Archives de 2004

Tombée de Métier Alechinsky aux Gobelins

9 novembre 2004

Mesdames, Messieurs,

Je suis très honoré de vous accueillir dans ce lieu prestigieux et si chargé d’histoire, depuis
que, il y a 560 ans, Jean Gobelin, teinturier en écarlate, s’installa dans ce quartier Saint-
Marcel, à proximité des eaux de la Bièvre. Une histoire qui est aussi spirituelle, puisque cette
Maison servit de refuge pendant les guerres de religion, avant que Colbert ne rachète la
première tapisserie du Roi pour en faire, en 1662, la célèbre manufacture.

J’ai souhaité vous associer à un événement exceptionnel. Notre rencontre, à l’occasion de la
tombée de métier de Pierre Alechinsky, est, en effet, un rare privilège.

De la commande d’un carton à l’artiste, au tissage de l’oeuvre, il s’écoule un délai que l’on
estime toujours trop long, surtout quand il s’agit d’un artiste d’un tel renom.
Pierre Alechinsky, je suis très heureux de saluer votre présence parmi nous ce matin. J’ai eu
la chance d’inaugurer en votre compagnie l’exposition des « dessins des cinq décennies »
en juin dernier au Centre Georges Pompidou. Une exposition qui nous renvoie à ces mots
que vous avez écrits : « Dessiner, c’est s’interroger ». Ce questionnement vivace et sans
trêve, nous le poursuivons aujourd’hui ensemble, en parachevant avec vous un travail qui
fortifie le lien durable que vous entretenez avec le ministère de la culture et de la
communication, puisqu’il est destiné à compléter l’oeuvre située dans l’antichambre de la rue
de Valois.

Vous êtes un immense créateur. Et vous êtes vous-même très sensible au rôle des
Manufactures. Votre intérêt ne se porte pas seulement à la tapisserie, puisque vous nouez
des liens solides avec la Manufacture de Sèvres.

Cette tombée de métier est donc en elle-même tout un symbole.

Le village des Gobelins, comme l’on dit, est un lieu étonnant, divers et complexe. Il renferme
à la fois le Mobilier National et des manufactures de tapisserie dont certains ateliers ou
espaces d’expositions sont situés en dehors de Paris, à Beauvais ou Lodève. Je devrais
ajouter que les ateliers de dentelles situés à Alençon ou au Puy-en-Velay sont sous la
responsabilité de l’administrateur du Mobilier national.

Je ne vais pas insister sur la diversité des missions de ces établissements. Je veux
cependant souligner combien il est essentiel de reconnaître le travail de qualité effectué par
le personnel de cette administration qui sait concilier l’excellence des savoir-faire hérités de
la tradition avec les recherches et les réflexions des artistes contemporains.

C’est d’ailleurs pourquoi j’ai décidé d’accompagner ce mouvement en remettant, non pas sur
le métier, mais sur le devant de la scène, les réalisations des manufactures, les productions
de l’Atelier de Recherche et de Création dans le domaine du mobilier dont nous célébrons
cette année le 40ème anniversaire, et les achats du Mobilier National.

La réhabilitation de la grande galerie située boulevard des Gobelins va permettre d’ouvrir en
quelque sorte le village sur l’extérieur. Sur environ 1 000 m², le Mobilier National et les
Manufactures pourront présenter leurs collections d’une richesse incroyable et peu connues
du grand public. Ils pourront accueillir des expositions en faveur des métiers d’art, du design,
des arts plastiques et confronter les pratiques.

Je souhaite que des partenaires extérieurs à mon ministère soient associés à cette ouverture
et à cette reconnaissance de l’excellence des savoir-faire. Ces métiers de la tradition sont
des professions souvent fragilisées par la nécessité d’utiliser un matériau particulièrement
difficile d’emploi de nos jours, la seule vraie ressource rare, selon un économiste (Keynes) :
le temps !

Il est d’autant plus indispensable de les accompagner en exposant l’incomparable qualité de
leur travail.

Je vous remercie.

QUESTIONS AU GOUVERNEMENT

9 novembre 2004

Parce qu’il faut avoir le courage de dire que la gratuité ça peut détruire la diversité culturelle et artistique et nous devons, les uns et les autres, avoir à cœur de défendre la rémunération du travail, du talent, des artistes et de toute la chaîne de celles et ceux qui participent à la création musicale et cinématographique… CHRISTIAN VANNESTE, DEPUTE UMP NORD

Merci monsieur le Président. Monsieur le Président, mes chers collègues, ma question s’adresse à monsieur le ministre de la culture et de la communication. Le 15 juin dernier, un internaute poursuivi pour avoir téléchargé et copié 488 films, était relaxé par le tribunal correctionnel de Rodez. Actuellement, 50 internautes sont poursuivis par la filière musicale qui voit ses ventes baisser de 30 % et qui est légitimement inquiète. Au-delà, il y a aussi le cinéma qui peut légitimement s’inquiéter de ces téléchargements illégaux.

C’est la raison pour laquelle nous devons prendre en compte la menace que cela représente pour les emplois. 100 000 emplois sont menacés, aussi bien dans les grandes sociétés que dans les labels indépendants en ce qui concerne la filière musicale. Il faut donc aujourd’hui réagir. Le 28 juillet dernier vous avez, monsieur le ministre, signé avec deux de vos collègues de l’économie et de l’industrie une charte pour répondre à ce problème. Aujourd’hui même, vous allez lancer la négociation entre d’une part les représentants du cinéma et d’autre part les fournisseurs d’accès sur Internet. Cela est indispensable parce qu’au-delà de l’aspect économique, il y a notre exception culturelle qui est en jeu. C’est elle qui est menacée parce qu’il n’y a pas que les industries qui sont n cause. Il y a aussi, à travers l’absence de rémunération, les auteurs et les artistes qui sont touchés. Aussi, je vous demande monsieur le ministre quelles mesures doivent être prises selon vous pour faire face à cette situation ?

RENAUD DONNEDIEU DE VABRES, MINISTRE DE LA CULTURE ET DE LA COMMUNICATION

Monsieur le Président, mesdames et messieurs les députés, monsieur le député. La technologie telle qu’elle s’offre à nous aujourd’hui est, dans la plupart des cas, facteur de grande chance.

Cela a permis dans un autre domaine cette semaine au Premier ministre d’annoncer pour les Français la mise à disposition gratuite de 14 chaînes de télévision qui seront accessibles pour le plus grand nombre et c’est évidemment un immense progrès. La technologie permet pour la musique et pour le cinéma la diffusion à l’échelle mondiale d’un certain nombre de créations et c’est une bonne chose. Mais ça ne va pas sans esprit de responsabilité et ce qui nous incombe aujourd’hui, c’est de dire à l’ensemble de nos concitoyens en France comme dans l’union européenne et en fait sur la scène internationale, que l’accès à la culture, au cinéma et à la musique par Internet, c’est une liberté supplémentaire mais ça suppose de faire preuve de responsabilité. Pourquoi ?

Parce qu’il faut avoir le courage de dire que la gratuité ça peut détruire la diversité culturelle et artistique et nous devons, les uns et les autres, avoir à cœur de défendre la rémunération du travail, du talent, des artistes et de toute la chaîne de celles et ceux qui participent à la création musicale et cinématographique. C’est la raison pour laquelle, avec Nicolas SARKOZY et Patrick DEVEDJIAN, nous avons réuni l’ensemble des professionnels de la musique, les fournisseurs d’accès à Internet, et l’ensemble des professionnels. Je le fais tout à l’heure vis-à-vis du cinéma pour arriver à un dispositif équilibré.

Oui à l’accès à la musique et au cinéma par Internet, mais pas de manière gratuite et inconsidérée. C’est la raison pour laquelle vous serez amené à délibérer dans les premiers jours de janvier sur une question extraordinairement importante et délicate qui est celle du droit d’auteur. En fin de compte, il nous appartient aussi de temps en temps d’avoir du courage, c’est-à-dire d’expliquer aux plus jeunes de nos concitoyens qu’ils comprennent que pour l’environnement, il faut protéger l’air, il faut protéger l’eau, il faut protéger la diversité biologique. Nous devons avoir le courage, au sein de l’éducation nationale et dans les familles, d’expliquer aux plus jeunes de nos concitoyens qu’Internet c’est une liberté mais que ça suppose de faire preuve de responsabilité.

Discours à la Fédération Européenne des institutions linguistiques nationales

9 novembre 2004

Nous sommes rassemblés ce soir pour fêter un patrimoine qui nous est commun, et où chaque nation trouve les racines quelle a en propre ; pour célébrer un héritage qui, à léchelle dun continent, porte sa diversité, sa richesse et aussi – je crois que nous partageons tous cette conviction – sa chance : oui, la polyphonie des langues européennes est une chance pour l’Europe…

M. Donnedieu de Vabres salue "l'éblouissante maturité littéraire" de L.Gaudé

9 novembre 2004

« En neuf pièces, presque toutes jouées et mises en scène, et trois romans dont le dernier, déjà, +La mort du roi Tsongor+, avait obtenu le Goncourt des lycéens et le Prix des libraires, Laurent Gaudé sest forgé une langue, un univers, une image qui proclament la primauté du romantisme et du grand style français », selon le ministre… Le ministre de la Culture Renaud Donnedieu de Vabres, a salué lundi « léblouissante maturité littéraire et humaine » de Laurent Gaudé, lauréat du Goncourt avec « Le soleil des Scorta » (Actes Sud).

Cet auteur de 32 ans est « un romancier délite mais aussi un dramaturge à la production généreuse », a dit le ministre dans un communiqué.

« En neuf pièces, presque toutes jouées et mises en scène, et trois romans dont le dernier, déjà, +La mort du roi Tsongor+, avait obtenu le Goncourt des lycéens et le Prix des libraires, Laurent Gaudé sest forgé une langue, un univers, une image qui proclament la primauté du romantisme et du grand style français », selon le ministre.

« Roman lumineux et sensuel dun amoureux de lItalie pour qui +voyager est lié à lécriture+, tragédie familiale magistralement campée au travers de plusieurs générations sacrifiées à lhonneur, +Le soleil des Scorta+ est une oeuvre rayonnante dhumanisme et de poésie », a-t-il conclu.

Salle Pleyel : accord signé entre l'État et la IDSH

9 novembre 2004

La Salle Pleyel rénovée ouvrira ses portes au public dès l’automne 2006 au terme d’une importante campagne de travaux… Le Ministère de la culture et de la communication et la société IDSH, propriétaire de la Salle Pleyel, sont parvenus à un accord sur les conditions de prise à bail de la prestigieuse salle de concert parisienne par l’établissement public de la Cité de la Musique.

La Salle Pleyel rénovée ouvrira ses portes au public dès l’automne 2006 au terme d’une importante campagne de travaux.

Le contrat de bail, signé lundi 8 novembre 2004 entre la Cité de la Musique et IDSH, stipule qu’au terme d’une période de location de cinquante ans, l’établissement public deviendra propriétaire de la Salle Pleyel ainsi que de la totalité de l’immeuble qui l’abrite.

En contrepartie de la location de la salle, l’État versera à la société propriétaire un loyer annuel de 1,5 million d’euros.

Afin de doter la Salle Pleyel de toutes les qualités attendues aujourd’hui d’un auditorium de grand prestige, IDSH s’est engagée à réaliser et prendre en charge des travaux pour un montant de 23 millions d’euros.

Résidence de l’Orchestre Philharmonique de Radio France et de l’Orchestre de Paris qui y donneront leurs concerts parisiens, la Salle Pleyel aura vocation à accueillir les plus grandes formations symphoniques françaises et étrangères, dans le cadre d’une programmation largement ouverte à toutes les formes de musiques -musiques anciennes et actuelles, jazz, musiques du monde- et aux multiples opérateurs, notamment les producteurs privés de concerts, qui assurent la vitalité de la vie musicale française.

Réception en l’honneur de la Fédération Européenne des institutions linguistiques nationales

8 novembre 2004

Mesdames, Messieurs,

Chers Amis,

Je suis très heureux de vous accueillir au ministère de la culture
et de la communication, à l’occasion de la réunion, à Paris, de la
Fédération Européenne des institutions linguistiques nationales,
dont je salue les délégués et les observateurs.

Je tiens aussi à remercier les artistes et les créateurs venus de
tous les pays de l'Union européenne.

Je remercie tout particulièrement ceux d’entre vous qui ont fait le
geste symbolique de marquer cet événement par une phrase,
une citation, un proverbe, dans leur langue, dans chacune des
vingt langues de l’Europe. Ce florilège est projeté en lettres de
lumière sur la façade du Palais-Royal.

Nous sommes rassemblés ce soir pour fêter un patrimoine qui
nous est commun, et où chaque nation trouve les racines qu'elle
a en propre ; pour célébrer un héritage qui, à l'échelle d'un
continent, porte sa diversité, sa richesse et aussi – je crois que
nous partageons tous cette conviction – sa chance : oui, la
polyphonie des langues européennes est une chance pour
l’Europe, parce qu’elle est l’expression par excellence de la
diversité culturelle et du pluralisme qui est la valeur
fondamentale de nos démocraties. La polyphonie des langues
fait écho à la polyphonie de l’esprit qui est au coeur de la culture
européenne.

Faire vivre nos langues, telle est notre passion commune : il
s’agit tout autant de préserver le patrimoine linguistique de nos
nations que de créer de nouvelles formes pour donner à nos
langues les moyens d'exprimer le monde actuel.

Nos langues aident aussi à construire la cohésion sociale de
chaque nation : c'est par la langue que se forment les citoyens,
qu'ils acquièrent une histoire et une culture, qu'ils éprouvent le
sentiment de la communauté à laquelle ils appartiennent, qu’ils
forment leurs projets, qu’ils bâtissent l’avenir.

La langue est également le premier instrument d'insertion
sociale et professionnelle, non seulement pour nos citoyens,
mais aussi pour tous ceux que nous accueillons chez nous, ces
migrants dont l'intégration dans nos sociétés se fera d'abord par
le partage d'une langue commune.

C’est pourquoi les langues sont les vecteurs de l’éducation et de la culture.

Ce qui fait de la langue, selon l’expression de Léopold Sédar Senghor, ce
« merveilleux outil », c’est qu’elle est pour chaque citoyen, l'instrument de sa
liberté et de son identité culturelle. C’est aussi qu’elle est, par essence,
l’instrument d’un dialogue et d’une ouverture sur les autres cultures.

Connaître les langues, c’est rencontrer l’autre, le respecter, comprendre les
peuples, dialoguer avec eux : oui, voilà ce que nous apporte, en plus de la
maîtrise de notre propre langue, l’apprentissage des autres langues dans
leur diversité.

Nos politiques linguistiques, dont vos journées d’étude permettent de
préciser les différences de définition et d'application, mais aussi les
convergences au sein de l’Europe, se rejoignent sur un constat, aussi
philosophique que politique. Un constat que je tiens à vous faire partager :

nos langues sont des éléments fondamentaux de notre personnalité et de
notre patrimoine. Elles sont l’expression de nos pensées et les instruments
de nos actions.

Elles sont les langues de l’enseignement, du travail, des échanges, des
échanges d’idées, de rêves, de créations, de projets, mais aussi des
services et des marchandises au sein de l’espace européen.

Mais les langues ne sont pas des marchandises. Elles ne sont pas des
produits comme les autres. C'est pourquoi on ne saurait les traiter comme
de simples modes de désignation de la production intellectuelle ou
matérielle. Les langues ne sont pas des étiquettes ou des codes-barres
collés sur des produits. Elles ne sont pas à vendre.

C’est pourquoi j'ai fait le choix de donner à la politique de la langue toute sa
place dans la politique culturelle de la France : dans sa dimension
patrimoniale, dans sa dimension sociale, dans l’expression de la diversité de
nos créations.

En affirmant dans sa Constitution que la langue de la République est le
français, notre pays marque son attachement à l'identité linguistique de la
nation. Aussi veillera-t-il d'abord à ce que, dans toutes les circonstances de
la vie sociale, sa langue soit respectée.

Il a pris, vous le savez, des dispositions législatives en ce sens, comme l'ont
d'ailleurs fait d'autres pays européens pour promouvoir leur langue
nationale.

Dans l’Europe d’aujourd’hui et dans la mondialisation actuelle, disposer de
législations telles que la loi Toubon, à laquelle je suis très attaché, est une
garantie pour nos démocraties, une garantie pour chaque peuple de pouvoir
exprimer ses idées dans la langue qui a forgé son identité.

C’est pourquoi pour ma part, je m’exprime en français dans les instances
européennes et je cherche à comprendre l’autre dans la langue de l’autre,
car tel est le véritable esprit européen.

Je m’exprime en français parce que c’est la langue que comprennent ceux
qui m’ont mandatés et devant qui je suis responsable, comme le font les
responsables politiques européens dans leur langue lorsqu’ils représentent
leur Etat.

Je souhaite que la nouvelle Commission européenne, qui entrera
prochainement en fonction, comprenne que les dispositions que nous avons
prises, les uns et les autres, pour assurer la primauté de nos langues sur
nos territoires respectifs, ne constituent en aucune manière des entraves à
la libre circulation des produits au sein du marché intérieur, mais la plus sûre
des garanties apportées à la diversité culturelle et à la démocratie.

Car ce qui est en jeu, c'est le défi politique d'organiser l'Europe dans sa
pluralité, avec toutes ses langues. La Constitution qui sera prochainement
soumise aux suffrages de nos concitoyens ou de nos Parlements nous
enjoint explicitement de nous engager dans cette voie. Fidèles à leur
engagement européen, nos nations se doivent de garantir l'identité
linguistique de leurs citoyens : l'intégration européenne se fera à travers la
diversité des langues, je le répète, et non pas malgré elle.

Dans le même esprit, la France entend donner à ses futurs citoyens la
meilleure maîtrise possible du français, ainsi que leur apprendre au moins
deux autres langues vivantes. Nous luttons aussi contre l'illettrisme de façon
déterminée, comme nous proposons une formation linguistique aux
migrants. Nous cherchons à protéger le consommateur, à simplifier la
langue de notre administration, à enrichir le lexique par une action
terminologique volontaire et créatrice.

Je tiens enfin à citer l'action importante que conduit mon ministère en faveur
de la traduction, littéraire en particulier. Car si nous ne maîtrisons pas le jeu
des influences réciproques, du moins écrivains et lecteurs ne doivent-ils pas
trébucher sur l'obstacle de la langue. C'est dans l'échange des oeuvres et
l'enrichissement mutuel des idées que réside l'essence du dialogue
séculaire entre nos langues et nos cultures, comme l'exprime avec bonheur
Umberto Eco, pour qui "la langue de l'Europe, c'est la traduction".

Je tiens à saluer et à remercier tous ceux, ici présents, qui s’engagent au
service de cette cause. Je reconnais en eux cette flamme, cet élan qui sont
ceux de la passion et du coeur. De la passion et du coeur, il en faut pour
nous conduire à créer, à animer, à enseigner, à entraîner les autres pour la
seule récompense de voir s’épanouir une culture et une langue qui nous
sont chères.

Mais cette récompense n’a pas de prix, comme l’illustre chacune des
phrases qui illuminent en ce moment même la façade du Palais Royal.

Car bien entendu, nos politiques de la langue sont tournées vers l'extérieur.
Là encore, les valeurs qui nous unissent nous indiquent le chemin. S'ouvrir à
toutes les langues et à toutes les cultures, s'enrichir de leurs échanges et de
leurs influences réciproques, en un mot respecter et préserver la diversité
culturelle : c'est là un combat que soutient ardemment la France, elle qui
promeut depuis longtemps cette idée et qui se
bat pour qu'elle devienne un instrument juridique international. Oui, plus
encore que la langue française, c'est une certaine idée de la langue que
nous défendons en Europe.

Car l'Europe, à l'inverse de la Grèce antique, n'a pas de langue commune.

L'identité européenne tient beaucoup moins à un modèle précis qu'à une
manière d'échanger les connaissances, de confronter les croyances, de
construire l'universel en analysant les différences.

Cet espace culturel multiple est profondément uni dans sa diversité. Pour la
première fois dans l'histoire, à rebours des empires traditionnels, un
ensemble géopolitique fonde son identité sur des différences, et même son
unité politique, économique et culturelle.

Cette construction sans précédent est à la fois un héritage et un projet. L’un
et l’autre sont à conquérir. Nos langues sont les armes pacifiques de cette
conquête que je tiens pour la vraie nouvelle frontière de l’Europe.

Une frontière ouverte, bien sûr, qui interdit les utopies unificatrices et en
particulier le monolinguisme, qui ne servirait qu'une monotonie culturelle, et
partant, une forme de soumission. Si, comme je le pense, l'âme de l'Europe,
c'est le respect du pluralisme, alors protégeons la diversité non pas contre le
recours épisodique à une langue globale, mais contre son hégémonie. Un
monde monolingue, ce serait un monde irrémédiablement appauvri, comme
l'a rappelé récemment encore le Président Jacques Chirac lors de son
voyage officiel au Vietnam. Un monde monolingue, ce serait un monde sans
racines et donc sans avenir.

Oui, la polyphonie de ses langues est une chance pour l'Europe comme elle
l'est pour le monde. L'exclamation d'Alberto Moravia, "les langues, merveille
de l'Europe !", sonne autant pour nous tous comme un constat que comme
un défi : faisons de notre diversité un atout, une chance pour la construction
de l'Europe !

Je vous remercie.

L'Etat va proposer le transfert de monuments aux collectivités territoriales

4 novembre 2004

« Je nimpose rien, je fais seulement des propositions, tout se fera sur la base du volontariat » a expliqué M. Donnedieu de Vabres, avant daffirmer quil ne sagissait pas « dun désinvestissement de lEtat », mais dune « gestion intelligente » du patrimoine avec une « meilleure répartition des rôles » entre lEtat, les régions et les départements… Une liste de monuments historiques que lEtat proposera de transférer aux collectivités territoriales « sur la base du volontariat » sera rendue publique très prochainement, a annoncé jeudi à Strasbourg le ministre de la Culture Renaud Donnedieu de Vabres.

« Jai arrêté la liste des monuments qui seront proposés aux collectivités territoriales », a indiqué le ministre, tout en insistant sur le caractère non contraignant de ces projets de transferts, dont la liste sera rendue publique dans une dizaine de jours avant dêtre soumise au Conseil dEtat.

« Je nimpose rien, je fais seulement des propositions, tout se fera sur la base du volontariat » a expliqué M. Donnedieu de Vabres, avant daffirmer quil ne sagissait pas « dun désinvestissement de lEtat », mais dune « gestion intelligente » du patrimoine avec une « meilleure répartition des rôles » entre lEtat, les régions et les départements.
Pour établir sa liste, le ministre sest appuyé « en laffinant » sur le rapport de la commission René Rémond qui avait établi lan dernier une liste de 162 monuments – sur 442 appartenant actuellement à lEtat – dont le transfert vers les collectivités territoriales était jugé soit « possible », soit « souhaitable ».

M. Donnedieu de Vabres sest contenté jeudi dindiquer que deux châteaux alsaciens, ceux du Haut-Koenigsbourg dans le Bas-Rhin – pour lequel lEtat a dépensé 6,6 millions dEUR depuis 1998 – et de Kaysersberg (Haut-Rhin), figuraient dans la nouvelle liste des monuments transférables. 

VALERIE LECASBLE Invite Renaud DONNEDIEU de VABRES

4 novembre 2004

RENAUD DONNEDIEU DE VABRES : D’abord, il faut expliquer à nos concitoyens de quoi il s’agit, parce que si vous voulez, là, les normes et etc, les sigles, les gens ne se rendent pas suffisamment compte que c’est un progrès. Pourquoi c’est un progrès ? Parce que c’est un élargissement de l’offre télévisuelle gratuite pour l’ensemble de nos concitoyens. C’est vouloir leur faire profiter des percées et des avancées de la technologie pour faire en sorte que chacun puisse, au lieu de recevoir cinq chaînes gratuites, en recevoir quatorze. Donc c’est un progrès fantastique. Et il faudra uniquement avoir un adaptateur permettant donc de recevoir cette pluralité de chaînes…. VALERIE LECASBLE : Eh bien, on l’a appris, il y a moins d’une heure, le président du groupe socialiste à l’Assemblée nationale, Jean-Marc AYRAULT, vient de demander la création d’une mission d’information parlementaire sur la politique du gouvernement en matière de formation culturelle et artistique. Jean-Marc AYRAULT dénonce l’abandon du plan en faveur de cet enseignement. Renaud DONNEDIEU de VABRES est ministre de la Culture et de la communication. Bonjour Renaud DONNEDIEU de VABRES.

RENAUD DONNEDIEU DE VABRES
: Oui, bonjour.

VALERIE LECASBLE : Alors qu’est-ce que ça vous inspire cette demande de Jean-Marc AYRAULT ? Et il vous accuse d’abandonner le plan de cinq ans, mis en place au sein de l’Education nationale, en faveur de l’enseignement artistique et culturel, tant en matière de crédits que de formations des enseignants.

RENAUD DONNEDIEU DE VABRES : Oui, voilà, vous savez, on est dans une démocratie vivante, dans laquelle, il est normal qu’il y ait un peu d’électricité, dans laquelle, il est normal qu’il y ait des débats. Moi, j’attache la plus grande importance à l’éducation artistique, et avec François FILLON, mon collègue de l’Education nationale, nous allons d’ailleurs faire, à la fin du mois, une communication sur ce sujet en Conseil des ministres. Nous réunissons très prochainement l’ensemble des recteurs et l’ensemble des directeurs régionaux des affaires culturelles, parce que c’est évidemment très important qu’à côté de la transmission des savoirs fondamentaux, il y ait l’éveil des plus jeunes de nos concitoyens à la culture, à toutes les formes de création, parce que c’est l’apprentissage tout simplement de la liberté. Voilà, donc qu’il y ait une mission d’information, nous nous prononcerons sur ce sujet, que monsieur AYRAULT cherche à alerter inutilement l’opinion publique, je crois que ça, c’est vraiment la réalité. Dans mon budget, tel qu’il a été d’ailleurs voté à l’Assemblée nationale, mardi matin, monsieur AYRAULT n’était pas présent, eh bien, une action financière forte pour le soutien à l’éducation artistique, en liaison avec l’Education nationale, est prévue.

VALERIE LECASBLE  : C’est-à-dire, une action financière forte ?

RENAUD DONNEDIEU DE VABRES : 39 millions d’euros, ce n’est pas mal, 39 millions d’euros…

VALERIE LECASBLE : Ce n’est pas mal, c’est en augmentation, en recul, en quoi ?

RENAUD DONNEDIEU DE VABRES : Il n’y a pas de recul, donc…

VALERIE LECASBLE : Parce qu’il vous accuse de reculer, oui…

RENAUD DONNEDIEU DE VABRES : C’est le maintien de l’effort de l’Etat qu’il faille toujours faire plus pour que la pratique artistique progresse dans notre pays, c’est une évidence, voilà, mais en tout cas, il n’y a aucun désengagement de l’Etat sur cette question, qui est tout à fait essentielle.

VALERIE LECASBLE : Donc, voilà, vous trouvez que Jean-Marc AYRAULT, quelle mouche l’a piqué ?

RENAUD DONNEDIEU DE VABRES : Eh bien, vive la démocratie ! Vive le débat !

VALERIE LECASBLE : Voilà, vive la démocratie. Alors la démocratie et le débat, ça s’agite aussi autour d’un autre sujet tout à fait crucial, qui est la TNT, la télévision numérique terrestre. On attend d’ici quelques jours, incessamment sous peu, un arbitrage de Jean-Pierre RAFFARIN, MPEG2 ou MPEG4, nouvelles chaînes, etc. Dominique BAUDIS assure que le délai de mars 2005 sera tenu ; quel est votre avis, vous ?

RENAUD DONNEDIEU DE VABRES : D’abord, il faut expliquer à nos concitoyens de quoi il s’agit, parce que si vous voulez, là, les normes et etc, les sigles, les gens ne se rendent pas suffisamment compte que c’est un progrès. Pourquoi c’est un progrès ? Parce que c’est un élargissement de l’offre télévisuelle gratuite pour l’ensemble de nos concitoyens. C’est vouloir leur faire profiter des percées et des avancées de la technologie pour faire en sorte que chacun puisse, au lieu de recevoir cinq chaînes gratuites, en recevoir quatorze. Donc c’est un progrès fantastique. Et il faudra uniquement avoir un adaptateur permettant donc de recevoir cette pluralité de chaînes.

VALERIE LECASBLE : Donc il faut aller vite, Renaud DONNEDIEU de VABRES, il faut tenir le délai de mars 2005 ?

RENAUD DONNEDIEU DE VABRES : Alors, si vous voulez, pourquoi est-ce qu’il y a cette décision du Premier ministre, en liaison avec le président du Conseil supérieur de l’audiovisuel ? Parce que c’est un sujet très important, et que nous ne voulons pas donner le sentiment à nos concitoyens qu’on a été à la hâte, sans regarder l’ensemble du dossier technique. Pourquoi ? Parce qu’il fallait voir, si vous voulez, quelles sont les normes applicables, quels sont les progrès immédiatement disponibles, et quels sont ceux qui se profileront. Et donc, moi, ce que je souhaite, effectivement, c’est que ce progrès, pour nos concitoyens, puisse intervenir le plus rapidement possible. Il s’agit de la télévision gratuite, d’une extension donc de l’offre de télévision gratuite, viendra ensuite le débat sur les chaînes payantes, sur les modalités d’accès à ces chaînes payantes ; j’allais dire, à chaque heure suffit sa peine.

VALERIE LECASBLE : Si je vous comprends bien, j’essaie de vous décoder, vous allez me dire si je me trompe ou pas, vous voulez la norme qui existe tout de suite, et une norme améliorée plus tard, pour les chaînes payantes, c’est ça que vous êtes en train de nous dire ?

RENAUD DONNEDIEU DE VABRES : Je suis en train de vous dire que le Premier ministre va annoncer très prochainement des décisions importantes sur ce sujet. Son objectif, celui du président du Conseil supérieur de l’audiovisuel, et l’objectif du ministre de la Communication, que je suis, c’est de donner à nos concitoyens plus de télévision, ça veut dire quoi ? Plus d’offres de débats, plus d’offres culturelles, plus d’offres d’informations, plus d’offres dans beaucoup de domaines qui sont essentiels aujourd’hui. Et donc je pense que c’est une grande chance et un grand progrès, et je souhaite effectivement qu’elle puisse intervenir dans des conditions technologiques incontestables, le plus rapidement possible.

VALERIE LECASBLE : Le plus rapidement possible, c’est dès mars 2005… ?

RENAUD DONNEDIEU DE VABRES
: Vous savez, moi, je respecte le principe hiérarchique, et donc il y a un Premier ministre qui s’appelle Jean-Pierre RAFFARIN, ça sera à lui, en liaison avec le président du Conseil supérieur de l’audiovisuel, d’annoncer définitivement les décisions.

VALERIE LECASBLE : Ça sera quand, Renaud DONNEDIEU de VABRES ?

RENAUD DONNEDIEU DE VABRES : Ecoutez, ça sera rapidement, parce que si j’espère qu’on soit opérationnel, ça sera le plus rapidement possible, je pense dans les jours ou semaines qui viennent, sans beaucoup de “ s ”.

VALERIE LECASBLE : Sans beaucoup de “ s ”. Deuxième autre sujet, trois nouvelles chaînes de télévision locale viennent d’être autorisées à voir le jour, on l’a appris aujourd’hui. Le CSA a donné son accord à TV7 Marseille, financée par les CAISSE D’EPARGNE, LA PROVENCE et le groupe AB. Quel est l’avenir des chaînes locales en France ? Et pourquoi ce choix, Renaud DONNEDIEU de VABRES ?

RENAUD DONNEDIEU DE VABRES : Le choix appartient au Conseil supérieur de l’audiovisuel, donc, si vous voulez, à chacun son rôle et sa responsabilité, et je n’empiéterai d’aucune manière sur le choix fait par le Conseil supérieur de l’audiovisuel. Par contre, ce qui m’importait, et là, le gouvernement et le Parlement ont pris les mesures législatives nécessaires, c’est que ce pluralisme puisse exister, c’est une grande chance, une nécessité absolue, ressentie comme telle par nos concitoyens, qui sont en attente de diversité. Nous ne sommes pas dans une France uniforme, et donc, moi, je souhaite, par tous les moyens, garantir les équilibres nécessaires, pour la presse écrite, pour qu’il y ait pluralisme, et ça, ça suppose des efforts, et le budget 2005 de l’Etat va le prévoir, eh bien, pour les radios et pour la télévision, il doit en aller de même, c’est-à-dire que le pluralisme doit pouvoir se nourrir concrètement sans déstabiliser les autres secteurs. C’était donc le problème de l’accès à la publicité, et vous savez que là-dessus, nous sommes très prudents, parce que nous ne voulons pas que la création de nouvelles chaînes ou que l’accès à de nouveaux secteurs à la publicité concoure à la désespérance de la presse écrite. Donc il faut beaucoup d’équilibre, mais il faut, et c’est mon objectif politique, veiller à ce que le pluralisme soit une réalité. Et moi, à chaque fois qu’il y a des investisseurs qui veulent mettre de l’argent dans la presse écrite ou dans la presse audiovisuelle, permettez-moi de vous dire que j’en suis satisfait, pour peu, évidemment, que ça ne contribue pas à des concentrations excessives.

VALERIE LECASBLE : CANAL+ a vingt ans aujourd’hui, Renaud DONNEDIEU de VABRES, dans quelques jours, les droits du foot. Il faut… à l’origine, CANAL+ avait la totalité des droits du foot, il faut garder le monopole, il faut partager ? Comment ça doit se passer ?

RENAUD DONNEDIEU DE VABRES : Vous savez, moi, je ne suis pas quelqu’un qui ouvre le parapluie, et je suis quelqu’un qui situe les responsabilités, à chacun son rôle, je n’ai pas, moi, le rôle d’attribuer les retransmissions d’émissions de foot dans les différentes chaînes.

VALERIE LECASBLE : Non, mais là aussi, vous avez peut-être une vision politique ?

RENAUD DONNEDIEU DE VABRES  :  Ah, mais, j’ai des tas d’idées qui me traversent le crâne, et moi, je souhaite, si vous voulez, que le sport, et par exemple le cinéma, puissent continuer à faire bon ménage, parce que ça me semble tout à fait essentiel pour l’ensemble de nos concitoyens. Et donc dans les missions que les chaînes de télévision privées ou publiques remplissent, je souhaite, voilà, qu’il y ait une grande diversité des programmes.

VALERIE LECASBLE : Une diversité des programmes, donc pour tout le monde, si je vous comprends bien, par exemple ?

RENAUD DONNEDIEU DE VABRES : Je n’empiéterai pas sur les responsabilités de ceux qui ont à prendre les décisions. Il va y avoir un appel d’offres, il va y avoir des lots qui vont être constitués avec une procédure très précise, là encore une fois, pour que vos auditeurs comprennent, il y a une répartition des rôles, moi, avec le Parlement, j’ai fixé la règle du jeu pour que ça soit totalement transparent, qu’on ne puisse pas dire qu’il y a eu des combines ou des coups fourrés, nous avons fixé la règle du jeu, ensuite, à ceux qui ont la charge des décisions, c’est-à-dire la Ligue de football, en liaison, bien sûr, avec les clubs, d’ouvrir cette discussion, difficile, avec les chaînes de télévision, de lancer l’appel d’offres, et ensuite, en toute impartialité, de tirer les conclusions de l’appel d’offres.

VALERIE LECASBLE : Eh bien, il n’y aura pas de combines, on l’a compris. Je vous remercie, c’était Renaud DONNEDIEU de VABRES, le ministre de la Culture et de la  communication. Merci d’avoir été avec nous.

QUESTIONS AU GOUVERNEMENT

3 novembre 2004

RDDV: « Vous avez tout à fait raison d’insister sur ce que représente à la fois pour nos concitoyens et pour le rayonnement international de notre pays, notre patrimoine sous toutes ses formes. Qu’il s’agisse du lieu les plus emblématiques, d’une cathédrale, d’un château, qu’il s’agisse de la façade d’un petit monument  ou même d’une façade de café dans la plus petite de nos communes… » CLAUDE LETEURTRE,  DEPUTE UDF

Merci monsieur le Président. Ma question s’adresse à monsieur le ministre de la Culture et de la communication. Monsieur le ministre, au moment où l’on discute de vos crédits, et notamment des crédits patrimoniaux, je vais illustrer mon propos par un cas concret. A la suite de la tempête de Noël 99, de nombreux édifices de la ville de Falaise dans le Calvados, ont subi d’importants dégâts et n’ont été mis hors d’eau que par des moyens de fortune. L’Etat avait alors affirmé qu’il ferait son devoir. Cinq ans après, quelle est la situation ? Les compagnies d’assurance ont versé leur participation, le Conseil général et la ville ont versé leurs fonds de concours à la Direction Régionale des Affaires Culturelles en charge d’organiser des travaux. Les marchés ont été signés, mais les entreprises sont extrêmement  inquiètent car elles n’ont pas reçu l’ordre d’exécution des travaux et le patrimoine continue à se dégrader. Alors que s’est-il passé ? Eh bien les crédits versés sont retournés à l’échelon parisien, ont été utilisé ailleurs pour d’autres opérations et il n’y a plus d’argent à l’échelon régional qui ne peut plus honorer ses engagements.

Cela ressemble, monsieur le ministre, à un véritable détournement de fonds. Est-ce un cas isolé ? Malheureusement non ! Telle DRAC de Picardie est en situation de cessation de paiement depuis le printemps et nous sommes tous alertés par les entreprises de restaurations du monument historique qui rappelle que les impayés sont à leur égard, de l’ordre de 80 millions d’euros en 2004, alors que les crédits de paiement vont baisser de 27% dans le budget de 2005. Rappelons que le budget pour 2002 des crédits patrimoniaux étaient de 538 millions d’euros, pour 2004 de 300 millions d’euros et ils seraient de 220 millions d’euros pour 2005.

Les entreprises de restauration en historique, c’est beaucoup de savoir-faire, d’expérience et de talent, et il est évident que celles-ci vont être obligées de licencier puisque 60% des crédits de restaurations du patrimoine rémunèrent la main d’œuvre. La question est double, allez-vous donner des crédits aux DRAC pour leur permettre de tenir leur engagement en 2004 et en quelque sorte rendre l’argent aux collectivités locales ; comptez-vous régulariser en 2005 cette situation pour que l’on puisse réellement sauver ces 40.000 monuments historiques qui représentent le patrimoine de la France et sauver ces emplois souvent extrêmement  nobles.

RENAUD DONNEDIEU DE VABRES, MINISTRE DE LA CULTURE ET DE LA COMMUNICATION

Monsieur le Président, mesdames et messieurs les Députés, monsieur le Député. Vous avez tout à fait raison d’insister sur ce que représente à la fois pour nos concitoyens et pour le rayonnement international de notre pays, notre patrimoine sous toutes ses formes. Qu’il s’agisse du lieu les plus emblématiques, d’une cathédrale, d’un château, qu’il s’agisse de la façade d’un petit monument  ou même d’une façade de café dans la plus petite de nos communes. Ce patrimoine est en mauvais état, malgré les efforts qui ont été faits et par l’Etat et par les collectivités territoriales ces dernières années. Nous avons devant nous le recensement d’environ 5 milliards d’euros de travaux nécessaires à injecter pour la restauration de notre patrimoine.

Le gouvernement, sous la direction de Jean-Pierre RAFFARIN a pris des décisions, en 2003 un plan pour la restauration pluriannuelle de notre patrimoine a été décidé et mis en œuvre et exécuté chaque année, en 2004… Attendez, je vous donne les chiffres dans leur vérité, en 2004 nous avons eu et c’est la dernière année possible, la possibilité d’utiliser des reports de crédits, c’est-à-dire qu’un certain nombre d’opérations qui n’avaient pas vu le jour, laissaient des marges de manœuvres disponibles. Nous avons utilisé l’intégralité de ces reports de crédits. Nous avons fait des efforts de gestion, cet été 20 millions d’euros supplémentaires, et là, la semaine dernière, 1,7 millions d’euros supplémentaires ont été injectés. Nous avons discuté ce matin du budget pour 2005, le Premier ministre, dans les arbitrages qu’il a rendus a permis l’augmentation de 10% des autorisations de programmes et de 25% des crédits de paiement actuellement prévus en loi de finance pour 2005. Est-ce que c’est suffisant pour pouvoir répondre à la richesse de notre patrimoine et aux besoins des uns et des autres ? Evidemment non, mais cela fait partie aussi… si vous voulez que j’ai la cruauté de vous rappeler les chiffres du budget de restauration du patrimoine au moment où Jean-Pierre RAFFARIN a pris ses fonctions au gouvernement, c’est l’enfance de l’art… Donc nous avons devant nous une responsabilité à assumer, elle est prévue dans le cadre de la loi de finance, est-ce qu’elle est suffisante ? J’espère, j’espère et je le dis en regardant droit dans les yeux le Premier ministre, que dans les semaines et mois qui viennent, de bonnes décisions seront prises, je crois que les uns et les autres nous en mesurons la nécessité. J’ai comme vous reçu la semaine dernière, les entreprises du secteur.

Remise des insignes d'Officier dans l'Ordre national de la Légion d'Honneur à Claude Berri

2 novembre 2004

Monsieur le Président,

Cher Claude Berri,

Je suis très heureux d’avoir ce soir, entouré de vos amis,
l’occasion de vous dire mon admiration personnelle, mais aussi et
surtout de vous témoigner la reconnaissance de la République
pour ce que vous apportez au patrimoine cinématographique
français et international.

Avec constance, depuis de nombreuses années, comme metteur en
scène, comme producteur, comme acteur, et depuis peu comme
Président d’une institution patrimoniale ô combien prestigieuse, la
Cinémathèque française, artiste vous-mêmes, vous avez aussi mis
votre talent au service du talent des autres.

Rares sont les professionnels du cinéma qui, comme vous, sont de
manière aussi complète, à la fois de véritables hommes de l’art, et
de grands entrepreneurs.

Homme de l’art, Homme des arts devrais-je dire, car aucun art ne
vous est étranger. Vous aimez l’écriture et le théâtre, la peinture contemporaine et le cinéma : vous avez choisi d’exprimer votre
talent dans le 7e art, mais vous auriez aussi bien pu exceller dans
les autres.

Votre oeuvre s’inscrit dans l’histoire comme un modèle de diversité
et de courage. C’est sans doute cela qui vous a permis de devenir
un producteur et un auteur populaire, soucieux de toucher le public
le plus large en lui parlant avec sensibilité et talent des choses de
la vie. Vous n’aimez pas le cinéma confidentiel. Vous pensez qu’on
peut être un auteur et s’adresser au plus grand nombre et vous
avez prouvé que vous aviez raison.

J’ai plaisir à énumérer ici quelques titres de vos films : comme
réalisateur, Le vieil homme et l’enfant, Tchao Pantin, Jean de
Florette, Manon des sources, Germinal et, nous l’espérons tous
bientôt, L’un reste, l’autre part, votre prochain film; comme
producteur : L’ours, L’amant, les deux Astérix et Obélix, Gazon
maudit, Didier, La reine Margot, Ma femme est une actrice, on
pourrait allonger la liste à l’infini.

Tout cela vous a valu des jalousies, des relations difficiles avec
une certaine critique, mais cela vous a valu surtout le respect et
l’admiration de vos pairs, des amitiés indéfectibles et un statut
unique dans le cinéma français : le film qui vous a été récemment
consacré ne s’intitulait-il pas « Le dernier Nabab ».

Animé par des convictions fortes et un jugement hors pair, vous
pouvez vous investir avec la même passion pour un cinéaste
inconnu que pour un projet pharaonique. L’argent n’entre jamais en
compte quand il s’agit de le mettre au service du talent. Pour
produire Tess de Roman Polanski vous n’avez pas hésité à mettre
votre société en péril.

Le film a reçu six nominations aux Oscar et en a gagné trois.
Votre ami François Truffaut parlait de votre instinct. Vous préférez
parler de votre inconscient : un inconscient que vous suivez et qui,
pour vous, ne peut se tromper. Un inconscient qui vous dirige
aujourd’hui vers de jeunes talents tel Yvan Attal ou bientôt Abdel
Kéchiche dont vous avez, comme nous, admiré L’esquive.

Vous laissez une grande liberté à vos metteurs en scène sur leurs
tournages. Peut-être, tout comme on ne dirige pas un comédien –
vous aviez appris avec Michel Simon dans Le vieil homme et
l’enfant « qu’un acteur, ça ne se dirige pas, ça se choisit » – de la
même façon, ne dirige-t-on pas un metteur en scène quand on est
producteur, on le choisit.

Il vous est arrivé de trembler en devant laisser faire certains d’entre
eux. Votre jugement – pardon, votre inconscient – vous a cependant
rarement trompé !

Et puis je crois que, créateur vous-même, vous avez tout
simplement un profond respect pour le processus de création.

Vous faites donc confiance à vos metteurs en scène.

Récemment, vous avez été élu Président de la Cinémathèque
française. Vous avez ainsi souhaité exprimer votre attachement à
cette institution et votre désir de la voir s’ouvrir aux publics les
plus larges. Vous vous êtes investi dans cette tâche avec la
passion qui vous caractérise. Je sais que vous saurez
accompagner son installation rue de Bercy à l’automne prochain.

Je ne voudrais pas finir sans parler de l’homme le plus important
de votre vie : votre père. « Pour moi, mon père c’était une star »,
dites-vous. Vous avez écrit ensemble Le cinéma de papa que vous
avez réalisé en 1970 et qu’il aurait dû interpréter ; cette expérience
partagée a été le grand bonheur de votre vie.

Ce père disparu trop tôt vous a fait un premier cadeau en vous
faisant naître à une adresse prédestinée : « Passage du Désir » !
Et de désirs, nous n’en avez jamais manqué ! Et surtout, il n’a
jamais douté de vous, même dans les moments les plus difficiles,
jamais douté de votre réussite et de votre talent. « Il faut, à tout
prix, que tu leur donnes les cartes » vous disait-il sans cesse. Je
crois que vous y avez réussi au delà de toutes ses espérances.

Ces citations, je les tiens de la lecture de votre Autoportrait, qui est
plus qu’une autobiographie, plus qu’un journal. Je dois vous dire
que j’ai été très ému à la lecture de ce livre magnifique, par votre
qualité d’écriture, par votre franchise, que certains ont pu même
qualifier d’impudeur. C’est le livre d’un homme à vif, d’un homme
qui se livre, d’un homme qui se met à nu avec une sincérité rare.

Une sincérité qui me fait penser à ces mots, à ces conseils de
Cocteau, que votre vie me paraît illustrer : « la sincérité de chaque
minute, même lorsqu’elle offre une suite de contradictions
apparentes, trace une ligne plus droite, plus profonde que toutes
les lignes théoriques auxquelles on est si souvent tenu de sacrifier
le meilleur de soi ».

Cher Claude Berri, au nom du Président de la République et en
vertu des pouvoirs qui nous sont conférés, nous vous faisons
officier dans l’ordre de la Légion d’Honneur.