Discours de RDDV à l'AG des chambres Françaises de commerce et d'industrie
Je suis très heureux et très honoré de participer à lAssemblée générale de lAssemblée des Chambres Françaises de Commerce et dIndustrie. Dautant que cest une première. Cest une première pour moi personnellement. Cest aussi la première fois, semble t-il, quun ministre de la culture intervient devant vous.
Je tiens à remercier très chaleureusement le Président Bernardin de mavoir offert cette tribune exceptionnelle.
Cest loccasion, pour le ministre que je suis, de souligner le rôle des entreprises que vous représentez dans la vie culturelle de notre pays.
Car si la culture a, dans notre pays, toujours été laffaire de lEtat, puis, également des collectivités territoriales, la richesse et la diversité de notre culture est le fait de la société toute entière, de cette société dite civile, où les entreprises sont au premier rang pour créer et développer les richesses et les activités qui font vivre léconomie. Une économie faite dhommes et de femmes qui produisent, consomment, sadonnent à des loisirs, partagent des rêves et des activités créatrices qui sont, pour la plupart dentre elles, de lordre de la culture et de la communication.
Quelles que soient les responsabilités de lEtat dans le domaine culturel, responsabilités que jassume et que je défends, le monde de la culture et de la communication puise son dynamisme, sa créativité, sa vitalité dans ce vaste engagement de toute la société.
Et cest, au fond, ce que je suis venu vous dire aujourdhui : il ny a pas dun côté le monde de la culture et de la communication et de lautre le monde de lentreprise. Ces deux mondes ne sont pas clos. Ils sont ouverts lun à lautre et cest heureux. Ils dialoguent et notre rencontre daujourdhui sinscrit dans ce dialogue. Ils construisent ensemble de belles choses et je vais y revenir dans un instant.
La culture est création. La culture est échange. La culture est commerce, au sens où on lentendait de la Renaissance au siècle des Lumières, cest-à-dire un commerce entre les hommes, un ensemble de relations à autrui et avec la société. La culture est industrie. Elle est art. Elle est technique. Cela nest plus contesté aujourdhui : il y a des biens culturels qui sont souvent des biens immatériels, des biens collectifs, des biens communs. Il y a aussi des produits et des consommations, issus des industries culturelles qui représentent une part croissante, sur longue période, de notre économie, par les emplois directs et indirects, par le chiffre daffaires, la création de valeur, les exportations qui en découlent.
Rappelons quelques chiffres que peu de gens connaissent : plus de 360 000 salariés déclarés dans le spectacle vivant, dont plus de 100 000 intermittents. Mais aussi, 4,7 milliards deuros de chiffre daffaires en 2003 pour le livre, 1,7 milliards pour le disque, 1,3 milliards pour le cinéma, pour ne citer que ces quelques exemples.
Mais aussi douze millions dentrées dans les musées nationaux et des dizaines de millions de touristes et de visiteurs qui viennent, chaque année, admirer les monuments de notre patrimoine, patrimoine de lEtat, des collectivités, des propriétaires privés de notre pays, mais avant tout patrimoine de lhumanité.
Léconomie de la culture, cest tout cela bien sûr et plus encore : dans lère de la connaissance et de lintelligence où nous sommes entrés, la culture est plus quun « supplément dâme », elle est un atout majeur dans la qualité de la vie et de la formation de tous ceux qui vivent et travaillent en France.
Elle est un atout décisif, jen suis convaincu, non seulement pour attirer les touristes et les participants aux congrès, et vous savez combien ces activités, dont vous êtes souvent responsables, sont importantes pour le rayonnement de notre pays.
La culture est aussi un facteur de lattractivité de la France, dans la compétition internationale, pour tous ceux qui veulent y travailler, y investir, y déployer leur enthousiasme et leur talent au service de léconomie.
La culture est donc bien plus que ce que les économistes appellent une « externalité », cest-à-dire ce qui nest pas quantifiable, au sens comptable. Même si notre connaissance de léconomie de la culture a beaucoup progressé, nous nous employons, avec tous les organismes concernés à mieux cerner les chiffres, notamment de lemploi culturel.
Mais au-delà, il y a ce facteur qualitatif, difficile à évaluer précisément, mais très vivement ressenti, qui fait de la culture un « plus », une valeur humaine ajoutée, une contribution au mieux vivre, au vivre ensemble, à la cité. Un « plus » décisif, une valeur inestimable, une émotion partagée : oui, la culture est tout cela et davantage encore. Elle fait partie de la vie, elle nest pas à côté de la vie.
Cest pourquoi elle nest pas un « luxe », qui viendrait par surcroît. On parle parfois des « retombées » de telle ou telle manifestation culturelle sur lenvironnement économique. Jai tendance à penser au contraire, comme beaucoup délus locaux et dhabitants, et je sais ce sentiment partagé par de nombreux représentants consulaires et chefs dentreprises, que la culture offre plus que des « retombées » et même que des « contreparties » : parce quelle est à la source.
Vous représentez les entreprises de toutes tailles et vous agissez avec elles, notamment dans le domaine des infrastructures qui facilitent leur développement. Vous êtes donc concernés au premier chef par la vitalité de la culture.
Car le dialogue entre le monde de la culture et le monde de lentreprise est fondé sur un échange réciproque.
Cest pourquoi je tiens à vous exprimer la reconnaissance de lEtat, pour léminente contribution que les entreprises apportent collectivement à la vie culturelle en France.
En effet, le mécénat culturel est le premier mécénat dentreprise dans notre pays. Toutes causes confondues, les entreprises apportent environ 350 millions deuros par an aux actions dintérêt général dont 57 % sont affectés aux actions culturelles, soit environ 200 millions deuros.
Ce sont plus de mille entreprises françaises qui sont recensées comme actives en matière de mécénat culturel. Ce domaine sest développé depuis les années quatre-vingts, lentement mais continûment, grâce notamment à laction inlassable de Jacques Rigaud, auquel je tiens à rendre hommage en sa double qualité de chef dentreprise et de pionnier.
Et je tiens à lui emprunter cette citation : « le mécénat dentreprise doit être un des éléments du langage de lentreprise, une des voies par lesquelles elle décide de dialoguer avec la société, de se définir par rapport à elle ».
Cette prise de conscience progressive est le fruit dun long cheminement, qui a abouti à un nouvel élan pour le mécénat.
Le Président de la République et le Premier Ministre se sont engagés à libérer les initiatives, en invitant plus largement tous les acteurs de notre société à simpliquer en faveur du mécénat. Le Parlement a voté cette grande avancée qui dote notre pays, depuis le 1er août dernier, dune loi moderne et exemplaire à bien des égards, en comparaison avec nos pays voisins.
Cest un acte de confiance des pouvoirs publics envers la prise de responsabilité de chaque citoyen et des chefs dentreprises en particulier : tout engagement au titre du mécénat sera très largement accompagné par lEtat.
Jusquen août dernier, toute forme de partenariat, de concours, de sponsorisation… faisait fiscalement lobjet dune facturation imputée aux frais généraux de lentreprise, soit en déduction de son revenu imposable, ce qui revenait à lui accorder un allègement fiscal de 33,3 %.
Aujourdhui, la loi prévoit que lentreprise bénéficie dune véritable REDUCTION DIMPÔT de 60 % du montant de son don, dans la limite de 0,5 % de son chiffre daffaires. Cette disposition qui double quasiment lavantage fiscal et le plafond par rapport à la situation antérieure ouvre de très larges perspectives. En outre, lentreprise peut désormais sans équivoque bénéficier de contreparties.
Car le mécénat est la preuve par lexcellence de lengagement de lentreprise dans la société.
Aujourdhui souvre la « semaine du développement durable », à linitiative de mon collègue Serge Lepeltier.
Je tiens à vous le dire : parce quil est au centre dune démarche douverture et de coopération, parce quil soutient des actions dintérêt général, de solidarité, parce quil engage sur le long terme, et quil promeut linnovation, le mécénat entre en résonance directe avec les objectifs de "développement durable" de vos entreprises.
Lacte de mécénat est un vecteur efficace dimplication des salariés dans un projet culturel partagé. Nous sommes bien loin de lacte philanthropique libérateur des consciences, qui pouvait être considéré comme le « luxe » dun président des temps prospères ! Le mécénat peut désormais trouver sa place au sein de la stratégie de chacune de vos entreprises.
Jen veux pour preuve les pratiques des agences de notation extra-financière, spécialistes de la responsabilité sociétale des entreprises, qui portent un regard attentif à lévaluation de la politique de mécénat.
Pour lune dentre elles, franco-anglaise, le mécénat fait même partie des "actifs immatériels de lentreprise". Il constitue une réponse au risque de réputation. Il génère une valeur ajoutée locale et globale.
Pour une autre société de notation sociale, dirigée par lancienne responsable dune grande centrale syndicale française, le mécénat est une preuve de lengagement sociétal. Il est intégré aux critères comme le développement économique des territoires, ou lengagement en faveur de lemploi local et de la formation.
Mais, au-delà de lapport considérable des grandes entreprises qui sont la « cible » des agences de notation, je suis convaincu – et cest cette conviction que je suis venu partager avec vous – que le véritable gisement dun nouveau type de mécénat est celui des PME. Cest pourquoi je tiens à ce que le ministère de la culture et de la communication sinvestisse avec vous, sur ce sujet, dans nos territoires.
Les rencontres dont il ma été rendu compte, entre les acteurs culturels et les entreprises, région par région, nous renforcent dans cette conviction. Les chefs dentreprises confirment que la qualité de loffre culturelle sur un bassin économique donné est un facteur déterminant pour favoriser la vie de leurs employés et mieux approcher leur clientèle, exercer une attractivité meilleure sur des collaborateurs performants, et enfin développer, bien souvent, le tourisme local.
Soutenir la culture, cest être associé à lexcellence, à la qualité, à linnovation. Je ne vous citerai que quelques exemples significatifs, qui doivent nous encourager à poursuivre ensemble, avec mes services, ce tour de France du mécénat.
– A Marseille, cette association de "Mécènes du Sud", qui soutient les artistes contemporains de la cité Phocéenne, en captant lattention de nouveaux publics, en renforçant le sentiment de fierté et dappartenance de leurs salariés, en valorisant limage de leur ville.
– Cest laction de ces mécènes bretons, significative, lors de la vente publique récente dun célèbre pastel de Gauguin – représentant deux Bigoudènes – à Brest, pour loffrir au musée municipal de Pont-Aven.
– Cest aussi lengagement dune PME à Blois dont le PDG, non seulement préside le théâtre de la ville, mais en plus a créé un cercle de 22 entreprises mécènes pour relayer son action.
Jencourage cette floraison dinitiatives locales, qui réunissent acteurs culturels et acteurs économiques.
Ce rassemblement dénergies se prolonge dans des actions de formation, domaine où vous exercez dimportantes responsabilités.
Ainsi, mon ministère, pour la première fois, a engagé les écoles supérieures de commerce, à mobiliser leurs étudiants autour de la rédaction de mémoires sur le mécénat culturel.
Je compte bien dialoguer personnellement avec ces étudiants, leurs professeurs, en contact étroit avec le monde de lentreprise et nos directeurs régionaux des affaires culturelles, dès la rentrée prochaine. Je relève dailleurs avec beaucoup dintérêt que plusieurs écoles supérieures de commerce, dont les plus prestigieuses, offrent des formations initiales ou continues dans le domaine du management culturel.
Oui, je crois au développement du mécénat de proximité.
Sur chaque projet, entrepreneurs et créateurs doivent sasseoir à la même table pour bâtir un accompagnement qui dépasse la seule aide financière. Il convient, pour que cela marche, de mieux se connaître. Et cette découverte mutuelle, relativement récente, est riche de promesses.
Jai désigné un réseau de collaborateurs du ministère, pour activer ces rencontres dans toutes nos régions, tous nos départements. Ils sy sont activement préparés, sous la responsabilité de François Erlenbach, responsable de la mission mécénat place de Valois.
Je vous propose de participer à ce mouvement EN LINSCRIVANT DANS UNE CHARTE que nous pourrons élaborer ensemble, avec lassemblée des Chambres Françaises de Commerce et dIndustrie.
Je suggère que les thèmes de cette CHARTE à laquelle, si vous en êtes daccord, chaque chambre pourrait adhérer, consistent :
? à désigner, chambre par chambre (comme je viens dy procéder moi-même dans mes propres services) un "correspondant mécénat" devenant ainsi "linterlocuteur référent" des services décentralisés du ministère de la culture ;
– à impulser un programme dinformation, défini en commun des chefs dentreprises ;
– et à mettre en valeur ensemble, les « bonnes pratiques » et les expériences les plus réussies. Je nhésiterai pas à me déplacer pour exprimer ma gratitude localement, comme je lai fait aujourdhui collectivement devant vous.
Je souhaiterais que nous nous mettions au travail au plus vite, afin que nous puissions signer cette charte dici à la fin de lannée, et surtout la faire vivre, dans lensemble de nos territoires.
Cette œuvre pédagogique mapparaît nécessaire. Dans une conjoncture économique qui renoue progressivement avec la croissance, le mécénat dentreprise se développera dautant plus, certes, que les dispositions fiscales y sont très propices, mais surtout quil pénètrera les stratégies des décideurs. Je compte sur vous pour maider à tracer cette perspective.
Je tenais à vous le dire et à vous en remercier.
