Archives de 2004

Budget: hausse record pour la Culture, avec un effort pour les spectacles

22 septembre 2004

Le budget de la Culture (hors audiovisuel), établi à 2.787 MEUR, bénéficie dune hausse de 5,9% par rapport à 2004, la plus forte du projet de budget 2005, avec, en premier lieu, un effort particulier en faveur du spectacle vivant (théâtre, musique, danse etc)… Le budget de la Culture (hors audiovisuel), établi à 2.787 MEUR, bénéficie dune hausse de 5,9% par rapport à 2004, la plus forte du projet de budget 2005, avec, en premier lieu, un effort particulier en faveur du spectacle vivant (théâtre, musique, danse etc).

Ce budget, détaillé devant la presse par Renaud Donnedieu de Vabres, est présenté par le ministre de la Culture et de la Communication comme « courageux, attaquant de front les problèmes, dans une contrainte budgétaire forte ».

Sur une enveloppe de 753,39 millions deuros (741,60 en 2004), théâtre, musique, danse et spectacle vivant bénéficient dune « augmentation sensible des moyens dintervention et de subventions aux établissements publics »: 23,1 M EUR. Les moyens dintervention dans ce secteur auront progressé de 66 M EUR depuis 2002.

Deuxième priorité: le patrimoine qui, sur une enveloppe de 387,1 M EUR, se voit doter de 10 M EUR en autorisation de programmes conformément au plan pour le patrimoine monumental annoncé il y a un an. En outre, les crédits de paiement augmentent de 25 M EUR pour les monuments historiques.

Pour les musées (243,71 M EUR, contre 231,85), un nouvel effort important est consenti pour le musée des Arts Premiers, en vue de son ouverture au public en 2006 (8 M EUR en autorisations de programmes), et pour Versailles (15,8 M EUR).

Côté arts plastiques, le budget 2005 maintient également son effort dans le soutien à la création et aux aides en direction des artistes (+ 1,70 M EUR de mesures nouvelles, sur les 111,80 M EUR consacrés à ce poste).

Le livre et la lecture bénéficient de 8,66 M EUR de mesures nouvelles, destinées « à soutenir léconomie du livre, maintenir et ouvrir de nouveaux lieux, et améliorer les collections et le rayonnement avec la Bibliothèque nationale de France ».

Le budget des Archives, quant à lui, sélève à 29,5 M EUR, en progression de 5,7% par rapport à 2004, dont près des deux-tiers seront dévolus à la mise en route de deux bâtiments nouveaux à Pierrefitte et Fontainebleau.

La Culture entreprend aussi un chantier de numérisation du patrimoine, avec en priorité, celle des archives audiovisuelles de lINA (10 M EUR), tandis que 30 M EUR se verront attribués à léducation artistique et culturelle.

Inauguration de Villette Numérique

22 septembre 2004

Je veux ainsi revendiquer pour la culture sa place sur les réseaux. Le développement rapide de l’accès aux réseaux à haut-débit dans notre pays ne doit pas être une fin en soi, il doit notamment servir la diffusion de la culture, dans le respect des créateurs. Il appartient ainsi à tous les acteurs culturels, et au premier chef le ministère de la culture et de la communication, de se mobiliser pour occuper ce nouvel espace… En parcourant ce soir les expositions de Villette Numérique, j’ai été frappé par la richesse et la diversité des œuvres ici rassemblées. Créations sonores et visuelles, objets réels ou virtuels, les diverses formes d’art communiquent entre elles et sont rassemblées ici sur le thème du numérique.

Le numérique est en effet un nouvel outil au service de l’ouverture et du décloisonnement, une passerelle entre les diverses formes d’art, qui permet de créer des « objets nouveaux ». Les frontières deviennent floues entre le réel et le virtuel, entre l’œuvre et son public, puisque l’on voit même certaines œuvres interactives se saisir de leur public pour se transformer.

De nouveaux genres sont ainsi apparus, qui seront explorés dans le cadre de Villette Numérique : musique électronique, spectacle vivant multimédia, film d’animation et images de synthèse, jeu vidéo et œuvres multimédia. Abordés à leurs débuts sous un angle technique, tous ces genres dépassent progressivement ce stade pour prendre toute leur place dans notre culture et investir l’imaginaire et les pratiques culturelles de nos concitoyens.

Le numérique est une nouvelle passerelle entre les créateurs et leur public, parce que les réseaux permettent désormais à des artistes de rendre leurs œuvres accessibles au monde entier. En cela, il contribue à la nécessité, à laquelle je suis très attaché, d’accroître la diffusion et l’accessibilité de la culture à tous, parce que je crois que la culture est un ingrédient essentiel à l’identité et à la cohésion de notre société, et donc à la citoyenneté.

Je veux ainsi revendiquer pour la culture sa place sur les réseaux. Le développement rapide de l’accès aux réseaux à haut-débit dans notre pays ne doit pas être une fin en soi, il doit notamment servir la diffusion de la culture, dans le respect des créateurs. Il appartient ainsi à tous les acteurs culturels, et au premier chef le ministère de la culture et de la communication, de se mobiliser pour occuper ce nouvel espace.

Cela vaut tout autant pour la création nouvelle que pour notre patrimoine. La richesse de ce dernier était à l’honneur voici quelques jours, lors des Journées Européennes du Patrimoine, pendant lesquelles nos concitoyens ont pu avoir accès à plus de 17 000 sites ou animations qui leur ont été ouverts.
Le numérique doit désormais permettre au patrimoine de venir chez vous !

La numérisation du patrimoine n’est pas une fin en soi : au-delà de la sauvegarde de ce qui est notre mémoire, elle doit aussi faciliter son accès à tous. D’abord virtuelle, la découverte de cette richesse doit inciter chacun à aller la vivre dans le monde réel.

Création numérique, accès à la culture, numérisation du patrimoine, le numérique représente ainsi des enjeux forts pour la culture, qui appellent à une mobilisation des acteurs culturels. Mon ministère doit y jouer tout son rôle. C’est pourquoi je souhaite dès à présent engager les chantiers numériques, véritable feuille de route de l’action de mon ministère et de ses établissements publics.

J’identifie sur cette feuille de route dix chantiers prioritaires, qui correspondent aux principaux enjeux dans les trois domaines que j’ai évoqués.

Le premier axe de cette politique concerne le soutien à la création numérique :

1. Le ministère poursuivra le dispositif de soutien à la création multimédia, le Dicréam, tout en engageant une réforme visant à mieux associer les artistes à ses travaux, mieux valoriser et diffuser les œuvres sélectionnées, mieux cibler le soutien à quelques manifestations d’envergure et favoriser les liens avec des résidences ou centres d’arts. Le ministère amplifiera l’action de diffusion de la création numérique entreprise avec Villette Numérique. A l’occasion de ma visite en Chine à la mi-octobre, pour lancer l’année de la France en Chine, j’inaugurerai ainsi à Shanghai un festival pluridisciplinaire qui rassemble la jeune scène électronique et numérique française.

2. Je souhaite aussi montrer que de nouvelles formes d’œuvres multimédia, tel le jeu vidéo, ont droit de cité au ministère de la culture et de la communication. Le ministère a engagé depuis deux ans, via le CNC, une politique de soutien à ce secteur avec le Fonds d’Aide à l’Edition Multimédia (FAEM), dont les meilleurs projets feront bientôt l’objet d’une présentation. Ce dispositif sera reconduit, en menant une réflexion sur l’évolution du soutien à ce secteur très exposé à la concurrence internationale.

Le deuxième axe de cette politique en faveur du numérique concerne la diffusion de la culture, pour permettre son accès au plus grand nombre :

3. Le portail Culture.fr, lancé par le ministère en 2003, connaît un véritable succès, puisqu’il attire plus de 12 000 visiteurs par jour, ce qui montre qu’il correspond à une véritable attente du public en matière d’accès à la culture. Le portail devra franchir une nouvelle étape de son développement, pour devenir un véritable outil de travail coopératif, notamment avec les collectivités, avec l’objectif d’unifier et de simplifier l’accès aux bases de données du ministère et de doubler le nombre d’événements culturels recensé dans l’agenda. Il devra également devenir le moteur de recherche de référence du domaine culturel.

4. Lorsqu’il s’agit d’œuvres protégées, l’accès à la culture doit se faire dans le respect du droit d’auteur. C’est pourquoi je souhaite promouvoir la négociation contractuelle pour autoriser l’exploitation des œuvres sur Internet contre une rémunération adaptée. C’est un axe important de mon plan de lutte contre la piraterie, avec la charte « Musique et Internet » qui vise notamment à favoriser l’émergence de services de téléchargement légal de musique. Une démarche similaire est en cours dans le domaine du cinéma. Le ministère va contribuer à bâtir des accords pour développer de nouveaux usages en ligne par l’éducation nationale et les bibliothèques (dans le cadre de la mission Stasse).

5. L’année 2005 verra le démarrage de la Télévision Numérique de Terre, c’est à dire la télévision en qualité numérique, avec plus de chaînes, reçue par l’antenne télé habituelle, pour autant que l’on s’équipe d’un décodeur spécifique dont le prix sera accessible à tous. Le ministère devra participer, aux côtés du CSA, aux efforts de pédagogie nécessaires pour que chacun de nos concitoyens sache comment bénéficier de cette nouvelle offre et ce qu’elle lui apporte.

6. Le réseau de Recherche et d’Innovation en Audiovisuel et Multimédia RIAM, que finance le ministère, sera relancé en 2005. Ce réseau, auxquels sont associés les ministères chargés de l’industrie et de la recherche, ainsi que les professionnels, vise à soutenir les projets de recherche partenariale dans le domaine de l’audiovisuel et du multimédia.

Le troisième axe de cette politique concerne la numérisation du patrimoine, dans le souci de permettre sa sauvegarde mais aussi de favoriser son accès à tous :

7. Le chantier le plus urgent concerne la numérisation des archives audiovisuelles de l’INA, car les supports utilisés se dégradent très vite (c’est ce qu’on appelle le syndrome du vinaigre). Le budget de l’INA, que j’annoncerai demain, sera significativement augmenté pour permettre de quasiment doubler le rythme de numérisation des archives, rattraper le processus de dégradation et éviter la perte irrémédiable de cette mémoire audiovisuelle. Cette numérisation doit également s’accompagner de la préfiguration d’un service de type « vidéo à la demande » permettant l’accès de tous à cette mémoire collective.

8. La Bibliothèque Nationale de France développera la numérisation de ses fonds d’images et de sons. Cet effort doit s’organiser selon une véritable stratégie concertée, définie dans la charte documentaire de la BNF, afin de cibler les fonds prioritaires et d’assurer la cohérence du patrimoine numérisé. A titre d’exemple, la BNF va numériser la collection du Bulletin des lois, récemment donnée par l’ENA à la BNF et qui est notre mémoire républicaine. La plateforme technique de la BNF sera renforcée, afin d’augmenter sa capacité de mémoire mais aussi d’accélérer l’accès à sa bibliothèque numérique en ligne Gallica. La BNF développera également une politique de partenariats, afin de mutualiser les catalogues avec d’autres bibliothèques et d’en faciliter l’accès.

9. Plus largement, l’ensemble du ministère développera son effort de numérisation. Face à l’ampleur de la tâche, notre stratégie est claire : cibler les documents selon leur intérêt ou leur fragilité et accentuer la diffusion de ce patrimoine numérisé. A titre d’exemple, le magnifique fonds des enluminures, qui permet l’accès via Internet à 14 000 photos, devrait parvenir à 80 000 à la fin de l’année. Cet effort n’oubliera pas le patrimoine contemporain, puisque le Fonds National d’Art Contemporain va numériser sa collection d’œuvres vidéo, ni les archives, notamment les témoignages oraux recueillis par la Fondation pour la Mémoire de la Déportation.

10. Je suis particulièrement attaché à l’archivage du web, car c’est la mémoire d’une époque que l’on sauvegarde. D’ores et déjà des expérimentations ont eu lieu, ciblant notamment les sites politiques ou d’information, et devront être développées pour explorer de nouveaux domaines, comme les « weblogs », ces journaux personnels sur le web. Cette préparation est nécessaire afin de permettre une mise en place effective du dépôt légal le plus rapidement possible après le vote de la loi sur le droit d’auteur.

L’ensemble de ces dix chantiers définissent le plan de marche du ministère dans le domaine du numérique. Ces efforts doivent contribuer à donner à la culture toute sa place dans l’univers des technologies numériques. Cette démarche volontaire, tournée vers les publics, équilibrant soutien à la création et sauvegarde de la mémoire collective, est à l’image de la politique que je veux mener dans ce ministère.

Donnedieu de Vabres lance 10 "chantiers" dans le numérique

22 septembre 2004

Le numérique est « une nouvelle passerelle entre les créateurs et leur public » et doit contribuer à une plus grande diffusion de la culture, a estimé le ministre en inaugurant les expositions Villette Numérique… le ministre de la Culture et de la Communication Renaud Donnedieu de Vabres a annoncé mardi à Paris le lancement de 10 « chantiers » dans le domaine du numérique
Ils sont centrés sur la numérisation du patrimoine culturel, la diffusion de la culture et laide à la création.

Le numérique est « une nouvelle passerelle entre les créateurs et leur public » et doit contribuer à une plus grande diffusion de la culture, a estimé le ministre en inaugurant les expositions Villette Numérique.

Avec le numérique, a souligné le ministre, « de nouveaux genres (de créations) sont apparus: musique électronique, spectacle vivant multimédia, film danimation et images de synthèse, jeu vidéo et oeuvres multimédia. Abordés à leurs débuts sous un angle technique, tous ces genres dépassent progressivement ce stade pour prendre toute leur place dans notre culture et investir limaginaire et les pratiques culturelles de nos concitoyens ».

« Le développement rapide de laccès aux réseaux à haut-débit dans notre pays ne doit pas être une fin en soi, il doit notamment servir la diffusion de la culture, dans le respect des créateurs », a poursuivi M. Donnedieu de Vabres.

Il a souligné que cette démarche de décloisonnement valait aussi bien pour le patrimoine que pour la création contemporaine.

La biennale Villette Numérique, qui propose des expositions, des conférences, des concerts et des spectacles est ouverte jusquau 3 octobre (www.villette-numerique.com)

Inauguration de Villette Numérique

21 septembre 2004

Mesdames et messieurs,

En parcourant ce soir les expositions de Villette Numérique, j’ai été frappé par la richesse et
la diversité des oeuvres ici rassemblées. Créations sonores et visuelles, objets réels ou
virtuels, les diverses formes d’art communiquent entre elles et sont rassemblées ici sur le
thème du numérique.

Le numérique est en effet un nouvel outil au service de l’ouverture et du décloisonnement,
une passerelle entre les diverses formes d’art, qui permet de créer des « objets nouveaux ».

Les frontières deviennent floues entre le réel et le virtuel, entre l’oeuvre et son public,
puisque l’on voit même certaines oeuvres interactives se saisir de leur public pour se
transformer.

De nouveaux genres sont ainsi apparus, qui seront explorés dans le cadre de Villette
Numérique : musique électronique, spectacle vivant multimédia, film d’animation et images
de synthèse, jeu vidéo et oeuvres multimédia. Abordés à leurs débuts sous un angle
technique, tous ces genres dépassent progressivement ce stade pour prendre toute leur
place dans notre culture et investir l’imaginaire et les pratiques culturelles de nos
concitoyens.

Le numérique est une nouvelle passerelle entre les créateurs et leur public, parce que les
réseaux permettent désormais à des artistes de rendre leurs oeuvres accessibles au monde
entier. En cela, il contribue à la nécessité, à laquelle je suis très attaché, d’accroître la
diffusion et l’accessibilité de la culture à tous, parce que je crois que la culture est un
ingrédient essentiel à l’identité et à la cohésion de notre société, et donc à la citoyenneté.

Je veux ainsi revendiquer pour la culture sa place sur les réseaux. Le développement rapide
de l’accès aux réseaux à haut-débit dans notre pays ne doit pas être une fin en soi, il doit
notamment servir la diffusion de la culture, dans le respect des créateurs. Il appartient ainsi à
tous les acteurs culturels, et au premier chef le ministère de la culture et de la
communication, de se mobiliser pour occuper ce nouvel espace.

Cela vaut tout autant pour la création nouvelle que pour notre patrimoine. La richesse de ce
dernier était à l’honneur voici quelques jours, lors des Journées Européennes du Patrimoine,
pendant lesquelles nos concitoyens ont pu avoir accès à plus de 17 000 sites ou animations
qui leur ont été ouverts.

Le numérique doit désormais permettre au patrimoine de venir chez vous !

La numérisation du patrimoine n’est pas une fin en soi : au-delà de la sauvegarde de ce qui
est notre mémoire, elle doit aussi faciliter son accès à tous. D’abord virtuelle, la découverte
de cette richesse doit inciter chacun à aller la vivre dans le monde réel.

Création numérique, accès à la culture, numérisation du patrimoine, le numérique représente
ainsi des enjeux forts pour la culture, qui appellent à une mobilisation des acteurs culturels.

Mon ministère doit y jouer tout son rôle. C’est pourquoi je souhaite dès à présent engager les
chantiers numériques, véritable feuille de route de l’action de mon ministère et de ses
établissements publics.

J’identifie sur cette feuille de route dix chantiers prioritaires, qui correspondent aux
principaux enjeux dans les trois domaines que j’ai évoqués.

Le premier axe de cette politique concerne le soutien à la création numérique :

1. Le ministère poursuivra le dispositif de soutien à la création multimédia, le Dicréam, tout
en engageant une réforme visant à mieux associer les artistes à ses travaux, mieux valoriser
et diffuser les oeuvres sélectionnées, mieux cibler le soutien à quelques manifestations
d’envergure et favoriser les liens avec des résidences ou centres d’arts. Le ministère
amplifiera l’action de diffusion de la création numérique entreprise avec Villette Numérique. A
l’occasion de ma visite en Chine à la mi-octobre, pour lancer l’année de la France en Chine,
j’inaugurerai ainsi à Shanghai un festival pluridisciplinaire qui rassemble la jeune scène
électronique et numérique française.

2. Je souhaite aussi montrer que de nouvelles formes d’oeuvres multimédia, tel le jeu vidéo,
ont droit de cité au ministère de la culture et de la communication. Le ministère a engagé
depuis deux ans, via le CNC, une politique de soutien à ce secteur avec le Fonds d’Aide à
l’Edition Multimédia (FAEM), dont les meilleurs projets feront bientôt l’objet d’une
présentation. Ce dispositif sera reconduit, en menant une réflexion sur l’évolution du soutien
à ce secteur très exposé à la concurrence internationale.

Le deuxième axe de cette politique en faveur du numérique concerne la diffusion de la
culture, pour permettre son accès au plus grand nombre.

3. Le portail Culture.fr, lancé par le ministère en 2003, connaît un véritable succès, puisqu’il
attire plus de 12 000 visiteurs par jour, ce qui montre qu’il correspond à une véritable attente
du public en matière d’accès à la culture. Le portail devra franchir une nouvelle étape de son
développement, pour devenir un véritable outil de travail coopératif, notamment avec les
collectivités, avec l’objectif d’unifier et de simplifier l’accès aux bases de données du
ministère et de doubler le nombre d’événements culturels recensé dans l’agenda. Il devra
également devenir le moteur de recherche de référence du domaine culturel.

4. Lorsqu’il s’agit d’oeuvres protégées, l’accès à la culture doit se faire dans le respect du
droit d’auteur. C’est pourquoi je souhaite promouvoir la négociation contractuelle pour
autoriser l’exploitation des oeuvres sur Internet contre une rémunération adaptée. C’est un
axe important de mon plan de lutte contre la piraterie, avec la charte « Musique et Internet »
qui vise notamment à favoriser l’émergence de services de téléchargement légal de
musique. Une démarche similaire est en cours dans le domaine du cinéma. Le ministère va
contribuer à bâtir des accords pour développer de nouveaux usages en ligne par l’éducation
nationale et les bibliothèques (dans le cadre de la mission Stasse).

5. L’année 2005 verra le démarrage de la Télévision Numérique de Terre, c’est à dire la
télévision en qualité numérique, avec plus de chaînes, reçue par l’antenne télé habituelle,
pour autant que l’on s’équipe d’un décodeur spécifique dont le prix sera accessible à tous.

Le ministère devra participer, aux côtés du CSA, aux efforts de pédagogie nécessaires pour
que chacun de nos concitoyens sache comment bénéficier de cette nouvelle offre et ce
qu’elle lui apporte.

6. Le réseau de Recherche et d’Innovation en Audiovisuel et Multimédia RIAM, que finance
le ministère, sera relancé en 2005. Ce réseau, auxquels sont associés les ministères
chargés de l’industrie et de la recherche, ainsi que les professionnels, vise à soutenir les
projets de recherche partenariale dans le domaine de l’audiovisuel et du multimédia.

Le troisième axe de cette politique concerne la numérisation du patrimoine, dans le souci de
permettre sa sauvegarde mais aussi de favoriser son accès à tous :

7. Le chantier le plus urgent concerne la numérisation des archives audiovisuelles de l’INA,
car les supports utilisés se dégradent très vite (c’est ce qu’on appelle le syndrome du
vinaigre). Le budget de l’INA, que j’annoncerai demain, sera significativement augmenté
pour permettre de quasiment doubler le rythme de numérisation des archives, rattraper le
processus de dégradation et éviter la perte irrémédiable de cette mémoire audiovisuelle.

Cette numérisation doit également s’accompagner de la préfiguration d’un service de type «
vidéo à la demande » permettant l’accès de tous à cette mémoire collective.

8. La Bibliothèque Nationale de France développera la numérisation de ses fonds d’images
et de sons. Cet effort doit s’organiser selon une véritable stratégie concertée, définie dans la
charte documentaire de la BNF, afin de cibler les fonds prioritaires et d’assurer la cohérence
du patrimoine numérisé. A titre d’exemple, la BNF va numériser la collection du Bulletin des
lois, récemment donnée par l’ENA à la BNF et qui est notre mémoire républicaine. La
plateforme technique de la BNF sera renforcée, afin d’augmenter sa capacité de mémoire
mais aussi d’accélérer l’accès à sa bibliothèque numérique en ligne Gallica. La BNF
développera également une politique de partenariats, afin de mutualiser les catalogues avec
d’autres bibliothèques et d’en faciliter l’accès.

9. Plus largement, l’ensemble du ministère développera son effort de numérisation. Face à
l’ampleur de la tâche, notre stratégie est claire : cibler les documents selon leur intérêt ou
leur fragilité et accentuer la diffusion de ce patrimoine numérisé. A titre d’exemple, le
magnifique fonds des enluminures, qui permet l’accès via Internet à 14 000 photos, devrait
parvenir à 80 000 à la fin de l’année. Cet effort n’oubliera pas le patrimoine contemporain,
puisque le Fonds National d’Art Contemporain va numériser sa collection d’oeuvres vidéo, ni
les archives, notamment les témoignages oraux recueillis par la Fondation pour la Mémoire
de la Déportation.

10. Je suis particulièrement attaché à l’archivage du web, car c’est la mémoire d’une époque
que l’on sauvegarde. D’ores et déjà des expérimentations ont eu lieu, ciblant notamment les
sites politiques ou d’information, et devront être développées pour explorer de nouveaux
domaines, comme les « weblogs », ces journaux personnels sur le web. Cette préparation
est nécessaire afin de permettre une mise en place effective du dépôt légal le plus
rapidement possible après le vote de la loi sur le droit d’auteur.

L’ensemble de ces dix chantiers définissent le plan de marche du ministère dans le domaine
du numérique. Ces efforts doivent contribuer à donner à la culture toute sa place dans
l’univers des technologies numériques. Cette démarche volontaire, tournée vers les publics,
équilibrant soutien à la création et sauvegarde de la mémoire collective, est à l’image de la
politique que je veux mener dans ce ministère.

Je vous remercie.

La région Centre signe la 1ère convention Etat-région sur le cinéma

21 septembre 2004

« Le partenariat que nous mettons aujourdhui en place entre lÉtat, la Région et le CNC, a principalement pour but de donner aux producteurs de cinéma un nouvel outil qui puisse les aider à réaliser leurs projets, en incitant les collectivités à créer des fonds de soutien à la production cinématographique », a déclaré le ministre… Le ministre de la Culture Renaud Donnedieu de Vabres a signé lundi à Orléans avec le président de la région Centre Michel Sapin la première convention Etat-Région sur le développement cinématographique.

Cette convention triennale (2004-2006) est destinée à dynamiser le dispositif régional de soutien à la production cinématographique dans toutes ses composantes (écriture, développement, production).

Aux termes de cette convention, lEtat sengage à apporter une contribution financière en vue dinciter et de soutenir linvestissement des collectivités territoriales dans la production cinématographique.

Le Centre national de la Cinématographie (CNC) apportera un euro pour deux euros investis par la région, soit au total 50% de leffort investi par les collectivités territoriales.

« Le partenariat que nous mettons aujourdhui en place entre lÉtat, la Région et le CNC, a principalement pour but de donner aux producteurs de cinéma un nouvel outil qui puisse les aider à réaliser leurs projets, en incitant les collectivités à créer des fonds de soutien à la production cinématographique », a déclaré le ministre.

« Nos paysages, notre patrimoine architectural, sont des richesses que le cinéma doit sapproprier », a-t-il ajouté.

Une dizaine de conventions régionales devraient être signées dici la fin de lannée.

Signature de la première convention Etat / CNC / Région sur le Développement cinématographique

20 septembre 2004

Monsieur le Préfet,

Monsieur le Président,

Madame la Directrice générale adjointe,

[…]

Chers amis,

C’est avec une grande joie que je viens aujourd’hui à Orléans, car ensemble, aux côtés de
Michel Sapin, Président de la Région Centre, d’André Viau, Préfet de la Région Centre, de
Monique Barbaroux, Directrice générale adjointe du CNC, nous allons donner vie à
l’ambitieux projet que mon prédécesseur, Jean-Jacques Aillagon, avait imaginé pour
améliorer le financement du cinéma et inciter les producteurs à installer leurs tournages dans
notre pays, alors que nous observons une forte tendance à la délocalisation. Nous allons en
effet signer ensemble la première des conventions triennales de développement
cinématographique et audiovisuel pour la période 2004-2006. La Région Centre est une
nouvelle fois pionnière en matière de soutien à la création cinématographique et je tiens ici à
saluer le formidable engagement de Michel Sapin au service de la culture et du
renouvellement des talents.

Le partenariat que nous mettons aujourd’hui en place entre l’État, la Région et le CNC, a
principalement pour but de donner aux producteurs de cinéma un nouvel outil qui puisse les
aider à réaliser leurs projets. En incitant les collectivités à créer des fonds de soutien à la
production cinématographique, auxquels l’État apportera une contribution financière et une
véritable expertise, les pouvoirs publics affirment plus que jamais leur attachement à la
vitalité et à la diversité du cinéma. Notre cinéma, n’en doutons pas, est notre richesse. Il est
fort, d’une manière tout à fait unique, de la grande variété de ses oeuvres, qu’il s’agisse de
courts métrages ou de longs métrages. Les Régions, et particulièrement la Région Centre, ont
déjà beaucoup fait en faveur de la création, en soutenant prioritairement la réalisation de
courts métrages et en apportant un fort appui aux projets au stade de l'écriture et du
développement. Aujourd’hui, grâce aux conventions triennales, elles pourront se tenir aux
côtés des producteurs de longs métrages et les aider dans ces entreprises si difficiles que sont
les films.

Je parlais à l’instant de notre attachement à la diversité du cinéma français. Je voudrais
simplement affirmer devant vous ma conviction profonde, qui est celle d’un amoureux du
cinéma. L’accompagnement que les pouvoirs publics n’ont cessé de garantir aux
professionnels du cinéma depuis presque soixante ans, en aidant les salles, en aidant les
producteurs, en améliorant sans cesse la réglementation du secteur, a permis à cette industrie,
à cet art, de se développer sereinement et d’exister aux yeux du monde comme l’une des plus
grandes cinématographies. C’est cette détermination sans faille des pouvoirs publics à faire
exister le cinéma qui a garanti ce formidable parcours que l’on nous envie dans de nombreux
pays.

Les collectivités ont aujourd’hui un rôle très important à jouer aux côtés de l’État pour
améliorer encore les chances de succès de nos créateurs et de nos entreprises. Nos paysages,
notre patrimoine architectural, sont des richesses que le cinéma doit s’approprier. Et les élus
ont bien compris qu’il y avait dans ce nouveau partenariat avec le cinéma une source de
développement indéniable. Il ne s’agit pas d’installer en Bourgogne le tournage d’un film que
son scénario situe à New York ou à Tokyo, et nous ne sommes pas réunis ici comme un club
chauviniste et nombriliste. Il est cependant indispensable, pour l’économie de notre pays, pour
ses industries techniques, pour l’emploi des intermittents du spectacle, pour les auteurs, que
nous puissions relocaliser un maximum de tournages sur notre territoire.

Les conventions triennales, qui reprennent les chantiers déjà amorcés par la précédente
génération de conventions tripartites, et qui prévoyaient des opérations d’éducation au
cinéma, et de soutien à la création, auxquelles je suis très attaché, vont conditionner l’octroi
d’un soutien financier de la Région à la localisation des dépenses. La délocalisation des
tournages est aujourd’hui excessive. Elle est motivée surtout par des enjeux financiers, et il
est effectivement avantageux en termes économiques d’employer des techniciens étrangers ne
bénéficiant pas des revenus et de la protection sociale que notre pays offre aujourd’hui. Il est
intéressant de profiter de tel abri fiscal dans un pays dont les décors ne sont pas si différents.

Je comprends les producteurs, mais je suis absolument décidé à tout mettre en oeuvre pour
qu’ils fassent désormais travailler nos techniciens, nos laboratoires, nos studios.

Vous le savez, et cette question est aujourd’hui au coeur du débat sur l’Europe, les
délocalisations inquiètent nos compatriotes. Elles les inquiètent à juste titre. Car elles mettent
notre économie en péril. La réponse que nous apportons aujourd’hui avec le soutien actif de la
Région Centre est je crois une réponse adaptée et qui aura des conséquences très positives,
non seulement sur le dynamisme de la production cinématographique française, mais aussi sur
notre économie, au bénéfice notamment des industries techniques.

Je voudrais profiter de cette tribune pour me féliciter d’une autre mesure, décidée elle aussi
par mon prédécesseur, et qui voit aujourd’hui le jour grâce au concours précieux de mon
collègue et ami Nicolas Sarkozy. Il s’agit du crédit d’impôt qui sera octroyé aux producteurs
qui font le choix de tourner en France. C’est une mesure elle aussi très importante et qui, cela
a pu se vérifier au cours de cette année, rencontre un vif succès. La dépense fiscale risque
d’ailleurs d’être supérieure à celle initialement prévue : je m’en réjouis pour le cinéma
français même si je sais que certaines dents grincent au Ministère des finances. Je suis
convaincu que la grandeur du cinéma français mérite quelques efforts de la part de l’État. Ces
efforts sont grandement récompensés par la qualité des films français, dont un grand nombre
parcourt les festivals et remporte de belles récompenses, comme récemment encore à Venise.

La grandeur de la culture française est à ce prix, et au-delà, car elle n’a pas de prix. Elle est le
fruit de l’histoire et d’une création qui aujourd’hui brille par son foisonnement. Nous avons
collectivement cette ambition de donner à nos créateurs, à nos scénaristes, à nos metteurs en
scène, les moyens de conduire d’ambitieux projets qui, en fin de compte, au-delà du prestige
qu’ils apportent légitimement à leurs auteurs, enrichissent notre patrimoine et grandissent
notre nation. Je suis profondément convaincu que cette vitalité artistique doit être préservée.

À côté de nous, en Europe, mais aussi au-delà, dans le monde, nous devons faire en sorte que
cet amour de la diversité culturelle, cette passion pour l’art, qui ne fait que grandir l’humanité,
essaime, et que l’on nous rejoigne pour ce combat qui finalement ne combat personne. Nous
nous battons tous pour disposer chacun du droit fondamental à exister, à être, et finalement à
échanger, à partager.

Le cinéma, comme tous les arts, est un message de tolérance et de paix. Nous en avons besoin
aujourd’hui plus que jamais. Cette convention est un jalon, elle est une pierre de l’édifice que
nous bâtissons ensemble, pour la grandeur du cinéma et pour la culture.

L’INVITE DE ROLAND MIHAIL.

20 septembre 2004

RENAUD DONNEDIEU DE VABRES : Ecoutez, l’audiovisuel public fait beaucoup de choses pour diffuser au maximum des programmes à caractère culturel, pour faire en sorte que, dans l’information, le maximum soit donné à nos concitoyens tout simplement pour leur donner le goût de rentrer dans une salle de spectacles, dans un musée, d’acheter un livre, d’écouter de la musique… MATHIEU VIDARD : Roland MIHAIL bonjour. Vous recevez ce matin Renaud DONNEDIEU de VABRES.

ROLAND MIHAIL : Bonjour Renaud DONNEDIEU de VABRES.

RENAUD DONNEDIEU DE VABRES : Bonjour.

ROLAND MIHAIL : Cette année pour votre première journée du patrimoine en tant que nouveau ministre de la Culture et de la Communication, vous avez choisi de placer ces journées, les 21èmes, sous le signe des sciences et des techniques. Alors pourquoi ce choix ? Pourquoi avoir voulu donner un coup de projecteur au patrimoine scientifique ?

RENAUD DONNEDIEU DE VABRES : Parce que je pense que la culture est plurielle et qu’il faut montrer toutes les formes d’expression, d’attitudes, d’époques, et que surtout, derrière l’entretien de notre patrimoine, il y a des métiers scientifiques et techniques auxquels j’ai voulu donner un coup de projecteur parce qu’ils font un travail tout à fait exceptionnel et qu’ils font un métier plein d’avenir. Et puis, j’ai voulu faire en sorte, si vous voulez, que personne ne se sente exclu du concept de patrimoine et le patrimoine, pour moi, c’est quelque chose de vivant, ce n’est pas uniquement figé dans le plus beau vitrail que l’on admire à la cathédrale de Chartres et qu’il faut restaurer ou dans la façade d’ailleurs toute simple d’un café d’une commune rurale, c’est un grand ensemble.

ROLAND MIHAIL : Renaud DONNEDIEU de VABRES, est-ce que vous vous estimez aujourd’hui satisfait de l’état d’entretien, de la mise en valeur actuelle de notre patrimoine ?

RENAUD DONNEDIEU DE VABRES
: Alors, vous savez, si j’étais totalement satisfait, je serais complètement déconnecté de la réalité. Nous avons encore beaucoup d’efforts à faire parce que les Français sont fiers de notre patrimoine. Et ce patrimoine, il est immense. C’est la raison pour laquelle année après année, des chantiers très importants sont lancés mais évidemment, les besoins sont énormes et moi, mon objectif politique est de bien faire comprendre que je ne suis pas, comme je le dis sous forme d’humour, le ministre des vieilles pierres et des troubadours mais que la culture, le patrimoine, la création, c’est un potentiel stratégique très important de fierté, d’influence et aussi d’activités et d’ “ activités ” avec un “ s ”. Donc j’ai évidemment des besoins très importants à satisfaire et année après année, on le fait mais j’ai la franchise de dire que : évidemment, voilà, rien n’est jamais totalement suffisant même si je suis content de ce point de vue des arbitrages rendus par le Premier ministre.

ROLAND MIHAIL : Mais justement puisque vous parlez de budget, la prochaine loi de finances 2005 étant présentée mercredi, vous-même, est-ce que justement vous êtes satisfait de votre prochain budget, est-ce qu’il sera en progression ?

RENAUD DONNEDIEU DE VABRES
: Vous savez, je considère avoir de la chance parce que, dans la dureté des temps actuels, où l’on est obligé, et c’est logique, de faire des économies, le président de la République et le Premier ministre ont décidé de manière justement stratégique de faire en sorte que la culture soit épargnée par la dureté des temps.

ROLAND MIHAIL : C’est toujours une priorité de votre gouvernement ?

RENAUD DONNEDIEU DE VABRES : Pardon ?

ROLAND MIHAIL : La culture est-elle toujours une priorité de votre gouvernement ?

RENAUD DONNEDIEU DE VABRES : Absolument, absolument, plus que jamais parce que vous voyez bien d’ailleurs que, au-delà de la gestion d’un certain nombre de responsabilités techniques, dans le monde actuel, dans cette période de violence et d’affrontement, le lien, l’ouverture et le respect de chacun et la découverte de la légitimité, si vous voulez, de toutes les formes d’expression est un message politique essentiel aussi bien sur le plan national que sur le plan international. C’est d’ailleurs la raison pour laquelle j’ai choisi, et j’ai dit à ceux qui nous écoutent, qu’ils peuvent venir toute la journée rue de Valois, découvrir l’Edit de Nantes, symbole de la liberté de croyance, de la liberté religieuse, de la liberté de conscience et s’exprimer sur ces concepts et sur ces valeurs par un registre qui s’appelle “ paroles de liberté ” que je publierai après.

ROLAND MIHAIL : A ce propos, Renaud DONNEDIEU de VABRES, la culture aujourd’hui, c’est aussi celle véhiculée par la télévision, notamment la télévision publique. Vous êtes d’ailleurs ministre de la Culture mais aussi de la Communication. Alors, est-ce que vous êtes content de la qualité culturelle actuelle de la télévision publique ?

RENAUD DONNEDIEU DE VABRES : Ecoutez, l’audiovisuel public fait beaucoup de choses pour diffuser au maximum des programmes à caractère culturel, pour faire en sorte que, dans l’information, le maximum soit donné à nos concitoyens tout simplement pour leur donner le goût de rentrer dans une salle de spectacles, dans un musée, d’acheter un livre, d’écouter de la musique. Voilà. Donc tout ce qui peut être fait dans ce sens va dans le bon sens. C’est la raison pour laquelle pour que l’on ait des interlocuteurs renforcés, je suis très content que Marc TESSIER, le président de FRANCETELEVISIONS ait récemment recruté David KESSLER qui aura notamment la charge, avec d’autres responsabilités, eh bien d’être un relais pour la diffusion culturelle dans l’audiovisuel public.

ROLAND MIHAIL : Mais vous ne trouvez pas tout de même que la télévision publique, pour cause d’audimat, a tendance à singer actuellement la télévision privée ?

RENAUD DONNEDIEU DE VABRES : Vous savez, la télévision publique, elle vit à la fois de la redevance payée par nos concitoyens et de la publicité. Et donc voilà, il y a des émissions superbes qui sont réalisées, qui sont très différentes avec une musique, si vous voulez, très différente de la télévision privée. Et d’autres où je fais la même constatation que vous et donc il faut toujours faire attention, toujours être sur le qui-vive.

ROLAND MIHAIL : Au passage, Monsieur le ministre, une curiosité : qu’est-ce que vous avez pensé de la récente petite phrase du PDG de TF1, Patrick LE LAY, je le cite : “ à la base, le métier de TF1, c’est d’aider COCA COLA à vendre son produit. Donc ce que nous vendons à COCA COLA, c’est du temps de cerveau humain disponible. ” Ca vous a choqué ?

RENAUD DONNEDIEU DE VABRES : Je crois que, depuis, il est revenu sur cette phrase qui, effectivement, ne traduisait pas le travail et les contenus d’un certain nombre de programmes de TF1. Je prends l’exemple de l’actualité télévisée. Je ne pense pas que l’on puisse dire que c’est un espace en attente de publicités parce que, voilà, il y a des équipes de journalistes qui font un travail remarquable. Je pense que cette phrase traduisait mal la pensée qu’il a voulu exprimer. C’est la raison pour laquelle, je pense, il est revenu dessus.

ROLAND MIHAIL : En tout cas, vous la regrettez, vous, dont le cerveau est avant tout disponible pour la culture ?

RENAUD DONNEDIEU DE VABRES : Ah, c’est sûr que je ne l’aurais pas prononcée.

ROLAND MIHAIL : Et une dernière question, un dernier sujet, plus grave celui-là. Voilà un mois maintenant que mes confrères Christian CHESNOT et Georges MALBRUNOT ainsi que leur chauffeur sont détenus en otages en Irak. Il y a une quinzaine de jours, vous-même vous aviez laissé entendre que leur libération était imminente. Alors, où en est-on aujourd’hui ?

RENAUD DONNEDIEU DE VABRES : Ecoutez, je serai d’une immense prudence parce que je ne veux pas, si vous voulez, que les propos que l’on puisse tenir puissent créer la moindre perturbation sur leur libération. Notre gouvernement est totalement mobilisé, toutes sortes d’initiatives sont à l’œuvre bien sûr pour obtenir leur libération. Je ne peux pas en dire quoi que ce soit de plus. Vous savez, tant qu’ils ne seront pas libérés, il y a tout lieu d’être évidemment d’une grande prudence mais nous n’avons pas perdu confiance.

ROLAND MIHAIL : Oui mais vous dites d’une grande prudence mais il y a quinze jours, vous avez quand même laissé entendre …

RENAUD DONNEDIEU DE VABRES
: Non, non, quand vous lisiez l’intégralité de ce que j’avais dit il y a quinze jours, le terme de “ prudence ” était dans la déclaration que j’avais faite. Vous savez, pour le moment, nous n’avons jamais eu d’informations permettant de penser qu’ils n’étaient plus vivants. Voilà. Pour autant, tant qu’ils ne seront pas libérés, dans ce pays qui est en proie au chaos, eh bien il y a tout lieu effectivement dêtre totalement prudent. Et je pense que par respect de la douleur, de l’attente des familles, c’est absolument nécessaire que d’avoir ce comportement.

ROLAND MIHAIL : On croise les doigts.

RENAUD DONNEDIEU DE VABRES : Oui, tout à fait.

ROLAND MIHAIL : Merci Renaud DONNEDIEU de VABRES et à dimanche prochain, Mathieu.

MATHIEU VIDARD : Voilà. Le ministre de la Culture et de la Communication était votre invité et les Journées du Patrimoine, 21èmes journées européennes, continuent jusqu’à ce soir avec FRANCE INTER.

TOUT ARRIVE

20 septembre 2004

RENAUD DONNEDIEU DE VABRES : …on est dans une période suffisamment sérieuse, difficile à bien des égards, on ne cherche pas les tours de passe-passe, et dans la réflexion sur la conférence de presse que je fais mercredi prochain, je ne cherche pas de tours de passe-passe là-dessus. Par contre je cherche, parce que ça me semble essentiel, à faire en sorte que nous ayons les moyens de faire franchir une étape significative à l’action culturelle et artistique… MARC VOINCHET / “ Tout arrive ”, jusqu’à 14 heures, avec aujourd’hui Renaud DONNEDIEU de VABRES, ministre de la Culture et de la communication. (…) Bonjour Monsieur le ministre…

RENAUD DONNEDIEU DE VABRES : Bonjour.

MARC VOINCHET : …de la Culture et de la communication, Renaud DONNEDIEU de VABRES. “ Tout arrive ”, on est très content de vous recevoir. Nous avons parlé très souvent des sujets qui vous intéressent, et notamment celui des intermittents ; nous essaierons de voir tout à l’heure si vous pouvez nous dire un petit mot du chantier en cours. Mais puisqu’on parle de chantier, n’oublions pas que vous êtes venu nous voir surtout pour les Journées du patrimoine, qui ont d’ailleurs vingt ans, vingtième anniversaire pour ces Journées du patrimoine, qui connaissent un succès absolument fou, puisque près de 12 millions de visiteurs chaque année se pressent pour visiter toutes sortes d’édifices, monuments institutionnels, industriels, religieux, de, par exemple, on va dire au hasard, de Châteauneuf de Saint-Martin, à l’hôtel Gouin par exemple, Monsieur le conseiller municipal de Tours…

RENAUD DONNEDIEU DE VABRES : Merci de faire référence à ma ville !

MARC VOINCHET : Dites, vous êtes le ministre, dans ces cas-là, heureux et comblé des vieilles pierres ?

RENAUD DONNEDIEU DE VABRES : J’essaie, non pas pour faire de la provocation, mais de dire que je ne suis pas uniquement le ministre des vieilles pierres et des troubadours, pour utiliser une expression amicale et affectueuse, aussi bien vis-à-vis des vieilles pierres que des troubadours. J’essaie de faire en sorte que le patrimoine aille de pair avec la création, et qu’il apparaisse au cœur de mes concitoyens comme un élément moteur pour notre rayonnement, notre attractivité, notre fierté, et l’activité. Et je crois que c’est quelque chose d’essentiel, de très important, et je souhaite au fond que les Journées du patrimoine, où, comme vous le remarquiez, il y a beaucoup de monde, 12 millions de nos concitoyens ou de touristes qui sont encore dans notre pays, c’est beaucoup, mais 12 millions ce n’est pas l’intégralité des Français. Donc…

MARC VOINCHET : Oui, alors j’allais vous soumettre comme un petit paradoxe : dépêche AFP qui tombe ce matin et qui dit que, dans le même temps que, au fond, ces Journées du patrimoine ont ce succès, plus de la moitié des Français, 53%, selon un sondage IPSOS pour LE FIGARO MAGAZINE à paraître samedi, n’ont pas visité un musée ni vu une exposition au cours de l’année écoulée. Alors comment… ?

RENAUD DONNEDIEU DE VABRES : Alors ça ce n’est pas uniquement le patrimoine, ce sont donc l’accès dans les musées, c’est évidemment quelque chose aussi de très important, c’est-à-dire qu’il faut, voilà, que nos concitoyens soient incités à pousser facilement les portes, pour rentrer partout, dans les théâtres, dans les musées, dans les cours d’un bel hôtel particulier, et qu’ils redécouvrent leur patrimoine. Je vais vous donner un exemple, qui est le patrimoine du 20e siècle et qui se passe au Havre, où cette ville, qui a été évidemment dramatiquement touchée par la guerre, a été reconstruite, avec un architecte d’immense talent, PERRET, et cette ville est en compétition pour avoir le classement au patrimoine mondial de l’Unesco. Et les habitants redécouvrent, par leur regard, à cause de cette perspective, l’environnement immédiat dans lequel ils vivent. Je souhaite que, à travers cette Journée du patrimoine, mais dans les semaines et les mois qui viennent, les Français se réapproprient, au fond, la beauté, et parfois pas du tout la beauté, c’est-à-dire les travaux qui restent devant nous, et tout ce qui représente notre pays. Le patrimoine, c’est pour moi aussi bien la façade d’un café dans une commune rurale que les bâtiments les plus monumentaux, et puis toutes les époques. Il faut dire aux créateurs les plus contemporains que dès qu’ils ont créé, quelque part, ils rentrent dans le patrimoine. Donc le patrimoine, ce n’est pas uniquement le Moyen Âge ; c’est hier.

MARC VOINCHET : Bientôt vous allez inaugurer le nouveau Cargo, à Grenoble…

RENAUD DONNEDIEU DE VABRES : Oui, tout à l’heure.

MARC VOINCHET : …ça veut dire que par exemple tout à l’heure, par exemple, voilà, le Cargo fait partie du patrimoine architectural du 20e siècle.

RENAUD DONNEDIEU DE VABRES : Et qu’il se rénove, et qu’il s’entretient, et avec au fond, aussi, c’est pour ça qu’on a tenu cette année à ce qu’il y ait un coup de projecteur particulier, même si ce n’est pas l’intégralité, sur le patrimoine scientifique. Pourquoi ? Et sur la culture scientifique et technique. Parce qu’aujourd’hui les techniques, au fond, de mise en valeur, d’entretien du patrimoine ont fait d’immenses progrès, et derrière l’entretien et la rénovation du patrimoine il y a des métiers très sophistiqués, et c’est un coup de chapeau à toutes celles et à tous ceux qui sont les techniciens, les chercheurs, les savants dans ce domaine. Et donc les institutions de l’Etat, le laboratoire de recherches du Louvre, des Monuments historiques ouvrent leurs portes, pour montrer aussi, si vous voulez, cette dimension scientifique. La restauration d’un tableau ou d’une sculpture suppose parfois des études chimiques, au laser, avec toutes les techniques possibles et inimaginables, dont les gens n’ont pas suffisamment conscience.

MARC VOINCHET : Philippe PETIT.

PHILIPPE PETIT : On reviendra tout à l’heure sur la culture scientifique, mais votre exemple du Havre me paraît tout à fait parlant. Dans le cas du Havre, il y a un vrai contrat patrimonial, ou monumental. Il y a quelques années, Régis DEBRAY dénonçait un peu l’abus du monumental. Et je vous demanderai, Monsieur le ministre, quels sont les critères retenus, disons, pour le patrimoine aujourd’hui ? Parce qu’un magasin, une usine, un avion, une locomotive peuvent devenir, disons, des objets patrimoniaux ; et parfois, un monument aux morts, qui est un contrat générationnel fort, n’est pas reconnu comme tel.

MARC VOINCHET : Renaud DONNEDIEU de VABRES.


RENAUD DONNEDIEU DE VABRES
: Le patrimoine, c’est pour moi, si vous voulez, ce n’est pas uniquement les châteaux, les monuments, et dans ce que ça a de plus spectaculaire. Le patrimoine, c’est ce qui fait le fond même de notre culture, de nos traditions, dans ce qu’elles ont de vivant, de référence parfois à nos racines, et puis de projection vers l’avenir. Et donc, dans notre patrimoine culturel, c’est ce que je disais tout à l’heure, mais j’attache beaucoup d’importance, un lieu, un lavoir, une façade, un zinc dans un café, ça fait partie du patrimoine culturel français que je souhaite défendre. Je ne vais pas dire que je vais tout classer monument historique. Ne me faites surtout pas dire que je n’accepte pas la création contemporaine. J’aime au contraire les contrastes entre les époques, entre les modes d’expression, et ne me choque en rien qu’à côté d’un bâtiment ou d’un monument du Moyen Âge ou de la Renaissance puisse exister une architecture contemporaine. Et là-dessus, j’ai été amené à prendre des décisions, parfois pour protéger, mais pour faire aussi cohabiter, si vous voulez, le passé avec le futur.

MARC VOINCHET : Alors cependant, Monsieur le ministre, il y a des soucis qui interrogent beaucoup le personnel du patrimoine, justement. Le mensuel CAPITAL faisait au début de l’année mention d’un document, liste noire cachée, faisant état des monuments menacés, la liste confidentielle des monuments menacés à la Direction du patrimoine, ou faisant état par exemple de l’état lamentable des cathédrales d’Amiens, de tout, les arènes de Nîmes, et disant qu’au fond il y a tout de même 20% des monuments classés qui sont en péril. Alors est-ce qu’il faut reprogrammer la gestion de la restauration et du patrimoine ?

RENAUD DONNEDIEU DE VABRES : Il y a des besoins tout à fait considérables, je ne le nie pas, et dans la réflexion qui était celle de mon programme pour samedi et dimanche, donc les Journées européennes du patrimoine, une dimension qu’il faut souligner…

MARC VOINCHET : 47 pays.

RENAUD DONNEDIEU DE VABRES : …il va y avoir cette ouverture aux citoyens d’Europe de leur patrimoine. Je tiens, si vous voulez, non pas à dire que tout va pour le mieux dans le meilleur des mondes, parce que c’est faux. Là où vous avez raison, c’est qu’il y a des lieux, des endroits, des œuvres d’art, des monuments…

MARC VOINCHET
: Le Panthéon.

RENAUD DONNEDIEU DE VABRES : …qui sont dans un état de péril difficile. Et donc, malgré, si vous voulez, la priorité stratégique qui a été donnée par le président de la République et le Premier ministre au budget du ministère de la Culture, est-ce que je peux d’emblée faire face à toutes mes responsabilités ? La réponse est claire, elle est : non. Et en disant cela, je ne suis pas en défaut de solidarité gouvernementale, je veux faire comprendre à nos concitoyens – on a commencé cette émission comme ça – que le patrimoine ce n’est pas au sens, comme ça, l’entretien des vieilles pierres, avec tout le respect qu’on doit avoir pour le passé et pour la mémoire ; je veux faire comprendre que l’activité culturelle et artistique, au sens global du terme, c’est une activité très importante pour l’avenir et pour l’emploi des Français. Et dans cette période où on a le sentiment qu’on nous pique tout, où la mondialisation, les délocalisations, et pour certains même l’Europe, qui apparaît comme une espèce d’éloignement à certains, je pense que cette alliance nécessaire entre le patrimoine et la création, ça nous donne des armes, des activités, de linfluence, un rôle. Donc je veux que ça redevienne encore peut-être davantage une priorité stratégique, avec le souci de l’animation. C’est-à-dire que je pense, si vous voulez, que la restauration des lieux doit pouvoir s’accompagner, et ça se passe déjà dans beaucoup de lieux, donc je n’invente rien, et je donne des coups de chapeau à toutes les initiatives qui vont en ce sens, le spectacle vivant, ou l’art plastique et les créations contemporaines peuvent parfaitement contribuer à l’animation d’un patrimoine ancien, justement avec ce dialogue des époques que j’appelle de mes vœux.

MARC VOINCHET : Alors cela dit, dans les sujets qui, non pas forcément qui fâchent, mais qui inquiètent, qui troublent, vous n’êtes pas sans savoir, Monsieur le ministre, que les régions parfois s’inquiètent et se félicitent à la fois, on va dire, du transfert de compétences que l’Etat opère vers les régions, mais avec également une inquiétude concernant les finances. Sur le seul sujet du patrimoine par exemple, et on sait que le patrimoine c’est quelque chose qui coûte cher, les régions n’ont pas les mêmes budgets. Certains – je cite une formule piquée ça et là dans la presse – redoutent avec la décentralisation ce qu’on appelle les “ petits tyrans locaux ”, et puis surtout, avec quel argent, c’est-à-dire, la fameuse gestion des crédits d’entretien ?

RENAUD DONNEDIEU DE VABRES : Attendez, alors d’abord soyons clairs…

MARC VOINCHET : Alors c’est parce que l’Etat veut se débarrasser des choses…

RENAUD DONNEDIEU DE VABRES : Non, non, non, attendez, il n’y a pas le début d’un désengagement de l’Etat. Ça, si vous voulez, il faut bien voir les choses de la manière la plus précise qui soit. Quand je souhaite un partenariat avec les collectivités locales ou quand j’appelle de mes vœux le mécénat, et le mécénat ça concerne aussi bien les entreprises que les particuliers, ce n’est pas pour…

MARC VOINCHET : Oui mais ça ne marche pas bien en France.

RENAUD DONNEDIEU DE VABRES : Oui, ça pourrait marcher davantage. Mais je vais revenir là-dessus. Ce n’est pas du tout pour précéder, par tactique, un désengagement de l’Etat. Ça c’est de la propagande ! Il n’y a pas de désengagement de l’Etat, et il n’y aura pas de désengagement de l’Etat, aussi bien pour les crédits du spectacle vivant que pour les crédits du patrimoine. Par contre, ce que je souhaite, c’est qu’il y ait une conjugaison et un rassemblement des efforts et des énergies. Nous avons proposé, en fonction d’une liste qui a été établie par la commission REMOND, qu’un certain nombre de collectivités locales, sur la base du volontariat, prennent à leur charge, si elles le souhaitent, un certain nombre de bâtiments, d’édifices très spectaculaires. C’est sur la base du volontariat. Ça n’a pas abouti. La seule compétence transférée, c’est celle de l’inventaire, qui est en train de se faire. Sur le reste, il va y avoir des expérimentations, qui ne sont pas encore lancées, c’est une expérimentation. Si vous voulez, le patrimoine et l’expertise autour du patrimoine, c’est une compétence régalienne de l’Etat. Et donc les fonctionnaires de l’Etat qui travaillent dans mon ministère sur ces questions, ce sont des experts, ce sont des scientifiques, ce sont des gens qui ont une qualification personnelle tout à fait remarquable, dont les propriétaires publics, qu’il s’agisse des collectivités territoriales ou les particuliers, les propriétaires privés, ont besoin. Donc là-dessus, je ne suis pas du tout dans une phase, si vous voulez, de dilution des responsabilités, mais de recherche de partenaires, parce que c’est ce qu’il se passe aujourd’hui : une ville, un département ou une région, dans sa stratégie d’attractivité, elle n’est pas du tout en train d’abandonner son propre patrimoine. Mais il y a des besoins énormes, donc évidemment ça suppose des hiérarchies, des programmations. Donc voilà. Il y a parfois des conflits avec des responsables de collectivités territoriales, parce qu’il y a des gens qui prennent des décisions que je ne partage pas. Et moi je suis capable, si vous voulez, d’être soit un diplomate, soit un guerrier. C’est-à-dire que…

MARC VOINCHET : Oui mais enfin, on voit ce que ça peut donner dans le spectacle vivant, quand une région décide de couper les vivres à telle scène nationale, quand telle municipalité décide que le conservateur de tel musée ne lui convient plus…

RENAUD DONNEDIEU DE VABRES : Mais oui, mais… bien sûr. Et le ministre ne reste pas les bras croisés, sourd et aveugle. J’ai une très belle mission, qui est celle, par exemple, de garantir l’indépendance artistique. Et donc, pour les centres dramatiques nationaux, pour les centres chorégraphiques, pour toutes sortes de lieux, pour les festivals, oui aux partenariats, mais oui également – et je dois être un gardien vigilant – au principe de l’indépendance artistique, pour qu’il n’y ait pas de confusion des genres. Et ça c’est quelque chose de très important, et par ailleurs il y a des décisions parfois prises par des collectivités territoriales qui sont très choquantes, et quand je le ressens comme tel, je le dis, calmement, mais quand même haut et fort.

MARC VOINCHET : Et d’ailleurs, toutes tendances confondues, que ce soit…

RENAUD DONNEDIEU DE VABRES : Absolument. On pense tous la même chose.

MARC VOINCHET : …du sud de la France, ou de la mer, ou dans le Nord également. Philippe PETIT.

PHILIPPE PETIT : Monsieur le ministre, puisque vous parliez de partenariats, qu’en est-il du partenariat avec les autres ministères ? Les Journées du patrimoine sont consacrées à la culture scientifique et technique. Votre directeur du Centre de recherche et de restauration des Musées de France déclarait, Jean-Pierre MOHEN, récemment : “ La désaffection des jeunes pour la science tient peut-être en partie à ce qu’ils n’ont pas… et n’ont plus – pardon – la sensation qu’elle s’inscrit dans une continuité. ” Et effectivement on constate que, même dans certaines universités technologiques, disons, la mémoire de la science de Pasteur à nos jours, pour aller vite, n’est même pas signifiée, n’est même pas symbolisée, et il y a là une carence, qu’il n’y avait pas à la Sorbonne, par exemple.

MARC VOINCHET :! Renaud DONNEDIEU de VABRES.

RENAUD DONNEDIEU DE VABRES : C’est pour ça qu’on veut essayer de promouvoir la culture scientifique et technique, c’est pour ça que demain je serai dans un certain nombre d’étapes symboliques de ma journée, de mon programme, en liaison avec… en compagnie de François d’AUBERT, le ministre chargé de la Recherche, pour donner ces coups de projecteurs. Et c’est la raison pour laquelle aussi je suis en train de réfléchir à ce qui sera peut-être un jour une sorte de Salon des métiers de la culture, dans toutes leurs dimensions, parce qu’il y a des métiers extraordinairement scientifiques et techniques très attractifs, qu’il faut essayer de promouvoir, ou dont il faut conserver la mémoire, parce que tout simplement on en a besoin. Donc je crois effectivement nécessaire de montrer que, derrière un travail de restauration, il y a une compétence scientifique extraordinaire, pour laquelle on a besoin de talents. Et ça serait un comble que notre pays, qui a quand même cette capacité, j’allais dire, inscrite dans son histoire, la perde. Donc j’accepte tout à fait votre remarque, et la mise en garde, ou la vigilance dont nous devons faire preuve, et en liaison avec l’Education nationale et la Recherche, ce que j’essaie de faire de manière permanente avec François FILLON et avec François d’AUBERT.

MARC VOINCHET : Alors comme votre emploi du temps et votre horaire est compté, Renaud DONNEDIEU de VABRES, quelques questions d’actualité. Si, un mot quand même, parce que vous ne l’avez pas dit, et vous allez pêcher par modestie, vous exposez rue de Valois – pour clore le sujet du patrimoine – l’Edit de Nantes. Attention à ne pas vous le faire voler, parce que…

RENAUD DONNEDIEU DE VABRES : Oui, c’est un très beau symbole, parce que dans cette période de violences politiques, religieuses, en France et dans le monde, je tiens à ce que la rue de Valois assume vraiment sa mission de pédagogie sur le lien humaniste que doit permettre la culture, et donc voilà, j’ai fait sortir, et c’est un événement exceptionnel, des coffres des Archives nationales le texte, dans sa version, voilà, initiale, de l’Edit de Nantes. Et à côté seront installés tout simplement des lieux, des tables pour écrire. Et je souhaite donc qu’autour de la publication de ce document exceptionnel, sur la tolérance, sur la liberté religieuse, mes concitoyens puissent s’exprimer librement sur ces thèmes, et tout simplement, je publierai ensuite leurs témoignages. Et en faisant cela, et je le dis avec gravité, je pense à toutes les atteintes qui sont portées de par le monde à la liberté, quelle qu’elle soit, la liberté de conscience, la liberté religieuse, la liberté de penser, la liberté d’aller et venir, et je pense bien sûr à cet appel nécessaire à la tolérance, et surtout, dans ces heures où nous attendons, sans savoir quand elle se produira, la libération de nos otages.

MARC VOINCHET : Pas de commentaires supplémentaires sur Georges MALBRUNOT, Christian CHESNOT, Mohammed al-JOUNDI ?

RENAUD DONNEDIEU DE VABRES : Non. Je n’ai pas d’informations nouvelles…

MARC VOINCHET : Ça fait aujourd’hui un mois qu’ils sont pris en otage.

RENAUD DONNEDIEU DE VABRES
: Il faut être, voilà, prudents, résolus et confiants. Nous sommes mobilisés.

MARC VOINCHET : Une question d’actualité, Monsieur le ministre. Nous avons entendu, et bien compris, que Jean-Pierre RAFFARIN précisait le budget de 2005 en réaffirmant son autorité, votre Premier ministre, et celui de tous les Français d’ailleurs, en l’occurrence, qui a parlé en disant : le budget 2005 est celui du rendez-vous avec la croissance. Alors on va faire un pari, vous n’allez pas me répondre à la question que je vais vous poser maintenant ?

RENAUD DONNEDIEU DE VABRES : Si vous voulez savoir le détail de mon budget…

MARC VOINCHET : Oui, c’est ça, pour mercredi ?

RENAUD DONNEDIEU DE VABRES : …le 22, c’est-à-dire mercredi prochain. Voilà, j’ai…

MARC VOINCHET : Attendez, est-ce qu’il y a une question… est-ce que ce fameux… on est toujours maintenant sur le mythique 1% ; est-ce que pour vous c’est quelque chose de mythique, ou est-ce qu’au fond c’est finalement un peu dépassé comme question, parce qu’il s’agit peut-être de mieux redéfinir ? Alors après tout, chaque ministre de la Culture dit : voyez, je suis pourvu du 1%. Mais, sans vous offenser, on connaît parfois les tours de passe-passe de tel crédit sur tel autre…

RENAUD DONNEDIEU DE VABRES : …on est dans une période suffisamment sérieuse, difficile à bien des égards, on ne cherche pas les tours de passe-passe, et dans la réflexion sur la conférence de presse que je fais mercredi prochain, je ne cherche pas de tours de passe-passe là-dessus. Par contre je cherche, parce que ça me semble essentiel, à faire en sorte que nous ayons les moyens de faire franchir une étape significative à l’action culturelle et artistique. J’ai la chance que ce budget soit en forte augmentation ; est-ce que c’est suffisant pour soutenir tous les projets qui sont dans les cartons, certes non. Donc je ne cherche pas les artifices. On est dans une période, si vous voulez, où les artifices ça entretient le discrédit de la politique. Moi j’essaie de rétablir un lien direct, précis, voilà.

MARC VOINCHET : Ministre de la Culture et de la communication, vous êtes ; faut-il augmenter la redevance ?

RENAUD DONNEDIEU DE VABRES : L’audiovisuel public a des besoins, et donc je fais en sorte de les satisfaire. Il va y avoir un nouveau système, c’est-à-dire que la redevance va être payée en même temps que la taxe d’habitation, donc il y a une réforme qui est en cours, qui permet de dégager un certain nombre de moyens supplémentaires pour l’audiovisuel public. Il y a une responsabilité tout à fait imminente, et notamment sur le plan de la diffusion de l’action culturelle et artistique, pour l’accueil, et pour le fait que vous indiquiez tout à l’heure, c’est qu’il y a trop de nos concitoyens qui n’ont pas l’habitude de rentrer dans un lieu, qui n’ont pas l’habitude de rentrer dans un théâtre. Je me pose une question, c’est une idée que je lance comme ça, qui n’est pas facile à résoudre, mais pendant les vacances il y a beaucoup de nos concitoyens qui ne partent pas en vacances, et il y a beaucoup aussi de grandes institutions culturelles qui sont fermées, donc il y a peut-être des choses à trouver, des idées à creuser, et là-dessus, l’audiovisuel public joue un rôle très important, voilà, pour attirer le plus grand nombre de nos concitoyens vers les créations culturelles et artistiques. Et puis voilà, j’ai…

MARC VOINCHET : Vous pouviez faire une réponse un peu plus courte, à la question : faut-il ou non augmenter la redevance ? C’est oui ou c’est non.

RENAUD DONNEDIEU DE VABRES : Non, attendez, il faut des moyens, il faut des moyens… on peut toujours répondre par oui ou par non. Il faut des moyens supplémentaires pour l’audiovisuel public, je les ai dégagés sans augmenter la redevance.

MARC VOINCHET : Alors évidemment, un sujet que nous avons beaucoup, beaucoup traité, ici à FRANCE CULTURE, vous-même vous êtes prêté au jeu des questions et des réponses et du débat, c’était au cours du festival d’Avignon 2004, c’est la question des intermittents. On dit que vous consultez beaucoup, alors les mauvaises langues disent : oui, il consulte beaucoup pour gagner du temps ; et les autres disent : il consulte beaucoup parce qu’en ce moment il y a besoin de se concerter pour mettre en place les réflexions, les mesures, que vous annoncerez quand, alors ? 2005 ? Le fameux périmètre par exemple…

RENAUD DONNEDIEU DE VABRES : Attendez, moi j’ai… comment vous dire, j’ai une obligation de résultat, c’est-à-dire de bâtir un système définitif pour les artistes et les techniciens du cinéma, de l’audiovisuel et du spectacle vivant. Nous avons franchi une première étape, c’est-à-dire…

MARC VOINCHET : Les festivals ont eu lieu.

RENAUD DONNEDIEU DE VABRES : Non, non, attendez, oui, mais enfin, de bâtir un système provisoire, pour faire en sorte que celles et ceux qui étaient exclus du périmètre et du protocole qui avait été signé puissent être réintégrés, c’est le fonds provisoire qui a été créé. J’ai décidé de bâtir un nouveau système, ce qui veut dire que je constate les dysfonctionnements du système précédent. Toutes les étapes que j’ai annoncées, je les tiens. Donc ce n’est pas pour être dilatoire, etc., etc. C’est tout simplement pour bâtir les choses sur du solide, avec le constat de la réalité. Je réunirai de nouveau donc le CNPS, le Conseil national des professions du spectacle, le 30 septembre. Nous ferons le point de la situation du fonds provisoire, nous examinerons le rapport, que je n’ai pas, parce que ce qui circule n’est pas le rapport définitif de monsieur CHARPILLON sur les problèmes du périmètre…

MARC VOINCHET : Oui, qui a été commenté dans LE MONDE il y a dix jours, encore.

RENAUD DONNEDIEU DE VABRES : Oui, oui, bien sûr, très bien, seulement c’est une version provisoire qu’il a envoyée aux partenaires sociaux, et c’est le rapport de monsieur CHARPILLON, ce n’est pas les décisions du ministre. Bien. Ce document sera donc examiné par le CNPS. Le 18 octobre, comme je m’y étais engagé, aura lieu en région parisienne…

MARC VOINCHET : CNPS, pardonnez-moi, je précise : Conseil national des professions du spectacle.

RENAUD DONNEDIEU DE VABRES : Le 18 octobre aura lieu à Paris, en région parisienne, dans les espaces du Cirque Fratellini, un débat national où je souhaite que très nombreux soient les artistes et les techniciens qui viendront s’exprimer. Nous, d’une certaine manière, on sera, j’allais dire, presque au premier rang pour écouter, et pour faire en sorte, si vous voulez, que nos concitoyens… la presse sera évidemment invitée, que nos concitoyens comprennent la réalité du métier, de la précarité, et les spécificités des métiers artistiques. 2 novembre, Jean-Paul GUILLOT, l’expert indépendant que j’ai désigné, fera le constat du système financier de l’Unedic, et ensuite des propositions sur le système nouveau. Je veux mobiliser chacun. C’est la raison pour laquelle, dans le courant du mois de novembre, ou au plus tard au début du mois de décembre, il y aura un débat d’orientation à l’Assemblée nationale, pour que chacun prenne ses responsabilités, et pas uniquement le ministre au cœur de la mêlée, mais que chacun, et chacune des grandes familles de pensée républicaine représentées au Parlement s’exprime sur ces sujets, tout ça pour bâtir un système définitif. Il n’y aura pas de jungle et de no man’s land à partir du 1er janvier 2005 – parce que c’est la date de l’achèvement du fonds provisoire. Est-ce que le système définitif sera définitivement bouclé au 1er janvier 2005, je ne peux pas le dire, je n’en suis évidemment pas certain ; de toute façon, pour l’année 2005, ça ne sera pas la jungle. Et de toute façon je prendrai les mesures, en fonction justement de l’expertise que tout le monde m’a demandée. Donc, comment vous dire, j’ai un calendrier que j’avais annoncé, je le tiens, et je ne suis d’aucune manière en train de, je ne sais pas quoi, de noyer le poisson ou de finasser. J’ai une obligation de résultat.

MARC VOINCHET : Oui. Dites, Renaud DONNEDIEU de VABRES, cela fait au fond sept mois que vous êtes ministre de la Culture. On vous a déjà posé la question, c’était à Montpellier, Antoine GUILLOT, j’ai envie de vous la reposer pour “ Tout arrive ” : est-ce que, sur la question de l’action politique… vous êtes très volontaire, on le sait, et vous recevez, vous consultez beaucoup, mais est-ce que vous avez aujourd’hui une idée…

RENAUD DONNEDIEU DE VABRES : Non mais, pas uniquement consulter, excusez-moi de vous interrompre, on a décidé. Le fonds provisoire, c’est quand même une décision qui est rentrée en vigueur dans toutes les Assedic de chacun des départements, les circulaires sont arrivées en temps opportun, etc., etc. Ce n’est pas… c’est fait.

MARC VOINCHET :Mais dans le cas précis, justement, clairement, est-ce que vous dites au fond que la mission du ministre de la Culture, son action est toujours possible quand, au fond, et vous n’y êtes pour rien, vous n’êtes pas la tutelle d’un accord signé entre le MEDEF et les partenaires sociaux ?

RENAUD DONNEDIEU DE VABRES : Oui, mais attendez, j’ai modifié quand même le périmètre des choses, parce que ce fonds provisoire a permis une sortie de crise. Donc le Premier ministre a décidé que pour cette sortie de crise il fallait que l’Etat intervienne, donc c’est la raison pour laquelle il y a eu ce fonds provisoire. Mais nous ne remettons pas en cause le système de solidarité interprofessionnelle, c’est pour ça que nous avons tenu à ce que ce soit géré par l’Unedic, et donc par les Assedic, département par département. Mais c’est vrai aussi que nous accordons un rôle et une prérogative aux partenaires sociaux. Et donc voilà, il faut que je les incite, et je ne peux pas tout prendre à ma charge, que je les incite à bâtir ce système nouveau. Le moins qu’on puisse dire, c’est que je jalonne le parcours.

MARC VOINCHET : Philippe PETIT, une toute petite question, parce qu’il faut libérer…

PHILIPPE PETIT : Une question moins brûlante et un peu humoristique, Monsieur le ministre. Lorsque la gauche était au pouvoir, il paraissait beaucoup de livres sur la comédie de la culture ; on se moquait, certains se moquaient des pratiques culturelles, et essayaient plutôt d’encenser l’art, la beauté et l’œuvre. Est-ce qu’il y aurait, de votre point de vue, une culture de gauche et une culture de droite ?

MARC VOINCHET : Renaud DONNEDIEU de VABRES.

RENAUD DONNEDIEU DE VABRES : D’aucune manière. C’est une question à laquelle j’avais répondu, comme je le fais là, ça m’a valu ensuite un portrait assassin, parce que la personne aurait évidemment souhaité peut-être que je réponde autrement. Non, ça n’a pas de sens. Chacun a sa priorité, son souci, traduit aussi peut-être à sa manière les aspirations d’une époque, où son action, elle s’inscrit dans une conjoncture, et moi je suis, peut-être parce que j’exerçais des responsabilités dans le domaine des relations extérieures, j’étais vice-président de la commissions des Affaires étrangères de l’Assemblée nationale, et donc je ressens très fortement – et puis aussi parce que je suis un élu de terrain – les violences fondées sur la politique, la religion, les aspects du racisme. Et donc je considère, si vous voulez, que mon action s’inscrit dans un contexte, et donc j’ai à gérer, j’ai à donner des moyens aux grands acteurs qui dépendent du ministère de la Culture. Mais au-delà de ça, la vision un peu humaniste de réconciliation, de lien, c’est pour moi une vision essentielle, je ne sais pas si elle est de droite ou de gauche, elle est du ministre qui s’appelle DONNEDIEU de VABRES et qui est dans le gouvernement de Jean-Pierre RAFFARIN.

MARC VOINCHET
: “ Guerrier ”, disiez-vous à un moment donné, qui prend des décisions, qui sait faire preuve d’autorité ; “ L’air du sabre ”, de la duchesse de Gerolstein, qui ouvre la saison du Cargo, que vous inaugurez ce soir. Merci Monsieur le ministre, à bientôt dans “ Tout arrive ”, vous venez quand vous voulez, débattre. Il y a la réforme du théâtre, beaucoup de sujets dont on pourrait parler, nous vous attendons, vous êtes le bienvenu pour débattre.

RENAUD DONNEDIEU DE VABRES
: Merci.

MARC VOINCHET : Merci infiniment

Le journal de 18h00

20 septembre 2004

RENAUD DONNEDIEU DE VABRES : Moi, je suis allé un peu partout, mais l’un des endroits que je retiens, c’est l’endroit où la science rejoint le patrimoine, c’est-à-dire que je suis allé voir le laboratoire de Champs-sur-Marne, que 4.000 visiteurs ont fréquenté cette année, alors qu’il était fermé au public l’année dernière… CHRISTOPHE DECROIX : Renaud DONNEDIEU de VABRES, bonsoir.

RENAUD DONNEDIEU DE VABRES : Bonsoir.

CHRISTOPHE DECROIX : Nous parlerons avec vous, dans un instant, des journées du patrimoine, mais vous êtes aussi le ministre de la Communication du gouvernement. Vous venez d’entendre le message de Juliette BINOCHE, et cela alors qu’il y a eu, hier, un nouveau communiqué diffusé sur Internet, celui-ci serait signé de l’armée islamique d’Irak et il affirme que Georges MALBRUNOT et Christian CHESNOT ne seraient plus en détention, les deux journalistes français auraient passé une sorte d’accord avec leurs ravisseurs afin qu’ils suivent ce qu’ils appellent leurs activités de résistance. D’abord, est-ce que vous avez pu authentifier ce communiqué ?

RENAUD DONNEDIEU DE VABRES  : Non ; à l’heure où je vous parle, l’authentification n’est pas certaine. Le gouvernement est mobilisé et reste confiant, mais il convient d’être patient et prudent, et donc vous savez, tant que nos otages ne seront pas définitivement libérés et en sécurité, voilà, malheureusement les maîtres mots restent patience, prudence, mais évidemment confiance.

CHRISTOPHE DECROIX : Et est-ce que vous avez des éléments concrets, des informations qui garantiraient la bonne santé de nos deux confrères ?

RENAUD DONNEDIEU DE VABRES  : Ecoutez, vous savez bien qu’il faut se garder de tout commentaire précipité, parce qu’on ne veut surtout pas compromettre les efforts de délibérations, la sécurité de nos compatriotes, pour des raisons que tout le monde comprend. Dans l’état actuel des choses, nous n’avons aucune information nouvelle, mais comme je l’ai indiqué, nous sommes confiants.

CHRISTOPHE DECROIX : Par ailleurs, on a appris aujourd’hui que le chef historique de l’organisation intégriste armée du JIHAD avait appelé depuis sa prison en Egypte les ravisseurs des deux journalistes français à les libérer au plus vite. Renaud DONNEDIEU de VABRES, on se retrouve dans un instant, mais avant d’évoquer les journées du patrimoine, voyons la météo de demain avec Marina GIRAUDEAU. // Météo // Comme promis, nous retrouvons Renaud DONNEDIEU de VABRES. Monsieur le ministre de la Culture, les journées du patrimoine se terminent, ce soir. Alors l’an dernier, plus de onze millions de personnes s’étaient déplacées, est-ce que vous êtes satisfait de cette édition 2004 ?

RENAUD DONNEDIEU DE VABRES : Ecoutez, je ne peux pas encore évidemment confirmer les chiffres de cette année, puisque je suis là, Rue de Valois, il y a encore une queue immense à la porte du ministère. Et donc je pense qu’on dépassera les chiffres de l’année dernière, ce qui est une très bonne chose parce que je souhaite, si  vous voulez, que les Français, qui sont venus pendant 48 heures découvrir, redécouvrir, admirer leur patrimoine, n’aient pas voulu uniquement – et d’ailleurs j’en suis certain – marquer une forme de respect vis à vis du passé, de nos racines, de notre histoire, mais avoir en commun un projet pour l’avenir. Ça veut dire quoi ? Ça veut dire tout simplement que fort de cette confiance, de cette histoire, de ces éléments qui nous rassemblent dans tous les domaines d’ailleurs, il n’y a pas uniquement dans les monuments, mais dans les choses parfois plus simples, que ça nous donne une espèce de force de création pour l’avenir. Alors on a beaucoup de travail devant nous, parce qu’il n’y a pas que des monuments en parfait état de restauration, et le ministre en charge.

CHRISTOPHE DECROIX : On va en parler.

RENAUD DONNEDIEU DE VABRES : Voilà, on a beaucoup de boulot

CHRISTOPHE DECROIX : Oui, alors vous aviez d’ailleurs… vous parlez d’ailleurs de cette idée d’ouverture et de rassemblement, vous aviez proposé au public de venir découvrir l’Edit de Nantes, cet sorte de décret qu’Henri IV avait… Henri IV avait donné la liberté religieuse et de pensée aux protestants.  

RENAUD DONNEDIEU DE VABRES : Oui, pour moi c’est un très beau symbole, si vous voulez, dans la violence du monde actuel, je souhaitais que ce texte, qui est un appel à la liberté de conscience, à la liberté religieuse, à la liberté, en fait, personnelle, soit pour la première fois sorti des coffres des archives nationales. On a établit juste à côté des registres pour que les gens puissent s’exprimer et il y a une phrase, en allant voir tout à l’heure le livre d’or, que je voudrais vous livrer, que je trouve superbe, c’est “ Tolérer les autres, c’est s’épanouir soi-même ”, je trouve que c’est une très belle maxime déposée par un citoyen anonyme, et j’espère que ça sera un symbole actif.

CHRISTOPHE DECROIX : Et vous, qu’est-ce que vous avez vu, en deux mots, pendant ce week-end  ?

RENAUD DONNEDIEU DE VABRES : Moi, je suis allé un peu partout, mais l’un des endroits que je retiens, c’est l’endroit où la science rejoint le patrimoine, c’est-à-dire que je suis allé voir le laboratoire de Champs-sur-Marne, que 4.000 visiteurs ont fréquenté cette année, alors qu’il était fermé au public l’année dernière. Et c’est donc les métiers techniques, scientifiques, cette capacité d’expertise extraordinaire des services de l’Etat pour tout simplement faire que la restauration d’un tableau, d’une pierre soit faite dans les meilleures conditions possibles.

CHRISTOPHE DECROIX : Alors à propos des… Renaud DONNEDIEU de VABRES, à propos des chantiers de restauration justement des monuments historiques, les entreprises du secteur connaissent apparemment de grosses difficultés, des milliers d’emplois, selon eux, seraient menacés à cause d’une baisse de 38 % des crédits d’Etat, donc de votre ministère, ces deux dernières années, qu’est-ce qu’il en est exactement ?

RENAUD DONNEDIEU DE VABRES : Non, non, il n’y a pas cette baisse heureusement de crédits, il y a effectivement beaucoup, beaucoup, beaucoup de chantiers, beaucoup de travail à honorer de l’Etat, des collectivités territoriales, des propriétaires privés également. L’Etat s’engage financièrement et c’est vrai que parfois j’ai du mal à suivre le montant des demandes. Alors cette année, nous avons trouvé des moyens pour récemment remettre de l’argent, ces 20 millions d’euros supplémentaires. Le budget de 2005, que je présenterai dans les jours prochains, est une étape, et j’attends d’autres étapes, si vous voulez pour être franc, et ces autres étapes c’est l’addition de tout le monde, des particuliers, des entreprises, des collectivités territoriales et de l’Etat, qui n’a pas l’intention de se désengager. Enfin c’est vrai qu’on a un patrimoine immense et que, voilà, il faut qu’on soit à la hauteur des besoins.

CHRISTOPHE DECROIX : Très bien, merci Renaud DONNEDIEU de VABRES d’avoir été avec nous ce soir

"Succès" pour les journées du patrimoine

20 septembre 2004

M. Donnedieu de Vabres a estimé que la participation des Français était « un élément positif parce que je souhaite que ce souci du passé, des racines, de lhistoire, forge un esprit confiant pour lavenir, cest-à-dire quon ait à coeur dentretenir -daccélérer dailleurs- lentretien de notre patrimoine et de faire en sorte que patrimoine et création soient créateurs dactivité »…. Le ministre de la Culture et de la Communication Renaud Donnedieu de Vabres a estimé dimanche que les 21e journées du patrimoine qui ont eu lieu ce week-end constituaient « un succès qui confirme celui de lannée dernière ».

Près de 12 millions de curieux ont participé à cette manifestation placée sous le signe de la culture scientifique et technique, contre 11,5 millions en 2003, selon des chiffres non définitifs communiqués par le ministère peu avant 19h00.

« En région Ile-de-France, il y a un certain nombre dendroits, notamment dans les bâtiments publics officiels, où on est très au-dessus de la fréquentation de lannée dernière », a précisé le ministre à lAFP.

M. Donnedieu de Vabres a estimé que la participation des Français était « un élément positif parce que je souhaite que ce souci du passé, des racines, de lhistoire, forge un esprit confiant pour lavenir, cest-à-dire quon ait à coeur dentretenir -daccélérer dailleurs- lentretien de notre patrimoine et de faire en sorte que patrimoine et création soient créateurs dactivité ».

Le ministre a souligné que le laboratoire de la restauration historique de Champs-sur-Marne (Seine-et-Marne), ouvert exceptionnnellement cette année, avait accueilli notamment plus de 4.000 visiteurs, tandis que quelque 10.000 visiteurs se sont pressés au ministère de la Culture pour contempler lEdit de Nantes. Le ministre a tenu a citer une phrase inscrite par un citoyen anonyme sur le livre dor : « Tolérer les autres cest sépanouir soi-même ».

Le Sénat a affiché dans un communiqué un record daffluence avec 29.025 visiteurs contre 22.100 en 2003. LAssemblée nationale sest félicitée de son côté dune affluence « exceptionnelle » en hausse de 25% avec 15.700 visiteurs pour le Palais-Bourbon, ainsi que 6.200 visiteurs pour le musée du Parlement à Versailles.