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Inauguration de la donation Albers-Honegger à Mouans-Sartoux

Monsieur le Maire,

Monsieur le Président du Conseil régional,

Monsieur le Président,

Mesdames, Messieurs, Chers Amis,

Nous vivons, dans ce magnifique bâtiment réalisé pour la donation Albers-Honegger par les
architectes Gigon et Guyer un moment fort, un moment rare.

C’est tout à la fois l’accomplissement d’une aventure généreuse, exigeante, passionnée,
passionnante, celle de l’Espace de l’Art Concret, engagée depuis 1990 par Gottfried Honegger
et Sybil Albers-Barrier, ici, à Mouans-Sartoux.

Et le début d’une phase nouvelle, plus ambitieuse encore, de cette aventure, qui a su
rencontrer et fédérer le soutien de partenaires convaincus et fidèles.

Ce qui caractérise, depuis son origine, ce projet c’est une singularité forte, assumée,
revendiquée. Une singularité qui s’appuie sur une forte volonté. Et d’abord, de conjuguer trois
choix : celui de Sybil Albers de rendre sa collection personnelle accessible au public, de
l’engagement absolu d’un artiste : celui de Gottfried Honegger, revendiquant l’utilité sociale
de l’art, de la démarche d’une municipalité et de son maire, celui d’André Aschieri soucieux
d’affirmer l’importance de la dimension culturelle dans son projet pour la ville.

Je suis très sensible également à votre volonté de placer au coeur de cet Espace une réflexion
profonde sur l’art et la société, et de faire de la belle idée d’« apprendre à regarder » le
principe fondateur des ateliers pédagogiques.

Aujourd’hui, après 14 ans de travail et de construction de ce que Gottfried Honnegger et Sybil
Albers ont appelé une « utopie concrète », c’est la générosité et la radicalité de leur
engagement s’affirme, au travers d’une donation majeure et la construction d’un bâtiment «
manifeste », propre à l’abriter et à en exprimer les valeurs : celles d’un art concret porteur
d’un véritable projet social.

La collection constituée par Gottfried Honegger et Sybil Albers est en tous points exemplaire.

Riche d’oeuvres historiques et fondatrices, elle est aussi un pari pour demain. Forte de
références nécessaires, elle se nourrit encore, au gré de leurs passions, de noms parfois
méconnus qui brisent avec une grande liberté d’allure la conception univoque de l’histoire de
l’art.

On trouvera ici des oeuvres magnifiques des protagonistes de l’art abstrait et des avant-gardes
historiques.

Elles sont là comme autant de fondamentaux auxquels répondent les ensembles exceptionnels
de Gottfried Honegger lui-même, mais aussi Aurelie Nemours ou François Morellet qui
témoignent tous de la diffusion et des perspectives qu’offrent un art résolument anti-figuratif.

Mais la collection de Gottfried Honegger et Sybil Albers s’ouvrent aussi aux protagonistes
des mouvances conceptuelles, minimales ou liées aux premiers travaux de Buren, de Bernar
Venet ou Claude Rutault. Mais aussi aux grands artistes américains, de Richard Serra à Dan
Flavin.

La collection Gottfried Honegger et Sybil Albers offre ainsi la constante possibilité d’un
dialogue entre oeuvres venues d’horizons différents, entre propositions théoriques et contextes
sociologiques et politiques spécifiques.

Les formidables expositions organisées depuis plus de dix ans maintenant au château de
Mouans-Sartoux, ont permis de tracer des perspectives plus contemporaines, à la rencontre de
territoires inexplorés. Ici l’Art concret n’appartient plus à l’Histoire : il est sans cesse à
réinventer, par mille expérimentations. Oui, Mouans-Sartoux est un laboratoire.

Alors, on ne s’étonnera pas de trouver en contrepoint d’un bel ensemble de mobiliers du XXe
siècle, les multiples d’Yves Klein, ou les exceptionnels ensembles de Bernard Aubertin…
tous essentiels à la perception d’« un art aux implications collectives et sociales ».

C’est aussi de cette dimension-là – c’est d’abord de cette dimension là, devrais-je dire – que
témoigne la démarche généreuse de Gottfried Honegger et Sybil Albers.
Je tiens à leur exprimer toute ma reconnaissance. Le choix qu’ils ont fait de donner leur
collection à la France, honore d’autant plus notre pays que nous savons leur attachement à
Zurich. Il nous honore. Il nous oblige. Je tiens ici à le leur redire très solennellement.

Je veux aussi exprimer ma gratitude à leurs enfants, Lucas, Philip, Vincent et Ines Albers, à
Cornelia Hesse et à Bettina Egger pour avoir soutenu le choix de Sybil Albers et de Gottfried
Honegger de donner leur collection et de s’engager aussi fortement dans la voie qu’ils ont
ouverte à Mouans-Sartoux. Une voie d’autant plus féconde qu’elle allie création artistique,
pédagogie et recherche.

Je sais la compréhension rencontrée pour ce projet par le département culturel du ministère de
l’intérieur et la fondation suisse Albers-Barrier. Je les en remercie vivement.

Gottfried Honegger et Sybil Albers ont su faire partager l’enjeu de la voie qu’ils traçaient : la
donation d’Aurélie Nemours a été faite sur la double motivation des liens affectifs qui l’ont
toujours unie à Gottfried et à Sybil, et de la confiance qu’elle avait en un projet qui présentait
enfin l’art concret reconnu et vivant dans le patrimoine français.

Je veux aussi saluer le geste de Catherine et Gilbert Brownstone. Il est celui de
collectionneurs convaincus que les oeuvres d’art doivent être partagées avec le public.

Les architectes Mike Guyer et Annette Gigon ont traduit brillamment tout l’enjeu de la
collection. Le volume architectural affirme l’identité de la donation. Les espaces créés, la
juste proportion des salles avec leurs larges ouvertures sur le paysage participent à la
réception de l’oeuvre.

Pour ce projet unique et fondamental, je me réjouis de voir la force de l’initiative privée aux
côtés des pouvoirs publics. Cette donation illustre l’importance du mécénat que je souhaite
particulièrement encourager.

Je me réjouis aussi de voir aux côtés de la ville, l’Etat, le Conseil régional Provence-Alpes
Côte d’Azur et le Conseil général des Alpes-Maritimes, conjuguer leurs énergies vers un
même but, que je tiens pour essentiel : rapprocher nos concitoyens des oeuvres et de l’art.

Je tiens aussi à remercier le président Jean-Philippe Billarant, la directrice, Dominique
Boudou et toute leur équipe de l’Espace de l’Art Concret.

Je ne saurais conclure sans vous dire combien je suis frappé aujourd’hui par le public,
nombreux, par la forte présence des artistes et par celle de tous ceux qui se sont impliqués
dans le projet à vos côtés, chers Gottfried et Sybil, cher André Aschieri.

Votre présence à tous
est un magnifique cadeau.

Elle est une magnifique promesse d’avenir.

Je vous remercie.

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