Conférence de presse sur l'action en faveur du théâtre
Mesdames, Messieurs,
Chers Amis,
Je suis très heureux de vous accueillir ici, rue de Valois, où le théâtre, art
public par excellence, a toute sa place. Car vous le savez, c’est ici, dans ce
salon des Maréchaux, que depuis mon arrivée au Ministère de la Culture et de
la Communication, j’ai tenu à placer le spectacle vivant et toutes celles et ceux
qui le font, au coeur de mon action. D’abord, en vous recevant tout au long de
l’année, vous, artistes, représentants des collectivités, responsables de lieux,
techniciens, permanents et intermittents du spectacle. Ensuite, en suscitant,
pour la première fois dans l’histoire de la République, le premier débat
parlementaire sur le spectacle vivant, à l’Assemblée et au Sénat, qui ne soit
pas un débat seulement budgétaire.
J’ai présenté ici mon budget, il y a exactement une semaine. Un budget qui est
l’instrument et l’expression d’une politique. Et cette politique est d’abord fondée
sur une vision du rôle de l’art dans la cité, qui se décline en actions, que je vais
maintenant vous présenter.
C’est aussi ici même que siège le conseil national des professions du
spectacle, comme c’est ici que s’est tenue le 29 septembre une très importante
réunion des partenaires sociaux, la seconde à regrouper au ministère de la
culture et de la communication l’ensemble des organisations professionnelles
et interprofessionnelles. Je ne laisserai pas des interventions isolées, qui n’ont
rien à voir avec les enjeux professionnels du spectacle vivant, empêcher le
dialogue entre les partenaires sociaux. J’ai toute confiance dans notre volonté
commune d’aboutir à la mise en place d’un système pérenne de soutien à
l’emploi et d’indemnisation du chômage des artistes et des techniciens au 1er
janvier 2006.
Comme l’écrit joliment Robert Abirached dans le second tome de son ouvrage
Le Théâtre et le Prince : « Le théâtre a gardé l’essentiel de son rayonnement,
parce qu’il exige des regards en état d’alerte ».
Oui, le Ministère de la Culture et de la Communication, comme le Ministre que
je suis, demeurent en état d’alerte permanent. Depuis dix-huit mois, vos
questions, vos doutes, vos espoirs, comme les rapports des experts
indépendants et les propositions de mon administration nourrissent ma
réflexion et l’action que je veux mener au service du théâtre, car l’Etat est là,
avec tous ses partenaires, pour servir l’art, et non pour s’en servir.
D’autant que le théâtre est un art collectif par excellence. Et s’il n’est guère
de discours sur le théâtre, aujourd’hui, qui n’en déplore la crise, c’est un mot
commode qui recouvre des points de vue très disparates. Pour ma part, j’ai
fait le constat du morcellement de la profession théâtrale. C’est pourquoi je
me suis fixé pour premier objectif de renouer les fils du dialogue entre les
artistes, les responsables de lieux de création ou de programmation, et les
publics.
Cet objectif est essentiel. Comme on l’a vu encore cet été, le théâtre, dans
notre pays, est en pleine effervescence. Sa capacité à tendre un miroir à la
collectivité et à nous interroger, avec une extraordinaire acuité, sur notre lien
aux autres comme sur la complexité du monde, le rend incomparable,
irréductible et précieux.
Notre théâtre fait preuve d’un incroyable dynamisme qui se mesure à la force
du désir de la scène chez les jeunes, au foisonnement de ses équipes
artistiques, à la diversité des techniques et des arts qu’il met en scène, à la
variété de ses lieux de représentation, de la salle à l’espace public ou privé, à
sa présence sur l’ensemble du territoire et à sa notoriété internationale,
permettant un accès de plus en plus large au spectacle.
L’organisation du théâtre en France est unique. Elle est au coeur de
« l’exception » française dans le domaine de la culture, qui fait école en
Europe et dans le monde et que je préfère appeler diversité culturelle.
C’est
un mot, un concept, une ambition politique, qui se traduisent en actes et en
actions et qui font, à une voix près, l’unanimité des pays du monde, comme
j’ai pu le constater hier après-midi en plaidant à la tribune de la conférence
générale de l’Unesco, réunie en ce moment même à Paris pour adopter la
convention internationale sur la diversité des contenus culturels et des
expressions artistiques.
Alliance d’artistes individuels, de compagnies indépendantes, de structures
institutionnelles ou de lieux alternatifs, notre organisation théâtrale tire ainsi
sa force de sa diversité même.
Pourtant, encore récemment, à l’occasion d’une rencontre organisée rue de
Valois avec les acteurs du Jeune Théâtre National, j’ai pu prendre la mesure
des difficultés des artistes sortis des écoles qui peinent à voir leur travail
appuyé par des lieux ou épaulé par leurs pairs.
Lors de nombreux rendez-vous, j’ai pris également conscience qu’il n’est pas
toujours facile d’être jeune créateur, auteur dramatique ou compagnie
indépendante. Et je sais qu’il est souvent douloureux, pour un directeur de
théâtre, de devoir sans cesse arbitrer entre des propositions artistiques
toujours plus nombreuses et riches, comme il est parfois complexe pour le
public de s’ouvrir à la nouveauté et de trouver ses repères dans le
foisonnement des spectacles à l’affiche.
J’ai donc décidé de multiplier les occasions de rencontres et d’échanges
entre artistes, institutions et publics.
Je voudrais d’abord rappeler trois vérités simples qui me semblent parfois
oubliées :
– Tout artiste de théâtre qui demande à être aidé ponctuellement ou
régulièrement par l’Etat, souhaite, du même coup, nouer avec la population
une relation particulière. Il signifie que, par son travail sur la langue ou les langages scéniques, il veut développer les sensibilités, éveiller les
consciences et contribuer à une meilleure connaissance de soi, donc de
l’autre.
– Tout lieu de théâtre qui bénéficie du soutien de l’Etat pour sa construction
ou son activité reçoit, dans le même temps, une responsabilité nationale :
celle d’accueillir dès leurs premiers pas, et tout au long de leur vie, des
artistes soutenus par la collectivité. Il s’engage aussi à créer les conditions
d’une riche rencontre entre ces artistes et la population de son territoire.
– Enfin, toute personne qui décide d’aller à la rencontre d’artistes de théâtre,
dans un lieu de représentation théâtrale, choisit de rompre avec le repli sur
soi et l’individualisme. En même temps qu’elle devient membre d’un public,
elle s’affirme aussi comme pleinement citoyenne, c’est à dire partie prenante
d’une communauté qui réfléchit à son destin. A ce titre, elle a aussi pour
responsabilité de convaincre et de séduire ceux qui n’ont pas encore trouvé le
chemin des salles de spectacles. En art, ce n’est pas la publicité mais le
public qui crée le public.
C’est donc pour vous tous, auteurs, acteurs, metteurs en scène, compagnies
de théâtre, de cirque ou de rue, aidés à un titre ou à un autre par le Ministère
de la culture et de la communication ; c’est pour vous tous, théâtres
nationaux, centres dramatiques nationaux, scènes nationales, scènes
conventionnées et lieux subventionnés par l’Etat ; et c’est aussi pour vous
tous, spectateurs sans qui le spectacle n’existe pas, que j’ai voulu ce « plan
d’action en faveur du Théâtre ».
Pour vous relier davantage et pour que renaisse un esprit de curiosité
réciproque, il nous faudra rassembler les énergies et associer, comme c’est
déjà très souvent le cas, les partenaires naturels du service public de la
culture que sont l’Etat et les collectivités territoriales. Il nous faudra aussi
inventer de nouveaux dispositifs, dégager de nouveaux moyens, accepter
certaines remises en cause.
Ce pari exigeant est au coeur de mon projet politique pour le théâtre, que je
veux mettre en oeuvre dès l’an prochain, et qui se décline selon trois axes,
trois piliers :
– l’ouverture ;
– le rayonnement ;
– la lisibilité.
Et je vous fixe d’ores et déjà trois rendez-vous importants :
– le 27 mars, au Studio-Théâtre de la Comédie-Française, autour de la création
contemporaine, de sa production et de sa diffusion ;
– le 15 mai, au Théâtre National de Chaillot, sur la transmission et
l’enseignement du théâtre ;
– le 17 juillet, au coeur du Festival d’Avignon, pour interroger les politiques
théâtrales publiques à l’occasion d’une journée consacrée au soixantième
anniversaire de la décentralisation théâtrale.
Premier axe : l’ouverture
Vous m’avez très souvent entendu prononcer ce mot : c’est qu’il revêt pour
moi une valeur symbolique et politique forte afin de décloisonner la culture et
d’en étendre les territoires.
Dans le domaine du Théâtre, comme dans les autres, tout passe d’abord par
la découverte et la formation.
– C’est ainsi que se concrétise enfin une initiative forte et indispensable :
proposer aux jeunes, partout en France, une offre de découverte et
d’enseignement du théâtre, au même titre que pour la musique et la danse.
La réalisation d’un volet « théâtre » dans chacun des « schémas
départementaux de développement des enseignements artistiques » qui
seront produits à l’avenir, constitue une nouveauté et un enjeu
importants, que l’Etat accompagne et accompagnera plus fortement encore
dans les mois qui viennent.
– C’est ainsi également que sont organisées, au moment où je vous parle, les
épreuves du premier Diplôme d’enseignement d’Etat du Théâtre, le D.E.
850 candidats de tous âges ont été admis à passer les épreuves précédant
l’obtention de ce diplôme et je suis fier et ému de voir l’engouement qu’il
suscite dès la première année de sa mise en place. J’ai d’ailleurs décidé de
réunir le 15 mai 2006, au Théâtre national de Chaillot, l’ensemble des
candidats reçus afin d’échanger avec eux sur le sens et l’importance qu’ils
accordent à la sensibilisation et à la formation au Théâtre dans notre pays.
Je veux toutefois d’ores et déjà rappeler avec force, en réponse à certaines
inquiétudes exprimées ici ou là, que ce diplôme ne conditionne en aucune
manière l’accès à l’activité d’enseignement et qu’il ne saurait être exigé pour
participer à des projets d'éducation artistique ou culturelle. En l’attente de la
nouvelle session qui se déroulera en 2007, je resterai vigilant sur le respect
des principes qui ont guidé la mise en place du D.E : valoriser, mais, en
aucun cas, exclure. Et c’est en parallèle que j’engagerai, dès 2006, la
nécessaire réflexion sur la mise en place d’un nouveau Certificat d’aptitude
aux fonctions de professeur d’art dramatique.
– De la même manière, je veux redire solennellement devant vous que la
création, en 2006, d’un diplôme national de comédien ne s’apparentera en
aucune façon à la mise en place d’une quelconque carte professionnelle.
Il y
a un an, lors des entretiens sur le spectacle vivant de Saint-Denis, j’ai dit sous
le chapiteau du cirque Fratellini qu’en ce qui me concerne je ne serai jamais
partisan de cette carte: je le redis, un an après, rue de Valois.
Délivré en partenariat avec une Université, ce diplôme aura essentiellement
pour vertu de ménager aux comédiens qui le possèdent une possible
reconversion si leur carrière devait être interrompue. Utile, il ne sera pas un
sésame pour la scène : le talent seul, et la persévérance, continueront de
prévaloir. Et il en sera de même pour les futurs metteurs en scène, même si
les expériences de l’Unité nomade ou du Théâtre National de Strasbourg
montrent que ce qui traditionnellement ne s’apprend pas peut tout de même
se transmettre.
– C’est pour mieux préparer au long parcours du métier d’acteur que les
dispositifs d’insertion continuent d’être soutenus et analysés par le ministère
de la culture et de la communication.
Ainsi, tout en demandant que les projets de formation en alternance ou ceux
portés par des groupements d’employeurs soient étudiés et renforcés, je me
félicite particulièrement des résultats de l’enquête coordonnée par le Jeune
Théâtre National sur : le devenir professionnel des artistes issus des écoles
signataires de la plateforme de l’enseignement supérieur pour la formation du
comédien.
Cette enquête, qui sera très prochainement rendue publique, prouve que la
formation favorise l’insertion, ce qu’il n’est pas inutile de rappeler à l’heure où
la réflexion sur les métiers est intense.
– Je conclurai sur la formation, en rappelant que depuis la disparition de
l’Association Nationale pour la Formation et l’Information Artistiques et
Culturelles (Anfiac), la profession culturelle a vu éclore des dizaines de
formations au métier de directeur d’établissement artistique et culturel.
J’ai
donc demandé à la Direction de la musique, de la danse, du théâtre et des
spectacles (DMDTS) d’analyser l’offre existante et de présenter, dès le début
de 2006, des hypothèses de structuration d’une offre nouvelle de formation
continue, en parfaite adéquation avec les besoins et les réalités du secteur.
A ce très important volet de l’action de l’Etat consacrée à la formation
théâtrale, il faut ajouter la perspective de créer un diplôme d’Etat
d’enseignement du cirque, très attendu par le métier, qui pourrait être mis en
place en 2006/2007. Et je n’oublie pas la Formation avancée itinérante aux
arts de la rue, ouverte en 2005, dont les sortants présenteront leurs travaux
de fin d’étude en 2007.
Ainsi, grâce à tous ceux – formateurs, élèves en voie de professionnalisation
ou amateurs – qui transmettent ou reçoivent un savoir, la circulation des
expériences et des sensibilités favorise l’ouverture, qui est mon objectif.
Mais cela ne suffit pas.
Je veux maintenant évoquer la deuxième partie de mon
programme d’ouverture : mieux accompagner les compagnies
indépendantes.
En 2005, sur 630 compagnies de théâtre aidées par l’Etat, 321 bénéficient
d’un conventionnement et 309 ont reçu une aide à la production.
Ces équipes, aidées ponctuellement ou régulièrement, ne sont pourtant
qu’une partie de toutes celles qui aspirent à recevoir un soutien du Ministère
de la Culture et de la Communication : car rappelons-le, les compagnies
indépendantes sont le levain du théâtre français.
Elles naissent spontanément, poussées par le désir de développer un projet
artistique et parfois disparaissent, faute souvent de s’être convaincues ellesmêmes,
ou d’avoir su convaincre les autres, de la nécessité de leur
proposition.
L’Etat doit accompagner avec une attention redoublée ces aventures fragiles
et essentielles, car c’est souvent à leur début que les fulgurances artistiques
sont les plus fortes et les écueils les plus grands.
Pour autant, il n’est pas rare que de nombreuses équipes parviennent à
inscrire leur activité dans la durée, tout en demeurant peu ou pas
subventionnées.
Cinq innovations vont donc intervenir en 2006, dont le détail vous est
présenté dans le dossier qui vous sera remis dans quelques minutes.
Elles
doivent permettre d’accompagner les premiers pas d’un artiste isolé, de
mieux prendre en compte la réalité du travail des compagnies non
conventionnées et de resserrer les liens avec les théâtres autour de projets
expérimentaux.
1°) d’abord, donner plus de moyens aux compagnies pour créer et pour
jouer : le plancher de l’aide à la production dramatique sera fixé à 10 000 -. Il
sera même porté à 20 000 – pour les projets les plus ambitieux fondés sur la
création d’une oeuvre nouvelle, en particulier celle d’un auteur vivant.
Cette hausse est conçue pour que soit mieux pris en compte le temps de
travail consacré à la création. Son entrée en vigueur se fera progressivement à partir de janvier 2006, car il faudra mobiliser des fonds nouveaux afin que le
relèvement du plancher n’entraîne pas une baisse mécanique du nombre de
projets aidés.
Par ailleurs, l’aide à la reprise sera encouragée, offrant aux équipes
artistiques un cadre budgétaire qui leur permette d’organiser des tournées
pour une deuxième exploitation de leurs spectacles.
2°) ensuite, instaurer une nouvelle aide, l’aide à la maquette pour les
compagnies ou les artistes indépendants d’un montant fixe de 5000 –
auxquels devront impérativement s’ajouter au moins 5000 – supplémentaires
venus d’un théâtre ou d’un lieu partenaire.
En amont de l’aide à la production, cette aide sera souple et permettra à un
artiste ou à une équipe artistique d’entrer en contact avec un lieu, autour
d’une démarche d’expérimentation et de recherche.
Présentée devant des spectateurs, cette maquette reflètera, mieux que tout
autre dispositif, la rencontre qui m’est particulièrement chère entre un artiste,
un lieu et le public.
3°) en troisième lieu, valoriser les projets individuels : lorsqu’il ne lui est pas
nécessaire de se doter immédiatement d’une compagnie, un artiste peut
placer son projet à l’abri d’un producteur indépendant ou d’une structure.
Désormais, ces « accompagnateurs » de projets pourront obtenir, à la
demande de l’artiste, une aide à la production ou à la reprise.
Créer une compagnie devient alors un vrai choix artistique et pas simplement
une obligation juridique.
4°) en quatrième lieu, proposer un compagnonnage aux jeunes artistes au
sein d’une compagnie conventionnée : dans l’esprit de la rencontre et de
l’ouverture, les compagnies qui bénéficient de moyens significatifs de l’Etat
pourront accompagner les premiers pas d’un artiste plus jeune et le guider
tout au long de la réalisation d’un premier spectacle. La transmission des
savoirs et la mise à disposition des outils d’un côté, la disponibilité et la
curiosité de l’autre, seront au coeur de la rencontre entre deux artistes,
l’expérimenté et le novice. Les compagnonnages favorisant des périodes
longue d’emploi seront particulièrement valorisés et suivis de moyens
nouveaux.
Je demande à la DMDTS de proposer pour 2006 une nouvelle circulaire sur
l’aide aux compagnies qui récapitulera ces évolutions.
5°) en cinquième lieu, valoriser les résidences d’artistes ou de compagnies :
toutes les démarches favorisant la résidence d’une compagnie ou d’un artiste
dans un lieu font l’objet d’une circulaire que j’adresserai prochainement aux
Directeurs régionaux des affaires culturelles. Sans détailler les mesures qui y
figurent, je tiens à dire ici mon attachement à tout ce qui contribue au partage
de l’outil théâtre.
A ce titre, je suis particulièrement fier d’avoir confié au Théâtre national de
l’Odéon, dont la salle historique du 6ème arrondissement de Paris rouvrira en
avril prochain, le soin de programmer définitivement les ateliers Berthier.
Georges Lavaudant, que je tiens à saluer, a pris en effet la décision de
renouveler et d’amplifier en 2006 l’accueil de projets des écoles de théâtre,
préfiguré cette année au mois de juin avec le Jeune Théâtre National. De
plus, grâce à sa seconde salle, l’Odéon hébergera, outre la compagnie
d’André Engel, un jeune artiste en résidence chargé auprès du directeur de
missions artistiques et culturelles et accompagné dans une production personnelle. En plus du grand théâtre national qu’il était déjà, l’Odéon devient
ainsi un lieu de professionnalisation des jeunes artistes.
Un soutien particulier sera également apporté aux compagnies qui
s’associent pour un temps long à un territoire donné, sous forme d’une
résidence-association.
Cette résidence-association fera l’objet d’un contrat sur deux ou trois années
associant le ou les artistes, le lieu d’accueil, l’Etat et une ou plusieurs
collectivités territoriales. Elle constitue ainsi, pour les compagnies, un
nouveau mode d’accompagnement qui pourra s’articuler avec l’aide à la
production ou le conventionnement proposés par le Ministère de la Culture et
de la Communication.
L’ensemble de ces propositions, destinées à associer les artistes aux
compagnies, les compagnies aux lieux, les lieux aux artistes ou les
compagnies aux territoires doivent, elles aussi, améliorer la circulation des
personnes et des oeuvres et leur rencontre avec des spectateurs, partout où
ils se trouvent.
Et cela, c’est aussi le sens du deuxième axe, du deuxième pilier sur lequel je
m’appuie pour fixer l’action du Ministère de la Culture et de la Communication
en faveur du théâtre : le rayonnement.
Deuxième axe : le rayonnement
Rayonner, c’est faire qu’il y ait du théâtre partout et pour tous.
– Cela passe d’abord par la présence du théâtre dans les établissements
scolaires, à condition que soit préservé l’esprit du partenariat entre artistes et
enseignants.
Sur l’éducation artistique, je serai ainsi amené à m’exprimer avec mon
collègue Gilles de Robien, Ministre de l’Education nationale, lors d’une
conférence de presse que nous tiendrons ensemble le mercredi 19 octobre, à
l’école du Louvre. pour installer le Haut conseil pour l’éducation artistique et
culturelle.
Puis nous nous rendrons en commun à Nantes, pour les « assises nationales
de l’éducation artistique théâtre/spectacle vivant » organisées par
l’Association nationale de recherche et d’action théâtrales (ANRAT) le samedi
12 novembre : une actualité chargée qui montre la détermination du
Gouvernement à ne pas faiblir sur ce sujet essentiel pour le présent comme
pour l’avenir.
– Cela passe ensuite par une nouvelle considération portée à ce que
j’appellerai le théâtre en amateur et non le théâtre amateur. Lorsque j’aurai
rappelé que cette pratique a concerné en 2003 près de 550 000 personnes,
j’aurai justifié, s’il en était besoin, l’impérieuse nécessité pour l’Etat de
travailler sur ce réseau de compagnies ou d’individus qui expriment une
certaine idée du théâtre, partout en France.
Reconnaître et faire connaître les troupes ou compagnies d’amateurs est
important, de même qu’il faut clarifier le cadre juridique régissant la présence
des amateurs sur scène : un projet de loi est en cours d’élaboration dont le
texte fait l’objet d’une large concertation, en vue de son examen au Parlement
en 2006.
Rayonner, c’est faire aussi, et surtout, que tous les genres de théâtre soient
représentés.
– Au premier rang de cette préoccupation, je place le soutien aux écritures et
aux auteurs.
Quelle que soit la qualité de notre dispositif d’aides publiques en faveur de
l’écriture et du montage des oeuvres d’auteurs vivants, le sentiment demeure
vif que le théâtre qui s’écrit au présent n’est pas assez joué ou tarde à l’être.
Le 16 janvier 2006, je réunirai les institutions qui travaillent à la connaissance
et à la communication des oeuvres dramatiques [SACD, Ecrivains associés
du Théâtre, Centre national des écritures scéniques de la Chartreuse de
Villeneuve-lès-Avignon, Aux nouvelles écritures théâtrales, Théâtre ouvert,
Théâtre du Rond-Point, Mousson d’été, Théâtre de l’Est Parisien, Centre
National du Théâtre, Centre National du Livre, A mots découverts] pour lancer
des ponts entre elles et établir un catalogue précis des besoins et des
manques. J’étudierai toutes les suggestions et je ne m’interdirai aucune
initiative pour renforcer la présence du théâtre vivant sur les scènes de
France.
D’ores et déjà, j’ai demandé à la SACD d’étudier des modalités de
rapprochement entre les aides à la création dramatique de l’Etat et son
nouveau fonds d’aide à la création. Par ailleurs, comme vous le savez, j’ai
lancé cette année un premier « Grand prix de littérature dramatique », destiné
à valoriser le texte de théâtre édité. Ce prix sera naturellement reconduit en
2006, toujours sous l’égide d’Aneth, et élargi aux textes édités francophones.
Mais le plus essentiel à mes yeux consiste à rapprocher l’écriture du plateau,
c’est à dire à favoriser le montage des textes d’auteurs vivants.
Je l’ai dit, le plancher des aides à la production des compagnies
indépendantes sera rehaussé à 20 000 – pour doter de manière significative
les spectacles les plus ambitieux tirés d’oeuvres nouvelles. Je veillerai à ce
que les résidences ou les aides à la maquette profitent aux auteurs vivants.
Et dans le cadre de la refonte du contrat de décentralisation dramatique, la
présence ou la part significative de créations d’auteurs vivants au sein des
centres dramatiques nationaux sera accrue.
Constatant enfin que les rencontres avec les auteurs, pourtant nombreuses et
chaleureuses – j’étais moi-même au mois d’août à Pont-à-Mousson et j’ai pu
constater la qualité du travail effectué par Michel Didym et son équipe – ne
produisent pas toujours l’effet escompté auprès des compagnies et des
programmateurs, j’ai décidé d’inviter personnellement le réseau théâtral
français à la manifestation « premières lignes », organisée par la DMDTS au
Studio-Théâtre de la Comédie française.
Je vous donne donc rendez-vous, du 21 au 26 mars prochain, pour entendre
des textes écrits ou traduits avec l’aide de l’Etat. Et le 27 mars, au Studio-
Théâtre de la Comédie Française, je réunirai les professionnels de la
production et de la diffusion pour réfléchir avec eux sur les suites à donner à
cette manifestation. Je convierai également la presse à ce rendez-vous, car
votre rôle, Mesdames et Messieurs les journalistes, est essentiel, pour
soutenir et faire connaître les oeuvres d’aujourd’hui. Je souhaite en effet qu’il
ne se passe pas trois ans, comme c’est trop souvent le cas, avant que les
textes lus soient transformés en spectacle sur l’une de nos scènes ou dans
l’un de nos théâtres nationaux !
Pour autant, je voudrais qu’on n’oublie pas que le théâtre d’aujourd’hui, c’est
aussi, pour reprendre une formule du Théâtre 95 de Cergy-Pontoise, celui
des « contemporains de leur temps ». Je serai donc attentif à ce que la
priorité accordée aux auteurs vivants ne prive pas le public de la nécessaire confrontation avec les oeuvres de notre patrimoine théâtral.
Pour les jeunes et
les moins jeunes, la langue de Molière, de Racine, de Corneille ou de
Marivaux doit encore résonner dans tous les lieux possibles.
Et c’est pourquoi, je veux redire ici que, dans mon esprit, aucun lieu ne doit
être interdit au théâtre, qu’il soit classique ou contemporain. Notre patrimoine
doit être ouvert à toutes les créations, à toutes les expressions artistiques. Je
réfléchis à multiplier les occasions de mêler patrimoine et création et je vais
constituer un groupe de travail avec le centre des monuments nationaux,
comme je l’ai fait pour le cinéma, afin d’étudier les conditions d’une diffusion
accrue de l’art dramatique dans des lieux du patrimoine où d’ordinaire il n’est
pas présent.
– Vous ne vous étonnerez pas, dès lors, que je continue d’accorder une
attention particulière au théâtre qui s’écrit et s’inscrit dans l’espace public. Je
veux simplement rappeler ici mon engagement de construire en trois ans une
active politique de soutien aux arts de la rue. Le Temps des Arts de la rue,
que j’ai lancé à Marseille le 3 février dernier, court toujours et s’affirmera, je le
redis, dans la durée. Il se poursuivra donc tout naturellement en 2006 avec
des mesures nouvelles et des actions élargies, décrites dans le dossier de
presse.
– En parallèle, je ne laisserai pas l’année des Arts du cirque sans suite et je
demanderai à la DMDTS, en concertation avec les collectivités territoriales,
de dresser un bilan des chantiers en cours ou abandonnés et d’estimer ceux
qu’il faut ouvrir ou prolonger. Je pense en particulier à l’accueil des
chapiteaux en centre ville, une question qui préoccupe aussi bien le cirque
traditionnel que le nouveau cirque. Je pense aussi à la place forte et
singulière qui sera accordée au Cirque ou aux Arts de la rue dans la
programmation du Grand Palais : l’installation des machines de François
Delarozière, dans le cadre de Paris Quartiers d’été 2006, ou un projet avec
les Arts Sauts, qui me tient très à coeur, sont déjà au programme.
– Je souhaite, pour conclure, qu’un éclairage particulier soit apporté au
théâtre pour le jeune public. Les questions que pose la perception par l’enfant
du texte, de la scène et des artistes sont à revisiter. Le réseau artistique
français est riche en lieux, festivals et troupes dont l’activité principale ou
ponctuelle est tournée vers les petits et les adolescents.
J’aimerais qu’un grand colloque se prépare pour la fin de l’année 2006, à
l’image de ceux qui sont organisés au Théâtre du Rond-Point sur les arts de
la parole.
Sur ce sujet primordial, le temps est venu en effet de mettre en oeuvre une
évaluation régulière des conditions économiques et professionnelles qui
président à l’élaboration et à la diffusion de l’offre de spectacles vivants à la
jeunesse.
Et je souhaite que ne soient pas oubliés, dans la réflexion, les Arts de la
marionnette, trop souvent associés dans l’esprit du public au seul théâtre
pour les enfants.
Une telle observation nous permettra de reprendre un dialogue constructif
avec l’un des secteurs les plus dynamiques et à la fois méconnus de la
création contemporaine.
J’en viens maintenant au dernier point de ce qui constitue pour moi le
rayonnement, et que j’appellerai, pour filer la métaphore scientifique, la
« nécessité du laboratoire ».
– Un art qui ne cherche pas est un art mort. Le théâtre, pas plus qu’un autre, ne
peut se croire sauf, s’il n’interroge pas sans cesse sa propre existence.
Parmi
les sujets qui le taraudent, il y a son rapport à l’image, aux nouvelles
technologies, et aux autres disciplines artistiques. Je ne souhaite pas devant
vous développer ces thèmes qui mériteraient d’autres espaces et d’autres
moments.
– Cependant, je veux d’abord vous donner rendez-vous le 10 octobre, au
Théâtre de la Madeleine à Paris, où j’aurai l’occasion de conclure une journée
consacrée aux rapports entre théâtre public et théâtre privé. Je rappellerai
alors l’attachement que je porte à ces deux secteurs complémentaires pour le
public et, de plus en plus, pour les artistes. Et je redirai combien je tiens à ce
moment précieux des Molières qui fêteront en 2006, avec une image
rénovée, leur vingtième anniversaire.
– Je veux aussi vous confirmer toute l’importance que revêt à mes yeux la
place du spectacle vivant, et notamment celle du théâtre, à la télévision.
Au
delà de la signature du contrat d’objectifs et de moyens du groupe France-
Télévisions, c’est toute la réflexion en amont sur la forme et les modalités de
la captation du théâtre qui est lancée. Et avec elle la conquête de nouveaux
publics, ceux de demain !
Je veux enfin vous informer de ma décision de fêter un très important et très
émouvant anniversaire : celui de la décentralisation théâtrale.
C’est en 1946 que fut conçu le premier centre dramatique national, la
Comédie de l’Est.
J’ai donc choisi de célébrer le soixantième anniversaire de la décentralisation
théâtrale, à Avignon, au coeur des manifestations que la direction artistique
organisera pour la soixantième édition du Festival.
Un aller-retour avec l’histoire sera proposé au public, dans un lieu mythique
du Festival, au cours d’une longue journée de midi à minuit, le lundi 17 juillet.
Je souhaite qu’à cette occasion la communauté artistique se trouve
rassemblée dans toute sa diversité. Acteurs, auteurs, metteurs en scène,
connus ou non, feront vivre des textes d’aujourd’hui, et des textes de notre
patrimoine, pour célébrer le théâtre.
Pour préparer ce moment, qui concerne l’art théâtral autant que la politique
culturelle, un comité de pilotage sera mis en place dès le mois prochain, sous
la présidence d’honneur de Gabriel Monnet qui a bien voulu accepter ma
proposition. Organisé autour d’un coordonnateur, il sera formé d’un conseil
d’artistes, d’un conseil de scientifiques et d’un conseil d’observateurs avec qui
les contacts sont d’ores et déjà avancés.
J’attache la plus haute importance à cette manifestation qui marque le
démarrage d’un chantier qui s’achèvera en 2009, à l’occasion du
cinquantième anniversaire de la naissance de ce ministère.
D’ici là en effet, plus attaché à l’ouverture qu’il ne l’était, rayonnant
davantage, le ministère aura aussi travaillé à rendre sa politique plus lisible.
Troisième axe : la lisibilité
Camus le dit : « Mal nommer les choses, c’est ajouter aux malheurs du
monde ». Il faut donc rendre plus lisible l’action de l’Etat en précisant
pourquoi il s’engage dans des conventions avec des compagnies et pourquoi
il se lie par des contrats avec des lieux du réseau théâtral.
– Pour les compagnies dramatiques, la convention est devenue au fil des ans
un gage de talent et la preuve d’une progression sur les barreaux de l’échelle sociale. Or, il ne s’agit pas bien évidemment pas de cela, mais d’un contrat
passé entre une équipe artistique et l’Etat dans un but précis.
A l’occasion du réexamen d’une convention en vue de son éventuel
renouvellement, chaque Direction régionale des affaires culturelles sera ainsi
amenée à partir de 2006 à réexaminer le lien qui l’unit à chaque compagnie
au regard de sa qualité artistique ainsi que des quatre critères suivants :
– le volume d’activité,
– le rayonnement territorial,
– le dynamisme en faveur de l’emploi,
– le compagnonnage.
Les prochaines conventions conclues avec les compagnies indépendantes
intégreront donc, en plus de l’évaluation de la qualité artistique, des objectifs
évaluables dans ces domaines.
– Pour les lieux, le travail est un peu plus complexe. 300 théâtres environ, sur
les 900 que comporte le pays, bénéficient d’une aide financière de l’Etat, qui
a noué avec eux des liens particuliers sur des modes différents. Tout au long
de notre histoire se sont ainsi créés 5 théâtres nationaux, 30 centres
dramatiques nationaux, 6 centres dramatiques régionaux, 1 centre
dramatique national en préfiguration, 2 établissements assimilés centre
dramatique, 2 centres de production jeune public, 70 scènes nationales, scènes conventionnées et de nombreux théâtres sans label comme à Paris
le Rond-Point, la Cité Internationale, la Bastille, ou encore à Toulouse le
Théâtre Garonne, par exemple. Des institutions, auxquelles il faut ajouter des
pôles pour les arts du cirque ou les récents centres nationaux de production
des arts de la rue dont le nom évoluera sans doute prochainement.
Alors je veux le dire solennellement aux professionnels et aux observateurs
qui s’interrogent et débattent depuis de longs mois sur la question des noms :
chacun des théâtres soutenus par l’Etat relève pour moi d’une seule et
symbolique appellation, celle de « Théâtre que l’Etat reconnaît ».
Et cette reconnaissance entraîne des droits et des devoirs réciproques,
différents selon les lieux, qu’il s’agit aujourd’hui de redéfinir avec méthode et,
parfois, avec courage.
C’est pourquoi, je propose d’abord de clarifier deux fonctions essentielles que
ces théâtres remplissent ensemble ou séparément : la production et la
diffusion d’une part, la programmation et l’action culturelle de l’autre.
La Production suppose des moyens financiers pour payer les répétitions, pour
financer – ou mieux encore pour réaliser – la construction des décors, la
fabrication des costumes, la création des lumières et pour acheter les
premières représentations du spectacle ; elle suppose des lieux de répétition
adaptés au projet, des lieux de travail et d’hébergement pour les artistes et
techniciens et une véritable disponibilité des équipes permanentes du lieu à
son égard.
De même, étroitement liée à la production, la question de la permanence
artistique se pose dans les théâtres nationaux et les centres dramatiques
nationaux, car elle favorise sur un territoire une relation étroite et
personnalisée entre des artistes et la population, permet de démultiplier les
collaborations avec les équipes indépendantes, ouvre une réflexion sur le
répertoire, et renforce les liens entre la création, les tournées et les actions
culturelles ou d’éducation artistique.
J’ai lancé la mise à l’étude des conditions d’un renforcement de la
permanence artistique, car sa mise en oeuvre ne dépend pas exclusivement
de l’accroissement de moyens financiers. L’adaptation physique du lieu à la
présence d’un auteur, d’un groupe d’acteurs ou d’un ou plusieurs créateurs
du plateau, le choix des oeuvres qui justifient leur engagement, la durée et la
nature du contrat qu’il faut signer avec eux, font également partie de la
réflexion lancée en étroite concertation avec l’Etat et les collectivités
territoriales, comme c’est déjà le cas notamment à Saint-Etienne, Nice ou
Valence. Dès 2006, de nouvelles expériences de permanence seront ainsi
menées. Elles seront dotées de moyens nouveaux.
Corollaire de la production, la circulation des oeuvres constitue à l’évidence le
maillon faible de la chaîne du spectacle vivant. C’est à elle qu’il faut accorder
la plus grande attention en aidant les lieux qui le souhaitent à structurer de
véritables « pôles de diffusion », composés de personnels formés, dotés
d’outils techniques de recensement et de connaissance des réseaux, aptes à
se déplacer en France, en Europe ou au-delà de nos frontières, pour trouver
et sensibiliser des lieux à la coproduction, au préachat ou à l’accueil de leurs
spectacles.
Des personnels capables enfin d’être à l’écoute des équipes indépendantes
situées sur leur territoire et d’accompagner l’organisation de leur tournée
dans ou hors de l’institution. Je pense par exemple aux salles polyvalentes en
zone rurale ou dans les quartiers, aux friches, aux lieux du patrimoine, aux
entreprises dotées d’une salle de spectacle, mais aussi aux prisons, aux
hôpitaux.
La constitution de ces pôles de diffusion pourra être proposée à l’occasion de
la signature ou de la prolongation du contrat liant un théâtre à l’Etat.
Une
évaluation des besoins du lieu sera réalisée, en partenariat avec l’Office
national de diffusion artistique à qui je souhaite confier, en plus de son
remarquable travail d’accompagnateur de projets, une véritable mission
« d’expert de la diffusion » au service des théâtres, menée en liaison avec
les DRAC.
La Programmation, enfin, exige un vrai savoir-faire dans le domaine,
essentiel, de la médiation, c’est-à-dire une attention portée à toutes les
formes d’action culturelle favorisant la rencontre entre le spectacle et toutes
les catégories de public ; elle suppose la pratique, affirmée, d’achat de
représentations en série, la pluridisciplinarité des choix, l’attention spécifique
portée aux spectacles pour le jeune public ainsi qu’aux formes lourdes et
innovantes (troupes, textes d’auteurs vivants, théâtre de rue, cirque, arts
mêlés) par nature plus déficitaires que les autres.
Pourtant, ce travail de présentation réfléchie et accompagnée des oeuvres à
des spectateurs qu’il faut sans cesse conquérir, est paradoxalement
considéré comme moins noble que celui favorisant la création ou la diffusion.
Dans le domaine théâtral, la politique de conventionnement sera donc menée
en priorité avec les lieux animés d’un véritable souci d’élargissement des
publics, de mise en oeuvre de projets artistiques dans les lieux dits de
l’exclusion, d’ouverture aux formes esthétiques les moins représentées sur
les scènes françaises, ou d’accueil d’artistes européens ou venus des pays
francophones.
Ainsi, qu’un théâtre soit lié à l’Etat par une convention, par un contrat de
décentralisation dramatique, par un contrat d’objectif, par un statut
d’établissement public ou par un simple financement, il doit, parce qu’il
engage d’une certaine manière l’argent public et donc l’Etat, produire et
diffuser, programmer et conquérir de nouveaux publics. Il doit aussi, j’y
insiste, assurer l’emploi d’artistes et de techniciens, dans des conditions exemplaires. Je sais que mes services, DMDTS et DRAC, y veilleront tout
particulièrement.
Cette clarification établie, viendra alors une seconde étape : celle de la
réévaluation du réseau théâtral français.
Il s’agira de vérifier la pertinence de chaque label qui, je le rappelle, chacun à
sa façon, favorise la reconnaissance d’un théâtre par l’Etat. D’ores et déjà,
par exemple, une refonte du contrat de décentralisation dramatique sera très
prochainement soumise aux directeurs de centres dramatiques nationaux,
intégrant notamment la rédaction d’un projet d’établissement, tel qu’il a été
expérimenté à Dijon, un appel à candidature public rendant plus transparents
les renouvellements de direction et une durée du mandat plus clairement
établie.
De la même manière, les labels « scène nationale » ou « scène
conventionnée » seront-ils précisés non seulement au regard de leurs
missions respectives, déjà fixées par circulaire, mais aussi en fonction de la
capacité des lieux qui en sont dotés de respecter au mieux leur cahier des
charges.
C’est ainsi que la décision de nommer « scène nationale », « scène
conventionnée » ou même « centre dramatique national » de nouveaux
établissements comme, à l’inverse, celle de reconsidérer la légitimité de l’une
ou l’autre de ces dénominations, sera-t-elle prise après une évaluation
précise du lieu, en tenant compte également d’un nécessaire équilibre de leur
répartition sur le territoire national. Partout où cela se justifie, la possibilité
d’associer un artiste à la codirection d’un théâtre sera également examinée et
valorisée.
A l’image de l’art du théâtre, en constante évolution, l’institution théâtrale ne
saurait rester figée. Pas plus que ne devra rester figé le Ministère de la
Culture et de la Communication.
La lisibilité de son action passe aussi par un regard critique sur sa propre
organisation et sur ses propres procédures.
Ainsi que je l’ai indiqué à Strasbourg, lors de ma conférence de presse
consacrée à la musique puis mercredi dernier, ici même, lors de la
présentation du budget de la culture et de la communication, j’ai donc décidé
de lancer une réforme de la Direction de la Musique, de la Danse, du Théâtre
et des Spectacles.
J’ai confié à l’inspection générale de l’administration de la culture, en plein
accord avec Jérôme Bouët qui participe activement à la réflexion, une mission
d’analyse du fonctionnement de la DMDTS conduite par Madame Anne
Chiffert et Monsieur Dominique Chavigny. J’attends leur rapport et leurs
propositions avant la fin de l’année. Les professionnels du spectacle, dans
toutes les disciplines seront largement associés à cette réflexion afin qu’elle
aboutisse à une réforme que je souhaite mettre en oeuvre avant la fin du
premier semestre 2006.
Je souhaite enfin que des conclusions opérationnelles soient tirées du rapport
que m’a remis Emmanuel Wallon sur les centres de ressources du spectacle
vivant. Et que soient inventés des outils d’expertise statistique mieux partagés
entre les professionnels, les DRAC et la DMDTS.
Enfin, je tiens à vous indiquer que parmi les 22 millions d’euros de mesures
nouvelles affectées en 2006 au spectacle vivant, près de 7 millions d’euros
iront au théâtre. Jérôme Bouët me rendra à la mi-novembre ses propositions
d’arbitrage sur la part des crédits qui seront gérés en centrale et ceux qui
seront déconcentrés dans les DRAC. Et je veillerai personnellement à ce que les initiatives annoncées se traduisent dans le quotidien des artistes, des
lieux et du public.
Je veux pour conclure vous dire un mot de l’Europe et des réseaux de
diffusion que nous allons développer dans les mois et les années à venir,
afin que l’ouverture, le rayonnement et la lisibilité dépassent nos frontières et
permettent à nos oeuvres et à nos artistes de circuler au sein de l’Europe.
C’est dans cet esprit, celui de la construction d’une Europe très concrète,
celle des projets artistiques, que j’ai proposé la création d’un groupe de
coopération sur le théâtre qui pourra notamment mobiliser des moyens pour
le surtitrage.
J’ai dit, en commençant, que le théâtre, art du texte, du corps, du sens et du
geste, exige de nous des regards en état d’alerte. Il est vrai que le théâtre,
c’est étymologiquement le lieu d’où l’on voit. Continuons à voir et à agir
ensemble, au-delà de nos frontières, au-delà de nos murs, au-delà de tous
les cloisonnements, au-delà de nous-mêmes, pour assurer dans notre
société, dans notre cité, dans notre vie, la présence renouvelée et si
nécessaire du théâtre.
Je vous remercie.
