Rubrique ‘Discours 2005’

Signature du protocole national pour le développement du mécénat culturel avec le Conseil Supérieur du Notariat

4 octobre 2005

Monsieur le Président du Conseil supérieur du notariat,

Messieurs les Présidents,

Mesdames, Messieurs

Je suis très heureux de vous recevoir rue de Valois. Sachez-le, nos portes
vous sont ouvertes, comme à toutes celles et à tous ceux qui oeuvrent pour le
rayonnement de notre culture, de notre patrimoine, de nos créations, et de leur
contribution au dynamisme et à l’attractivité de la France et de ses territoires.

Je suis particulièrement fier de vous rencontrer après avoir défendu cet aprèsmidi,
devant la conférence générale de l’Unesco, la Convention sur la diversité
culturelle qu’elle doit adopter, ce qui montre combien notre vision du rôle de la
culture dans la mondialisation est partagée.

Vous savez que nous avons des responsabilités communes dans le domaine
si important de la mémoire, qui n’est pas celui de la nostalgie, même si je ne
résiste pas au plaisir de vous rappeler comment Jaubert défendit la nécessité
de la loi organique sur le notariat, le 25 ventôse an XI (le 16 mars
1803) : « Sans doute, si la foi et la pudeur naturelle exerçaient également leur
empire chez tous les hommes, il faudrait beaucoup moins d’actes publics, mais
toujours faudrait-il des notaires pour transmettre aux générations qui
succèdent la trace de ce qui a été fait par les générations qui ont précédé ».

Nous avons en effet des responsabilités communes dans le domaine des
archives, c’est-à-dire de la mémoire et de sa transmission.

En raison du rôle que vous jouez dans la vie juridique, économique et sociale
de notre pays, mais aussi de votre présence et de vos conseils auprès des
Français, dans leur vie quotidienne, particulièrement dans les moments
décisifs, je tenais à associer votre expertise et vos compétences, au nouvel
élan, que j’ai souhaité donner à l’action de ce ministère dans le domaine du
mécénat, afin de mettre pleinement en oeuvre la loi du 1er août 2003 relative
au mécénat et aux fondations.

Je tiens à vous remercier pour votre propre engagement, et je suis sensible au
fait que vous soyez tous présents et aussi nombreux ici aujourd’hui.

De mon côté, j’ai tenu à mobiliser mes services, non seulement l’administration
centrale, et les établissements publics, mais aussi les directions régionales des
affaires culturelles, pour accompagner et si possible devancer ce mouvement
de la société tout entière vers la solidarité, l’initiative et la liberté de s’engager,
d’encourager des causes d’intérêt général, dans tous les domaines de notre vie
sociale et culturelle. Ce mouvement, que vous êtes particulièrement bien placés
pour observer et pour accompagner, répond à des aspirations profondes de
nos compatriotes.

Sans doute en raison de notre tradition associative – il existe près d'un million
d'associations en France – mais aussi en fonction de fortes mobilisations
ponctuelles, la culture du don et de la générosité, il suffit de voir combien les
grandes associations sont actives à chacun de vos congrès ! – se répand dans
notre pays, où l’Etat est traditionnellement dépositaire de l'intérêt général.

Il nous appartient de favoriser cet engagement de nos concitoyens dans les
domaines de la culture et de la communication.

Grâce à la loi votée il y a deux ans, nous sommes passés dans notre pays,
d’une culture de réticence, voire parfois de soupçon, à une culture de confiance
et de reconnaissance. Les règles applicables aux fondations ont été simplifiées.

Les dispositions fiscales, sur lesquelles je vais revenir dans un instant, créent
un environnement particulièrement favorable au mécénat. Les associations
d’intérêt général bénéficient, vous le savez, d’une réduction d’impôt de 66 %
pour le montant des dons des particuliers et de 60 % pour ceux des entreprises.

Je constate une progression significative du mécénat culturel, chiffrée selon les
enquêtes récentes, à environ 20 % des sommes collectées supplémentaires
depuis la promulgation de la loi du 1er août 2003. Nous enregistrons aussi une
multiplication par trois et demi des dons des entreprises en faveur de
l’acquisition par l’Etat, d’oeuvres dites « trésors nationaux ».

C’est pour accompagner cette expansion que j’ai participé à l’assemblée
française des chambres de commerce et d’industrie, avec lesquelles nous
avons aussi signé des conventions. Ici même, dans ce salon, au printemps
dernier, les chambres de commerce et d'industrie se sont engagées à
développer des actions de toutes natures en faveur du mécénat culturel.

Quelques mois après, le résultat est positif, puisqu'une quarantaine de
chambres de commerce dialoguent désormais de façon naturelle avec les
animateurs du secteur culturel, notamment avec nos directions régionales.

Pour certains, le dispositif actuel, qui est l’un des plus favorables d’Europe,
voire du monde, les incitent à accroître leurs participations aux opérations
culturelles, à mieux les accompagner dans le temps et à y associer leur image.

Pour d'autres, particuliers ou entreprises, c'est le temps de la découverte, de
l'engagement progressif et de l'apprentissage réciproque.

Conseillers particulièrement écoutés des personnes, des familles et des
entreprises – vous recevez, m’a-t-on dit, chaque année, environ 20 millions de
personnes – les quelque 7800 notaires, regroupés en 4600 offices forment un
réseau unique pour diffuser et améliorer l’information de nos concitoyens sur le
mécénat, mais aussi pour nous faire remonter leurs attentes, leurs réactions,
leurs interrogations, et c’est pourquoi je tiens tant à notre dialogue, à nos
échanges, à ce protocole, qui ouvre un dialogue nouveau et fécond avec votre
profession.

Outre la réduction d'impôt à hauteur de 66 % du montant de leur don, dans la
limite de 20 % du revenu imposable des particuliers, permettez-moi de revenir sur les principaux aspects, de mon point de vue, de ce dispositif que vous
connaissez mieux que quiconque.

Je ne verse jamais dans l’autosatisfaction. Mais permettez-moi tout d’abord de
me féliciter, au moment où le gouvernement propose au Parlement une réforme
majeure de l’impôt sur le revenu, que le mécénat échappe au plafonnement de
l’avantage en impôt retiré des dispositifs incitatifs, communément appelés «
niches », parce qu’il ne peut être considéré comme un « investissement » du
contribuable, au sens de la législation fiscale, qui s’accompagnerait d’un retour
financier ou d’une prestation.

• Les sommes héritées faisant l’objet de dons consentis à certains
organismes sont exonérées de droits de succession. En effet, les héritiers,
donataires et légataires sont encouragés à utiliser une partie du produit d’une
succession pour faire du mécénat au profit non seulement de fondations
reconnues d’utilité publique, mais également d’associations reconnues d’utilité
publique, de l’Etat, de collectivités territoriales et de certains établissements
publics.

• Je n’ai évidemment pas besoin d’insister devant vous sur l’importance de
votre rôle de conseil, lorsque vous recevrez les familles. Les sommes héritées
faisant l’objet de dons de sommes d’argent ou de dons en nature pour les
seules fondations reconnues d’utilité publique sont exonérées de droits de
succession. Cela revient à soustraire de l’actif successoral la part versée à de
tels organismes.

• Les dons manuels sont enfin exonérés de droits de mutation. Ils recouvrent
tous les dons dont les organismes peuvent bénéficier, quelle que soit leur
forme : en numéraire, en meubles, en chèques. Vous le savez, le Code Général
des Impôts dispose que les actes renfermant, soit la déclaration par le
donataire ou ses représentants, soit la reconnaissance judiciaire d’un don
manuel, sont sujets au droit de donation.

• Une mesure importante ne figure pas dans la loi parce qu’elle relève du
domaine réglementaire, qui a été amélioré à cette occasion : il s’agit de la
clarification de la possibilité de recourir à « la donation temporaire d’usufruit ».

Les particuliers qui recourent à ce type de donation ne verront plus leur
situation remise en cause au seul motif que cette technique leur procure une
économie d’impôt de solidarité sur la fortune et d’impôt sur le revenu.

Toutefois, ces opérations doivent respecter certaines conditions de durée et
bien sûr de sincérité et prendre obligatoirement la forme d’un acte notarié.

Vous avez donc un rôle essentiel à jouer dans la promotion et la sécurisation de
ce dispositif fiscal que je souhaite encourager.

Avant de signer ce texte, qui est un engagement réciproque entre nous, je ne
résisterai pas non plus au plaisir de citer Pierre-François Réal, rapporteur de la
loi de ventôse au Conseil d’État : «conseils désintéressés des parties, aussi
bien que rédacteurs impartiaux de leurs volontés, leur faisant connaître toute
l’étendue des obligations qu’elles contractent, rédigeant ces engagements avec
clarté, leur donnant le caractère d’un acte authentique et la force d’un jugement
en dernier ressort, perpétuant leur souvenir et conservant leur dépôt avec
fidélité, empêchent les différends de naître entre les hommes de bonne foi, et
enlèvent aux hommes cupides, avec l’espoir du succès, l’envie d’élever une
injuste contestation. Ces rédacteurs impartiaux, ces espèces de juges
volontaires qui obligent irrévocablement les parties contractantes sont les
notaires : cette institution est le notariat ». Je suis très heureux, Monsieur le
Président, Mesdames, Messieurs, de conclure ce protocole d’accord avec cette
institution, ces rédacteurs impartiaux, ces conseils avisés…

Le protocole national que nous signons ce soir nous engage sur la voie d'une
collaboration plus étroite, chambre par chambre, région par région.
Les correspondants que vous désignerez seront les interlocuteurs des acteurs
culturels de chaque département.

Les moyens de communication dont vous disposez amplifieront nos efforts
d'information sur le mécénat culturel.

Les rencontres entre notaires, chefs d'entreprises, élus locaux et particuliers
que vous aurez à coeur d’organiser, sont indispensables pour développer le
mécénat à grande échelle, sur l’ensemble de notre territoire et pour relever
avec succès le défi de son extension aux PME. Il y a des combats qu’on réussit
quand on a en amont mené et gagné le combat des valeurs. C’est le cas de la
diversité culturelle. Ce sera bientôt le cas du mécénat. Pour y parvenir, j’ai
besoin de votre concours, et de votre engagement. Vous savez que vous
pourrez compter sur moi, sur mes équipes, sur tous mes services et tous les
partenaires.

Je vous remercie.

Intervention devant le Cercle des ambassadeurs

30 septembre 2005

Mesdames et Messieurs les Ambassadeurs,

Je suis très heureux de retrouver nombre d’entre vous que j’ai rencontrés à différentes
occasions. Ceux qui me connaissent savent l’importance que j’attache aux fonctions que
vous occupez et ma conviction que la culture est une dimension essentielle de l’activité
diplomatique et des relations internationales.

J’ai choisi de parler avec vous de culture et d’attractivité. Mais j'évoquerai en premier lieu la
diversité culturelle à la veille de l’ouverture de la Conférence générale de l’UNESCO, le 3
octobre, qui, je l'espère, verra l'adoption la plus large du projet de convention sur la diversité
culturelle.

I ) Diversité culturelle

1°) Pourquoi cette convention est-elle importante ? Pourquoi la France, avec l'Union
européenne, se mobilise-t-elle autant pour ce texte ?

– Cela résulte d'abord d'une conviction politique.

Les politiques culturelles sont au coeur des réponses aux problèmes que pose la
mondialisation. Pour être ouvert aux autres, il faut être sûr de son identité. Ceci passe, pour
les peuples comme pour les personnes, par l'identité culturelle. Au contraire, le repli
identitaire exacerbe les passions et conduit à la violence. Cette convention est tout l'inverse
d'une exaltation des particularismes et d'une renonciation aux droits de l'homme. Nous
défendons la diversité culturelle, c'est-à-dire la diversité des identités, au nom de valeurs
universelles et humanistes. L'enjeu de la diversité culturelle, c'est l'enjeu de l'indépendance
d'expression : celle des artistes et des créateurs mais aussi celle des peuples et des
sociétés. L'indépendance politique n'a pas tout son sens si dans le monde d'aujourd'hui, une
société, un peuple, ne peut, par les oeuvres de l'art et de l'esprit qu'il suscite, exprimer ce qui
fait sa particularité comme ce qui l'attache au monde.

– Il s'agit aussi d'un enjeu concret :

– le risque d'uniformisation n'est pas un mythe :
D'après le rapport mondial de la culture 2000 de l'UNESCO, les 8 plus grands studios
d’Hollywood se partagent 85% du marché mondial; les trois plus grosses entreprises
audiovisuelles sont localisées aux Etats-Unis (Time Warner, Viacom et Walt Disney) ; 9 des
10 écrivains les plus traduits dans le monde sont des écrivains de langue anglaise ; enfin, en
2004, quatre sociétés se partagent l’essentiel du marché mondial de l’édition de disques.

Il serait vain de croire que cette uniformisation n'aura pas de conséquences sur la création
artistique et sur l'expression d'une vision du monde. Comment un créateur ou un interprète,
quelle que soit sa discipline artistique, comment nous-mêmes échapperions à l'image que
renverraient un cinéma, un audiovisuel, des industries culturelles de plus en plus uniformes ?

– la culture n'est pas seulement un supplément d'âme. L'activité culturelle pèse de plus en
plus lourd dans la création de la richesse et des emplois. Ainsi dans l'UE à 25, 4,2 millions
de personnes occupent un emploi culturel, dont la moitié dans les industries culturelles.

Dans l'UE à 15, la dépense culturelle annuelle moyenne par ménage était de 1099 euros soit
4,5% du budget total d'un ménage.

2°) A quoi ce texte sert-il ? Pourquoi le considéro ns-nous comme satisfaisant ?

– Parce qu'il crée un droit international nouveau, celui de la culture, comme s'est créé ces dix
dernières années un droit international relatif à la protection de l'environnement naturel. C'est
une étape dans la prise de conscience de l'humanité d'un intérêt commun, celui de préserver
la diversité des cultures, égales en dignité, comme celui de préserver la biodiversité. Ce
texte consacre une avancée considérable sur le plan des idées et des principes.

Les objectifs de la convention sont clairs : reconnaître la nature spécifique des biens et
services culturels ; réaffirmer le droit souverain des Etats de conserver, d’adopter et de
mettre en oeuvre les politiques et mesures culturelles qu’ils jugent appropriées ; enfin,
renforcer la coopération et la solidarité internationales avec les pays en développement pour
les aider à promouvoir la diversité de leurs expressions culturelles.

– Parce que la convention règle un problème concret, celui de la relation entre la culture et le
commerce international selon une idée humaniste : les oeuvres de l'art et de l'esprit ne
peuvent être considérées comme de simples marchandises.

Certains Etats ont pu craindre que la convention soit protectionniste et puisse être invoquée
à l’encontre d’autres engagements internationaux, notamment dans le domaine commercial.

Tout au contraire, nous voulons que les échanges culturels se développent, que les films, les
livres, les oeuvres d'art et les artistes circulent.

Je rappelle une évidence : la France, comme l'Union européenne, est attachée à l'OMC qui
est une instance essentielle dans la maîtrise de la mondialisation. Cette convention, dans
son articulation avec les autres traités est un texte équilibré. Elle reconnaît les obligations
des Etats envers les engagements contractés antérieurement, tout en posant le principe de
sa non subordination aux autres traités.

Cette convention produira des effets de droit, notamment grâce à son article 20 qui traite de
la relation entre l'UNESCO et l'OMC. Elle sera opposable à des tiers dans des panels
d'experts de l'OMC. Ce texte n'est donc pas une pétition de principe, c'est un engagement
juridique international qui a des conséquences sur le droit des échanges internationaux.

3°) L'Europe dans cette affaire.

– La diversité culturelle est une question intimement liée à la définition de l'identité de
l'Europe. La convention de l'UNESCO aura, j'en suis convaincu, des effets politiques
importants et durables sur la construction européenne, notamment parce que tous les
Européens se reconnaissent dans ce texte, dans ces principes, dans cette vision du monde.

– Alors qu’on met le plus souvent en exergue les désaccords au sein de l’Union européenne,
la diversité culturelle est un domaine dans lequel celle-ci a affiché un consensus exemplaire,
étendu même au-delà des frontières de l’Union, à l’ensemble des pays du continent. On a vu
la Commission européenne, dotée d'un mandat, négocier à l'UNESCO, aux côtés des Etatsmembres,
en faveur d'une affirmation positive de la culture. C'était une première à
l'UNESCO et pour la Commission européenne.

La semaine dernière, le Conseil exécutif de l’Unesco, dont plusieurs d’entre vous sont
membres, a recommandé à la quasi-unanimité, à la Conférence générale d’adopter le texte
de l’avant-projet de convention lors de sa 33e session qui s'ouvre le 3 octobre.

Si ce texte est adopté à la prochaine conférence générale, comme nous l’espérons,
l’UNESCO pourra s’enorgueillir d’avoir ainsi posé la première pierre d’un véritable droit
international de la culture qui en englobe l’ensemble des aspects, au-delà du seul
patrimoine.

Donner droit de cité à la culture, à toutes les cultures, dans l’ordonnancement du monde de
demain, c’est reconnaître sa place dans le développement économique.

La diversité
culturelle a donc un impact sur l’attractivité d’un territoire ou d’un pays.

II) En ce qui concerne la culture et l’attractivité, je veux défendre une idée simple : la culture
n’est pas seulement nécessaire à la vie de l’esprit, elle n’offre pas seulement une palette de
divertissements intelligents, elle est aussi un moyen de créer des richesses et des emplois.

Le chiffre d’affaires de la culture (dépenses des ménages et des touristes) en France s’est
élevé à 56 milliards d’euros en 2003.

Ce chiffre d’affaires concerne en premier lieu les industries culturelles, dont la part dans les
431 000 emplois culturels est de 234 000 en 2003, et dont toutes les études récentes
soulignent le dynamisme exceptionnel – des études évaluent ainsi aux Etats-Unis la
croissance des industries culturelles à un niveau deux fois plus rapide que la croissance du
reste de l’économie -. Les industries culturelles, confrontées à une forte concurrence
internationale, notamment dans les domaines du cinéma et de l’audiovisuel, et en prise avec
des mutations technologiques accélérées, justifient un traitement spécifique.

S’agissant du patrimoine, c’est toute la filière qui est à considérer, en ce qu’elle mobilise de
très nombreux emplois dans des entreprises spécialisées d’entretien, de restauration et de
maintenance des monuments historiques et des sites. Toutes les activités liées à la
restauration des monuments historiques sont à très fortes intensités de main-d’oeuvre. 60 à
85 % de l’investissement dans ce secteur va à l’emploi.

Par conséquent, la culture nous permet de faire la différence dans la bataille que se livrent
les économies nationales. De ce point de vue, notre culture est un capital d’avenir qu’il
convient de mieux exploiter.

1°) Dans la décision d’investir en France, la cultu re est un facteur discriminant. On sait
l’attrait que la vie culturelle peut exercer sur les cadres expatriés, les étudiants et les
chercheurs qui choisiront de s’installer dans notre pays pour son rayonnement culturel.
L’existence d’activités culturelles permanentes dans une ville ou dans une région est un
élément fort d’attractivité pour les personnes et les entreprises françaises ou étrangères en
terme de qualité de la vie (patrimoine bâti et naturel, qualité architecturale…), de services à
la population et d’animation du territoire (équipements culturels : médiathèques,
bibliothèques, musées, scènes nationales, opéras, établissements de formation artistique
tels que les conservatoires, les écoles des beaux arts, etc.)

Les 2000 festivals estimés par an sur le territoire français constituent aussi une source
importante d’activités, au même titre que les grandes expositions ou les foires d’art
contemporain.

Par conséquent, le développement culturel nourrit la capacité de création et d’innovation
d’une population sur un territoire. Cette créativité au sens large du terme excède le champ
culturel et est à l’origine de la production de richesse.

Nombre de villes industrielles déclinantes ont entrepris une reconversion plus ou moins
radicale. L'ouverture en 1997 de son spectaculaire musée Guggenheim, qui attire près d'un
million de visiteurs annuels, a ranimé Bilbao, en deuil de sa sidérurgie.
De la même manière, l’ouverture à Lens et Metz d’antennes respectivement du Louvre et du
Centre Pompidou, ont pour objectif d’aider ces régions, à redynamiser leurs territoires.

2°) La culture est également facteur d’attractivité touristique.

L’importance des flux
touristiques est un fait sans précédent dans l’histoire : 700 millions de personnes aujourd’hui,
le double d’il y a 10 ans. La France a la chance d'être la première destination touristique
dans le monde avec 75 millions de visiteurs. Le chiffre d’affaires du tourisme culturel est
estimé à 15 milliards d’euros, la culture constituant une motivation déclarée pour la moitié
des touristes étrangers.

Nos grands musées accueillent une majorité de visiteurs étrangers : 64% au Louvre, 60% au
Musée d’Orsay et au Musée Picasso, 68% au musée Chagall à Nice.

Au-delà de ces retombées économiques, on ne mesure pas assez combien le tourisme
culturel est un extraordinaire moyen de faire connaître et de faire aimer la France et
d’améliorer notre image.

3°) La France se veut enfin une terre d’accueil des créateurs ; la capacité à attirer,
notamment par les institutions, des artistes et des étudiants étrangers dans les filières de
création est primordiale au rayonnement et au développement culturels (25 000 artistes et
professionnels de la culture, de nationalité étrangère, travaillent dans notre pays et 3500
étudiants étrangers pour le seul enseignement supérieur artistique).

4°) Dans certains domaines, nous voyons bien que l' attractivité joue en faveur d'autres
places. Je pense en particulier au marché de l'art dont le chiffre d'affaires en France a pu
être estimé à 3 milliards d’euros en 2004 . Nous devons donc être vigilants et actifs.

Conclusion

Toute appréciation de l’attractivité, pour être juste, doit provenir de l’extérieur et être
distanciée. Vous êtes les témoins privilégiés de la vie de notre pays, et en l’occurrence de sa
vie culturelle. A ce titre, votre point de vue m’intéresse tout particulièrement.

Questions : Quelle image la France a-t-elle pour vous ? Quelles sont les forces et faiblesses
de notre attractivité notamment sur le plan culturel ? En un mot quels conseils nous
donneriez-vous pour améliorer notre capacité d'attractivité ?

Remise des insignes d’Officier de la Legion d’Honneur à Viviane Reding

30 septembre 2005

Chère Viviane Reding,

Je suis très heureux et très fier de vous rendre aujourd’hui l’hommage
solennel de la France, ici, au Ministère de la culture et de la
communication, où c’est un grand honneur, un honneur rare, de
recevoir un membre de la Commission européenne, un honneur doublé
d’un plaisir lorsqu’il s’agit de vous, Madame, qui êtes en charge de la
société de l’information et des médias.

Il est vrai que vous connaissez bien le Palais-Royal, puisque vous avez,
et je m’en réjouis, participé cette année, les 2 et 3 mai derniers, aux
Rencontres pour l’Europe de la culture, qui ont réuni ici même, à la
Comédie-Française, aux côtés du Président du Conseil de l’Union
européenne et Premier ministre du Luxembourg, M. Jean-Claude
Juncker, du Président de la Commission, M. José Manuel Barroso, de
votre collègue Jan Figel, de la plupart des ministres en charge de la
culture de l’Union européenne, et de plus de 800 artistes, créateurs,
penseurs, venus de toute l’Europe pour exprimer notre conviction
commune et partagée que c’est dans ces domaines si importants pour
la vie des Européens, dont vous avez la charge aujourd’hui, que doit se
construire l’Europe des peuples et des projets, l’Europe du patrimoine,
l’Europe de la création, l’Europe du livre, de l’Internet, du cinéma et de
la télévision, bref, l’Europe de la diversité culturelle. Je sais que telle est
aussi votre conviction, tel est aussi le sens de votre engagement et de
votre action au sein de la Commission. Une action qui puise sa force
dans votre parcours personnel et politique, que je veux distinguer
aujourd’hui.

Vous êtes née tout près de la frontière française, dans ce Grand Duché
blotti entre deux royaumes et deux petites républiques voisines. M.
Juncker, dans sa mémorable intervention à la Comédie-Française, nous
a dit combien votre pays connaît de l’histoire les risques de la
domination, de l’uniformisation culturelles et la richesse de la diversité,
dans toutes ses dimensions, parce que vous respirez et vous vivez au
rythme de ces influences, de ces apports, de ces identités culturelles et
linguistiques, de cette ouverture sur l’Europe et sur le monde, qui fait de
votre pays, non seulement l’un des fondateurs de l’Europe, mais aussi
un microcosme cosmopolite de la diversité culturelle.

Vous êtes née et vous vivez dans la deuxième ville du Grand-Duché,
Esch-sur-Alzette, une rivière au joli nom, qui est l’un des tout premiers
mots de l’hymne national du Grand-Duché. Dans cette ville de 40 000
habitants, ancienne métropole du fer, dont on trouve la trace dès 1128
dans une bulle du pape Honorius II, et à laquelle Jean Ier de
Luxembourg, Roi de Bohême, dit Jean l’Aveugle, conféra, dès 1328, le
statut de ville libre, vous avez été élue très tôt conseiller communal et
vous avez été longtemps en charge de la culture.

Journaliste, éditorialiste puis rédactrice en chef du principal journal
luxembourgeois Luxemburger Wort, vous avez dirigé l’Union
luxembourgeoise des journalistes.

Vous êtes entrée en politique, dès juin 1979, en devenant députée du
parti chrétien-social (CSV), à la Chambre des députés, où vous prenez
la présidence de la Commission des affaires sociales, jusqu’en 1989.

En 1989, vous êtes élue députée au Parlement européen sur la liste
conduite par Jacques Santer, réélue en 1994, jusqu’à votre entrée à la
Commission comme commissaire chargée de l’éducation, de la culture
et du sport. Au Parlement européen, vous avez présidé la commission
des pétitions, puis avez été vice-présidente de la commission des
libertés publiques et des affaires intérieures.

Si vous connaissez si bien notre capitale, si vous connaissez si bien le
Palais-Royal, c’est aussi parce que vous avez vécu à Paris. Vous avez
fait vos études à la Sorbonne, où vous avez obtenu un doctorat èssciences
humaines en soutenant une thèse sur la sémiologie de la
représentation théâtrale. Cette science des systèmes de signes et des
processus de signification, cette méthode d’analyse du texte et de la
représentation, qui décortique la mise en scène, ainsi que les rapports
entre les acteurs et les spectateurs, est sans doute une discipline utile
pour décrypter et faire bouger les lignes du jeu politique, et du débat
public européen.

Mais vous êtes, je l’ai dit, avant tout, une femme d’action, pragmatique,
efficace, inspirée par la vie et par l’expérience des responsabilités, par
vos rencontres avec les acteurs de la culture et de la communication,
plus que par des théories, aussi brillantes soient-elles.

Vous avez écrit, dans une tribune publiée par Libération, avec la vivacité
de votre plume alerte, trempée dans le journalisme, que vos parents ont
choisi votre prénom, par admiration pour l’interprétation de Vivan Leigh
dans Autant en emporte le vent.

Viviane, c’est aussi, bien sûr, le prénom de la fée enchanteresse de
Brocéliande, de la Dame du Lac, dont était épris Merlin, et qui recueillit
le jeune Lancelot, en lui enseignant les arts et les lettres, la sagesse et
le courage, avant de le mener à la cour d’Arthur.

Sans doute êtes-vous aujourd’hui particulièrement bien placée pour faire
rayonner, en Europe et dans le monde, la magie du cinéma européen, la
magie que nous avons éprouvée cette année à Cannes, en montant
ensemble les marches du palais du Festival pour aller voir Joyeux Noël, de Christian Carion, film français et européen, coproduit entre la France,
l’Allemagne, le Royaume-Uni, la Belgique et la Roumanie, que
l’Amérique va bientôt découvrir et, je l’espère, récompenser, aux
Oscars. Et je vous remercie d’avoir pris, toujours à Cannes, l’initiative de
réunir les 25 ministres de la culture de l’Union européenne pour évoquer
les chances que pourrait offrir, dans un futur proche, l’offre légale de
« cinéma en ligne » au cinéma européen.

Je me réjouis, dans le même esprit, que la réunion de mes 25 collègues
européens ait pour contrepoint une réunion désormais traditionnelle des
25 responsables des agences nationales en charge du cinéma dans les
pays de l’Union.

Et l’année dernière, vous aviez pris l’initiative, lors de la Journée de
l’Europe, qui s’est désormais installée dans le paysage de la Croisette,
de réunir, avec les grands témoins Milos Forman et Jean-Claude
Carrière, une table ronde sur le thème : « devenir cinéaste en Europe ».

Parce que vous avez été également en charge de l’éducation au sein de
la précédente commission, vous savez l’importance de la formation,
tant des professionnels que des publics de demain. Et vous incitez les
responsables des politiques culturelles de l’Europe à se préoccuper de
former ces hommes et de ces femmes qui sont l’avenir du cinéma et de
l’audiovisuel européen.

Vous savez que les pouvoirs publics européens ont un rôle essentiel à
jouer pour susciter, puis aider les vocations à germer, à prendre forme,
pour accompagner les créateurs, et créer un environnement favorable
au développement de leurs oeuvres et à leur circulation au sein de
l’Europe.

Au-delà même de la mise en oeuvre des compétences culturelles
reconnues à l’Union, au-delà du secteur si emblématique du cinéma,
vous avez toujours tenu à donner une véritable ambition culturelle à
l’Europe.

Aux côtés du Président Prodi et du Commissaire Lamy en charge du
Commerce, vous avez veillé à ce que la diversité culturelle soit
respectée dans les négociations commerciales à l’OMC en appliquant le
mandat décidé par les Etats-membres en 1999 et qui reste la ligne de
conduite de l’Union.

Votre volontarisme a été à la source de l’engagement européen dans les
négociations à l’UNESCO sur la diversité culturelle. La France, vous le
savez, se félicite de la position européenne qui a permis à l’Union de
parler d’une seule voix et a ainsi donné tout son sens à l’engagement
européen en faveur de la diversité culturelle, que j’aurai le plaisir et
l’honneur de défendre, au nom de la France, à la tribune de la
conférence générale de l’Unesco, mardi.

En tant que Commissaire en charge de la culture et de l’audiovisuel,
vous avez toujours su faire partager votre ambition pour l’Europe dans
les négociations des programmes culturels et audiovisuels.

Dès 1999, vous avez permis l’adoption du premier programme-cadre en
matière de coopération culturelle, CULTURE 2000. Et si, aujourd’hui, alors que le programme successeur CULTURE 2007 est en cours, la
France propose une meilleure prise en compte des industries culturelles
non-audiovisuelles, c’est grâce au dialogue constructif que nous avons
établi avec vous et avec vos services, grâce à vous, sur les spécificités
économiques et sociales des industries culturelles non-audiovisuelles et
les projets pilotes qui ont pu voir le jour entre 2002 et 2004, en
démontrant toute l’importance du soutien communautaire à ces
industries.

Quant au programme MEDIA +, vous avez réussi à obtenir une
augmentation de 30% par rapport au programme précédent. Vous avez
également été à l’origine de l’initiative « i2i Audiovisuel » pour permettre
l’accompagnement de la modernisation du secteur audiovisuel. Enfin,
votre action a été déterminante pour le maintien des aides nationales au
cinéma et à la télévision publique. Vous avez fait preuve d’une écoute
attentive des positions françaises sur la directive Télévision sans
frontières, qui est le grand texte européen pour la culture et la
communication.

Et nous vous faisons confiance, chère Viviane, pour étendre ce texte, à
l’heure décisive du combat pour la diversité culturelle, aux nouveaux
services de télévision dits « non linéaires », comme la télévision sur
Internet, la télévision sur mobile, la vidéo à la demande.

En effet, je ne doute pas que votre action permettra à la coopération
entre l’audiovisuel et les industries des technologies de l’information et
de la communication d’ouvrir des perspectives nouvelles aux créateurs
d’aujourd’hui et de demain.

Je connais votre attachement à la diversité culturelle, que vous n’avez
cessé de défendre, et je me réjouis que vous soyez déterminée à
continuer à mener, à nos côtés, ce combat essentiel pour notre temps.

Viviane Reding, au nom du Président de la République, et en vertu des
pouvoirs qui nous sont conférés, nous vous faisons Officier de la Légion
d’honneur.

Semaine des cultures étrangères à Paris organisée par le Forum des Instituts culturels étrangers à Paris (FICEP)

29 septembre 2005

Mesdames et Messieurs les Ambassadeurs,

Monsieur le Président du Forum des instituts culturels étrangers à Paris
(FICEP),

Mesdames et Messieurs les Directeurs d’instituts et de centres culturels
étrangers à Paris,

Mesdames, Messieurs,

Chers Amis,

Je suis très heureux d’accueillir ici la Semaine des cultures étrangères, qui
propose pour la quatrième année consécutive, un parcours festif, riche en
découvertes et de rencontres, exemplaire de la diversité culturelle, parmi les
38 centres et instituts culturels étrangers à Paris.

Je tiens tout d’abord à vous remercier d’avoir organisé cette fête des cultures
du monde. Et nous pouvons être très reconnaissants à Giorgio Ferrara,
Président du FICEP, de l’avoir remarquablement orchestrée et d’avoir repris le
flambeau avec autant de brio ! Je tiens aussi à rendre hommage à Robert
Desbiens, qui a conçu ce projet, alors qu’il était à la tête du FICEP et du
Centre culturel canadien. « Etrangement proche », le thème de cette 4ème
édition nous fait penser à lui et nous parle de lui. Sa présence, sa mémoire, sa
présence, son intelligence, nous accompagnent pas à pas dans le chemin de
la découverte, d’Autrui.

« L’éthique, c’est l’accueil d’une altérité énigmatique, un éveil à Autrui »,
écrivait le philosophe Emmanuel Lévinas. Telle est bien l’éthique de la culture.

Tel est le sens de cette ouverture d’esprit à laquelle vous nous invitez.

L’itinéraire que vous nous proposez va nous permettre de mieux connaître les
centres culturels et instituts culturels étrangers à Paris et de nous familiariser
avec les cultures du monde, dans leur proximité, comme dans leurs
différences.

Grâce à votre initiative, tous les arts venus d’ailleurs, « des lointains, des si
lointains », selon l’expression de Victor Segalen, le poète de « l’esthétique du
divers », dans toute la diversité de leurs expressions, viennent à la rencontre
des Parisiens de coeur et d’esprit, qu’ils habitent notre capitale ou y soient de
passage.

Cette semaine contribue puissamment à la promotion de la diversité culturelle.

En effet, des cultures traditionnelles aux cultures contemporaines, l’art sera la
source de dialogues féconds, entre de multiples identités, parce qu’il est le
grand "passeur" qui permet vraiment la rencontre entre les hommes.

Au-delà du plaisir de la découverte, suivre ce chemin, c’est créer tout à la fois les
conditions de la rencontre avec l’autre, et la reconnaissance de notre propre
culture, dans la conscience de la fragilité et de la diversité de la création.

Je tiens également à vous dire combien la diversité culturelle passe par le soutien
aux cultures étrangères, et par l’accueil des artistes et des professionnels de la
culture.

L’un des facteurs principaux du dynamisme et du rayonnement de la culture
française, c’est la présence de quelque 25 000 artistes et professionnels de la
culture, de nationalité étrangère, qui travaillent dans notre pays. Ces Autres, ces
artistes et ces professionnels, sont sources de vitalité pour nos pays respectifs et
nous révèlent à nous-mêmes.

Enfin, il ne vous a pas échappé que, de façon tout à fait symbolique, la semaine
des cultures étrangères à Paris précède l’ouverture, le 3 octobre prochain, de la 33e
session de la Conférence générale de l’UNESCO qui, comme nous le souhaitons
tous ardemment, devrait adopter cette année la convention sur la protection et la
promotion de la diversité des expressions culturelles.

Cette convention a pour objet de promouvoir l’expression des cultures et des
créateurs et d’affirmer le principe d’ouverture de chaque culture aux autres cultures.

En aucun cas, il ne s’agit d’encourager le repli sur les cultures nationales ou le
protectionnisme, mais, au contraire, d’encourager le dialogue entre les cultures
dans le respect de leurs richesses propres.

Nos objectifs sont clairs : reconnaître la nature spécifique des activités, biens et
services culturels, porteurs d’identité, de valeurs et de sens ; réaffirmer le droit
souverain des Etats de conserver, d’adopter et de mettre en oeuvre les politiques et
mesures qu’ils jugent appropriées en vue de la protection et de la promotion de la
diversité des expressions culturelles sur leur territoire ; enfin, renforcer la
coopération et la solidarité internationales dans un esprit de partenariat afin,
notamment, d’accroître la capacité des pays en développement, de protéger et
promouvoir la diversité des expressions culturelles.

Permettez-moi de saisir cette magnifique occasion de vous charger, Mesdames et
Messieurs les Ambassadeurs et les Conseillers culturels, de témoigner de
l’importance de cet enjeu auprès de vos délégations à l’UNESCO, afin qu’elles
soutiennent l’adoption de ce texte.

Notre mobilisation à tous est nécessaire. Je compte sur vous, comme vous savez
pouvoir compter sur moi.

L’adoption de la convention marquera une étape décisive. Il importera ensuite de
poursuivre nos efforts et notre travail de persuasion pour que ce texte soit ratifié par
le maximum de pays dans les meilleurs délais.

La semaine des cultures étrangères à Paris est une très belle fête de la diversité
culturelle. Je sais que le succès de cette quatrième édition est déjà au rendez-vous.

60ème congrès de la Fédération Nationale des Cinémas Français à Deauville

28 septembre 2005

Monsieur le Président de la Fédération nationale du cinéma français,
Cher Jean Labé,

Monsieur le Préfet,

Mesdames et Messieurs,

Cher Jacques Perrin,

C’est toujours à la fois un honneur et un plaisir d’être invité au congrès
de la Fédération nationale du cinéma français. Et cette année
particulièrement, pour célébrer avec vous votre 60è anniversaire, qui
est d’abord une fête. Depuis la naissance de votre Fédération, en 1945,
le cinéma a connu dans notre pays une extraordinaire expansion,
favorisée par le développement de la politique de soutien des pouvoirs
publics, la création du Centre national de la cinématographie et celle du
ministère dont j’ai aujourd’hui la charge. Quelles que soient les
restructurations, les crises, les fluctuations qu’ont connues votre
profession, qui joue un rôle clef dans le succès de cet art, qui est aussi
une industrie culturelle majeure, la salle est au coeur de l’économie du
cinéma, mais aussi, de la magie du cinéma, de cette rencontre décisive
avec le public, qui se fait dans les lieux que vous animez. Comme je l’ai
réaffirmé en inaugurant lundi la Cinémathèque française, la cinéphilie
est devenue l’amour, la passion du cinéma, et si elle est si largement
partagée aujourd’hui, c’est grâce à vous tous.

Mais cet anniversaire n’est pas tant l’occasion de contempler le chemin
parcouru, que d’ouvrir ensemble celui que nous avons devant nous.

L’an dernier déjà, j’avais pris beaucoup d’intérêt au dialogue que nous
avions amorcé ensemble à Bordeaux. Vous m’aviez fait part de vos
préoccupations pour l’avenir du cinéma et de son exploitation. J’ai voulu
que s’engage et se poursuive notre réflexion commune sur enjeux de
toute première importance que sont la piraterie, la chronologie des
médias, l’éducation à l’image, l’accès des personnes handicapées aux
salles de cinéma. Parce que je suis convaincu, comme vous, que
l’avenir du cinéma français, de sa diversité et de sa richesse en
dépend.

Je souhaite que ce dialogue se poursuive et qu’il aboutisse à des
propositions concrètes. Je sais que ce n’est pas simple, mais c’est
essentiel pour la santé économique et le développement de notre parc
de salles en France, qui fait partie intégrante de notre patrimoine
culturel. C’est aussi l’un des partenariats les plus exemplaires entre
l’Etat et l’initiative privée dans le domaine de l’équipement culturel.

Je suis parfaitement conscient des difficultés que vous avez
rencontrées depuis le début de l’année, en raison d’une fréquentation
des salles un peu décevante, si on la compare à celle de l’an dernier.

Dans ce contexte, je tiens à encourager votre persévérance et votre
volonté d’aller de l’avant, et notamment vos projets d’investissements
dans de nouveaux équipements de modernisation de vos salles, qui
demeurent nombreux et ambitieux, malgré cette conjoncture
maussade, que j'espère passagère.

Oui, votre dynamisme et votre volonté sont essentiels pour amener,
dans les années qui viennent, un public toujours plus large et plus
fidèle dans vos salles.

Car vous êtes des médiateurs, des « passeurs », entre la création et le
public. Les producteurs, les distributeurs, les réalisateurs, les artistes,
les techniciens, ont votre rôle essentiel dans cette grande chaîne de la
création. Ils seront nombreux à venir demain. vous présenter leurs
prochains films. Ils vous font confiance pour amener ces films au
public dans les meilleures conditions. Conditions techniques, cela va
de soi, mais aussi qualité de l’accueil du public, travail
d’accompagnement de l’oeuvre, car un film n’est pas un produit
comme un autre, vous le savez mieux que personne. Le spectacle
cinématographique doit rester une fête, un moment exceptionnel dans
notre société de consommation. Il ne doit pas se banaliser. C’est ce
qui lui garantira sa pérennité et c’est notre responsabilité à tous.

Je tiens à vous dire que je serai à vos côtés pour soutenir vos
initiatives. Vous l’avez vu, les arbitrages que j’ai dû rendre pendant
l’été sur la régulation du compte de soutien vous ont protégés. Je m’y
suis personnellement impliqué. Je continuerai dans cette voie. Vous
dépendez, j’en ai une conscience totale, de l’ensemble de la filière
cinématographique, c’est pourquoi je veux inscrire le compte de
soutien dans une nouvelle logique de croissance, afin que cet
instrument, unique en son genre, dont cherchent à s’inspirer beaucoup
de nos partenaires européens, continue de jouer pleinement son rôle.

Pour conférer une dynamique nouvelle et nécessaire au compte de
soutien, il faut élargir l’assiette de ses recettes, en particulier aux
nouveaux services qui diffusent des oeuvres cinématographiques et
audiovisuelles, quelque soit leur vecteur technique de diffusion. Cette
position est d’ailleurs cohérente avec la position française sur la
révision de la directive « télévision sans frontières ».

J’entends aussi que les crédits d’impôt poursuivent leurs objectifs. Je
m’en suis entretenu avec le commissaire chargé de la concurrence,
Mme Nelly Kroes, le 9 septembre dernier. Le dialogue engagé avec la
Commission européenne sera nécessairement constructif. Je suis déterminé à démontrer et à faire valoir l’ « eurocompatibilité » de notre
système. Comme je l’ai dit lors de l’inauguration de la Cinémathèque
avant-hier, il s’agit de passer de la crainte des délocalisations subies à
une politique de relocalisation organisée et équilibrée.

Il faut aussi rendre plus transparents les critères d’éligibilité des
soficas afin de les orienter plus clairement encore vers la jeune
création et d’irriguer à sa juste mesure la production indépendante.
Cela passe sans doute aussi par une augmentation de l’enveloppe qui
lui est allouée depuis plusieurs années.

Mais le soutien des pouvoirs publics à votre activité ne se résume pas
à une implication financière, quelles que soient son importance et ma
détermination. Il consiste aussi à assurer une régulation de l'ensemble
du secteur, dont l'un des instruments clé est la chronologie des
médias. Je souhaite que l'importance d'un dispositif qui harmonise la
succession des différentes étapes de l'exposition d'un film au public
soit une évidence pour l'ensemble des acteurs de la profession. Car
cette chronologie doit servir l'intérêt général et vise d'abord la
protection de la vie du film en salles, qui est constitutive de son
identité. Il est important que cette préoccupation soit présente à l'esprit
de tous les professionnels qui seront signataires de l'accord fixant les
principes généraux de la vidéo à la demande. La conclusion de cet
accord, grâce à la mobilisation de tous, doit intervenir rapidement afin
d'offrir un cadre stabilisé au lancement -désormais imminent – des
premiers services de vidéo à la demande.

Dans l’agenda législatif figure, à la fin de cette année, l’examen par le
parlement du projet de loi relatif aux droits d’auteur et aux droits
voisins dans la société de l’information, qui doit comporter des
avancées significatives pour la protection des oeuvres et la lutte
contre la piraterie audiovisuelle sous toutes ses formes. Je sais que
vous participez activement à toutes les actions de sensibilisation du
public menées dans ce domaine. Je sais que s’élabore entre les
professionnels du cinéma et les fournisseurs d’accès à Internet un
mécanisme de « riposte graduée » qui contribuera à endiguer la
contrefaçon numérique. Il ne faut pas manquer cette étape.

D'une manière générale, je voudrais aussi vous dire mon
engagement, à vos côtés, face au phénomène de numérisation de
toute la filière audiovisuelle et cinématographique. La piraterie sur
Internet est la contrepartie négative de ce phénomène, qui marque
pourtant aussi un tournant majeur et positif dans l'histoire du cinéma,
aussi important, sans doute, que l'avènement du cinéma parlant ou
l'introduction de la couleur.

Les pouvoirs publics sont prêts à accompagner votre réflexion
prospective sur le sujet difficile de la projection numérique. J'ai
demandé à la Directrice générale du CNC, Véronique Cayla, de mettre
en place un groupe de réflexion associant tous les professionnels
concernés.

Je ne voudrais pas être trop long car le moment est venu pour vous, à
l’issue de ces deux journées de travail, de célébrer comme il se doit
votre 60è anniversaire. Vous vous souvenez sans doute que l’an dernier les aléas de la régulation aérienne et un emploi du temps serré
m’avaient privé du plaisir d’être parmi vous lors de votre soirée de
gala. J'ai su qu’elle avait été un moment exceptionnel et que les
organisateurs avaient pu faire goûter à tous leurs invités les charmes
infinis du vignoble bordelais…

Cette année j’ai décidé de passer cette soirée avec vous, et aussi en
compagnie de Jacques Perrin auquel vous rendez ce soir un juste
hommage.

Je ne vois pas de plus beau symbole pour fêter les soixante ans de
votre fidélité à la cause du cinéma, que cet hommage à un artiste
complet dont l’engagement professionnel est marqué par une grande
fidélité : à des réalisateurs, comme Valerio Zurlini dont il fut l’interprète,
puis, le producteur ; ou à Pierre Schoendorffer, par exemple, avec
lequel il mena le même parcours. Fidélité aussi à ses idées et
persévérance dans l’exploration d’un cinéma toujours exigeant mais
destiné au public le plus large.

On vous doit, entre autres, cher
Jacques Perrin, d’avoir réuni dans les salles du monde entier des
spectateurs par millions, pour des documentaires nous offrant souvent
des images saisissantes et inattendues, ouvrant ainsi des perspectives
nouvelles à ce genre, qui désormais multiplie les succès. Vous avez
fait la preuve que le documentaire est bien du cinéma à part entière, et
que la production française y excelle. Vous êtes d’ailleurs au travail
sur un beau et ambitieux projet, qui a pour nom « Océan ».

Monsieur le président, Mesdames et Messieurs, je suis heureux
d’assister aujourd’hui à cet hommage qui marque la force et le
rayonnement du cinéma français, par l’union de tous ceux qui
concourent à son succès. Merci à tous pour votre travail et votre
dévouement en faveur du cinéma et bon anniversaire !

Présentation à la presse du budget 2006 du ministère de la culture et de la communication

28 septembre 2005

Mesdames, Messieurs les Parlementaires,

Mesdames et Messieurs les Présidents,

Mesdames, Messieurs,

Chers Amis,

Je sais que ce rendez-vous est très attendu, et je mesure toute son
importance, parce qu’un budget traduit une politique.

Une politique culturelle est d’abord le fruit d’une vision d’ensemble du rôle
de la culture et de la communication, conçus comme des atouts essentiels
pour l’identité, le rayonnement, l’attractivité de notre pays dans le monde
d’aujourd’hui.

La politique culturelle que j’entends mener, c’est aussi un ensemble de
priorités déclinées dans chacun des domaines du patrimoine et de la
création.

Je vous ai exposé ma politique en faveur du patrimoine à l’occasion des
Journées européennes du patrimoine et de ma communication au conseil
des ministres du 13 septembre.

Dans le domaine, également au coeur de notre mission, du spectacle vivant,
j’ai annoncé mes priorités pour étendre les territoires de la musique, la
semaine dernière à Strasbourg, le 23 septembre.

Je m’exprimerai, dès la semaine prochaine, ici, rue de Valois, le 5 octobre,
pour vous exposer ma politique du théâtre et, à Nancy, le 7 octobre, à
l’occasion du Forum national pour les musiques actuelles, pour présenter
mes orientations en faveur de ces disciplines qui rencontrent l’engouement
sans cesse croissant de nos concitoyens. Ici encore, le 13 octobre, je vous
présenterai les mesures que je prendrai en faveur de la danse.

Chacun des secteurs d’activité dont ce ministère a la responsabilité contribue
à l’épanouissement personnel de nos concitoyens, à la cohésion sociale, à la
compétitivité économique de notre pays et, je le crois profondément, à
l’avenir de la France, dans un monde où la diversité culturelle et l’humanisme
sont des valeurs fondamentales, que notre pays a une vocation éminente à
servir et à défendre.

Dans cette perspective, l’action de l’Etat est confrontée à de nouveaux défis,
pour répondre à de nouvelles demandes, et d’abord à une exigence
d’efficacité et de résultat.

Parce que le budget du ministère de la culture et de la communication est un
outil essentiel pour y parvenir, il augmente de 4,9%, grâce à la dotation en
capital de 100 millions d’euros pour le patrimoine monumental, qui a fait
l’objet d’un arbitrage positif du Premier ministre, dont je salue les conseillers
ici présents. Qu’ils soient mes ambassadeurs pour que cet arbitrage soit
suivi de beaucoup d’autres !

Je voudrais commencer d’emblée par trois observations.

Tout d’abord, la présentation du budget est modifiée cette année par la mise en
place, pleine et entière, en 2006, de la nouvelle loi organique relative aux lois
de finances, la fameuse LOLF.

Ensuite, ce budget apporte sa contribution à l’effort de maîtrise des finances
publiques que mène aujourd’hui le Gouvernement.

Enfin, ce budget est marqué, vous l’avez compris, par de très fortes priorités
d’actions.

LA MODERNISATION

Je vais y venir dans un instant. Mais auparavant, pour répondre aux défis de
l’action de l’Etat, que je viens d’évoquer, il est une priorité stratégique,
transversale et préalable : c’est la modernisation de mon administration, afin
que son coeur de métier, l’expertise et la diffusion, soit renforcé.

La politique culturelle, plus qu’une succession d’événements culturels, c’est
d’abord, en première ligne, auprès des artistes, des techniciens, des élus, de
tous ceux qui font vivre notre patrimoine et nos créations, l’action d’une
administration qui doit se moderniser dans la continuité et la durée.

J’en veux pour preuve la mise en place, exemplaire dans ce ministère, de la loi
organique sur les lois de finances, la LOLF.

Et je tiens à rendre hommage aux efforts accomplis par les agents de ce
ministère pour s’adapter à ce contexte nouveau. Peut-être que certains n’en ont
pas suffisamment conscience, mais je suis fier que ce ministère soit aux avantpostes
de la modernisation.

Je commencerai donc par les réformes administratives que j’ai entreprises.

Tout d’abord, j’ai décidé de créer un poste de secrétaire général au sein du
ministère de la culture et de la communication, et j’ai confié à cette fin un
rapport à Jean de Saint-Guilhem, ancien conseiller pour la culture de Jean-
Pierre Raffarin. Le document qu’il vient de me rendre montre la nécessité d’un
nouvel échelon de coordination, permettant de suivre la mise en place des
réformes, tout en veillant à l’égalité de traitement entre les 10 directions
d’administration centrale et les 70 établissements publics relevant de ce
ministère.

J’ai également décidé d’engager une réforme de la Direction de la Musique, de
la Danse, du Théâtre et des Spectacles (DMDTS). Je souhaite que les
compétences nombreuses de cette direction trouvent, dans le cadre d’une
organisation rénovée et proche des réalités de la vie artistique, à s’exprimer
pleinement.

J’ai confié à l’inspection générale de l’administration de la culture, en plein
accord avec Jérôme Bouët qui participe activement à la réflexion, une mission
d’analyse du fonctionnement de la DMDTS, conduite par Mme Anne Chiffert et
M. Dominique Chavigny. J’attends leur rapport et leurs propositions avant la fin
de l’année. Les professionnels du spectacle, dans toutes les disciplines, seront
largement associés à cette réflexion, afin qu’elle aboutisse à une réforme que je
souhaite mettre en oeuvre avant la fin du 1er semestre 2006.

Autre réforme, le rapprochement des différents corps d’inspection qui pourrait
déboucher à terme sur une fusion des huit corps d’inspection générale des bibliothèques, des archives, de l’architecture et du patrimoine, du théâtre, de la
danse, des musées, de la création, de l’administration, dans le respect de la
somme d’expertise que représentent toutes ces compétences. J’ai donc engagé
le dialogue, afin que cette réforme voie le jour début 2007.

La filière accueil et surveillance, qui est en première ligne, au contact du public,
pour veiller sur notre patrimoine, pour ouvrir toujours plus d’espaces, de lieux,
de nouvelles collections, fait l’objet, dans ce budget, d’un plan de revalorisation
négocié avec les organisations représentatives du personnel. J’attache une
importance toute particulière à la qualité du dialogue social au sein de mon
administration, parce que c’est grâce à la concertation avec les personnels et
leurs représentants que l’action du ministère peut s’incarner, au quotidien, dans
la relation avec le public et avec chacun de nos concitoyens.

L’accès de tous à la culture, et le service du public, se jouent aujourd’hui,
essentiellement, dans les régions, avec la déconcentration des crédits, la
décentralisation des missions et les projets, partout exprimés par les élus, pour
répondre aux envies, aux demandes, aux besoins de culture de leurs
populations.

C’est une politique concertée et partagée.

Dans le cadre de la réforme de l’administration régionale de l’Etat, j’ai créé cette
année des « pôles culture » en région, animés par les Directions Régionales
des Affaires Culturelles (DRAC), qui regroupent tous les acteurs régionaux de
l’Etat dans ce domaine, afin de mieux coordonner leur action. J’ai également
voulu la création d’un service régional de l’architecture. Soyons clairs. Il ne
s’agit pas de supprimer les services départementaux de l’architecture et du
patrimoine (SDAP), où oeuvrent les Architectes des Bâtiments de France.

Bien
au contraire, car comme je l’ai annoncé, dix-sept nouveaux architectes vont être
recrutés à la fin de cette année.

Ce pôle culture en région doit rassembler, le plus largement possible, tous les
acteurs, DRAC et SDAP, je l’ai dit, mais aussi les musées, les monuments
nationaux et les scènes nationales, afin de coordonner et de mettre en place
sur le terrain les grandes orientations décidées lors des conférences d’action
culturelle de l’Etat. Ces conférences, qui sont une innovation, et que je vais
réunir deux fois par an, la première se tenant à la fin du mois prochain, ont pour
objet de rassembler tous les acteurs du ministère de la culture afin de bien
mettre en oeuvre, en dépassant tous les cloisonnements, les priorités de l’action
de l’Etat.

Ce ministère doit simplifier son action et la rendre plus visible et plus lisible.

Ainsi, par exemple, les SDAP que je viens de citer, doivent devenir à terme un
véritable guichet unique pour toutes les questions de patrimoine et
d’architecture dépendant de mon ministère, sans déposséder de leurs
prérogatives les conservations régionales des monuments historiques : c’est à
l’administration de gérer la complexité des dossiers et au citoyen de trouver la
simplicité. La gestion de notre patrimoine doit être exemplaire sur ce point. Tel
est l’objet des mesures que j’ai présentées au conseil des ministres, le septembre dernier.

Autre chantier exemplaire de la modernisation de l’action de l’Etat : le site
Internet de ce ministère et le portail « culture.fr » pour lequel je constitue
aujourd’hui au sein de mes services un pôle multimédia.

Ce ministère se doit d’être exemplaire dans ce domaine, alors qu’avance le
comité de pilotage de la bibliothèque numérique européenne, que je préside, et
qui sera doté de 400 000 euros l’an prochain, afin que de ce grand et beau
projet, voulu par le Président de la République, et sous sa surveillance quotidienne, jaillissent de nouvelles sources de connaissances et de
découvertes accessibles à tous les publics.

Si j’ai choisi de vous parler de ces objectifs de modernisation avant d’évoquer
les crédits proprement dits, c’est parce que tel est l’esprit de l’action publique,
aujourd’hui, voulu par le Parlement unanime : placer les objectifs avant les
moyens, c’est rétablir l’efficacité et la transparence nécessaires de l’action de
l’Etat.

Ce ministère est bien géré et il est important que cela se sache. J’en veux pour
preuve et pour exemple son traitement de l’ensemble des questions
immobilières, notamment les logements de fonction, mais aussi les économies
que nous réalisons sur nos loyers, grâce à l’installation dans l’immeuble des
Bons-Enfants de la plupart des services centraux.

LA MISSION « CULTURE »

La LOLF définit des missions, dans chacun des grands domaines d’intervention
de l’Etat.

En 2006, le budget de la mission « culture » augmente de 3,6% en
autorisations d’engagement et de 1% en crédits de paiement. En y ajoutant la
dotation en capital de 100 millions d’euros issue des recettes de privatisations,
les crédits de paiement augmentent de 4,9 %.

Je souhaite que chacun mesure, au-delà même de son impact budgétaire, la
portée politique et symbolique de cette décision du Premier ministre. Les
recettes des privatisations et de la mise sur le marché des actifs publics de
l’Etat reviennent ainsi dans le patrimoine de l’Etat, c’est-à-dire dans notre
patrimoine à tous. C’est une décision qui n’est pas conjoncturelle mais
structurelle. Je tiens à en remercier le Premier ministre.

Ces crédits ne comprennent pas les anciens crédits du budget civil de
recherche et développement (BCRD) qui sont rattachés à la mission
« recherche et enseignement supérieur ». Ils augmentent de 2,7 %, en crédits
de paiement, pour l’investissement de la Cité des sciences et de l’industrie,
formidable outil de diffusion de la culture scientifique et technique, qui continue
sa rénovation et qui, comme vous le savez, va aménager prochainement sa
quatrième travée.

Au sein de chaque mission, sont définis des grands programmes.
La mission « culture » se compose de trois programmes, correspondant aux
priorités stratégiques de ce ministère : patrimoine, création et transmission des
savoirs. La nouvelle présentation budgétaire dissocie clairement les crédits qui
relèvent des dépenses de personnel de ceux qui relèvent des moyens
d’intervention et d’investissement. Les crédits de personnel progressent de
23 millions d’euros ; 2,5 millions d’euros de mesures catégorielles seront
distribuées pour accompagner la modernisation de ce ministère.

Au sein du budget de la mission « culture », en y incluant les dépenses de
personnel, la répartition des crédits entre les trois programmes est équilibrée :
36 % pour le patrimoine, 33 % pour la création et 31 % pour la transmission des
savoirs.

Le programme « patrimoine »

Commençons par le programme « patrimoine », dont les autorisations
d’engagement progressent de 8,9 % et les crédits de paiement de plus de
11 %, avec la dotation en capital que j’ai évoquée.

Ces crédits permettront d’augmenter de 100 millions d’euros au total les
moyens consacrés au patrimoine monumental. Je connais les difficultés sur les
chantiers des monuments historiques et les besoins dans ce domaine.

Je tiens
à vous dire que l’engagement de l’Etat retrouve un rythme qu’il n’avait jamais
connu avant la tempête de 1999.

Dès l’an prochain, ce ministère disposera d’une programmation précise des
quelque 10 000 chantiers en cours, et nous pourrons ainsi suivre en temps réel
l’avancement des travaux. Les progrès que nous allons réaliser grâce à
l’informatique de gestion nous permettront de répondre également en temps
réel à toutes les questions des parlementaires et du ministère de l’économie et
des finances. Et j’espère que nous pourrons ainsi aller encore plus loin pour
répondre, sur le terrain, aux demandes justifiées.

La dotation en capital destinée au patrimoine monumental permettra de garantir
la bonne exécution de chantiers emblématiques comme, par exemple, le palais
de la Porte Dorée, le Palais de Chaillot, le château de Versailles ou le Fort
Saint-Jean à Marseille.

L’architecture bénéficiera également de nombreuses mesures nouvelles, en
particulier pour la rénovation des écoles, pour la revalorisation du statut des
architectes et pour une meilleure reconnaissance de leur formidable travail.

Cette mobilisation en faveur de l’architecture sera poursuivie en 2007 : elle
accompagne la mise en place du cursus « LMD » [ Licence-Master-Doctorat ]
dans les écoles.

La modernisation s’accompagne de moyens nouveaux.

En 2006, la Cité de l’architecture et du patrimoine verra sa dotation augmenter,
afin de préparer son inauguration au premier trimestre 2007.

L’augmentation spectaculaire des crédits en faveur des archives, de 126 %, est
liée au début de la construction du nouveau centre des archives nationales de
Pierrefitte. Tous les ministères, hormis la Défense et les Affaires étrangères –
qui assurent eux-mêmes la conservation de leurs archives – participent à cet
effort. De même, au centre historique des archives nationales et à
Fontainebleau, les travaux seront bien entendu poursuivis. Là encore, les
besoins sont immenses, j’ai donc dû fixer des priorités.

Avec une augmentation de près de 10 % de ses moyens, le patrimoine écrit et
documentaire voit son rôle renforcé. La réhabilitation complète du site
Richelieu, site emblématique de la Bibliothèque nationale, va être entamée, à
ma demande. Ce lieu, qui abritera la bibliothèque des chartes et d’autres fonds
précieux, doit d’abord être mis aux normes de sécurité.

Je terminerai sur le programme « patrimoine », en parlant des musées.

Pour
moi, le patrimoine est vivant, il doit s’enrichir sans cesse et s’ouvrir à tous les
publics, à toutes les générations. Mon Budget 2006 permettra de lancer de
nouveaux chantiers significatifs, mais également d’ouvrir ou de rouvrir de
grands musées.

Je pense au département des arts de l’Islam du Louvre, dont le chantier
démarrera l’an prochain. Je pense au château de Versailles, où le schéma
directeur suit son cours et la fréquentation continue de progresser. Je pense
aussi aux châteaux-musées, comme Compiègne, Fontainebleau ou Pau.

J’ai
souhaité les ouvrir à de nouveaux publics. Un effort pluriannuel important sera
engagé, afin que l’état de ces fleurons de notre patrimoine soit enfin à la
hauteur des prestigieuses collections qu’ils abritent.

Les ouvertures d’établissements nouveaux ou refaits à neuf seront nombreuses
en 2006. Au mois de mai, c’est l’Orangerie qui ouvrira ses portes avec l’aide de la Réunion des musées nationaux. En juin, ce sera l’ouverture du magnifique
musée du quai Branly, dédié aux arts premiers.

Enfin, en septembre, le musée des arts décoratifs rouvrira ses portes dans
l’enceinte du Louvre, après une restructuration complète.

Nous allons poursuivre la réalisation du musée des civilisations européennes et
méditerranéennes à Marseille, avec la fin de la réhabilitation du fort Saint-Jean
et le chantier des collections qui va s’ouvrir.

Le programme « création »

Vous savez combien je suis attaché, dans le secteur du spectacle vivant
comme dans tous les autres, à développer une politique d’emploi de qualité.

Je vous l’ai dit, cette année la priorité va au patrimoine, mais aussi à la création,
notamment au spectacle vivant et aux arts plastiques.

Dans chacun des domaines du spectacle vivant, la présence des créateurs sera
renforcée, dès 2006, au sein des lieux de production et de diffusion. Des
mesures spécifiques, dans chaque discipline, qui visent à mieux associer les
créateurs aux équipes de direction, à faciliter leur résidence dans les théâtres
généralistes comme dans les institutions spécialisées, sont détaillées dans les
plans sectoriels de mon action en faveur du spectacle vivant, comme je l’ai fait
la semaine dernière pour les musiques dites classiques à Strasbourg.

Au moment où l’on assiste, sur les plateaux, à un dialogue fécond entre les arts
du spectacle, notre responsabilité est de faciliter, par des moyens budgétaires
et contractuels, un meilleur partage des équipements. Au-delà des réalités
budgétaires, c’est une valeur permanente et fondamentale que nous défendons
ainsi : celle de l’ouverture d’esprit.

Il ne s’agit pas de « prendre » au théâtre pour « donner » à la musique ou à la
danse, cela n’aurait aucun sens à mes yeux, et je suis convaincu que des lieux
de création hautement spécialisés sont et restent indispensables. La question
est pour moi d’encourager, dans le réseau très large d’équipements
généralistes dont la France est dotée, la naissance de projets qui, dans le plus
grand respect de l’indépendance artistique des créateurs et des
programmateurs, comme vous avez pu le constater cet été, sont ouverts à la
rencontre entre les disciplines, les artistes, les interprètes et un public en
attente de propositions diverses et cohérentes, signées mais ouvertes.

La création bénéficie de 901 millions d’euros, soit une progression de 1,8 %
avec en particulier une progression de 3,4 % des moyens pour le spectacle
vivant.

Elle conforte à la fois les marges artistiques des grandes institutions, comme
l’Opéra de Paris ou l’Opéra comique, et les compagnies. Dans la nouvelle
présentation budgétaire, 601 millions d’euros sont consacrés au spectacle
vivant. D’autres crédits, en particulier les crédits de formation, se trouvent
inscrits dans le troisième programme, celui de la transmission des savoirs. En
reconstituant le périmètre de l’an passé, le total des crédits pour le spectacle
vivant s’élève ainsi à 775 millions d’euros, ce qui représente une augmentation
de 22 millions d’euros par rapport à l’an dernier. Je veillerai à ce que
l’autorisation budgétaire, comme en 2005, soit intégralement préservée et je
flécherai un certain nombre de crédits pour l’emploi.

Le théâtre et la musique seront marqués en 2006 par la réouverture de deux
grands lieux : à la fin du premier trimestre, la salle Claudel du théâtre de
l’Odéon et, à l’automne, la salle Pleyel. Ces deux grands équipements de
renommée internationale manquaient à la France depuis leur fermeture pour travaux. Je suis heureux qu’ils puissent accueillir à nouveau des productions de
qualité. Parallèlement, la poursuite d’une programmation distincte à la salle
Berthier, partie intégrante du théâtre de l’Odéon, permettra d’accueillir des
compagnies indépendantes ou de régions et d’enrichir la palette des spectacles
proposés à Paris.

Ces réouvertures n’achèvent pas la question des salles de spectacle à Paris et
notamment celle d’un grand auditorium, qui reste à l’étude, et qui est cher à
Pierre Boulez. Je n’y ai pas renoncé. C’est un projet qui exige un partenariat.

A côté de ces grandes institutions, les centres nationaux de production
continuent de faire l’objet de toute l’attention de l’Etat, comme je l’ai annoncé.

Le Temps des arts de la rue, que j’ai lancé cette année en février, se
poursuivra, afin de structurer les lieux de production et les compagnies et
d’inciter les lieux généralistes et tous les espaces de notre patrimoine à s’ouvrir
davantage aux arts de la rue.

Vingt-neuf millions d’euros seront consacrés aux arts plastiques, soit 10 % de
crédits supplémentaires en crédits centraux. Ces équipements structurants
concernent le Palais de Tokyo, mais aussi la manufacture des Gobelins et le
Mobilier national. La galerie Formigé permettra d’exposer leurs exceptionnelles
collections.

Le Grand Palais a accueilli 300 000 visiteurs depuis sa réouverture. C’est pour
moi un lieu phare de la création, qui a vocation à accueillir les manifestations
les plus prestigieuses de la création française.

Le programme « transmission des savoirs et démocratisation de la culture ».

Enfin, le troisième programme de la mission « culture » est celui qui comporte
l’essentiel des coûts de personnel et de fonctionnement du ministère, mais
aussi l’éducation artistique et les enseignements, auxquels j’attache la plus
haute importance.

Ces efforts pour l’éducation artistique et culturelle se font en majorité dans les
directions régionales des affaires culturelles, mais également dans les grands
établissements publics : ces aides représentent près de 40 millions d’euros.

J’entends, avec mon collègue Gilles de Robien, relancer cette grande ambition.

L’action internationale, avec 19 millions d’euros, constitue un axe essentiel de
mon action, et l’importance que je lui accorde ne se mesure pas uniquement
en termes de crédits. Notre action dans ce domaine a une dimension
symbolique et politique essentielle, qu’illustrent, par exemple, la convention de
l’UNESCO sur la diversité culturelle, qui se conclura en octobre, ou la
construction de l’Europe de la culture, que nous avons préparée, ici même, lors
des Rencontres organisées en mai dernier. Les progrès de la convention sur la
diversité culturelle montrent que lorsque l’on gagne en amont la bataille des
idées, lorsque l’on définit une conception juste de notre action, les résultats sont
là. A l’Unesco, le résultat est qu’il n’y a eu qu’une seule voix contre, au conseil
exécutif, et que la proposition de convention sera donc examinée par la
conférence générale.

Soutenir et défendre la diversité de nos créations et de nos industries
culturelles, dans le domaine du disque en particulier, c’est aussi relancer
l’investissement et permettre la prise de risque. C’est pourquoi j’étudie
actuellement – avec Jean-François Copé – la création d’un crédit d’impôt pour
les PME du disque. Pour les très petites entreprises de ce secteur, je vous
annonce qu’un fonds d’avance remboursable sera ouvert dès janvier 2006 et
doté de 2 millions d’euros. Ces deux mesures doivent permettre de recréer
1500 emplois directs et indirects dans ce secteur.

MISSIONS « MEDIAS ET CINEMA »

La production cinématographique et audiovisuelle

Le cinéma et l’audiovisuel ont bénéficié de mesures importantes en 2004 et en
2005, tout particulièrement sur le plan fiscal : un crédit d’impôt en faveur de la
production cinématographique a été adopté en 2004. J’ai souhaité que son
plafond soit rehaussé en 2005, et étendu à la production audiovisuelle cette
même année.

J’ai également encouragé l’implication croissante des Régions dans le
financement de ce secteur : ainsi les fonds régionaux créés en 2004 ont
continué, sous cette impulsion, à se développer en 2005 et ont été étendus à la
production audiovisuelle.

Le temps est venu de faire un premier bilan de ces dispositifs : les résultats
sont au rendez-vous.

En volume tout d’abord. Outre les ressources du compte de soutien, soit
491 millions d’euros en 2005, ce sont quelque 110 millions d’euros qui ont été
injectés dans la production cinématographique, dont 44 millions d’euros au titre
des fonds régionaux, 73 millions d’euros au titre des crédits d’impôt, le reste
provenant des SOFICA [sociétés pour le financement de l’industrie
cinématographique et audiovisuelle]. La production audiovisuelle a bénéficié
pour sa part de 49,5 millions d’euros en 2005 sur ces ressources.

Le bilan en termes d’emplois, et cet aspect est essentiel, est également très
positif : les crédits d’impôt ont permis de créer ou de préserver plus de 3 000
emplois dans le secteur de la production cinématographique et audiovisuelle,
dont 2 200 dans le cinéma.

Ces bons résultats me conduisent à chercher avant tout à consolider et à
amplifier l’ensemble de ces dispositifs. Je souhaite ainsi que le régime des
SOFICA, qui a fait la preuve de son efficacité en s’adaptant sans cesse aux
changements dans son environnement, soit modernisé et conforté. J’ai
demandé au Centre national de la Cinématographie (CNC) d’améliorer la
transparence de leur gestion, et d’accentuer l’effet de levier de leurs
investissements dans la production, en favorisant encore davantage la prise de
risque et le soutien de la jeune création.

J’ai tenu à stimuler l’audace et à récompenser les talents les plus créatifs de
l’écriture audiovisuelle, en demandant au CNC de mettre en place un fonds à
l’innovation, qui est désormais totalement opérationnel : mon budget le dote de
4 millions d’euros en 2006, à travers deux programmes, le premier portant sur
l’aide à l’écriture, destinée aux auteurs, le second sur l’aide au développement,
pour soutenir les producteurs qui s’engagent à produire les oeuvres aidées par
le premier.

Je veux aussi, comme je l’ai annoncé à Clermont-Ferrand, soutenir en 2006 le
court métrage, par des aides renforcées, bien sûr, mais aussi par l’amélioration
des conditions de diffusion du court métrage à la télévision et sur les nouveaux
supports : à ma demande, une mission vient d’être confiée par Véronique
Cayla, directrice générale du CNC, à M. Alain Rocca, producteur, pour réfléchir
aux moyens d’encourager ces diffusions et ainsi trouver de nouvelles
ressources de financement.

2006 sera, je l’espère, une année plus propice à la croissance des entreprises
du secteur cinématographique et audiovisuel. C’est à la fois un objectif en soi,
et c’est également le moyen d’alimenter les programmes gérés au sein du
compte de soutien du CNC : avec une prévision de dépenses de 495,5 millions d’euros pour 2006, le compte de soutien reste le principal pourvoyeur de
ressources publiques aux entreprises de ce secteur, et une consolidation de
son niveau d’activité est prévue en 2006 (de 5 millions d’euros par rapport à
2005).

Le CNC poursuivra son travail de modernisation, là aussi, dans l’esprit de la
« LOLF ». Cette modernisation, menée conjointement avec le ministère de
l’économie et des finances, prendra sa forme définitive en 2007. A plus court
terme, il faut réfléchir à une dynamisation des recettes du compte de soutien en
prenant, notamment, en compte ce qu’on appelle la convergence : les services
nouveaux qui diffusent des oeuvres, quelles qu’en soient les modalités
techniques, doivent contribuer à l’alimentation du compte de soutien.

Enfin, j’ai deux préoccupations majeures, également prises en compte dans le
budget 2006.

La première est qu’il nous faut sans cesse consacrer des moyens importants à
la sauvegarde de notre patrimoine et à la conservation de notre mémoire. Je
tiens à souligner la constance de l’effort de l’Etat en faveur de la restauration
des films et de l’activité des Cinémathèques, notamment la magnifique
Cinémathèque française, que nous venons d’inaugurer tous ensemble lundi 26
septembre : 21 millions d’euros seront consacrés à ces programmes en 2006.

Au-delà des soutiens financiers, budgétaires et fiscaux, l’Etat doit aussi veiller à
ce que les conditions premières de la création – c’est à dire le respect des
auteurs, des artistes et de leurs droits – soient réunies. Afin de protéger les
droits dans l’univers numérique, de l’Internet et du mobile, j’ai souhaité
encourager la lutte contre la contrefaçon et la promotion des offres légales en
ligne. Deux accords sont en cours de négociation, l’un en faveur de la « riposte
graduée » et l’autre en faveur de la diffusion des oeuvres en vidéo à la
demande. Je souhaite que ces accords aboutissent rapidement, afin que le
cinéma et l’audiovisuel ne connaissent pas en 2006 les difficultés que l’industrie
du disque a connues en 2003.

L’audiovisuel public : des ressources publiques en progression grâce à une
réforme efficace
S’agissant de l’audiovisuel public, le projet de loi de finances pour 2006 marque
une étape importante dans les projets de réforme engagés par le
Gouvernement. Il permet de consolider la réforme de la redevance, qui accroît
son rendement et augmente les moyens du service public de l’audiovisuel, sans
alourdir la charge fiscale pesant sur chacun des foyers français.

Les ressources de la redevance atteindront plus de 2 720 millions d’euros
(TTC) en 2006, soit une progression de 3 %, ou 77 millions d’euros hors taxes,
par rapport à la loi de finances initiale pour 2005. Plus des trois quarts du
budget de l’audiovisuel public sont ainsi financés par des ressources publiques.

Cette réforme de la redevance audiovisuelle, initiée en 2005, entrera
pleinement et définitivement en vigueur en 2006. Son efficacité légitime la
redevance audiovisuelle et permettra au service public de poursuivre une
politique de programmes fondée sur la diversité et la qualité, ainsi qu’une
gestion rigoureuse des organismes qui le composent.

L’année 2006 sera très importante pour la stratégie de l’audiovisuel public, avec
la négociation et la conclusion des contrats d’objectifs et de moyens des
organismes du service public.

La signature du contrat d’objectifs et de moyens de l’Institut national de
l’audiovisuel est prévue pour la fin de l’année 2005 et celle concernant les
autres sociétés pour les premiers mois de 2006 : les discussions avec le
10
nouveau président de France Télévisions et ses équipes vont commencer. Les
négociations sont également en cours avec Radio France et démarreront
prochainement, conjointement avec le ministère des affaires étrangères et
Radio France internationale (RFI).

Il est en effet essentiel, pour l’avenir du service public de l’audiovisuel, de
marquer la volonté du Gouvernement d’inscrire la spécificité et le financement
des missions du service public de l’audiovisuel dans un cadre pluriannuel,
négocié avec les responsables des organismes, en n’oubliant jamais les
téléspectateurs et les citoyens qui sont nos principaux partenaires et avec
lesquels nous devons nouer un dialogue direct et fécond.

L’identité du service public audiovisuel renforcée
Le budget global du service public de l’audiovisuel, en comptant les ressources
propres des organismes, progresse au total de 3,1 % en 2006. Ces moyens
supplémentaires, soit 109 millions d’euros par rapport à 2005, seront
principalement affectés au renforcement de la qualité et de la diversité des
programmes, ainsi qu’aux dépenses de modernisation nécessaires.

Mon objectif pour 2006 est le rassemblement de l’ensemble du public autour de
programmes de qualité. Cela implique une politique ambitieuse d’offre de
programmes de référence.

France Télévisions devra consacrer la majeure partie de ses moyens
supplémentaires, soit 53 millions d’euros, résultant de l’augmentation de 3 % de
la dotation publique du groupe et des économies réalisées, à l’amélioration de
l’offre de programmes.

Ce groupe aura, en 2006, plusieurs priorités – outre l’application stricte de la loi
du 11 février 2005 sur le sous-titrage destiné aux personnes sourdes et
malentendantes :

– d’abord, la consolidation claire et visible des missions de service public, en
particulier pour France 2 et France 3, avec un objectif précis de
complémentarité de leurs programmes ;

– ensuite, le renforcement de l’attractivité des chaînes en développant sur la
télévision numérique terrestre (TNT), France 4 et France 5 dans la perspective
d’un élargissement de la couverture de la télévision numérique hertzienne
terrestre à 85 % de la population dès le début 2007, en attendant que
l’ensemble de la population française reçoive les programmes de la TNT et,
dans les tout prochains jours, le rapport et les propositions du groupe de travail
du Conseil supérieur de l’audiovisuel et de la Direction du développement des
médias sur ce sujet ;

– France Télévisions devra également participer pleinement au développement
des nouvelles technologies, en particulier l’introduction de la Haute Définition
sur la TNT ;

– Enfin, le groupe doit assurer une contribution plus riche et plus diversifiée à la
création audiovisuelle et cinématographique. Le président de
France Télévisions a annoncé son intention de consacrer 20 millions d’euros
supplémentaires par an sur cinq ans à la création d’oeuvres françaises
originales, soit 100 millions d’euros. C’est une excellente chose. Je veux
rappeler la priorité qu’il faut accorder à la recherche de l’innovation et à la
diversité des formats dans le domaine de la fiction.

Je souhaite aussi que le renforcement constant des moyens de France
Télévisions lui permette de favoriser l’emploi des professionnels de
l’audiovisuel. Cela implique de poursuivre et d’amplifier le mouvement de relocalisation des tournages en France et d’améliorer les conditions d’emploi
des artistes et techniciens du spectacle. C’est notamment pour ces raisons que
j’avais, à la fin de l’année 2004, obtenu de Jean-Pierre Raffarin, Premier
ministre, une dotation supplémentaire de 15 millions d’euros.
Arte France bénéficiera d’une augmentation de 3,1% de sa dotation publique
par rapport à 2005 et s’attachera à consolider sa grille de programmes.

Elle
maintiendra son effort en faveur de la création d’oeuvres audiovisuelles
innovantes, dans un contexte d’élargissement de la diffusion de ses
programmes.

Radio France voit ses ressources publiques pour 2006 progresser de 13,12
millions d’euros, soit de 2,72 % par rapport à 2005. Les principaux axes de son
contrat d’objectifs et de moyens, en cours de négociation, concernent l’offre de
programmes, la diffusion numérique et le financement du projet immobilier de
mise en sécurité et au-delà, de rénovations de la Maison de la radio.

Dans l’attente de sa conclusion, Radio France devra poursuivre en 2006 ses
principaux projets :

– le développement de la diversité et de l’attractivité de ses programmes, grâce à
l’ouverture des antennes à de nouveaux talents et à une attention particulière
portée aux attentes et aux nouveaux usages des auditeurs, notamment au
moyen des études et sondages ;

– la poursuite de son plan de numérisation et le déploiement de ses stations
locales dans le cadre du « Plan Bleu ».

Par ailleurs, Radio France a engagé dès 2005 un important chantier pour
répondre aux problèmes de sécurité de l’ensemble de la Maison de la Radio.

Les travaux de réhabilitation de grande ampleur débuteront dès 2006 et seront
l’occasion d’une totale modernisation de la Maison de la Radio. Le futur contrat
d’objectifs et de moyens de Radio France devra déterminer le schéma financier
pluriannuel de cette rénovation d’envergure.

Je souhaite que les négociations du contrat d’objectifs et de moyens soient
pour RFI l’occasion de faire aboutir sa réflexion sur ses priorités géographiques,
son audience et sa politique des langues. La processus de numérisation et de
diffusion par Internet, engagé en 2003, devra être poursuivi. La redevance
affectée à RFI en 2006 progresse de 4 % par rapport à 2005, à 55,86 millions
d’euros. La dotation du ministère des affaires étrangères demeure stable à
72,13 millions d’euros, ce qui porte le total des ressources publiques à 128
millions d’euros.

Dans l’attente de la signature de ce contrat d’objectifs et de moyens, les
moyens affectés à RFI en 2006 seront consacrés à la modernisation de la
société.

L’accélération du plan de sauvegarde et de numérisation est au coeur du
prochain contrat d’objectifs et de moyens de l’Institut national de l’audiovisuel,
qui sera conclu à la fin de l’année 2005, pour la période 2005-2009. Il doit
permettre de numériser à l’horizon 2015 l’intégralité des fonds audiovisuels en
fonction de leur état de dégradation. C’est l’une des priorités du budget de
l’audiovisuel public pour 2006, ce qui justifie une dotation en progression de 4,1
% avec une hausse de 3 millions d’euros.

Les autres objectifs de l’Institut sont le développement de la mise à disposition
du public et de l’exploitation commerciale des fonds et l'extension, puis la
stabilisation, du périmètre du dépôt légal.

La Presse écrite

La presse écrite contribue de manière essentielle à l’information des citoyens et
à la diffusion des courants de pensées et d’opinions dans notre démocratie.

C'est la raison pour laquelle l’État s’attache, de longue date, à garantir la liberté
de la presse, à soutenir le développement de sa diffusion, à conforter les
conditions de son pluralisme et de son indépendance, et à favoriser sa
modernisation. La loi de finances pour 2005 avait consacré à la presse des
moyens exceptionnels par leur ampleur, en progression – à périmètre constant –
de près de 30 % par rapport à l'année précédente, tandis que les seules aides
directes à la presse faisaient plus que doubler.

Avec un budget total de 280 millions d’euros, le projet de loi de finances pour
2006 consolide à la hausse l’effort sans précédent de 278 millions d’euros
consenti cette année. Après avoir franchi un palier très important en 2005, cette
persévérance dans le soutien à la presse écrite, dans un contexte où les
finances publiques restent fortement contraintes, marque la cohérence de
l’action du Gouvernement et sa volonté d’encourager le développement de
l’indépendance économique et de stratégies éditoriales efficaces.

Cela implique évidemment une mobilisation de tous et avant tout de la presse
elle-même, pour améliorer vite et efficacement la diffusion des titres de presse.

C’est pourquoi l’Etat concentrera son effort sur la modernisation du secteur et le
développement à long terme du lectorat, tout en respectant ses engagements.

Le respect des engagements de l’État

La dotation prévue pour les abonnements de l’État à l’Agence France-Presse,
soit 107,8 millions d’euros, est conforme à la norme de progression de 2 % par
an fixée dans le contrat d’objectifs et de moyens conclu avec l’Agence.

L’enjeu
essentiel pour l’Agence est aujourd’hui de mettre en oeuvre une stratégie de
redressement et de développement prenant en compte les mutations
technologiques qui affectent le marché mondial de l’information et la
concurrence des autres agences de presse. En contrepartie de cet effort
financier de l’État, l’AFP s’est engagée à parvenir à l’équilibre financier à
l’horizon 2007, dernière année couverte par le contrat d’objectifs et de moyens,
grâce au développement de ses recettes commerciales et à un effort soutenu
de maîtrise de sa gestion.

L’aide au transport postal de la presse d’information politique et générale, dotée
de 71,5 millions d’euros, évolue conformément aux engagements pris dans le
cadre de l’accord signé le 22 juillet 2004 entre l’État, la presse et La Poste, afin
de garantir l’avenir du transport postal de la presse.

L’aide à la modernisation de la distribution de la presse quotidienne nationale
est maintenue, à l’appui de l’effort de restructuration que poursuivent les
Nouvelles messageries de la presse parisienne (NMPP), afin de ramener les
coûts de distribution de la presse quotidienne nationale à un niveau
économique et financier raisonnable. Les bons résultats, récemment dégagés
par la société de messageries, liés aux effets de cette aide, permettent de fixer
le niveau de cette aide à 8 millions d’euros en 2006.

L’engagement traditionnel de l’État en faveur du pluralisme est poursuivi et
renforcé : l’aide aux quotidiens nationaux d'information politique et générale à
faibles ressources publicitaires verra ainsi sa dotation progresser de 7,5 %,
pour atteindre un montant total de plus de 7 millions d’euros. Cette mobilisation
supplémentaire traduit la volonté de renforcer le soutien apporté aux titres
concernés, qui pour la plupart traversent une conjoncture financière
particulièrement difficile. Cela permettra de préserver leur indépendance et leur
indispensable contribution au pluralisme de l’information.

Enfin, les aides à la diffusion verront leurs dotations stabilisées.

Un budget ambitieux tourné vers l’avenir de la presse écrite
Comme en 2005, j’ai voulu que les crédits dédiés à la presse écrite appuient
prioritairement les efforts engagés pour conforter les conditions de son
indépendance économique et de son développement futur, qu’il s’agisse de la
modernisation des entreprises, du développement du lectorat ou de la
recherche d’une plus grande autonomie financière.

Plus de 60 millions d’euros seront mobilisés en 2006 pour soutenir des
initiatives dites structurantes ou innovantes, avec pour objectif de créer ou de
conforter, sur le long terme, les conditions du développement de la presse
écrite et de son indépendance économique, indispensables au maintien du
pluralisme de l’information et à la vitalité du débat démocratique.

Trente-et-un millions d’euros seront mobilisés pour continuer d’accompagner la
modernisation sociale de la fabrication de la presse quotidienne, qu’elle soit
nationale, régionale ou départementale.

S’agissant de la presse quotidienne régionale et départementale, les pouvoirs
publics se tiennent prêts à organiser rapidement un dispositif de soutien
comparable à celui mis en place pour la presse parisienne, sur la base de
l’accord sectoriel que négocient actuellement les partenaires sociaux en région.

L’effort en faveur de la modernisation du réseau des diffuseurs sera renforcé,
afin notamment de prendre en compte les besoins liés à l’informatisation des
points de ventes ; les crédits correspondants seront portés à 4 millions d’euros,
soit une progression de près de 15 % par rapport à 2005. Qui ne voit que, dans
ce domaine comme dans d’autres, l’offre de proximité, des kiosques pour la
presse, comme celle des librairies pour le livre, permet des rencontres
fécondes ?

Les crédits du fonds d'aide à la modernisation de la presse quotidienne et
assimilée d'information politique et générale spécifiquement destinés aux
projets de modernisation des entreprises augmenteront de près de 20 % pour
atteindre un montant de 23 millions d’euros.

L’effort en faveur du développement du lectorat des jeunes sera consolidé, et
les crédits mobilisés à cette fin verront leur montant progresser de près de 15 %
pour atteindre 4 millions d’euros.

Enfin, de nouvelles mesures destinées à améliorer l’autonomie financière et la
capacité d’investir des entreprises de presse seront mises en place. En
particulier, le défaut de fonds propres est une caractéristique récurrente des
entreprises de presse.

Plusieurs mesures nouvelles de nature à les renforcer seront mises en oeuvre
dès 2006. La création d’un fonds de garantie dédié aux entreprises de presse
au sein de l’Institut pour le financement du cinéma et des industries culturelles
(IFCIC) facilitera l’accès de ces entreprises aux prêts bancaires nécessaires au
financement de leurs investissements.

Vous le voyez, l’Etat fournit un effort sans précédent en faveur de ce secteur
essentiel à la démocratie.

Au total, ce budget traduit mon ambition pour ce ministère et le défi auquel il est
confronté dans une conjoncture budgétaire difficile : répondre au maximum
possible à toutes les impatiences qui s’expriment dans chacun des secteurs
dont nous avons collectivement la charge, afin qu’aucun d’entre eux ne se sente négligé ou oublié et, dans le même temps, tracer des priorités qui
engagent l’avenir, des priorités claires et lisibles. Des priorités que j’espère
partagées. Parce que notre culture est notre bien commun. La défendre, la
promouvoir aujourd’hui, c’est tout simplement donner à chacun de nos
concitoyens des chances humanistes et à notre pays une attractivité renforcée.

Remise des insignes de Chevalier dans l'Ordre national du Mérite à Sophie Davant

27 septembre 2005

Chère Sophie Davant,

Je suis très heureux de distinguer rue de Valois, l’une de nos plus
célèbres animatrices de télévision, fidèle au service public depuis,
qu’étudiante en journalisme, vous avez fait un stage comme rédactrice
à Antenne 2 en 1986.

Après vos études, à Bordeaux, vous obtenez une maîtrise de langues
étrangères appliquées anglais-allemand. Vous envisagez un temps
d’entreprendre une carrière professionnelle dans la commercialisation
des vins de Bordeaux. Mais, à la faveur de rencontres avec des amis,
vous découvrez votre vraie passion, le journalisme. Et vous décidez
d'en faire votre métier.

Vous étudiez donc le journalisme à l'IUT de Bordeaux. Puis, après votre
stage de rédactrice à Antenne 2, vous intégrez le 19/20 de FR3. En
1987, vous commencez à présenter la météo sur Antenne 2. Depuis
1992, vous êtes devenue, et vous êtes toujours, chef du service météo
de France 2. La météo est un rendez-vous quotidien très prisé des
téléspectateurs, qui ont toujours apprécié votre énergie, votre sourire,
votre optimisme, votre dynamisme.

En 1989, vous animez avec Didier Régnier Aventures Voyages et vous
commencez à intervenir sur le plateau de Télématin. En 1990, vous
présentez en compagnie de Patrice Laffont, chaque samedi soir,
toujours sur France 2, et pendant deux saisons, la célèbre émission de
jeu Fort Boyard, de Jacques Antoine, qui est l’un des plus grands
succès du service public.
Le service public est une grande famille…Lorsque vous épousez Pierre
Sled, le 14 septembre 1991, votre union est célébrée à l'église, dans le
village de Loupiac, près de Bordeaux, par le père Pierre Darrigaud, qui
est également journaliste à Matin-bonheur sur Antenne 2.

De janvier à juin 1992, vous présentez, tous les vendredis soirs, un
divertissement novateur, Sur la piste de Xapatan, au beau milieu du
Mexique, depuis un 4X4. Puis, vous animez l’émission hebdomadaire
Sportissimo avec Gérard Holtz de septembre à Novembre 1992 et «
Trophée » Campus, le jeu hebdomadaire interuniversitaire de juillet à
août 1995.

Depuis septembre 1998, vous animez l'émission du matin de France 2
C'est au programme, qui rencontre un succès toujours renouvelé. En
une heure et demie de direct, ce magazine traite d’une grande variété
de sujets, depuis les tâches les plus quotidiennes des téléspectateurs
jusqu’à l’actualité culturelle, en passant par les problèmes de santé et
les phénomènes de société. Vous fédérez ainsi l’une des meilleures
audiences des matinées, toutes chaînes confondues, avec un public de
plus en plus jeune. C’est une belle performance, que je tiens à saluer.

Sans doute le public est-il sensible à votre caractère authentique,
espiègle parfois, drôle souvent, populaire et toujours sincère. Marie-
France Brière vous disait à vos débuts, qu’il fallait dix ans pour faire un
bon animateur. La présentation est un métier qui s’apprend sans cesse
et qui exige une perpétuelle remise en question.

Votre grand professionnalisme, votre maîtrise du direct, votre
dynamisme, votre aisance, votre finesse crèvent l’écran.

Vous faites partie de ces journalistes engagés, qui mettent au service
d’une grande cause leur expérience et leur talent, et ce, depuis plus de
seize ans. Je veux bien sûr parler du Téléthon, dont vous êtes devenue
le symbole et dont vous partagez le succès avec Gérard Holtz, aux
côtés de qui vous vous êtes totalement impliquée, dès le lancement de
cette aventure unique. Vous avez tous les deux réussi à fidéliser la
générosité des Français, réunis autour de cette mobilisation, de ce
grand élan populaire, pour défendre la cause des malades et de la
recherche médicale. La force de conviction et la passion qui vous
animent, pendant cette émission particulièrement longue, demande un
énorme travail, pour favoriser les appels aux dons, dans les conditions
qui sont celles du direct, mais aussi de la fête, de l’émotion et des
informations. Elles sont remarquables et forcent l’admiration. C’est
l’émission la plus longue du monde ! Elle est en direct et vous y
travaillez sur tous les registres, des interviews scientifiques ou intimistes
au suspense, en passant par l’émotion, les larmes, le divertissement. Et
chaque fois, votre enthousiasme contribue à déclencher la formidable
mobilisation des Français.

Je tiens à vous rendre hommage, ainsi qu’à
tous les professionnels, à toutes les équipes, à tous les bénévoles qui,
avec vous, répondent à la souffrance des malades, à leur angoisse
aussi, et à celle de leurs proches, et les accompagnent, en leur donnant
les moyens et l’énergie de se battre. C’est un beau combat, c’est un
combat nécessaire. Et nous pouvons nous réjouir des progrès
remarquables qui ont pu être accomplis grâce à l’accompagnement et à
la recherche permis par le Téléthon, par l’Association française contre
les myopathies, par toutes les associations et les institutions impliquées
dans ce combat exemplaire qui concerne l’ensemble de la société et
donc, au premier chef, les acteurs des médias.

Chère Sophie Davant , au nom du Président de la République et en
vertu des pouvoirs qui nous sont conférés, nous vous faisons Chevalier
dans l’Ordre national du Mérite.

Installation du Conseil supérieur des archives à Paris

27 septembre 2005

Messieurs les Présidents,

Mesdames et Messieurs les Directeurs,

Mesdames, Messieurs,

Je suis très heureux de vous accueillir rue de Valois.

A l’honneur qui m’était fait le 27 septembre 2004 d’ouvrir vos travaux, succède
aujourd’hui l’émotion d’installer le conseil supérieur des archives dans une
nouvelle formation et ce pour les trois ans qui viennent. C’est l’occasion pour
moi de saluer le travail éminent effectué par le conseil supérieur tout au long
de la période 2002-2005 et cet hommage s’adresse, bien sûr, à la plupart
d’entre vous, qui avez servi et éclairé mon action, ainsi que celle de mes
prédécesseurs, tout au long de cette période. J’ai souhaité que la composition
du conseil évolue et je me réjouis d’accueillir plusieurs nouveaux membres
parmi vous.

Je voudrais saluer tout d’abord Monsieur Marc Sanson, conseiller
d’Etat, qui a accepté de bien vouloir occuper le poste de vice président du
Conseil supérieur des archives, aux côtés de Monsieur René Remond,
renouvelé dans ses fonctions. Plusieurs personnalités qualifiées font
aujourd’hui leur entrée au sein de ce conseil.

Je souhaite la bienvenue à Monsieur Marc Ferro, à Monsieur Michel Sementry,
à Monsieur Hubert Tison, à Madame Claire Berche, à Madame Hélène Say et
à Madame Agnès Vatican.

Vous savez combien les missions de ce ministère de la culture et de la
communication, couvrent un large spectre.

Mais, il s’il en est une, cardinale à mes yeux, qui donne sens à toutes les
autres, ce sont les archives.

Les Archives nationales, dans leur implantation prestigieuse du Marais,
forment la partie visible d’un ensemble beaucoup plus vaste, implanté en
région parisienne, en région et jusqu’au réseau des archives départementales,
qui irrigue l’ensemble de notre territoire.

Les Archives nationales de France conservent aujourd’hui de la plus précieuse
charte, monument national en deux dimensions, à la plus infime paperole,
insignifiante aujourd’hui mais essentielle demain. L’Histoire de l’Etat, comme
celle de nos concitoyens, s’y lit, à livre ouvert, retraçant les faits, les noms, les
dates. Mais cette mémoire soigneusement conservée depuis des générations
ne serait qu’un amas muet et inutile sans les milliers d’agents, d’hommes et de
femmes, qui en ont la garde et la perpétuent. Le personnel des archives est
tout entier tourné au service du public.

Professionnels ou amateurs, français ou étrangers, érudits ou simples
curieux, historiens ou généalogistes, chercheurs ou simples citoyens en
quête de leurs racines, de leur passé individuel, familial voire national, tous et
toutes trouvent aux archives ce qu’ils cherchent : une meilleure connaissance
de leur objet d’études, et aussi, sans doute, la découverte d’une part d’eux-mêmes.

Les archives sont le matériau de l’Histoire, mais elles sont aussi le reflet des
parcours individuels, des existences humaines ; le passé “ des gens de peu ”,
pour reprendre le titre d’un livre de Pierre Sansot, dernièrement disparu, y est
tracé, comme celui des monarques. Conserver ces témoignages est une
mission sacrée. Les archives sont un bien commun qui ne souffre aucune
confiscation, aucune appropriation, aucun détournement. La mémoire est un
tout et nos sociétés ouvertes, démocratiques, plurielles, sont en mesure de
l’assumer et de tout faire pour la connaître. Pour la construire aussi, tant il est
vrai que la mémoire, individuelle comme collective, est faite d’un
sédimentation, qui retient, non seulement ce qu’on a décidé de garder
délibérément en souvenir, mais aussi tout le reste, qui peut surgir à tout
moment.

C’est ce rapport ouvert au temps, au futur, autant qu’au passé, qui me paraît
particulièrement fascinant, dans la haute mission dévolue aux Archives.

L’accomplissement de cette mission, a pu connaître des aléas et des
vicissitudes. Le passé recèle bien des épisodes où l’ouragan de l’histoire,
d’émeutes en guerres civiles, d’occupation étrangère en bombardements, a
menacé cet ensemble sans jamais l’atteindre. L’inscription des archives au
coeur de l’Histoire, dans la longue durée, est la preuve de leur incroyable
permanence. La mission archive est aujourd’hui, et plus que jamais,
fermement résolue dans ses buts et dans ses moyens. Et rarement, dans un
passé récent, les moyens matériels et humains consacrés à cette mission
n’ont été aussi conséquents. Car aujourd’hui, nous devons donner ou
redonner le goût de l’archive.

De l’association “ Une Cité pour les Archives ” à la décision du Président de la
République du mois de mars 2004, les énergies se sont catalysées pour
donner une nouvelle impulsion. J’en suis actuellement le dépositaire. Les
Archives nationales constituent une mission phare du ministère de la culture.

Aussi, certains propos me fâchent, car ils blessent toutes celles et tous ceux
qui oeuvrent à cette entreprise scientifique et politique. La « mort annoncée »
des archives, agitée ça et là, n’est, peut-être bien, en définitive, qu’une
manière d’assouvir le fantasme de leur disparition. Qu’il s’agisse de solder les
crimes du passé dont les archives ont – et c’est bien là leur rôle – recueilli les
preuves, ou de prophétiser le dépérissement de l’Etat, c’est bien l’idéologie et
la fausse conscience qui gouvernent ce discours paradoxal. Ceux qui aiment
les archives, servent et se servent de la mémoire de l’Etat, de la nation.

En
écrivant l’Histoire, ils construisent “ notre vivre ensemble ”. Ils savent que ce
“ bien de salut ” ne souffre pas de disparition, même fantasmée, pas plus qu’il
n’y eut de fin de l’histoire. C’est pourquoi un grand mouvement est désormais
engagé en faveur des archives.

Et les faits sont là.

La construction du nouveau centre des archives est lancée. D’une capacité
de 320 kilomètres linéaires, il est destiné à collecter, conserver et
communiquer les archives des administrations centrales de l’Etat depuis 1790
et pour les trente ans à venir. 119 Millions d’euros sont aujourd’hui investis
pour mener à bien cette construction. C’est là un projet immobilier majeur
pour le ministère de la culture et de la communication. Je suis fier que
l’architecte italien Massimiliano Fuksas construise aujourd’hui ce nouveau
bâtiment. C’est l’un des projets architecturaux majeurs en Europe à cette heure. Ce projet structure l’action de mon département ministériel pour les
cinq ans à venir, jusqu’à l’ouverture programmée en 2010.

La localisation du nouveau centre à Pierrefitte-sur-Seine est à la fois un choix
de continuité et de rupture. Sur ce territoire se mêlent en effet l’Histoire
nationale, avec la basilique de Saint-Denis toute proche, et une mémoire des
lieux fortement marquée par l'esprit d'entreprise, le travail et ses « luttes ».

Loin de cantonner les archives à la seule évocation du passé, fût-il glorieux
ou émouvant, ce choix projette les archives dans un espace en mouvement,
au sein d'une population jeune, active, plurielle. C'est un choix d'avenir, car le
nouveau centre des archives, ne sera pas une forteresse enfermant notre
précieuse mémoire, mais le miroir ouvert dans lequel la France de demain se
reconnaîtra. C’est aussi un choix pragmatique, proche des lieux
d’enseignement et de recherche, bien desservi par les transports publics.

En plus d’avoir lancé dans des délais record cette construction, j’ai engagé
les chantiers indispensables pour faire de ce bâtiment un outil performant et
moderne, un lieu de vie et de travail pour le personnel et les usagers, mais
aussi un espace de conservation et de pérennité pour les collections.

Pourtant mon ambition actuelle pour les archives dépasse un peu ce
gigantesque chantier. En effet, il ne paraît pas concevable d’ajouter une
pièce, aussi indispensable et imposante soit-elle, au dispositif actuel, sans
prendre la mesure de ce que peuvent être les archives pour la société
d’aujourd’hui. Les archives sont le matériau de la recherche contemporaine,
l’une des conditions essentielles de sa production, mais j’ai la conviction
qu’elles sont aussi une valeur, un vecteur d’identité, un facteur de cohésion
sociale pour l’ensemble de nos concitoyens. A ce titre, ce projet porte en lui
plusieurs dynamiques.

La première concerne la modernisation des structures administratives qui doit
à mon sens accompagner celle des outils. Le 24 mars 2005, j’ai confié une
mission d'étude sur “ L'organisation administrative des Archives nationales ”,
à Bernard Stirn, conseiller d'État et aux historiens Pierre Miquel, Patrice
Gueniffey, ainsi qu’à Patrick de Carolis, avant qu’il accède à la présidence de
France-Télévisions.

La mission doit me rendre ses conclusions d’ici la fin du mois d’octobre 2005 ;
elles viendront éclairer mes choix quant à la nature, quant aux modalités et à
la portée des réformes à engager.

La deuxième dynamique porte sur la fonction scientifique et culturelle du
nouveau centre. Un comité scientifique, composé de représentants des
usagers (universitaires, chercheurs, généalogistes) et de partenaires
institutionnels et professionnels, travaille depuis le 24 septembre 2004 auprès
de vous, Madame la directrice des archives de France. Il a pour objet
d'exprimer les attentes des publics des archives durant toute la phase
d'élaboration du projet et ce jusqu'à sa mise en oeuvre. C’est le laboratoire de
ce que tous les dépôts d’archives du pays sont en puissance : un vecteur de
l’éducation culturelle et civique.

La troisième dynamique concerne la nécessaire évolution technologique de la
fonction archive. L'archivage électronique prend une place prépondérante, à
la mesure de la révolution numérique qui est à l’oeuvre dans le domaine de la
production de l'information par les services de l'État.

Mon ambition ne se projette pas uniquement vers l’avenir et j’ai souhaité
renforcer les efforts actuellement engagés pour assurer la poursuite de
l’exercice de leurs missions par les Archives nationales, et en particulier la
collecte, jusqu'à l’ouverture du nouveau centre : il s’agit de la création d’une capacité de stockage supplémentaire de 24 km linéaires à Fontainebleau
pour assurer les accroissements jusqu’en 2010. Parallèlement, les travaux
nécessaires au bon fonctionnement des centres existants se poursuivent. La
réouverture du CARAN, salle principale de lecture du centre des archives
nationales de Paris, ne devrait souffrir d’aucun retard et être effective fin
2005.

Voilà tout ce qui est entrepris aujourd’hui pour donner ou redonner le goût de
l’archive, c’est à dire le goût de notre histoire, de notre destin.

Avant de passer à l’examen du premier point de l’ordre du jour, je tiens à
vous adresser un grand merci pour la tâche que vous avez déjà accomplie et
tous mes encouragements les efforts à venir.

Vous pouvez compter sur moi.

Je vous remercie.

Remise des insignes de chevalier dans l'ordre national du mérite à Meï-Chen Chalais

27 septembre 2005

Chère Meï-Chen Chalais,

Votre parcours est vraiment hors du commun. Comme vous le montrez, sans
fausse pudeur, dans votre autobiographie, La Licorne des rizières et dans
votre film L’Enfant des rizières, coproduit par Odyssée et TV5 et que vous avez
réalisé avec Dominique Maillet il y a deux ans, tout semblait s’être ligué pour
que, à peine commencée, votre vie s’arrêtât. Aussi bien les jungles hostiles de
votre pays natal – le Vietnam – que la guerre qui faisait rage à Diên Biên Phû.

Rien ne laissait supposer, que chassés par l’horreur des combats et des
représailles vous et votre famille puissent échapper à cette violence.

Forte de
vos racines, de votre identité, et de ce passé qui vous a profondément marqué,
vous avez fait trois rencontres décisives, trois hommes, chacun intimement lié
à l’histoire du Vietnam, et qui vous ont permis, non seulement de fuir la guerre
et les rizières ensanglantées, mais surtout, de forger votre propre destin.

Il y d’abord, bien sûr, votre père, général, et collaborateur du général Giap,
votre beau-père, capitaine et Français, qui vous sauve avec votre mère et vous
amène en France, et puis, bien sûr, François Chalais, le grand journaliste et
cinéaste, le seul grand reporter à avoir filmé le Nord Vietnam en pleine guerre
contre les Américains.

Hier, en inaugurant les nouveaux locaux de la Cinémathèque française, dans
le magnifique bâtiment de Frank Gehry, qui devient le nouveau temple de la
cinéphilie, je ne pouvais m’empêcher de penser à François Chalais, le grand
passeur de culture, qui a tant fait pour sortir la cinéphilie, l’amour et la passion
du cinéma, des salles, des revues et des cénacles confidentiels, pour les faire
partager par un très grand nombre de Français.

Votre rencontre, votre coup de foudre pour François Chalais, a certainement
changé votre vie et la sienne. Vous avez partagé sa vie et son oeuvre, vous
faites vivre aujourd’hui sa mémoire, son ambition, sa volonté. Et je pense qu’il
serait fier aujourd’hui, fier de vous, fier de votre action et votre oeuvre, fier de la
vitalité de la culture française, de la création, du cinéma et de l’audiovisuel et
du rôle de notre pays dans la promotion internationale de la diversité culturelle.

Vous y avez toute votre part, notamment avec le Prix François Chalais qui
récompense le talent d’un réalisateur qui a su montrer la réalité du monde
dans lequel nous vivons à travers une oeuvre de fiction. Je tiens à saluer votre
engagement et vos efforts pour perpétuer non seulement la mémoire de
François Chalais, mais aussi, je crois, le sens de sa vie, de votre vie, et de ce
qui nous réunit aujourd’hui.

François Chalais était un grand critique de cinéma. Il était, avec vous, très
proche du Festival de Cannes. Je me réjouis que nous ayons pu revoir ses
émissions à la télévision, à la suite de l’important travail de restauration que
vous avez conduit avec l’Institut national de l’audiovisuel. Pour ce qu’il
représente pour l’histoire du cinéma et de la cinéphilie, je suis très attaché à la
présence du Ministère de la culture et de la communication aux côtés du Prix,
qui permet de prolonger son travail de « passeur ».

Vous êtes aussi , Chère Meï-Chen, la productrice et la réalisatrice de très
nombreux portraits et de documentaires pour différentes chaînes de télévision,
comme France 3, TV5, Odyssée. Vos oeuvres ont été sélectionnées dans de
nombreux festivals, pour la qualité de votre travail. Vous êtes digne de la
tradition d’excellence que François Chalais vous a transmise, lui qui faisait
preuve d’une telle exigence, voire d’une certaine intransigeance, lorsqu’il
interviewait les vedettes du Festival de Cannes. Il n’avait pas de mots assez
durs, si je me souviens bien, pour qualifier les talents intermédiaires, lui qui ne
voulait valoriser que ce qui se faisait de mieux. Et c’est bien cela que nous
retrouvons aujourd’hui dans votre création, en tant qu’auteur, en tant que
réalisatrice.

Votre personnalité fait aussi de vous une amie des meilleurs professionnels et
des meilleurs talents de la création audiovisuelle et cinématographique
contemporaine. Vous avez cette formidable qualité de savoir réunir les gens
autour de vous, dans le cadre du Prix, mais aussi en participant à de nombreux
jurys de festivals. C’est une belle façon pour vous d’exprimer votre passion pour
la culture française, que vous servez admirablement. Je tiens donc à vous en
remercier et à saluer votre engagement de femme courageuse et rayonnante.

Chère Meï-Chen Chalais, au nom du Président de la République, et en vertu
des pouvoirs qui nous sont conférés, nous vous faisons Chevalier dans l’Ordre
national du Mérite.

Inauguration de la Cinémathèque française

26 septembre 2005

Monsieur le Président de la Cinémathèque, Cher Claude Berri,

Monsieur le Président de la Bibliothèque du film et de l’image, Cher Bernard
Latarjet,

Monsieur le Directeur général de la Cinémathèque, Cher Serge Toubiana,

Cher Martin Scorsese,

Mesdames, Messieurs,

Chers Amis,

Je suis très heureux de vous retrouver ce soir. En effet, cette magnifique
journée, qui est une grande fête du cinéma et du patrimoine
cinématographique, après celle de Versailles cet été, ne serait pas complète
sans le bonheur partagé de voir ensemble un film. La cinémathèque est le lieu
d’élection de la cinéphilie, c’est-à-dire de la passion, de l’amour du cinéma, et
c’est un grand moment de cinéma que nous allons vivre ensemble dans un
instant. Un grand moment de cinéphilie, car c’est bien aux cinéphiles, aux
Cahiers, cher Serge Toubiana, et à la Cinémathèque, que nous devons de
retrouver Jean Renoir à la juste place qui est la sienne dans l’histoire de l’art,
au panthéon des cinéastes.

Mais après avoir visité l’exposition permanente Passion Cinéma et l’exposition
inaugurale Renoir/Renoir, je tiens à vous féliciter et à vous remercier d’avoir
réussi à incarner ici, à travers ces deux expositions, non seulement la mémoire
vivante du cinéma, mais aussi l’ouverture du cinéma sur tous les autres arts, et
en particulier la photographie, la peinture, la musique.

Oui, je tiens à vous remercier, cher Claude Berri, d’avoir pris l’initiative de
l’exposition Renoir/Renoir, et d’en avoir confié le commissariat à Serge
Lemoine, Président du Musée d’Orsay et à Serge Toubiana, directeur général
de la cinémathèque. Et je tiens à féliciter les deux commissaires. Car vous
avez superbement réussi à montrer la richesse des confrontations et des liens
entre les arts et entre les générations de la famille Renoir, qui s’est illustrée
dans la peinture et le cinéma bien sûr, mais aussi la photographie, la
céramique et la musique. Les correspondances les plus fortes sont
évidemment celles qui s’établissent entre les toiles lumineuses de Pierre-
Auguste, issues notamment des collections du Musée d’Orsay, et les images
en mouvement des films de Jean, qui écrit dans son autobiographie, Ma vie et
mes films : « j’ai passé ma vie à tenter de déterminer l’influence de mon père
sur moi ».

Par l’exemple emblématique et rayonnant de cette grande famille pareille à
celle du cinéma, vous mettez en évidence les liens féconds entre les
différentes formes d’expression artistique qui unissent tous les éléments de
notre patrimoine, la peinture, mais aussi l’architecture, la littérature, le théâtre,
la chorégraphie, la musique, et le cinéma. On comprend, en visitant cette
exposition, pourquoi l’on a pu parler du cinéma comme d’un art total, tant il est
– je le dirais par référence au film de ce soir – presque au sens bouddhique du
terme, un grand véhicule de tous les autres arts.

Ces expositions nous rappellent combien la création filmique est une oeuvre
d’art, l’art de la lumière, du mouvement, de la couleur, et combien elle enrichit
de notre patrimoine.

Oui, les trésors de la Cinémathèque font assurément partie du patrimoine de
l’humanité, qu’il est de notre devoir et que nous avons à coeur de préserver et
de transmettre. Nous savons, cher Martin Scorsese, que ce combat est aussi le
vôtre. Je suis heureux de saluer votre engagement dans la Film Foundation,
que vous avez créée avec Woody Allen, Robert Altman, Francis Ford Coppola,
Clint Eastwood, Stanley Kubrick, George Lucas, Sydney Pollack, Robert
Redford et Steven Spielberg, pour protéger le patrimoine cinématographique,
restaurer les films et faire reconnaître les droits des créateurs. Car, selon vos
propres termes « l’oeuvre appartient au monde ». Tel est le sens de votre action
pour la sauvegarde des oeuvres et le respect des droits de leurs auteurs, pour
le patrimoine et la création.

Nous vous devons, cher Martin Scorsese, la restauration du Fleuve, et je tiens
à vous en remercier. Une image du film figure sur la page d’accueil du site
Internet de votre fondation, qui travaille aussi à sauver beaucoup d’autres chefs
d’oeuvre du cinéma mondial. Nous devons tout faire pour permettre aux
générations présentes et futures de connaître la richesse de ce patrimoine, qui
est fragile, parce qu’il fut considéré comme éphémère, parce qu’il n’était pas
conçu techniquement pour durer.

Votre combat, cher Martin Scorsese, rejoint l’action de la France, de l’Europe et
de très nombreux pays du monde pour faire reconnaître la diversité culturelle
dans le cadre de l’Unesco. Comme je vous l’ai dit le 5 janvier dernier, en vous
remettant les insignes d’officier de la Légion d’honneur, c’est une même
inspiration qui unit tous ceux qui, de part et d’autre de l’Atlantique et sur tous les
continents, ont à coeur de défendre l’expression des identités et de la créativité,
dans l’égale dignité de toutes les cultures. Je tiens à vous remercier, au nom de
la France, pour votre engagement permanent pour la liberté de l’esprit, et pour
faire vivre le cinéma que nous aimons tous, Français, Européens et Américains.

Le film que nous allons voir marque un tournant significatif dans la vie et
l’oeuvre de Jean Renoir. Après avoir touché au sommet de son art avec La
Règle du jeu, en 1939, celui que l’on a appelé « le Montaigne du cinéma
français » s’exile en Amérique en 1940. Après avoir réalisé un hommage aux
Résistants français, Vivre Libre, en 1943, puis aux combattants alliés, Salut à la
France, en 1944, après L’étang tragique, en 1941, L’Homme du sud en 1945,
Le Journal d’une femme de chambre, en 1946, Renoir ne rentre pas
directement en Europe après-guerre, pour tourner le Carrosse d’or, Le
Déjeuner sur l’herbe et le Testament du Docteur Cordelier. Il fait un détour par
l’Inde, où il ne cherche pas l’exotisme, mais les racines profondes de la
sagesse humaine. Le regard de Renoir est celui d’un Européen. Mais sa
rencontre avec les nuances et les couleurs de l’Inde, l’exploration intime des
personnages et la vision globale de l’existence qu’il nous révèle, acquièrent une
portée vraiment universelle et intemporelle. Et Satyajit Ray fut l’assistant de
Jean Renoir sur le tournage du Fleuve, quelques années avant de faire
sensation à Cannes, puis à Venise, avec la trilogie d’Apu, qui fit découvrir le
cinéma indien en Occident.

Le chef d’oeuvre que nous allons voir, découvrir ou redécouvrir dans un instant,
éclaire votre magnifique exposition d’une lumière singulière. C’est un film rare. Il
est de ceux que l’on ne peut découvrir qu’à la Cinémathèque. Ce premier film
en Technicolor de Jean Renoir est un hymne à la nature, à la fraternité
humaine, à la spiritualité et à la sensualité, une explosion de couleurs et de
contrastes.

Jean Renoir écrit à ce propos, dans Ma vie et mes films : « les végétations
tropicales offrent un choix limité de couleurs : les verts sont vraiment verts, les
rouges sont vraiment rouges. C’est pourquoi le Bengale, comme beaucoup de
pays tropicaux, est si favorable à la photographie en couleurs. Les couleurs n’y
sont pas vives, tout en n’étant pas mélangées. Leur légèreté fait penser à Marie
Laurencin, à Dufy et j’ose l’ajouter, à Matisse (…) Pendant le tournage du
Fleuve, nous pourchassâmes les demi-teintes (…) Bien entendu, le fleuve luimême
échappait à notre contrôle, aussi ajustions-nous les premiers plans par
rapport aux arrière-plans. »

Nous retrouvons là les liens qui vous sont si chers, cher Claude Berri, entre la
peinture et le cinéma. Nous retrouvons aussi, cher Martin Scorsese, les liens
entre le cinéma américain et le cinéma européen. Puisque je rappelle qu’après
être revenu en France, Jean Renoir s’était retiré définitivement dans sa maison
de Beverly Hills, en 1970, où il mourra neuf ans plus tard après avoir pris la
nationalité américaine. S’il repose à Essoyes, dans l’Aube, près des siens, son
oeuvre, elle, appartient au monde, cher Martin Scorsese.

Je tiens à vous en remercier.