Archives de 2004

La Fête de la musique dédiée à la facture instrumentale et aux arts numériques

18 juin 2004

La 23e Fête de la musique, le 21 juin, premier jour de lété, que le ministre de la Culture Renaud Donnedieu de Vabres conçoit comme « une grande fête républicaine », aura pour thèmes cette année « arts numériques » et « factures instrumentales »… La 23e Fête de la musique, le 21 juin, premier jour de lété, que le ministre de la Culture Renaud Donnedieu de Vabres conçoit comme « une grande fête républicaine », aura pour thèmes cette année « arts numériques » et « factures instrumentales ».

« +Faites de la musique+ reste le sésame du partage et de la solidarité pour tous ceux qui rencontrent sur scène, souvent pour la première fois, le public », écrit M. Renaud Donnedieu de Vabres, dans son éditorial de présentation de la fête, créée il y a 22 ans par lancien ministre de la Culture Jack Lang.

Dans cet esprit, la SACEM ne percevra pas de droits dauteurs pour les concerts gratuits et les bars et cafés bénéficieront de cette autorisation sils en organisent dans leurs locaux.

Comme les précédentes éditions, la Fête de la musique se déroulera à travers la France avec plus de 10.000 manifestations déjà recensées, mais aussi hors de France où la formule a été reprise dans 110 pays et 250 villes sur cinq continents.

Certaines villes devraient vivre leur première édition de la Fête de la Musique comme Ottawa (Canada), Postdam (Allemagne), Anvers (Belgique), Ho Chi Minh ville (Vietnam) ou Tirana (Albanie).

Au Palais de Tokyo à Paris, un tour du monde virtuel des Fêtes de la musique, grâce à une transmission web, offrira des images de tous les continents accompagnées dun « mix » de musiques et de voix de toute la planète, réalisé en direct par les DJ Alexkid et DJ Seeps.

Tous les styles musicaux par les professionnels et les amateurs sont à nouveau conviés, dans les rues, les musées, les hôpitaux, les conservatoires et les écoles de musique, les festivals, les scènes nationales et de musiques actuelles, ainsi que les jardins avec leurs kiosques à musique.

Les stations et les formations musicales de Radio France, RFI, RFO, lOpéra de Paris, lOrchestre de Paris, interviendront dans la capitale où la musique aura droit de cité au Sénat, à Matignon, dans les ministères Affaires étrangères, de la Fonction Publique, de lAgriculture, des Relations avec le Parlement.

Au ministère de la Culture, au Palais royal, de 17h00 à O0h30, le programme musical métissé sera une invitation au voyage.

Dans les établissements parisiens dépendant de la Défense nationale (Invalides, Val de Grâce, château de Vincennes) se produiront des formations musicales militaires qui seront mises à contribution aussi en région.

Dans la capitale, Ricard SA Live Music apportera son soutien à la jeune création rock française, en montant un podium à Denfert-Rochereau, avec la pop enragée dAS Dragon, le rock audacieux de Frandoll, et dautres forces vives du genre comme les groupes Kaolin de Moulins et Uncommonmenfrommars (Des Américains de Paris).

Dans les écoles, 75.000 livrets chansons ont été diffusés.

Dans six lieux patrimoniaux, les Monuments historiques ont monté une opération autour de la musique classique et ses interprètes, avec la FNAC, à lhôtel de Sully à Paris, aux châteaux de Champs-sur-Marne et de Pierrefonds, au palais du Tau à Reims, à la chapelle des Carmélites de Toulouse, au château de Tarascon.

« Avec les thématiques +arts numériques+ et +factures instrumentales+, la fête invite tous ses acteurs à une exploration des métiers de la musique et des liens qui existent entre la facture instrumentale (orgues, pianos, accordéon, instruments à vent etc.), contemporaine (comme les sculptures sonores des frères Baschet) et les nouveaux instruments numériques », commente Hervé Bordier, coordinateur général de la Fête de la musique.

Un site Internet sur la Fête de la musique 2004 fonctionne dès à présent -www.fetedelamusique.culture.fr- qui propose des informations pratiques remises à jour.

La rénovation du musée est "une réalisation exemplaire de décentralisation culturelle qui doit c

18 juin 2004

La rénovation du musée est « une réalisation exemplaire de décentralisation culturelle qui doit contribuer à rendre accessible les oeuvres capitales de lhumanité et dabord de la France au plus grand nombre possible »… Le Musée des Beaux-Arts dAngers a été inauguré jeudi, après cinq ans de travaux de rénovation et dexpension, par le ministre de la Culture, Renaud Donnedieu de Vabres, qui la qualifié d »exemple de décentralisation culturelle ».

La rénovation du musée est « une réalisation exemplaire de décentralisation culturelle qui doit contribuer à rendre accessible les oeuvres capitales de lhumanité et dabord de la France au plus grand nombre possible », a estimé le ministre.

Installé depuis 1797 au coeur du centre historique de la ville dans le logis Barrault, un des plus anciens hôtels particuliers de France, datant de la fin du XVe siècle et classé patrimoine historique, le musée avait fermé ses portes en 1998.

Sa rénovation, dun coût global de près de 33 millions deuros, subventionnés à hauteur de 28% par lEtat dans le cadre dune convention signée en 1999 avec la ville, représente lun des plus grands chantiers muséographiques de ces dernières années.

Avec 7.000 m2 de superficie, soit 4.000 m2 supplémentaires, le musée propose une collection plus étoffée. Elle est enrichie doeuvres qui pour certaines navaient pas été montrées au public depuis 1944, comme les deux grandes peintures historiques de François Guillaume Ménageot (1744-1816), ou un tableau religieux de Philippe de Champaigne (1602-1674).

Deux journées « portes ouvertes » auront lieu samedi et dimanche.

A loccasion de linauguration, M. Donnedieu de Vabres a annoncé que lEtat avait pris en charge lacquisition pour le musée de deux esquisses peintes de Fragonard (1732-1806), « Lesquisse » et « La poursuite ».

« Cette acquisition majeure dun montant de quatre millions deuros a été rendue possible par un apport exceptionnel du Fonds du Patrimoine, à hauteur de 87,5 % du montant du prix dachat, et par un effort particulier consenti par la ville dAngers », a ensuite précisé le ministère.

Ces deux tableaux sont des esquisses préparatoires pour le décor imaginé par Fragonard sur le thème des « Progrès de lAmour ». Ils ont fait lobjet dun refus de certificat dexportation en avril 2000.

Commandé par la comtesse du Barry à Jean-Honoré Fragonard pour orner le pavillon neuf édifié par Claude-Nicolas Ledoux à Louveciennes, que venait de lui offrir le roi Louis XV, le décor proposé ne plut sans doute pas à la favorite royale qui rendit les toiles à lartiste, et leur préféra finalement un décor néo-classique plus sévère de Joseph-Marie Vien, a rappelé le ministère.

Vendues par les héritiers de Fragonard en 1898, ces quatre toiles magistrales font partie de la Frick Collection de New-York. « Les deux esquisses, réalisées en 1771, sont donc le seul témoin, subsistant en France, du somptueux ensemble commandé pour Louveciennes », a souligné le ministère qui na pas précisé lidentité du vendeur des esquisses.

Hausse de 10% des crédits en faveur du patrimoine monumental

16 juin 2004

« Conscient de létat de détresse du patrimoine monumental, le gouvernement avait annoncé un plan de restauration (…) en novembre 2003 », rappelle le communiqué. Le ministère « a donc mobilisé ses services déconcentrés, les DRAC, afin quelles enclenchent des plans de rénovation… Le ministre de la Culture Renaud Donnedieu de Vabres a annoncé mercredi une augmentation de 10% des crédits en faveur du patrimoine monumental, selon un communiqué du ministère.

Cela représente une « rallonge » de 39 millions deuros, le budget 2004 initial du patrimoine étant de 390 M EUR.

« Conscient de létat de détresse du patrimoine monumental, le gouvernement avait annoncé un plan de restauration (…) en novembre 2003 », rappelle le communiqué. Le ministère « a donc mobilisé ses services déconcentrés, les DRAC, afin quelles enclenchent des plans de rénovation. Lampleur des besoins, partout en France, a mobilisé beaucoup plus de crédits que prévu ».

« Dans un contexte difficile pour les finances publiques, poursuit le communiqué, les engagements sont plus importants que ce que la loi de finances 2004 autorisait grâce à la mobilisation des crédits non engagés les années précédentes ». Le ministère souligne que « certains chantiers se sont néanmoins arrêtés faute de crédits suffisants ».

« Pour remédier à ce problème, le ministre de la Culture a décidé daugmenter dès 2004, par redéploiement, lenveloppe des crédits dédiés au patrimoine monumental de 10% », conclut le communiqué.

Intermittents: nomination d'un expert pour "préparer le débat de l'automne"

16 juin 2004

Le ministre de la Culture, Renaud Donnedieu de Vabres, a indiqué mercredi que lexpert qui vient dêtre nommé dans le dossier du chômage des intermittents du spectacle, fournira des recommandations en liaison avec les partenaires sociaux pour « préparer le débat de lautomne »… Le ministre de la Culture, Renaud Donnedieu de Vabres, a indiqué mercredi que lexpert qui vient dêtre nommé dans le dossier du chômage des intermittents du spectacle, fournira des recommandations en liaison avec les partenaires sociaux pour « préparer le débat de lautomne ».

Répondant à une question du député UMP Daniel Poulou (Pyrénées-Atlantiques), il a déclaré : « La construction dun nouveau système dindemnisation du chômage doit nécessairement saccompagner dune moralisation des pratiques. Il sagit là dun devoir envers nos compatriotes et envers les partenaires sociaux (…) La question de la lutte contre les abus et de la définition dun nouveau périmètre sont essentielles pour réconcilier les Français et les intermittents ».

« Il est impératif de mieux mesurer et maîtriser le recours à lintermittence pour réserver celle-ci aux seules situations qui le justifient pleinement », a-t-il ajouté.

Pour lui, il doit y avoir « une responsabilisation de tous les acteurs, notamment dans le cinéma et laudiovisuel ».

Les personnes exerçant un emploi « permanent mais avec un statut de précaire » doivent être reconverties dans un emploi permanent, a-t-il estimé. « La règle à suivre est simple: ceux qui ont un emploi permanent en pratique mais qui sont juridiquement intermittents doivent voir leur emploi requalifié en emploi à durée indéterminée », a ajouté M. Donnedieu de Vabres. 

Le but de l'UMP n'est pas de "placer un champion sur orbite", selon 7 ministres

16 juin 2004

« lUMP ne doit pas devenir une simple confédération de micro-partis ». « Les courants ne sont pas des partis qui se regroupent au sein dune même entité pour négocier des investitures, retenir des places et partager la dotation financière de lÉtat. Les sensibilités ne peuvent supplanter lunité »… Sept ministres du gouvernement Raffarin affirment que « lUMP na pas pour but unique et immédiat de placer un champion sur orbite élyséenne, mais de soutenir un quinquennat gouvernemental », dans une tribune publiée dans Le Monde daté de jeudi.

Selon les signataires de ce texte, Xavier Bertrand, Dominique Bussereau, Xavier Darcos, Renaud Donnedieu de Vabres, Nicole Guedj, Christian Jacob et Eric Woerth, lUMP doit éviter « deux écueils », au moment où se profile la compétition pour la succession dAlain Juppé.

En premier lieu, « lUMP ne doit pas devenir une simple confédération de micro-partis ». « Les courants ne sont pas des partis qui se regroupent au sein dune même entité pour négocier des investitures, retenir des places et partager la dotation financière de lÉtat. Les sensibilités ne peuvent supplanter lunité », écrivent-ils. « Des courants daccord, des idées dabord », résument-ils.

« Deuxièmement, poursuivent les ministres, lUMP na pas pour but unique et immédiat de placer un champion sur orbite élyséenne, mais de soutenir un quinquennat gouvernemental ». « Nos statuts le disent. La raison le dicte », estiment-ils.

Ils citent à ce propos « lexemple du PS » qui est « à bannir ». « Si nous avons nos rocardiens, fabiusiens, jospinistes et autres emmanuellistes, quils noublient pas le congrès de Rennes », préviennent les auteurs de la tribune.

Ils constatent que « les divisions persistent et resurgissent en courants » et déplorent que « les débats didées soient étouffés par le combat brutal des hommes ».

Le sept ministres souhaitent que « les revers (électoraux) de ce printemps ne fassent pas oublier la double victoire de 2002 et notamment celle de Jacques Chirac ».

« Le pessimisme ambiant est conjoncturel, exagéré par manque de recul. Nous souhaitons résolument le combattre pour renouveler lardeur enthousiaste de notre doctrine première: réunir des pensées similaires ou assimilables, mais non uniques, donc aider leur libre expression, avant la recherche dune synthèse large ».

Mardi, dix ministres (dont les sept signataires de la tribune du Monde) et vingt-et-un députés ont lancé un appel à une « sensibilité de lunion » au sein de lUMP.

Assemblée générale des chambres françaises de commerce et d’industrie, sur le thème du mécénat

15 juin 2004

Monsieur le Président,

Mesdames, Messieurs,

Je suis très heureux et très honoré de participer à l’Assemblée générale de l’Assemblée
des Chambres Françaises de Commerce et d’Industrie. D’autant que c’est une première.

C’est une première pour moi personnellement. C’est aussi la première fois, semble t-il,
qu’un ministre de la culture intervient devant vous.

Je tiens à remercier très chaleureusement le Président Bernardin de m’avoir offert cette
tribune exceptionnelle.

C’est l’occasion, pour le ministre que je suis, de souligner le rôle des entreprises que vous
représentez dans la vie culturelle de notre pays.

Car si la culture a, dans notre pays, toujours été l’affaire de l’Etat, puis, également des
collectivités territoriales, la richesse et la diversité de notre culture est le fait de la société
toute entière, de cette société dite civile, où les entreprises sont au premier rang pour
créer et développer les richesses et les activités qui font vivre l’économie. Une économie
faite d’hommes et de femmes qui produisent, consomment, s’adonnent à des loisirs,
partagent des rêves et des activités créatrices qui sont, pour la plupart d’entre elles, de
l’ordre de la culture et de la communication.

Quelles que soient les responsabilités de l’Etat dans le domaine culturel, responsabilités
que j’assume et que je défends, le monde de la culture et de la communication puise son
dynamisme, sa créativité, sa vitalité dans ce vaste engagement de toute la société.

Et c’est, au fond, ce que je suis venu vous dire aujourd’hui : il n’y a pas d’un côté le monde
de la culture et de la communication et de l’autre le monde de l’entreprise. Ces deux
mondes ne sont pas clos. Ils sont ouverts l’un à l’autre et c’est heureux. Ils dialoguent et
notre rencontre d’aujourd’hui s’inscrit dans ce dialogue. Ils construisent ensemble de
belles choses et je vais y revenir dans un instant.

La culture est création. La culture est échange. La culture est commerce, au sens où on
l’entendait de la Renaissance au siècle des Lumières, c’est-à-dire un commerce entre les
hommes, un ensemble de relations à autrui et avec la société. La culture est industrie. Elle
est art. Elle est technique. Cela n’est plus contesté aujourd’hui : il y a des biens culturels
qui sont souvent des biens immatériels, des biens collectifs, des biens communs. Il y a
aussi des produits et des consommations, issus des industries culturelles qui représentent
une part croissante, sur longue période, de notre économie, par les emplois directs et
indirects, par le chiffre d’affaires, la création de valeur, les exportations qui en découlent.

Rappelons quelques chiffres que peu de gens connaissent : plus de 360 000 salariés
déclarés dans le spectacle vivant, dont plus de 100 000 intermittents. Mais aussi, 4,7
milliards d’euros de chiffre d’affaires en 2003 pour le livre, 1,7 milliards pour le disque, 1,3
milliards pour le cinéma, pour ne citer que ces quelques exemples.

Mais aussi douze millions d’entrées dans les musées nationaux et des dizaines de millions
de touristes et de visiteurs qui viennent, chaque année, admirer les monuments de notre
patrimoine, patrimoine de l’Etat, des collectivités, des propriétaires privés de notre pays,
mais avant tout patrimoine de l’humanité.

L’économie de la culture, c’est tout cela bien sûr et plus encore : dans l’ère de la
connaissance et de l’intelligence où nous sommes entrés, la culture est plus qu’un
« supplément d’âme », elle est un atout majeur dans la qualité de la vie et de la formation
de tous ceux qui vivent et travaillent en France.

Elle est un atout décisif, j’en suis convaincu, non seulement pour attirer les touristes et les
participants aux congrès, et vous savez combien ces activités, dont vous êtes souvent
responsables, sont importantes pour le rayonnement de notre pays.

La culture est aussi un facteur de l’attractivité de la France, dans la compétition
internationale, pour tous ceux qui veulent y travailler, y investir, y déployer leur
enthousiasme et leur talent au service de l’économie.

La culture est donc bien plus que ce que les économistes appellent une « externalité »,
c’est-à-dire ce qui n’est pas quantifiable, au sens comptable. Même si notre connaissance
de l’économie de la culture a beaucoup progressé, nous nous employons, avec tous les
organismes concernés à mieux cerner les chiffres, notamment de l’emploi culturel.

Mais au-delà, il y a ce facteur qualitatif, difficile à évaluer précisément, mais très vivement
ressenti, qui fait de la culture un « plus », une valeur humaine ajoutée, une contribution au
mieux vivre, au vivre ensemble, à la cité. Un « plus » décisif, une valeur inestimable, une
émotion partagée : oui, la culture est tout cela et davantage encore. Elle fait partie de la
vie, elle n’est pas à côté de la vie.

C’est pourquoi elle n’est pas un « luxe », qui viendrait par surcroît. On parle parfois des
« retombées » de telle ou telle manifestation culturelle sur l’environnement économique.

J’ai tendance à penser au contraire, comme beaucoup d’élus locaux et d’habitants, et je
sais ce sentiment partagé par de nombreux représentants consulaires et chefs
d’entreprises, que la culture offre plus que des « retombées » et même que des
« contreparties » : parce qu’elle est à la source.

Vous représentez les entreprises de toutes tailles et vous agissez avec elles, notamment
dans le domaine des infrastructures qui facilitent leur développement. Vous êtes donc
concernés au premier chef par la vitalité de la culture.

Car le dialogue entre le monde de la culture et le monde de l’entreprise est fondé sur un
échange réciproque.

C’est pourquoi je tiens à vous exprimer la reconnaissance de l'Etat, pour l'éminente
contribution que les entreprises apportent collectivement à la vie culturelle en France.

En effet, le mécénat culturel est le premier mécénat d'entreprise dans notre pays. Toutes
causes confondues, les entreprises apportent environ 350 millions d'euros par an aux
actions d'intérêt général dont 57 % sont affectés aux actions culturelles, soit environ 200
millions d'euros.

Ce sont plus de mille entreprises françaises qui sont recensées comme actives en matière
de mécénat culturel. Ce domaine s’est développé depuis les années quatre-vingts,
lentement mais continûment, grâce notamment à l’action inlassable de Jacques Rigaud,
auquel je tiens à rendre hommage en sa double qualité de chef d'entreprise et de pionnier.

Et je tiens à lui emprunter cette citation : « le mécénat d'entreprise doit être un des
éléments du langage de l'entreprise, une des voies par lesquelles elle décide de dialoguer
avec la société, de se définir par rapport à elle ».

Cette prise de conscience progressive est le fruit d'un long cheminement, qui a abouti à un
nouvel élan pour le mécénat.

Le Président de la République et le Premier Ministre se sont engagés à libérer les
initiatives, en invitant plus largement tous les acteurs de notre société à s'impliquer en
faveur du mécénat. Le Parlement a voté cette grande avancée qui dote notre pays, depuis
le 1er août dernier, d’une loi moderne et exemplaire à bien des égards, en comparaison
avec nos pays voisins.

C'est un acte de confiance des pouvoirs publics envers la prise de responsabilité de
chaque citoyen et des chefs d'entreprises en particulier : tout engagement au titre du
mécénat sera très largement accompagné par l'Etat.

Jusqu'en août dernier, toute forme de partenariat, de concours, de sponsorisation… faisait
fiscalement l'objet d'une facturation imputée aux frais généraux de l'entreprise, soit en
déduction de son revenu imposable, ce qui revenait à lui accorder un allègement fiscal de
33,3 %.

Aujourd'hui, la loi prévoit que l'entreprise bénéficie d'une véritable REDUCTION D'IMPOT
de 60 % du montant de son don, dans la limite de 0,5 % de son chiffre d'affaires. Cette
disposition qui double quasiment l'avantage fiscal et le plafond par rapport à la situation
antérieure ouvre de très larges perspectives. En outre, l'entreprise peut désormais sans
équivoque bénéficier de contreparties.

Car le mécénat est la preuve par l’excellence de l’engagement de l'entreprise dans la
société.

Aujourd’hui s’ouvre la « semaine du développement durable », à l’initiative de mon
collègue Serge Lepeltier.

Je tiens à vous le dire : parce qu’il est au centre d'une démarche d'ouverture et de
coopération, parce qu'il soutient des actions d'intérêt général, de solidarité, parce qu'il
engage sur le long terme, et qu'il promeut l'innovation, le mécénat entre en résonance
directe avec les objectifs de "développement durable" de vos entreprises.

L'acte de mécénat est un vecteur efficace d'implication des salariés dans un projet culturel
partagé. Nous sommes bien loin de l'acte philanthropique libérateur des consciences, qui
pouvait être considéré comme le « luxe » d'un président des temps prospères ! Le mécénat peut désormais trouver sa place au sein de la stratégie de chacune de vos
entreprises.

J’en veux pour preuve les pratiques des agences de notation extra-financière, spécialistes
de la responsabilité sociétale des entreprises, qui portent un regard attentif à l'évaluation
de la politique de mécénat.

Pour l’une d’entre elles, franco-anglaise, le mécénat fait même partie des "actifs
immatériels de l'entreprise". Il constitue une réponse au risque de réputation. Il génère une
valeur ajoutée locale et globale.

Pour une autre société de notation sociale, dirigée par l’ancienne responsable d’une
grande centrale syndicale française, le mécénat est une preuve de l'engagement sociétal.

Il est intégré aux critères comme le développement économique des territoires, ou
l'engagement en faveur de l'emploi local et de la formation.

Mais, au-delà de l’apport considérable des grandes entreprises qui sont la « cible » des
agences de notation, je suis convaincu – et c’est cette conviction que je suis venu partager
avec vous – que le véritable gisement d'un nouveau type de mécénat est celui des PME.

C'est pourquoi je tiens à ce que le ministère de la culture et de la communication
s’investisse avec vous, sur ce sujet, dans nos territoires.

Les rencontres dont il m’a été rendu compte, entre les acteurs culturels et les entreprises,
région par région, nous renforcent dans cette conviction. Les chefs d'entreprises
confirment que la qualité de l'offre culturelle sur un bassin économique donné est un
facteur déterminant pour favoriser la vie de leurs employés et mieux approcher leur
clientèle, exercer une attractivité meilleure sur des collaborateurs performants, et enfin
développer, bien souvent, le tourisme local.

Soutenir la culture, c'est être associé à l'excellence, à la qualité, à l'innovation. Je ne vous
citerai que quelques exemples significatifs, qui doivent nous encourager à poursuivre
ensemble, avec mes services, ce tour de France du mécénat.

• A Marseille, cette association de "Mécènes du Sud", qui soutient les artistes
contemporains de la cité Phocéenne, en captant l’attention de nouveaux publics, en
renforçant le sentiment de fierté et d'appartenance de leurs salariés, en valorisant
l'image de leur ville.

• C'est l'action de ces mécènes bretons, significative, lors de la vente publique
récente d'un célèbre pastel de Gauguin – représentant deux Bigoudènes – à Brest,
pour l'offrir au musée municipal de Pont-Aven.

• C'est aussi l'engagement d'une PME à Blois dont le PDG, non seulement préside le
théâtre de la ville, mais en plus a créé un cercle de 22 entreprises mécènes pour
relayer son action.

J'encourage cette floraison d’initiatives locales, qui réunissent acteurs culturels et acteurs
économiques.

Ce rassemblement d’énergies se prolonge dans des actions de formation, domaine où
vous exercez d’importantes responsabilités. Ainsi, mon ministère, pour la première fois, a engagé les écoles supérieures de
commerce, à mobiliser leurs étudiants autour de la rédaction de mémoires sur le mécénat
culturel.

Je compte bien dialoguer personnellement avec ces étudiants, leurs professeurs, en
contact étroit avec le monde de l’entreprise et nos directeurs régionaux des affaires
culturelles, dès la rentrée prochaine. Je relève d’ailleurs avec beaucoup d’intérêt que
plusieurs écoles supérieures de commerce, dont les plus prestigieuses, offrent des
formations initiales ou continues dans le domaine du management culturel.

Oui, je crois au développement du mécénat de proximité.

Sur chaque projet, entrepreneurs et créateurs doivent s'asseoir à la même table pour bâtir
un accompagnement qui dépasse la seule aide financière. Il convient, pour que cela
marche, de mieux se connaître. Et cette découverte mutuelle, relativement récente, est
riche de promesses.

J'ai désigné un réseau de collaborateurs du ministère, pour activer ces rencontres dans
toutes nos régions, tous nos départements. Ils s'y sont activement préparés, sous la
responsabilité de François Erlenbach, responsable de la mission mécénat place de Valois.

Je vous propose de participer à ce mouvement EN L'INSCRIVANT DANS UNE CHARTE
que nous pourrons élaborer ensemble, avec l'assemblée des Chambres Françaises de
Commerce et d'Industrie.

Je suggère que les thèmes de cette CHARTE à laquelle, si vous en êtes d’accord, chaque
chambre pourrait adhérer, consistent :

• à désigner, chambre par chambre (comme je viens d'y procéder moi-même dans
mes propres services) un "correspondant mécénat" devenant ainsi "l'interlocuteur
référent" des services décentralisés du ministère de la culture ;

• à impulser un programme d'information, défini en commun des chefs d'entreprises ;

• et à mettre en valeur ensemble, les « bonnes pratiques » et les expériences les
plus réussies. Je n’hésiterai pas à me déplacer pour exprimer ma gratitude
localement, comme je l’ai fait aujourd’hui collectivement devant vous.

Je souhaiterais que nous nous mettions au travail au plus vite, afin que nous puissions
signer cette charte d’ici à la fin de l'année, et surtout la faire vivre, dans l’ensemble de nos
territoires.

Cette oeuvre pédagogique m'apparaît nécessaire. Dans une conjoncture économique qui
renoue progressivement avec la croissance, le mécénat d'entreprise se développera
d'autant plus, certes, que les dispositions fiscales y sont très propices, mais surtout qu'il
pénètrera les stratégies des décideurs. Je compte sur vous pour m’aider à tracer cette
perspective.

Je tenais à vous le dire et à vous en remercier.

Haut Conseil des Musées de France

15 juin 2004

Monsieur le Ministre,

Messieurs les Sénateurs,

Messieurs les Députés,

Messieurs les Présidents,

Mesdames, Messieurs,

Je suis très heureux de présider la quatrième séance du Haut Conseil des musées de France,
un an après son installation. Grâce à la présence de vous tous, parlementaires, représentants
des collectivités territoriales et des ministères directement intéressés au sort des musées –
notamment le ministère chargé de la recherche -, de membres des professions qui agissent
dans et pour les musées, l'instance de consultation, de conseil et de débats qui manquait aux
musées de France vit aujourd'hui. La loi du 4 janvier 2002 a bénéficié des travaux de réflexion
préalables et du travail très approfondi des rapporteurs, Alfred Recours et Monsieur le Sénateur
Richert, auquel j'ai plaisir à rendre tout particulièrement hommage.

Je voudrais insister sur le fait que la loi relative aux musées de France – maintenant codifiée
dans le code du patrimoine – contient, et je m'en réjouis, tous les éléments du débat actuel sur
la décentralisation territoriale, en précisant clairement les rôles respectifs de l'Etat et des
collectivités propriétaires des collections des musées de France. Les musées en France sont
en effet des institutions décentralisées par nature – sur 1 173 musées de France actuellement,
50 seulement sont des musées de l'Etat, tous les autres relèvent des collectivités territoriales,
d'associations et de fondations.

Ces musées, vous le savez, présentent une très grande diversité de collections, les vingt
dernières années ayant été marquées par la création de musées spécialisés dans les domaines
de l’ethnologie, de l’archéologie, de l’histoire ou de l’art contemporain.

Tous sont désormais
dans la même grande famille des musées de France, y compris les musées de sciences et
techniques.

C'est à l'Etat qu'il revient de soutenir ce réseau, riche et diversifié, réparti sur la totalité du
territoire, et de lui apporter conseil et expertise ; c'est cette capacité d'expertise et de soutien
qui justifie ses pouvoirs de contrôle sur l'intégrité des collections et le bon accomplissement des
missions des musées de France.

Tous les textes d’application de la loi relative aux musées de France sont aujourd'hui publiés ;
l’arrêté interministériel fixant les normes techniques relatives à la tenue de l’inventaire, du
registre des biens déposés dans un musée de France et à leur récolement a été signé le 25 mai
2004.

Les services centraux et déconcentrés du ministère ont veillé à la bonne mise en place, dans
un esprit je crois libéral et décentralisateur, de toutes les instances de concertation et de travail prévues par la loi, et qui ont des conséquences à mes yeux positives sur la qualité des activités
scientifiques et de diffusion des musées de France :
– les commissions scientifiques régionales et interrégionales conseillent les musées de France
préalablement à deux sortes d'actes très importants, lourds de conséquences, qui
concernent les collections : les actes d'acquisition, à titre gratuit ou onéreux, et les actes de
restauration ;

– les commissions professionnelles relatives aux qualifications des conservateurs non
fonctionnaires et aux restaurateurs fonctionnent également ;

– la commission scientifique nationale des collections des musées de France examine très
utilement, préalablement à votre Haut Conseil, les dossiers de transfert de propriété des
collections d'un musée de France à un autre autorisés par la loi ainsi que les dossiers
d'appellation musée de France : c'est un point important de la décentralisation culturelle.

La loi a prévu le transfert de propriété des biens de collections nationales confiées par l'Etat à
une collectivité territoriale avant le 7 octobre 1910 : environ 300 collectivités sont concernées
par ce transfert de propriété pour un total estimé à 70 000 oeuvres. Cette opération lourde a
nécessité la mise en place d'une mission spécifique à la direction des musées de France
chargée de piloter les transferts de dépôts, en liaison avec la délégation aux arts plastiques et
la direction de l'architecture et du patrimoine. Ce transfert de propriété est achevé à Toulouse
avec 547 oeuvres transférées ; il est en cours d'achèvement à Amiens avec 310 oeuvres en
cours de transfert.

Je me réjouis aussi, que d'autres musées accèdent peu à peu à l'appellation de musées de
France. Je salue ici la fondation Arp de Clamart – qui a été le premier musée de France
reconnu grâce à votre conseil, par un arrêté du 9 mars 2004 ; le Centre Pompidou et la
fondation poursuivent activement, avec la direction des musées de France, la préparation du
dépôt des plâtres de Jean Arp que nos douanes françaises avaient su, il y a quelques années,
retenir d'une exportation illégale.

Je remarque que notre séance de ce jour est d'une importance particulière parce qu'elle verra
tous les musées de la Ville de Paris présentés à votre avis pour leur entrée dans la catégorie
des musées de France. Le Haut Conseil ne considérera pas que je préjuge abusivement de son
avis si j'indique que pour ma part, je suis très heureux que les musées de la Ville de Paris, qui
n'ont jamais été des musées classés ou contrôlés au sens de l'ancienne ordonnance de 1945
sur les musées des Beaux-Arts, se joignent à la catégorie des musées de France.

Je voudrais également évoquer un thème majeur pour le développement des musées : le
mécénat.

Grâce à l'engagement déterminé sur ce dossier de mon prédécesseur Jean-Jacques Aillagon et
des ministres des finances et du budget de l'époque MM. Francis Mer et Alain Lambert, et
grâce au travail du Parlement, la loi du 1er août 2003 relative au mécénat, aux associations et
aux fondations ouvre des perspectives véritablement nouvelles. Ces dispositions, précédées,
pour les trésors nationaux, par celles de la loi relative aux musées de France, vont, je le crois,
changer fortement la capacité de notre pays à maintenir ou à faire venir dans nos institutions
patrimoniales, appartenant à notre histoire, des biens culturels particulièrement précieux. Je
suis en effet très attaché, comme Ministre et comme élu local, à la dimension culturelle et
patrimoniale de l'aménagement du territoire. C'est ainsi que j'ai décidé d'apporter au musée des
Beaux-Arts d'Angers, qui inaugure sa grande rénovation ce jeudi 17 juin, une aide jamais égalée, couvrant 87 % du financement nécessaire. Elle permet l'acquisition au bénéfice de ce
musée des Beaux-Arts de deux grandes et importantes esquisses de Fragonard retenues sur le
territoire depuis trois ans comme trésors nationaux.

S'agissant de mécénat, je ne saurai à l'inverse mésestimer que la générosité privée individuelle,
celle des grands collectionneurs qui depuis deux siècles ont accru, parfois fondé, des
collections majeures de nos musées français, ne peut qu'être encouragée par la qualité et le
caractère durable de l'engagement financier et professionnel des collectivités publiques pour les
musées. Et je souhaite que ce mécénat privé soit encouragé et reconnu.
Il va de soi que je pratiquerai avec ambition mais en tenant compte des grands équilibres
budgétaires, l'appel au mécénat fiscalement déductible, et donc entendu comme une "dépense
fiscale" afin que les mécanismes récemment institués s'installent durablement dans notre
dispositif des trésors nationaux.

Permettez-moi de souligner quatre priorités que j'assigne à la politique publique des musées de
France pour les trois années à venir :

– la modernisation de la gestion et de la tutelle des musées nationaux et leur contribution à
l'aménagement culturel du territoire ;

– le développement de la professionnalisation des acteurs des musées de France ;

– l'ouverture des musées à de nouveaux publics ;

– la participation des musées à l'ouverture culturelle européenne.

Les dernières années ont vu de profondes modifications de l'ensemble formé par les musées
nationaux et la Réunion des musées nationaux. Ces deux grands établissements publics que
sont le Louvre et Versailles – ce dernier bientôt engagé dans un programme ambitieux de
modernisation de l'accueil et de mise en valeur – ont vu leurs compétences fonctionnelles
élargies notamment en ce qui concerne leur politique d'acquisition ; les musées d'Orsay et
Guimet ont été érigés en établissements publics nationaux selon les mêmes périmètres de
compétence ; la gestion du musée Delacroix a été confiée à l'établissement public du musée du
Louvre et celle du musée Hébert à l'établissement public du musée d'Orsay ; la Réunion des
musées nationaux est désormais confrontée à l'exigence d'une amélioration de son efficacité
économique et fonctionnelle.

Ces réformes ont été faites dans le souci de doter nos grands musées des moyens nécessaires
à leur développement, et je crois pouvoir dire que le bilan en est aujourd'hui positif.

D'ores et déjà, de nouvelles étapes doivent être franchies :

ô€‚Š Le musée du quai Branly verra son statut adapté en vue de son ouverture au public dans les
premières semaines de 2006. Ce sera un établissement exceptionnel par son ambition
d'architecture, de fonctionnement et d'accueil, à la mesure de la richesse foisonnante de ses
collections. C'est une opération de très grande envergure qui dotera la France d'un musée
extraordinaire, grâce à l'ambition du Président de la République et l'énergie d'un donateur,
Jacques Kerchache, auquel j'ai rendu hommage.

ô€‚Š L'installation dans la Cour Visconti du Palais du Louvre des nouvelles salles du département
des arts de l'Islam du musée du Louvre est pour moi très nécessaire, et je veillerai à ce que le choix du maître d’oeuvre ait lieu comme prévu au deuxième semestre 2005. Je sais gré à
l'Union centrale des arts décoratifs de consentir d'importants dépôts d'objets des arts de
l'Islam dans cette perspective. Je me réjouis également de la rénovation progressive du
musée des arts décoratifs, qui sera terminée fin 2005 et dont la galerie des bijoux sera
inaugurée dans les prochains jours.

ô€‚Š l'installation à Metz d'une antenne du Centre Pompidou se présente très bien. J'ai eu
l'occasion de voir la maquette du projet de Messieurs Ban/de Gastines/Gumuchbjian et je me
félicite de ce geste architectural et de cette implantation symbolique.

ô€‚Š Après avoir visité les sites candidats, je ferai, à l'été, le choix de l'implantation de l'antenne du
musée du Louvre parmi les villes du Nord – Pas-de-Calais et de Picardie qui se sont portées
candidates. Le choix sera effectué au regard des critères objectifs de localisation et
d'optimisation foncière des implantations, ainsi que de l'implication des collectivités engagées
dans le projet.

ô€‚Š le musée national des arts et traditions populaires sera, le moment venu, transformé en
établissement public national du musée des civilisations de l'Europe et de la Méditerranée
avec son siège à Marseille. La nouvelle localisation a été confirmée à deux reprises, en 2001
et 2003, par le comité interministériel d'aménagement du territoire. Je m'attacherai à ce que
cette nouvelle localisation donne à l'institution, avec le projet scientifique et culturel redéfini
par Michel Colardelle, un rôle éminent dans les débats de société et d'histoire sur nos
populations de l'Europe et du pourtour méditerranéen. J'ai plaisir à saluer l'architecte désigné
pour la réalisation de ce projet, Rudy Ricciotti, et je suivrai avec attention la désignation, en
septembre prochain, de l'architecte qui travaillera au centre de réserves et de recherches de
cet important musée national.

ô€‚Š L'action des musées nationaux pour la coopération avec les musées français, vous le savez,
passe aussi par bien d'autres canaux – la capacité de conseil et de coopération des grands
départements patrimoniaux, la politique des prêts et des dépôts notamment.

ô€‚Š D'autres projets sont à l'étude, qui seront menés dans la concertation la plus étroite avec les
collectivités locales et les représentants des personnels.
Je tiens évidemment à dire devant vous que je poursuivrai très activement la politique de prêts
et dépôts (3 836 actes en 2003), des collections nationales dans les musées de région en
mesure de les accueillir.

ô€‚Š L'un des apports des musées nationaux aux musées de France doit être leur capacité de
recherche. La direction des musées de France mettra au point en 2004 un schéma directeur
de la recherche dans les musées nationaux, qui permettra de conforter leur partenariat avec
l'Institut national d'histoire de l'art et les institutions universitaires.

Le développement de la professionnalisation des acteurs des musées
Je prends à coeur la nécessaire mise à jour du statut des conservateurs du patrimoine de l'Etat
et des collectivités territoriales. Il s'agit d'ouvrir ce corps aux ressortissants européens. Il s'agit
aussi d'instituer le grade de conservateur général territorial du patrimoine, sans lequel nous ne
disposons pas d'une parfaite homologie entre le statut des fonctionnaires d'Etat et celui des
collectivités territoriales, ce qui est contraire à une juste décentralisation ; si je salue le succès
du cadre d'emploi des attachés territoriaux du patrimoine, et la qualité des jeunes lauréats
recrutés fin 2003 dans ce cadre par le CNFPT (131 lauréats), je souhaite que la place des conservateurs eux-mêmes soit développée par les collectivités territoriales et les musées des
associations et des fondations.

L'ouverture des musées à de nouveaux publics.

J'encourage vivement les collectivités territoriales à poursuivre et conforter l'installation et le
développement de services des publics des musées : plus de la moitié des musées de France
en disposent maintenant, il y a là un instrument essentiel d'action culturelle, éducative et
sociale, et c'est sans doute largement grâce à leur action que le public global des musées de
France atteint 54 millions de visiteurs et que les musées représentent l'activité culturelle la plus
fréquentée après le cinéma. Environ un tiers de la population scolaire a visité un musée au
cours de l'année écoulée, soit environ quatre millions de jeunes, de la maternelle au lycée.

Je suis intimement persuadé que dans notre société trop fragmentée, soumise à des enjeux
très forts d'intégration sociale, de démocratie culturelle et politique, l'action des musées auprès
des établissements scolaires et des publics les plus défavorisés est absolument prioritaire. Les
musées sont l'instrument d'action culturelle et sociale qu'il faut pleinement utiliser. Ils
représentent un maillage dense sur tout le territoire. Ils sont par excellence les lieux de
transmission de savoir et de mémoire, ils sont aussi des outils de cohésion sociale et de lutte
contre les exclusions.

J’en veux pour preuve la participation de bon nombre d’entre eux aux réflexions menées dans
le cadre de la préparation de la Conférence nationale de lutte contre l’exclusion qui se tiendra le
6 juillet prochain.

L'action des musées vers le jeune public est une priorité. Je considère à cet égard comme
exemplaire que le musée du Louvre ait fait passer en trois ans la proportion de ses visiteurs de
moins de 26 ans de 37 % à 46 %. Le réseau des musées des collectivités territoriales a un rôle
essentiel d'action sociale de proximité. J'engage les directions régionales des affaires
culturelles à soutenir de façon prioritaire la mise en place ou le développement des services
des publics formés de professionnels permanents et qualifiés.
Si les relations entre les musées et les écoles sont aujourd’hui dans la nature des choses (plus
de 4 millions de jeunes scolarisés dans l’ensemble des musées de France, soit le tiers de la
population scolaire totale), je tiens à redire qu’il est fondamental de poursuivre les jumelages
entre les musées de France et les Zones d’Education Prioritaire dans le cadre de la politique de
la ville et des quartiers. Il est également fondamental de renforcer, dans les zones rurales, les
relations entre les musées et les établissement d’enseignement agricole.
Au lendemain de l'adoption en première lecture par l'Assemblée Nationale du projet de loi pour
l'égalité des droits et des chances et la participation à la citoyenneté des personnes
handicapées, je tiens à souligner que les musées, grâce notamment aux aménagements
spécifiques des bâtiments, veillent à faciliter l’accessibilité des publics handicapés. Les
programmes proposés aux visiteurs handicapés sensoriels ou mentaux, des parcours tactiles,
des informations ou livrets pédagogiques en brailles, des conférences en langue des signes,
doivent être généralisés. Je veillerai à ce que les professionnels reçoivent les formations
adaptées .

Le ministère de la culture et les musées seront présents lors du salon «Autonomic » (à partir de
demain).

J’engage les directions régionales des affaires culturelles à soutenir prioritairement les actions
envers les handicapés et les exclus de la culture.

J’évoquais les relations entre les musées et l’éducation nationale, j’attache une grande
importance au développement des politiques d’action culturelle et éducative s’adressant aux
jeunes dans le cadre scolaire mais aussi hors temps scolaire.
La participation des musées de France à la construction de l'Europe de la culture.

La résolution adoptée par le conseil européen des ministres de la culture, en octobre 2003,
concerne également les musées. Le mémorandum que j'ai présenté au conseil des ministres de
l'Union Européenne en mai dernier poursuit la même ambition. J'ai proposé à mes collègues
une stratégie commune pour faire avancer la cause de l'Europe de la culture, exigence
essentielle de notre temps. Cette stratégie se décline naturellement dans le monde des
musées. Le musée est une institution née en Europe, il est consubstantiel à la notion
européenne de patrimoine et de développement culturel et éducatif. L'édition 2004 du printemps
des musées a été un succès non seulement français mais européen (1 130 musées participants
en France, 770 dans 31 pays de l'Europe).

Il me paraît indispensable d'intensifier nos travaux de comparaisons statistiques et
institutionnelles, nos échanges de professionnels, la mise en place de programmes harmonisés
de formation professionnelle. Le séminaire européen de conservateurs qui s'ouvrira à Paris le
21 juin prochain à l'initiative de la direction des musées de France pourrait contribuer à
rapprocher les professionnels des musées européens d'une façon régulière. Il y a là un vaste
champ de coopération culturelle intra-européenne qui ne fera que renforcer la capacité de nos
musées européens et français à participer toujours plus activement aux échanges culturels
internationaux. L'un des signes les plus visibles de cette coopération est l'ambitieuse
programmation des expositions des galeries nationales du Grand Palais et de nos grands
musées français, comme Jongkind à Orsay, la Croatie à Ecouen, Belloto et la Pologne au
Louvre.

Mesdames et messieurs, tels sont les objectifs que je propose à vos travaux pour répondre aux attentes d'un public plus
large, sensibilisé davantage à la diversité d'un patrimoine rendu plus accessible dans le cadre
solide du réseau international des musées.

Discours de RDDV à l'AG des chambres Françaises de commerce et d’industrie

15 juin 2004

Je suis très heureux et très honoré de participer à l’Assemblée générale de l’Assemblée des Chambres Françaises de Commerce et d’Industrie. D’autant que c’est une première. C’est une première pour moi personnellement. C’est aussi la première fois, semble t-il, qu’un ministre de la culture intervient devant vous.

Je tiens à remercier très chaleureusement le Président Bernardin de m’avoir offert cette tribune exceptionnelle.

C’est l’occasion, pour le ministre que je suis, de souligner le rôle des entreprises que vous représentez dans la vie culturelle de notre pays.Car si la culture a, dans notre pays, toujours été l’affaire de l’Etat, puis, également des collectivités territoriales, la richesse et la diversité de notre culture est le fait de la société toute entière, de cette société dite civile, où les entreprises sont au premier rang pour créer et développer les richesses et les activités qui font vivre l’économie. Une économie faite d’hommes et de femmes qui produisent, consomment, s’adonnent à des loisirs, partagent des rêves et des activités créatrices qui sont, pour la plupart d’entre elles, de l’ordre de la culture et de la communication.

Quelles que soient les responsabilités de l’Etat dans le domaine culturel, responsabilités que j’assume et que je défends, le monde de la culture et de la communication puise son dynamisme, sa créativité, sa vitalité dans ce vaste engagement de toute la société.

Et c’est, au fond, ce que je suis venu vous dire aujourd’hui : il n’y a pas d’un côté le monde de la culture et de la communication et de l’autre le monde de l’entreprise. Ces deux mondes ne sont pas clos. Ils sont ouverts l’un à l’autre et c’est heureux. Ils dialoguent et notre rencontre d’aujourd’hui s’inscrit dans ce dialogue. Ils construisent ensemble de belles choses et je vais y revenir dans un instant.

La culture est création. La culture est échange. La culture est commerce, au sens où on l’entendait de la Renaissance au siècle des Lumières, c’est-à-dire un commerce entre les hommes, un ensemble de relations à autrui et avec la société. La culture est industrie. Elle est art. Elle est technique. Cela n’est plus contesté aujourd’hui : il y a des biens culturels qui sont souvent des biens immatériels, des biens collectifs, des biens communs. Il y a aussi des produits et des consommations, issus des industries culturelles qui représentent une part croissante, sur longue période, de notre économie, par les emplois directs et indirects, par le chiffre d’affaires, la création de valeur, les exportations qui en découlent.

Rappelons quelques chiffres que peu de gens connaissent : plus de 360 000 salariés déclarés dans le spectacle vivant, dont plus de 100 000 intermittents. Mais aussi, 4,7 milliards d’euros de chiffre d’affaires en 2003 pour le livre, 1,7 milliards pour le disque, 1,3 milliards pour le cinéma, pour ne citer que ces quelques exemples.
Mais aussi douze millions d’entrées dans les musées nationaux et des dizaines de millions de touristes et de visiteurs qui viennent, chaque année, admirer les monuments de notre patrimoine, patrimoine de l’Etat, des collectivités, des propriétaires privés de notre pays, mais avant tout patrimoine de l’humanité.

L’économie de la culture, c’est tout cela bien sûr et plus encore : dans l’ère de la connaissance et de l’intelligence où nous sommes entrés, la culture est plus qu’un « supplément d’âme », elle est un atout majeur dans la qualité de la vie et de la formation de tous ceux qui vivent et travaillent en France.

Elle est un atout décisif, j’en suis convaincu, non seulement pour attirer les touristes et les participants aux congrès, et vous savez combien ces activités, dont vous êtes souvent responsables, sont importantes pour le rayonnement de notre pays.

La culture est aussi un facteur de l’attractivité de la France, dans la compétition internationale, pour tous ceux qui veulent y travailler, y investir, y déployer leur enthousiasme et leur talent au service de l’économie.

La culture est donc bien plus que ce que les économistes appellent une « externalité », c’est-à-dire ce qui n’est pas quantifiable, au sens comptable. Même si notre connaissance de l’économie de la culture a beaucoup progressé, nous nous employons, avec tous les organismes concernés à mieux cerner les chiffres, notamment de l’emploi culturel.

Mais au-delà, il y a ce facteur qualitatif, difficile à évaluer précisément, mais très vivement ressenti, qui fait de la culture un « plus », une valeur humaine ajoutée, une contribution au mieux vivre, au vivre ensemble, à la cité. Un « plus » décisif, une valeur inestimable, une émotion partagée : oui, la culture est tout cela et davantage encore. Elle fait partie de la vie, elle n’est pas à côté de la vie.

C’est pourquoi elle n’est pas un « luxe », qui viendrait par surcroît. On parle parfois des « retombées » de telle ou telle manifestation culturelle sur l’environnement économique. J’ai tendance à penser au contraire, comme beaucoup d’élus locaux et d’habitants, et je sais ce sentiment partagé par de nombreux représentants consulaires et chefs d’entreprises, que la culture offre plus que des « retombées » et même que des « contreparties » : parce qu’elle est à la source.

Vous représentez les entreprises de toutes tailles et vous agissez avec elles, notamment dans le domaine des infrastructures qui facilitent leur développement. Vous êtes donc concernés au premier chef par la vitalité de la culture.

Car le dialogue entre le monde de la culture et le monde de l’entreprise est fondé sur un échange réciproque.

C’est pourquoi je tiens à vous exprimer la reconnaissance de lEtat, pour léminente contribution que les entreprises apportent collectivement à la vie culturelle en France.

En effet, le mécénat culturel est le premier mécénat dentreprise dans notre pays. Toutes causes confondues, les entreprises apportent environ 350 millions deuros par an aux actions dintérêt général dont 57 % sont affectés aux actions culturelles, soit environ 200 millions deuros.

Ce sont plus de mille entreprises françaises qui sont recensées comme actives en matière de mécénat culturel. Ce domaine s’est développé depuis les années quatre-vingts, lentement mais continûment, grâce notamment à l’action inlassable de Jacques Rigaud, auquel je tiens à rendre hommage en sa double qualité de chef dentreprise et de pionnier.

Et je tiens à lui emprunter cette citation : « le mécénat dentreprise doit être un des éléments du langage de lentreprise, une des voies par lesquelles elle décide de dialoguer avec la société, de se définir par rapport à elle ».

Cette prise de conscience progressive est le fruit dun long cheminement, qui a abouti à un nouvel élan pour le mécénat.

Le Président de la République et le Premier Ministre se sont engagés à libérer les initiatives, en invitant plus largement tous les acteurs de notre société à simpliquer en faveur du mécénat. Le Parlement a voté cette grande avancée qui dote notre pays, depuis le 1er août dernier, d’une loi moderne et exemplaire à bien des égards, en comparaison avec nos pays voisins.

Cest un acte de confiance des pouvoirs publics envers la prise de responsabilité de chaque citoyen et des chefs dentreprises en particulier : tout engagement au titre du mécénat sera très largement accompagné par lEtat.

Jusquen août dernier, toute forme de partenariat, de concours, de sponsorisation… faisait fiscalement lobjet dune facturation imputée aux frais généraux de lentreprise, soit en déduction de son revenu imposable, ce qui revenait à lui accorder un allègement fiscal de 33,3 %.

Aujourdhui, la loi prévoit que lentreprise bénéficie dune véritable REDUCTION DIMPÔT de 60 % du montant de son don, dans la limite de 0,5 % de son chiffre daffaires. Cette disposition qui double quasiment lavantage fiscal et le plafond par rapport à la situation antérieure ouvre de très larges perspectives. En outre, lentreprise peut désormais sans équivoque bénéficier de contreparties.

Car le mécénat est la preuve par l’excellence de l’engagement de lentreprise dans la société.

Aujourd’hui s’ouvre la « semaine du développement durable », à l’initiative de mon collègue Serge Lepeltier.

Je tiens à vous le dire : parce qu’il est au centre dune démarche douverture et de coopération, parce quil soutient des actions dintérêt général, de solidarité, parce quil engage sur le long terme, et quil promeut linnovation, le mécénat entre en résonance directe avec les objectifs de "développement durable" de vos entreprises.
Lacte de mécénat est un vecteur efficace dimplication des salariés dans un projet culturel partagé. Nous sommes bien loin de lacte philanthropique libérateur des consciences, qui pouvait être considéré comme le « luxe » dun président des temps prospères ! Le mécénat peut désormais trouver sa place au sein de la stratégie de chacune de vos entreprises.

J’en veux pour preuve les pratiques des agences de notation extra-financière, spécialistes de la responsabilité sociétale des entreprises, qui portent un regard attentif à lévaluation de la politique de mécénat.

Pour l’une d’entre elles, franco-anglaise, le mécénat fait même partie des "actifs immatériels de lentreprise". Il constitue une réponse au risque de réputation. Il génère une valeur ajoutée locale et globale.

Pour une autre société de notation sociale, dirigée par l’ancienne responsable d’une grande centrale syndicale française, le mécénat est une preuve de lengagement sociétal. Il est intégré aux critères comme le développement économique des territoires, ou lengagement en faveur de lemploi local et de la formation.

Mais, au-delà de l’apport considérable des grandes entreprises qui sont la « cible » des agences de notation, je suis convaincu – et c’est cette conviction que je suis venu partager avec vous – que le véritable gisement dun nouveau type de mécénat est celui des PME. Cest pourquoi je tiens à ce que le ministère de la culture et de la communication s’investisse avec vous, sur ce sujet, dans nos territoires.

Les rencontres dont il m’a été rendu compte, entre les acteurs culturels et les entreprises, région par région, nous renforcent dans cette conviction. Les chefs dentreprises confirment que la qualité de loffre culturelle sur un bassin économique donné est un facteur déterminant pour favoriser la vie de leurs employés et mieux approcher leur clientèle, exercer une attractivité meilleure sur des collaborateurs performants, et enfin développer, bien souvent, le tourisme local.

Soutenir la culture, cest être associé à lexcellence, à la qualité, à linnovation. Je ne vous citerai que quelques exemples significatifs, qui doivent nous encourager à poursuivre ensemble, avec mes services, ce tour de France du mécénat.

– A Marseille, cette association de "Mécènes du Sud", qui soutient les artistes contemporains de la cité Phocéenne, en captant l’attention de nouveaux publics, en renforçant le sentiment de fierté et dappartenance de leurs salariés, en valorisant limage de leur ville.

– Cest laction de ces mécènes bretons, significative, lors de la vente publique récente dun célèbre pastel de Gauguin – représentant deux Bigoudènes – à Brest, pour loffrir au musée municipal de Pont-Aven.

– Cest aussi lengagement dune PME à Blois dont le PDG, non seulement préside le théâtre de la ville, mais en plus a créé un cercle de 22 entreprises mécènes pour relayer son action.

Jencourage cette floraison d’initiatives locales, qui réunissent acteurs culturels et acteurs économiques.

Ce rassemblement d’énergies se prolonge dans des actions de formation, domaine où vous exercez d’importantes responsabilités.

Ainsi, mon ministère, pour la première fois, a engagé les écoles supérieures de commerce, à mobiliser leurs étudiants autour de la rédaction de mémoires sur le mécénat culturel.

Je compte bien dialoguer personnellement avec ces étudiants, leurs professeurs, en contact étroit avec le monde de l’entreprise et nos directeurs régionaux des affaires culturelles, dès la rentrée prochaine. Je relève d’ailleurs avec beaucoup d’intérêt que plusieurs écoles supérieures de commerce, dont les plus prestigieuses, offrent des formations initiales ou continues dans le domaine du management culturel.

Oui, je crois au développement du mécénat de proximité.

Sur chaque projet, entrepreneurs et créateurs doivent sasseoir à la même table pour bâtir un accompagnement qui dépasse la seule aide financière. Il convient, pour que cela marche, de mieux se connaître. Et cette découverte mutuelle, relativement récente, est riche de promesses.

Jai désigné un réseau de collaborateurs du ministère, pour activer ces rencontres dans toutes nos régions, tous nos départements. Ils sy sont activement préparés, sous la responsabilité de François Erlenbach, responsable de la mission mécénat place de Valois.

Je vous propose de participer à ce mouvement EN LINSCRIVANT DANS UNE CHARTE que nous pourrons élaborer ensemble, avec lassemblée des Chambres Françaises de Commerce et dIndustrie.

Je suggère que les thèmes de cette CHARTE à laquelle, si vous en êtes d’accord, chaque chambre pourrait adhérer, consistent :

? à désigner, chambre par chambre (comme je viens dy procéder moi-même dans mes propres services) un "correspondant mécénat" devenant ainsi "linterlocuteur référent" des services décentralisés du ministère de la culture ;

– à impulser un programme dinformation, défini en commun des chefs dentreprises ;

– et à mettre en valeur ensemble, les « bonnes pratiques » et les expériences les plus réussies. Je n’hésiterai pas à me déplacer pour exprimer ma gratitude localement, comme je l’ai fait aujourd’hui collectivement devant vous.

Je souhaiterais que nous nous mettions au travail au plus vite, afin que nous puissions signer cette charte d’ici à la fin de lannée, et surtout la faire vivre, dans l’ensemble de nos territoires.

Cette œuvre pédagogique mapparaît nécessaire. Dans une conjoncture économique qui renoue progressivement avec la croissance, le mécénat dentreprise se développera dautant plus, certes, que les dispositions fiscales y sont très propices, mais surtout quil pénètrera les stratégies des décideurs. Je compte sur vous pour m’aider à tracer cette perspective.

Je tenais à vous le dire et à vous en remercier.

Discours de RDDV à l'AG des chambres Françaises de commerce et d'industrie

15 juin 2004

Je suis très heureux et très honoré de participer à lAssemblée générale de lAssemblée des Chambres Françaises de Commerce et dIndustrie. Dautant que cest une première. Cest une première pour moi personnellement. Cest aussi la première fois, semble t-il, quun ministre de la culture intervient devant vous.
Je tiens à remercier très chaleureusement le Président Bernardin de mavoir offert cette tribune exceptionnelle.

Cest loccasion, pour le ministre que je suis, de souligner le rôle des entreprises que vous représentez dans la vie culturelle de notre pays.

Car si la culture a, dans notre pays, toujours été laffaire de lEtat, puis, également des collectivités territoriales, la richesse et la diversité de notre culture est le fait de la société toute entière, de cette société dite civile, où les entreprises sont au premier rang pour créer et développer les richesses et les activités qui font vivre léconomie. Une économie faite dhommes et de femmes qui produisent, consomment, sadonnent à des loisirs, partagent des rêves et des activités créatrices qui sont, pour la plupart dentre elles, de lordre de la culture et de la communication.

Quelles que soient les responsabilités de lEtat dans le domaine culturel, responsabilités que jassume et que je défends, le monde de la culture et de la communication puise son dynamisme, sa créativité, sa vitalité dans ce vaste engagement de toute la société.

Et cest, au fond, ce que je suis venu vous dire aujourdhui : il ny a pas dun côté le monde de la culture et de la communication et de lautre le monde de lentreprise. Ces deux mondes ne sont pas clos. Ils sont ouverts lun à lautre et cest heureux. Ils dialoguent et notre rencontre daujourdhui sinscrit dans ce dialogue. Ils construisent ensemble de belles choses et je vais y revenir dans un instant.

La culture est création. La culture est échange. La culture est commerce, au sens où on lentendait de la Renaissance au siècle des Lumières, cest-à-dire un commerce entre les hommes, un ensemble de relations à autrui et avec la société. La culture est industrie. Elle est art. Elle est technique. Cela nest plus contesté aujourdhui : il y a des biens culturels qui sont souvent des biens immatériels, des biens collectifs, des biens communs. Il y a aussi des produits et des consommations, issus des industries culturelles qui représentent une part croissante, sur longue période, de notre économie, par les emplois directs et indirects, par le chiffre daffaires, la création de valeur, les exportations qui en découlent.

Rappelons quelques chiffres que peu de gens connaissent : plus de 360 000 salariés déclarés dans le spectacle vivant, dont plus de 100 000 intermittents. Mais aussi, 4,7 milliards deuros de chiffre daffaires en 2003 pour le livre, 1,7 milliards pour le disque, 1,3 milliards pour le cinéma, pour ne citer que ces quelques exemples.
Mais aussi douze millions dentrées dans les musées nationaux et des dizaines de millions de touristes et de visiteurs qui viennent, chaque année, admirer les monuments de notre patrimoine, patrimoine de lEtat, des collectivités, des propriétaires privés de notre pays, mais avant tout patrimoine de lhumanité.

Léconomie de la culture, cest tout cela bien sûr et plus encore : dans lère de la connaissance et de lintelligence où nous sommes entrés, la culture est plus quun « supplément dâme », elle est un atout majeur dans la qualité de la vie et de la formation de tous ceux qui vivent et travaillent en France.

Elle est un atout décisif, jen suis convaincu, non seulement pour attirer les touristes et les participants aux congrès, et vous savez combien ces activités, dont vous êtes souvent responsables, sont importantes pour le rayonnement de notre pays.

La culture est aussi un facteur de lattractivité de la France, dans la compétition internationale, pour tous ceux qui veulent y travailler, y investir, y déployer leur enthousiasme et leur talent au service de léconomie.

La culture est donc bien plus que ce que les économistes appellent une « externalité », cest-à-dire ce qui nest pas quantifiable, au sens comptable. Même si notre connaissance de léconomie de la culture a beaucoup progressé, nous nous employons, avec tous les organismes concernés à mieux cerner les chiffres, notamment de lemploi culturel.

Mais au-delà, il y a ce facteur qualitatif, difficile à évaluer précisément, mais très vivement ressenti, qui fait de la culture un « plus », une valeur humaine ajoutée, une contribution au mieux vivre, au vivre ensemble, à la cité. Un « plus » décisif, une valeur inestimable, une émotion partagée : oui, la culture est tout cela et davantage encore. Elle fait partie de la vie, elle nest pas à côté de la vie.

Cest pourquoi elle nest pas un « luxe », qui viendrait par surcroît. On parle parfois des « retombées » de telle ou telle manifestation culturelle sur lenvironnement économique. Jai tendance à penser au contraire, comme beaucoup délus locaux et dhabitants, et je sais ce sentiment partagé par de nombreux représentants consulaires et chefs dentreprises, que la culture offre plus que des « retombées » et même que des « contreparties » : parce quelle est à la source.

Vous représentez les entreprises de toutes tailles et vous agissez avec elles, notamment dans le domaine des infrastructures qui facilitent leur développement. Vous êtes donc concernés au premier chef par la vitalité de la culture.

Car le dialogue entre le monde de la culture et le monde de lentreprise est fondé sur un échange réciproque.

Cest pourquoi je tiens à vous exprimer la reconnaissance de lEtat, pour léminente contribution que les entreprises apportent collectivement à la vie culturelle en France.

En effet, le mécénat culturel est le premier mécénat dentreprise dans notre pays. Toutes causes confondues, les entreprises apportent environ 350 millions deuros par an aux actions dintérêt général dont 57 % sont affectés aux actions culturelles, soit environ 200 millions deuros.

Ce sont plus de mille entreprises françaises qui sont recensées comme actives en matière de mécénat culturel. Ce domaine sest développé depuis les années quatre-vingts, lentement mais continûment, grâce notamment à laction inlassable de Jacques Rigaud, auquel je tiens à rendre hommage en sa double qualité de chef dentreprise et de pionnier.

Et je tiens à lui emprunter cette citation : « le mécénat dentreprise doit être un des éléments du langage de lentreprise, une des voies par lesquelles elle décide de dialoguer avec la société, de se définir par rapport à elle ».

Cette prise de conscience progressive est le fruit dun long cheminement, qui a abouti à un nouvel élan pour le mécénat.

Le Président de la République et le Premier Ministre se sont engagés à libérer les initiatives, en invitant plus largement tous les acteurs de notre société à simpliquer en faveur du mécénat. Le Parlement a voté cette grande avancée qui dote notre pays, depuis le 1er août dernier, dune loi moderne et exemplaire à bien des égards, en comparaison avec nos pays voisins.

Cest un acte de confiance des pouvoirs publics envers la prise de responsabilité de chaque citoyen et des chefs dentreprises en particulier : tout engagement au titre du mécénat sera très largement accompagné par lEtat.

Jusquen août dernier, toute forme de partenariat, de concours, de sponsorisation… faisait fiscalement lobjet dune facturation imputée aux frais généraux de lentreprise, soit en déduction de son revenu imposable, ce qui revenait à lui accorder un allègement fiscal de 33,3 %.

Aujourdhui, la loi prévoit que lentreprise bénéficie dune véritable REDUCTION DIMPÔT de 60 % du montant de son don, dans la limite de 0,5 % de son chiffre daffaires. Cette disposition qui double quasiment lavantage fiscal et le plafond par rapport à la situation antérieure ouvre de très larges perspectives. En outre, lentreprise peut désormais sans équivoque bénéficier de contreparties.

Car le mécénat est la preuve par lexcellence de lengagement de lentreprise dans la société.

Aujourdhui souvre la « semaine du développement durable », à linitiative de mon collègue Serge Lepeltier.

Je tiens à vous le dire : parce quil est au centre dune démarche douverture et de coopération, parce quil soutient des actions dintérêt général, de solidarité, parce quil engage sur le long terme, et quil promeut linnovation, le mécénat entre en résonance directe avec les objectifs de "développement durable" de vos entreprises.
Lacte de mécénat est un vecteur efficace dimplication des salariés dans un projet culturel partagé. Nous sommes bien loin de lacte philanthropique libérateur des consciences, qui pouvait être considéré comme le « luxe » dun président des temps prospères ! Le mécénat peut désormais trouver sa place au sein de la stratégie de chacune de vos entreprises.

Jen veux pour preuve les pratiques des agences de notation extra-financière, spécialistes de la responsabilité sociétale des entreprises, qui portent un regard attentif à lévaluation de la politique de mécénat.

Pour lune dentre elles, franco-anglaise, le mécénat fait même partie des "actifs immatériels de lentreprise". Il constitue une réponse au risque de réputation. Il génère une valeur ajoutée locale et globale.

Pour une autre société de notation sociale, dirigée par lancienne responsable dune grande centrale syndicale française, le mécénat est une preuve de lengagement sociétal. Il est intégré aux critères comme le développement économique des territoires, ou lengagement en faveur de lemploi local et de la formation.

Mais, au-delà de lapport considérable des grandes entreprises qui sont la « cible » des agences de notation, je suis convaincu – et cest cette conviction que je suis venu partager avec vous – que le véritable gisement dun nouveau type de mécénat est celui des PME. Cest pourquoi je tiens à ce que le ministère de la culture et de la communication sinvestisse avec vous, sur ce sujet, dans nos territoires.

Les rencontres dont il ma été rendu compte, entre les acteurs culturels et les entreprises, région par région, nous renforcent dans cette conviction. Les chefs dentreprises confirment que la qualité de loffre culturelle sur un bassin économique donné est un facteur déterminant pour favoriser la vie de leurs employés et mieux approcher leur clientèle, exercer une attractivité meilleure sur des collaborateurs performants, et enfin développer, bien souvent, le tourisme local.

Soutenir la culture, cest être associé à lexcellence, à la qualité, à linnovation. Je ne vous citerai que quelques exemples significatifs, qui doivent nous encourager à poursuivre ensemble, avec mes services, ce tour de France du mécénat.

– A Marseille, cette association de "Mécènes du Sud", qui soutient les artistes contemporains de la cité Phocéenne, en captant lattention de nouveaux publics, en renforçant le sentiment de fierté et dappartenance de leurs salariés, en valorisant limage de leur ville.

– Cest laction de ces mécènes bretons, significative, lors de la vente publique récente dun célèbre pastel de Gauguin – représentant deux Bigoudènes – à Brest, pour loffrir au musée municipal de Pont-Aven.

– Cest aussi lengagement dune PME à Blois dont le PDG, non seulement préside le théâtre de la ville, mais en plus a créé un cercle de 22 entreprises mécènes pour relayer son action.

Jencourage cette floraison dinitiatives locales, qui réunissent acteurs culturels et acteurs économiques.

Ce rassemblement dénergies se prolonge dans des actions de formation, domaine où vous exercez dimportantes responsabilités.

Ainsi, mon ministère, pour la première fois, a engagé les écoles supérieures de commerce, à mobiliser leurs étudiants autour de la rédaction de mémoires sur le mécénat culturel.

Je compte bien dialoguer personnellement avec ces étudiants, leurs professeurs, en contact étroit avec le monde de lentreprise et nos directeurs régionaux des affaires culturelles, dès la rentrée prochaine. Je relève dailleurs avec beaucoup dintérêt que plusieurs écoles supérieures de commerce, dont les plus prestigieuses, offrent des formations initiales ou continues dans le domaine du management culturel.

Oui, je crois au développement du mécénat de proximité.

Sur chaque projet, entrepreneurs et créateurs doivent sasseoir à la même table pour bâtir un accompagnement qui dépasse la seule aide financière. Il convient, pour que cela marche, de mieux se connaître. Et cette découverte mutuelle, relativement récente, est riche de promesses.

Jai désigné un réseau de collaborateurs du ministère, pour activer ces rencontres dans toutes nos régions, tous nos départements. Ils sy sont activement préparés, sous la responsabilité de François Erlenbach, responsable de la mission mécénat place de Valois.

Je vous propose de participer à ce mouvement EN LINSCRIVANT DANS UNE CHARTE que nous pourrons élaborer ensemble, avec lassemblée des Chambres Françaises de Commerce et dIndustrie.

Je suggère que les thèmes de cette CHARTE à laquelle, si vous en êtes daccord, chaque chambre pourrait adhérer, consistent :

? à désigner, chambre par chambre (comme je viens dy procéder moi-même dans mes propres services) un "correspondant mécénat" devenant ainsi "linterlocuteur référent" des services décentralisés du ministère de la culture ;

– à impulser un programme dinformation, défini en commun des chefs dentreprises ;

– et à mettre en valeur ensemble, les « bonnes pratiques » et les expériences les plus réussies. Je nhésiterai pas à me déplacer pour exprimer ma gratitude localement, comme je lai fait aujourdhui collectivement devant vous.

Je souhaiterais que nous nous mettions au travail au plus vite, afin que nous puissions signer cette charte dici à la fin de lannée, et surtout la faire vivre, dans lensemble de nos territoires.

Cette œuvre pédagogique mapparaît nécessaire. Dans une conjoncture économique qui renoue progressivement avec la croissance, le mécénat dentreprise se développera dautant plus, certes, que les dispositions fiscales y sont très propices, mais surtout quil pénètrera les stratégies des décideurs. Je compte sur vous pour maider à tracer cette perspective.

Je tenais à vous le dire et à vous en remercier.

Discours de RDDV à l'AG des chambres Françaises de commerce et d’industrie

15 juin 2004

La culture est création. La culture est échange. La culture est commerce, au sens où on l’entendait de la Renaissance au siècle des Lumières, c’est-à-dire un commerce entre les hommes, un ensemble de relations à autrui et avec la société. La culture est industrie. Elle est art. Elle est technique. Cela n’est plus contesté aujourd’hui…
Je suis très heureux et très honoré de participer à l’Assemblée générale de l’Assemblée des Chambres Françaises de Commerce et d’Industrie. D’autant que c’est une première. C’est une première pour moi personnellement. C’est aussi la première fois, semble t-il, qu’un ministre de la culture intervient devant vous.

Je tiens à remercier très chaleureusement le Président Bernardin de m’avoir offert cette tribune exceptionnelle.

C’est l’occasion, pour le ministre que je suis, de souligner le rôle des entreprises que vous représentez dans la vie culturelle de notre pays.

Car si la culture a, dans notre pays, toujours été l’affaire de l’Etat, puis, également des collectivités territoriales, la richesse et la diversité de notre culture est le fait de la société toute entière, de cette société dite civile, où les entreprises sont au premier rang pour créer et développer les richesses et les activités qui font vivre l’économie. Une économie faite d’hommes et de femmes qui produisent, consomment, s’adonnent à des loisirs, partagent des rêves et des activités créatrices qui sont, pour la plupart d’entre elles, de l’ordre de la culture et de la communication.

Quelles que soient les responsabilités de l’Etat dans le domaine culturel, responsabilités que j’assume et que je défends, le monde de la culture et de la communication puise son dynamisme, sa créativité, sa vitalité dans ce vaste engagement de toute la société.

Et c’est, au fond, ce que je suis venu vous dire aujourd’hui : il n’y a pas d’un côté le monde de la culture et de la communication et de l’autre le monde de l’entreprise. Ces deux mondes ne sont pas clos. Ils sont ouverts l’un à l’autre et c’est heureux. Ils dialoguent et notre rencontre d’aujourd’hui s’inscrit dans ce dialogue. Ils construisent ensemble de belles choses et je vais y revenir dans un instant.

La culture est création. La culture est échange. La culture est commerce, au sens où on l’entendait de la Renaissance au siècle des Lumières, c’est-à-dire un commerce entre les hommes, un ensemble de relations à autrui et avec la société. La culture est industrie. Elle est art. Elle est technique. Cela n’est plus contesté aujourd’hui : il y a des biens culturels qui sont souvent des biens immatériels, des biens collectifs, des biens communs. Il y a aussi des produits et des consommations, issus des industries culturelles qui représentent une part croissante, sur longue période, de notre économie, par les emplois directs et indirects, par le chiffre d’affaires, la création de valeur, les exportations qui en découlent.

Rappelons quelques chiffres que peu de gens connaissent : plus de 360 000 salariés déclarés dans le spectacle vivant, dont plus de 100 000 intermittents. Mais aussi, 4,7 milliards d’euros de chiffre d’affaires en 2003 pour le livre, 1,7 milliards pour le disque, 1,3 milliards pour le cinéma, pour ne citer que ces quelques exemples.
Mais aussi douze millions d’entrées dans les musées nationaux et des dizaines de millions de touristes et de visiteurs qui viennent, chaque année, admirer les monuments de notre patrimoine, patrimoine de l’Etat, des collectivités, des propriétaires privés de notre pays, mais avant tout patrimoine de l’humanité.

L’économie de la culture, c’est tout cela bien sûr et plus encore : dans l’ère de la connaissance et de l’intelligence où nous sommes entrés, la culture est plus qu’un « supplément d’âme », elle est un atout majeur dans la qualité de la vie et de la formation de tous ceux qui vivent et travaillent en France.

Elle est un atout décisif, j’en suis convaincu, non seulement pour attirer les touristes et les participants aux congrès, et vous savez combien ces activités, dont vous êtes souvent responsables, sont importantes pour le rayonnement de notre pays.

La culture est aussi un facteur de l’attractivité de la France, dans la compétition internationale, pour tous ceux qui veulent y travailler, y investir, y déployer leur enthousiasme et leur talent au service de l’économie.

La culture est donc bien plus que ce que les économistes appellent une « externalité », c’est-à-dire ce qui n’est pas quantifiable, au sens comptable. Même si notre connaissance de l’économie de la culture a beaucoup progressé, nous nous employons, avec tous les organismes concernés à mieux cerner les chiffres, notamment de l’emploi culturel.

Mais au-delà, il y a ce facteur qualitatif, difficile à évaluer précisément, mais très vivement ressenti, qui fait de la culture un « plus », une valeur humaine ajoutée, une contribution au mieux vivre, au vivre ensemble, à la cité. Un « plus » décisif, une valeur inestimable, une émotion partagée : oui, la culture est tout cela et davantage encore. Elle fait partie de la vie, elle n’est pas à côté de la vie.

C’est pourquoi elle n’est pas un « luxe », qui viendrait par surcroît. On parle parfois des « retombées » de telle ou telle manifestation culturelle sur l’environnement économique. J’ai tendance à penser au contraire, comme beaucoup d’élus locaux et d’habitants, et je sais ce sentiment partagé par de nombreux représentants consulaires et chefs d’entreprises, que la culture offre plus que des « retombées » et même que des « contreparties » : parce qu’elle est à la source.

Vous représentez les entreprises de toutes tailles et vous agissez avec elles, notamment dans le domaine des infrastructures qui facilitent leur développement. Vous êtes donc concernés au premier chef par la vitalité de la culture.

Car le dialogue entre le monde de la culture et le monde de l’entreprise est fondé sur un échange réciproque.

C’est pourquoi je tiens à vous exprimer la reconnaissance de lEtat, pour léminente contribution que les entreprises apportent collectivement à la vie culturelle en France.

En effet, le mécénat culturel est le premier mécénat dentreprise dans notre pays. Toutes causes confondues, les entreprises apportent environ 350 millions deuros par an aux actions dintérêt général dont 57 % sont affectés aux actions culturelles, soit environ 200 millions deuros.

Ce sont plus de mille entreprises françaises qui sont recensées comme actives en matière de mécénat culturel. Ce domaine s’est développé depuis les années quatre-vingts, lentement mais continûment, grâce notamment à l’action inlassable de Jacques Rigaud, auquel je tiens à rendre hommage en sa double qualité de chef dentreprise et de pionnier.

Et je tiens à lui emprunter cette citation : « le mécénat dentreprise doit être un des éléments du langage de lentreprise, une des voies par lesquelles elle décide de dialoguer avec la société, de se définir par rapport à elle ».

Cette prise de conscience progressive est le fruit dun long cheminement, qui a abouti à un nouvel élan pour le mécénat.

Le Président de la République et le Premier Ministre se sont engagés à libérer les initiatives, en invitant plus largement tous les acteurs de notre société à simpliquer en faveur du mécénat. Le Parlement a voté cette grande avancée qui dote notre pays, depuis le 1er août dernier, d’une loi moderne et exemplaire à bien des égards, en comparaison avec nos pays voisins.

Cest un acte de confiance des pouvoirs publics envers la prise de responsabilité de chaque citoyen et des chefs dentreprises en particulier : tout engagement au titre du mécénat sera très largement accompagné par lEtat.

Jusquen août dernier, toute forme de partenariat, de concours, de sponsorisation… faisait fiscalement lobjet dune facturation imputée aux frais généraux de lentreprise, soit en déduction de son revenu imposable, ce qui revenait à lui accorder un allègement fiscal de 33,3 %.

Aujourdhui, la loi prévoit que lentreprise bénéficie dune véritable REDUCTION DIMPÔT de 60 % du montant de son don, dans la limite de 0,5 % de son chiffre daffaires. Cette disposition qui double quasiment lavantage fiscal et le plafond par rapport à la situation antérieure ouvre de très larges perspectives. En outre, lentreprise peut désormais sans équivoque bénéficier de contreparties.

Car le mécénat est la preuve par l’excellence de l’engagement de lentreprise dans la société.

Aujourd’hui s’ouvre la « semaine du développement durable », à l’initiative de mon collègue Serge Lepeltier.

Je tiens à vous le dire : parce qu’il est au centre dune démarche douverture et de coopération, parce quil soutient des actions dintérêt général, de solidarité, parce quil engage sur le long terme, et quil promeut linnovation, le mécénat entre en résonance directe avec les objectifs de « développement durable » de vos entreprises.
Lacte de mécénat est un vecteur efficace dimplication des salariés dans un projet culturel partagé. Nous sommes bien loin de lacte philanthropique libérateur des consciences, qui pouvait être considéré comme le « luxe » dun président des temps prospères ! Le mécénat peut désormais trouver sa place au sein de la stratégie de chacune de vos entreprises.

J’en veux pour preuve les pratiques des agences de notation extra-financière, spécialistes de la responsabilité sociétale des entreprises, qui portent un regard attentif à lévaluation de la politique de mécénat.

Pour l’une d’entre elles, franco-anglaise, le mécénat fait même partie des « actifs immatériels de lentreprise ». Il constitue une réponse au risque de réputation. Il génère une valeur ajoutée locale et globale.

Pour une autre société de notation sociale, dirigée par l’ancienne responsable d’une grande centrale syndicale française, le mécénat est une preuve de lengagement sociétal. Il est intégré aux critères comme le développement économique des territoires, ou lengagement en faveur de lemploi local et de la formation.

Mais, au-delà de l’apport considérable des grandes entreprises qui sont la « cible » des agences de notation, je suis convaincu – et c’est cette conviction que je suis venu partager avec vous – que le véritable gisement dun nouveau type de mécénat est celui des PME. Cest pourquoi je tiens à ce que le ministère de la culture et de la communication s’investisse avec vous, sur ce sujet, dans nos territoires.

Les rencontres dont il m’a été rendu compte, entre les acteurs culturels et les entreprises, région par région, nous renforcent dans cette conviction. Les chefs dentreprises confirment que la qualité de loffre culturelle sur un bassin économique donné est un facteur déterminant pour favoriser la vie de leurs employés et mieux approcher leur clientèle, exercer une attractivité meilleure sur des collaborateurs performants, et enfin développer, bien souvent, le tourisme local.

Soutenir la culture, cest être associé à lexcellence, à la qualité, à linnovation. Je ne vous citerai que quelques exemples significatifs, qui doivent nous encourager à poursuivre ensemble, avec mes services, ce tour de France du mécénat.

– A Marseille, cette association de « Mécènes du Sud », qui soutient les artistes contemporains de la cité Phocéenne, en captant l’attention de nouveaux publics, en renforçant le sentiment de fierté et dappartenance de leurs salariés, en valorisant limage de leur ville.

– Cest laction de ces mécènes bretons, significative, lors de la vente publique récente dun célèbre pastel de Gauguin – représentant deux Bigoudènes – à Brest, pour loffrir au musée municipal de Pont-Aven.

– Cest aussi lengagement dune PME à Blois dont le PDG, non seulement préside le théâtre de la ville, mais en plus a créé un cercle de 22 entreprises mécènes pour relayer son action.

Jencourage cette floraison d’initiatives locales, qui réunissent acteurs culturels et acteurs économiques.

Ce rassemblement d’énergies se prolonge dans des actions de formation, domaine où vous exercez d’importantes responsabilités.

Ainsi, mon ministère, pour la première fois, a engagé les écoles supérieures de commerce, à mobiliser leurs étudiants autour de la rédaction de mémoires sur le mécénat culturel.

Je compte bien dialoguer personnellement avec ces étudiants, leurs professeurs, en contact étroit avec le monde de l’entreprise et nos directeurs régionaux des affaires culturelles, dès la rentrée prochaine. Je relève d’ailleurs avec beaucoup d’intérêt que plusieurs écoles supérieures de commerce, dont les plus prestigieuses, offrent des formations initiales ou continues dans le domaine du management culturel.

Oui, je crois au développement du mécénat de proximité.

Sur chaque projet, entrepreneurs et créateurs doivent sasseoir à la même table pour bâtir un accompagnement qui dépasse la seule aide financière. Il convient, pour que cela marche, de mieux se connaître. Et cette découverte mutuelle, relativement récente, est riche de promesses.

Jai désigné un réseau de collaborateurs du ministère, pour activer ces rencontres dans toutes nos régions, tous nos départements. Ils sy sont activement préparés, sous la responsabilité de François Erlenbach, responsable de la mission mécénat place de Valois.

Je vous propose de participer à ce mouvement EN LINSCRIVANT DANS UNE CHARTE que nous pourrons élaborer ensemble, avec lassemblée des Chambres Françaises de Commerce et dIndustrie.

Je suggère que les thèmes de cette CHARTE à laquelle, si vous en êtes d’accord, chaque chambre pourrait adhérer, consistent :

? à désigner, chambre par chambre (comme je viens dy procéder moi-même dans mes propres services) un « correspondant mécénat » devenant ainsi « linterlocuteur référent » des services décentralisés du ministère de la culture ;

– à impulser un programme dinformation, défini en commun des chefs dentreprises ;

– et à mettre en valeur ensemble, les « bonnes pratiques » et les expériences les plus réussies. Je n’hésiterai pas à me déplacer pour exprimer ma gratitude localement, comme je l’ai fait aujourd’hui collectivement devant vous.

Je souhaiterais que nous nous mettions au travail au plus vite, afin que nous puissions signer cette charte d’ici à la fin de lannée, et surtout la faire vivre, dans l’ensemble de nos territoires.

Cette œuvre pédagogique mapparaît nécessaire. Dans une conjoncture économique qui renoue progressivement avec la croissance, le mécénat dentreprise se développera dautant plus, certes, que les dispositions fiscales y sont très propices, mais surtout quil pénètrera les stratégies des décideurs. Je compte sur vous pour m’aider à tracer cette perspective.

Je tenais à vous le dire et à vous en remercier.

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