Remise des insignes de chevalier dans l’ordre national du Mérite à Gérard Proust
Cher Gérard Proust,
Je suis très heureux de distinguer ici le Président de l’Union nationale des diffuseurs de
presse. Comme je vous le disais, le 24 février dernier, lors du congrès de votre fédération,
vous savez combien je suis attaché à la pérennité et au développement du réseau de
diffusion de la presse.
En vous accueillant rue de Valois aujourd’hui, c’est la somme de savoir, de découvertes et
d’émotions que les diffuseurs de presse proposent à la vente tous les jours, sur l’ensemble
de notre territoire, qui entre ici.
Je sais combien vos commerces de proximité sont ancrés dans la vie quotidienne de nos
concitoyens, et participent à l’animation des quartiers, de leur cadre de vie, et j’ajouterais de
leur qualité de vie.
J’ajoute que leur contribution à la vitalité de la démocratie dans ce pays est essentielle.
L’article XI de la Déclaration des droits de l’Homme et du Citoyen proclame : « La libre
communication des pensées et des opinions est un des droits les plus précieux de l’homme
». Le pluralisme des idées et des opinions, si nécessaire à l’exercice effectif de la liberté,
passe par la diffusion de la presse écrite, qui permet une appropriation active de
l’information, une confrontation des analyses, et la construction d’une véritable conscience
collective, culturelle et civique. Une société qui n’est plus cimentée par la diffusion des idées
et de l’information devient une société fragile. Je sais que la presse écrite est aujourd’hui
bousculée, malmenée, par de nouvelles habitudes de consommation, par l’essor des
nouvelles technologies, par l’immédiateté de l’instant, qui privilégient le fait brut, plutôt que le
commentaire, l’analyse et la réflexion ; par la culture de la gratuité, par le marketing qui
préfère le produit formaté par le marché à l’expression de la pensée, qui, elle, est contraire à
l’uniformisation du discours.
La diffusion de la presse dépend avant tout des conditions géographiques, matérielles et
professionnelles que vous connaissez mieux que quiconque, et notamment de l’implantation
et du nombre de points de vente, de l’adaptation de votre réseau aux modes de vie et de
déplacement de nos concitoyens. Le réseau de diffusion de la presse, c’est un peu le
système nerveux qui parcourt le corps de notre démocratie, qui fait que son âme frissonne et
réagit.
Tout ce qui l’affecte positivement ou négativement, tout ce qui contribue à sa vigueur ou au
contraire l’affaiblit, concerne naturellement les pouvoirs publics et me préoccupe tout
particulièrement.
Ces derniers mois, j’ai eu maintes fois l’occasion de constater avec vous les difficultés que
connaît votre profession, de déplorer l’érosion du nombre des points de vente, la dégradation
des conditions de travail, l’engorgement des linéaires, et j’ai fait mienne votre inquiétude.
Je sais qu’il vous faut jongler quotidiennement avec plus de 3000 titres, qu’il vous faut
répondre aux demandes des clients et des éditeurs, et que votre métier qui exige un très
grand professionnalisme et de très grandes compétences à la fois humaines et techniques,
est l'un de ceux où l’on se lève le plus tôt et où l’on se couche le plus tard, qu’il neige ou qu’il
vente, en toutes saisons, tout au long de l’année.
Cela, vous le connaissez bien sûr de l’intérieur. Par votre parcours. Par votre expérience.
Par votre engagement au service de votre profession.
Vous êtes né à La Rochelle en 1949.
En 1972, vous obtenez une licence de droit, à Montpellier, puis le certificat d’aptitude à la
profession d’avocat, deux ans plus tard.
Puis vous êtes contraint, pour des raisons familiales, de rejoindre votre ville natale où vos
parents sont commerçants.
Vous devenez, en 1976, gérant d’un Tabac-Presse, puis de plusieurs autres magasins,
avant d’acquérir en 1999 un point de vente Presse-Librairie.
En 1980, vous adhérez à l’Union nationale des diffuseurs de presse (UNDP) et votre
engagement devient alors une véritable passion. Une passion personnelle et professionnelle.
Une passion collective au service de l’intérêt général, puisque votre objectif est en effet de
faire évoluer et de moderniser le système de diffusion de la presse.
Vous êtes à ce point apprécié, que vous êtes immédiatement nommé président de l’UNDP
pour le département de la Charente-Maritime (1986).
A partir de 1989, date à laquelle vous en serez nommé administrateur, vous gravissez avec
succès tous les échelons de la profession et vous devenez successivement président de
l’UNDP pour la région Sud-Ouest en 1992, secrétaire national trois ans plus tard, puis en
2002, président national, fonction que vous occupez actuellement.
Outre les responsabilités importantes que vous exercez, vous apportez une étroite
collaboration au centre de formation aux métiers de la diffusion de la presse (CEFODIP),
organisme ayant pour mission la formation à l’ensemble des métiers qui concourent à la
diffusion de la presse.
En véritable professionnel, vous avez toujours eu le souci de moderniser les méthodes, de
consolider le réseau de diffusion, pour affirmer la dimension du commerce de proximité et
pour affirmer son image et sa notoriété sur l’ensemble du territoire national.
Votre action, votre message, ont été entendus. En négociateur habile, vous avez su créer en
2005 les conditions d’un accord qui incessamment me conduira à permettre la revalorisation
de la rémunération des diffuseurs de presse répondant aux conditions fixées entre les
éditeurs et votre organisation.
J’ai mis en place, vous le savez, cette année, une aide aux diffuseurs d’un montant de 3,5
M€. Je sais qu’il n’a pas été aisé de déterminer la première tranche de diffuseurs éligibles.
Je sais aussi ce que le secteur vous doit sur ce sujet. Cette aide sera reconduite et renforcée
en 2006. Toutes vos propositions pour revitaliser la présence, la vitalité et l’attractivité des
diffuseurs de presse seront bienvenues, cher Gérard Proust. Elles seront, vous le savez,
écoutées et prises en compte. Je vous l’ai déjà dit, aujourd’hui, votre combat n’est pas fini.
En vous rendant hommage ce soir, ce sont, bien sûr, vos éminentes qualités personnelles et
professionnelles, c’est aussi votre expertise de la diffusion, très utile aux pouvoirs publics,
que j’ai souhaité mettre à l’honneur, et je suis convaincu que cet hommage sera partagé par
tous les diffuseurs de presse de notre pays.
Cher Gérard Proust, au nom du Président de la République et en vertu des pouvoirs qui
nous sont conférés, nous vous faisons Chevalier dans l’ordre national du Mérite.
