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Renaud Donnedieu de Vabres salue "l'alliance de la science et de l'histoire"

18 septembre 2004

Renaud Donnedieu de Vabres a également souligné que « le patrimoine nest pas que de lhistoire ancienne. Nous le constituons ensemble tous les jours. Sauvegarder le patrimoine cest tout autant enfouir dès aujourdhui une ligne électrique que restaurer la cathédrale de Chartres »… Renaud Donnedieu de Vabres, ministre de la Culture, a salué samedi « lalliance de la science et de lhistoire », lors dune visite au laboratoire de recherche des monuments historiques de Champs-sur-Marne (Seine-et-Marne).

Le ministre de la Culture, en compagnie de François dAubert, ministre délégué à la Recherche, visitait ce laboratoire de recherche dans le cadre des journées du patrimoine, placées sous le signe de la science et des techniques, « pour montrer toute limportance et lutilité des métiers de la recherche pour la préservation du patrimoine ».

François dAubert a, quant à lui, insisté sur « la multiplicité des métiers scientifiques et techniques qui recherchent les technologies les plus élaborées pour restaurer des oeuvres de façon durable et réversible, cest-à-dire en permettant aux générations futures dintervenir à nouveau dessus ».

Les 850 personnes qui ont visité samedi le laboratoire ont pu découvrir lensemble des techniques mises en oeuvre par lunité de pointe du laboratoire chargée de lanalyse des matériaux du patrimoine (pierre, béton, cuivre, vitre, etc…) dans le but de les conserver et de les restaurer.

Les deux membres du gouvernement ont pu tester sur leurs mains le caractère inoffensif de la technique dite d »injection-extraction », destinée à nettoyer les pierres grâce à leau mise sous pression.

Renaud Donnedieu de Vabres a également souligné que « le patrimoine nest pas que de lhistoire ancienne. Nous le constituons ensemble tous les jours. Sauvegarder le patrimoine cest tout autant enfouir dès aujourdhui une ligne électrique que restaurer la cathédrale de Chartres ».

Dimanche, le ministre de la Culture reviendra dans le département de Seine-et-Marne pour visiter un chantier au château de Fontainebleau et inaugurer la restauration de labbaye de Château-Landon. Il se rendra en début daprès-midi au château de Vaux-le-Vicomte.

La culture n’est pas une fin de discours !

18 septembre 2004

La France devrait nous rendre beaucoup plus fiers de ce qu’elle est et de ce que nous sommes. Car elle est grande et forte, en dépit de ses crises d’identité, où elle est si encline à douter d’elle-même. Soyons lucides et actifs sur nos chances, nos atouts, les perspectives qu’il est de notre responsabilité de faire advenir… Le patrimoine est une passion française. Nous laimons. Nous en sommes fiers. Et il nest pas fait que de pierres, aussi belles et vénérables soient-elles. Il est aussi fait dun socle de valeurs communes, forgées au fil des siècles, qui forment lindivisible héritage de toutes les générations de Français.

LÉdit de Nantes fait partie de notre patrimoine, parce quil est lun des documents qui sont des monuments de lhistoire de France. Ce texte fondateur porte un message universel de tolérance qui  demeure plus que jamais actuel dans le monde daujourdhui. Cest pourquoi il est présenté au public rue de Valois dans le cadre des journées européennes du patrimoine.

La France devrait nous rendre beaucoup plus fiers de ce qu’elle est et de ce que nous sommes. Car elle est grande et forte, en dépit de ses crises d’identité, où elle est si encline à douter d’elle-même. Soyons lucides et actifs sur nos chances, nos atouts, les perspectives qu’il est de notre responsabilité de faire advenir.

Pas plus que nos équipes médaillées des  Jeux Olympiques, nous ne devrions avoir peur de la compétition mondiale entre les peuples et du dialogue des cultures et des civilisations, où notre voix, grâce à Jacques Chirac, est entendue et attendue.

Les Français ne réalisent pas suffisamment qu’ils détiennent, au sein de l’Europe, les armes de la puissance, de la prospérité et du rayonnement grâce aux sources et aux ressources qui irriguent leur patrimoine, bien sûr, mais aussi leurs paysages, leur culture vivante, leur créativité, leur imagination.

Grâce également à leurs valeurs républicaines, culturelles, spirituelles, qui sont devenues dans le monde d’aujourd’hui un vrai repère. Parfois même un cap.  Sachons, dans notre action quotidienne, comme dans nos plus grands desseins, les préserver, les cultiver et les transmettre. Sachons les mettre à l’abri lorsque la haine aveugle, raciste à l’intérieur de nos frontières, terroriste en dehors, renaît de ses cendres contre ces valeurs qui sont sa négation même. Sachons nous mobiliser, comme nous le faisons pour Christian Chesnot et Georges Malbrunot pour exprimer notre détermination à faire prévaloir la force de ces valeurs de l’esprit contre tous les ennemis de la liberté.

La même inspiration doit nous rendre fiers de notre identité.

Des façades flamboyantes de nos cathédrales jusqu’à l’enseigne colorée d’un petit café de campagne, des ors restaurés du grand foyer de l’Opéra Garnier et de la majesté de la cour d’honneur du palais des papes jusqu’à l’exigeante simplicité boisée du théâtre populaire de Bussang, dans les Vosges, des saveurs intactes d’un restaurant authentique jusqu’à la finesse de l’orfèvrerie royale, de l’expression humaine figée dans un dolmen il y a cinq mille ans jusqu’à l’art concret exposé dans un lieu de verre et de béton, du guitariste improvisant devant une terrasse jusqu’au virtuose le plus émérite, de la géométrie d’un jardin à la française jusqu’à la splendeur d’un paysage naturel heureusement protégé, de la sculpture classique la plus élaborée jusqu’à l’architecture contemporaine la plus audacieuse, d’une enluminure du moyen-âge aux couleurs resplendissantes jusqu’à la photographie d’un visage éprouvé par la violence d’aujourd’hui, d’un chœur d’enfants chantant dans une cour d’école jusqu’au concert au stade de France, soyons le peuple qui déclame, qui chante, qui danse, qui reconstruit, qui rénove, qui sauvegarde, qui respecte, qui imagine, qui lit, qui regarde, qui intrigue le monde par son exigence de valeurs et de culture, tout en accueillant le neuf, le différent, le mystérieux, le futuriste, le déconcertant, l’étrange et l’étranger !

Soyons les découvreurs passionnés et exigeants des talents de chacun, en leur donnant les moyens de sillonner le monde et de parcourir les villes  et les campagnes de notre pays ! L’éventail est immense, l’horizon infini pour cette palette aux mille couleurs qu’il nous appartient de soutenir, de réveiller, de répandre et de réenchanter, « nous qui combattons toujours aux frontières de l’illimité et de l’avenir », selon le vers d’Apollinaire .

De cette mobilisation générale et nécessaire fondée sur notre culture dépend la réussite d’un sursaut politique, économique et social à portée de nous, que je tiens pour le grand projet de ce temps.

En redécouvrant sans arrogance ce qui fait la singularité du génie français en Europe et dans le monde, le pluralisme, la diversité, la créativité, lhistoire, la richesse de notre culture, nous traçons les contours dune nouvelle ambition, dun nouvel engagement,  qui place la culture au cœur de l’action politique. A l’heure où le débat politique, par quelque bout qu’on le prenne, menace de se focaliser sur les moyens, quand il ne dérive pas exclusivement sur les questions de personnes, il me paraît nécessaire de le recentrer sur l’essentiel : les fins.

De quoi s’agit-il ? De préserver la diversité, le pluralisme, le droit de chacun à être et à émettre. A produire aussi, au sens le plus noble du terme, au sens grec de poeïn, c’est-à-dire à créer, fût-ce et peut-être surtout, de l’immatériel ou de la haute technologie. De l’intelligence et des symboles : autant de rêves, d’ambitions, de volontés à proposer au monde.

Encore faut-il que nous sachions veiller à la force et à la vitalité de nos capacités nationales, que nous devons tout autant protéger, rénover, réformer que stimuler. Encore faut-il aussi, bien sûr, que ces capacités se traduisent en activités et en emplois.

Certes, les délocalisations renforcent le sentiment ambiant de crise, d’impuissance, de fatalité du déclin, de perte de substance, d’inéluctable appauvrissement. L’expatriation n’apparaît plus guère comme une conquête, une exploration, une soif de pouvoir, mais plutôt comme un renoncement, un abandon de poste, une désertion en rase campagne…

Bref, s’installe progressivement un doute sur notre maîtrise de l’avenir. Les énergies se minent et se fissurent. Dans ce climat, on hésite parfois à parler vrai.

Nous devons ouvrir grand les yeux sur nos atouts, qui sont beaucoup plus réels et beaucoup plus forts que nous n’osons l’imaginer.

Oui, l’heure est au réveil et à la mobilisation de nos énergies collectives, au dépassement de soi, au refus de toute perspective bassement politicienne, à la confiance retrouvée dans notre destinée.

Nous devons mettre en valeur nos talents, qui sont bien plus vigoureux et nombreux que nous le croyons. Notre potentiel est immense. Encore faut-il que chacun en prenne toute la mesure. Cette redécouverte du capital et des richesses culturels de la France passe par la reconnaissance de  la nécessité de l’effort et du travail de chacun, par l’ouverture des esprits, la fièvre des savoirs, le souci de la préservation et de la diffusion de notre patrimoine et de nos créations.

L’alliance est non seulement possible entre la fierté de l’histoire, du patrimoine, de la culture et le souci de la création contemporaine la plus novatrice. Elle est féconde. Rare. Prometteuse. Porteuse non seulement d’émotions esthétiques, mais d’espoirs concrets d’activités, de richesses et d’aventures spirituelles à partager.

Quel pays, quel peuple dispose d’un tel potentiel, synonyme non pas de privilège, mais de la sédimentation des héritages que l’homme façonne œuvre après œuvre, jour après jour, chantier après chantier ? Au prix d’un travail acharné.  

A l’heure où la localisation des entreprises de toutes tailles sur nos territoires est un enjeu décisif pour l’emploi, « l’environnement » culturel des cadres et du personnel que les firmes du monde entier envoient dans notre pays joue un rôle souvent méconnu, mais essentiel pour la qualité de la vie, donc pour l’implantation de ces activités. La culture n’est pas seulement un « plus ». Elle fait la différence, parce qu’elle est capitale. Et ce sur l’ensemble de notre territoire national, grâce au dynamisme des initiatives culturelles locales

Notre force, notre image extérieure, notre attractivité, notre singularité même, dépendent de notre mobilisation autour d’un grand projet culturel réalisant l’unité nationale des énergies créatrices. Allons plus loin : la cohésion de notre société repose au moins autant sur cette fierté retrouvée que sur les solidarités sociales garanties.

Fruit de cette alliance féconde entre le patrimoine et la création, de cet héritage et de ce partage, la culture n’est pas une fin de discours. Elle n’est pas une péroraison, ce moment ultime de l’art oratoire, où, selon Quintilien, le rhéteur doit faire preuve de tout son art pour émouvoir l’auditoire. Bien au-delà du charme des vieilles pierres et de l’enchantement des trouvères et troubadours. Loin de ce supplément d’âme où on l’a longtemps assignée, la culture est au fondement même de notre destin national et de notre croissance. Elle est un commencement.  Elle est un exorde. Parce qu’elle est une promesse d’avenir dans le monde riche de compétition et lourd de menaces où nous vivons. Une promesse d’excellence possible et d’humanisme rayonnant pour une politique qui retrouve le sens profond de son message et de son action.

Renaud Donnedieu de Vabres

1  « La Jolie Rousse », Calligrammes

Inauguration de la Maison de la Culture de Grenoble

17 septembre 2004

Madame la Ministre,

Messieurs les Ministres,

Monsieur le Député-Maire,

Mesdames et Messieurs les élus,

Mesdames et Messieurs,

Chers amis,

C’est un grand honneur pour moi, de marcher après vous dans les pas de mon illustre
prédécesseur, le créateur du ministère dont j’ai aujourd’hui la charge et des Maisons de la
culture.

Oui, ce soir, à Grenoble, une nouvelle Maison renaît, à la rencontre de la culture
d’aujourd’hui et de l’Histoire.

Ce lieu est un lieu mythique, surgi d’un rêve, d’une vision prophétique d’André Malraux,
d’une promesse, que l’on a pu qualifier d’utopique lorsqu’elle fut formulée la première fois.

L’utopie est sortie de terre, le rêve s’est construit, les artistes et le public ont au fil du temps,
transformé le songe en succès.

Je tiens à rappeler les dimensions de ce succès qui nous rassemble aujourd’hui pour un
nouveau départ, une nouvelle génération, une nouvelle énergie (un physicien génial dirait : « e = mc2 »). Un succès architectural d’abord qui prolonge le geste initial, et nos pensées vont
ce soir vers le premier architecte qui a créé ce lieu, André Wogensky, malheureusement
décédé cet été. Il avait fait partie du jury qui a choisi l’architecte de cette rénovation, Antoine
Stinco auquel je tiens à rendre hommage.

Il s’agit à dire vrai plus que d’une rénovation : une renaissance. Et je tiens à dire tout ce
qu’elle doit à l’engagement d’Edouard Balladur et de Jacques Toubon.

Cette Maison de la deuxième génération met à nouveau en pleine lumière ce bâtiment, mais
aussi le projet qu’il porte, le rayonnement qu’il permet, les hommes et les femmes qui
l’animent et celles et ceux, vous tous, à qui il est destiné.

Car ce lieu est un lieu vivant. Et si Baudelaire a dit que la forme d’une ville change plus vite
que le coeur d’un mortel, nous assistons ici à une métamorphose. Au nouvel état d’un même
être vivant, où bat un coeur, où souffle un esprit, où les âmes vibrent à l’unisson.

Cette métamorphose ne rend pas seulement cette maison plus belle, plus grande, plus
claire. Elle diffuse une lumière nouvelle. Celle-ci n’est pas surgie brutalement de l’ombre,
dont aucune frontière ne la sépare. Elle est faite de toutes les couleurs du spectre de celles
qui l’ont précédée ici même. Et elle est plus rayonnante encore, pour cette raison même.

Parce qu’aux hommes et aux femmes qu’elle réunit, elle propose non seulement une
alternative aux « usines à rêves », mais un lieu d’assemblage de leurs propres songes et de
leurs projets, dans la confrontation et la rencontre avec ceux des créateurs et des artistes.

Car ce lieu, pensé à l’origine comme une moderne cathédrale n’est pas un sanctuaire ni un
lieu de culte, mais un lieu de culture au sens où nous l’entendons aujourd’hui, c’est-à-dire un
lieu où l’oeuvre est non seulement accessible ou à la portée de tous, un lieu où la distance
même qui séparait hier l’oeuvre et son public est abolie.

C’est la deuxième dimension du succès. Ce que l’on a appelé la « démocratisation culturelle
», cette « culture pour chacun », elle s’épanouira ici. Grâce à tous ceux qui ont conjugué
leurs efforts pour faire aboutir ce projet et lui donner un élan nouveau. De liberté.

D’indépendance. De création. De générosité.

On sait, à Grenoble, l’une des rares cités « compagnon de la Libération », qui s’est retrouvée
tout au long de l’Histoire au carrefour des civilisations européennes, dans la violence comme
dans la fécondité de leurs confrontations, quel est le prix de la liberté de l’esprit.

Lorsqu’il fallut fêter le premier anniversaire de la Libération, c’est par une pièce de Luigi
Ciccione, intitulée Un peuple se retrouve, et qui rassembla 40 000 spectateurs, que cela se
fit.

Et je n’oublie pas que c’est à Grenoble, au sortir de la seconde guerre mondiale, que Jean
Dasté décida, parmi les premiers, d’implanter une troupe permanente. Ayons ce soir une
pensée pour ce grand pionnier de la décentralisation dramatique qui aurait eu cent ans
demain.

C’est à Grenoble que dès sa création, la Maison de la culture attira les plus grands talents :
Maurice Béjart, Pierre Henry, Michel Butor, Beckett, Le Corbusier, Giorgio Strehler ou Ariane
Mnouchkine.

C’est à Grenoble que les passionnés et les militants de la culture vinrent éprouver leurs
idées au contact du réel et de la création.

Je ne peux citer tous ces pionniers qui frayèrent les chemins des possibles de la culture. Je
tiens à citer Catherine Tasca qui vint ici faire ses premières armes en succédant à Didier
Béraud.

Je veux évoquer aussi Henri Lhong, Bernard Gilman qui fit admettre que toute la culture
d’une cité ne pouvait plus se concentrer entre ces seuls murs, si prestigieux soient-ils.

C’est ici aussi que se trouvent les racines de Georges Lavaudant, l’actuel directeur du
Théâtre National de l’Odéon, dont les portes rouvriront bientôt, non pas sur la rue Paul
Claudel, qui est celle de cette maison, mais sur la Place Paul Claudel à Paris. Georges
Lavaudant qui commença au Rio, un petit théâtre dont je sais, Monsieur le Député-Maire,
que vous suivez avec attention le renouveau du projet artistique.

C’est à Grenoble que Roger Caracache voulut « recharger la Maison d’une nouvelle utopie
».

C’est à Grenoble enfin que Jean-Claude Gallotta, Laurent Pelly et Marc Minkowski
échafaudent leurs projets, répètent et créent des oeuvres qui feront ensuite le tour de France
et parfois du monde.

Et si vous me permettez cette confidence, il me coûte d’attendre que La Grande Duchesse
de Gerolstein vienne à Paris, dans le spectacle que le Châtelet accueillera après Grenoble.

Spectacle qui est le fruit de la collaboration entre le centre dramatique national, le centre
chorégraphique national et l’orchestre en résidence.

Cet exemple parmi tant d’autres montre à quel point l’ambition initiale des créateurs de cette
Maison est atteinte, et même bien au-delà. Il ne s’agit plus, selon les mots prononcés ici
même par André Malraux, que « ce qui se passe d’essentiel à Paris » se passe « en même
temps » à Grenoble.

Il s’agit bien aujourd’hui que ce qui se passe d’abord à Grenoble, en termes de création et de
diffusion culturelle, puisse aussi, et je l’espère le plus vite possible, se passer à Paris, puis
en Europe et dans le monde.

Geste architectural exceptionnel, symbole d’une démocratisation culturelle en marche, cette
maison est exemplaire aussi du meilleur de la décentralisation culturelle. Ici, l’engagement
ancien conjoint de l’Etat et des collectivités territoriales, permet de proposer le plus haut
niveau d’exigence artistique à la portée de tous.

Oui, ici l’Etat est présent, tutelle et partenaire, pour bâtir, de concert avec les collectivités, au
premier rang desquelles la ville, un foyer de rayonnement universel de la culture, aux
antipodes de ce que l’on appelait encore en 1968, d’un mot « hideux », « l’esprit de province
».

Car c’est à Grenoble, précisément, que, pour la première fois, en un même lieu, sont réunis
un centre dramatique national, un centre chorégraphique national et un orchestre en
résidence.

Je sais, bien sûr, que cette expérience magnifique ne réussira pas sans le soutien affirmé de
l’Etat et je suis venu vous dire, Monsieur le Président, Monsieur le Directeur, que vous
pouvez compter sur lui, aujourd’hui comme au lancement de ce beau projet.

Je sais ce que cette expérience a d’unique.

Une expérience unique en France, qui ne doit pas nous faire oublier que le réseau des
établissements culturels de notre pays est très diversifié et riche d’une histoire chaque fois
singulière.

Fier de voir cette Maison permettre à des artistes, différents et complémentaires, de créer en
toute indépendance des oeuvres qui rencontreront, je l’espère, toujours plus de spectateurs,
je veux vous faire partager mon désir le plus vif : que les murs parfois dressés entre les
métiers du spectacle vivant et les autres secteurs de la société s’abattent, comme se sont ici
abattues les frontières entre musique, danse et théâtre, dans l’acceptation de leurs
différences et dans le respect des missions que chaque structure s’est vue confier par l’Etat
et les collectivités territoriales.

Ce décloisonnement que vous allez réussir ici, est exemplaire de la nouvelle ambition que le
gouvernement entend donner aujourd’hui à la politique culturelle. Cette nouvelle ambition est
fondée sur l’alliance du patrimoine, cet indivisible héritage que nous avons en partage, et de
la création.

Oui, l’alliance est non seulement possible entre la fierté de l’histoire, du patrimoine, de la
culture et le souci de la création contemporaine la plus novatrice. Elle est féconde. Rare.

Prometteuse. Porteuse non seulement d’émotions esthétiques, mais d’espoirs concrets
d’activités, de richesses et d’aventures spirituelles à partager. Dans des lieux d’exception,
comme ici, mais aussi dans tous les lieux de proximité qui font la richesse et l’attrait de nos
territoires.

Ce lieu est né dans une sorte d’embrasement lyrique.

Il renaît aujourd’hui, métamorphosé, avec cette nouvelle promesse, en laquelle je crois, et
que je vous invite à faire advenir tous ensemble, tandis que résonnent toujours les mots
immémoriaux de la petite princesse thébaine vêtue de noir, aux pieds de l’Acropole : « je ne
suis pas venue sur la terre pour partager la haine, mais pour partager l’amour ».

Je vous remercie.

L'INVITE DE RTL : Invité : Renaud DONNEDIEU de VABRES.

17 septembre 2004

JEAN-MICHEL APHATIE : Votre ministère organise ce week-end les Journées du patrimoine, et vous avez choisi, vous, Renaud DONNEDIEU de VABRES, d’exposer dans votre ministère rue de Valois, les visiteurs pourront le voir, le document originel de l’édit de Nantes, signé par Henri IV en 1598… JEAN-MICHEL APHATIE : Bonjour Renaud DONNEDIEU de VABRES.

RENAUD DONNEDIEU DE VABRES : Bonjour.

JEAN-MICHEL APHATIE : RTL, ainsi que d’autres radios, diffusent depuis ce matin des messages conçus par REPORTERS SANS FRONTIERES, et dits par des personnalités, Catherine DENEUVE ce matin. Ces messages témoignent bien sûr de notre solidarité avec Christian CHESNOT et Georges MALBRUNOT détenus en otages depuis quatre semaines maintenant, en Irak, ils seront diffusés jusqu’à leur libération ces messages. Cette libération, elle peut tarder, Renaud DONNEDIEU de VABRES ?

RENAUD DONNEDIEU DE VABRES : Vous savez, le gouvernement reste totalement mobilisé, nous sommes prudents, nous faisons preuve de la plus grande discrétion pour que surtout rien ne perturbe ce que nous espérons, c’est-à-dire la libération prochaine de nos otages. Tous les témoignages d’unité nationale qui se sont exprimés, et ces paroles fortes d’artistes, de solidarité, vis à vis des familles des otages et vis à vis des otages eux-mêmes, eh bien je crois que c’est nécessaire, c’est magnifique, ça donne, si vous voulez, le sentiment de cette unité nécessaire et de cette réponse au terrorisme.

JEAN-MICHEL APHATIE
: Des informations vous permettent de dire qu’ils sont vivants et en bonne santé ? C’est encore ce que dit Michèle ALLIOT-MARIE ce matin.

RENAUD DONNEDIEU DE VABRES : Ecoutez, nous n’avons aucune information contraire, mais vous comprenez que là dessus il faut être d’une prudence extrême compte tenu du chaos qui règne en Irak, donc prudence, mais également espérance.

JEAN-MICHEL APHATIE : Votre ministère organise ce week-end les Journées du patrimoine, et vous avez choisi, vous, Renaud DONNEDIEU de VABRES, d’exposer dans votre ministère rue de Valois, les visiteurs pourront le voir, le document originel de l’édit de Nantes, signé par Henri IV en 1598.

RENAUD DONNEDIEU DE VABRES : Voilà, c’est un très beau symbole, c’est-à-dire que c’est pour moi le symbole de la liberté religieuse, de la liberté de conscience, de la liberté d’expression, et donc ce document sera sorti pour la première fois des coffres des Archives nationales, et je souhaite que nombreux soient les Français qui venant visiter le ministère de la Culture, ou venant exprès contempler ce document, puissent s’exprimer, donc à côté il y aura des registres où chacun pourra s’exprimer sur la liberté de conscience, la tolérance, et je publierai ensuite l’ensemble de ces textes. Parce que nous sommes dans un monde de haine, de violences, d’affrontements et de forme renouvelée de racisme et d’antisémitisme, de xénophobie et donc le lieu et l’action du ministère de la Culture c’est d’être un ciment, c’est d’être un lien, de la même manière que j’ai souhaité que toutes les formes et toutes les époques du patrimoine soient présentées et réunies. Je suis pour la réconciliation entre les époques, entre les générations, parce que là aussi je crois que ça participe des nécessités du monde actuel.

JEAN-MICHEL APHATIE : Vous êtes le ministre de la Culture et aussi ministre de la Communication, alors j’aimerais vous soumettre une phrase de Serge DASSAULT, nouveau patron de presse de la SOCPRESS, il a eu cette phrase devant la société des rédacteurs du FIGARO, qui est maintenant sa propriété. “ J’estime ”, a dit Serge DASSAULT, “ qu’il y a quelques informations qui nécessitent beaucoup de précautions, il en est ainsi des articles qui parlent des contrats en cours de négociations, il y a des informations qui font plus de mal que de bien, le risque étant de mettre en péril des intérêts commerciaux ou industriels de notre pays ”. Que pensez-vous de cette conception de l’information, Renaud DONNEDIEU de VABRES ?

RENAUD DONNEDIEU DE VABRES
: Vous savez, je pense qu’à l’intérieur d’une rédaction il y a toujours des discussions et il y a des textes législatifs d’ailleurs qui garantissent la liberté des journalistes. Et donc lorsqu’il y a, comme vous savez, un changement de propriété dans un organe de presse, la loi française permet aux journalistes de dire si au fond ils sont ou ils ne sont pas en concordance de vue avec le propriétaire d’un titre, et je crois que c’est une bonne chose parce que ça respecte la liberté de l’information. Deuxièmement, il ne m’appartient pas évidemment d’interférer dans les rapports entre un propriétaire de journal et une rédaction, mais je crois que partout la liberté d’expression doit exister, la liberté de conscience, comme je le disais tout à l’heure, et c’est évident que vous êtes confronté à des décisions redoutables, c’est-à-dire muni d’une information, est-ce qu’on la donne ? Est-ce qu’on ne la donne pas ? Ou est-ce qu’on en est sur le plan de la vérification ? Donc les choses ne sont pas simples et pas caricaturales, en tout cas je pense une seule chose nécessaire, c’est la liberté pour les journalistes, c’est essentiel tout simplement au fonctionnement de la démocratie.

JEAN-MICHEL APHATIE : Et quand un industriel important devient un important patron de presse dans une société, c’est un problème ? C’est inéluctable ? C’est souhaitable ?

RENAUD DONNEDIEU DE VABRES : Ecoutez, vous savez, il faut voir les choses aussi de la manière suivante. Il est important qu’il y ait des moyens financiers pour le fonctionnement de la presse, de l’audiovisuel public ou de la presse écrite, et j’en sais quelque chose, c’est-à-dire que dans la partie qui m’incombe comme ministre de la Communication, je fais en sorte que la presse quotidienne, la presse d’information, bénéficie de soutiens puissants pour sa modernisation, pour sa distribution, pour sa diffusion, donc pour que cette liberté existe, il faut qu’il y ait des moyens, ça c’est aussi la vérité de le dire.

JEAN-MICHEL APHATIE : Une autre phrase fait beaucoup couler d’encre et suscite pas mal de réactions, elle est signée Patrick Le LAY, PDG de TF1. “ A la base ”, je cite Patrick Le LAY, “ le métier de TF1 c’est aider COCA-COLA par exemple, à vendre son produit. pour qu’un message publicitaire soit perçu, il faut que le cerveau du téléspectateur soit disponible. Nos émissions ont pour vocation de le rendre disponible ”. Qu’en pensez-vous Renaud DONNEDIEU de VABRES ?

RENAUD DONNEDIEU DE VABRES  : Ecoutez, je serais journaliste à TF1 ou concepteur des programmes de TF1, j’aurais évidemment conçu cette phrase comme remettant en cause le contenu même de mon travail, parce que lorsque je regarde l’information, lorsque je regarde un certain nombre de programmes, je considère qu’ils ont une valeur en eux-mêmes et qu’ils ne sont pas des éléments interstitiels avant la pub.

JEAN-MICHEL APHATIE : C’est bien dit, éléments interstitiels avant la pub. D’accord. Donc vous n’auriez pas signé la phrase de Patrick Le LAY, je souligne pour ceux qui n’auraient pas compris. Laurent FABIUS a dit “ non ” à la constitution européenne, qu’en pensez-vous ?

RENAUD DONNEDIEU DE VABRES : Je suis vraiment partagé. D’un certain point de vue…

JEAN-MICHEL APHATIE : Vous avez envie de dire “ non ” vous aussi ?

RENAUD DONNEDIEU DE VABRES : Ah non, pas du tout, non non, c’est pas ça. Il y a un débat, vive la liberté d’expression comme je l’ai dit tout à l’heure, il a le droit de s’exprimer, et je ressens un malaise, parce que j’espère qu’il n’y a pas trop d’arrières pensées politiciennes, j’espère que c’est vraiment les considérations sur l’Europe qui motivent sa décision. En tous cas, points par points, moi je souhaite qu’aucune question ne soit éludée. Les Français ont la parole, le président de la République veut leur donner, le débat européen est essentiel, et je pense que dans le monde actuel, où nous avons peur de perdre notre identité, nos racines, nos repères, la mondialisation, les délocalisations, parfois l’Europe fait peur, eh bien vive ce débat, moi je ferai tout ce qui est mon pouvoir pour convaincre les Français que l’élargissement est une chance, c’est une réunification, c’est la victoire de la paix contre les périodes de barbarie.

JEAN-MICHEL APHATIE : Mais la constitution est bonne, ou elle n’est pas bonne ?

RENAUD DONNEDIEU DE VABRES : Bien sûr qu’elle est bonne, parce qu’elle redéfinit clairement des pouvoirs. Elle est un progrès, simplement, le débat européen c’est aussi un débat sur la force française, et donc nous ne disparaissons pas au sein de l’Europe, c’est pour nous une chance. Il faut l’expliquer aux Français, et moi je souhaite que nous soyons nombreux à l’expliquer, et je souhaite évidemment que monsieur FABIUS soit minoritaire.

JEAN-MICHEL APHATIE : Renaud DONNEDIEU de VABRES, dont le cerveau est disponible pour la politique, était l’invité de RTL ce matin. Bonne journée.

RMC INFO : Invité ce matin Renaud DONNEDIEU de VABRES

17 septembre 2004

RENAUD DONNEDIEU DE VABRES : Oui un label du patrimoine européen, cest-à-dire si vous voulez, moi je crois à la nécessité du voisinage et des parcours. C’est-à-dire de découvrir qu’une capitale à une autre, d’une ville à une autre, eh bien il y a des cathédrales, des bâtiments, des façades de café aussi. Le patrimoine ce n’est pas uniquement les châteaux et le plus spectaculaire, c’est aussi tout simplement ce qui fait l’agrément de notre cadre de vie, nos racines… JEAN-JACQUES BOURDIN : Notre invité ce matin Renaud DONNEDIEU de VABRES,  ministre de la Culture et de la Communication. Renaud DONNEDIEU de VABRES avant d’entrer dans les questions, dans le vif du sujet, d’abord 32-16RMCINFO.FR les auditeurs peuvent vous interroger bien sûr. Et puis vous savez que nous avons une tradition, une nouvelle tradition, vous ne savez peut-être pas, je vous demande de poser une question aux Français, est-ce qu’on vous l’a dit ça, non, on ne vous l’a pas dit ?

RENAUD DONNEDIEU DE VABRES
: Ah c’est une bonne…

JEAN-JACQUES BOURDIN : Parce que cela va toujours dans le même sens, moi je voudrais renverser un peu, est-ce que vous avez une question à poser aux Français ou une façon de les interpeller ?

RENAUD DONNEDIEU DE VABRES : Oh j’ai plein de questions à leur poser…

JEAN-JACQUES BOURDIN : Qu’est-ce que vous avez envie de leur demander par exemple ?

RENAUD DONNEDIEU DE VABRES :  J’ai envie de leur poser une question bien sûr sur l’Europe, et j’ai envie de leur demander, si pour eux, affirmer l’objectif européen, est-ce que cela légitime qu’on soit d’abord fier d’être français ?

JEAN-JACQUES BOURDIN : Bon, eh bien voilà nous avons la question de Renaud DONNEDIEU de VABRES et vous aurez la réponse avant 9 heures. Bien Monsieur le Ministre, sérieux, les otages français, Michèle ALLIOT-MARIE déclare dans le PARISIEN AUJOURD’HUI EN FRANCE ce matin, je cite : nous avons des renseignements qui permettent de penser que nos otages sont vivants, en bonne santé et en sécurité.

RENAUD DONNEDIEU DE VABRES : Ecoutez, sur ces questions moi je suis d’une extrême prudence, parce que je ne veux bien sûr, d’aucune manière, par mes propos, qui sont toujours écoutés, comme ceux des autres membres du gouvernement, comme ceux de beaucoup de gens – écoutés là-bas en Irak, faire peser le moindre risque. Le gouvernement est mobilisé, pour le moment nous sommes évidemment très prudents parce que la situation en Irak est un vrai cahot, en lui-même, si vous voulez, ce qui présente évidemment des risques supplémentaires. Mais effectivement nous espérons et nous continuons d’espérer que la libération sera prochaine.

JEAN-JACQUES BOURDIN : Mais vous espérez, vous n’avez pas de nouveaux renseignements ?

RENAUD DONNEDIEU DE VABRES : Non, enfin en tout cas moi je n’en ai pas, nous sommes très prudents et vous pensez bien que de toute façon…

JEAN-JACQUES BOURDIN : Vous ne nous les donneriez pas.

RENAUD DONNEDIEU DE VABRES : Je suis dans l’incapacité…on ne les donnerait pas, parce qu’il ne faudrait pas donner, de moindre manière, le sentiment qu’on puisse avoir des informations qui menacent la sécurité de nos otages.

JEAN-JACQUES BOURDIN : Oui, il y a eu un nouveau communiqué sur les otages annonçant un verdict, ils seraient passés en jugement par les ravisseurs, comment vérifier, c’est difficile, c’est… ?

RENAUD DONNEDIEU DE VABRES
: Tous les services de renseignements français sont totalement mobilisés, comme le Gouvernement et donc voilà.

JEAN-JACQUES BOURDIN :Parce qu’on a besoin de savoir maintenant pour eux, est-ce qu’on n’est pas allé un peu vite en besogne, est-ce qu’on n’a pas annoncé un peu trop vite une libération éminente ?

RENAUD DONNEDIEU DE VABRES
: Vous savez tant que les choses ne sont pas faites, là où vous avez raison, c’est qu’il faut toujours être très prudent. Donc c’est vrai qu’il y a eu un moment où on a espéré que c’était vraiment très proche, et puis voilà ils ne sont toujours pas libérés, donc il faut être très prudent. Mais on est vraiment mobilisé, cest-à-dire que nous faisons tous les efforts possibles pour parvenir à cette libération.

JEAN-JACQUES BOURDIN : Bien Renaud DONNEDIEU de VABRES nous parlons… oh, il y a des quantités de sujets qui vous concernent là, vous êtes sur l’actualité. D’abord, la redevance télé, parce que voilà un sujet grand public, la redevance télé. Alors vous avez tout changé, d’abord, elle va s’appeler taxe audiovisuelle, elle va être adossée à la taxe d’habitation, donc nous la paierons avec la taxe d’habitation. Le gouvernement espère récolter 50 à 60 millions d’euros supplémentaires, j’ai envie de vous dire, c’est une taxe injuste, elle n’est pas proportionnelle aux revenus, pourquoi ?

RENAUD DONNEDIEU DE VABRES : Parce que l’impôt sur le revenu, lui, il est proportionnel au revenu, voilà, donc ça c’est normal. Et puis ensuite le reste, vous savez très bien qu’il y a un certain nombre d’impôts, de taxes qui ne sont pas proportionnelles aux revenus. Donc on ne peut pas le faire indéfiniment et cela serait je crois difficilement gérable. Ce qu’il faut que les Français sachent c’est qu’elle n’augmente pas, donc ça c’est important. Et que deuxièmement, elle est, voilà… un poste, une taxe et il n’y aura pas pluralité de taxe. Donc je crois si vous voulez que c’est juste et deuxièmement eh bien il faut reconnaître que l’audiovisuel public a des besoins de financement et que donc c’est une manière de le faire et qu’on est beaucoup moins cher que dans la plupart des pays européens.

JEAN-JACQUES BOURDIN
: Bien, Renaud DONNEDIEU de VABRES, parlons justement de l’audiovisuel public, pourquoi y a t-il encore de la pub sur FRANCE 2 et FRANCE 3 ? Avant que vous ne répondiez à cette question, j’ai une autre question, j’allais oublier, sur la redevance. Moi, de nombreux auditeurs nous le disent, je paie ma redevance, mais ce n’est pas pour enrichir la Société de production par exemple de Monsieur DELARUE.

RENAUD DONNEDIEU DE VABRES : Non, vous posez la question de savoir le contenu des programmes et par qui et comment ils sont réalisés ?

JEAN-JACQUES BOURDIN : Eh oui, pourquoi est-ce que je paie une redevance pour enrichir la Société de production de Monsieur DELARUE ?

RENAUD DONNEDIEU DE VABRES : Parce qu’attendez, une société, une grande société de télévision peut organiser ses programmes et la fabrication des programmes comme elle l’entend et donc avoir recours à des sociétés et à des gens qui ont beaucoup de talent. Moi ce qui m’importe en tout cas, c’est que les tournages aient le plus possible lieu en France et c’est sur ce point là…

JEAN-JACQUES BOURDIN : Ce n’est pas le cas en ce moment !

RENAUD DONNEDIEU DE VABRES : Oui, oui, enfin c’est un objectif, c’est très important et j’essaye d’en persuader tout le monde. C’est la raison pour laquelle je suis très heureux que l’ancien patron du CNC, David KESSLER ait pris une responsabilité au sein de FRANCETELEVISIONS j’allais dire pour veiller au grain sur toutes ces questions, parce qu’elles sont évidemment très importantes – et je pense qu’il faut que l’on fasse en sorte que beaucoup, beaucoup plus de réalisations et de productions soient tournées en France.

JEAN-JACQUES BOURDIN : Au lieu d’être tournées dans les pays de l’Est, par exemple, en Roumanie par exemple !

RENAUD DONNEDIEU DE VABRES : En Roumanie par exemple !

JEAN-JACQUES BOURDIN : Pourquoi de la pub sur FRANCE 2 et FRANCE 3 ?


RENAUD DONNEDIEU DE VABRES
:  E bien vous allez me dire l’Etat est inconséquent, cest-à-dire qu’il devrait financer l’intégralité de l’audiovisuel public, eh bien ce n’est pas le cas parce que je crois légitime, si vous voulez qu’il y ait cette partition entre d’un côté la publicité et de l’autre côté…

JEAN-JACQUES BOURDIN : Mais cela n’existe pas en radio par exemple !

RENAUD DONNEDIEU DE VABRES : Dans la plupart de pays européens c’est le système, donc c’est un système mixte. Cela veut dire que si j’exige au fond de FRANCETELEVISIONS la programmation à 20H30 d’une pièce de théâtre ou d’un concert qui n’attire pas un public immense – qui serait peut-être très bien sur le plan de la diffusion culturelle et du pluralisme des œuvres culturelles, évidemment FRANCETELEVISIONS me dira immédiatement : attendez là, vous me posez un problème de financement parce que, la publicité est une recette importante pour moi. Donc il faut qu’il y ait un équilibre entre… à cause des sources de financement sur le contenu des programmes, voilà, donc je pense que l’équilibre est satisfaisant.

JEAN-JACQUES BOURDIN : Pas de privatisation de FRANCE 2, c’est fini ça ?

RENAUD DONNEDIEU DE VABRES : Non, pas de privatisation de FRANCE 2.

JEAN-JACQUES BOURDIN : Ça c’est oublié, cela a couru un peu dans Paris.

RENAUD DONNEDIEU DE VABRES : Non mais vous savez les choses courent…

JEAN-JACQUES BOURDIN : Oui je sais, vous avez raison.

RENAUD DONNEDIEU DE VABRES : Nos concitoyens… si vous voulez il y a des moments pour tout. Au moment d’une campagne présidentielle, d’une campagne législative, on définit un projet et ensuite pendant cinq ans on mène à bien le projet. Dans le projet que nous avons défini autour du président de la République, de Jacques CHIRAC et ensuite autour de l’élection législative, il n’y avait pas la privatisation de FRANCE 2, donc voilà, elle ne survient pas en cours de mandat par surprise.

JEAN-JACQUES BOURDIN : Alors il y a des débats et un débat aussi qui agite, là encore nos auditeurs nous interrogent régulièrement, les docu-fictions ! Et les auditeurs sont parfois sensibles aux arguments, notamment de ceux qui disent, mais attention, attention, il ne faut pas aller trop loin dans les docu-fictions ! Un exemple, les familles de victimes qui s’inquiètent, qui ont interpellé Etienne MOUGEOTTE à TF1, il y a un docu-fiction qui est en préparation sur la tuerie de Nanterre. Il y a eu la diffusion de la cellule d’Hambourg par exemple sur FRANCE 2, quelle est votre position là-dessus ?

RENAUD DONNEDIEU DE VABRES : Ecoutez, moi je ne veux pas interférer dans le contenu des programmes. Celui qui a la charge de cela, c’est le Conseil supérieur de l’audiovisuel.

JEAN-JACQUES BOURDIN : C’est vrai !

RENAUD DONNEDIEU DE VABRES : Non, mais il faut le rappeler à nos concitoyens pour qu’ils comprennent, je ne suis pas en train d’ouvrir un parapluie, ce n’est pas ma manière de fonctionner en règle générale dans l’exercice de mes fonctions. Mais le contenu si vous voulez au fond de l’aspect déontologique des programmes, c’est le CSA qui le doit faire. Vous le mesurez, chacun d’entre vous, tous les journalistes et les responsables des programmes dans les chaînes de radio ou de télévision, comme dans la presse écrite d’ailleurs, mesurent la responsabilité et l’appréciation de l’opportunité qu’il y a parfois à dire ou à ne pas dire – à lancer un sujet ou à ne pas lancer un sujet et cela peut poser évidemment des problèmes de déontologie et il y a parfois contradiction d’intérêt. C’est-à-dire que parfois au fond, une famille peut avoir intérêt à ce que les projecteurs soient donnés sur une affaire judiciaire pour que les délais soient accélérés ou qu’un dossier soit revu, parce qu’il peut y avoir le sentiment d’un dysfonctionnement. Et parfois c’est l’inverse, cest-à-dire qu’une famille veut vire à l’abri avec son deuil, avec son chagrin et qu’on ne vienne pas en plus…Donc voilà c’est très compliqué et c’est l’appréciation des patrons et ça c’est bien.

JEAN-JACQUES BOURDIN
: Le danger c’est de confondre la fonction et la réalité.

RENAUD DONNEDIEU DE VABRES : C’est vrai que cela suppose beaucoup de précisions. Encore une fois c’est un genre qui est pour autant très important, parce que cela fait comprendre le monde dans lequel nous vivons. Mais cela doit être fait avec beaucoup de finesse et beaucoup de déontologie.

JEAN-JACQUES BOURDIN : Bien Renaud DONNEDIEU de VABRES, répond à vos questions, 32-16, RMCINFO.FR, j’ai encore plein de questions à lui poser, encore un peu sur la télévision avec notamment le projet de chaîne internationale française est-ce qu’il est abandonné ce projet oui ou non ?

RENAUD DONNEDIEU DE VABRES : Pas du tout, il n’est pas du tout abandonné, c’est une nécessité absolue.

JEAN-JACQUES BOURDIN : Nécessité absolue, donc il n’est pas abandonné, vous confirmez.

RENAUD DONNEDIEU DE VABRES : Non !

JEAN-JACQUES BOURDIN : Bien, nous allons parler du patrimoine évidemment, des Choristes nommés aux oscars, enfin il y a d’autres sujets, à tout de suite !

JEAN-JACQUES BOURDIN
: Avant d’aller plus loin, Renaud DONNEDIEU de VABRES on va prendre nos auditeurs, c’est la tradition ici, vous le savez, Philippe.

PHILIPPE : Oui bonjour Jean-Jacques et bonjour à votre invité.

JEAN-JACQUES BOURDIN : Invité qui est le ministre de la Culture et de la Communication, question Philippe !

PHILIPPE : Alors voilà, nous qui payons la redevance comme tout bon français, est-ce qu’il ne serait pas possible de nous donner le choix des programmes, par exemple comme en début d’année. Parce que l’on regarde beaucoup de chaînes, sur la 2, la 3, plutôt des chaînes qui reçoivent la redevance. Mais il y a beaucoup de chaînes qui sont un peu rébarbatives, qui sont un peu gonflantes, parce qu’on en a un peu marre maintenant.

JEAN-JACQUES BOURDIN : C’est-à-dire, qu’est-ce que vous voulez dire Philippe, cest-à-dire qu’on vous interroge pour la fabrication des programmes ?

PHILIPPE : Eh bien qu’on nous interroge ou tout simplement… En début d’année ce que l’on pourrait faire, c’est une idée comme ça, par exemple faire deux ou trois programmes, où chaque programme il y aurait un peu plus de films, un peu plus de reportages, ou un peu plus de ci ou de ça et demander aux Français de voter pour quel programme ils préféreraient, voter pour toute l’année quoi.

RENAUD DONNEDIEU DE VABRES : Ce n’est pas une mauvaise idée, simplement à mon avis il va y avoir des demandes un peu contradictoires de nos concitoyens. Ceci étant dit, je retransmettrai votre idée au président de FRANCETELEVISIONS, je suis sûr que cela l’intéressera, mais cela ne va pas être facile à mettre en œuvre.

JEAN-JACQUES BOURDIN : Merci Philippe, Eric, bonjour, question au ministre Eric, attaché commercial, 34 ans, vous êtes dans l’Indre.


ERIC :  C’est ça, bonjour Monsieur le Ministre ! Voilà moi j’ai une question, vu la qualité des programmes, pour moi, pour mon avis personnel, la qualité de programmes de télévision, j’ai décidé de ne plus regarder la télévision. Par contre mon téléviseur je m’en sers comme cinéma pour regarder des documentaires que j’achète en supermarché, des DVD ou des films. Donc pourquoi je serais soumis à la redevance télé, parce que je m’en sers comme d’un ordinateur par exemple.

RENAUD DONNEDIEU DE VABRES : Je vous trouve un peu sévère quand même sur la qualité des programmes. Parce que si vous cherchez un peu, mais vous avez le droit de ne pas vouloir chercher, il y a quand même une pluralité d’offres qui permet de choisir ce que l’on préfère. Maintenant si vous voulez, il faut trouver un système, parce que si je prolonge votre raisonnement, tous les Français nous dirons, moi j’ai une télé et je ne la regarde jamais et alors comment on va faire pour trouver et faire payer une redevance. Donc je comprends très bien, que vous, ne regardant pas la télé cela vous pose problème, mais il faut financer l’audiovisuel public. Mais je vous conseille quand même de regarder un peu la télé, parce que c’est intéressant, notamment l’information.

JEAN-JACQUES BOURDIN : Bien merci Eric, merci, nous avons Isabelle par mail qui vous demande… je suis en train d’écouter votre émission j’ai une question à poser au ministre à propos de la redevance télé qui va être payée avec la taxe d’habitation, et les personnes qui ont une résidence secondaire ?

RENAUD DONNEDIEU DE VABRES : Eh bien non, les personnes qui ont une résidence secondaire ne paieront pas deux fois la redevance.

JEAN-JACQUES BOURDIN : Voilà la réponse est donnée par le ministre. Les journées du patrimoine demain, les 21èmes journées du patrimoine, demain et les jours qui suivent. Cette année le thème : les sciences et techniques et à l’honneur l’architecture du XXème siècle.

RENAUD DONNEDIEU DE VABRES : Voilà, mais moi ce que je préconise c’est de dire aux Français, allez partout, poussez les portes et allez découvrir tout simplement, eh bien les créations qui existent dans notre pays et toutes les époques. C’est-à-dire que je souhaite qu’on relie les époques les unes aux autres et qu’on soit un peu plus fier de nous-même, pourquoi ? Parce que nous sommes un pays qui a des capacités extraordinaires et l’alliance entre le patrimoine et la création, voilà ce n’est pas un supplément d’âme, ce n’est pas quelque chose comme ça d’épisodique ou d’annexe. C’est pour moi, je crois une possibilité d’activité, d’influence pour notre pays considérable. Ce n’est pas uniquement les retombées commerciales dont on parle parfois, c’est en soi une possibilité de développement et de fierté.

JEAN-JACQUES BOURDIN : Je vois que vous avez proposé la création d’un laboratoire du patrimoine européen.

RENAUD DONNEDIEU DE VABRES : Oui d’un label du patrimoine européen, cest-à-dire si vous voulez, moi je crois à la nécessité du voisinage et des parcours. C’est-à-dire de découvrir qu’une capitale à une autre, d’une ville à une autre, eh bien il y a des cathédrales, des bâtiments, des façades de café aussi. Le patrimoine ce n’est pas uniquement les châteaux et le plus spectaculaire, c’est aussi tout simplement ce qui fait l’agrément de notre cadre de vie, nos racines. La protection du patrimoine c’est aussi l’enfouissement des lignes électriques et téléphoniques dans un centre de village. Ou une maison, elle est transformée et j’allais dire transfigurée à partir du moment où on l’a débarrassé de ce genre de chose. Donc il faut qu’on aille encore plus de l’avant, c’est difficile, parce que cela coûte cher et donc on fait les choses année après année. Depuis que je suis ministre de la Culture et de la Communication j’ai été dans 41 départements et à chaque fois que je reviens si vous voulez, je m’aperçois à la fois de ce qu’on a réalisé, mais de l’ampleur des besoins.

JEAN-JACQUES BOURDIN : 53, c’est un sondage IPSOS qui paraît demain dans le FIGARO Magazine, 53 % des Français n’ont vu ni musée, ni exposition depuis un an.

RENAUD DONNEDIEU DE VABRES : Eh bien c’est pour ça que cette opération “ porte ouverte ”, c’est fait, pour que, si vous voulez, ils rentrent partout.

JEAN-JACQUES BOURDIN
: On en a besoin donc !

RENAUD DONNEDIEU DE VABRES  :  Bien sûr.

JEAN-JACQUES BOURDIN : On en a besoin, est-ce que vous allez ouvrir votre bureau  ?

RENAUD DONNEDIEU DE VABRES : Bien sûr !

JEAN-JACQUES BOURDIN : Il paraît que vous allez changer votre bureau, c’est vrai ou pas ça, j’ai entendu dire, c’est le bureau de Jack LANG ?

RENAUD DONNEDIEU DE VABRES : Non, non attendez ce n’est pas ça.

JEAN-JACQUES BOURDIN : C’est quoi alors, quelle est l’histoire ?

RENAUD DONNEDIEU DE VABRES : Quand on est ministre de la République on est ministre … le mobilier ne m’appartient pas.

JEAN-JACQUES BOURDIN
: Oui, c’est le mobilier de la République.

RENAUD DONNEDIEU DE VABRES : Le mobilier est magnifique, il a besoin d’être restauré, il va l’être, il va être exposé de manière permanente et je souhaite si vous voulez donner une chance à beaucoup de jeunes créateurs. Et donc je souhaite effectivement, que régulièrement, ce n’est pas par caprice personnel, c’est par souci de soutenir les jeunes créateurs, que le mobilier puisse changer, tout simplement pour donner une chance et que vous soyez obligé d’en parler. Et donc, eh bien cela donnera à chacun, à chaque fois une chance supplémentaire et nouvelle. Ce n’est pas le caprice du ministre, c’est tout simplement la volonté de donner un coup de main aux jeunes créateurs.

JEAN-JACQUES BOURDIN : Bien, de plus en plus de Français avouent télécharger des morceaux ou des CDD, je rappelle que c’est un délit passible de trois ans de prison et 300.000 euros d’amende, des plaintes ont d’ailleurs été déposées contre une vingtaine d’internautes. La FNAC met en place un site de téléchargement de musique, site payant, le internautes pourront télécharger leur musique.

RENAUD DONNEDIEU DE VABRES : Eh bien ça c’est très bien ! Et je souhaite qu’il y ait le maximum d’initiatives dans ce sens,  pourquoi ? Parce que moi je ne suis pas censeur ou un castrateur, je n’interdis absolument pas l’accès à la musique ou au cinéma par Internet, c’est très bien, c’est un mode de découverte, de communication, décloisonné, parfait. Simplement il faut avoir le courage de dire que la gratuité absolue cela tue la diversité. Cela veut dire qu’à ce moment là c’est la concentration absolue vers les plus grands groupes ou les systèmes les plus puissants et cela tue la diversité culturelle et artistique et la création à laquelle je suis vraiment attaché. C’est la raison pour laquelle je souhaite qu’il y ait le maximum de sites payants pour la musique ou le cinéma…

JEAN-JACQUES BOURDIN
: C’est 10 euros je crois !

RENAUD DONNEDIEU DE VABRES : Attractifs et donc cela permettra à ce moment là, eh bien que cet accès ne tue pas la diversité. Et dès qu’il y aura suffisamment de sites qui se seront lancés, pour donner un coup de pub, je suis prêt d’ailleurs à organiser une sorte de nuit de l’accès à la musique et au cinéma par Internet pour saluer ces initiatives qui sont nécessaires.

JEAN-JACQUES BOURDIN : Jacques CHIRAC avait promis une baisse de la TVA sur le disque, Patrick DEVEDJIAN s’est prononcé contre, où en est-on ?

RENAUD DONNEDIEU DE VABRES : C’est un objectif du gouvernement, c’est toujours un objectif du gouvernement…

JEAN-JACQUES BOURDIN : Ce qu’a dit DEVEDJIAN donc était faux, ce qu’il a dit !

RENAUD DONNEDIEU DE VABRES : Chaque ministre peut s’exprimer, ce n’est pas exactement ce qu’il a dit, il a dit au fond que cela ne règlerait pas le problème du disque et personne ne dit que cela réglera l’intégralité des problèmes du disque, c’est pour ça que je me suis attaqué au problème de la piraterie, en liaison d’ailleurs avec Nicolas SARKOZY – nous avons travaillé tous les deux de concert sur ce sujet. Et donc dans les démarches que je fais vis à vis de Bruxelles et de la Commission européenne, j’ai rappelé que la baisse de la TVA sur le disque était un objectif français et je suis maintenant rejoins, ce qui n’était pas le cas par un certain nombre d’autres pays. Nous ne l’avons pas encore obtenue, mais nous continuons à nous battre.

JEAN-JACQUES BOURDIN  : Les intermittents, les promesses seront tenues ?

RENAUD DONNEDIEU DE VABRES : Vous savez je suis un homme d’engagement, donc j’ai défini un calendrier, des étapes, je les tiendrai toutes. Les festivals se sont bien passés et je remercie toutes celles et tous ceux qui ont permis à ces festivals d’exister. Et je remercie surtout les spectateurs, cest-à-dire qui ont été par millions au fond soutenir directement par leur présence nos artistes. Maintenant je suis dans la phase deux, c’est-à-dire la construction d’un système définitif. Je ne m’endors pas, j’ai reçu les partenaires sociaux il y a quelques jours. Il y a un certain nombre d’étapes qui sont devant moi, il  y a un débat national qui aura lieu le 18 octobre pour que les artistes et les techniciens puissent s’exprimer. A la fin du mois d’octobre, enfin le 2 novembre Jean-Paul GUILLOT, me remettra son rapport avec le verdict sur les comptes de l’UNEDIC et les propositions définitives. Je veux sur ce sujet mobiliser les parlementaires, il y aura un débat parlementaire à la fin du mois de novembre ou au début du mois de décembre et ensuite, il faut que l’on parvienne à un système définitif. Je veux, si vous voulez faire en sorte qu’artistes et techniciens, du cinéma, de l’audiovisuel et du spectacle vivant aient des conditions d’existence acceptables et surtout qu’ils soient soutenus par nos concitoyens. C’est-à-dire que je veux que les Français comprennent la réalité de ces métiers et parfois cela n’a pas été le cas et c’est mon boulot.

JEAN-JACQUES BOURDIN : Philippe DUFREIGNE a pour vous la réponse des Français à votre question initiale.

PHILIPPE DUFREIGNE : Affirmer l’objectif européen, est-ce que cela légitime le fait d’être fier d’être français ? Marco des Hauts-de-Seine ; moi je suis fier d’être français et fier d’être européen, l’un ne va pas sans l’autre pour moi. Dire non à l’Europe c’est ne pas être fier de ce qui a été fait pendant toutes ces années par la France en matière européenne. Guillaume de Lyon, pour moi l’Europe d’aujourd’hui c’est l’Europe des délocalisations dans les anciens pays de l’Est. Alors je ne suis pas d’accord pour en être fier, fier d’être français, mais plus d’être européen. Et puis Marc de Gironde par exemple, l’Europe aujourd’hui cela me fait bien rire, quelle fierté peut-on en tirer ?

JEAN-JACQUES BOURDIN : Voilà des réponses contrastées, mais elles sont bien représentatives. Dernière question de Patrick on ne va pas prendre Patrick on n’a pas le temps Renaud DONNEDIEU de VABRES, mais qu’en est-il de la TNT, à quand le lancement et quel avenir pour la télé analogique ?

RENAUD DONNEDIEU DE VABRES : Alors il faut que les français comprennent que cela va être offre élargie. Donc le calendrier là aussi sera tenu, cest-à-dire qu’au début de l’année prochaine, la TNT, cette offre télévisuelle nouvelle avec une pluralité…

JEAN-JACQUES BOURDIN : L’année prochaine donc.

RENAUD DONNEDIEU DE VABRES : L’année prochaine, en 2005 cela démarrera et je vais très bientôt avec Dominique BAUDIS, le président du CSA à Londres pour voir sur place comment ils ont réussi chez eux le lancement de la TNT – parce que moi je veux tout simplement offrir aux téléspectateurs les meilleures garanties et ça c’est un objectif que je partage avec Dominique BAUDIS, donc nous allons ensemble voir une expérience européenne réussie pour en tirer des conclusions sur le lancement en France.

Le Tout-Techno invité au ministère de la Culture

16 septembre 2004

Mardi soir, dans les salons dapparat du ministère de la culture, de 22h à près de deux heures du matin, des disc-jockeys du  » Montréal Electronique Groove « , parmi les invités dhonneur de la Techno-Parade, se sont relayés aux platines, tandis que les lambris dorés et les lustres de cristal étaient balayés par des canons à lumières, le temps de la fête aux accents  » lounge  » et nettement plus  » house  » lhorloge avancant… Un millier de personnes, acteurs de la scène techno étaient les invités du ministre de la Culture et de la Communication, Renaud Donnedieu de Vabres, dans la nuit de mercredi à jeudi, à Paris, à loccasion dune fête donnée dans les salons du ministère  » dans un message de réconciliation « .

Disc-jokeys, maisons de disques et labels spécialisés, organisateurs de festivals, représentants du mouvement  » free-parties  » et responsables dassociations dont Technopol, principal interlocuteur des pouvoirs publics de la scène techno, ont participé à cet événement célébrant les musiques et cultures électroniques -une initiative inédite du ministère de la Culture-, à loccasion de la 7e Techno-Parade organisée samedi.

 » Jai vraiment à coeur de montrer que toutes les formes dexpression artistiques, de toutes les époques, ont droit de cité « , a indiqué à lAFP M. Donnedieu de Vabres.

 » Cette fête se déroule dans un salon qui appartient au patrimoine de notre pays. Je trouve important et symbolique que les formes les plus contemporaines de la création musicales y soient accueillies « , a ajouté le ministre de la culture qui a donné le coup denvoi cet événement musical inédit vers 22h.

 » En accueillant la techno au ministère, cest aussi un message de réconciliation auquel je tiens « , a ajouté M. Donnedieu de Vabres, qui a précisé qu »il aime beaucoup la techno ».

Interrogé sur les idées reçues et différents blocages dont souffrent les musiques électroniques, le ministre de la culture a rappelé que  » cest lesprit même de la création dapporter une rupture « .

 » Il faut essayer de faire comprendre à lensemble de nos concitoyens des formes inhabituelles de création et de musique. Cest un objectif politique de relier les uns aux autres, pas toujours facile mais supposant que chacun accepte de faire un geste « , a-t-il indiqué.

Mardi soir, dans les salons dapparat du ministère de la culture, de 22h à près de deux heures du matin, des disc-jockeys du  » Montréal Electronique Groove « , parmi les invités dhonneur de la Techno-Parade, se sont relayés aux platines, tandis que les lambris dorés et les lustres de cristal étaient balayés par des canons à lumières, le temps de la fête aux accents  » lounge  » et nettement plus  » house  » lhorloge avancant.

Renaud Donnedieu de Vabres qui a accueilli aussi plusieurs personnalités des nuits parisiennes dont Jean Roch et le Dj David Guetta, a précisé quil se rendra samedi après-midi sur le parcours de la 7e Techno-Parade parisienne,  » avec un message de tolérance et de liberté « .

Brice Mourer, président de lassociation Technopol qui organise la Techno-Parade, sest félicité de linvitation faite à la techno par le ministère de la culture : « Cest un signal fort. Ca permet enfin de parler enfin de culture et pas seulement dordre public en matière de musiques électroniques « , a-t-il déclaré.

Signature de l'acceptation de la donation du site de l'Abbaye de Port-Royal-des-Champs faite à l'Etat par la Société de Port-Royal

13 septembre 2004

Madame le député (Mme Valérie Pecresse),

Monsieur le Président du Conseil régional (M. Jean-Paul Huchon),

Monsieur le Président du Conseil général (M. Franck Borotra),

Monsieur le Président de la Communauté d’Agglomération (M. Robert Cadalbert),

Monsieur le Maire de Magny-les-Hameaux (M. Jacques Lollioz),

Monsieur le Préfet,

Messieurs les présidents (M. Gazier, Société de Port-Royal, M. Ferreyrolles, Société des
Amis de Port-Royal, M. Daussy, Société des Amis des Granges de Port-Royal),

Mesdames et Messieurs,

Nous sommes aujourd'hui réunis pour un moment historique. Huit siècles après la fondation
de l'abbaye par Eudes de Sully, c'est en effet une page nouvelle de l'histoire de Port-Royal
que nous venons de tourner en signant, avec M. Jean-Paul Calon, président d'honneur de la
Société de Port-Royal, et M. Bernard Gazier, son président, l'acceptation de la donation faite
à l’Etat par cette Société.

Le site de l’ancienne abbaye est désormais réuni à celui des Granges de Port-Royal, dont il
était séparé depuis la Révolution .

Vous connaissez tous, avec autant de passion que d'érudition, l'histoire de ce site,
assurément l'un des plus beaux de l'Ile-de-France. Un lieu où souffle l'esprit. Un lieu de paix,
de solitude et de silence. Un lieu où s'instruire, rêver et méditer.
Un des hauts lieux de notre patrimoine. Un patrimoine dont, à la fin de cette semaine, plus
de onze millions de Français et de visiteurs du monde entier vont pousser les portes,
connues ou méconnues, à l'occasion des XXIe journées européennes du patrimoine. Un
patrimoine dont nos compatriotes sont légitimement fiers, parce qu'il forge notre identité
régionale et nationale, et participe à son rayonnement culturel international. Un patrimoine
qui est un atout majeur pour l'attrait et la force de la France en Europe et dans le monde.

Ce patrimoine n'est pas fait que de murs et de paysages, si vénérables soient ces murs, si
poétiques soient ces ruines, si admirables soient ce vallon et ce jardin.

Notre patrimoine est tout autant spirituel que matériel. Il est un héritage de valeurs autant
que de pierres. Et notre histoire est faite de documents qui sont des monuments.

C'est pourquoi j'ai souhaité présenter au public, à l'occasion des prochaines journées du
patrimoine, rue de Valois, dans l'aile du Palais Royal dévolue au ministère de la culture et de
la communication, l'original de l'Édit de Nantes. Premier acte de tolérance dans l'Europe
divisée par la fracture de la Réforme, ce document porte un message universel de tolérance
religieuse et civile, qui demeure d'une grande actualité dans le monde d'aujourd'hui.

Certes la paix civile, et plus encore la tolérance, demeureront longtemps encore un idéal. Un
idéal profondément inscrit dans l'histoire, douloureuse et glorieuse, de Port-Royal, haut lieu
de la pensée spirituelle et de la résistance à l'absolutisme, espace de liberté et
d'indépendance d'esprit qui fut aussi, pour cette raison, persécuté et détruit.

C'est dans cette perspective que je vous invite à situer cette nouvelle page de l'histoire de
Port-Royal que nous allons désormais écrire ensemble.
C'est dans cet esprit qu'il nous faut considérer le legs de Port-Royal aujourd'hui. De quoi est-il
fait ?

D'abord, d'un immense patrimoine littéraire où se déploie une intense liberté de penser, de
s'exprimer et de rêver. Car Port-Royal fut tout autant un foyer de littérature que de théologie.

Et à ce titre aussi, comme le souligne justement M. Feyrrerolles, Président de la société des
Amis de Port-Royal, il peut répondre à la "quête du sens" qui anime nos contemporains.

Aux antipodes de la déformation de la religion dans le sens du fanatisme, la spiritualité invite
par nature à la vie de l'esprit. Et la persécution dont fut victime Port-Royal montre que l'on
peut répondre à la violence sans violence et survivre dans la mémoire des hommes.

"La violence" – dit Pascal à la fin de la XIIe Provinciale – "essaie d'opprimer la vérité. Mais
tous les efforts de la violence, ne peuvent affaiblir la vérité et ne servent qu'à la relever
davantage". Mieux faire connaître Port-Royal, à tous les publics et en particulier aux jeunes,
ce n'est donc pas seulement éclairer un pan d'une histoire marquée par la violence et
l'intolérance, c'est aussi prendre la mesure d'enjeux toujours actuels.

Et l'on ne peut ici que méditer cet autre texte de Pascal, extrait des Pensées cette fois : "La
conduite de Dieu qui dispose toute chose avec douceur, est de mettre la religion dans l'esprit
par les raisons et dans le coeur par la grâce. Mais de la vouloir mettre dans l'esprit par la
force et par les menaces, ce n'est pas y mettre la religion mais la terreur". (fragment 203, en
livre de poche).

L'autre apport considérable de la mémoire de Port-Royal pour aujourd'hui a trait évidemment
à l'éducation. Puisque c'est ici, aux "Petits Ecoles", que l'on enseigna pour la première fois le
latin en français et non plus en latin. Le plus prestigieux des élèves qui furent éveillés ici par
les maîtres Lancelot, Arnauld et Nicole aux humanités et à l'intelligence, fut bien sûr Jean
Racine. Selon le mot de Gustave Lanson : "ils n'ont pas fait Racine, mais ils l'ont formé".

C'est dire le rayonnement de Port-Royal. Et l'on pourrait citer bien d'autres anciens élèves,
comme le grand historien Le Nain de Tillemont ou Boisguilbert, l'un des fondateurs de
l'économie politique. L'influence de Port-Royal, ce fut aussi, bien sûr, la seule traduction
véritablement littéraire de la Bible en langue française, celle de Sacy, mais aussi l'abbé
Grégoire, ou encore Sainte-Beuve, et, plus près de nous, François Mauriac, Julien Green, ou
Pascal Quignard.

Le legs de Port-Royal, c'est encore la contribution d'Arnauld d'Andilly à l'art des jardins, et en
particulier à l'arboriculture fruitière, que l'on retrouve ici dans le verger.

Car, sans commettre d'anachronisme, il y a, au coeur de Port-Royal, un souci, sinon
écologique, en tout cas d'harmonie entre l'homme et la nature, qui entre en résonance avec
nos efforts actuels pour ouvrir les voies d'un développement durable. A Port-Royal, le
patrimoine naturel, le patrimoine culturel et le patrimoine spirituel ne font qu'un.

Le rayonnement de Port-Royal, ce sont aussi, comme l'illustre le colloque que vous tiendrez
jeudi et vendredi dans le cadre de la célébration nationale du VIIIe centenaire de l'abbaye,
ces chercheurs, ces étudiants, ces intellectuels du monde entier – jusqu'au Japon – qui
vouent leurs travaux à l'étude de ce patrimoine.

La nature et la beauté de ces lieux, la place qu'ils ont dans notre histoire intellectuelle et
spirituelle, les aléas et les circonstances du sauvetage de ce site, plusieurs fois vandalisé et
morcelé, nous obligent à nous atteler tous ensemble à l'élaboration d'un grand projet culturel.

Permettez-moi d'émettre ici le souhait que l'ensemble des partenaires permette à Port-Royal
de devenir un centre culturel de rencontre consacré à la spiritualité.

Sur les bases d'une structure qui reste à définir précisément, il pourrait ainsi s'ouvrir à toutes
les formes et à toutes les expressions des cultures spirituelles.

C'est dire l'importance de l'engagement actuel de l'Etat dans la préservation et le
rayonnement de ce lieu.

Je voudrais rendre ici hommage à M. Christian Pattyn, inspecteur général honoraire de
l'administration des affaires culturelles. Car il a en quelque sorte jeté les bases du renouveau
de Port-Royal que nous esquissons aujourd'hui. C'est en effet M. Pattyn qui a préconisé
d’une part la recréation de l'unité du site, d’autre part son animation par un projet culturel
centré sur l'histoire de l'abbaye.

La mise en oeuvre de cette démarche est bien avancée.

L'inscription du projet dans le contrat de plan Etat-Région 2001-2007, auquel s'associe le
département des Yvelines, a permis de dégager les crédits nécessaires aux aménagements
du site.

Par ailleurs, la réflexion engagée dès 2001, pour parvenir à la création d'un Groupement d'
Intérêt Public à Caractère Culturel (GIPC) associant l'Etat aux partenaires territoriaux – la
région Ile-de-France, le département des Yvelines, la Communauté d'agglomération de
Saint-Quentin-en-Yvelines et la commune de Magny-les-Hameaux, est en passe d'aboutir.

Elle a été menée dans le cadre d'un comité de direction, présidé par le Préfet des Yvelines,
associant ces différents partenaires et la Société de Port Royal. Cette réflexion a été
soutenue par un comité de pilotage élargi aux services extérieurs de l'Etat, aux autres
associations du lieu et à des institutions telles que l'Université de Versailles-Saint-Quentin, le
Parc naturel régional de la vallée de Chevreuse et l'Agence des espaces verts de la région
Ile-de-France.

Je viens de présider ici-même une réunion technique sur le bon aboutissement de ce projet
de GIPC.

Enfin, je voudrais souligner l'acceptation en juillet 2004 par ces mêmes partenaires d'un
remarquable programme d'action et de développement culturels, dont l'élaboration a
bénéficié des conseils d'un comité scientifique présidé par M. Erik Orsenna, et dont la mise
en oeuvre dépendra maintenant de M. Jean-Louis Martinot-Lagarde, directeur de projet, et
de Mme Véronique Alemany, directeur du musée national des Granges de Port-Royal.

L'événement qui a donné une impulsion essentielle à ce mouvement, fut la proposition, en
janvier 2003, par la Société de Port-Royal, du principe de la donation à l'Etat, qui nous vaut
de nous retrouver ici. Aujourd'hui, je tiens à exprimer solennellement, ici devant vous, la
reconnaissance de l'Etat pour ce geste généreux et porteur d'un élan nouveau.

Geste profondément symbolique, comme l'a souligné Bernard Gazier, président de cette
Société de Port-Royal qui assure depuis plus de deux siècles la pérennité du site, et éminent
représentant d'une famille, attachée depuis le XIXe siècle, de coeur et d'esprit, à son histoire
et à ses valeurs.

Geste éminemment symbolique, puisque d'une gestion continûment privée depuis 1204, le
site de l'abbaye passe à une gestion publique.

Sans doute sommes-nous aujourd'hui les acteurs d'une de ces ruses dont l'histoire a le
secret, au regard des relations mouvementées – c'est un euphémisme – et tragiques de Port-
Royal avec le pouvoir, marquées à jamais par la destruction et la profanation de 1711 sur
l'ordre de Louis XIV.

Oui, nous vivons bien une réconciliation que l'on peut qualifier d'historique.

Je la souhaite exemplaire, non seulement de l'orientation que j'entends donner aujourd'hui à
la politique du patrimoine, autour de valeurs partagées, mais aussi de l'association, autour
des mêmes objectifs, des collectivités territoriales et de l'Etat, pour construire, avec leurs
partenaires, un projet porteur de sens.

Je vous remercie.

Centre International du Vitrail – Convention Mécénat Minoteries Viron. Chartres

13 septembre 2004

Monsieur le Député-Maire,

Messieurs les Parlementaires,

Monsieur le Président du Conseil Général,

Monsieur le Vice-Président du Conseil Régional,

Monseigneur,

Mesdames les Présidentes,

Mesdames, Messieurs,

Ce n'est pas la première fois que je viens à Chartres. Mais c'est la première fois que je viens
en tant que ministre.

Cette nouvelle visite de la cathédrale, que je viens d'effectuer, éclairée par vos
commentaires, Monseigneur, ne peut qu'appeler – et je ne peux y résister à chaque fois que
je traverse la Beauce – à l'évocation de Charles Péguy :

"Un homme de chez nous, de la glèbe féconde,
A fait jaillir ici, d'un seul enlèvement,
Et d'une seule source et d'un seul portement,
Vers votre assomption, la flèche unique au monde
Tour de David, voici votre tour beauceronne !"

Cette flèche est bien au coeur de notre patrimoine. Celui de la France, celui de l'humanité. A
la fin de la semaine, les Français, en poussant les portes des monuments qui leur seront
ouvertes dans le cadre des XXIe journées européennes du patrimoine, rediront leur
attachement à cette richesse culturelle et spirituelle unique qui fait à juste titre notre fierté et
contribue à notre rayonnement.

En ce haut lieu, je tiens aussi à honorer les métiers d'art. Ainsi, nous célébrons aujourd'hui le
travail des mains et de l'esprit. Les formes les plus variées trouvent ici leur expression dans
les domaines de la pierre, de la sculpture, de la ferronnerie, de la peinture polychrome, et,
bien sûr du vitrail. Les "métiers d'art", ce sont des savoir-faire. C'est l'habileté dans la mise
en oeuvre des pratiques par lesquelles l'homme trouve son identité.
Parce que l'impérieux devoir de préserver notre patrimoine et d'encourager ces savoir-faire
exceptionnels sont au coeur de ma mission, je porte une attention particulière à ces métiers
en évolution.

Je veux aussi marquer l'intérêt que j'attache à l'harmonieux développement d'un nouveau
type de mécénat, le mécénat de proximité.

En effet, grâce à la loi sur le mécénat du 1er août 2003, nous assistons à de nouvelles
collaborations du type de celle qu'apportent ici-même, les Minoteries Viron, tant à la
restauration des vitraux de la cathédrale qui fait l'objet d'une première convention, qu'au
soutien pluriannuel du Centre International du Vitrail auquel l'entreprise s'engage, qui fait
l'objet d'une deuxième convention.

Je tiens à remercier et à féliciter cette entreprise pour cette heureuse initiative.

Si la culture a, dans notre pays, toujours été l'affaire de l'Etat, puis également des
collectivités territoriales, sa richesse et sa diversité sont le fait de la société toute entière, et
donc des hommes et des femmes, au sein des entreprises, qui contribuent par leurs activités
à faire vivre l'économie. Une économie faite du labeur de ceux qui produisent, consomment,
s'adonnent à des loisirs, partagent des rêves et des activités créatrices – dont la plupart sont
d'ailleurs de l'ordre de la culture.

Quelles que soient les responsabilités de l'Etat dans le domaine culturel, responsabilités que
j'assume et que je défends, le monde de la culture puise également son dynamisme dans ce
vaste engagement de toute notre société.

Il n'y a pas d'un côté le monde de la culture et de l'autre celui de l'entreprise. Les deux ne
sont pas clos. Ils sont ouverts l'un à l'autre, et c'est heureux. Ils dialoguent et construisent
ensemble (nous le constatons aujourd'hui) de beaux projets.

La culture est création. La culture est échange.

Elle est commerce au sens où on l'entendait de la Renaissance au Siècle des Lumières,
c'est-à-dire commerce entre les hommes, ensemble de relations à autrui et avec la société.

La culture est industrie. Elle est art, elle est technique.

Chartres en est le témoin actif : des milliers de touristes et de pèlerins chaque année
viennent ici admirer notre patrimoine et s'y recueillir.

L'économie de la culture, c'est tout cela bien sûr et plus encore. C'est bien plus qu'un
"supplément d'âme". C'est un atout majeur dans la qualité de la vie et de la formation de tous
ceux qui vivent et travaillent en France. Oui, c'est un atout décisif, j'en suis convaincu, non
seulement pour attirer les visiteurs, mais aussi pour les retenir. La culture est un facteur clé
de l'attractivité de la France, dans la compétition internationale, pour tous ceux qui veulent y
travailler, y investir, y déployer leur enthousiasme et leur talent au service de l'économie.

C'est pourquoi elle n'est pas un luxe, qui viendrait par surcroît. On parle des "retombées" par
exemple sur une cité comme la vôtre et son environnement économique. J'ai tendance à
penser au contraire, comme beaucoup d'élus locaux et de mes concitoyens, que la culture
offre plus que des "retombées" : elle en est le moteur.

Vous savez tous ici que c'est le XXe siècle qui a été celui de l'innovation dans le domaine de
la fabrication du verre et de sa mise en oeuvre dans l'architecture. Tout naturellement, le
vitrail s'est ouvert à ces nouvelles technologies. Je souligne cet aspect pour mettre l'accent
sur le renouvellement des moyens d'expression des créateurs. Le vitrail est, grâce à leur
adaptation, leur génie, plus vivant que jamais.

Toute l'action du Centre International du Vitrail, qui nous accueille ce matin, a consisté à
précéder, susciter, accompagner ce mouvement en même temps qu'il réussissait à conquérir
de nouveaux publics.

Je salue la Présidente de ce centre international et ses dirigeants. Ils ont su ancrer les
valeurs traditionnelles dans l'art contemporain. Grâce à leur action, l'art du vitrail, en France,
mais également à l'étranger, est non seulement une valeur de notre patrimoine national,
mais un art bien vivant, expressif et tout à fait de notre époque.

Je n'en retiendrai pour l'en féliciter chaleureusement que sa politique internationale
d'expositions, qui en fait une référence mondiale pour la rencontre et l'expression actuelle
des artistes du verre et du vitrail dans l'architecture. Grâce à ce dynamisme, visiter Chartres,
c'est avoir aujourd'hui une lecture de la ville et de son patrimoine historique, depuis l'univers
gothique jusqu'aux dernières tendances de l'architecture contemporaine.

Le Centre International du Vitrail a su trouver pleinement sa place dans cette offre culturelle
si riche.

Je sais enfin l'égale excellence dans le soutien aux actions de restauration de la cathédrale
entrepris notamment par "Chartres Sanctuaire du Monde" et ses partenaires fidèles qui se
reconnaîtront. L'association s'est assignée l'objectif de collecter des fonds dans le monde
entier. Sa collaboration exemplaire avec les collectivités publiques depuis plus de 12 ans est
le fruit d'un travail en profondeur. Je salue aussi sa Présidente.

J'aimerais rendre également hommage à l'association des "Amis de la Cathédrale de
Chartres" qui collecte depuis une quinzaine d'années d'importants fonds privés pour les
restaurations, la signalétique ou l'éclairage, entre autres actions précieuses.

Je souhaite mettre particulièrement en valeur aujourd'hui la qualité de l'artisanat déployé
autour de tous ces projets. Les oeuvres réalisées pour la cathédrale en sont l'illustration. Je
citerai notamment M. Goudji, orfèvre et M. Petit, maître verrier. Dans le transept, M. Goudji a
conçu l'autel, l'ambon, et la cathèdre, tandis que M. Petit a restauré l'un des plus célèbres
vitraux "Notre Dame de la Belle Verrière", chef-d'oeuvre du XIIe siècle.

J'ai aussi une pensée particulière qui me fait évoquer avec émotion la mémoire de Gabriel
Loire, dont le fils Jacques Loire, parmi nous aujourd'hui, perpétue la tradition, maître verrier
de la troisième génération. Il consacre une grande partie de son temps au Conseil des
métiers d'art ainsi qu'au groupe de travail chargé de la sélection des nouveaux maîtres d'art
du Ministère de la Culture, qui a lieu tous les deux ans. Les nouveaux maîtres seront promus
en novembre, et je me félicite de la vitalité de cette institution.

Et c'est à vous, M. Viron, que je m'adresse à présent : Par les conventions que vous avez
signées, je sais que vous mesurez tout le poids de votre engagement. Votre précieux
concours s'inscrit dans l'histoire patrimoniale de notre pays et désormais dans celle de votre
entreprise et de votre métier.

Votre société rejoint ainsi le millier d'entreprises françaises qui sont recensées comme
actives dans le domaine du mécénat. Leur apport global se chiffre à environ 200 millions
d'euros par an pour la culture. Elles ont toutes fait de leurs actions de mécénat l'une des
voies par lesquelles elles décident de dialoguer avec la société.

Quel meilleur exemple que cette participation à la restauration de la verrière du XIIIe siècle
que nous venons de voir dans la cathédrale, en y associant la mémoire de votre noble
confrérie des boulangers illustrée dans ces vitraux ?

Charles Péguy, toujours dans cette même et admirable présentation de la Beauce à Notre
Dame de Chartres, n'hésitait pas à en faire lui-même l'évocation :

"C'est l'épi le plus dur qui soit,
Jamais monté vers un ciel de clémence et de sérénité,
Et le plus beau fleuron dedans votre couronne…,
C'est la gerbe de blé qui ne périra point,
…C'est la tige et le blé qui ne pourrira pas…".

Nombreuses sont les occasions d'associer la vie d'une corporation à une opération
patrimoniale ou plus largement à un acte culturel. Je dirai qu'ici les indices apparaissent tout
naturellement !

Votre engagement a valeur d'exemple pour le nouvel élan pour le mécénat que j'appelle de
mes voeux. Un mécénat qui, au-delà des grandes opérations de prestige, me paraît
concerner au premier chef les entreprises petites et moyennes, désireuses de soutenir des
actions de proximité. La loi du 1er août 2003 dote notre pays d'un dispositif moderne et
exemplaire à bien des égards, en comparaison avec nos pays voisins. Ce texte doit libérer
les initiatives.

L'Etat s'est, en ce qui le concerne, très largement engagé à accompagner cette nouvelle
prise de responsabilité. Il apporte une véritable réduction d'impôt de 60 % du montant du don
réalisé par l'entreprise, ce qui double quasiment l'avantage antérieur et ouvre de très larges
perspectives.

L'acte de mécénat est un vecteur efficace d'implication d'une profession et de ses salariés,
de ses partenaires professionnels, dans un projet culturel partagé. Le mécénat n'est plus un
"luxe", il trouve sa place au sein même de la stratégie de l'entreprise.

Votre soutien à la culture, ici, à un élément majeur du patrimoine national, c'est votre
association à l'excellence, à la qualité, à l'innovation.

Ces valeurs, la corporation des boulangers les portent depuis des siècles. Elle les partage.

Je tiens à saluer le dynamisme des métiers de la boulangerie représentée ce matin par ses
plus éminents dirigeants.

J'encourage donc ici la floraison de toutes les initiatives locales, ce rassemblement
d'entrepreneurs et de créateurs qui s'assoient à la même table pour bâtir l'accompagnement
d'un projet qui dépasse la seule aide financière. Vos programmes, celui de la restauration et
celui du soutien au Centre International du Vitrail, sont le fruit de cette découverte mutuelle,
riche de promesses.

Région par région, les acteurs économiques et culturels que nous rencontrons sont
sensibilisés à la nouvelle loi et motivés. Je demande aux directions régionales des affaires
culturelles avec l'appui de la mission mécénat du Ministère, d'organiser au plan local très
rapidement des rencontres entre les porteurs de projets culturels et les chefs d'entreprises.

Ma récente intervention devant l'assemblée générale des chambres françaises de commerce
et d'industrie conduira à la signature prochaine d'une convention de partenariat avec ces
institutions consulaires. Elle permettra la mise en oeuvre opérationnelle de ces orientations.

J'y crois profondément car ce mouvement est naturel.

En bénéficiant de toutes les dispositions fiscales relatives au mécénat, chacun de nos
concitoyens, chaque famille, chaque association, chaque entreprise, s'approprie ville par
ville, territoire par territoire, la restauration locale d'une oeuvre patrimoniale significative. Que
chacun soit un mécène dans la proximité, en concourant à une initiative concrète et utile ! Le
cumul de toutes ces opérations, de la plus modeste à la plus spectaculaire, fera du mécénat
une grande action nationale de générosité, de vitalité, de dynamisme !

Je vous le dis au fond du coeur : au pied de cette cathédrale et dans cette ville, je suis
particulièrement heureux et fier de votre engagement à tous !

Je vous remercie.

DONATION DU SITE DE L’ABBAYE DE PORT-ROYAL-DES-CHAMPS.

13 septembre 2004

« La violence » – dit Pascal à la fin de la XIIe Provinciale – essaie dopprimer la vérité. Mais tous les efforts de la violence, ne peuvent affaiblir la vérité et ne servent quà la relever davantage ». Mieux faire connaître Port-Royal, à tous les publics et en particulier aux jeunes, ce nest donc pas seulement éclairer un pan dune histoire marquée par la violence et lintolérance, cest aussi prendre la mesure denjeux toujours actuels…

Donnedieu de Vabres signe l'acte de donation à l'Etat de Port-Royal

13 septembre 2004

« Ce site est lun des plus beaux de lIle-de-France », a souligné M. Donnedieu de Vabres. « (Cest) un lieu où souffle lesprit. Un lieu de paix, de solitude et de silence. Un lieu où sinstruire, rêver et méditer. Un haut lieu de notre patrimoine »… Les Granges et lAbbaye de Port-Royal des Champs (Yvelines), haut lieu du jansénisme sous Louis XIV et où fut élevé Jean Racine, ont été réunies lundi grâce à une donation faite à lEtat et officialisée par la signature du ministre de la culture, a constaté lAFP.

M. Renaud Donnedieu de Vabres a signé lacceptation de cette donation en vertu de laquelle lAbbaye, qui appartenait à la Société de Port-Royal, rejoint les Granges, propriété de lEtat.

« Cest un moment historique », a-t-il déclaré, en présence du président du conseil régional, Jean-Paul Huchon, et du président du conseil général, Franck Borotra, ainsi que du président de la Société de Port-Royal, Bernard Gazier.

Fondée au début du XIIIème siècle et animée par la famille Arnauld à partir de la fin du XVIème, labbaye des religieuses cisterciennes et sa maison de Paris, devinrent au début du XVIIème le principal foyer de la réforme catholique, puis du jansénisme en France.

« Ce site est lun des plus beaux de lIle-de-France », a souligné M. Donnedieu de Vabres. « (Cest) un lieu où souffle lesprit. Un lieu de paix, de solitude et de silence. Un lieu où sinstruire, rêver et méditer. Un haut lieu de notre patrimoine ».

A propos des « Journées du Patrimoine » de samedi et dimanche, le ministre a rappelé que « le patrimoine nest pas fait que de murs et de paysages, si vénérables soient ces murs, si poétiques soient ces ruines (…) Notre patrimoine est autant spirituel que matériel. Il est un héritage de valeurs autant que de pierres ».

Il a ainsi rendu hommage à lidéal « profondément inscrit dans lhistoire, douloureuse et glorieuse de Port-Royal, haut lieu de la pensée spirituelle et de la résistance à labsolutisme, espace de liberté et dindépendance desprit qui fut aussi, pour cette raison, persécuté et détruit ».

Port-Royal doit devenir « un centre culturel centré sur lhistoire de labbaye », a indiqué le ministre. « Linscription du projet dans le contrat de plan Etat-Région 2001-2007, auquel sassocie le département des Yvelines, a permis de dégager les crédits nécessaires aux aménagements du site ».