Archives de 2004

Inauguration de la donation Albers-Honegger à Mouans-Sartoux

25 juin 2004

Monsieur le Maire,

Monsieur le Président du Conseil régional,

Monsieur le Président,

Mesdames, Messieurs, Chers Amis,

Nous vivons, dans ce magnifique bâtiment réalisé pour la donation Albers-Honegger par les
architectes Gigon et Guyer un moment fort, un moment rare.

C’est tout à la fois l’accomplissement d’une aventure généreuse, exigeante, passionnée,
passionnante, celle de l’Espace de l’Art Concret, engagée depuis 1990 par Gottfried Honegger
et Sybil Albers-Barrier, ici, à Mouans-Sartoux.

Et le début d’une phase nouvelle, plus ambitieuse encore, de cette aventure, qui a su
rencontrer et fédérer le soutien de partenaires convaincus et fidèles.

Ce qui caractérise, depuis son origine, ce projet c’est une singularité forte, assumée,
revendiquée. Une singularité qui s’appuie sur une forte volonté. Et d’abord, de conjuguer trois
choix : celui de Sybil Albers de rendre sa collection personnelle accessible au public, de
l’engagement absolu d’un artiste : celui de Gottfried Honegger, revendiquant l’utilité sociale
de l’art, de la démarche d’une municipalité et de son maire, celui d’André Aschieri soucieux
d’affirmer l’importance de la dimension culturelle dans son projet pour la ville.

Je suis très sensible également à votre volonté de placer au coeur de cet Espace une réflexion
profonde sur l’art et la société, et de faire de la belle idée d’« apprendre à regarder » le
principe fondateur des ateliers pédagogiques.

Aujourd’hui, après 14 ans de travail et de construction de ce que Gottfried Honnegger et Sybil
Albers ont appelé une « utopie concrète », c’est la générosité et la radicalité de leur
engagement s’affirme, au travers d’une donation majeure et la construction d’un bâtiment «
manifeste », propre à l’abriter et à en exprimer les valeurs : celles d’un art concret porteur
d’un véritable projet social.

La collection constituée par Gottfried Honegger et Sybil Albers est en tous points exemplaire.

Riche d’oeuvres historiques et fondatrices, elle est aussi un pari pour demain. Forte de
références nécessaires, elle se nourrit encore, au gré de leurs passions, de noms parfois
méconnus qui brisent avec une grande liberté d’allure la conception univoque de l’histoire de
l’art.

On trouvera ici des oeuvres magnifiques des protagonistes de l’art abstrait et des avant-gardes
historiques.

Elles sont là comme autant de fondamentaux auxquels répondent les ensembles exceptionnels
de Gottfried Honegger lui-même, mais aussi Aurelie Nemours ou François Morellet qui
témoignent tous de la diffusion et des perspectives qu’offrent un art résolument anti-figuratif.

Mais la collection de Gottfried Honegger et Sybil Albers s’ouvrent aussi aux protagonistes
des mouvances conceptuelles, minimales ou liées aux premiers travaux de Buren, de Bernar
Venet ou Claude Rutault. Mais aussi aux grands artistes américains, de Richard Serra à Dan
Flavin.

La collection Gottfried Honegger et Sybil Albers offre ainsi la constante possibilité d’un
dialogue entre oeuvres venues d’horizons différents, entre propositions théoriques et contextes
sociologiques et politiques spécifiques.

Les formidables expositions organisées depuis plus de dix ans maintenant au château de
Mouans-Sartoux, ont permis de tracer des perspectives plus contemporaines, à la rencontre de
territoires inexplorés. Ici l’Art concret n’appartient plus à l’Histoire : il est sans cesse à
réinventer, par mille expérimentations. Oui, Mouans-Sartoux est un laboratoire.

Alors, on ne s’étonnera pas de trouver en contrepoint d’un bel ensemble de mobiliers du XXe
siècle, les multiples d’Yves Klein, ou les exceptionnels ensembles de Bernard Aubertin…
tous essentiels à la perception d’« un art aux implications collectives et sociales ».

C’est aussi de cette dimension-là – c’est d’abord de cette dimension là, devrais-je dire – que
témoigne la démarche généreuse de Gottfried Honegger et Sybil Albers.
Je tiens à leur exprimer toute ma reconnaissance. Le choix qu’ils ont fait de donner leur
collection à la France, honore d’autant plus notre pays que nous savons leur attachement à
Zurich. Il nous honore. Il nous oblige. Je tiens ici à le leur redire très solennellement.

Je veux aussi exprimer ma gratitude à leurs enfants, Lucas, Philip, Vincent et Ines Albers, à
Cornelia Hesse et à Bettina Egger pour avoir soutenu le choix de Sybil Albers et de Gottfried
Honegger de donner leur collection et de s’engager aussi fortement dans la voie qu’ils ont
ouverte à Mouans-Sartoux. Une voie d’autant plus féconde qu’elle allie création artistique,
pédagogie et recherche.

Je sais la compréhension rencontrée pour ce projet par le département culturel du ministère de
l’intérieur et la fondation suisse Albers-Barrier. Je les en remercie vivement.

Gottfried Honegger et Sybil Albers ont su faire partager l’enjeu de la voie qu’ils traçaient : la
donation d’Aurélie Nemours a été faite sur la double motivation des liens affectifs qui l’ont
toujours unie à Gottfried et à Sybil, et de la confiance qu’elle avait en un projet qui présentait
enfin l’art concret reconnu et vivant dans le patrimoine français.

Je veux aussi saluer le geste de Catherine et Gilbert Brownstone. Il est celui de
collectionneurs convaincus que les oeuvres d’art doivent être partagées avec le public.

Les architectes Mike Guyer et Annette Gigon ont traduit brillamment tout l’enjeu de la
collection. Le volume architectural affirme l’identité de la donation. Les espaces créés, la
juste proportion des salles avec leurs larges ouvertures sur le paysage participent à la
réception de l’oeuvre.

Pour ce projet unique et fondamental, je me réjouis de voir la force de l’initiative privée aux
côtés des pouvoirs publics. Cette donation illustre l’importance du mécénat que je souhaite
particulièrement encourager.

Je me réjouis aussi de voir aux côtés de la ville, l’Etat, le Conseil régional Provence-Alpes
Côte d’Azur et le Conseil général des Alpes-Maritimes, conjuguer leurs énergies vers un
même but, que je tiens pour essentiel : rapprocher nos concitoyens des oeuvres et de l’art.

Je tiens aussi à remercier le président Jean-Philippe Billarant, la directrice, Dominique
Boudou et toute leur équipe de l’Espace de l’Art Concret.

Je ne saurais conclure sans vous dire combien je suis frappé aujourd’hui par le public,
nombreux, par la forte présence des artistes et par celle de tous ceux qui se sont impliqués
dans le projet à vos côtés, chers Gottfried et Sybil, cher André Aschieri.

Votre présence à tous
est un magnifique cadeau.

Elle est une magnifique promesse d’avenir.

Je vous remercie.

Inauguration de l’exposition « Bestiaire du Moyen Age » à Troyes

24 juin 2004

Monsieur le Ministre, Cher François,

Mesdames, Messieurs,

C’est toujours un bonheur de venir inaugurer une bibliothèque ou, comme aujourd’hui, une
exposition dédiée au patrimoine écrit.

Je sais le rôle que jouent les bibliothèques, quotidiennement, pour tous ceux qui les
fréquentent : près du tiers de nos concitoyens !

Lieux de culture, outils d’apprentissage et de formation, mais aussi espaces de sociabilité et
de loisirs : voilà ce que sont devenues les bibliothèques contemporaines.

La lecture, c'est l'acte fondateur qui, dès notre prime enfance et tout au long de la vie, nous
accompagne à la découverte des oeuvres et des richesses de l'esprit. La bibliothèque, dans tous
les sens du terme, cette étagère, dans un coin de la classe, ce meuble, dans notre chambre ou
dans notre salon, ce lieu de lecture publique, cette malle aux trésors, cette ouverture sur le
monde : oui, la bibliothèque est au coeur de la culture.

C'est pourquoi le développement et la modernisation des bibliothèques publiques est une
priorité essentielle de mon action, en faveur des médiathèques de proximité et aussi, chaque
fois que cela est nécessaire, des grands équipements comme cette très belle médiathèque de
l’agglomération de Troyes.

Cher François, monsieur le député-maire de Troyes, votre ville et l’agglomération troyenne
toute entière peuvent se féliciter d'être dotées d'une aussi remarquable médiathèque. Une
médiathèque qui a pu voir le jour dans le cadre du programme des bibliothèques municipales
à vocation régionale encouragé par mon ministère.

Je suis très attaché à la décentralisation culturelle. Parce que, lorsque l'Etat et les collectivités
territoriales conjuguent leurs forces, ils créent ensemble une dynamique culturelle au service
de la population. De quoi s'agit-il au fond ? Tout simplement d'améliorer la vie quotidienne
des habitants de nos territoires. Vous y êtes parvenu, en Champagne-Ardenne, avec votre
bibliothèque municipale à vocation régionale, et ses consoeurs de Châlons et de Reims, pour
lancer des actions concrètes en faveur de l’ensemble du réseau régional, notamment en
matière de formation.

Cette bibliothèque et les quelque cent professionnels qui la font vivre proposent à l’ensemble
de la population des services très diversifiés.

Le Président de la République, en procédant ici même à la pose d’une plaque inaugurale, avait
salué la réussite exemplaire et audacieuse de ce nouveau bâtiment.

Je tiens à mon tour à rendre hommage au talent des architectes, MM. Pierre du Besset et
Dominique Lyon, qui ont allié la fonctionnalité des espaces multimédia et la réinterprétation
de la fameuse « Grande Salle » de la bibliothèque de Troyes.

Votre bibliothèque est un lieu magnifique par son architecture, sa lumière, la fluidité de ses
espaces, l’originalité de cette résille dorée formant le plafond du premier étage, qui semble
onduler comme une immense page légère à mesure que l’on avance.

Je me réjouis que la communauté d’agglomération, avec les maîtres d’oeuvre, ait reçu pour ce
bâtiment en 2003 l’Equerre d’Argent, et que la médiathèque soit régulièrement citée, dans les
revues internationales, comme l’une des plus belles réalisations de bibliothèques
contemporaines.

Votre bibliothèque est l’une des plus prestigieuses de France, grâce à son exceptionnel fonds
patrimonial. Elle semble toujours habitée par la hauteur, le silence, le sacré et l’adoration des
textes de l’ancienne abbaye de Clairvaux. Oui, c’est un lieu idéal pour le patrimoine, le
maintien et la protection du passé. Et le passage, la transmission, dans le présent, pour
l'avenir.

Ici, votre patrimoine se donne à voir à tous, grâce à la transparence des baies vitrées. Il est mis
en valeur, amené en plein jour, de manière permanente, grâce au parcours scénographié qui
restitue mille ans d’histoire du livre. Mille ans de savoirs, de croyances, de craintes, et
d'espérances.

Ce « Bestiaire du Moyen-Age » en est le meilleur exemple. Je suis saisi par la clarté et
l’harmonie de cette exposition. Cette harmonie reflète la parfaite coopération entre la
médiathèque de Troyes et la Bibliothèque nationale de France, sous votre égide, Monsieur le
Maire, cher François, et celle de Jean-Noël Jeanneney, président de la BnF, mais aussi de
l’entente entre ses commissaires, Thierry Delcourt, directeur de la bibliothèque et Marie-
Hélène Tesnière pour le département des manuscrits de la Bibliothèque nationale de France,
ainsi que les équipes des deux institutions.

Ce partenariat est exemplaire du nouvel élan que j'encourage, de la Bibliothèque nationale de
France vers l’ensemble des bibliothèques de France. Il est exemplaire du talent, des
connaissances et du savoir-faire que les grandes bibliothèques de nos régions mettent au
service de nos richesses patrimoniales.

Ce sont les clefs de la réussite du Plan d’action pour le patrimoine écrit que je souhaite mettre
en oeuvre sur l'ensemble du territoire, grâce à une collaboration exemplaire entre l’Etat et
l’ensemble des collectivités territoriales, pour repérer, identifier ces richesses, les mettre en
valeur, et continuer à les accroître.

Il n’y a pas si longtemps, était redécouverte la présence, à Troyes, de livres d’Henri le Libéral,
Comte de Champagne. Je me réjouis que le plan d’action pour le patrimoine écrit fasse mieux
connaître la richesse des fonds conservés en région.

Comment ne pas être saisi par la beauté de ces quarante manuscrits médiévaux, venant aussi
d’autres bibliothèques municipales, par le raffinement, la précision, l’exactitude enchantée des
dessins, de ce cerf couché, de cette sirène, de ces chimères, de ces loups, de ces faucons, de
tous ces oiseaux ? Comment ne pas être transporté dans ce monde, peint dans les marges,
comme suspendu entre le bleu du ciel et le noir des lettres, un monde fabuleux et familier,
exotique et proche, fantastique et doux.

Comme le disait Saint François d’Assise, «toutes les créatures sont soeurs», dans ces édens
figurés, à la lisière des mots, des histoires, des paragraphes des traités, des livres d’heures, des
encyclopédies sur la nature ou les propriétés des choses.

Il y a une vertu des fables. Bien sûr, nous ne sommes plus au temps des fables. Mais nous
avons toujours besoin d’un enchantement et des étoiles qui nous montrent sa direction. Cette
exposition nous l’offre. Elle permet au patrimoine de nous illuminer.

Je tenais à vous le dire et à vous remercier tous de faire surgir ici, à Troyes, ce rai de lumière.

Déplacement à Troyes – Mairie de Troyes

24 juin 2004

Monsieur le Ministre, monsieur le Député-Maire, Cher François,

Mesdames, Messieurs,

Je suis très heureux de venir à Troyes, à la rencontre du dynamisme de la vie culturelle locale.

Un dynamisme exemplaire de la réussite de la décentralisation culturelle, portée par des élus
résolument engagés au service du rayonnement de leur territoire et par des associations
foisonnantes au service des aspirations et des pratiques culturelles de leurs concitoyens.

Oui, Il y a comme une alchimie troyenne, un cocktail réussi, grâce à la mobilisation des
énergies locales, grâce à l'ambition culturelle des élus, grâce à l'engagement de l'Etat, grâce à
la créativité de la société civile, stimulés par la richesse de votre patrimoine.

Et quel patrimoine ! Une cathédrale et des églises qui sont des fleurons de l'architecture et de
l'art religieux depuis le Moyen-Age, faisant de l'ancienne capitale de la Champagne et des
comtes de Champagne un foyer de rayonnement de la sculpture et de l'art du vitrail, en
particulier, dont les flamboyants témoignages nous émerveillent.

Votre patrimoine comporte aussi de remarquables hôtels particuliers et des musées très riches.

Et votre musée d'art moderne, au Palais Episcopal, présente des collections très importantes,
en qualité et en quantité, un panorama très complet de l'art français du milieu du XIXéme
siècle jusqu'au milieu du siècle dernier.

Troyes est le foyer d'une culture vivante, un carrefour des talents.
L'enseignement musical, chorégraphique et théâtral, dispensé par le conservatoire national de
Troyes Marcel Landowski est connu de très haut niveau.

J'irai tout à l'heure, à l'école de musique, à la rencontre de votre passion pour les musiques
actuelles. Les théâtres, les festivals font de Troyes un centre du spectacle vivant servi par une
programmation variée et de qualité.

Les arts plastiques, mais aussi le cinéma, complètent ce paysage culturel, dont je tiens à vous
féliciter.

Quant au livre et à la lecture, j'aurai le plaisir tout à l'heure, en inaugurant la magnifique
exposition de la médiathèque, de dire combien vous savez tirer parti d'un patrimoine écrit
d'une richesse exceptionnelle pour en offrir les clefs au public le plus large.

Et en particulier au jeune public. C'est pourquoi je suis particulièrement intéressé par les
efforts que vous avez accompli, avec les associations, les élus, et l'ensemble de la
communauté éducative, pour l'éveil des jeunes, y compris des plus jeunes, à la culture.

Je serai très heureux d'assister ce soir au conseil municipal des jeunes. Car l'apprentissage de
la démocratie participative, du dialogue, du respect de l'autre, commence tôt.

Et cet apprentissage passe par la culture, conscience d'un héritage et d'un patrimoine
communs à toutes les générations, à partager et à transmettre.

A Troyes, dans cette cité, où s'épanouirent tant d'esprits illustres – dans la lignée de Rachi et
de Chrestien de Troyes, – je suis heureux de rendre hommage à vous tous, acteurs de la vie
culturelle, qui faites de Troyes un exemple, un modèle.

Du parcours que nous allons accomplir ensemble aujourd'hui, de nos échanges, de vos
expériences, je tirerai des enseignements utiles pour l'exercice de mes responsabilités.

Merci de me faire part de vos aspirations, de vos propositions et de vos projets.

Merci de m'accueillir dans ce haut lieu de culture, d'art et d'histoire.

La galerie du jeu de Paume devient un centre pour l'image

24 juin 2004

La Galerie nationale du Jeu de Paume (GJP), qui a rouvert ses portes mercredi 23 juin après plusieurs mois de fermeture, devient un centre pour la photographie et limage, rompant ainsi avec sa tradition dexpositions dart moderne et contemporain. La Galerie nationale du Jeu de Paume (GJP), qui a rouvert ses portes mercredi 23 juin après plusieurs mois de fermeture, devient un centre pour la photographie et limage, rompant ainsi avec sa tradition dexpositions dart moderne et contemporain.

Deux expositions ont été inaugurées pour loccasion par le ministre de la Culture et de la Communication Renaud Donnedieu de Vabres qui, en avril 2004, avait repris le projet de réorientation quavait initié son prédécesseur Jean-Jacques Aillagon.

Pour M. Donnedieu de Vabres, cette nouvelle institution, qui est subventionnée par le ministère de la Culture, est « loccasion dexplorer les différentes pratiques photographiques et leurs différents supports ».

Se félicitant que « ce nouveau pôle dexcellence photographique permette à terme une valorisation renforcée des donations économiques et culturelles et des fonds de conservation », il a par ailleurs déclaré à lAFP vouloir « à lavenir attirer le grand public vers le mécénat afin quil se réapproprie le patrimoine ». « La notion de mécénat est trop liée à la Renaissance dans la tête du public, il faut la moderniser », a-t-il ajouté.

« Le but est de générer de nouveaux publics et je veux que le relais soit pris par les entreprises et les collectivités locales », a-t-il conclu. La nouvelle GJP, présidée par Alain-Dominique Perrin, préfigure ce projet puisquil est soutenu par deux partenaires privés, Olympus et la Banque de Neuflize.

Deux expositions marquent linauguration de la Galerie. « Eblouissement » propose un ensemble de photos sur le thème de la lumière et regroupe notamment des oeuvres de Brassaï, Man Ray et de Brancusi. Lautre exposition rend hommage à Guy Bourdin, lun des plus grands photographes de mode de la seconde moitié du XXe siècle. Elles sont présentées jusquau 12 septembre.

Les Journées internationales de la fiction TV à Versailles

23 juin 2004

Madame la Présidente,

Messieurs les Présidents,

Mesdames, Messieurs,

Je suis très heureux de répondre à votre invitation à venir clore cette première journée
internationale de la fiction à Versailles.

Versailles : ville symbole du rayonnement mondial de la culture française, et je tiens à saluer
Christine Albanel, présidente de l'Etablissement public du château de Versailles, qui s'est
associé à cet événement.

Versailles : capitale aujourd'hui du rayonnement de la fiction télévisuelle, un genre majeur,
plébiscité par le public.

Je remercie tous ceux qui ont pris l'initiative de ce nouveau rendez-vous, et en premier lieu,
Jean-François Boyer, président de l'Association pour la promotion de la production
audiovisuelle, ainsi que ses partenaires : l'Union syndicale de la production audiovisuelle, sa
présidente Simone Halberstadt-Harari, Public Sénat, son président Jean-Pierre Elkabbach, qui
retransmet vos débats, Ecran Total, et son directeur Serge Siritzky, revue de référence
toujours très attentive aux évolutions d'un secteur essentiel pour la production audiovisuelle.

Une création foisonnante qui a conquis les faveurs du public.

Oui, la fiction française est devenue extrêmement populaire à la télévision française. Elle est
tous les ans dans le peloton de tête des meilleures audiences des chaînes. Elle représente
régulièrement plus de la moitié des
100 meilleures audiences et 60 en 2003. Voilà des résultats qui battent en brèche des idées
reçues !

Chaque Français en regarde plus d'une heure par jour. C'est dire leur place dans le coeur de
nos concitoyens qui trouvent dans les téléfilms, les séries, les feuilletons que vous leur
proposez, un accès quotidien à la culture, à la distraction, à l'apprentissage, à la découverte, à
l'émerveillement.

Ce succès est dû à un extraordinaire foisonnement créatif, dont je veux souligner la diversité
et la qualité. Qualité qui est reconnue par de nombreux festivals qui récompensent les talents
des scénarios, des réalisations, des interprétations, c'est-à-dire, des hommes et des femmes qui
les font.

Vous me pardonnerez de ne citer que quelques exemples récents, quelques étoiles au
firmament de la fiction, où elles sont si nombreuses : Suzie Berton et ce poignant face-à-face
entre la femme d'action qu'incarne avec force Line Renaud et le commissaire Ferran, campé
par André Dussolier, qui a battu un record d'audience sur France 3 un samedi soir ; mais aussi
Les beaux jours, Une preuve d'amour, Les P'tis Lucas, Les Penn-Sardines…

Je veux aussi rendre hommage à ces fictions dites de prestige qui sont essentielles à notre
mémoire collective, et s'inscrivent dans la chaîne de la transmission de notre patrimoine
culturel et historique. Là aussi, quelques exemples seulement parmi tant d'autres qui ont
marqué un très large public : Jean Moulin, l'Affaire Dominici, Napoléon, les Thibault,
Liaisons dangereuses, Mata Hari, Aurélien, Colette.

Je pourrais citer également les grands rendez-vous fédérateurs de publics très variés comme
Julie Lescaut, PJ, Avocats et associés, Louis la Brocante…

Et toutes celles qui s'adressent à des publics plus spécifiques, mais très importants, comme les
séries humoristiques pour la jeunesse (15/love, Vice Versa).

Il est certain que l'identité des chaînes généralistes et hertziennes en particulier face aux
dizaines de chaînes thématiques qui se développent se construit à partir de ces grands rendezvous
de fiction.

A la diversité des thèmes, des titres, des sujets, et des attentes du public, répond toute une
palette de formats (unitaires 90 minutes comme au cinéma, mais aussi mini-séries, feuilletons,
séries longues, formats variés de 52 minutes, 26 minutes, formats courts) et l'éventail des
horaires de programmation (journée, access, prime time, seconde partie de soirée).

Les fictions d'aujourd'hui n'hésitent plus à poser les questions de société d'aujourd'hui : elles
sont ancrées dans des réalités que reconnaissent les spectateurs : au travers de métiers (séries
mettant en scène des médecins, policiers, instituteurs, sages-femmes, inspecteurs du travail,
avocats, juges) ou de situations familiales ou sociales actuelles (divorces, familles
recomposées).

Ce foisonnement créatif fait écho aux préoccupations des spectateurs, avec une grande liberté,
qui a permis à la fiction de s’affranchir de beaucoup de tabous, qui la freinait encore dans les
sujets abordés à 20h30 : je pense aux problèmes liés à la toxicomanie, à la santé, à la
sexualité, mais aussi au racisme et aux fractures de notre société.

Cette grande diversité, cette grande liberté, cette explosion des talents a entraîné un fort
renouvellement dans la création. C’est pourquoi la fiction française diffusée chaque année
affiche un volume d’inédits très élevé, qui représente plus des trois quarts des diffusions.

Le succès de la fiction a créé un terreau fertile de talents pour la télévision : les scénaristes, les
réalisateurs et les comédiens parmi les plus grands font des allers et retours entre la télévision
et le cinéma, en trouvant au travers de chacun de ces médias une relation au public différente.

La France dispose d’un potentiel formidable d’auteurs et de scénaristes qui se forment peu à
peu à l’écriture télévisuelle moderne. D’énormes progrès ont été accomplis sur une période
récente, même s’il est évidemment possible de souhaiter que telle ou telle grande chaîne
généraliste soit encore plus audacieuse, innovante, dérangeante aux heures de grande écoute.

Mais ce constat est vrai dans tous les pays du monde : les chaînes généralistes ont vocation à
fédérer le public dans toutes ses composantes.

La question se pose en des termes très différents pour les chaînes par abonnement et pour les
chaînes thématiques, qui peuvent et doivent être à la fois des vecteurs de création innovante et
des débouchés pour le marché de la rediffusion.

Je ne veux pas pour autant dresser un tableau idyllique de la fiction : je sais que l’histoire de
la fiction n’est pas un conte de fées ! Comme je l’ai entendu lors de la journée des auteurs
organisée par la SACD le 3 mai dernier : « pourquoi nous raconter toujours des histoires qui
finissent bien ? ».

Je ne vous cache pas que je suis confiant, voire optimiste, parce que je crois aux talents et je
sais que vos talents rencontrent les goûts du public. Mais j’ai entendu vos préoccupations, vos
inquiétudes et votre manifeste. Vous avez attiré mon attention sur les problèmes de
financement de la fiction audiovisuelle. Sachez que je suis déterminé à contribuer, dans
l’exercice des responsabilités qui sont les miennes, à sauvegarder et à développer
l’extraordinaire diversité, la créativité foisonnante que je viens d’évoquer.

Je le ferai en étroite et en totale concertation avec vous. Car je crois aux vertus du dialogue.

Je vais étudier avec attention les dix mesures que vous proposez dans votre manifeste
d’aujourd’hui. Je ne vais pas, évidemment, y revenir une par une devant vous maintenant.

Toutes vos propositions méritent un examen très attentif et approfondi, dans un dialogue
constant avec vous, j’y insiste, et je m’y emploierai avec mes services. Je compte aussi
exploiter l’ensemble des très riches débats de cette journée.

D’abord sur la question de la définition de l’oeuvre audiovisuelle, qui figure en tête de vos
propositions. Je ne veux pas, pas plus sur ce sujet que sur d’autres, être dilatoire. Mais,
permettez-moi de vous parler en toute franchise : la redéfinition de l’oeuvre audiovisuelle est
une partie d’un tout que nous devons étudier ensemble, dans la concertation avec tous les
acteurs concernés. Je vous engage à vous impliquer dans cette concertation indispensable.

Simultanément j’étudie avec beaucoup d’attention la proposition du Conseil supérieur de
l’audiovisuel dont je sais qu’elle répond en partie à vos attentes.

Mais dès à présent, je veux insister sur quelques idées fortes qui me tiennent à coeur.

D’abord, entendons-nous sur un constat que je vous invite à partager : la production
audiovisuelle aidée a connu une période de forte croissance en volume au cours des sept
dernières années (entre 10 % et 20 % de croissance par an !). Et cette croissance a été
accompagnée financièrement, en partie par les diffuseurs (dont la contribution a augmenté de
6 % par an) mais aussi par le COSIP (dont la contribution a augmenté de 12 % à 15 % par an).

Néanmoins, j’ai bien entendu vos préoccupations quant au financement. Il est clair que des
problèmes demeurent. En 2003, le compte de soutien a aidé 4 059 heures de programmes, soit
594 heures de moins qu’en 2002. Pour la première fois depuis six ans, le volume produit aidé
diminue.

Un autre constat vous préoccupe à juste titre : le volume produit en France (autour de 600
heures) est très inférieur à celui de nos pays partenaires comme l’Allemagne (1 800 heures)
ou la Grande Bretagne (1 400 heures), entre deux et trois fois moins. Et nous ne produisons
quasi exclusivement que de la production de prime time, contrairement à nos voisins qui ont
de très forts volume de production de journée ou de dernière partie de soirée.

Ce constat de faiblesse évidente doit toutefois être légèrement tempéré par le volume produit
dans les autres genres : la France produit par exemple beaucoup plus de films de cinéma ou de
dessins animés pour la télévision et le cinéma que ses voisins européens, ce que l’on a souvent
tendance à oublier.

Mais, contrairement à l’animation et au documentaire, la fiction française rencontre de réelles
difficultés à l’international. J’en suis conscient et je me réjouis que vous réfléchissiez aux
moyens de mieux promouvoir l’offre française à l’exportation. C’est sûrement le défi de vos
prochaines années.

Sur la nécessité que vous relevez d’accroître, notamment dans cette perspective, le volume
des séries, je tiens à saluer tout particulièrement l’initiative prise par France 3, qui se lance
dans la production d’un feuilleton de
26 minutes tourné entièrement à Marseille, La Belle de Mai. Le maire de Marseille Jean-
Claude Gaudin, que j’ai vu dimanche à l’occasion de l’ouverture du Festival du documentaire
m’a dit à quel point l’inauguration des décors vendredi dernier avait ému le public présent.

J’ajoute que cette situation découle à mon sens directement des ressources insuffisantes des
chaînes, prises globalement, de l’ordre de moitié moins de celle des partenaires que je viens
de citer. Cette insuffisance de financement, est une situation chronique, qui ne date pas
d’aujourd’hui, et qui fait obstacle au développement de la fiction.

C’est pourquoi je compte m’attaquer résolument à ce problème dans son ensemble.

Pour garantir le maintien d’une ressource affectée à ce secteur, et faire un sorte que ce
financement soit dynamique, je vous annonce que je suis décidé à mener avec vous le combat
de la redevance, parce qu’il vaut d’être livré. Il faut que cette ressource retrouve un véritable
dynamisme.

D’autres outils sont nécessaires pour contribuer à la dynamique de ce secteur.

L’extension des fonds régionaux abondés par le CNC à l’audiovisuel est l’un de ces outils.

C’est une mesure que je soutiens. Et j’ai demandé à mes services d’étudier les modalités de sa
mise en place dans les meilleurs délais.

Ensuite, je vous annonce que je vais saisir le ministère de l’économie, des finances et de
l’industrie de la question de la taxe professionnelle des producteurs.
Comme pour le cinéma, je souhaite vivement, je l’ai dit et je vous le redis, que l’audiovisuel
puisse bénéficier du mécanisme du crédit d’impôt. Il conviendra évidemment de l’adapter à la
fiction télévisée. Je pense en particulier aux productions les plus lourdes sur le plan des
dépenses de personnel et des prestations techniques en France.

Je tiens en effet à l’assortir d’une condition essentielle : toute amélioration du financement de
la production audiovisuelle devra se traduire par des emplois localisés en France.

Il faut rompre avec le cercle vicieux que vous connaissez : le manque de financement conduit
les producteurs et certaines chaînes à chercher des économies en délocalisant tout ou partie du
tournage et de la fabrication du film, en recourant à une main d’oeuvre bon marché,
maintenant au sein de l’Union européenne, qui n’a pas la chance de bénéficier d’un système
de protection sociale favorable. Quelles que soient les motivations économiques de telles
situations, elles ne sont moralement et politiquement pas acceptables.
Mais il faut être plus ambitieux.

Et je vais plus loin, en vous faisant part de ma conviction : il faut une réforme en profondeur
du COSIP et je vais m’y atteler.

Je souhaite que les aides du CNC s’orientent encore davantage vers la création.

Je souhaite aussi que la réforme en cours du Compte de soutien à l’industrie de programmes
audiovisuels (COSIP) fasse l’objet d’un premier bilan, au bout d’un an d’application.

J’ai demandé par ailleurs un bilan du décret du 9 juillet 2001 afin de mesurer si les objectifs
de ce texte sont bien remplis.

Et je vais encore plus loin : je suis persuadé qu’il faut une réforme ambitieuse du financement
de l’audiovisuel dans son ensemble, qui passe notamment par les étapes que je viens de
rappeler.

Sans doute faut-il encore prolonger cette réflexion et ouvrir des perspectives nouvelles. Je sais
que vous ne manquez pas d’idées et de propositions. Je vous le dis sans ambages : je suis
ouvert à toutes vos propositions. Toutes, sans exception et sans exclusive.

La fiction française est aujourd’hui une valeur sûre pour les chaînes de télévision. Elle a
atteint une phase de maturité. C’est le fruit de votre travail à toutes et à tous.

Je suis persuadé qu’elle n’en est qu’au début d’un long processus de développement vers une
plus grande diversité des cases de diffusion et donc d’écriture et de réalisation.

Nous devons identifier ensemble et c’est bien l’objet de cette journée, les obstacles qui
peuvent entraver ce chemin en prenant la peine d’écouter chacun des acteurs – industries
techniques, diffuseurs, réalisateurs, comédiens, scénaristes, pouvoirs publics notamment–
pour bâtir des partenariats solides et apporter des réponses concertées, adaptées et durables.

Tout ne peut faire consensus. Mais le consensus le plus large possible doit être recherché, ce
qui nécessite l’engagement de tous. Je crois vous avoir donné l’assurance de ma
détermination.

Et je reste à votre disposition pour tirer les leçons de vos échanges d’aujourd’hui et de vos
propositions d’actions.

Je vous remercie.

Deuxièmes rencontres internationales des Amérindiens à l’Assemblée Nationale

21 juin 2004

Monsieur le Président,

Madame, Chère Zoilà Hernandez (Présidente des Groupes d’Etudes amérindiens “ OKA ”,

Mesdames et Messieurs les Ministres,

Mesdames et Messieurs les Parlementaires,

Mesdames et Messieurs,

C’est une grande joie – je vous le dis du fond de mon coeur – et un grand honneur d’ouvrir,
aux côtés de mes collègues du Gouvernement, ces deuxièmes Rencontres internationales des
Amérindiens à Paris, en ce lieu hautement symbolique qu’est l’Assemblée nationale.

Lorsque Léon Bertrand est venu me rencontrer au ministère de la culture pour me proposer
d’être des vôtres ce matin, c’est très spontanément et avec beaucoup d’enthousiasme et
d’émotion que j’ai répondu à son invitation.

Je tiens à saluer ton initiative, Mon Cher Léon, de réunir à nouveau, à Paris, après le premier
rassemblement passionnant que tu as organisé en 1996, sous l’égide de l’UNESCO, les
représentants des Amérindiens de l’ensemble du continent américain.

Ces deuxièmes Rencontres revêtent une importance de tout premier plan car elles vont mettre
en lumière un pan entier de la culture universelle des peuples. C’est un événement de portée
mondiale.

En tant que ministre de la culture d’un pays qui, sous l’impulsion du Président de la
République, s’est résolument engagé dans le grand combat pour le respect des cultures, je suis
particulièrement sensible à l’apport essentiel des civilisations Amérindiennes.

J’ajoute que notre pays accueille dans plusieurs de ses territoires d’importantes communautés
issues de peuples premiers.

La France, par son histoire et sa géographie, par ses hommes, par la Guyane, la Martinique et
la Guadeloupe, est présente en Amérique. Et notre culture, nos rêves, notre imaginaire, se
nourrissent des découvertes et des échanges poursuivies, depuis plus de quatre siècles, avec
les Amérindiens.

Cette histoire imprègne notre mémoire. Elle imprègne aussi notre présent et c’est de cela que
je suis venu vous parler.

Par sa législation et son action publique, la République française entend se montrer
exemplaire et conduire au nom des valeurs qu’elle a fait siennes, une politique d’intégration
active, respectueuse de toutes les cultures, et en particulier celles qui appartiennent aux
premières civilisations. Premières dans l’histoire des hommes. Premières dans notre coeur.

Premières aujourd’hui, grâce à vous, dans notre esprit.

Je veux souligner, dans les responsabilités qui sont les miennes, l’importance de cet apport
dans les domaines de l’art et dans notre appréciation de tout ce qui touche au beau.

Aujourd’hui, je crois que chacun mesure le rôle de vos sociétés dans l’histoire de l’art et des
civilisations. Ce rôle prend une nouvelle dimension grâce à l’action que vous menez en faveur
de la préservation de tout votre héritage et de votre patrimoine. Un patrimoine commun de
l’humanité.

Au nom de la France, soyez remerciés de toutes les initiatives que vous prenez pour faire
vivre vos traditions et vos langues, pour les enrichir et permettre ce dialogue indispensable
avec les peuples. Un dialogue essentiel pour la démocratie et pour l’affirmation des droits
universels de l’homme.

Cette affirmation est fondée sur le respect réciproque. Mais aussi sur les actions que nous
mènerons ensemble car vos traditions, vos cultures si elles ne nous appartiennent pas en
propre, deviennent petit à petit, de plus en plus les nôtres. Grâce, notamment à ces
Rencontres.

Je suis intimement convaincu que toutes les actions engagées en faveur de la diffusion de
votre culture vous feront mieux connaître. Et que cette meilleure connaissance entraînera une
meilleure reconnaissance, en particulier de tous vos droits.

C’est dans cet esprit que je tiens à évoquer, à deux ans de son ouverture, l’initiative prise par
le Président de la République, Jacques Chirac, d’installer à Paris le Musée du Quai Branly
dédié aux Arts extra-européens.

Cet établissement sera, et je pèse mes mots, exceptionnel. Il reflétera la diversité des cultures
et de l’histoire des peuples premiers . La beauté et l’innovation de son architecture, ses
modalités de fonctionnement et d’accueil seront à la mesure de la richesse foisonnante de ses
collections. Cette opération de grande envergure dotera notre pays d’un musée extraordinaire,
un magnifique écrin pour l’une des plus belles collections du monde.

Aujourd’hui, la plupart
des musées qui sont construits dans le monde sont avant tout consacrés aux cultures et aux
traditions nationales. Ce grand musée qui est en train de naître, sera pour tous les Européens
et pour vous tous un lieu de rencontre des cultures des autres. Un lieu d’échanges entre notre
histoire politique et artistique et le champ passionnant des histoires, des traditions et des
civilisations du monde. Lieu de préservation du patrimoine, centre de recherche et
d’enseignement, vecteur de coopération internationale, ce musée sera aussi un véritable forum
permanent des cultures vivantes, un forum ouvert, tolérant, attentif.

L’ouverture du musée “ vivant ” du quai Branly, en 2006, nous fournira une nouvelle
occasion de poursuivre le dialogue que nous engageons ce matin.

D’ores et déjà, je vous donne solennellement rendez-vous pour l’ouverture de ce nouveau lieu
de dialogue et de tolérance qui contribuera, j’en suis convaincu, à renouer les fils d’une
tradition qu’une modernité mal comprise ou mal assimilée avait cru briser.

Je me réjouis que, par un joli clin d’oeil du calendrier, ces rencontres internationales débutent
le jour de la Fête de la musique. Partout en France, orchestres, chanteurs, fanfares et
trompettes rythmeront cette journée. J’ai souhaité, avec Léon Bertrand, donner toute sa
résonance aux sons et aux danses amérindiennes. Dès 17 heures 00, dans les jardins du Palais-
Royal, le ministère de la culture ouvrira ses portes à la culture améridienne.

Des groupes de musiciens, de chanteurs et de danseurs seront à l’honneur pour porter vos
couleurs et montrer que votre culture n’est pas figée, qu’elle vit et anime nos quotidiens.

Preuve supplémentaire, s’il en est, de la vitalité de vos cultures.

Je souhaite un grand succès à vos travaux tout au long de ces trois jours et je vous redis toute
ma joie d’être avec vous aujourd’hui.

Pour ouvrir cette journée, je veux partager avec vous cette parole de sagesse que j’emprunte à
la poésie amérindienne. Une parole qui évoque la nature. Mais aussi la culture. Car vous
savez que l’une et l’autre sont intimement liées, depuis des temps immémoriaux. Cette parole
la voici :

“ la sève qui coule dans les arbres transporte les souvenirs des hommes ”.

Puisse la sève de vos rencontres d’aujourd’hui irriguer nos esprits et donner à tous une belle
leçon d’humanité, d’espoir et de tolérance, pour bâtir notre avenir commun.

Je vous remercie.

RDDV inaugure le Centre national de la danse

19 juin 2004

Dans son discours dinauguration, M. Donnedieu de Vabres a affirmé que « le CND est, non pas un aboutissement, mais lillustration emblématique dune politique globale et ambitieuse, qui veut prendre en compte la totalité du champ chorégraphique dans ses perspectives, son rôle social et sa culture ». Le ministre de la Culture Renaud Donnedieu de Vabres a inauguré vendredi le Centre national de la danse (CND) à Pantin (Seine-Saint-Denis) alors que des intermittents du spectacle brandissaient des affichettes revendicatives.

« Nos actions ne connaîtront pas de pause », « Abrogation du protocole du 26 juin ! », « Chômeur, bosse ou crève ! »-,indiquaient les panneaux qui nont pas impressionné le ministre.

La population des danseurs en France se monte à 4.500 intermittents et à 500 permanents.

Dans son discours dinauguration, M. Donnedieu de Vabres a affirmé que « le CND est, non pas un aboutissement, mais lillustration emblématique dune politique globale et ambitieuse, qui veut prendre en compte la totalité du champ chorégraphique dans ses perspectives, son rôle social et sa culture ».

Le ministre a également annoncé la réouverture « dune étude du projet daménagement dune salle de spectacles adjacente au CND », et de son impact dans le paysage chorégraphique de Paris et de lIle de France.

Installé dans une ancienne cité administrative réaménagée, le CND est le premier établissement public exclusivement dédié à la danse. Il dispose de 7.000 M2 sur cinq niveaux, de onze studios de danse dont cinq avec accueil du public.

Ses missions sont le soutien à la création et à la diffusion, lorganisation de formations continues et personnalisées pour les chorégraphes et les enseignants de la danse, et le développement de la culture chorégraphique sur les plans national et international.

Inauguration du nouveau bâtiment du Centre National de la Danse à Pantin

18 juin 2004

Messieurs les Ministres, Cher Jean-Jacques, Cher Jacques,

Madame la Sénatrice,

Madame la Présidente, Monsieur le Maire,

Mesdames, Messieurs,

Chers Amis de la Danse,

Je suis très heureux d'inaugurer le Centre National de la Danse et de vivre avec vous ce
moment important et émouvant de l'histoire de la danse en France.

Premier bâtiment abritant
un établissement public à ouvrir ses portes depuis la Bibliothèque Nationale de France en
1994, le Centre National de la Danse est surtout le premier établissement public
exclusivement consacré à la danse.

Cette institution est dédiée à la communauté chorégraphique tout entière. Elle est conçue pour
répondre à ses besoins, dans le respect des spécificités de ses métiers. Au-delà, elle doit
contribuer à l'installation, sur le plan national, d'une culture de la danse.

C'est naturellement aux danseurs que je m'adresse en premier lieu : vous êtes les artisans, les
acteurs et les ambassadeurs de cet art exigeant. Je tiens à vous dire tout d'abord mon
admiration. Je tiens à vous exprimer mon soutien ferme et déterminé. Je tiens à vous dire ma
confiance en l'avenir de la danse, de toutes les formes de danse. Le Centre National va devenir
le centre de ressources, l'outil de recherche, de culture et de développement dont la danse a
besoin.

Il a vocation à devenir une institution de référence au niveau national et international.

Une institution singulière. Un véritable creuset. Former, accompagner les professionnels dans
l'exercice de leurs métiers, créer et diffuser, conserver, développer et valoriser la culture
chorégraphique : telles sont ses missions.

C'est donc une institution multiple. Un fantastique lieu de synthèse où les différents domaines
de l'art chorégraphique pourront interagir, se nourrir les uns les autres, s'ouvrir librement aux
quelque 200 personnes accueillies quotidiennement.

Une grande médiathèque hébergeant un fonds spécialisé est en cours de constitution.

La danse possède enfin un lieu de culture, un espace privilégié où alimenter sa réflexion
théorique, construire sa mémoire et valoriser son patrimoine. Je tiens à remercier les
personnalités qui grâce à leurs dons généreux ont contribué à sa richesse : Madame Gilberte
Cournand qui a versé à la médiathèque les fruits du travail et de la passion de toute une vie ;
Monsieur Roderic Lange qui nous transmet les archives d'Albrecht Knust ; la Fondation
Rudolf Noureev.

Le Centre National de la Danse sera un lieu fédérateur, le centre de toutes les danses et de
tous ses serviteurs, un lieu de convivialité ouvert sur la cité.

Je remercie Monsieur le maire et la municipalité de Pantin, qui a offert le bâtiment,
d'accueillir cet établissement public. Le Centre National de la Danse est un lieu prestigieux
d'art et de culture que vos concitoyens s'approprieront.

Par sa position géographique, le Centre s'inscrit dans un ensemble unique de grands
établissements dédiés au spectacle vivant, dans la continuité de la Cité de la Musique, du Parc
de la Villette, du Conservatoire national supérieur de Paris, reliés par le canal de l'Ourcq.

Le Centre est une véritable réussite architecturale. Je me réjouis de ce dialogue entre ces deux
arts du mouvement et de l'espace : la danse et l'architecture.

Je tiens à saluer le travail accompli avec talent par les architectes Claire Guieysse et
Antoinette Robain.

La construction initiale de 1972, oeuvre de l'architecte Jacques Kalisz, se caractérise par la
puissante austérité des volumes de béton brut, animés par des jeux de lumières naturelles dans
les vastes espaces intérieurs.

Dans le respect de la vision de Le Corbusier constatant que " l'architecture est le jeu savant,
correct et magnifique des volumes assemblés dans la lumière… ", nos architectes se sont
emparé de l'ossature colossale correspondant à l'ancienne cité administrative de Pantin. Elles
ont assuré l'accueil des danseurs en leur offrant plusieurs studios confortables et propices au
travail individuel.

Leur geste architectural subtil respecte la puissance minérale et primitive du bâtiment de
Kalisz pour mieux faire ressortir l'énergie fluide de la lumière et des danseurs.

Ce geste architectural se prolonge dans le design et l'éclairage par lequel Hervé Audibert a
réussi à donner tant d'éclat au bâtiment : la lumière et les couleurs de l'arc-en-ciel éclairent le
béton brut. Dans le cadre d'une commande publique, Michelangelo Pistoletto a imaginé le
mobilier qui habite parfaitement l'intérieur du Centre. Pierre Di Sciullo a conçu une
signalétique claire et novatrice. A tous, merci.

J'exprime toute mon admiration à ceux qui ont su porter sans faillir le projet du Centre
National de la Danse pendant les dix années qui ont été nécessaires pour parvenir, aujourd'hui,
à cette inauguration.

En premier lieu à sa présidente, Anne Chiffert, qui s'est engagée dans ce projet avec toute son
âme de bâtisseuse. Alors qu'elle était directrice de la Musique et de la Danse au Ministère de
la Culture et de la Communication, elle a été la première à se mobiliser pour mettre en oeuvre
ce projet novateur.

La constance et la conviction d'Anne Chiffert sont partagées par Michel Sala, directeur
général. Il a la lourde et passionnante responsabilité de piloter cette cité de la danse.

Je rends hommage également à toute l'équipe du Centre qui depuis des mois, voire des
années, contribue à la réalisation de ce projet.

Je remercie tous les partenaires qui ont conjugué leurs efforts pour consolider les missions du
Centre National de la Danse : le conseil général de Seine Saint Denis, la région Ile de France
pour les résidences d'artistes et les actions de formation, la Société civile pour l'administration
des droits des artistes et musiciens interprètes (ADAMI) pour l'entraînement quotidien du
danseur.

Cette rencontre me donne l'occasion de rappeler quelques faits et d'affirmer quelques
principes, autour desquels se construit ma vision d'une politique de la danse.

La politique de la danse s'appuie aujourd'hui sur la déconcentration et la décentralisation. Les
collectivités sont nos partenaires indispensables. Du côté de l'Etat, en six ans, depuis 1998 –
année de la création de l'établissement public et du début de la déconcentration pour la danse – le budget dévolu à la création est passé de 11M€ à près de 18 M€ en 2003, soit une
augmentation de 59 %.

L'Etat doit poursuivre son action et développer ses initiatives sur quelques axes majeurs que
j'entends accompagner et conforter.

Je pense au soutien accru à apporter aux équipes artistiques, pour aider à la création, à la
structuration, ou inciter à la résidence et à la circulation des oeuvres. Je pense aussi à la
nécessité de mieux articuler les différents niveaux d'enseignement.

Nous savons à quel point le réseau des centres chorégraphiques nationaux a servi de point
d'appui à cette politique. De beaux édifices ont vu le jour, à Orléans, Montpellier, Belfort et,
permettez-moi de le dire, Tours ; d'autres naîtront bientôt à Rillieux-la-Pape et Aix-en-
Provence ; je tiens à citer également le centre de développement chorégraphique d'Uzès, la
Briqueterie à Vitry-sur-Seine, autant d'ouvrages nés d'une concertation avec les collectivités.

Les Centres Chorégraphiques Nationaux sont l'un des pivots de notre vie chorégraphique.

Espaces de création, ils sont aussi des lieux de construction et de préservation d'un répertoire
vivant, pilier de notre culture de la danse. Quel serait le sens d'une création artistique sans
mémoire ?

Au moment où le Centre National de la Danse offre à cette discipline de l'éphémère un nouvel
outil de recherche et de mémoire, il me paraît important de rappeler que le répertoire doit
rester vivant, et demeurer accessible au plus large public.

La querelle des Anciens et des Modernes est aujourd'hui derrière nous. Nous n'opposons plus
la Vérité à la Beauté, l'Art au Merveilleux. Il n'y a pas de contradiction à être fier de notre
grand répertoire classique, et à s'engager encore et toujours davantage pour la création
contemporaine. Je crois cette alliance féconde et nécessaire.

Le Centre Chorégraphique National qui va bientôt voir le jour à Aix-en-Provence ne sera pas
seulement un lieu de création et de production. Il sera doté d'une salle de spectacles. A
Angers, " Le Quai ", qui regroupera les activités du Centre Dramatique National et du Centre
National de Danse Contemporaine, offrira un théâtre et deux salles à la danse. Deux projets
qui sont des signes forts pour l'avenir des Centres Chorégraphiques Nationaux.

Si certains CCN connaissent des difficultés, il serait imprudent d'en déduire que le modèle luimême
est en crise, car ce modèle, dans bien des territoires, prouve l'excellence de son impact.

Lieux de création, de " fabrique " de la danse, ou lieux d'épanouissement d'un répertoire
ouvert, les CCN sont au service des chorégraphes et des danseurs qui les animent. Ils sont
aussi les outils du service public de la danse, mission dont tout chorégraphe qui investit ces
maisons doit être le dépositaire et l'acteur.

Ce n'est pas à l'assistance réunie ici que j'apprendrai que la danse a besoin d'espaces
spécifiques pour se déployer. Je porte une grande attention à l'aménagement du territoire. Je
pense en particulier aux espaces de travail de proximité. Qu'il s'agisse d'un investissement
direct ou de l'aide au studio, nous serons au côté des collectivités pour que les danseurs
accèdent plus facilement à des outils de travail de qualité.

La danse a besoin d'être mieux prise en compte dans les réseaux de diffusion. La
programmation des scènes subventionnées devra s'ouvrir à la danse. Ce doit être une priorité
des prochains contrats d'objectifs et de moyens qui encadrent les relations entre l'Etat, les
Collectivités locales et les théâtres qu'ils soutiennent ensemble.

Je saisis cette occasion pour vous annoncer que j'ai demandé aux services du Ministère de la
Culture de rouvrir l'étude du projet d'aménagement d'une salle de spectacles adjacente au
Centre National de la Danse, prolongement naturel des missions de recherche et
d'accompagnement de la création dévolues au CND. Il faudra mesurer l'impact local de cette
salle, et veiller à son intégration harmonieuse dans le paysage chorégraphique de Paris et de
l'Ile-de-France.

La création dans les années quatre-vingts, puis la pédagogie dans les années quatre-vingt-dix,
ont été successivement les axes porteurs et fructueux de la politique de l'Etat en faveur de la
danse.

Un autre grand chantier est devant nous : nous devons mieux accompagner les conditions de
l'exercice du métier de danseur ou de chorégraphe.

L'étude sur le métier de danseur récemment réalisée par le Département des Etudes et de la
Prospective du Ministère de la Culture et de la Communication a fourni un diagnostic qui
mérite notre attention. J'ajoute que le ministère a commandé à Anne Chiffert et à Maurice
Michel, inspecteur général aux affaires sociales, une étude qui doit m'être remise dans
quelques jours sur la reconversion des danseurs. Cette étude doit nous permettre d'envisager
ensemble des solutions pour mieux aider les artistes à préparer leur second métier, une fois le
temps venu de quitter la scène. De même, nous devons réfléchir à une meilleure insertion des
jeunes dans le monde professionnel. C'est dans cette perspective que la loi réglementant
l'enseignement de la danse en France devrait être actualisée.

Le Centre National de la Danse, je n'en doute pas, contribuera activement à l'affirmation de
cette politique construite autour de quelques axes forts :

– la confirmation du soutien à la création,

– l'affirmation d'un nécessaire travail sur la mémoire de la danse, fondé sur la recherche mais
aussi sur la préservation du répertoire,

– le développement des outils de production, et notamment d'outils de proximité,

– la rencontre de la danse avec son public grâce à un réseau de diffusion plus ouvert,

– et la meilleure inscription sociale et professionnelle des danseurs grâce à un dispositif
renforcé de formation et d'accompagnement de leur reconversion.

Je veux voir dans l'ouverture du premier établissement public consacré à la danse que nous
célébrons ensemble aujourd'hui, non pas un aboutissement, mais l'illustration d'une politique
globale et ambitieuse, qui veut prendre en compte la totalité du champ chorégraphique dans
ses diversités, ses perspectives, son rôle social et sa culture.

Univers pluriel et singulier, la danse nous offre en partage son exigence, son élan, son envol
que symbolise si bien aujourd'hui ce bâtiment prêt à appareiller vers le paysage toujours
renouvelé de la création et de l'échange.

C'est avec confiance et admiration que j'adresse à tous ceux qui font la danse aujourd'hui en
France et en Europe mes voeux les plus chaleureux pour leur action au service d'un art que je
m'engage à accompagner, soutenir et développer. Le Centre national de la Danse, désormais,
porte haut les couleurs de cet art que nous aimons.

Car nous voulons tous rêver et dire, en paraphrasant le poète des Illuminations : " J'ai tendu
des fils de clocher à clocher ; des guirlandes de fenêtre à fenêtre, des chaînes d'or d'étoile à
étoile, et je danse ".

Je vous remercie.

Conférence internationale de l’observatoire européen de l’audiovisuel – Nouvelles technologies et piratage : les industries audiovisuelles en question – Centre de conférences internationales kléber

18 juin 2004

Monsieur le Président,

Mesdames, Messieurs,

Je tiens tout d’abord à remercier Didier Le Bret, Président de l’Observatoire Européen de
l’Audiovisuel, d’avoir organisé cette rencontre européenne et internationale sur la piraterie
dans le domaine des industries audiovisuelles.

La piraterie, en effet, ne connaît pas de frontières. C’est l’une des parts d’ombre de la
mondialisation des échanges et du développement des nouvelles technologies.

Pour lutter contre ce fléau international, il faut donc imaginer des réponses de même nature,
en mobilisant les énergies le plus largement possible : je m’y emploie en France, mais aussi
en Europe pour agir et faire face collectivement avec mes collègues européens aux risques de
la piraterie et tirer parti des opportunités nouvelles offertes par les nouvelles technologies.

Ce grand mouvement que j’appelle des mes voeux concerne les industries culturelles dans leur
ensemble et pas seulement l’audiovisuel. La piraterie touche au premier chef et avec plus de
force encore – pour l’instant – le secteur de la musique.

L’exemple de la musique doit d’ailleurs amener tous les acteurs de l’audiovisuel à une vraie
prise de conscience, pour faire face à l’explosion de la piraterie. Les échanges illicites de
musique dans le monde sont évalués à 150 milliards de titres pour l’année 2003, soit plus de
trois fois les ventes.

En France, l’industrie de la musique a vu son activité régresser de plus de 30% depuis le
début de l’an dernier. Les restructurations l’ont conduit à licencier environ le tiers de ses
effectifs et à réduire dans les mêmes proportions le développement de nouveaux talents.

La piraterie, c’est du vol. C’est la spoliation des créateurs, injustement privés des fruits
légitimes de leur travail.

La piraterie, c’est aussi du chômage. C’est toute une industrie et c’est toute la vitalité de la
création qui est menacée, avec ses auteurs, ses interprètes, ses techniciens, ses producteurs,
ses distributeurs.

La piraterie conduit finalement à assécher la création, à réduire la diversité de la culture. C’est
pourquoi il faut se battre. C’est un combat juste. C’est un combat nécessaire. Le public peut
penser profiter de la piraterie. Disons clairement qu’il finira par en pâtir : la piraterie créera un
désert culturel si nous ne réagissons pas rapidement. La lutte contre la piraterie est donc
d’abord un combat dans l’intérêt du public.

Or, dans le domaine du cinéma et de l’audiovisuel, la piraterie se développe plus vite qu’on
aurait pu le croire. Une étude récente du Centre National de la Cinématographie, publiée au
dernier Festival de Cannes, a montré que sont échangés chaque jour un million de films, soit
quotidiennement le double des entrées en salles et cinq fois plus que les ventes de DVD.

Ces chiffres sont alarmants. Ils montrent que la piraterie commence à s’installer et que les
films ne sont plus protégés par les contraintes techniques. La durée nécessaire au
téléchargement d’un film – il faut entre un et deux jours pour télécharger un film – ne rebute
plus les adeptes du téléchargement.

Je ne veux pas que continue la spirale infernale de la baisse des recettes et de la réduction de
la création. C’est pourquoi j’ai tenu à mobiliser l’ensemble des acteurs culturels et des
ministères concernés par ce problème.

A la demande du Président de la République, j’ai présenté une communication au Conseil des
Ministres du 19 mai, en annonçant un plan de lutte contre la piraterie dans les industries
culturelles.

Je souhaite vous présenter ce matin les principales mesures de ce plan. Je vous propose d’agir
dans cinq directions.

Le premier axe de ce plan, c’est l’indispensable sensibilisation du public. Il faut susciter une
prise de conscience sur les dangers de la piraterie, pour qu’elle ne soit plus un phénomène
socialement accepté.

Le public doit comprendre que, si chaque acte de piraterie, pris isolément, peut paraître
anodin, l’ensemble de ces actes entraîne une atteinte insupportable à la dignité et aux droits
des créateurs, avec des conséquences dramatiques sur la création et la diversité culturelle à
laquelle nous sommes si attachés.

Il est aussi nécessaire de développer une pédagogie de la propriété intellectuelle. Le droit de
la propriété intellectuelle est un droit complexe. Il faut rappeler que ce droit consacré dans
notre pays par la Révolution Française découle directement de l’abolition des privilèges et de
l’instauration du droit de propriété, reconnu dans la Déclaration des droits de l’Homme et du
Citoyen comme un droit inviolable et sacré. Le public doit comprendre qu’en achetant un
disque, une cassette ou un livre, il ne se rend pas propriétaire de l’oeuvre mais seulement d’un
droit d’usage, limité au cercle familial et privé. Le partage et l’échange d’oeuvres dont il n’est
pas propriétaire sont donc illicites.

Il faut enfin lutter contre la double illusion de la gratuité et de l’impunité, qui sont les pêchés
de jeunesse d’Internet.

Entendons-nous bien : je suis un enthousiaste d’Internet, de ce monde décloisonné, de l’accès
à la connaissance et à l’information pour tous, de l’extraordinaire liberté d’expression qu’il
permet. Mais il n’y a pas de liberté sans responsabilité, sans prise de conscience de cette
responsabilité.

La qualité a un prix, qui est celui de la création originale. Le mythe de la gratuité dont
s’étaient emparées de nombreuses start-up pour bâtir de nouveaux modèles économiques a
fait long feu, provoquant de sévères désillusions.

Internet n’est pas un espace d’impunité anonyme. La loi permet désormais au juge de lever
l’anonymat en cas d’infraction. Internet n’est pas, ne doit pas être un espace de non-droit.

Les jeunes tiennent une place particulière dans cette campagne de sensibilisation que nous
devons menée. Parce qu’ils sont la « génération Internet ».

Avec le Ministre de l’Education Nationale, nous allons mettre en place plusieurs actions, pour
sensibiliser les élèves des collèges et lycées, ainsi que les enseignants, qui ont un rôle
évidemment essentiel.

Je souhaite mettre en place une Journée nationale des auteurs à l’école, avec les sociétés
d’auteurs et le ministère de l’éducation nationale, pour partager la valeur création, mettre en
avant les auteurs et leur métier formidable et sensibiliser les jeunes aux fondements de la
propriété intellectuelle.

Je souhaite pouvoir également examiner avec le Ministre de l’Education Nationale le
renforcement, sur ce point précis, du Certificat et du Brevet Informatique et Internet, afin
qu’ils prennent en compte les questions liées à l’échange de titres musicaux et de films.

Il faut sensibiliser les jeunes, il faut également toucher le grand public dans son ensemble.

Je souhaite mobiliser le service public de l’audiovisuel qui a un rôle particulier à jouer pour
promouvoir et protéger une culture de qualité auprès du grand public. J’examinerai avec les
présidents de services publics les actions pédagogiques à mettre en oeuvre.

Enfin, je souhaite lancer en place, avec les professionnels concernés une campagne
gouvernementale d’intérêt général à destination du grand public.
L’ensemble de ces mesures suscitera une prise de conscience des dangers de la piraterie, tout
en s’inscrivant dans la durée afin de faire évoluer les mentalités.

Je serai dans cet esprit très attentif à toutes vos propositions et en particulier aux échanges de
« bonnes pratiques ».

Le deuxième axe du plan d’action, c’est la création d’un comité national anti-piraterie, que
j’installerai avec M. Patrick DEVEDJIAN, Ministre délégué à l’Industrie le 15 juillet.

Ce comité aura pour première mission de favoriser le dialogue entre les acteurs sur la mise en
place d’une offre légale et payante sur les réseaux et sur la lutte contre la piraterie. Ces deux
aspects sont liés, parce qu’une offre légale et payante ne pourra réellement exister si les
mêmes contenus sont accessibles gratuitement.

Le comité aura pour deuxième mission de coordonner l’action des services de l’Etat et des
professionnels. Il réunira à cet effet, sous l’égide de l’Etat : les différentes catégories
d’ayants-droit, auteurs, interprètes, réalisateurs, éditeurs, producteurs, les distributeurs, les
fournisseurs d’accès à Internet, les industriels fournissant les moyens techniques et bien
entendu les consommateurs.

Ce comité, animé par MM. Philippe Chantepie et Jean Berbinau, sera une véritable structure
de mission, chargée de faciliter le dialogue et la coordination pour accompagner la mutation
des industries culturelles à l’ère du numérique.

Il coordonnera l’action de plusieurs groupes de dialogue spécifiques : entre les fournisseurs
d’accès à Internet et les producteurs de disque ; entre les différents maillons de la chaîne des
industries culturelles. Ce dialogue permettra de développer la vidéo sur les réseaux, de mieux
prendre en compte les attentes des consommateurs et d’élaborer conjointement les messages
de sensibilisation sur les dangers de la piraterie.

Le dialogue avec les fournisseurs d’accès à Internet est particulièrement important, afin de
déterminer les conditions qui leur permettront de faire de promouvoir et développer avec les
ayants-droit l’offre légale et payante sur Internet, tout en trouvant les moyens de réduire
l’offre gratuite et illicite sur Internet.

J’attends beaucoup du dialogue sur le développement de la vidéo sur les réseaux. Si Internet
pourrait être considéré par certains comme une menace pour les industries culturelles, je le
vois surtout comme l’ouverture d’un nouveau territoire à explorer.

Ce nouvel espace étant encore quasiment vierge d’offre existante, il doit être occupé pour ne
pas laisser la place à la seule piraterie. Je souhaite que les producteurs français et européens
prennent position là-dessus et nous examinerons ensemble les moyens à mettre
éventuellement en oeuvre pour les y inciter.

Je suis convaincu qu’Internet peut devenir un formidable outil au service de la diversité
culturelle et de l’accès aux oeuvres. En effet, il permet de distribuer des catalogues de grande
taille qu’aucun distributeur classique ne peut égaler. Il permet aussi des formes de
présentation et de promotion ciblées et novatrices.

Ce dialogue sera très utile pour parvenir collectivement pour mettre en place des nouveaux
modèles de distribution de contenus, qui répondent aux attentes des différents acteurs.

Le troisième axe de mon plan d’action vise à renforcer la réglementation. Les outils juridiques
sont indispensables pour lutter efficacement contre les réseaux de distribution parallèle de
contenus pirate. Je pense notamment aux réseaux gérés par des mafias. Car, la piraterie
pratiquée à grande échelle est une activité très lucrative, souvent même plus rentable que le
trafic de drogue.

La loi pour la confiance dans l’économie numérique, qui vient d’être adoptée par le Parlement
apporte les premiers outils nécessaires à la lutte contre la piraterie sur Internet.

Le projet de loi sur les données personnelles, qui doit bientôt être examiné en deuxième
lecture au Sénat, complètera cette boîte à outils. Grâce à un amendement introduit à
l’Assemblée Nationale, il permettra aux organismes professionnels d’ayants-droit de mettre
en place des traitements automatisés de données d’infractions afin de pouvoir défendre leurs
droits.

Ainsi, ces organismes pourront traiter un grand nombre de données pour une action
doublement efficace. En matière de répression, ils pourront mieux cibler les serveurs et les
bandes organisées qui alimentent massivement le réseau en contenus pirates. En matière de
prévention, et j’y attache une très grande importance, ils pourront transmettre en grande
quantité des messages individuels aux internautes qui partageraient de manière illicite des
oeuvres protégées.

Je présenterai ensuite au Parlement le projet de loi sur le droit d’auteur et les droits voisins
dans la société de l’information, qui permettra d’apporter une sécurité juridique aux nouvelles
offres légales et payantes utilisant des mesures techniques de protection. La sécurisation des
nouvelles offres sur Internet est cruciale, pour éviter que les téléchargements légaux
n’alimentent les réseaux pirates.

Enfin, je proposerai rapidement, avec M. Dominique PERBEN et M. Patrick DEVEDJIAN,
un texte de transposition de Directive contrefaçon, récemment adoptée par le Conseil. La
France dispose d’une législation parmi les plus protectrices d’Europe, proche de l’objectif fixé
par la Directive.

L’ensemble de ces textes améliorera la protection accordée aux ayants-droit contre la
piraterie.

Le quatrième axe de mon plan vise à mieux coordonner les actions menées à l’initiative des
professionnels avec celles des services de l’Etat, et je pense en particulier avec celles des
forces de l’ordre ou la Justice.

Le ministère de l’économie, des finances et de l’industrie, le ministère de l’intérieur, le
ministère de la justice, sont concernés.

Enfin, ces quatre piliers de la lutte contre la piraterie ne pourront donner tout leur effet que
s’ils s’appuient sur un cinquième que je tiens pour essentiel : un plan européen de lutte contre
la piraterie. Je l’ai dit, il nous faut des réponses communes à ce phénomène international.

Je présenterai des propositions à mes homologues européens lors de notre rencontre
informelle le 13 juillet à Rotterdam, afin de les mobiliser dans cette lutte commune.

Je souhaite en particulier les nouveaux Etats-membres. La piraterie est un thème prioritaire de
tous mes contacts bilatéraux. Il me paraît souhaitable que la Commission européenne mette en
oeuvre des indicateurs permettant de s’assurer de l’application effective des législations
protégeant la propriété intellectuelle dans tous les Etats-membres de l’Union.

L’Union européenne doit développer des échanges de bonnes pratiques, y compris avec les
Etats-Unis, et relayer notre lutte commune contre la piraterie auprès de nos partenaires
commerciaux et à l’Organisation mondiale du commerce.

Je souhaite que le volet pénal initialement proposé par la Commission dans la directive
contrefaçon soit repris dans une décision-cadre spécifique. Ce texte permettra d’harmoniser
également les législations dans le domaine des sanctions afin de ne pas créer en Europe de
sanctuaires pour les pirates.

Je souhaite également que la Commission européenne agisse en direction des industriels pour
favoriser l’interopérabilité des mesures techniques de protection. C’est une mesure essentielle
pour satisfaire les attentes légitimes des consommateurs et ne peut pas créer de frein à
l’adoption de services légaux de téléchargement.

J’ai réuni à Cannes, le 16 mai dernier, de nombreux responsables de studios européens,
américains et internationaux, dont Jack Valenti, pour évoquer la nécessité d’une action forte,
urgente et coordonnée contre la piraterie. Dans une déclaration commune à l’issue de cette
réunion, nous avons unanimement insisté sur la nécessité de la diversité culturelle, condition
essentielle d'une mobilisation des pouvoirs publics des différents pays.
La France prendra toute sa part de ce combat pour la création et la diversité culturelle.

Je rappelle que dans le domaine du cinéma, la France a mis en place en 2004 un crédit
d’impôt destiné à favoriser la production cinématographique. Je souhaite étendre en 2005 ce
crédit d’impôt en faveur de la production audiovisuelle.

Dans le domaine de la musique, je vous annonce que je vais à nouveau attirer l’attention de
mon collègue de l'économie et des finances sur la nécessité de réduire la TVA sur le disque
afin d'aider l'industrie au moment où elle est frappée de plein fouet par les effets de la
piraterie.

Mesdames et Messieurs,

je me réjouis que vous débattiez aujourd’hui de ces questions. Je serai très attentifs aux
résultats de vos travaux d’aujourd’hui. Car c’est collectivement que les industries culturelles
doivent affronter le phénomène pour mettre en place de nouvelles offres et accompagner les
mutations de l’ère numérique.

Je compte sur vos propositions. Vous pouvez compter dans ce combat qui ne fait que
commencer sur mon soutien.

Je vous remercie.

L'alliance de Donnedieu de Vabres et Devedjian contre le piratage

18 juin 2004

Renaud Donnedieu de Vabres veut aussi aller plus loin dans limplication dans la lutte contre le piratage. Des actions pédagogiques devraient être lancées bientôt avec pour objectif de sensibiliser les internautes aux dangers du piratage… Bercy sest rangé aux côtés des artistes dans leur lutte contre la piraterie virtuelle. Un changement de cap radical dont le ministre de la Culture et de la Communication, Renaud Donnedieu de Vabres, se félicite pour renforcer son combat contre le piratage des oeuvres. Et surtout pour réussir à infléchir la position des fournisseurs daccès qui nont jamais montré de volonté de lutter contre les échanges de fichiers illégaux.

Depuis quelques mois, les deux ministères ont comme objectif commun détablir un dialogue entre les ayants droit de la musique et du cinéma et les opérateurs de télécom.

Cest le ministre délégué à lIndustrie, Patrick Devedjian, qui est chargé dapprivoiser les mastodontes des télécoms. Une mission délicate si lon sait que Free, 9 Télécom, Cegetel ou France Télécom profitent depuis lémergence du haut débit dune ressource quasi gratuite : la musique et le cinéma téléchargés sur KazaA. Les abonnements à lADSL se sont vendus grace à ce produi dappel. Le nombre dabonnés au Net à haut débit a dépassé en quel ques années celui de la télévision par satellite. Difficile dans ce cas dabandonner un tel modèle. Pourtant la grogne et surtout linquiétude des professionnels de la musique et du cinéma a finalement été entendue par lensemble de lexécutif français. La lutte contre la piraterie est devenue lobsession dominante.

Renaud Donnedieu de Vabres avait déjà montré sa détermination concernant le piratage en dénonçant ce fléau lors du Festival de Cannes. Le président Jacques Chirac avait également exprimé son opposition à toutes formes de téléchargement pirate, soulignant que ces pratiques nuisent à la création comme aux artistes. Rappelons que le marché de la musique français a reculé de plus de 17% depuis le début dannée. Et que le cinéma commence également à ressentir les premiers symptômes du mal.

Une coopération entre les deux ministères serait évidemment un signe fort envoyé aux professions culturelles pour les rassurer et les convaincre de la mobilisation du gouvernement sur ces questions.

Renaud Donnedieu de Vabres veut aussi aller plus loin dans limplication dans la lutte contre le piratage.

Des actions pédagogiques devraient être lancées bientôt avec pour objectif de sensibiliser les internautes aux dangers du piratage. Le ministère ne serait toutefois pas sur la même longueur donde que le Snep (syndicat national de lédition) qui avait défrayé la chronique avec une campagne de communication pour le moins brutale. La prise de position des deux ministres tombent à point nommé. Le développement de service de vente de musique en ligne, avec iTunes, Sony Connect ou VirginMega, sur notre territoire représente un espoir pour toute lindustrie. En attendant que ces échoppes virtuelles proposent aussi aux internautes des films. Les fournisseurs daccès nont plus dautres choix que de montrer clairement leurs intentions de lutter contre la piraterie tout en favorisant les services légaux.

Par Emmanuel Torregano