » selon Valéry, nous invite à
nous laisser surprendre à nouveau et davantage encore !

Je tiens à remercier très chaleureusement tous nos amis Lettons et tout particulièrement,
Madame la Ministre Helena Demakova, dont l’engagement personnel a été précieux et
Madame Vita Timermane-Moora, commissaire du Festival, qui a su avec tout son sourire et
sa générosité, aidée de l’équipe de l’Association française d’action artistique, monter une
programmation ambitieuse.

A vous aussi, Monsieur l’Ambassadeur Roland Lapuke [lapouké] un grand merci, vous qui
n’avez cessé d’accompagner ce festival de votre regard attentif et constructif. Je veux saluer
aussi les villes qui ont très largement participé à cette manifestation (Paris, Bordeaux,
Strasbourg et Lyon, mais aussi Lorient, Rennes, Annecy, Caen, Cognac, Le Mans, Lille,
Mulhouse, Grenoble, Dijon). Je salue aussi toutes les institutions culturelles qui ont ouvert
grand leurs portes à la Lettonie.

Je remercie enfin les deux personnalités qui parrainent cette manifestation : l’actrice
française Dominique Blanc, auteur d’un magnifique documentaire qui sera diffusé sur France
5 le 18 novembre, jour de la fête nationale Lettone ; l’historien d’art et directeur du château
de Rondale – que vous me permettrez de qualifier de « Versailles Letton » – Imants
Lancmanis.

Je tiens à remercier les entreprises mécènes qui, comme Loréal, permettent à ce festival de
nous étonner.

L’étonnante programmation qui vous est proposée et dont vous trouverez le détail dans le
dossier de presse qui vous est distribué, se déclinera donc principalement dans les villes que
j’ai citées tout au long du mois de novembre prochain. Plus de 100 manifestations seront
ainsi proposées au public, dans tous les domaines.

Dans le domaine des arts de la scène, la musique et le chant seront à l’honneur : véritables
armes pacifiques de résistance aux tragédies de l’Histoire, elles sont restées le coeur de la
culture lettone. De nombreux concerts sont à l’affiche, dont Gidon Kremer avec la Kremerata
Baltica au Châtelet, le groupe vocal du choeur de la radio lettone à Bordeaux, ou encore
deux concerts consacrés au grand compositeur contemporain Peteris Vasks à Lyon.

Dans le domaine du théâtre, nous découvrirons le travail novateur et surprenant de la figure
de proue de la jeune génération de metteurs en scène lettons, Alvis Hermanis, dont le
spectacle « la vie longue » sera présenté à Bordeaux, Lyon et Strasbourg. Dans le domaine
des arts visuels, nous irons à la rencontre d’une scène artistique naissante mais foisonnante.

A Strasbourg, le Musée d’Art Moderne et Contemporain proposera une magnifique
exposition consacrée au constructiviste soviétique Gustav Klucis. A Bordeaux, le Musée des
Beaux Arts, avec une exposition « le modernisme classique », nous fera découvrir la
génération lettone qui a profondément marqué la première moitié de l’art du XXe siècle. Ce
festival propose aussi du cinéma, avec des programmations consacrées au cinéma
d’animation, à Eisenstein, des débats, des colloques, des évènements autour de la mode et
du design.

« Etonnante Lettonie » nous offrira aussi ses fameuses Pierres Parlantes, installation
itinérante, qui résume à elle seule la singularité d’un pays, où même les pierres prennent
formes humaines. Le public français pourra converser avec ces pierres animées et
chantantes à la nuit tombée, sur la place du Palais Royal d’abord, puis à Strasbourg, place
Gutenberg, à Bordeaux, place Camille Jullian, et enfin à Lyon, place Bellecour.

Etonnant pays, étonnante programmation, mais surtout étonnante proximité. En dépit de 45
ans d’occupation et de censure, le destin de la Lettonie est sans doute, grâce à la vitalité de
sa culture, indéfectiblement resté lié à celui de l’Europe. Ce festival l’illustre de façon
éclatante et nous rappelle que Riga fut appelé « le Paris du Nord » pour son cosmopolitisme,
pour sa fécondité artistique. Dans l’entre-deux-guerres, nos créateurs entretenaient des
relations régulières et fortes. Le choix de la France de soutenir l’éphémère nation Lettone,
dès 1920, nous rapprocha avant de nous éloigner pendant plusieurs décennies. « Etonnante
Lettonie » fait revivre ces concordances passées et surtout les fait résonner dans notre
présent.

Notre proximité nous conduit aussi aujourd’hui à partager une vision du monde, fondée sur le
respect et la promotion de la diversité culturelle, que la convention soumise au vote de la
Conférence générale de l’UNESCO, ces tout prochains jours, fait enfin entrer dans le droit
international.

Notre proximité est aussi un espoir pour l’Europe. Nous avons à coeur de défendre
l’importance de la culture dans la construction européenne. Ebauchée à Berlin en novembre
2004, la déclaration pour une charte pour l’Europe de la culture que nous avons signée à
Paris lors des Rencontres que j’ai organisées les 2 et 3 mai derniers, marque une étape pour
redonner un sens à notre destin commun. D’autres étapes viendront, dès le mois prochain à
Budapest puis à Grenade l’année prochaine.

Oui, la culture est sans aucun doute l’un des meilleurs moyens de retrouver le goût de
l’Europe. Comme l’a dit Paul Ricoeur, avant de disparaître, le défi est de « réussir à différer
ensemble ». C’est l’essence même du projet européen. De cela, nous pourrons nous
entretenir ensemble, Madame la Ministre, puisque ces moments d’échanges culturels sont
aussi des temps politiques forts.

Je souhaite un grand succès au festival « Etonnante Lettonie ». Qu’il nous surprenne, nous
bouscule, nous réjouisse et nous conduise à travers un « voyage de découvertes qui ne
consiste pas – forcément – à voir de nouveaux paysages » comme l’écrivait Proust, mais
surtout « à avoir de nouveaux yeux ».

Je vous remercie.

Remise des insignes de Grand Officier de la Légion d’honneur à Gilberto Gil, Ministre de la culture du Brésil

16 octobre 2005

Monsieur le Ministre, Cher Gilberto Gil,

Je suis très heureux et très fier de vous accueillir aujourd’hui rue de Valois, pour vous rendre
l’hommage solennel et amical de la France, en vous élevant, au nom du Président de la
République, à cette très rare et très haute dignité de Grand Officier dans notre premier ordre
national, qui fut jadis conférée à votre compatriote Gilberto de Mello Freyre.

Elle vient distinguer l’immense artiste dont chaque concert est un événement, l’enfant de
Salvador de Bahia, qui joue très tôt de l’accordéon, puis de la guitare et chante la bossanova,
avant de devenir le symbole vivant du rayonnement mondial de la musique
brésilienne, le chanteur populaire, le militant de l’égalité des droits qui connut la prison et
l’exil, parce que ses notes sont libres, absolument libres et donnent le goût de la liberté
partout où elle est bafouée, le créateur prolifique qui n’a cessé d’ouvrir de nouveaux horizons
aux racines multiples de la culture de son pays, le citoyen du monde soucieux de lutter
contre toutes les injustices, et bien sûr, l’ardent défenseur de la diversité culturelle, au
moment où la communauté internationale, lors de la conférence générale de l’UNESCO
réunie en ce moment même à Paris, s’apprête à inscrire la protection de la diversité des
contenus culturels et des expressions artistiques dans le droit international.

J’ajoute à titre personnel combien j’ai apprécié votre engagement en faveur de cette nouvelle
étape de la reconnaissance de la culture comme un moteur des relations internationales
aujourd’hui.

Le ministre que je suis, l’élu du suffrage universel, est particulièrement ému de distinguer un
artiste de votre envergure. J’apprécie la réelle proximité, j’allais dire la complicité, qui nous
rapprochent depuis que nous travaillons ensemble. Je vous suis reconnaissant de la
confiance, de l’amitié, de la fraternité qui nous lient. Je suis aussi conscient et j’assume nos
différences, fécondes et créatrices, dans le dialogue et l’amitié, qui sont aussi l’expression de
la diversité culturelle. Et de la diversité linguistique. Si je m’exprime en français aujourd’hui,
c’est à votre demande expresse. Je veillerai à ce que ce texte doit traduit et diffusé
largement, notamment dans l’aire lusophone.

Je suis particulièrement heureux de vous rendre cet hommage exceptionnel en présence de
celles et de ceux qui vous aiment et vous admirent et s’en réjouissent de tout leur coeur.

Parmi nous, je souligne la présence de Mme Lisa Frulla, ministre du patrimoine canadien et
de la condition féminine, accompagnée notamment de Mme Line Beauchamp, ministre du
patrimoine du Québec.

Nous sommes au coeur de cette année du Brésil, ou plutôt des Brésils, quelque cinq cents
ans après les premiers contacts avec la France. C’est en effet en 1504, que des navires
français mouillaient sur les côtes brésiliennes, quatre ans après le Portugais Pedro Alvares
Cabral, qui les avait abordées près de Salvador de Bahia, votre ville natale, dont Gabriel
Sores de Sousa disait déjà qu’elle « est la maîtresse de la baie de Tous les Saints, qui est la
plus grande et la plus belle du monde, non seulement par sa taille, mais aussi par sa fertilité
et la richesse des terres environnantes ». Ainsi, les témoignages parmi les plus anciens que
nous possédons sur le Brésil datent du tout début du XVIe siècle et sont français. Tout au
long de l’histoire de ces cinq siècles, une histoire si riche de séductions mutuelles, nos deux
peuples, nos deux pays, n’ont cessé de ressentir l’un envers l’autre des sentiments très forts,
que l’on peut dépeindre comme une véritable histoire d’amour.

Si j’évoque cette histoire, ce n’est pas seulement pour rappeler que le Brésil est le premier
partenaire de la France en Amérique latine pour la coopération culturelle, scientifique et
technique.

C’est aussi parce que la promotion et la sauvegarde de la diversité culturelle et humaine, qui
est notre combat commun, votre combat de toujours, cher Gilberto Gil, le combat de votre
double vie, culturelle et artistique, mais aussi politique, est aussi nécessaire pour les
générations présentes et futures, pour l’avenir de la planète, que celui que nous menons
pour la protection de l’environnement de l’espèce humaine et le développement durable.

L’hommage que je vous rends aujourd’hui va d’abord à votre action déterminée, à votre
engagement de longue date, pour construire à nos côtés et avec toutes les couleurs du
Brésil, des Brésils, une réponse non seulement sociale et humaine, mais aussi culturelle aux
défis du monde d’aujourd’hui.

Votre grande voix, cher Gilberto Gil, votre voix claire et chaude, votre voix douce et soyeuse,
est aujourd’hui celle d’une grande ambition, d’une forte espérance, d’une belle promesse,
d’une action de longue haleine, pour réenchanter le monde à partir de sa diversité. Le Brésil,
les Brésils, sont par essence, par l’histoire, par leurs cultures, l’expression même de cette
diversité, dans tous les domaines.

Vous incarnez à merveille la richesse, la variété, le dynamisme, la force et la popularité
largement partagés dans notre pays, mais aussi en Europe et dans le reste du monde, de la
culture brésilienne, au-delà de tous les clichés. Vous êtes, cher Gilberto Gil, l’incarnation
emblématique de cette grande nation métissée, formée par des peuples d’origines
européenne, africaine, indienne, asiatique. Par votre oeuvre immense, par votre action
politique et sociale, vous montrez l’excellence de cette tradition brésilienne, sans cesse
renouvelée et enrichie par les créations et les interprétations contemporaines, l’alliance du
Brésil cosmopolite des grandes villes côtières et du Brésil profond, celui du bois de braise
auquel il doit son nom, celui des beautés de la nature, celui des lignes pures d’Oscar
Niemeyer, celui des mouvements de la capoeira, celui des rythmes et des rencontres de la
musique, de la danse, et de tous les métissages, de toutes les énergies, de tous les
enthousiasmes, de toutes les ouvertures, dont vous êtes vous-même porteur.

Et que vous ne
cessez de faire partager à tous ceux qui ont la chance de vous voir et de vibrer avec vous
sur scène. Car depuis que vous vous êtes lancé dans la musique, vous n’avez jamais cessé
d’éprouver cette rencontre, cette expression nécessaire. Jusqu’à ce point d’orgue de votre
magnifique tournée de l’été dernier en France, jusqu’à cette « prise de la Bastille » par la
musique Brésilienne, jusqu’à cette extraordinaire soirée, où vous avez transmis votre
fulgurante énergie aux dizaines de milliers de Français et de Françaises présents devant la
scène et aux millions de téléspectateurs, de fans, venus de tous les pays, se rassembler
place de la Bastille la veille du 14 juillet, à l’occasion de notre fête nationale, dont le Brésil,
en la personne du président Lula, était l’hôte d’honneur. Lorsque le président Lula vous a
choisi pour faire de la culture un enjeu stratégique de son action en faveur de la cohésion
sociale et du mouvement qu’il a souhaité imprimer à la société brésilienne, il vous a dit : «
Bon, Gil, va au ministère et fais ton travail comme tu fais ton travail artistique ! »

Il est tout à fait exceptionnel de constater, que tout en continuant de dédier pour notre plaisir
et pour notre plus grand bonheur une partie de votre temps à votre talent artistique, qui est
au sommet, vous avez entièrement réussi ce pari unique, en prouvant combien la culture et
l’art sont réellement au coeur de la cité, et de l’action politique, non seulement au Brésil, mais
aussi dans bien d’autres pays, dont le nôtre. Cette action, vous l’avez menée tambour
battant, en conduisant une réforme administrative importante, pour faire de votre ministère
un très grand ministère de la culture et pour le placer au coeur de la construction de l’avenir
de votre pays, mais aussi des relations internationales. Ainsi, vous avez proposé une loterie,
dont les bénéfices seraient versés à la culture, mais aussi la création d’un système national
des musées et une loi sur le mécénat, qui est l’un des volets essentiels de votre action pour
ouvrir la société dans son ensemble sur la culture, dans votre pays, qui est sans doute le
plus multiculturel, le plus interculturel, le plus divers du monde, à l’image de la musique du
Nordeste, qui mêle l’accordéon, le tambour zabumba, le triangle, les éléments des musiques
traditionnelles comme des musiques les plus actuelles, et des instruments venus de partout.

Depuis quatre ou cinq ans, vous réfléchissez intensément, en n’hésitant pas à interroger le
tropicalisme que vous avez défendu et fait rayonner avec passion depuis une quarantaine
d’années, avec Caetano Veleso, en élaborant une synthèse entre la musique populaire
brésilienne, la samba, la bossa nova, le jazz, le rock, la pop music. Vous êtes un pionnier, un
précurseur, dans votre art comme en politique, car votre recherche, dans chacun de ces
domaines, vise d’abord celle d’à apporter une réponse à la mondialisation. Une réponse
fondée, non pas sur la puissance, mais sur le dialogue et la reconnaissance des multiples
identités du monde, sur la capacité de séduction et d’attractivité, que seule la culture
possède au plus haut point. C’est pourquoi vous n’êtes pas seulement l’un des musiciens les
plus importants du monde, mais aussi l’un des acteurs les plus engagés dans sa
transformation et son amélioration, en apportant la preuve qu’elles passent d’abord par la
culture.

Cher Gilberto Gil, en vertu des pouvoirs qui nous sont conférés par le Président de la
République, nous vous remettons les insignes de Grand Officier de la Légion d’Honneur.

Festival des Rendez-vous de l’histoire

14 octobre 2005

Monsieur le Professeur,

Monsieur le Vice-Président du Conseil général,

Monsieur le Président directeur général,

Mesdames, Messieurs,

Chers Amis,

Je tiens tout d’abord à vous remercier de m’avoir invité à cette cérémonie de remise du prix
du roman historique et à vous dire combien je suis heureux de participer à ces 8e Rendezvous
de l’Histoire 2005 à Blois. Et ce, à plusieurs titres.

D’abord, à titre personnel, comme vous tous, comme passionné d’histoire et de littérature.

Ces Rendez-vous illustrent par une variété presque infinie d’interventions, qu’il s’agisse de
cafés littéraires, d’ateliers, de conférences, de débats, de projections cinématographiques, la
richesse de cette passion française.

Et j’allais dire comme voisin, comme élu de Tours, en aval de la Loire. Les Blésois
permettront à un Tourangeau de rappeler ce mot de Descartes : « la lecture de tous les bons
livres est comme une conversation avec les plus honnêtes gens des siècles passés, qui en
ont été les auteurs, et même une conversation étudiée en laquelle ils ne nous découvrent
que les meilleures de leurs pensées». Je suis très heureux de rencontrer des auteurs et des
lecteurs vivants qui prolongent cette conversation, en montrant que si l’histoire s’apprend,
bien sûr, elle se pratique, elle se cultive aussi, parce que nous l’aimons, parce qu’elle est
tout à la fois exercice, goût, plaisir.

Comme ministre de la culture et de la communication, en charge du patrimoine, de
l’archéologie et des musées, mais aussi du livre et de la lecture, des Archives, et des
célébrations nationales, comme responsable politique, je suis particulièrement attentif aux
rapports de nos concitoyens à leur histoire, à leur mémoire, aux repères du passé, qui
forment la trame de nos identités, de nos racines, de nos origines. Marguerite Yourcenar
exprimait la force de cette quête, qui nous rassemble tous aujourd’hui, lorsqu’elle écrivait,
dans Les Yeux ouverts : « quand on aime la vie, on aime le passé, parce que c’est le présent
tel qu’il a survécu dans la mémoire humaine ».

C’est bien cette mémoire, dans toutes ses dimensions, que les travaux des historiens, mais
aussi les oeuvres des romanciers, réunis à Blois, mettent à jour, dans un dialogue constant
et fécond avec l’actualité. C’est particulièrement vrai pour le thème que vous avez choisi
d’explorer, « religion et politique », en cette année du centenaire de la loi du 9 décembre
1905, qui prononçait la séparation de l’Etat d’avec les Eglises – René Rémond souligne à
juste titre que le pluriel, souvent oublié, est d’importance. Ce grand texte de la IIIe
République est de ceux qui ont modelé la société contemporaine, tant par sa portée
symbolique que par ses propres dispositions. La laïcité est en effet l’une des grandes
conquêtes de notre République. Elle garantit la liberté de conscience et permet la
coexistence harmonieuse des différentes religions, grâce à la neutralité de l’espace public.

Elle nous incite aussi à rappeler la nécessité de l’enracinement du respect, de la tolérance,
de l’esprit de dialogue, de la compréhension et de la connaissance de l’autre, dans notre
société. Sans doute avons-nous à cet égard des leçons à tirer de l’histoire, pour le présent et
pour l’avenir.

C’est pourquoi les correspondances dans l’histoire entre « religion et politique » sont une
source inépuisable d’intérêt et d’étude pour nos concitoyens, pour nous tous. J’en veux pour
exemple le succès public qu’avait remporté la présentation, l’an dernier, dans les salons du
ministère de la culture et de la communication, à l’occasion des journées du patrimoine, de
l’Edit de Nantes. Premier acte de tolérance dans une Europe divisée par la fracture de la
Réforme, ce texte fondateur de l'Etat moderne porte un message universel de l'idéal de
tolérance religieuse et civile, qui demeure plus que jamais actuel dans le monde
d'aujourd'hui.

Oui, les « affinités électives », mais aussi les conflits, entre religion et politique sont,
aujourd’hui comme hier, une clef indispensable pour décrypter les mouvements de l’actualité
et les évolutions de nos sociétés. Les « maîtres du soupçon » en ont fait une question
fondatrice de notre modernité.

Mais religion et politique nous permettent aussi d’embrasser le temps long de l’histoire, de
façon extensive, en en faisant la science humaine par excellence, en élargissant son
spectre, par les découvertes de la sociologie, de l’anthropologie, de l’ethnologie, de
l’archéologie.

A cette exigence savante, vous mêlez la richesse et la diversité d’une manifestation
authentiquement populaire, d’un véritable festival, qui est, en peu de temps, devenu une
référence, un carrefour, comme Avignon pour le théâtre. Blois a même son In et son Off. Le
festival s’honore cette année de prestigieux ambassadeurs, illustration vivante de la diversité
de votre manifestation ; il s’agit du président René Remond, de Madame le secrétaire
perpétuel de l’Académie Française, Madame Hélène Carrère d’Encausse, de Monsieur
Régis Debray et de Monsieur Manoel de Oliveira. Je tiens également à saluer l’action du
président du conseil scientifique, Jean-Noël Jeanneney, et du directeur des Rendez-vous,
Francis Chevrier.

Sachez combien je regrette de ne pouvoir assister à quelques unes de vos séances comme,
par exemple aujourd’hui « Enseigner le monde après le 11 septembre », ou « Religion et
politique dans les temps anciens » par Paul Veyne. Il m’aurait plu de pouvoir me rendre au
débat d’actualité au château de Blois intitulé « La démocratie est-elle contagieuse ? » ;
comme je désespère de ne pouvoir assister demain à la conférence de Rudolf von Thadden
sur « Le protestantisme et l’Europe », ou au débat d’actualité « La France malade de son
passé colonial » ainsi qu’au café littéraire « L’histoire au secours du roman » que vous
animez, Monsieur le Professeur Christian Goudineau.

Car les Rendez-vous de l’histoire sont aussi une formidable vitrine de la recherche historique
contemporaine. La vitalité de l’édition en sciences humaines s’observe avec joie et
admiration dans les travées du salon du livre d’histoire, que j’ai eu l’honneur d’inaugurer et
l’avantage de visiter il y a quelques instants. Vous connaissez tous le Centre National du
Livre (CNL). Son « tout neuf » Président est ici, à mes côtés ; il s’agit de Benoît Yvert. Il est
aussi historien. Mémorisez son visage, c’est mon ambassadeur auprès de vous. Car le CNL
est désormais un outil essentiel de ma politique en faveur du livre. Je souhaite en effet, dans
la ligne de la réforme qui entrera en vigueur dès le 1er janvier 2006, qu’il puisse intervenir de
façon encore plus décisive dans ce secteur éditorial ; en quelque sorte, désormais, le roman
vient au secours de l’histoire.

Et j’en viens naturellement à vous, Monsieur le Professeur Christian Goudineau. Si vous êtes
distingué aujourd’hui par le prestigieux prix du roman historique, qui couronne votre souci de
faire partager au plus grand nombre votre passion de l’Antiquité, votre carrière remarquable,
illustre à merveille le rayonnement et l’excellence de la recherche historique et archéologique
française. Elle vous a mené jusqu’au Conseil Supérieur de la Recherche archéologique et à
la prestigieuse chaire d’Antiquités nationales au Collège de France, où vous avez été élu en
1984, et où vous ne cessez de faire progresser nos connaissances sur ceux que nos
manuels scolaires et ceux de nos pères appelaient « nos ancêtres les Gaulois », et que les
Grecs appelaient les Celtes. Vous faîtes aussi avancer l’analyse et la réflexion sur tous les
sujets qui mettent en relation « la Gaule » et notre monde actuel.

Comment est-elle née ?
Qu’était-elle ? Quel fut le rôle du conquérant (César) ? Comment se sont créés les mythes,
les images, les héros qui sont restés profondément gravés dans notre imaginaire national ?

Telles sont les passionnantes questions auxquelles vous nous apportez des réponses, non
seulement dans votre enseignement et vos conférences, ou dans les travaux de recherches
que vous menez et que vous dirigez, mais aussi dans les livres que vous avez à coeur de
destiner au plus grand nombre de lecteurs, quitte à nous dessiller les yeux sur certaines
caricatures. Celles-là mêmes qui opposaient, en une transposition de la Guerre des Gaules
un peu hâtive, mais tenace, en gros des années 1870 à Astérix, des Gaulois très Français à
des Romains très Germains, Jules César-Bismarck à Vercingétorix-Gambetta.

Et il me plaît de rappeler que la chaire où vous avez été élu fut créée…en 1905, par Camille
Jullian, auquel succéda Albert Grenier (de 1935 à 1948) puis Paul-Marie Duval (de 1964 à
1982). « Difficile de nous imprégner de la conviction – écrivez-vous dans l’un de vos livres
magnifiques, intitulé Par Toutatis ! Que reste-t-il de la Gaule ? et paru il y a trois ans au Seuil
– que ce Gaulois et ce Romain sont pure invention (…) Mais la Gaule – ajoutez-vous aussitôt
– ce n’est pas seulement une idée – voire la base d’une certaine idéologie. Ce sont aussi
des monuments et des vestiges. Les idées, elles vont, elles viennent, elles passent. Les
vestiges, eux subsistent. (…) Ils démontrent la relativité des idéologies.

A la dualité Gaulois-
Romain, ils substituent un autre message, celui de la continuité, de l’interpénétration. Peutêtre,
ils nous invitent à la tolérance. » Oui, nous revenons avec vous, grâce à vous, au
thème de ces Rendez-vous et à cette belle leçon de sagesse antique et de science du
monde latin que constitue, pour notre plus grand plaisir, L’enquête de Lucius Valerius
Priscus. Ce texte haletant, parsemé de citations de Catulle, l’un des poètes les plus
fascinants du Iersiècle avant notre ère, présenté comme un manuscrit retrouvé de nos jours
dans un coffret, à la faveur de la découverte d’une nécropole à Alexandrie, vous a été inspiré
par un passage des Annales.

Car avant vous, seul Tacite narre cette mystérieuse révolte des cités gauloises, en 21 de
notre ère, sous l’empereur Tibère, et relate le destin tragique d’un chef énigmatique, qui
combat aux côtés des Romains, nommé Sacrovir. Vous nous invitez à chercher les clés de
cette énigme, au coeur même de la vie des Eduens, entre la Saône et l’Allier, sur la route
d’Augustodunum (Autun) et de Bibracte, qui fut l’une des cités les plus splendides des
Gaules, mise à jour au Mont-Beuvray, centre européen d’archéologie dont vous avez
longtemps présidé le comité scientifique. Vous dressez un tableau vivant et haut en couleur,
de chair et de sang, de ce moment décisif, où le monde celte en pleine mutation, se
romanise, et bascule, en nous invitant à le découvrir et à porter sur lui un regard neuf, celui
de ce chevalier de Rome qui nous entraîne dans un passionnant voyage dans le temps. Je
tiens à vous féliciter pour le prix qui vous est si justement décerné aujourd’hui. Et à vous
témoigner en notre nom à tous ma reconnaissance, car vous nous montrez avec éclat
combien le roman historique nous fait aimer et l’histoire et la littérature.

Je vous remercie.

Inauguration de la Maison de l’architecture, des territoires et du paysage à Angers

14 octobre 2005

Monsieur le Sénateur, Monsieur le Président du Conseil d’architecture, d’urbanisme et de
l’environnement (CAUE) et de la Fédération nationale, Cher Christian Gaudin,

Monsieur le Vice-Président du Conseil régional des Pays de la Loire,

Monsieur le Président du Conseil général du Maine-et-Loire,

Mesdames, Messieurs,

Chers Amis,

C’est toujours un plaisir pour moi de venir, en voisin, en aval de la Loire, à Angers, qui a fait
de la culture, de son cadre de vie harmonieux, de son riche patrimoine, les atouts majeurs
de son dynamisme et de son développement. Plus d’un an après l’inauguration du
magnifique musée des Beaux-Arts, je suis particulièrement heureux d’inaugurer avec vous
ce matin la Maison de l'architecture, des territoires et du paysage d'Angers.

D’autant que cette semaine a été pour moi riche de rencontres avec les acteurs de
l'architecture : ce fut la rentrée de l’école nationale supérieure d'architecture et du paysage
de Lille, vendredi dernier ; le congrès national de l'Union Nationale des Syndicats Français
d’architecture, samedi à Paris ; les expositions sur l'architecture au Brésil et en Europe de la
Cité de l'architecture et du patrimoine au Palais de la Porte Dorée ; la rencontre des élus,
responsables et animateurs du réseau des Villes et Pays d'art et d'histoire hier, à l’occasion
de son XXe anniversaire ; et aujourd’hui, l'inauguration de votre Maison, Cher Christian
Gaudin, siège du CAUE du Maine-et-Loire, qui est comme le point d'orgue de cette semaine
consacrée à l’architecture.

Je veux dédier cette ouverture au partage nécessaire de nos objectifs, de nos cultures, de
nos interventions, car il n’est pas d’actions dans les domaines de l'architecture et du
patrimoine qui ne soient complémentaires les unes des autres.

Et je le dis devant vous, parlementaires, architectes, responsables d'équipements,
conseillers, professionnels du cadre de vie, professeurs, responsables d’associations, non
pas évidemment par angélisme, mais pour appeler chacune et chacun d’entre vous à
s'engager dans le débat, et à participer au dialogue sur lequel je fonde ma politique
culturelle.

Notre action collective dans la cité doit s’appuyer sur des principes forts : et d’abord le
respect envers notre patrimoine et l'engagement à favoriser et à susciter la création
architecturale.

Quel meilleur symbole que cette Maison « Art-déco », fleuron du patrimoine du XXe siècle,
pour signifier l'alliance de l'architecture et du patrimoine ? Cette splendide et puissante
oeuvre d'Ernest Bricard, cette ancienne école d'aviation abandonnée, puis devenue, soixante
années durant, le terrain d'aventure de quelques-uns d'entre vous, est désormais, un
monument historique, pleinement habité, revenu à la vie grâce à la détermination de vous
tous.

Ce lieu de mémoire est un lieu vivant.

Et s’il renaît aujourd’hui, c’est grâce à l’engagement de Bruno Letellier, directeur du CAUE et
maître d’ouvrage, de Maxime Ketoff, maître d’oeuvre, de Claude Hacault et de la société
d’équipement de Maine-et-Loire (Sodemel) – qui aménagera aussi les quartiers et le parc
alentour. Et aussi de l’ensemble des entreprises qui vous ont permis de relever ce très beau
défi et de piloter ce chantier avec talent, jusqu’à la renaissance de ce bâtiment, de cette
Maison, dont la silhouette, à la fois unitaire et dédoublée, exprime l’addition de toutes les
énergies rassemblées autour du CAUE du Maine-et-Loire et des liens que vous avez su
tisser avec l’ensemble du territoire : l'Union régionale des cinq CAUE, bien entendu, les
architectes et leur syndicat départemental, le Pôle atlantique de formation continue, en
liaison avec l'école nationale supérieure d'architecture de Nantes. Sans oublier les
associations : le « PACT-Anjou-habitat et développement » dédié à l’amélioration de l’habitat
et à l’insertion sociale par le logement, et « Alisée », qui promeut la maîtrise de l’énergie et
des technologies respectueuses de l’environnement.

Cet espace de débats, de rencontres et d’ouverture, ouvert sur la ville, le département et la
région, vous rassemble aujourd’hui.

Il a déjà conquis les esprits et les coeurs des Angevins et de tous les visiteurs des journées
du patrimoine. Il sera le lieu idéal de promotion et de rayonnement de l'architecture. Son
action dans ce domaine complètera celle de la Maison de l'architecture de Nantes et de
l'ensemble des lieux de diffusion qui commencent à mailler le territoire français, comme la
Maison d’architecture du couvent des Récollets à Paris.

Ce rayonnement, tout comme ce magnifique bâtiment, sera le fruit d’un effort et d’un
engagement collectifs, qui seuls peuvent répondre à la demande d’architecture de nos
concitoyens. Une demande dont nous savons tous, élus, architectes, acteurs du patrimoine
et du cadre de vie, qu’elle ira croissant, parce que c’est une demande sociale qui porte sur la
qualité de notre environnement, au sens large, qu’il soit architectural, urbain et paysager.

Cette demande de plus en plus forte, vous pourrez dans cette Maison la susciter parfois, la
satisfaire certainement, la rendre encore plus exigeante aussi.

Et je pense en particulier aux jeunes publics et à la contribution de l’architecture à l’éducation
artistique et culturelle, qui est une priorité de ma politique culturelle. Je salue l’ouverture
prochaine, en fonction de l’avancement des travaux autoroutiers, d’un espace pédagogique
en rez-de-jardin au sein du CAUE, dont le nom est à lui seul un beau programme : « Classes
du patrimoine contemporain ». Je sais et je m’en réjouis, que dès mercredi prochain, vous
proposerez aux enseignants, aux animateurs et aux acteurs de la sensibilisation et de la
formation de la petite enfance, une rencontre sur le thème de la pédagogie de l’espace.

J’installerai mercredi prochain le Haut Conseil à l’éducation artistique et culturelle, avec mon
collègue Gilles de Robien. Soyons conscients que lorsque nous ouvrons les portes de notre
patrimoine, de notre histoire, mais aussi de l’architecture et de la création contemporaines
aux plus jeunes de nos concitoyens, nous leur transmettons, non seulement des
connaissances et des émotions, mais surtout les valeurs du vivre ensemble.

Je tiens à vous féliciter très sincèrement et très chaleureusement pour cette très belle
réalisation. Cette Maison est exemplaire, par son enracinement, par son rayonnement. Je
souhaite qu’elle accueille largement tous les professionnels et tous les publics d’Angers, du
Maine-et-Loire et de la région. Par sa solidité, ce bâtiment en béton des années trente, que
vous avez renforcé de résine et de fibres de carbone, est aussi symbolique de l’édifice
national que vous avez également entrepris de réhabiliter, je veux parler de la fédération que
vous présidez, cher Christian Gaudin, et qui est désormais un acteur incontournable du
paysage de l’architecture française.

Je vous remercie.