Rubrique ‘Discours 2005’

Inauguration du Cloître de la Psalette et du Centre Culturel Européen Saint Martin de Tours

24 septembre 2005

Monsieur le Ministre,

Madame la Secrétaire générale adjointe du Conseil de l’Europe,

Mesdames, Messieurs les Ambassadeurs,

Monsieur le Président du Conseil général, Cher Marc Pommereau,

Mesdames, Messieurs les Elus,

Monsieur le Président,

Mesdames, Messieurs,

Chers Amis,

Je suis très heureux et très fier de vivre avec vous ce moment fort de partage
et d’émotion, qui est plus qu’une inauguration.

Le cloître de la Psalette, joyau de notre patrimoine, merveille de l’art
flamboyant et de la renaissance, restauré, mis en lumière et en musique,
trouve une nouvelle vocation, conforme à son histoire et au rayonnement que
je souhaite pour notre ville, avec le Centre culturel européen Saint Martin de
Tours.

En tant que ministre de la culture et de la communication, représentant de
l’Etat, en tant qu’élu Tourangeau, c’est une grande joie que je vous propose
de partager ce soir.

Oui, Tourangeaux, de coeur ou d’adoption, qui habitez notre belle cité ou
êtes venus de tous les horizons, de notre région, de notre pays, de notre
continent, sur les traces des pèlerins du Moyen-Âge, venez ouvrir les routes
nouvelles de l’Europe d’aujourd’hui !

J’ai voulu marquer ce soir un symbole fort de notre passion commune pour le
patrimoine, emblématique de notre histoire, de notre mémoire, de nos
racines, de notre identité, de notre fierté. Cette fierté, c’est d’abord celle du
travail, du talent, du savoir-faire, du métier, de toutes celles et de tous ceux
qui ont accompli ces magnifiques travaux de restauration, financés
intégralement par l’Etat, par le ministère de la culture et de la communication
et confiés, sous la direction de la conservation régionale et de l’architecte en
chef des monument historiques, à des entreprises hautement spécialisées de
notre région.

Pour vous donner la mesure de l’engagement de l’Etat, je précise que les
crédits que j’ai mobilisés pour ces travaux s’élèvent à près d’un million
d’euros, auxquels s’ajoutent 1,6 million d’euros consacrés par mon
ministère cette année à l’entretien et à la restauration de la cathédrale.

Je tiens à remercier et à rendre un hommage particulier à ces entreprises, à
leurs salariés et aux Compagnons du Devoir. Ces hommes de métier sont
formés au cours de leur tour de France par le voyage et la transmission des
savoir-faire. Ils sont animés, selon les termes de Péguy, « du même esprit,
du même coeur et de la même main » que les bâtisseurs des cathédrales
qu’il exaltait, parce qu’il voyait en eux, à la fois des ouvriers et des artistes,
produisant, créant de leurs mains, de leur goût, de leur grâce, de leur génie,
de véritables chef-d’oeuvres.

Vous pourrez mieux connaître ces métiers grâce aux démonstrations et à
l’exposition qu’ils nous présentent ici. Oui, vous êtes les héritiers, les
continuateurs de ces « bâtisseurs d’éternité » qu’évoquera le magnifique
spectacle que nous verrons tout à l’heure et qui fera revivre, au son des
chants d’hier et d’aujourd’hui, cette longue chaîne du temps qui a permis au
rêve de devenir réalité.

Je remercie chaleureusement CozTen, auteur-réalisateur-scénographe,
Vincenzo Izzy, compositeur, et l’ensemble vocal « Diabolus in musica », de
faire revivre dans ce lieu la polychromie et la polyphonie, qui sont sa vocation
première, puisque la Psalette, au sens propre, est une école de musique, une
manécanterie, où l’on enseigne les psaumes, les poèmes et les chants.

En mettant ce cloître en lumière, en le faisant vibrer au rythme et à l’unisson
de leurs voix, ils nous montrent combien notre patrimoine est vivant, combien
nous pouvons lui insuffler une vitalité, un dynamisme, un rayonnement
nouveaux, parce qu’il est une source essentielle, pour notre ville, pour notre
région, d’intelligence, d’attractivité, d’activités, d’emplois hautement qualifiés.

Oui, ce patrimoine n’est pas fait que de pierres, fussent-elles aussi fragiles,
aussi ciselées et aussi décorées que notre beau tuffeau de Touraine.

Notre
patrimoine est aussi bâti sur un socle de valeurs communes.
Et quelle valeur plus solide, plus actuelle, plus féconde, que celle qu’incarne
Saint Martin, l’homme, le soldat, le païen, le paysan – c’est le même mot en
Latin – qui, deux ans avant de se faire baptiser et de quitter l’armée romaine
pour se consacrer à sa mission d’évangélisation et fonder le premier
monastère d’occident, se saisit, en une scène immortalisée par Sulpice
Sévère, et devenue l’un des grands thèmes de l’art occidental, de son épée
pour couper en deux son manteau, et habiller le pauvre, son prochain ?

220 villes et communes portent son nom en France et 3700 monuments lui
sont dédiés, plus de 500 en Espagne, 700 en Italie, 350 en Hongrie, 44
églises en Croatie. Il y a 12 cathédrales Saint Martin en Europe.

Oui, cette valeur du partage, incarnée par Saint Martin, la plus haute, la plus
intemporelle, la plus spirituelle valeur de l’art et de la culture, nous réunit ici
aujourd’hui.

C’est une valeur profondément européenne, parce qu’elle conjugue l’unité et
la diversité, la conscience de notre identité et le respect de celle de l’autre.

C’est une valeur plus forte que l’exclusion, la fermeture, le rejet. C’est une
valeur d’ouverture, d’attention, de dialogue, de générosité, de découverte, de
connaissance, de curiosité, conforme à la vocation de cette librairie, de ce
scriptorium, aujourd’hui restaurés.

L’Europe est ainsi. Elle n’est pas un bloc uniforme et figé. Elle est riche de sa
diversité, de sa créativité, de ses projets, de ses valeurs partagés.

L’Europe
du Conseil de l’Europe, qui fut en quelque sorte le précurseur de l’Union
européenne, c’était avant tout, au temps de la guerre froide, où le monde était
divisé en deux blocs antagonistes, celle d’une certaine idée de l’homme, des
droits de l’homme, de la liberté, de l’humanité, de la justice, et de la culture.

Je me réjouis, Madame la Secrétaire générale adjointe, de ce que nous
retrouvions aujourd’hui cette inspiration d’une Europe concrète, d’une Europe
qui n’est pas seulement celle des institutions, mais avant tout, celle des
projets et des hommes.

Né en Hongrie, non loin de Szombathely [zombotei], dont je salue le maire, ici
présent, Saint Martin a passé sa jeunesse en Italie – je salue Madame le
Maire de Pavie, qui est aussi parmi nous – en sillonnant l’Europe, à travers la
France, bien sûr, mais aussi la Croatie, Monsieur le Ministre, l’Allemagne, la
Slovénie, la Belgique…Je vous remercie d’être venus de tous ces pays
témoigner que ce passeur de frontières était un précurseur des itinéraires
culturels, des itinéraires du patrimoine que nous voulons promouvoir
ensemble aujourd’hui. Au sein du Conseil de l’Europe qui en a pris, le
premier, l’initiative, mais aussi, au sein de l’Union européenne.

Les rencontres pour l’Europe de la culture que j’ai organisées en mai dernier
à Paris, ont notamment proposé la création d’un label « patrimoine de
l’Europe », pour mettre en valeur la dimension européenne des sites et des
monuments historiques et développer ou renforcer les échanges culturels et
humains entre les 450 millions de citoyens européens. Il s’agit de décerner ce
label à des monuments et à des sites qui ont compté dans l’histoire
européenne, en s’inspirant du modèle de l’UNESCO « patrimoine mondial de
l’humanité » et des travaux du Conseil de l’Europe.

C’est pourquoi je crois beaucoup au potentiel de développement touristique et
économique de l’itinéraire culturel européen autour de Saint Martin de Tours.

Le Centre européen que nous inaugurons ce soir est exemplaire de ce que
permet d’accomplir l’addition des énergies et des intelligences qui se
mobilisent autour d’un projet culturel partagé.

Porté avec passion par son président Bruno Judic et toute l’équipe de
l’association, accompagné par le Conseil de l’Europe, par l’Etat et par le
conseil général, le centre, dont nous allons signer dans un instant l’acte
fondateur, a pour mission de sauvegarder et de valoriser notre patrimoine, de
développer notre itinéraire de villes, de territoires, de savoirs, de rencontres et
de découvertes, réunis sur les mêmes chemins, ceux de Saint Martin, ceux
de notre histoire, de notre culture, de notre présent, de notre avenir, de notre
destin communs.

Je vous remercie.

61e congrès de la Fédération nationale des cinémas français

20 septembre 2005

Monsieur le Président,

Mesdames et Messieurs,

Je suis très heureux de vous retrouver à nouveau cette année pour ce grand rendez-vous
organisé par la Fédération nationale des cinémas français, qui nous donne l'occasion de
dresser l'état des lieux du cinéma en France et de nous projeter dans l'avenir.

Je suis particulièrement heureux de le faire avec vous à Lyon.

D'abord, parce que Lyon est une grande ville d'art et de culture. Ainsi, aujourd'hui même, je
dois me partager entre deux évènements d'importance : c'est pourquoi je devrai vous quitter
tout à l'heure pour me rendre à la Biennale de la danse, née à Lyon et qui a pris une ampleur
internationale.

Oui, je vous félicite pour le choix de Lyon, qui est aussi un hommage à la ville où les Frères
Lumière inventèrent le cinéma, et au très beau travail mené par Thierry Frémaux à l'Institut
Lumière, avec son président Bertrand Tavernier.

Ce contexte si favorable a de bonne heure conduit la Région Rhône-Alpes à s'engager
résolument aux côtés de l'Etat dans un soutien actif au cinéma. Je pense notamment aux
remarquables acquis de Rhône- Alpes Cinéma qui, depuis plus de dix ans, a su faire de
Lyon et de sa région un véritable pôle d'activité cinématographique, grâce à la détermination
de Roger Planchon et à l'adhésion des élus régionaux à l'idée d'une vraie politique
cinématographique régionale. Au moment où cette institution rénove son statut juridique, je
tiens à lui rappeler tout mon attachement.

L'encouragement des collectivités territoriales à soutenir le cinéma a été une des priorités du
gouvernement ces dernières années. J'ai pour ma part souhaité intensifier le partenariat
entre l'Etat et les régions dans ce domaine en renouvelant les conventions Etat-Région et en
mettant en oeuvre, le dispositif " 1€ de l'Etat pour 2€ des Régions ".
17 conventions triennales CNC/Etat/Région ont été signées en 2004, 7 conventions
biennales en 2005.

Ainsi, à ce jour, 32 collectivités territoriales se sont engagées aux côtés de l'Etat, en faveur
du développement du cinéma : 24 des 26 Régions, six départements, une communauté de
communes et la ville de Paris. En 2006, le montant total des engagements inscrits dans les
24 conventions s'élève à 67,6 M€ (soit 10 % de plus qu'en 2005).
Jusqu'à présent, l'essentiel de l'effort des Régions a porté sur leur participation à la
production des oeuvres. Le cinéma en salles n'a pas été au coeur de leurs préoccupations.

Le temps me paraît venu d'inclure à part entière le secteur de l'exploitation et son
développement parmi les enjeux des nouvelles conventions Etat-Région et je m'y emploierai.

L'ensemble des conventions actuelles venant à expiration fin 2006, le temps me paraît venu
aussi naturellement en concertation et en partenariat avec les Régions, de mieux coordonner
leurs actions avec celles de l'Etat, en faveur de la diffusion des films en salles et de
l'exploitation.

Car l’aménagement cinématographique de nos Régions fait partie intégrante de
l’aménagement culturel de nos territoires.

Je sais que vous avez rencontré les élus régionaux hier. Vous me trouverez toujours à vos
côtés pour vous accompagner dans ce dialogue. Y compris dans l'hypothèse où des
aménagements législatifs seraient nécessaires – je pense au code des collectivités
territoriales, notamment – pour faciliter plus encore la participation des collectivités
territoriales au financement des salles de cinéma, à leur rénovation, à leur agrandissement,
qui répondent à une demande sociale toujours accrue et à un vrai renouveau du cinéma de
proximité. J'examinerai bien sûr avec attention vos propositions dans ce domaine qui me
tient à coeur, comme tous les élus locaux.

Comme tous les élus locaux, je sais que les cinémas sont avant tout des lieux de culture. Ce
sont des lieux de rencontre, de partage, de vivre ensemble, des lieux d'émotion, de plaisir,
des lieux de dialogue, d'échanges, des lieux où les gens se parlent, en croisant leurs propres
regards, leurs expériences, avec les récits, les images, les regards, les rires et les cris que
vous leur donnez à voir. Oui, nous savons, au conseil municipal de Tours, comme dans ceux
de toutes les villes de France, qu'un équipement cinématographique est un équipement
culturel à part entière.

A l'heure où chacun peut, de plus en plus, accéder à des films sur des écrans individuels,
plus ou moins petits, notamment via les réseaux de communication, on n'ira jamais trop au
cinéma en salles, lieu premier et privilégié, d'exploitation des oeuvres cinématographiques.

Oui, la salle de cinéma a un bel avenir ! J'aime cette phrase de Truffaut où, pour expliquer le
plaisir qu'il ressent à voir d'abord un film en salle, il compare le cinéma et la vidéo, mais la
comparaison reste valable pour tous les modes d'accès individuels d'aujourd'hui : " c'est
exactement la différence entre un livre qu'on lit et un livre qu'on consulte … ".

L'individualisation croissante de la consommation des oeuvres n'est en rien exclusive du
plaisir collectif qu'offrent vos salles. Les salles de concert n'ont pas été vidées par
l'élargissement de la diffusion de la musique ! Il en ira de même pour les salles de cinéma, et
c'est le sens de mon action, je suis mobilisé sur cet objectif essentiel.

C'est un objectif
culturel. J'ai une pensée particulière pour les salles d'art et d'essai, dont l'essor contribue tant
à la diversité culturelle. J'ai une pensée particulière pour les Studios de Tours, dont j'ai fêté,
avec tous les Tourangeaux amateurs et amoureux du cinéma, la réouverture, le 24 mars
dernier.

Oui, les films que nous découvrons d'abord dans vos salles obscures, sur vos grands
écrans, avant qu'ils circulent sous forme de fichiers numériques sur les réseaux à haut débit,
sont avant tout des oeuvres d'art.

2006 est une grande année pour le cinéma. C’est l’année de la ratification de la convention
sur la diversité culturelle.

C'est l'année où Bruxelles a validé le système d'aides au cinéma français. C'est l'année où
plus d'un Français sur deux est internaute. Il s'agit d'un tournant majeur. Cette évolution
concerne d'autant plus le cinéma que les Français, rattrapant leur retard, s'équipent
d'emblée en haut débit : près de 90% des internautes à domicile sont connectés en haut
débit.

Cette numérisation est un défi majeur, et il faut la vivre comme une chance et non comme
une menace. Pour la vivre comme une chance, il faut s'en donner les ambitions et les
moyens. L'Etat a un rôle majeur à jouer et je m'emploie à lui faire jouer pleinement ce rôle.

Sans réglementations et interventions appropriées de l'Etat, la diversité culturelle ne peut
pas exister.

2006 est également l'année de la première loi qui garantit l'avenir du cinéma à l'ère
numérique. La vivacité des débats autour de cette la loi sur le droit d'auteur a permis à
chacun, à l'opinion publique comme aux professionnels, de prendre la mesure des défis
auxquels nous sommes confrontés. Je veille à ce que l'Autorité de régulation des mesures
techniques, créée par la loi, soit rapidement mise en place. Sur les sanctions, le projet de
décret portant sur les contraventions pour contournement des mesures techniques de
protection va être transmis au Conseil d'Etat en vue d'une publication au début du mois
d'octobre et l'instruction sur les sanctions applicables aux internautes qui téléchargent
illégalement est en cours de rédaction. Je vous consulterai prochainement sur ce sujet
important.

Je veux aussi évoquer la place du cinéma à la télévision. Ce n'est pas une question taboue,
même si elle peut paraître difficile et paradoxale. En tout cas, je ne peux y rester indifférent.

Bien sûr, il ne saurait être question pour les pouvoirs publics d'intervenir dans les choix
éditoriaux des sociétés de télévision. Pour autant, l'érosion, depuis quelques années déjà, de
la diffusion du cinéma français ou européen sur les chaînes de télévision ne peut laisser
personne indifférent, en particulier les pouvoirs publics. Elle ne me laisse pas indifférent, car
elle touche à la diversité. Elle ne peut laisser insensible l'ensemble des parties prenantes de
la filière cinématographique car, vous le savez mieux que personne, toutes les étapes de
l'exploitation et de la diffusion d'un film sont étroitement liées. Je souhaite donc qu'une
réflexion s'engage avec tous, ces prochains mois, sur la place du cinéma à la télévision. Je
dis bien la place du cinéma à la télévision, son exposition, son éditorialisation nécessaire, le
choix de ses horaires et de ses jours, en redisant pour couper cours à toutes les rumeurs
malveillantes : touche pas à mon samedi soir ! Cette réflexion devra respecter tous les
équilibres et au premier chef l'exploitation en salles. Vous serez au coeur de cette réflexion.

Car c'est dans les salles que le film acquiert son identité d'oeuvre cinématographique. Je sais
que déjà France Télévisions a engagé des discussions sur ce sujet. Leurs résultats,
concertés avec vous, pourront figurer dans le contrat d'objectifs et de moyens du groupe,
dont je souhaite l'adoption à la fin de cette année.

Dans le cadre de la fusion Canal+/ TPS, j'ai exercé toute ma vigilance afin que des
engagements spécifiques soient pris par le groupe Canal+ en faveur de ce que les
spécialistes de la concurrence appellent dans leur jargon "le marché amont" et que je
préfère, pour ma part, appeler la création et la production de films. Ces engagements
préservent l'indépendance des producteurs, face à une nouvelle entité qui représentera
l'essentiel de l'offre de télévision payante, laquelle est aujourd'hui l'un des piliers du
financement de la production cinématographique. Et j'ai aussi veillé à ce que les ressources
dont bénéficie l'exploitation ne soient pas affectées par cette opération de fusion.

Le groupe Canal+ est prêt à compléter les 59 engagements qu'il a pris auprès des pouvoirs
publics, par un ensemble d'engagements complémentaires qui constituerait un avenant à
l'accord qu'il a signé en mai 2004 avec les professionnels du cinéma, afin de consolider les
bases de cet accord initial, et de l'adapter au nouveau contexte de la fusion, avec de
nouvelles garanties pour le cinéma dans son ensemble.

Je veillerai à ce que la négociation en cours sur ces engagements complémentaires
aboutisse rapidement et dans un sens favorable à l'industrie cinématographique. Vous le
savez, je souhaite qu'une charte soit adoptée : il s'agira d'une sorte de code de bonne
conduite destiné à régir les relations entre les producteurs et la nouvelle entité. Ces bonnes
pratiques seront essentielles pour garantir la transparence. J'organiserai dans les semaines
qui viennent une réunion avec les parties prenantes afin que cette charte puisse prendre
effet dans les meilleurs délais.

Enfin, dans le projet de loi relatif à la modernisation de la diffusion audiovisuelle et à la
télévision du futur, j'ai veillé tout particulièrement à ce que la numérisation de la diffusion
télévisuelle marque un gain de qualité pour le téléspectateur, dans la perspective de la haute
définition. J'ai tenu aussi à réaffirmer le principe de la contribution des chaînes numériques –
notamment des nouveaux canaux supplémentaires – au développement de la création
cinématographique.

La salle de cinéma est, pour l'heure, demeurée à l'écart de ce mouvement de numérisation,
comme protégée par la frontière entre l'analogique et le numérique, désormais presque
abolie partout ailleurs dans les modes de diffusion du film. Il est impératif de préparer le
passage des salles de cinéma à l'ère numérique, pour qu'il se produise dans les meilleures
conditions possibles.

Je tiens à saluer à cet égard le remarquable travail effectué par Daniel Goudineau dans son
rapport au titre évocateur " Adieu à la pellicule ? ". Le point d'interrogation a toute son
importance, et cependant l'immense mérite du rapport est de mettre en perspective toutes
les conséquences possibles du passage à la diffusion numérique pour notre parc de salles.

En particulier, tout ce qui pourrait porter atteinte à la diversité du parc, telle que la France a
su la développer et l'entretenir. Car cette diversité est la condition même de la diversité de
programmation, et donc de la liberté de création. Là encore, c'est de diversité culturelle qu'il
s'agit. C'est pourquoi l'interopérabilité – mot barbare – qui est aussi synonyme de liberté et de
diversité, l'indépendance des acteurs économiques, et l'examen attentif de toutes les
garanties à prévoir pour maintenir et préserver la diversité des salles et des films, doivent
retenir dès maintenant toute notre attention.

Je vous encourage à débattre du rapport Goudineau et à nourrir ce débat de vos propres
expériences, autour de vos constats et de vos propres analyses.

C'est, enrichi de toutes vos contributions et de vos suggestions, comme de cet excellent
rapport, que j'arrêterai ma position et que j'engagerai un programme d'action dans ce
domaine. Nous réussirons ces changements, nous saisirons les chances qui sont devant
nous, parce que toutes les parties concernées – et au premier chef, les exploitants et les
distributeurs – seront consultées et associées à toutes les réflexions et à toutes les décisions.

Je me réjouis que cette réflexion se déroule alors que la fréquentation des salles progresse
comme jamais depuis vingt cinq ans. C'est évidemment à vous, à votre travail, que nous
devons cette belle embellie, qui nous permet d'espérer à nouveau près de 190 millions
d'entrées dans les salles à la fin de cette année. Je tiens à vous en féliciter. Et je le fais avec
d'autant plus d'enthousiasme que dans ce contexte de progression des entrées que le CNC
a chiffré fin août à plus de 12% d'augmentation par rapport à l'année précédente, le cinéma
français se taille une très belle part de marché, avec plus de 42 % des entrées. Mon souhait
le plus cher est évidemment que ces tendances se confirment et que toute la riche diversité
de la production française et européenne en soit bénéficiaire. Je sais que demain, lors de la
journée marathon des distributeurs, vous aurez un aperçu de cette diversité à travers les
premières images des films que vous nous offrirez dans vos salles dans les mois à venir. Je
serai attentif, en particulier, à ce que certaines des préconisations en ce sens du rapport
Leclerc soient rapidement mises en oeuvre, après que nous en aurons, d'un commun accord,
approuvé les modalités.

C'est précisément à l'un des grands artisans et créateurs du cinéma français, prolixe et
éclectique, fin lettré, et grand joueur, capable de revisiter de façon tout à fait personnelle et
originale le marivaudage comme le polar, que vous avez choisi de rendre hommage ce soir.

Pascal Thomas instille depuis maintenant plus de trente ans dans ses oeuvres inspirées, sa
tendresse, son humour doux-amer, sa poésie, sa chaleur et son charme.

Il est de ces cinéastes peintres de l'arc-en-ciel de l'âme humaine, qui savent croquer aussi
bien l'univers de l'adolescence et ses déboires sentimentaux, que les portraits de bien
d'autres " caractères " au sens de La Bruyère. Je pense que cette référence lui plairait, tant
ses personnages, hauts en couleur, marquent profondément le cinéma français.

C'est aussi un homme engagé qui, à la tête de la Société des réalisateurs français, a su haut
et fort défendre les intérêts des créateurs. Et je n'oublie pas qu'il anime avec talent la
Quinzaine des réalisateurs, à laquelle j'ai eu le plaisir à Cannes, cette année, de rendre visite
pour admirer le beau film d'Emmanuel Mouret, Changement d'adresse.

Je vous demande de transmettre ce message personnel d'amitié et d'admiration à ce
cinéaste hors normes, hors modes, et d'excuser mon absence à l'hommage si mérité que
vous lui rendez ce soir.

Monsieur le Président, Mesdames et Messieurs, nous avons devant nous un champ
important de réflexion qui s'ouvre sur les mutations profondes que connaissent actuellement
toutes les industries culturelles face au développement des technologies numériques.

Cette réflexion sur le numérique et ses conséquences engage rien moins que l'avenir du
cinéma que nous aimons, que nous défendons : un cinéma indépendant, varié, divers,
message de liberté, ferment de découvertes et d'émotions.

C'est un enjeu fondamental, et c'est notre responsabilité à tous de concevoir les conditions
dans lesquelles demain le cinéma s'épanouira. J'attends beaucoup de vos travaux et de
notre dialogue sur tous les sujets que j'ai évoqués. J'attends beaucoup de votre participation
à notre réflexion commune. Elle est nécessaire et urgente. Vous pouvez compter sur moi
pour réguler cette numérisation, afin qu'elle devienne, non plus une menace qui nous
inquiète, mais une chance à saisir. Ensemble, nous donnerons ainsi un nouvel élan à la
création cinématographique et à l'accès de tous au cinéma et à la culture.

Je vous remercie.

Pékin – Cocktail Sophie Marceau

15 septembre 2005

Chère Sophie Marceau,

Monsieur le Président,

Mesdames, Messieurs,

Chers Amis,

Je suis très heureux – et je ne suis pas le seul ! – que vous ayez accepté d’être la
marraine de ce bouquet final, des évènements magnifiques qui marquent la clôture de
l’Année de la France en Chine.

Nous allons, dans un instant, découvrir avec le public chinois, Anthony Zimmer, un
magnifique et très séduisant thriller de Jérôme Salle – pour son premier long métrage
en tant que réalisateur -, où vous êtes éblouissante en femme fatale, alliant divinement
grâce, élégance, soupçons et mystères.

Je suis certain, après l’accueil chaleureux du public français, avec 800 000 entrées en
salle, que le public chinois, séduit par le doux plaisir de passer deux heures en votre
compagnie et celle d’Yvan Attal, Sami Frey, Gilles Lellouche, Daniel Olbrychski, Samir
Guesmi, et Dimitri Rataud, va vous réserver un triomphe.

J’en suis particulièrement heureux, parce que parmi les liens fondés sur la culture qui
rapprochent nos deux pays, l’amour du cinéma est l’un des plus forts que nous ayons
en partage. Oui, la France et la Chine sont deux grands pays du cinéma.

Nos écrans
reflètent notre engagement commun en faveur de la diversité de la création et des
images que nous avons à proposer au monde.

C’est le fruit d’une longue tradition. C’est aussi le fruit du dynamisme d’une production
portée, et par les talents conjugués des auteurs, des réalisateurs, des techniciens et
des auteurs, et par le soutien des pouvoirs publics et par la passion du public pour les
lumières qui enchantent les salles obscures. Car notre patrimoine et notre création
cinématographiques touchent un très large public. Et nous savons, en France et en
Chine que, comme le disait Fellini, « le monde ne ressemblera plus jamais à l’idée
qu’on s’en fait depuis que le cinéma existe ».

Je me réjouis des succès rencontrés dans les salles chinoises par les films français et
je vous laisse, sans plus attendre, découvrir Anthony Zimmer, en rappelant ce mot de
François Truffaut, « Moteur ! c’est le plus beau mot qui existe ».

Ouverture de la huitième Biennale d’art contemporain de Lyon – L’Expérience de la durée

13 septembre 2005

Monsieur le Ministre, Monsieur le Président du Conseil Régional,

Monsieur le Sénateur-Maire,

Monsieur le Préfet,

Monsieur le Directeur artistique,

Monsieur le Commissaire de la Biennale,

Mesdames, Messieurs,

Je suis très heureux d’inaugurer avec vous tous cette huitième édition de la
Biennale. Votre cité a toujours été – ce port en témoigne – un carrefour des
échanges, du commerce, du dialogue entre les hommes et les civilisations.

Lyon, métropole européenne, et sa région, disposent d’un patrimoine
historique et culturel exceptionnels. Inscrite depuis 1998 au patrimoine mondial
de l’humanité, Lyon a toujours fait de son rayonnement culturel et artistique un
atout majeur, non seulement de la qualité du cadre de vie qu’elle offre à ses
habitants, de son art de vivre, mais aussi de son développement et de ses
projets d’avenir.

La Biennale est profondément inscrite dans le paysage national et international
de l’art contemporain.

J’en veux pour preuve le succès que rencontrent les organisateurs, les artistes
invités, les oeuvres choisies auprès d’un très large public. Ici, et je m’en réjouis,
car cela concorde avec les objectifs de ma politique culturelle, les artistes et la
création contemporaine ont non seulement droit de cité, ils sont au coeur de la
cité.

Cette réussite est le fruit des efforts de tous, de l’addition de toutes les
énergies, et d’abord de l’action de l’Etat et des collectivités territoriales, mais
aussi aux nombreux partenaires privés qui se sont engagés dans cette
alliance, intelligente et efficace, avec l’ensemble des pouvoirs publics. Je tiens
à les en remercier. Les efforts de tous portent leurs fruits à Lyon et dans sa
région, pour mettre en valeur la création en France, mais aussi, j’y tiens
beaucoup, au-delà de nos frontières.

Avec l’Association française d’action artistique (AFAA), le ministère de la
culture et de la communication et le ministère des affaires étrangères, et
l’ensemble des divers partenaires français et étrangers qui s’y sont associés,
j’ai décidé d’accroître notre effort par la mise sur pied d’expositions à travers la
France et l’Europe, qui contribueront à sa diffusion internationale, en incitant, je
l’espère, un public toujours plus nombreux à découvrir les créations présentées
aujourd’hui, à Lyon.

Outre les cinq lieux lyonnais, la Sucrière, le musée d’art contemporain, l’Institut d’art
contemporain de Villeurbanne, le Centre d’art Le Rectangle, et le fort Saint-Jean, la
Biennale sera en effet présente en Europe, dans cinq centres d’art, en réseau et en
temps réel : le Tramway à Glasgow, le Portikus à Franckfort, le PAC à Milan, le
Centre Migros à Zurich et le Palais de Tokyo à Paris.

Oui, ici à Lyon, c’est bien la scène régionale, nationale et internationale qui montre
à quel point elle est active et créative, conformément à la vocation de la France.

Car la France a vocation non pas seulement à exporter ses créations, mais aussi à
encourager toutes les créations, en accueillant et en soutenant les créateurs et
leurs oeuvres, dans toute la diversité de nos lieux culturels. Je peux vous dire que le
Président de la République, le Premier ministre et l’ensemble du gouvernement
sont mobilisés sur ce sujet.

Pour ma part, j’ai tenu à ouvrir les lieux dont j’ai la responsabilité. L’opération que
j’ai intitulée « les visiteurs » cet été et qui se poursuit cet automne, c’est cette
alliance entre notre patrimoine le plus emblématique et la création la plus
contemporaine, illustrée par la présentation d’oeuvres des collections du fonds
national d’art contemporain dans vingt monuments historiques prestigieux.

Je tiens à ce qu’il n’y ait pas de haut lieu de notre patrimoine historique qui ne soit
ouvert à la création contemporaine, de même que je souhaite que le Grand Palais,
dédié, dès sa création, « à la gloire de l’art français », et qui va rouvrir ses portes
dans quelques jours, mais aussi le Palais de Tokyo, jouent un rôle actif pour
susciter de nouvelles rencontres entre les créateurs et le public, en prolongeant
ainsi le succès de la Biennale.

Les artistes nous proposent, à travers leurs créations multiples, une vision du
monde. Ils nous invitent à l’observation, à l’écoute, à la compréhension.

Certes,
l’oeuvre d’art est foncièrement une expérience individuelle, mais ce peut être une
expérience partagée, dans la durée, qui ouvre à la conscience de soi et de l’autre.

Je veux souligner les efforts que vous avez accomplis pour concevoir une
exposition où passé et présent se confrontent, où oeuvres de référence et oeuvres
inédites se côtoient. Oui, comme le disent les deux commissaires, il convient « pour
comprendre le présent de faire un détour nécessaire par le passé ». Oui, c’est ainsi
que l’art doit se vivre.

Alors que, de par le monde, se multiplient des biennales et des manifestations
ponctuelles comme autant d’événements strictement médiatiques, il est bon que
l’histoire soit invitée pour donner tout son sens à la culture et à la création dans
notre époque.

C’est le même esprit, celui de la durée, qui inspire mon action dans le domaine de
la création, et par exemple, tout récemment, le plan de relance de la commande
publique que j’ai annoncé, au conseil des ministres du 25 août.

Car nous le savons tous, ici à Lyon, en France, sur l’ensemble de notre territoire, et
partout où ils présentent leurs oeuvres, en favorisant l’accès des Français à la
création contemporaine sur leurs lieux de vie, de travail et de loisirs, les artistes non
seulement donnent une image audacieuse, créative et innovante de notre pays,
mais transmettent leurs énergies créatrices, dont nous avons tant besoin, dans
notre monde en quête de sens.

Je vous remercie.

Inauguration de la Maison Ingrid Bergman à Choisel (Yvelines)

10 septembre 2005

Madame la Députée, Chère Valérie,

Monsieur le Maire de Choisel,

Mesdames, Messieurs,

Je suis très heureux d’ouvrir avec vous ce nouveau lieu de culture, dédié à
l’une des plus illustres actrices du XXe siècle. A quelques jours près, nous
célébrons en effet le 90e anniversaire de la naissance d’Ingrid Bergman, qui a
vécu ici, à Choisel, les vingt dernières années de sa vie, en compagnie de Lars
Schmidt et de plusieurs de ses enfants, dont Isabella Rossellini, mais aussi les
110 ans du cinéma et les 20 ans du parc naturel régional de la Haute vallée de
Chevreuse.

Dans ce secteur exceptionnel de l’Ile-de-France pour la qualité de la vie, de
l’environnement et du patrimoine naturel et culturel, proche des grands centres
urbains, mais où la ruralité est préservée, je suis heureux de partager votre
attachement à ce patrimoine, qui fait votre identité et dont vous pouvez être
légitimement fiers, une semaine avant que ne s’ouvrent les 22e Journées
européennes du patrimoine sur le thème : « J’aime mon patrimoine ».

Il est vrai que votre village est riche de monuments historiques remarquables.

J’aurai la joie de me rendre tout à l’heure au château de Breteuil, restauré sans
relâche depuis une quarantaine d’années par ses propriétaires, et qui attire de
nombreux visiteurs, grâce à l’ensemble si harmonieux de son architecture, de
son mobilier, de ses jardins et de l’animation qui est proposée sur place à tous
les publics. Je sais combien vous êtes aussi attachés à votre magnifique église
romane, Saint-Jean Baptiste, datant du XIIe siècle, ornée de fresques du XVIIe
et de stalles de bois du XVIIIe siècle, dont la restauration, je le sais, doit se
poursuivre. Votre village s’orne aussi d’un monument plus modeste, mais non
moins remarquable, et rare en Ile-de-France, votre lavoir du XVIIIe siècle,
restauré en 1999.

Et maintenant, votre ancienne Mairie-Ecole devient le Centre culturel Ingrid
Bergman. Vous restituez ici la mémoire de cette étoile internationale qui a
profondément marqué le cinéma mondial par son intelligence, sa beauté, son
énergie et sa grâce. Les multiples facettes de son talent ont fait d’elle, sans
doute avec Garbo et Dietrich, l’actrice européenne la plus populaire du siècle
passé et la plus emblématique de la puissance du cinéma, qui nous apporte
tant d’émotions, plus fort que toutes les frontières du temps et de l’espace.

Comment ne pas évoquer, parmi ses films-culte, ses rôles inoubliables dans
Casablanca et Jeanne d’Arc, par exemple ?

Vous évoquez son oeuvre, bien sûr, mais aussi la vie toute simple qu’elle a
menée, ici, à Choisel, avec son mari Lars Schmidt, qui fut un grand homme
de théâtre, puisqu’il eut longtemps la responsabilité du théâtre Montparnasse
à Paris. Il possédait avec Ingrid Bergman une île nommée Danholmen, sur la
côte suédoise. Choisel était sans doute pour eux une autre île où se
ressourcer, et trouver la sérénité et la paix, loin de Hollywood et des
projecteurs, attirés par la beauté solaire, comme par le parcours parfois
tumultueux de cette immense actrice.

Ayons aujourd’hui une pensée particulièrement émue pour Lars Schmidt, qui
est hospitalisé en Suède, et qui aurait, j’en suis sûr, aimé être des nôtres.

Nous regrettons son absence et nous formons tous des voeux pour sa santé.

Dédions cette journée, non seulement à la mémoire d’Ingrid Bergman, au
rayonnement de cet artiste incomparable, qui fait, bien sûr, partie du
patrimoine cinématographique mondial, mais aussi de votre patrimoine de
proximité. Ce sont des liens du coeur qui nous rapprochent, sans nostalgie.

C’est à vous désormais qu’il appartient de faire vivre ce lieu. Soyez-en fiers !

Prenez-en soin ! Aimez-le !

Déplacement de l’Opéra de Paris à Pékin pour la clôture de l’année de la France en Chine – conférence de presse

8 septembre 2005

Madame la Ministre,

Monsieur le Président du conseil d’administration, Cher Bernard Stirn,

Monsieur le Directeur, Cher Gérard Mortier,

Madame la Directrice de la danse, Chère Brigitte,

Monsieur le Président de l’association pour le rayonnement de l’Opéra de paris,

Cher Jean-Louis Beffa,

Mesdames, Messieurs,

Chers Amis,

Je suis très heureux de vous présenter un événement exceptionnel et très attendu,
un événement emblématique du rayonnement international de notre culture, qui
ouvrira le bouquet final de l’année de la France en Chine : la tournée du ballet de
l’Opéra national de Paris à Pékin et à Shanghai, du 16 au 25 septembre.

L’année de la France en Chine, après l’année de la Chine en France, a permis de
rapprocher, comme jamais auparavant dans l’histoire, nos deux cultures, nos deux
peuples, en multipliant les occasions de dialogue et d’amitié, les échanges, les
découvertes, de notre patrimoine et de nos créations.

Le Ballet de l’Opéra national de Paris y a contribué, d’abord par la transmission de
son répertoire. En effet, votre remarquable action pédagogique a permis, il y a
quelques mois, d’introduire Sylvia dans le répertoire du Ballet national de Chine,
avec les bons offices de l’Association française d’action artistique.

J’ajoute que
quelques danseurs de l’Opéra sont venus participer, aux côtés de danseurs chinois,
aux premières représentations de ce ballet à Pékin.

Cette action de coopération, comme le travail de Jacques Lassalle avec de jeunes
acteurs chinois pour la création en Chine du Jeu de l’amour et du hasard, ou le
travail de Daniel Mesguich avec des chanteurs chinois pour la création en Chine des
Contes d’Hoffmann, me paraît essentielle, car elle contribue à assurer à cette Année
de la France en Chine des effets à long terme.

L’action la plus spectaculaire, et la plus attendue, est évidemment cette magnifique
tournée du Ballet de l’Opéra de Paris.

Je sais qu’il a fallu conjuguer de nombreux efforts et déployer beaucoup d'énergie
pour surmonter les nombreuses contraintes techniques et financières d’une tournée
aussi exceptionnelle. Je tiens à remercier très chaleureusement l’Opéra National de
Paris et les entreprises membres du Comité d’honneur de l’Année de la France en
Chine et de l’Association pour le rayonnement de l’Opéra de Paris. Grâce à vous
tous, le public chinois bénéficiera de trois représentations à Pékin et quatre à
Shanghai, entre le 16 et le 25 septembre.

Deux programmes différents seront proposés au public chinois, composés de
Giselle, chef d’oeuvre du ballet romantique, et de trois oeuvres majeures du XXe
siècle, Suite en blanc de Serge Lifar, L’Arlésienne de Roland Petit et le Boléro de
Maurice Béjart.

Je me réjouis d’aller applaudir votre troupe prestigieuse à Pékin. Votre réputation,
votre histoire, votre excellence et votre vitalité artistique vous désignent, en effet,
comme les ambassadeurs idéaux de la culture française.

Permettez-moi de vous dire combien je me réjouis aussi de soutenir, la semaine
prochaine en Chine, la diffusion du film français, en compagnie de Sophie
Marceau, lorsqu’elle présentera son dernier film à Pékin, d’inaugurer l’Ecole
Centrale de Pékin, bel exemple de coopération universitaire franco-chinoise, de
rencontrer des cinéastes et des artistes dans le quartier de [Ta Shann Tzeu]
Dashanzi, de mener des discussions sur la protection des droits d’auteur avec les
autorités chinoises, de mettre en valeur notre patrimoine, d’aller sur la Grande
Muraille lors de l’événement préparé par Gad Weil avec des représentants de
nombreuses collectivités françaises, avant de revenir en France, pour les 22e
Journées européennes du patrimoine, accueillir les visiteurs du Grand Palais.

A l’heure où la France, l’Europe, la Chine, et de très nombreux autres pays,
s’engagent dans la dernière ligne droite, pour faire entrer, sous les auspices de
l’Unesco, la diversité culturelle dans le droit international, votre tournée en Chine
couronnera avec panache l’Année de la France dans cet immense pays, mais
exprimera aussi, avec tout votre talent, la force du rayonnement de la culture
française dans le monde.

Je vous remercie.

Dîner de L'Humanité

8 septembre 2005

Messieurs les Présidents,

Mesdames, Messieurs,

Chers amis,

Je suis très heureux de pouvoir cette année participer au traditionnel dîner de
l’Humanité.

C’est bien sûr, d’abord, l’occasion de saluer amicalement ce journal, symbole
de la diversité et de la pluralité des opinions et de leur expression publique.

L’ambition, la force et l’exigence formulées par Jaurès dans son éditorial
historique du 18 avril 1904, que je citai l’an dernier, à la grande Halle de la
Villette, pour le centenaire du journal, n’ont rien perdu de leur actualité :
« C’est par des informations étendues et exactes que nous voudrions donner
à toutes les intelligences libres le moyen de comprendre et de juger ellesmêmes
les événements du monde ».

L’homme politique et le journaliste ont sans doute en commun ce besoin
permanent d’être en prise directe avec l’époque en marche, ce désir
impérieux d’être là où les choses se passent. C’est vous dire tout le plaisir que
j’ai d’être ici avec vous ce soir.

Ce grand rendez-vous convivial est aussi l’occasion de faire le point sur les
dossiers de la presse, qui sont aujourd’hui, dans l’actualité.

Et d’abord, une pensée émue.

Je pense aux cruels sentiments d’angoisse, puis de joie que nous avons tous
éprouvé à mesure que se jouait et se dénouait le sort des journalistes français
et de leurs compagnons de route, pris en otages en Irak.

Je veux saluer en notre nom à tous, avec émotion et fierté, le courage de
Christian CHESNOT, Georges MALBRUNOT et Mohammed AL-JOUNDI,
libérés en décembre 2004 après 123 jours de détention, et de
Florence AUBENAS et Hussein HANNOUN, libérés en juin dernier.

L’éclatant
sourire de Florence, intact après 157 jours de calvaire, nous a rendu le nôtre.

Une telle épreuve, collectivement surmontée, grâce à la mobilisation de tous,
nous rappelle à quel point la liberté de la presse est fragile, à quel point elle
ne va pas de soi. Elle est notre bien commun, elle est l’affaire de tous, et
donc, de l’État.

Tel est le sens que je souhaite donner ce soir, à ma participation à cette
« grande table de la presse française » que vous dressez une fois par an,
cher Patrick LE HYARIC. Cette rencontre est pour moi l’occasion de redire
avec force l’attachement des pouvoirs publics à la presse écrite en France, en
même temps que mon profond respect pour tous ceux qui la font.

Tel est aussi le sens des efforts que le Gouvernement déploie pour soutenir
la presse écrite, et tout spécialement la presse d’information politique et
générale.

Nous savons tous que la presse écrite en France est aujourd’hui à la croisée
des chemins.

L’ampleur sans précédent des moyens publics que j’ai tenu à mobiliser cette
année, pour un montant global de 280 millions d’euros, en progression de
30 % par rapport à l’année précédente, est la preuve la plus tangible de
l’engagement de l’Etat à vos côtés.

Je tiens à vous annoncer dès aujourd’hui que cet effort exceptionnel sera
consolidé en 2006. C’est dire, dans le contexte budgétaire que vous
connaissez, combien l’avenir de la presse écrite d’information politique et
générale représente pour le Gouvernement une véritable priorité politique.

La modernisation du secteur constitue à l’évidence l’enjeu primordial, le
rendez-vous que la presse doit absolument tenir pour conforter ou restaurer
les conditions de son indépendance économique et de son développement
futur.

Le Gouvernement, sur ma proposition, accompagne ainsi l’effort sans
précédent de modernisation de l’impression de vos journaux qui a fait l’objet
d’un accord social exemplaire entre le syndicat de la presse parisienne et
celui du livre. C’est pourquoi une aide nouvelle, dotée de 38 millions d’euros
cette année, vient contribuer à vos efforts de modernisation des processus
de production, de redéfinition des métiers et de rénovation des relations du
travail, tant dans la presse quotidienne nationale que dans la presse
quotidienne en régions. C’est évidemment, j’en ai une claire conscience, un
chantier au long cours. La publication récente d’un décret permet l’entrée en
vigueur effective de ce dispositif pour la presse parisienne.

Je souhaite que les employeurs de la presse régionale et les représentants
des salariés trouvent rapidement, eux aussi, je l’ai déjà dit, les accords
nécessaires.

Je veux insister sur un point essentiel, crucial à mes yeux pour l’avenir : la
nécessaire modernisation du circuit de distribution de la presse, qui doit
intégrer tous les maillons de la chaîne. Aussi ai-je décidé de reconduire l’aide
instituée en 2002 pour accompagner la modernisation de la distribution de la
presse quotidienne, nationale d’information politique et générale, en la
complétant par une aide spécifique à la modernisation du réseau des
diffuseurs, dotée de 3,5 millions d’euros cette année. Ce nouveau dispositif
renforce le plan global de consolidation du réseau actuellement mis en place
par la filière elle-même. J’ai décidé d’augmenter cette aide de plus de 10%
l’an prochain. J’en attends comme vous des résultats tangibles pour la
diffusion de la presse.

L’effort des pouvoirs publics en faveur de la diffusion doit être multiforme. Il
concerne aussi le transport postal de la presse, le portage ou encore
l’expansion de la presse française à l’étranger.

Sur la vente au numéro, j'organiserai d'ailleurs d’ici la fin de l'année une
opération de nature à valoriser les points de vente de la presse écrite. Toute
proposition que vous pourriez faire sera la bienvenue.

J’ai souhaité, dans le même esprit, qu’un effort tout particulier soit engagé
cette année pour soutenir le développement de la diffusion auprès des
jeunes lecteurs. J’ai réservé à cette fin une enveloppe de 3,5 millions d’euros, l’objectif étant de faire émerger des projets innovants en la matière
et de contribuer à leur financement. Les travaux ont bien avancé. Une
première série de projets ont été présentés et avalisés par le fonds de
modernisation. Il se concrétiseront dans les toutes prochaines semaines,
avec notamment une opération de promotion de la presse quotidienne dans
les lycées organisée en partenariat avec les régions. Je sais que l’Humanité
a fait une proposition intéressante, dont le dossier sera examiné et autorisé
s’il a pour objet de rendre la presse accessible aux jeunes.

Outre la modernisation du secteur et le développement de la diffusion, la
défense du pluralisme de la presse reste bien évidemment l’objectif essentiel
en soi. C’est l’objectif que poursuit le gouvernement avec l’ensemble de ces
mesures. Comme vous le savez, une aide spécifique est dédiée aux
quotidiens à faibles ressources publicitaires, qui devrait voir sa dotation
progresser de 7,5% en 2006 grâce à la réforme de ce fonds, que j'ai voulue
dès ma priuse de fonction. Garantir la pérennité et l'indépendance des titres
d’information et d’opinion qui incarnent le mieux la richesse et la vitalité de
notre débat démocratique, tel est le « coeur de cible » de notre action, et
j’oserai dire, cher Patrick LE HYARIC, que L’Humanité est au coeur de ce
coeur.

La réforme récente du fonds d’aide à la modernisation de la presse
quotidienne complète ce soutien direct à la presse d’opinion à faibles
ressources, en prévoyant l’augmentation des taux de subvention appliqués
aux investissements portés par cette catégorie de titres. Là encore,
L’Humanité en bénéficie.

Naturellement, beaucoup reste à imaginer et à faire pour défendre le
pluralisme, notamment en ce qui concerne l’indépendance économique et
l’autonomie financière des entreprises de presse.

Là aussi, je veux accompagner les mutations actuelles pour en empêcher les
dérives sans en bloquer les effets bénéfiques. Tel est le sens profond de
mon action dans ce domaine. Soyons clairs : il est vital pour la presse que
des groupes à la structure financière solide puissent y investir. Mais cela ne
doit pas nuire à la pluralité des titres et de leurs lignes éditoriales. Je serai
particulièrement attentif aux conclusions que rendra bientôt au Premier
ministre la commission indépendante présidée par M. Alain LANCELOT,
chargée d’examiner les problèmes de concentration dans le domaine des
médias, que j’ai invitée cet après-midi rue de Valois. Je vais de mon côté
réfléchir à des mesures de nature à renforcer les fonds propres des
entreprises de presse et je serai très attentif aux propositions qui me seront
faites à cet égard.

Pour conclure, je vous apporte encore une bonne nouvelle. Bonne pour notre
patrimoine, à quelques jours des 22e Journées européennes du patrimoine,
et en particulier pour la mémoire du journalisme.

Vous êtes nombreux à vous être inquiétés, et René Fagnoni secrétaire du
comité de groupe SOCPRESSE a exprimé publiquement cette inquiétude, de
l'avenir de l'immeuble Art déco du Figaro, rue du Louvre, construit en 1934
par les architectes Fernand Leroy et Jacques Cury, pour abriter les
quotidiens Paris-Midi et Paris-Soir, qui ont été les premiers journaux
parisiens, conçus, écrits et imprimés dans un même lieu. Des journaux dont
les tirages atteignaient plusieurs millions d’exemplaires !

Je me réjouis que le dialogue que j’ai souhaité entre le propriétaire de
l'immeuble, le groupe Gécina, et les architectes des bâtiments de France ait
débouché sur un projet de restauration qui préserve les éléments essentiels
de cet immeuble. Je vous annonce qu’au terme de ces travaux, l'immeuble
sera protégé au titre des monuments historiques. Dois-je rappeler que l'Humanité s'y installa de 1947 à 1956, et que préserver ce haut lieu de
l’histoire de la presse, c’est aussi rendre hommage à la mémoire de tous
ceux qui y travaillèrent et notamment aux noms de vos prédécesseurs
illustres : Camus, Vailland, Cendrars, Peyré, Carco, Saint-Exupéry, Cocteau,
Prévost, Kessel, Mauriac.

Mes derniers mots, seront pour vous dire que la poursuite de ces objectifs
implique l’unité et la mobilisation de tous. C’est-à-dire la responsabilité de
chacun. Le pluralisme n’est pas seulement un principe juridique à garantir,
un effort financier à consentir. C’est aussi un engagement à mettre en oeuvre
par chacun, quel que soit son métier, chaque jour. Que nos efforts conjoints
ne soient pas minés par de vaines querelles ! Malgré les sensibilités
différentes qui peuvent exister entre les uns et les autres, nous poursuivons
tous le même but : la vitalité de la presse, c’est-à-dire du débat public dans
notre démocratie.

Je vous remercie.

Remise des insignes de chevalier dans l’ordre national du mérite à Guy-Claude François

6 septembre 2005

Cher Guy-Claude François,

Je suis très heureux de vous rendre hommage au Ministère de la
culture et de la communication, pour vous dire avant tout mon
admiration, celle d’un amoureux des arts de la scène, du théâtre et du
cinéma.

Votre parcours professionnel est impressionnant. Sa grande diversité
témoigne à la fois d’une grande curiosité et d’un grand talent.

Scénographe de théâtre, d’opéra, de spectacles de marionnettes, de
ballets, d’expositions, chef-décorateur de cinéma, enseignant, vous
passez d’un univers à l’autre avec une étonnante facilité, et toujours
avec la même exigence, celle qui n’a cessé de vous distinguer parmi
vos pairs comme un artiste rare.

Après votre formation, à l’École du Louvre, puis à l’École des arts et
techniques du théâtre, vous êtes régisseur et peintre de décors dans
plusieurs théâtres, ainsi qu’à l’Atelier Bertin et à l’Opéra de Paris, puis
directeur technique du Théâtre Récamier. C’est là qu’un beau jour de
1965, vous rencontrez Ariane Mnouchkine, qui monte, avec le Théâtre
du soleil, Le Capitaine Fracasse. Vous découvrez le type nouveau de
travail théâtral qu’elle incarne, fondé sur la création collective et la
quête exaltante de la cohérence entre le discours du spectacle et sa
mise en oeuvre. Le théâtre français et européen portera longtemps la
marque de cette démarche fondatrice, qui est toujours à l’oeuvre à la
Cartoucherie.

C’est dans ce cadre inspiré que vous avez pu faire vos premiers tours
de magie, en tant que décorateur et régisseur, en transformant le néant,
celui d’une scène de théâtre moderne, en un lieu de drame, reflet en
dur des pensées des personnages, des intrigues d’une tragédie ou
d’une comédie, élaborée avec et pour le public.

L’expérience, l’utopie réalisées du Théâtre du Soleil, c’est, bien sûr,
d’abord « L’âge d’or » en 1975. Vous créez « l’architecture éphémère »
de ce scénario collectif, jamais publié, de ce spectacle qui relie le
monde contemporain à celui de la commedia dell’arte et du conte
oriental, dans un décor étonnant, de collines et de creux sur 1 600 m²,
où public et acteurs se mêlent. Symbole de la formidable contribution
de votre créativité au monde du spectacle, ce décor laissera une
empreinte durable dans les mémoires de tous ceux qui l’ont vu.

Puis vous aménagez les lieux de tournée du Théâtre du Soleil.
À cette époque, dans les années 1970-1980, vous participez activement à
la reconversion de friches industrielles en lieux de théâtre, en prolongeant
l’expérience de la Cartoucherie.

C’est aussi au Théâtre du Soleil que vous découvrez le cinéma, en
concevant les décors de « Molière », le film d’Ariane Mnouchkine, en
1979, qui vous vaut un César. Par la suite, vous avez la chance de
travailler avec des metteurs en scène comme Bertrand Tavernier, avec
« Capitaine Conan », récompensé par le Prix spécial du jury de San
Sebastian pour votre direction artistique, « La vie et rien d’autre », « L
627 » et cet incroyable château de « La passion Béatrice » ; mais aussi
James Ivory, avec « Jefferson à Paris », Christophe Gans, avec « Le
Pacte des Loups ». Avec eux en particulier, vous avez pu exprimer votre
amour des décors et de la reconstitution, de la réinterprétation du passé, à
la lumière de votre passion pour l’histoire.

Aujourd’hui, avec votre société, Scène, fort d’un savoir-faire unique et
estimé dans le monde entier et en collaboration avec des architectes,
vous concevez et réhabilitez de très nombreux lieux de spectacle, en
France et à l’étranger. Vous avez conçu des espaces aussi différents que
le Palais omnisports de Paris Bercy, l’aménagement de la Cour d’honneur
du palais des Papes pour le festival d’Avignon, l’IRCAM au centre
Georges Pompidou, la Grande Halle de La Villette, la restauration
technique de l’Opéra Garnier, et près de 200 théâtres.

Cette pluridisciplinarité du métier de scénographe-décorateur, vous avez
souhaité la transmettre et l’enseigner – car vous faites bien la différence
entre ces deux notions, l’une privilégiant la reproduction, l’autre la liberté
et la créativité – à vos élèves de l’Ecole nationale supérieure des Arts
décoratifs – j’ai eu le plaisir d’inaugurer, en novembre dernier, les
nouveaux locaux de cette grande école de la rue d’Ulm dépendant du
ministère de la culture et de la communication.

« Le dramaturge écrit une scène, le scénographe la dessine ». J’aime
beaucoup votre formule, qui résume le rôle du scénographe qui, face au
texte de l’auteur, en collaboration avec le metteur en scène, doit structurer
un espace propice à sa représentation. Et cette autre, où vous définissez
le théâtre comme « à la fois la sublimation et la réalisation de l’unité de la
poésie et de la technique ».

Aujourd’hui, l’expertise acquise d’abord à l’école, puis dans les théâtres et
dans les studios, offre à vos étudiants de nombreuses possibilités
d’exercer leur créativité et de suivre les voies que vous avez ouvertes, audelà
du spectacle, auprès des musées (comme le centre de la Résistance
à Lyon, le musée de la paix à Verdun), ou dans le domaine de
l'architecture, en suivant votre exemple.

Vos réalisations, vos aménagements et vos décors pour le théâtre, l’opéra
et le cinéma, vos conceptions de salles de spectacle et de scénographies
d’expositions vous ont d’ores et déjà valu de nombreuses distinctions.

En présence de vos amis du Théâtre du Soleil, et de Pierre Santini, je
tiens évidemment à citer les Molières du meilleur décor de théâtre pour Le
Passe-Muraille en 1997, Tambour sur la digue en 2000, et cette année,
j’ai eu le plaisir d’assister au théâtre Mogador, à votre triomphe, avec
Serge Nicolai et Duccio Bellugi-Vannuccini, pour le Molière du meilleur
décorateur-scénographe pour « Le dernier Caravansérail (Odyssées) ».

Dans chacun des nombreux domaines où vous exprimez votre talent,
vous offrez à chaque fois au spectateur les clés d’un trésor, celui de notre
patrimoine culturel, un trésor à la fois éphémère et éternel. Car tel est bien
le paradoxe de la scène, pour notre plus grand plaisir.

Guy-Claude François, au nom du Président de la République et en vertu
des pouvoirs qui nous sont conférés, nous vous faisons chevalier dans l'ordre national du Mérite.

Lancement de la 22ème édition des Journées européennes du Patrimoine

6 septembre 2005

Mesdames, Messieurs,

Chers Amis,

« J’aime mon patrimoine » : c’est le thème que j’ai choisi pour ces 22e
Journées du patrimoine. Au-delà de la profusion d’évènements de ces deux
jours, présentés dans le dossier qui vous est remis, au-delà même de la
renaissance du Grand Palais, qui sera ouvert jusqu’au 1er octobre, c’est une
priorité essentielle de ma politique culturelle, c’est une grande ambition que je
souhaite mettre en lumière : celle de l’appropriation collective, mais aussi
personnelle, par tous les Français, du magnifique patrimoine que nous avons
en partage. Nos concitoyens s’intéressent à ces lieux de mémoire et de
création, grands monuments historiques ou contemporains, emblématiques de
notre histoire ou de notre époque, qui façonnent notre environnement, notre
cadre de vie et fondent notre identité culturelle, nationale, bien sûr, mais aussi
locale, régionale et européenne.

Parce qu’il est l’expression de notre identité, parce que nous en sommes fiers,
le patrimoine est d’abord une grande passion. La passion de notre histoire, qui
est d’autant plus profonde que notre société, dans toute sa diversité, est en
quête de mémoire, de repères, de sens. C’est sans doute ce qui explique le
succès, renouvelé chaque année, de ces journées, et le regain d’intérêt des
Français pour leur patrimoine depuis que l’année 1980 fut déclarée « année du
patrimoine ». Il est bien loin le temps où Mérimée, créant en 1837 la
Commission des monuments historiques, se proclamait : « Vox clamans in
deserto ! ». Dès sa création, André Malraux assigne à ce ministère la mission
d’assurer « la plus vaste audience à notre patrimoine culturel ».

Aujourd’hui, notre patrimoine est porté par les efforts de tous. C’est donc pour
exprimer le véritable attachement individuel qui lie chaque Française et chaque
Français à notre patrimoine, que j'ai choisi le thème : « j’aime mon
patrimoine ».

Pour que cette passion s’élargisse encore, pour que chacun puisse exprimer
son engagement, j’ai invité tous les organisateurs de ces Journées à créer des
liens encore plus étroits, des liens pérennes avec notre patrimoine. Il s’agit de
permettre à tous ceux qui ne le sont pas encore, de devenir des acteurs de la
sauvegarde et de la mise en valeur d’un monument. On connaît la capacité de
nos concitoyens à se mobiliser sur des grandes causes. Je suis persuadé que
notre patrimoine est de celles-là.

Je tiens à rendre hommage à tous les responsables d’associations présents
qui, avec leurs adhérents et de très nombreux Français, y consacrent
bénévolement une part importante de leur vie et de leurs moyens.
Oui, le patrimoine est l’affaire de tous. Il est le fruit des efforts de tous.

Ceux des propriétaires privés, aux côtés des collectivités publiques, sont irremplaçables. Je rappelle que les propriétaires
privés ont la responsabilité de près de la moitié de notre patrimoine national protégé.

Je tiens à saluer l’engagement des nombreux partenaires privés et publics qui unissent leurs forces aux côtés des services
de l’Etat – direction de l’architecture et du patrimoine, directions régionales des affaires culturelles et services
départementaux de l’architecture et du patrimoine. Parmi les associations, je tiens à citer la Demeure Historique et les
Vieilles Maisons Françaises, ainsi que la Fondation du patrimoine.

Oui, qu’ils soient bénévoles ou professionnels, amateurs ou spécialistes, agents de l’Etat ou des collectivités territoriales,
tous les acteurs du patrimoine sont animés de la même passion de partager et de faire découvrir notre héritage commun,
dans toute sa diversité.

Des monuments les plus emblématiques de notre mémoire nationale, au plus modeste lavoir, au four à pain, ou à la
chaumière qui témoignent de notre patrimoine rural. Des centres anciens, heureusement le plus souvent préservés, aux
vastes paysages façonnés par le travail des hommes. Des objets rares ou précieux qui peuplent les églises et les collections
publiques et privées aux parcs et jardins protégés ou remarquables, essentiels à la qualité de notre cadre de vie.

Notre patrimoine bénéficie à tous, non seulement par sa beauté, non seulement parce qu’il donne sens et continuité à notre
histoire commune, mais aussi parce qu’il est la source, sur l’ensemble de notre territoire, d’une activité économique directe
et de nombreux emplois.

Les travaux d’entretien et de restauration, de plus de 500 millions d’euros par an, représentent près de 45000 emplois et
l’activité de 1200 entreprises. Quand on sait que 60% à 85% des sommes investies dans ce domaine vont à l’emploi, on
mesure l’importance des investissements dans ce secteur au regard des priorités du gouvernement. C’est pourquoi, l’Etat,
loin de se désengager, se mobilise, j’y reviendrai dans un instant.

C’est un vaste réseau d’artisans, de métiers, d’ateliers, de petites et moyennes entreprises, souvent hautement spécialisées,
qui irrigue l’ensemble de notre pays, alliant les savoir-faire les plus traditionnels aux techniques les plus innovantes. Ce
réseau a valeur d’exemple, par ses réalisations. Il stimule, partout en France, la demande en réhabilitation et en restauration
du bâti ancien. Il influence les choix de matériaux en construction neuve.

Le patrimoine contribue enfin à la qualité de l’image de la France et à son attractivité. Qui pourra nier l’importance des
richesses patrimoniales de notre pays dans l’afflux chaque année de près de 75 millions de touristes étrangers ? Au succès
de nos plus grands monuments et sites, s’ajoute la qualité de notre cadre de vie, qui contribue aux décisions des entreprises
d’investir, de s’installer et de créer des emplois dans notre pays.
Le patrimoine joue aussi un rôle éducatif essentiel, par la force des liens entre les générations et du lien social qu’il contribue
à tisser ou à retisser.

C’est dire l’étendue de nos responsabilités politiques dans ce domaine, qui concerne chacune et chacun d’entre nous. Et je
tiens à vous dire que l’Etat assumera les siennes.
J’ai décidé tout d’abord, de moderniser et renouveler son action pour la rendre plus simple, plus efficace et mieux adaptée à
notre temps.

Nous devons en premier lieu faire évoluer le dispositif législatif et réglementaire actuel, figé dans le vénérable monument
historique qu’est la loi du 31 décembre 1913, afin de le faire correspondre aux besoins d’aujourd’hui. Au moment de
l’adoption de cette loi fondamentale, la France ne comptait que 4800 monuments classés. Mérimée avait été entendu, et son
prédécesseur, le premier inspecteur des monuments historiques, Ludovic Vitet, qui, lors de son premier voyage à travers la
France en 1830 avait lancé ce cri d’alarme : « Si vous ne m’armez pas d’un petit bout de loi, d’ici dix ans, il n’y aura plus un
monument en France » ! Aujourd’hui, la France compte plus de 42000 édifices protégés.

Sur ma proposition, le Gouvernement a décidé de responsabiliser les acteurs du patrimoine pour permettre à chacun de
jouer pleinement et entièrement son rôle.

Nous avons donné des compétences nouvelles aux collectivités territoriales, propriétaires de 46 % des monuments
protégés, gestionnaires et garantes, dans le cadre de leurs compétences, de notre territoire – patrimoine commun de la
nation selon les termes de l’article premier du code de l’urbanisme.

C’est l’objet des mesures de décentralisation prévues par la loi du 13 août 2004, mises en oeuvre par quatre décrets du 20
juillet 2005 et une circulaire d’application du 1er août 2005, que j’ai adressée aux préfets de région et aux préfets de
département.

J’affirme, comme élu local et comme ministre, nous devons tous faire plus et mieux pour notre patrimoine. L’Etat ne se
désengage pas.

Les collectivités locales sont dotées de compétences nouvelles, pour leurs missions en matière d’inventaire général du
patrimoine culturel et de transfert de monuments historiques, à titre expérimental, pour la gestion des crédits d’entretien et
de restauration des monuments qui n’appartiennent pas à l’Etat.

J’ai confiance en leurs capacités et en leur efficacité.

L’Etat, pour sa part, doit simplifier les procédures et un droit trop complexes dans lesquels les acteurs peinent à se
retrouver.

Tel est l’objet de deux ordonnances. La première porte sur les secteurs sauvegardés, a été publiée au Journal officiel le 29
juillet dernier. Je présenterai la seconde, sur les monuments historiques et les espaces protégés, en Conseil des ministres
demain. Elle sera publiée au Journal officiel avant le 9 septembre. Ces deux textes sont fondés sur la loi du 9 décembre
2004 relative à la simplification du droit. Je déposerai très rapidement les projets de lois de ratification.

D’autres mesures, d’ordre réglementaire, sont en préparation ou en concertation avec les acteurs concernés et devraient
être prêtes pour la fin de l’année. Et d’autres réformes restent à conduire, pour mieux faire accepter les règles essentielles
de protection du patrimoine, trop souvent présentées comme systématiquement contradictoires avec l’aménagement et le
développement des infrastructures contemporaines.

Afin de répondre aux critiques récurrentes, tendant à présenter les décisions de protection comme passéistes, arbitraires ou
incohérentes, j’ai demandé au directeur de l’architecture et du patrimoine d’organiser le travail de la Commission supérieure
des monuments historiques, qui sera bientôt rebaptisée Commission Nationale des monuments historiques, afin qu’elle
discute, élabore et publie une véritable doctrine de la protection de l’action publique en faveur des monuments historiques.

Cette doctrine, sera le fruit des débats des spécialistes, des architectes, des élus. Elle sera largement communiquée au
public. Elle permettra ainsi de renforcer l’adhésion collective que je recherche pour cette grande cause du patrimoine.

L’engagement de l’Etat, c’est évidemment aussi, l’engagement budgétaire. Et je peux vous dire, que dans ce domaine, je me
démène !

Vous le savez, les besoins sont immenses et pour certains d’entre eux immédiats. Les difficultés des entreprises
spécialisées et les menaces qui pèsent non seulement sur certains monuments, mais aussi sur l’emploi, me préoccupent.
Grâce aux mesures successivement obtenues sur les exercices budgétaires 2004 et 2005, tant par redéploiements qu’en
lois de finances, notre capacité de financement a été déjà augmentée de près de 80 millions d’euros.

Et je suis heureux de vous annoncer que je viens de réaffecter 10 millions d’euros supplémentaires aux opérations de
restauration menées dans les régions en 2005.

Sur le budget 2006, que je vous présenterai le 21 septembre, j’ai obtenu qu’une partie des ressources dégagées par les
privatisations, 100 millions d’euros, soit affectée à la restauration du patrimoine national. Je l’ai dit, le financement du
patrimoine est un investissement pour le développement économique et l’emploi, pour l’attractivité de notre pays.
Je maintiendrai ces efforts inlassables tant que la situation ne sera pas rétablie à un niveau satisfaisant.

Pendant les Journées du patrimoine, je marquerai l’importance que j’attache à ces efforts nécessaires, en allant m’assurer
de l’avancement des chantiers de restauration de la cathédrale de Laon et du Château de Coucy en Picardie. Notre-Dame
de Laon, joyau de l’architecture gothique, qui avait tant impressionné Mérimée, fait l’objet d’une convention entre l’Etat et la
ville, afin d’aider celle-ci à restaurer le massif occidental, qui est dans un état alarmant.

Au château de Coucy, important site militaire médiéval, je rencontrerai l’association Rempart qui organise des stages de
formation pour ses bénévoles ; je saluerai leur action exemplaire en faveur de la restauration et de la valorisation de notre
patrimoine, qui doit être le fruit, je le répète, de l’addition de toutes les énergies.

Je serai très heureux d’ouvrir au public les portes du Grand Palais le samedi 17 septembre, après de longs travaux de
renforcement des fondations et de restauration de la verrière et des façades. Pour fêter cet événement, une présentation
spectaculaire des Globes de Coronelli, issus des collections de Louis XIV, dont j’ai confié la réalisation à l’architecte Patrick
Bouchain, mettra en valeur le patrimoine exceptionnel que représente la nef du Grand Palais, avec l’installation sonore et
lumineuse due à deux jeunes créateurs, Thierry Dreyfus et Frédéric Sanchez.

Dans l’après-midi je visiterai en compagnie de Michèle Alliot-Marie l’extraordinaire chantier de restauration des décors de
Joseph Parrocel qui orne l’ancien réfectoire de l’hôtel des Invalides, commande royale célébrant la politique de conquête de
Louis XIV. Ce sera l’occasion de signer le troisième renouvellement pour les cinq prochaines années, du protocole de
coopération qui engage nos deux ministères dans une collaboration désormais élargie au-delà du seul patrimoine aux
domaines nouveaux des musées, des archives et de l’animation culturelle.

Puis, dimanche matin, je serai heureux d’ouvrir les portes du Palais-Royal et d’y accueillir le public, qui pourra prendre
conscience de l’enrichissement continu des collections de nos grandes institutions culturelles. Il pourra découvrir une
présentation exceptionnelle, dans ce Salon, d’un ensemble d’oeuvres et de documents acquis en 2004 et 2005 :

– cinq lettres adressées par la reine Marie-Antoinette à la princesse de Polignac, entre la prise de la Bastille et la fuite de
Varennes, destinées aux Archives nationales ;

– le manuscrit autographe de « La Nouvelle Héloïse », l’un des rares brouillons de Jean-Jacques Rousseau parvenus
jusqu’à nous, entré depuis peu à la Bibliothèque nationale de France ;

– un rare carnet de dessins de costumes de la Venise du XVIe siècle, qui rejoindra bientôt le musée Paul-Dupuy de
Toulouse ;

– enfin, trois oeuvres acquises pour le Louvre, une « Tête de caractère » du sculpteur autrichien Franz-Xaver
Messerschmidt, l’un des artistes les plus singuliers du XVIIIe siècle, la Vierge au rameau de chêne de Simon Vouet,
ainsi qu’un album de dessins exécutés à Rome par David dans les années 1775-1780. Ces acquisitions ont été
réalisées pour certaines grâce au Fonds du Patrimoine, c’est-à-dire grâce aux crédits du budget de l’Etat, pour d’autres
grâce au mécénat d’entreprises, en application des dispositions fiscales très avantageuses de la loi du 1er août 2003.

Je me rendrai ensuite à la Maison de la Radio, monument trop familier peut-être pour être naturellement considéré comme
ce qu’il est, un témoignage précieux de l’architecture de la seconde moitié du XXe siècle. Cette oeuvre d’Henri Bernard sera
bientôt protégée et mise en valeur, grâce à l’intervention des équipes de l’agence Architecture studio, que je serai heureux
de rencontrer sur place.

Ces Journées, je l’ai dit, sont des journées européennes, qui se prolongent, tout le mois de septembre, dans 46 pays, autour
du thème : « L’Europe, un patrimoine commun ».

C’est un encouragement très fort pour les propositions que j’ai présentées à l’issue des Rencontres pour l’Europe de la
culture les 2 et 3 mai derniers. Je pense en particulier, à la création d’un label « patrimoine de l’Europe » qui permettra de
mettre en valeur la dimension européenne des monuments et des sites de nos nations qui ont compté dans l’histoire de
notre continent.

Avec les pays participants à ces rencontres, nous avons décidé de créer un groupe de coopération, en relation avec la
commission européenne, sur le patrimoine et le tourisme culturel, qui traitera de ce label, mais aussi d’une autre proposition
de la France, tendant à créer un fonds commun d’assurance, pour faciliter la circulation des oeuvres entre nos pays. Je
souhaite que les prochaines rencontres pour l’Europe de la culture, à Budapest en novembre prochain, nous permettent
d’avancer sur ces deux sujets qui me tiennent à coeur, parce qu’il s’agit de notre identité et de notre destin au sein d’une
Europe qui est avant tout un espace culturel commun.

Enfin, je tiens à remercier chaleureusement les représentants des entreprises partenaires des Journées européennes du
Patrimoine, présents dans cette salle, qui depuis plusieurs années nous accompagnent et partagent fidèlement nos efforts
afin que cette manifestation soit une réussite.

Je pense tout particulièrement au groupe Carrefour, partenaire depuis 1999, qui organise de nombreuses animations dans
les monuments historiques. J’aurai prochainement l’occasion de remettre, ici même, avec le Président de Carrefour, les
« prix Carrefour Journées du patrimoine », qui couronnent des initiatives en faveur de la sauvegarde du patrimoine culturel,
architectural et culinaire.

Je pense également au Crédit agricole et à la Fondation du Crédit agricole Pays de France, grand partenaire de la culture et
en particulier de la sauvegarde et de la valorisation du patrimoine, partenaires des Journées européennes du patrimoine
depuis quatre ans, et qui vient de renouveler, par la signature d’une convention de mécénat, son engagement pour les deux
prochaines années.

Je veux encore remercier la Confédération des artisans et petites entreprises du bâtiment, qui pour la troisième année
consécutive participe activement à cette manifestation.

Enfin je voudrais saluer un nouveau partenaire venu rejoindre nos entreprises mécènes – la RATP – qui propose un
programme d’évènements exceptionnels pour faire découvrir toute la richesse de son patrimoine.

Je n’oublie pas non plus les partenaires médias des Journées européennes du Patrimoine dont l’appui est essentiel pour la
réussite de cet évènement
France Télévisions mobilise les chaînes du groupe, car elle sait combien notre patrimoine donne aux téléspectateurs des
racines et des ailes. Je salue aussi la chaîne Histoire, nouveau partenaire des journées, et RTL qui, après « Rendez-vous
aux jardins », en juin dernier, s’engage aux côtés des Journées du patrimoine.

Je vous souhaite à tous et à toutes d’excellentes visites et de très belles découvertes !

Résidence de l’Ambassadeur auprès des Nations Unies à Genève

5 septembre 2005

Monsieur le Directeur général des Nations Unies,

Mesdames et Messieurs les Ambassadeurs,

Mesdames, Messieurs,

Chers amis,

Je suis très heureux de vous retrouver à Genève, “ République et Canton ”, pôle mondial et
européen de la diplomatie et des relations multilatérales, où vous assurez, Monsieur
l'Ambassadeur, la représentation permanente de la France auprès des Nations Unies, des
organisations intergouvernementales, et des organisations non gouvernementales qui leur
sont liées.

Oui, sur les rives si pittoresques du Léman, dans cette cité suisse – bien sûr – européenne –
évidemment – à la vocation universelle – assurément – et si proche de Paris, où je suis
heureux de saluer la communauté française, vous incarnez la vision et l'engagement de la
France, dans tous les domaines, si variés, où toutes ces organisations agissent,
réfléchissent, proposent, échangent, négocient – toujours – concluent – souvent – en tentant,
sans relâche, de faire prévaloir la solidarité de la communauté internationale, face à des
enjeux significatifs de la mondialisation actuelle et décisifs pour l'avenir du monde.

Je pense par exemple aux droits de l'homme, à la santé, à la recherche, au développement,
à l'économie, au travail, au commerce international, dont je me suis entretenu ce matin avec
Pascal Lamy. Alors que nous célébrons cette année le 60e anniversaire des Nations Unies,
je suis particulièrement heureux que ma visite me permette de souligner la contribution de la
France dans le domaine de la culture, qui est une dimension essentielle des relations
internationales.

On le sait, bien sûr, à Genève, en raison de la très riche histoire culturelle et spirituelle de
cette cité du multilinguisme et du dialogue des cultures. Et comment ne pas évoquer ici les
pages, si belles, si savoureuses et si féroces, de Belle du Seigneur, où Albert Cohen narre
cet "âge d'or", ce grand théâtre cosmopolite des sentiments, des ambitions, des vanités et
des projets ?

Si je rappelle cette époque, c’est pour montrer combien, depuis la Société des Nations et
jusqu’aux Nations Unies, l’attachement de la France au multilatéralisme et au règlement
pacifique des conflits est ancien et profond. Cette inspiration est toujours celle qui anime
notre politique étrangère aujourd’hui.

Car c'est bien en ce temps, où l'Europe, à peine relevée du premier conflit mondial, dansait
sur un volcan, où la montée des périls annonçait déjà le basculement d'un monde ancien et
la fragilité de la démocratie, que fut conçu le projet de l’oeuvre dont Emile Othon Friesz
réalisa le carton en 1934, tissée par les Gobelins de 1935 à 1937. J'ai eu l'honneur de
remettre tout à l'heure à sa juste place, ce chef d’oeuvre de l’art et des métiers d’art français,
destiné à rayonner et à inspirer, depuis Genève, l’ensemble des nations : "La Paix". Ou
plutôt : "La Paix offre aux peuples et aux nations les moyens de connaître la joie de vivre".

Car telle est l'intégralité de l'intitulé de cette commande publique, voulue par Aristide Briand
en 1930, un an après qu'il eut lancé à la face de l'Europe, depuis la tribune de la Société des
Nations, ici à Genève, devant son collègue Stresemann, la première proposition de "lien
fédéral" destiné à unir ce continent.

Le dialogue entre la France et l'Angleterre, qui étaient alors les forces motrices de la SDN,
tant sur ce que l'on appelait à l'époque "la question allemande", que sur les questions de
sécurité, avait considérablement renforcé l'organisation internationale.

La diplomatie secrète
cédait le pas à la diplomatie ouverte. L'esprit de Genève, l'idéal de paix et la foi en la
coopération internationale, gagnait les responsables des “ grands pays ” comme ceux des “
petits Etats ”. La SDN ne se réduisait pas à des fêtes, des discours, un esprit, des rivalités.

Elle a agi, principalement sur la scène européenne, où elle a évité des conflits, permis la
signature d'accords commerciaux, avant l’écroulement de l’expansion économique et
l’escalade du protectionnisme et du nationalisme, et préfiguré, sur bien des points, les
grandes conférences internationales d'après 1945. Mais l'exclusion de deux grandes
puissances, les Etats-Unis et l'URSS, la crise économique et sociale, la montée du fascisme
et du nazisme, la détérioration des relations internationales, expliquent que la magnifique
allégorie au rameau d'olivier ne soit plus apparue d'actualité en 1937.

Elle l’est aujourd’hui. D’autant qu’elle est accrochée à quelques pas du salon français,
réservé aux chefs d’Etat, et de la salle du conseil, lieu historique de la Conférence du
Désarmement. C’est un emplacement très symbolique et un très bel hommage du palais des
Nations Unies à l'art, aux métiers d’art et à la culture.

Je tiens à remercier le directeur du Palais des Nations d'avoir eu le souci de préserver le
magnifique patrimoine de ce salon, où j’ai dévoilé tout à l’heure la plaque rappelant qu’il doit
son nom à la nationalité de Jules Leleu, à qui avait été confié son aménagement en 1935. Et
je me félicite que la France ait pris en charge la très belle restauration, qui a été effectuée
par six restaurateurs d'art, en octobre dernier.

Je me félicite également, qu’à l’occasion de l’exposition internationale qui célèbre le 60e
anniversaire de sa création, l’Organisation des Nations Unies ait demandé à chaque pays
membre de mettre à disposition une "oeuvre liée aux valeurs de l'Organisation des Nations
Unies de paix et de développement". Le choix de la France, "la Pieta du Kosovo" oeuvre de
l'artiste français, Pascal Convert, que je salue, s’inspire d’une célèbre photographie de
Georges Mérillon "Veillée funèbre au Kosovo", élue photographie de l'année par la Fondation
World Press en 1991.

Permettez moi d’y voir un rappel salutaire et exemplaire du rôle du patrimoine, de la création,
et de la diversité culturelle dans le monde d’aujourd’hui, alors que va bientôt s’ouvrir la
conférence de l’UNESCO. De Genève à Paris, et dans toutes les capitales du monde, on
doit savoir que le patrimoine culturel de l’humanité, et les créations qui l’enrichissent, lèguent
aux générations présentes et futures des sites, des monuments et des oeuvres, mais aussi
des valeurs qui sont notre bien commun, réaffirmant aujourd’hui, comme le général de
Gaulle il y a soixante ans, “ la nécessité de créer dans le monde un ordre susceptible de
garantir la sécurité de chacun, de mettre rationnellement en oeuvre les richesses de l’univers
et de rapprocher entre eux tous les hommes de notre terre. ”