Archives de 2004

Hommage à Jean Gattegno, Bibliothèque nationale de France

2 juin 2004

Messieurs les Présidents,

Mesdames, Messieurs,

Je suis très heureux de revenir aujourd'hui à la Bibliothèque nationale de France, Monsieur le
Président, cher Jean-Noël Jeanneney, en ce haut lieu de mémoire et de culture, en ce lieu
unique, où se retrouvent les amoureux du livre, de la lecture, et de "tous les savoirs du
monde", quels qu'en soient les supports, ainsi que j'ai pu m'en rendre compte mercredi dernier
en visitant, en votre compagnie, l'exposition "cent ans de chansons françaises".

Je suis également honoré de rendre hommage aujourd'hui à la mémoire d'un grand homme de
culture, d'un grand savant, d'un grand amoureux et d'un grand directeur du livre et de la
lecture, dix ans après sa disparition, et dix ans après le décret qui consacra la création de la
Bibliothèque nationale de France.

Pourquoi, lorsqu' on prononce le nom de Jean Gattégno, y a-t-il partout un tel regret, une telle
affection, une telle reconnaissance, un tel respect envers cet éclaireur passionné, comme s’il
pouvait encore nous conseiller, nous guider de loin ?

Parce que c’était un homme entier, clair et libre, radical aussi. Il l'aurait été jusqu'à la
subversion, s'il n'avait été, fondamentalement, un constructeur, un bâtisseur. Constructeur et
bâtisseur tout à la fois d'une oeuvre intellectuelle, faite de livre et de recherche, et d’une oeuvre
administrative, faite de lois, de règles et d'institutions nouvelles. Jean Gattégno était, en tout,
porteur d'innovation. Il n'a pas cessé d’inventer, de proposer. Il métamorphosait tous les
domaines qu’il abordait.

C'est d'abord le directeur du livre et de la lecture, président du Centre national des Lettres, que
j'ai connu entre 1986 et 1988, lorsque j'étais au cabinet de François Léotard. Tout l'imposait
dans ces fonctions, François Léotard lui faisait confiance, il était heureux de travailler avec
lui.

“Nous vivons encore des décisions qui ont été prises par Jean Gattégno” a pu dire Antoine
Gallimard. C'est encore vrai aujourd'hui. Comme si, à l’horizon de tout ce qui a été fait pour
le livre depuis vingt ans, nous le retrouvions toujours. On a, mieux et plus abondamment que
je ne pourrais le faire, détaillé et illustré son travail. Et j'espère qu'on continuera à le faire,
pour attester de ce que peuvent être la force, la cohérence et l'impact d'une politique culturelle
réunissant des moyens, une vision et une volonté.

Parmi le legs de Jean Gattégno, je citerai la rénovation profonde du Centre national des
Lettres, avec le développement du secteur de la traduction, qui reste une exception française.

Jean Gattégno a eu à coeur de multiplier les systèmes d’aide aux auteurs – ces auteurs qu’il
aimait, dont il était souvent proche, qu’il défendait pour qu’ils écrivent et vivent dans de
meilleures conditions. Refusant de créer ou de nourrir des oppositions qu'il estimait stériles et
nuisibles, il n'était pas moins proche des éditeurs, quels que soient les secteurs. Il les
connaissait et les comprenait. Il était sensible à leurs dilemmes, à leurs interrogations. Il
voulait leur permettre de continuer à publier ces livres différents, qui semblent, d’avance, se
refuser au succès. Pour les éditeurs et les auteurs, il fut à l'origine d'une institution qui leur
serait pleinement commune : l'institut mémoire de l'édition contemporaine, qui, à Caen, sous
la présidence de Christian Bourgois, joue un rôle tout à fait utile et important, complémentaire
à celui de la Bibliothèque nationale de France, pour contribuer à la conservation des archives
de la création littéraire.

L’édition de création, vous le savez, lui doit aussi beaucoup. Je tiens à rappeler ici les efforts
qu'il a déployés pour que la librairie indépendante ne s’éteigne pas et demeure, partout en
France, le vivier de la diffusion de la diversité éditoriale.

Jean Gattégno devient directeur du livre et de la lecture, succédant à Jean-Claude Groshens,
quelques semaines après l'adoption de la loi du 10 août 1981 sur le prix du livre. Comment ne
pas observer que cette loi, proposée par Jérôme Lindon, fut adoptée à l'unanimité, tout
comme, plus récemment, la loi du 18 juin 2003 sur le droit de prêt et la protection sociale des
auteurs ? Les occasions d'unanimité politique sont assez rares dans notre pays pour que je
rappelle celle-là.

Il est beau, il est bon que le livre, et la culture en général, puissent susciter une telle
unanimité. L'exception culturelle, c'est aussi cela. Jean Gattégno prendra en charge et mettra
en oeuvre la loi sur le prix du livre. Il lui donnera sa solidité, son assise, sa légitimité parmi les
professionnels. Il a amorcé et préparé les combats de conviction qu'il nous appartient de
continuer à mener dans l'Europe d'aujourd'hui.

Jean Gattégno fut aussi le véritable créateur de notre réseau national de lecture publique.

Certes, dans les années soixante-dix, nos bibliothèques n'étaient plus dans l'état "misérable"
décrit par Marc Bloch dans sa célèbre Note sur la Réforme de l’enseignement. Mais la France
accusait un grand retard. On ne pouvait parler de réseau. Avec les grandes lois de 1983 et de
1986, Jean Gattégno fit entrer la lecture publique dans une ère nouvelle. Il réalisa la
décentralisation des bibliothèques centrales de prêt, devenues bibliothèques départementales
et l'on se souvient encore de sa circulaire du 1er août 1985, rédigée dans une langue qui
retrouve les accents de la République de Jules Ferry. Il assura un essor sans précédent des
bibliothèques municipales, à travers un système ingénieux, incitatif et protecteur : la création,
au sein de la dotation générale de décentralisation, d'un concours particulier des bibliothèques,
qui reste aujourd'hui l'un des grands leviers de la politique d'aménagement culturelle de l'Etat.

C'est ce levier qui permet chaque année la création de plus de 50 000 m² de surfaces de
bibliothèques. Il sut également rassurer le personnel des bibliothèques, les encourager et les
mobiliser dans cette aventure, qui reste celle de la démocratisation de la lecture, et de l’accès
de tous au livre.

Jean Gattégno disait souvent que la distinction dont il était le plus fier était la médaille de
l’administration pénitentiaire. C’est qu’il l’avait reçu pour avoir totalement transformé les
conditions de la lecture en prison, favorisant la création de véritables annexes des
bibliothèques publiques, avec des collections renouvelées et pensées par des professionnels.

Enfin, il milita pour la rénovation et la transformation de la Bibliothèque Nationale, qu'il
aimait – il en était non seulement le tuteur, mais aussi l'un des grands lecteurs. Il n'hésitait pas
à la juger. C'était son travail. Il le faisait parfois avec cet oeil que la sévérité rendait plus noir.

Même si, comme il l’a écrit, il prônait un projet plus radical, il fut étroitement associé à la
présentation par François Léotard, à l'occasion du dernier conseil des ministres de la Première
cohabitation, du projet d'une “BN-bis”. Le mouvement était lancé, qui allait conduire à la
Bibliothèque nationale de France, en passant par la Bibliothèque de France.

En décembre 1989, Jean Gattégno, lorsqu'il dût quitter ses fonctions d’administration centrale,
prît le poste de délégué scientifique de l'établissement public de la bibliothèque de France,
aux côtés de Dominique Jamet.

L'hommage d'aujourd'hui nous invite à revenir sur ces quelque 28 mois d’aventure
passionnelle.

La Bibliothèque nationale de France, le Ministre et le ministère de la culture disent
aujourd'hui leur gratitude à Jean Gattégno. Les débats, les combats, les éclats de voix qui
opposaient les uns et les autres à cette époque les réunissent aujourd'hui. Tous ceux qui furent
ses amis, mais aussi tous ceux qui furent ses adversaires, dès lorsqu'ils le furent loyalement, se
réclament de lui. Le seul ennemi implacable, redoutable et impardonnable de Jean Gattégno
aura été le cynisme, dont il manquait lui-même totalement, et que sans doute il ne savait pas
exactement repérer.

Les choses ne se sont pas passées, à l’époque, comme il le désirait ; il eut du mal à incarner
son rêve. Il l’a écrit, pour le dire, dans un livre : La Bibliothèque de France à mi-parcours – De
la TGB à la BN bis ? Un livre amer, peut-être. Un livre clair et sincère, en tout cas, un livre de
vérité et d'engagement.

Homme d’engagement, il fut aussi un homme de foi : la foi catholique, qu'il avait embrassée
et qui l'accompagnera jusqu'à la fin; la foi dans les droits de l'homme pour lesquels il s'est
battu, depuis ses jeunes années de coopération, en Tunisie ; la foi dans le syndicalisme de
l’animateur du SGEN-CFDT ; la foi dans l'université, expression de la générosité du savoir,
qui lui fit participer à la création de Vincennes.

On a souvent souligné, chez lui, la persistance des forces, des élans et de l'enthousiasme de
l'enfance. Cette enfance du "pays des merveilles" qui l'a emmené vers Lewis Carroll, auquel il
a consacré un ouvrage célèbre. Des générations d'étudiants ont, grâce à lui, connu les secrets
et les raisons du "nonsense".

Lewis Carroll, mais aussi tant d’autres figures de la littérature anglaise, qu’il a célébrées dans
des essais, des préfaces, pleines de ferveur et de rigueur, Charles Dickens et enfin Oscar
Wilde, dont on lui doit la première traduction intégrale du De profundis, et l'entrée dans la
Pléiade. Il a ressuscité l’importance de cet immense réfractaire qui n’avait pas d’autre
snobisme, au fond, que la recherche éperdue du mot juste.

Le goût de l'action, celui de la pensée et du savoir, une immense culture classique, le sens de
la modernité, le refus d'en désespérer, une fière loyauté, une élégance frondeuse, tout cela
composait le portrait, comme on l'a dit, d'une sorte de renaissant. Jean Gattégno portait en lui
cette conviction qui habite toute culture de renaissance, la conviction que le classicisme sans
la modernité est vide, et que la modernité sans le classicisme est aveugle.

«Ah ….Gattégno !» il y a toujours quelque chose qui brille puis se voile dans le regard de tous
ceux qui l’ont connu, qui ont travaillé avec lui, qui l’évoquent avec un mélange de tristesse,
de ferveur et d’admiration.

Les autres, il n’a pas voulu leur imposer la charge de l’aider, quand il a été malade : il s’est
effacé, passant doucement, sans bruit, sans éclat, sans écho, de l’autre côté du miroir,
refermant lui-même les feuillets de son existence, et rejoignant cet espace de silence, en lui,
où juste résonnaient les notes de Schubert, et où il puisait, une dernière fois, ce qu’il lui fallait
de courage.

Mesdames, Messieurs,

Nous savons que les livres, aussi, se souviennent, gardent la mémoire de ceux qui les ont
aimés. Ce sont eux qui, aujourd’hui, l’accompagnent et le ramènent parmi nous.

Les livres de Jean, les livres que Jean a aimés, ceux qui nous parlent de lui, disent tous la
même chose. Ils nous disent : “Soyez comme lui, n'ayez pas peur !”.

Je vous remercie.

GRAND PRIX NATIONAL DE L’ARCHITECTURE 2004 – Proclamation du lauréat

2 juin 2004

Monsieur le Ministre,

Monsieur le Sénateur,

Messieurs les Présidents,

Mesdames, Messieurs,

Je suis très heureux de vous accueillir rue de Valois pour cette réunion exceptionnelle,
puisque le jury du Grand Prix national de l’Architecture vient de se réunir, sous ma
présidence, après quatre années d’absence, pour distinguer le rayonnement et la force des
projets d’un architecte confirmé – ou d’une agence d’architecture -, installé en France.

Ce Grand Prix, dans sa nouvelle formule, sera désormais décerné tous les deux ans, à un
architecte de renom, pour l’ensemble de son oeuvre.

Parce que ce Prix devait réussir sa renaissance, parce qu’il devait refléter l’ensemble des
choix des milieux professionnels liés à l’architecture, près d’un millier de personnalités
qualifiées, architectes, maîtres d’ouvrages, responsables de lieux de diffusion, journalistes,
représentants des institutions et des élus, ont été invitées à proposer des noms pour la plus
haute distinction professionnelle qu’un architecte puisse recevoir en France.

Je vais, dans un instant, proclamer le nom du lauréat sélectionné par le jury.

Mais auparavant, et sans trop prolonger l’attente, je tiens à vous dire quelques mots de la
place de l’architecture et du rôle essentiel des architectes dans la France d’aujourd’hui, car
c’est bien l’amour de cet art qui nous rassemble ici ce soir.

Je suis très sensible à mes responsabilités dans le domaine de l'architecture et du
patrimoine : il s’agit non seulement de l'identité, de l'histoire et de la mémoire de notre pays,
dans sa diversité, mais aussi du cadre de vie des Français et de l'harmonie des paysages
que nous lèguerons aux générations futures.

Les pratiques d'aménagement de nos villes doivent s’inscrire dans une perspective de
développement durable, c'est-à-dire avec le souci constant des conséquences de nos choix
d'aujourd'hui pour demain.

C’est pourquoi l’architecture concerne tous les Français. Car l’évolution de nos espaces de
vie doit être maîtrisée, dans le respect de notre patrimoine architectural, urbain et paysager
exceptionnel, en laissant toute sa place à la créativité et à l’invention qui font la force des
architectes français dans le monde entier.

C’est pourquoi la culture de l’architecture doit être largement diffusée auprès de nos
concitoyens et je compte bien, pour ce qui me concerne, m’y employer.
Cet effort de sensibilisation et de diffusion en direction du public doit s’appuyer sur un
dialogue renouvelé avec les professionnels.

Sensibilisation et diffusion auprès d’un large public
L'architecture fait partie de la culture. Nous devons tous oeuvrer pour développer la culture
architecturale, urbaine et paysagère et rendre l’architecture accessible à tous.

C’est pourquoi je tiens à organiser, à soutenir et à développer des manifestations de
promotion et des actions de diffusion portant sur l’architecture, le paysage et l’urbanisme. Le
Grand Prix national de l'architecture qui nous rassemble aujourd’hui est une première étape.

J’ai d’autres rendez-vous à vous proposer : à commencer par le 22 juin prochain, au Palais
de la Porte Dorée, pour valoriser les jeunes talents, lors de l’inauguration de l’exposition
consacrée à la session 2003-2004 des nouveaux albums des jeunes architectes. Cet
hommage aux jeunes talents sera associé à la consécration du talent confirmé du lauréat
d’aujourd’hui, puisque, à cette occasion, je lui remettrai son diplôme, réalisé par Daniel
Buren.

Je vous donne dès maintenant un autre rendez-vous, pour la nouvelle opération que je
lancerai, avec Gilles de Robien, à l'occasion de la Fête européenne de l'architecture, du 14
au 17 octobre prochain. Le nom de cette opération résume son ambition : “ Vivre les Villes ”.

Il s’agit de permettre aux Français de s’approprier les enjeux du développement urbain et de
mieux connaître le rôle des nombreux professionnels de l'aménagement dans l'amélioration
du cadre de vie.

Cette nouvelle initiative, j’y insiste, concerne tous les publics : des visites des réalisations
architecturales et urbaines les plus récentes seront organisées pour les scolaires le jeudi 14
octobre, les professionnels le 15, et tous les publics les 16 et 17 octobre.
Ces visites, les conférences et les expositions feront de cette opération une véritable fête de
l’architecture et des villes, ouverte à tous.

Dans le même esprit, les sélections régionales de la deuxième édition du prix Grand public
de l'architecture, organisé en partenariat avec Radio France, seront prochainement
présentés sur le site internet du ministère. Les internautes et les lecteurs de la presse
régionale pourront voter pendant l'été pour les réalisations qu’ils préfèrent dans leur région,
comme 50 000 d'entre eux l'avaient fait l'an dernier. Le jury national établira un palmarès qui
sera dévoilé en octobre au cours de l'opération “ Vivre les Villes ”.

Dialogue avec les professionnels. Ces actions à destination du public s’enracinent dans un dialogue soutenu avec les
professionnels, un dialogue auquel j’attache une grande importance.
Ce dialogue portera en particulier sur la réglementation des modes d’exercice.

Je veillerai à défendre la place de l’architecte et de la conception dans l’acte de bâtir.

Je m’attacherai en particulier à saisir toutes les opportunités offertes par la nouvelle directive
européenne sur les concours d’architecture. La transcription dans le droit français de cette
directive doit permettre de rétablir des modalités de dialogue entre les architectes et les
membres des jurys.

Un autre point fort de ce dialogue porte sur la formation initiale et continue des
architectes.

En effet, le métier d'architecte change et se diversifie au service de notre cadre de vie.

C’est pourquoi j’ai tenu, avec les responsables des écoles, les étudiants et la profession, à
ce que la réforme longuement mûrie de l’enseignement de l’architecture soit mise en oeuvre
et consolidée dès cet automne : les études d’architecture seront organisées selon la
structure européenne de l’enseignement supérieur (licence-mastère-doctorat).

Cette réforme doit permettre de répondre à une attente de longue date, en renforçant la
recherche dans ce domaine clé de l’intelligence.

Cela fait près de trente ans que l’on parlait d’instaurer un doctorat d’architecture, qui existe
presque partout ailleurs en Europe et dans le monde. L’entrée en vigueur de cette réforme
permet de créer enfin ce doctorat.

La réforme de l’enseignement, au-delà de la formation initiale et de la recherche, permettra
aussi de diversifier les carrières et d’accroître la formation continue, afin de développer les
connaissances et les compétences des architectes tout au long de leur vie professionnelle.

Je vois dans cette réforme une chance historique d'étendre le rayonnement européen et
international de la France dans les domaines de l’innovation et de la création architecturales,
tout en répondant à une demande sociale de plus en plus attentive à la qualité du cadre de
vie et au développement durable.

Le rayonnement de l’architecture française dans le monde est une priorité de mon
action. C’est pourquoi je favoriserai la participation de la France aux grands rendez-vous
internationaux.

Nous participerons, bien sûr, du 5 septembre au 9 novembre à la biennale d'architecture de
Venise.

L'architecte Françoise-Hélène Jourda est le commissaire de l'exposition présentée dans le
pavillon français, intitulée "Métamorphoses durables : vivre et habiter autrement". Si les
architectes modèlent notre quotidien, ils travaillent avant tout sur le long terme. Ils bâtissent
pour durer. En prenant en compte les évolutions sociales, économiques et
environnementales prévisibles, il a été demandé à des équipes d’architectes, notamment à
de jeunes architectes des nouveaux albums de réfléchir à la ville de demain, en 2014, 2039
et 2089.

J’ai souhaité associer les étudiants en architecture à cette manifestation, en leur proposant
de participer à un concours mis en place avec l’Institut français d’architecture. Des travaux
de ces étudiants de quatrième année seront exposés au sein du pavillon français à Venise.

Je souligne qu’à la même période, la France participera à la première biennale d'architecture
de Pékin, dans le cadre des années croisées France-Chine. L'architecte Eric Lapierre a
conçu, en miroir avec l'ouvrage qu'il vient de publier, une exposition intitulée Architecture du
réel, qui présente un panorama de l’architecture française, au travers du travail de douze
agences.

Autant de rendez-vous qui me tiennent particulièrement à coeur, parce qu’ils soutiennent la
force, la vitalité et la diversité de notre architecture. Une architecture qui n’est pas seulement
là pour embellir la vie quotidienne, une architecture qui fait partie intégrante de la vie
quotidienne des Français, parce qu’elle est garante de leur qualité de vie.

Et la sécurité est un élément essentiel de cette qualité. La sécurité est au coeur de la mission
des architectes. Les architectes qui, avec leurs compétences, s’engagent à assurer
l’accessibilité, la fiabilité et la salubrité des ouvrages dont ils ont la responsabilité,
conformément aux normes techniques et réglementaires et aux exigences légitimes de notre
société.

Quelle plus belle illustration de cette passion, de cet art et de cette très haute compétence
technique et scientifique que le lauréat dont je vais maintenant, sans plus attendre,
proclamer le nom !

Cinq architectes ou agences d’architecture ont été proposés pour l'ensemble de leur oeuvre,
je le rappelle, par les personnalités qualifiées consultées par l’appel à propositions :
– Patrick Berger
– Patrick Bouchain, atelier B&H
– Jacques Ferrier
– Yves Lion
– Rudy Ricciotti

Au nom du jury, je tiens à rendre hommage à ces cinq architectes, dont nous avons tous
souligné et reconnu l’extrême qualité, pour l’exemplarité et la singularité de leur oeuvre.

Chacun d’eux propose une vision et une pratique de l’architecture qui contribue de manière
déterminante au rayonnement de cette profession, en France, en Europe et dans le monde.

Chacun d’eux propose aux architectes en devenir, aux futures générations de
professionnels, autant de figures de référence, singulières et complémentaires.

Je tiens à remercier le jury pour la qualité et la rigueur de son travail, tout au long de cet
après-midi.

J’ai le grand honneur de proclamer lauréat du Grand Prix national de l’Architecture 2004 :

Patrick Berger.

Je tiens à adresser toutes mes félicitations et celles du jury au lauréat.

Je vous donne rendez-vous le 22 juin au Palais de la Porte Dorée pour la remise du diplôme
conçu par Daniel Buren.

Je vous annonce dès à présent que j’aurai le plaisir de proposer au lauréat d'assurer la
présidence des 4èmes Rendez-vous de l'architecture, manifestation biennale de rencontres
et d'échanges entre ceux qui décident, font ou vivent l'architecture d'aujourd'hui, qui se
tiendra en février 2005.

Je vous remercie, en vous invitant à lever le verre de l’amitié pour célébrer le lauréat.

Patrick BERGER

Cet architecte de 56 ans cultive l’excellence depuis Samarkand jusqu’à la Bastille, en
passant par le Japon, animé par une unique volonté : construire une modernité juste et
respectueuse. Il semble que Patrick Berger, peut-être encore plus que tout autre, soit guidé
par une éthique singulière, celle qui dit : “ je me tiens debout devant vous libre mais
responsable ”. La finesse de ses interventions en témoigne.

De la même manière que Baudelaire saluait en Théophile Gautier le poète impeccable,
j’aimerais célébrer en Patrick Berger l’architecte impeccable, celui dont le geste est
constamment nourri par l’obsession de l’estime qu’il doit redonner à ses semblables.

Je citerai, parmi ses réalisations : le Monument de la communication France-Japon, sur l’île
d’Awaji, au Japon (1989), l’école d’architecture de Bretagne, à Rennes (1991), les serres du
Parc André Citröen, à Paris, ou encore le siège du Secrétariat général de l’UEFA, à Nyon, en
Suisse (1999).

Le Grand Prix national de l’Architecture vient lui rendre aujourd’hui le plus bel hommage, la
reconnaissance la plus totale d’un parcours exemplaire.

Conseil des ministres de la culture à Bruxelles

1 juin 2004

Le ministre de la Culture Renaud Donnedieu de Vabres a souligné la situation « très préoccupante » du marché du disque, à loccasion dune réunion avec ses homologues de lUE et dun entretien avec le commissaire européen au Marché intérieur, Frits Bolkestein… Renaud Donnedieu de Vabres, ministre de la culture et de la communication, a déclaré à l’issue du Conseil des ministres de l’Europe :
« J’ai affirmé la proposition française d’un plan d’action européen pour combattre le piratage des œuvres et du droit d’auteur, en développant notamment les efforts de pédagogie. J’ai demandé qu’il soit inscrit formellement à l’ordre du jour d’un prochain Conseil afin que l’Union Européenne puisse prendre des décisions.

Le Ministre a également marqué qu’une ouverture accrue de la publicité dans le secteur du livre et une ouverture même partielle dans le cinéma favoriseraient exclusivement de grands groupes dominants, notamment américains. Ceci serait contraire à la diversité culturelle mais aussi au libre jeu de la concurrence : Il ne faut pas opposer la concurrence, c’est-à-dire le marché, et la diversité culturelle. Au contraire, préserver la concurrence est nécessaire à la richesse de l’offre culturelle. Il faut donc fixer des règles pour le fonctionnement de la concurrence qui soient adaptés au secteur culturel.

Il a ensuite défendu l’application du principe de diversité culturelle à la directive sur les services : « Cette directive prévoit l’harmonisation des prestations de service dans le cadre du marché intérieur. La France tient à ce que le secteur audiovisuel en soit exclus afin de préserver la spécificité du système communautaire élaboré dans ce domaine (directive TVSF notamment). J’ai lancé un examen interministériel sur la question de l’exclusion du champ de la directive services du spectacle vivant et des droits d’auteur ainsi que des sociétés de gestion collective de droits d’auteur ».

Le Ministre a ensuite abordé la question de la baisse de la TVA sur le disque dans un contexte nouveau qui est celui de la crise de l’industrie du disque et il a sensibilisé les pays européens à se mobiliser autour de cette action.

Renaud Donnedieu de Vabres a rappelé que le Conseil culture avait pour l’essentiel porté sur deux échanges de vues :
– « avenir des programmes communautaire Culture 2000, Media+ et Media-formatio : nous soutenons pleinement les orientations principales de la Commission qui vont dans le sens d’un développement de ces programmes. Nous proposons également un programme d’appui aux industries culturelles non audiovisuelles (livre, édition musicale, architecture). Nous demandons une augmentation des moyens bugétaires.

– avenir de la réglementation européenne de l’audiovisuel : là aussi nous adhérons à la démarche de la Commission et nous estimons que les consultations vont dans le bon sens. J’ai rappelé certaines positions auxquelles nous sommes attachés comme les obligations de diffusion et d’investissement d’œuvres européennes. J’ai également fait le lien de l’avenir de l’audiovisuel avec la nécessité d’une action européenne de lutte contre le piratage ».

Au-delà de ces dossiers d’actualité, Renaud Donnedieu de Vabres a souhaité contribuer au lancement d’une réflexion sur une stratégie européenne pour la diversité culturelle et les échanges :
« Toute stratégie doit être de promouvoir la diversité culturelle. Je veux, comme le disait Fernando Pessoa », « une Europe qui parle d’une seule et même voix mais dans toutes ses langues, de toutes ses âmes ».

Seule l’Europe peut nous donner les moyens de défendre nos cultures et nos langues face à une mondialisation mal maîtrisée, de faire en sorte que cette mondialisation respecte la diversité des cultures et que le dialogue entre les cultures exerce une influence pacifique sur le monde.

Dans une Europe de 450 et bientôt 500 millions d’habitants, un deuxième objectif d’une politique culturelle ambitieuse doit être de renforcer la conscience européenne, la cohésion de l’Europe, la conscience d’appartenir à une même civilisation, à une même famille d’esprit.

Pour atteindre ces objectifs, nous devons reprendre la méthode de Jean Monnet, c’est-à-dire faire des réalisations concrètes. C’est l’objet du mémorandum sur la coopération culturelle européenne que la France a fait parvenir à l’Union européenne. Il s’agit d’un catalogue de propositions que je souhaite placer dans une perspective politique, celle, dans l’immédiat d’une stratégie commune.

Dans ces réalisations concrètes, il y a deux choses :

– consolider l’existant (les aides nationales au cinéma, les quotas d’œuvres européennes à la télévision) ;
– entreprendre de nouvelles réalisations :

        – le label européen du patrimoine : un label intermédiaire entre l’UNESCO et la protection des monuments historiques nationaux, permettant de développer le tourisme tout en identifiant un patrimoine européen commun.
        – le soutien à la création à l’échelle européenne (circulation des artistes et des œuvres d’art)
l’appui à l’exportation des industries culturelles européennes (cinéma, livre, musique) par coopération des bureaux à l’exportation.
        – l’utilisation des fonds structurels pour des projets culturels permettant de développer l’emploi autour du spectacle vivant, du tourisme et du patrimoine.

Pour cela, la France souhaite que l’Europe se donne les moyens nécessaires, dans la limite d’un budget équivalent à 1% du PIB communautaire, conformément à la lettre des six. En effet, le budget de la culture actuel représente l’épaisseur du trait (actuellement 120 meuros et 0,1% du budget communautaire).

Le sens du mémorandum que j’ai présenté à mes collègues aujourd’hui, ce n’est donc pas de proposer un catalogue de mesures de gestion mais une ambition politique pour l’Europe. De façon concrète, dans le cadre institutionnel actuel et à venir, je souhaite que cela puisse se traduire par l’adoption d’une stratégie commune ».

M. Donnedieu de Vabres: "je ne suis pas le ministre de l'Information"

1 juin 2004

« M. Cluzel a été élu dès le premier tour par le Conseil supérieur de laudiovisuel (CSA). Il lui appartient maintenant dexercer ses responsabilités dans le choix des directeurs de cette immense maison. »… Le ministre de la culture et de la communication Renaud Donnedieu de Vabres a affirmé mardi à lAssemblée quil nétait pas « le ministre de linformation », mais « le ministre de la culture et de la communication ».

Il a indiqué quil entendait, avec les moyens « que la représentation nationale votera, doter Radio France de tous les moyens nécessaires avec le seul souci des journalistes et des auditeurs ».

En réponse à une question du député PS Arnaud Montebourg (Saône-et-Loire) sur la nomination de Jean-Paul Cluzel à la présidence de Radio France, il a souligné: « M. Cluzel a été élu dès le premier tour par le Conseil supérieur de laudiovisuel (CSA). Il lui appartient maintenant dexercer ses responsabilités dans le choix des directeurs de cette immense maison. »

M. Montebourg avait évoqué les « démissions forcées » de MM. Jean-Luc Hees et Pierre Bouteiller, respectivement directeur de France Inter et directeur de France Musiques

Paris invoque la diversité culturelle pour faire baisser la TVA sur le disque

29 mai 2004

Le ministre de la Culture Renaud Donnedieu de Vabres a souligné la situation « très préoccupante » du marché du disque, à loccasion dune réunion avec ses homologues de lUE et dun entretien avec le commissaire européen au Marché intérieur, Frits Bolkestein… La France a invoqué jeudi la lutte contre la piraterie et la protection de la « diversité culturelle » pour appuyer de nouveau à Bruxelles sa demande récurrente dune TVA réduite sur le disque.

Le ministre de la Culture Renaud Donnedieu de Vabres a souligné la situation « très préoccupante » du marché du disque, à loccasion dune réunion avec ses homologues de lUE et dun entretien avec le commissaire européen au Marché intérieur, Frits Bolkestein.

« Cest un nouvel aspect qui pourrait conduire à cette baisse de la TVA: faire en sorte que le prix du disque soit moins cher pour que, tout simplement, il soit plus accessible », a-t-il estimé devant des journalistes.

« Pour quil y ait une baisse du prix du disque, ce serait bien quil y ait une baisse de la TVA », a-t-il ajouté.

M. Donnedieu de Vabres a mis en avant le problème posé pour lindustrie du disque notamment par les téléchargements gratuits de musique via linternet.

Il a appelé « tout le monde et notamment les plus jeunes de nos concitoyens » à « bien mesurer quun accès totalement libre et gratuit, cest dans un premier temps très sympathique, mais dans un deuxième temps, ça menacera les artistes, ça menacera la création, ça menacera la diversité culturelle ».

Il a dressé une comparaison avec la protection de lenvironnement. « Vouloir protéger la nature, leau, lair, les ressources naturelles, ce nest pas être un censeur, cest tout simplement protéger la planète. Moi, je veux protéger la création », a-t-il dit.

Se félicitant notamment dun écho favorable de lEspagne à lidée dune TVA réduite, le ministre français a estimé « quil y a beaucoup de pays européens sur ce sujet qui peuvent se donner la main ».

Il a émis lespoir « que cela puisse faire évoluer la position » des Etats opposés à la position française et de la Commission européenne, qui craint quune baisse de la TVA nentraîne des distorsions de concurrence.

« Il faut quil y ait le maximum de pays qui soient convaincus… On a encore du boulot », a néanmoins concédé M. Donnedieu de Vabres, en rappelant quune décision nécessitait lunanimité au sein de lUE.

Cérémonie en l'honneur de MM. Alain Dutournier et Guy Savoy, Commandeurs des Arts et Lettres

26 mai 2004

Mesdames, Messieurs,

Chers amis,

Je suis très heureux de vous accueillir ici ce soir.

C'est un moment particulièrement savoureux que je vous propose de partager.

Nous fêtons en effet la gastronomie, en célébrant deux chefs qui portent très haut son renom
et auxquels je vais avoir le plaisir de remettre la plus haute distinction de ce ministère.

La gastronomie fait, bien sûr, partie de la culture, et, plus sûrement encore , de la culture
française.

Et ce sont deux grands artistes qui contribuent au rayonnement de la France dans le monde
que nous honorons ce soir, en leur décernant l'une des principales distinctions honorifiques
de la République française.

J'ai découvert en arrivant rue de Valois que les arts culinaires étaient rattachés à la
délégation aux arts plastiques !

J'y vois l'un de ces traits de génie de l'inventivité administrative dont notre pays est friand …

J'y vois aussi une certaine logique, puisque les formes, les couleurs, les textures des plats
que vous offrez aux amateurs réjouissent leur regard avant que ce plaisir ne se prolonge en
bouche.

Mais, votre cuisine, par les harmonies traditionnelles ou les décalages recherchés par votre
sens de la composition, relève aussi d'une émotion que l'on pourrait qualifier de musicale ou
de lyrique.

Quoi qu'il en soit, vous êtes l'un et l'autre des maîtres d'un art vivant, où vous savez insuffler
toute votre force et toute votre énergie.

Votre maîtrise est l'aboutissement d'un parcours qui est avant tout une vocation et une
passion, héritées de votre enfance, que vous avez su cultiver et développer, en forgeant,
peu à peu, les outils de votre talent, de votre génie.

Oui, vous êtes l'un et l'autre de grands artistes ! Vous incarnez l'excellence et la qualité des
produits et des savoir-faire de notre pays, reconnus dans le monde entier. Vos créations sont
périssables, mais elles ne sont pas éphémères, parce qu'elles sont source d'émotions et de
plaisirs durables ; parce que vous avez à coeur de transmettre et de faire partager vos
talents, dans vos restaurants, mais aussi dans vos livres.

Je suis fier de rendre hommage aujourd'hui à deux grands hommes de culture.

Vous avez été tous deux distingués au titre de la promotion du 1er janvier 2004. Comme il
est d'usage en pareil cas, c'est l'ordre alphabétique qui s'est imposé à moi, car je ne pourrais
pas choisir, entre Le Carré des Feuillants et Guy Savoy !

Cher Alain Dutournier,

Vous êtes, si j'ose dire, tombé dans le chaudron lorsque vous étiez tout petit ! Puisque vous
êtes né à l'heure du déjeuner, semble t-il, à midi pile !

Et pas n'importe où ! Dans l'auberge familiale ! A Cagnotte, dans les Landes, entre Gaves et
Adour, au pied des Pyrénées, dans ce beau pays des vallées et des coteaux, des rivières et
des forêts, où les hommes chassent la palombe et la bécasse, pèchent l'alose et la civelle,
cueillent le cèpe et parfois l'oronge, élèvent des volailles dont ils préparent confits et foies
gras.

Votre mère et votre grand-mère faisaient la cuisine et vous initient dès votre plus jeune âge à
leur art, leur métier, qui devient, très vite, votre passion. Une double passion à laquelle vous
décidez tout jeune de vouer votre vie : la cuisine et le voyage. Votre vie sera conforme à ce
voeu. Et quel voyage que votre cuisine !

Voyage dont la première grande étape est Toulouse, haut lieu de la gastronomie s'il en est,
et son lycée technique hôtelier, l'école hôtelière des Pyrénées, avec son hôtel d'application
flambant neuf, l'hôtel d'Occitanie, où vous obtenez votre brevet de technicien hôtelier.

Aussitôt après, vous partez pour l'Allemagne et la Suède exporter votre savoir-faire. Puis
vous revenez vers la Méditerranée, à Toulon, sous les drapeaux, où vous régalez les
"marsouins".

Selon un proverbe chinois, "un voyage de dix mille li commence par un seul pas". Vous
enrichissez votre expérience en travaillant dans des maisons peu connues mais où vous
apprenez beaucoup, avant de franchir un grand pas, en entrant chez Air France. Et c'est la
découverte de l'Asie et de ses cultures culinaires, cet Orient si proche de nous par la variété
des saveurs, et le culte de la gastronomie, qui est un peu la religion terrestre de ce continent.

Aussi revenez-vous vers l'Occident et la capitale de votre art, où vous décidez de faire vos
preuves, en ouvrant votre propre lieu, en 1973, à 24 ans, avec vos économies et
l'hypothèque de l'auberge familiale, la seule propriété de vos parents :
Ce sera, sous les
tilleuls de la place Daumesnil et de son marché : "Le Trou Gascon ». En refusant, ce qui était
hardi à l'époque, les facilités « du Beaujolais, de la crème et de la côte de boeuf », vous
irritez parfois. Et vous surprenez, en important de vos Landes natales les alliances subtiles
de cannelle et de fleurs d’oranger, sans oublier le piment d’espellette ! Puis, vous séduisez. Il
vous aura fallu moins de deux ans pour gagner votre pari, et entraîner votre clientèle dans
une nouvelle aventure du goût, saluée en 1977 par votre première étoile au guide Michelin,
puis en 1982 par une deuxième.

En 1986, après avoir confié le Trou Gascon à votre épouse Nicole, vous vous installez au
coeur du Paris historique, au bord de la place Vendôme, non loin d'ici, dans l'ancien couvent
du « Carré des Feuillants », que vous transformez en temple d’une « cuisine de santé, saine
et belle, procurant du plaisir ». Dans ce lieu que vous aménagez, vous captez le meilleur des
différentes cuisines du monde, dans le respect des traditions de votre région d'origine.

Le voyage que vous proposez n'est ni exotique ni passéiste. Dans le cadre résolument
contemporain et chaleureux que vous avez confié à Alberto Bali, c'est un voyage qui est un
hommage. Un hommage à la qualité des bons produits. Un hommage à l'imagination aussi,
car vous ne cessez de créer du bonheur.

Vous êtes toujours attentif à la transmission de cette créativité, nourrie de tradition. Vous
participez à de nombreux jurys européens et vous publiez en l'an 2000 Ma Cuisine, des
Landes au Carré des Feuillants ouvrage riche de recettes et d’anecdotes, toutes
authentiques, qui vous vaut de recevoir le prix La Mazille au salon international du livre
gourmand de Périgueux.

Merci, Alain Dutournier, de nous faire, notamment grâce à cet ouvrage, partager votre
inspiration.

Au nom de la République, cher Alain Dutournier, je vous fais Commandeur dans l’Ordre des
Arts et des Lettres.

Cher Guy Savoy,

Il va sans dire que l’on n’est pas un grand créateur, un créateur rayonnant, sans un étrange
alliage de courage, de talent et de générosité.

Vous êtes fait de cet alliage.

Oui, générosité, curiosité, appétit de connaître, d’expérimenter et de partager, tels sont les
maîtres mots de l'exigence créatrice qui gouverne votre vie.

Une exigence si haute qu'elle vous a conduit à mener plusieurs vies parallèles au service de
votre art.

Vous aussi, Guy Savoy, vous êtes tombé dedans quand vous étiez petit !

Vous êtes né à Nevers en 1953 et vous grandissez, à Bourgoin-Jallieu, en Isère, sous le
signe de la convivialité, du partage, de l'enthousiasme et du travail.

Votre père est jardinier,
dans le jardin de la ville, et c'est aussi un métier d'art. Votre mère tient la buvette municipale,
un lieu champêtre où les familles se retrouvent le week-end, autour du terrain de boules. On
y est si bien qu'un jour, les gens demandent s'il est possible de " casser la croûte ". Le talent
de votre mère est tel qu'elle transforme la buvette municipale en un grand restaurant.

Vous apprenez auprès de Marchand, à Bourgoin-Jallieu, le métier de pâtissier. Puis vous
partez pour Roanne, où vous découvrez, et apprenez auprès des fameux Frères Troisgros,
l’art culinaire porté à son plus haut degré d’exigence. Le homard, la truffe, le fois gras, le
turbot n'ont plus de secret pour vous.

Vous décidez néanmoins de poursuivre votre apprentissage à Paris, chez Lasserre.

Vous construisez votre itinéraire, au feu d’expériences diverses pensées comme autant
d’étapes sur le chemin du perfectionnement de votre art : chef saucier du restaurant « Le
Lion d’or » à Genève, pâtissier et cuisinier au restaurant « L’Oasis » à La Napoule, chef de
cuisine et chef de salle à 24 ans au restaurant « La Barrière » de Clichy.

Vous ouvrez votre premier établissement, à votre nom, en 1980 à Paris . Vous n’avez cessé,
depuis, de créer dans la capitale d'autres lieux d'excellence, « Le Cap Vernet », «Les
bookinistes » et tant d’autres prolongements du foyer central de votre rayonnement : le
restaurant Guy Savoy, que vous appelez volontiers, en exprimant l’ancrage de votre pratique
dans la modernité, « l’auberge du XXIe siècle ». Une auberge où votre cuisine raffinée et
inventive côtoie des oeuvres signées des grands noms de l'art contemporain et des
sculptures africaines.

En 2002, votre maîtrise de l’art culinaire vous vaut une troisième étoile au guide Michelin.

Votre cuisine, Guy Savoy, est une cuisine de la rencontre et de la générosité, qui s’offre
simplement et totalement à celui qui l’attend.

Elle reflète sans doute une vision du monde, tout entier animé par les forces de la vie, de la
découverte, par le refus des oeillères et des bornes.

Ainsi, cette recette étonnante, que vous avez inventée, le "tout veau" proposant en un seul
plat toutes les formes de cuisson de tous les morceaux du veau habituellement utilisés en
gastronomie… Cette recette florilège me semble exprimer votre manière, votre style, votre
identité de créateur : oui, cher Guy Savoy, c’est bien une expérience artistique fondée sur
cette générosité exacerbée qui la rend unique, une esthétique de l’abondance et de
l’ouverture. Une culture que vous avez à coeur de faire partager, à travers vos livres et même
par l'image, avec un film, Quatre saisons pour un festin.

Merci pour votre générosité, votre créativité et votre talent.

Au nom de la République, cher Guy Savoy, je vous fais Commandeur dans l’Ordre des Arts
et des Lettres.

Conférence de presse "Rendez-vous aux jardins"

25 mai 2004

Mesdames, Messieurs, chers amis des jardins,

Je suis très heureux de vous présenter la deuxième édition de « Rendez-vous aux jardins ».

« Mieux connaître les jardins pour mieux les aimer » : tel est, en 2004, le thème fédérateur de
cette myriade de rendez-vous, répartis sur l’ensemble de notre territoire.

Ce sont cette année plus de 1300 lieux qui accueilleront tous les amoureux des jardins, dont
560 proposeront des animations, 420 un accueil par le jardinier ou le propriétaire ; 145 jardins
ouvriront jusqu’au crépuscule.

C’est un rendez-vous exceptionnel cette année puisque 89 jardins n'ouvriront que pendant ces
trois jours.

Parmi ces rendez-vous d’exception, je me réjouis de l’ouverture des jardins de l’Elysée
(Ouverture réservée aux scolaires et sur inscription préalable) l’après-midi du 4 juin et de
ceux de Matignon les 4, 5 et 6 juin. Nos amis canadiens ouvriront les jardins de leur
ambassade. Au total, 40 jardins ouvriront au public pour la première fois.

Je tiens à remercier tous les propriétaires et les jardiniers qui ouvrent le précieux patrimoine
dont ils ont la charge à la curiosité, à la soif de découverte, à l’amour du public, à l’amour des
Françaises et des Français pour ces lieux qui, selon le beau vers de Malherbe, « donnent au
coeur tant d’aimables désirs ». Ces lieux où, propriétaires et jardiniers, toujours selon le grand
poète classique « au miracle de l’art font céder la nature. »

Car les parcs et jardins font partie intégrante de notre patrimoine. Qu’ils appartiennent à
l’Etat, aux collectivités territoriales ou à de très nombreux propriétaires privés, que je tiens à
remercier pour leur engagement à faire partager leur passion, ils forment notre paysage
familier, l’environnement que nous aimons contempler, ils marquent notre territoire et notre
regard, ils sont notre bien commun.

Un bien précieux, un bien vivant et donc fragile. Lorsque surviennent des catastrophes comme
la tempête de 1987 en Bretagne, ou la grande tempête de 1999 dont toutes les cicatrices sont
loin d’être effacées, ou des incendies particulièrement dévastateurs dans le Sud de la France,
nous ressentons combien ce patrimoine, soumis par nature aux mouvements cycliques des
saisons, est périssable.

Les jardins sont nos racines, nous y cultivons des souvenirs familiers, sans nostalgie, car nous
aimons aussi être surpris, par les talents, parfois le génie de ceux qui les font.

Cette deuxième édition des « Rendez-vous aux jardins » est pour moi l’occasion de saluer la
première année de travail du Conseil national des parcs et jardins, présidé par Jean-Pierre
Bady, et assisté par les services de la direction de l’architecture et du patrimoine.

Installé l’an dernier, ce Conseil réunit les représentants des administrations, du ministère de la
culture et de la communication et des autres ministères concernés, des collectivités
territoriales, des gestionnaires de jardins publics, des membres des associations de
propriétaires privés, des personnalités qualifiées du monde des jardins, jardiniers, architectes
du patrimoine, paysagistes, historiens des jardins, botanistes, bref, tous ceux qui, par leurs
savoirs et leurs savoir-faire, entretiennent, transmettent, et créent ce patrimoine vivant des
parcs et jardins.

Et je constate, Monsieur le Président, que votre Conseil, qui a pour but à la fois de favoriser le
dialogue entre les pouvoirs publics et les propriétaires privés, et de me proposer des idées et
des projets, a beaucoup travaillé depuis un an !

Il a constitué en son sein des groupes de travail et s’est adjoint le concours d’experts dans ses
vastes domaines de compétence : la protection, l’entretien, la recherche, la restauration, la
création, la formation, l’animation, la valorisation, et la définition d’un nouveau label. Tous
ces groupes de travail sont à l’origine des 54 propositions – pas moins ! – que vous avez
adoptées en séance plénière et qui figurent dans votre premier rapport annuel.

Ces propositions sont extrêmement stimulantes pour la réflexion et l’action de
l’administration et du Ministre.

J’y attache d’autant plus de prix qu’elles sont le fruit d’un travail en commun entre tous les
acteurs concernés, en particulier les représentants des propriétaires privés.

Je tiens, parmi toutes les personnes présentes, à rendre hommage à l’engagement de Monsieur
Wirth, président du Comité des parcs et jardins de France, comme à celui de toutes les
grandes associations représentées au sein du Conseil.

Sur l’ensemble de vos propositions, j’en ai retenu quelques-unes auxquelles je souhaite
donner le caractère d’une priorité :

Tout d’abord, la création du label « Jardins remarquables ».

Il y a en France près de 1700 parcs et jardins protégés dont plus de 500 sont classés parmi les
monuments historiques. Bien d'autres encore sont inscrits au titre des sites (et relèvent donc
du ministère de l'écologie). Leur état d’entretien est fort variable.

En revanche, il existe des jardins qui, s’ils n’ont pas tous été distingués au titre des
monuments historiques et des sites, n’en possèdent pas moins un caractère spécialement
intéressant, parce qu’ils sont particulièrement bien entretenus, parce qu’ils possèdent une
collection botanique exceptionnelle, ou parce qu’ils sont ouverts largement au public et sont
dotés d’un ensemble d’informations destinées aux visiteurs.

Ils seront désormais signalés au public comme « jardins remarquables ».

Il ne s’agit pas de créer un troisième échelon de protection, mais bien de dégager une
catégorie à part, rassemblant jardins protégés ou non, qui possèdent un intérêt digne de
susciter la curiosité particulière du public.

Déjà, près d’une centaine de propositions ont été présélectionnées par les DRAC.

L’obtention de ce label sera naturellement subordonné à l’accord du propriétaire, lequel devra
s’engager à entretenir son jardin durant cinq années, notamment grâce à un plan de gestion.

Ces jardins présentant un grand intérêt historique, esthétique ou botanique se distinguent en
effet par un entretien exemplaire et un accueil attentif des visiteurs.
J'ai souhaité que le label permette à ceux auxquels il est attribué d’obtenir un agrément fiscal,
à charge pour eux d’ouvrir leurs jardins quarante à cinquante jours par an (suivant les mêmes
modalités que pour les monuments non protégés) en échange de quoi ils pourraient déduire de
leurs impôts les frais de travaux et d’entretien. Je viens de recevoir l'accord de mon collègue,
secrétaire d’Etat au budget, pour cet aménagement fiscal dont l’intérêt général n’échappe à
personne.

Ce label aura aussi un effet d’entraînement sur l’entretien des parcs et jardins que je souhaite
voir s’inscrire dans le cadre de plans de gestion. Ces plans permettront aux propriétaires de
projeter l’évolution de leurs jardins à cinq ans ou dix ans, avec le concours de l’expertise de
professionnels et de programmer les travaux d’entretien et d’aménagement de leurs jardins.

Parce qu’un jardin n’est pas figé, parce qu’il est vivant, il évolue dans le temps et cette
évolution doit être programmée.

Les jardins doivent être accessibles au public dans le monde réel mais aussi dans le monde
virtuel d’internet et je souhaite que l’ensemble des informations relatives aux jardins soit
regroupé sur le site du ministère avec des liens vers d’autres sites spécialisés ou vers d’autres
portails.

Parmi ces liens, je pense en particulier au site préparé par le Comité national des parcs et
jardins.

Je me félicite que le Conseil national des parcs et jardins ait montré l’exemple en commençant
à rassembler, en annexe de son rapport, des informations relatives aux bibliothèques et aux
centres de documentation possédant des collections sur les jardins, ainsi que la liste des
centres de ressources botaniques et une bibliographie. Car il y a un foisonnement des savoirs
sur les jardins, qui doivent rencontrer les immenses besoins d’information et de formation du
public, des amateurs et de tous les professionnels concernés par l’art des jardins.

Les parcs et jardins, je l’ai dit, ne sont pas un patrimoine figé, qui devrait rester en l’état – et
d’ailleurs en quel état ? S’ils façonnent notre paysage, ce paysage lui-même créé par les
hommes et fruit d’un équilibre toujours en mouvement entre la nature et la culture, les jardins
ont toujours été des lieux de création.

Pour contribuer à cette création, caractéristique de l’art vivant des jardins, je souhaite donner
un caractère prioritaire à la mise en oeuvre d’opérations représentatives. C’est pourquoi je me
propose d’organiser un concours de conception de jardins contemporains sur trois sites de
représentativité différente et de caractéristiques particulières : un jardin privé – représentatif
de l’effort de ces « conservateurs bénévoles » que sont les propriétaires privés dont les jardins
sont ouverts au public – , un monument de l’Etat témoin de la continuité de notre histoire
nationale, un jardin urbain largement ouvert aux sollicitations du loisir de nos contemporains,
où le travail de l’artiste pourra être porté sur l’accueil des enfants dans le jardin. Je demande à
la direction de l’architecture et du patrimoine de porter une attention particulière à cette
opération.

Enfin, je retiens la proposition du Conseil national des parcs et jardins d’organiser les
prochains entretiens du patrimoine sur le thème de l’entretien des jardins. Ce sera l’occasion
de débattre avec tous les professionnels et les amateurs concernés en présence des meilleurs
spécialistes de l’ensemble des thèmes qui nous rassemblent aujourd’hui.

Pour ma part, je vous donne rendez-vous vendredi 4 juin à Montreuil, où j’irai visiter les «
murs à pêches » datant du XVIIe siècle le matin, puis à Versailles l’après-midi où j’aurai le
plaisir de décorer, au sein même de l’un des plus beaux jardins de France, quelques-uns de
ceux qui, par leur travail et leur talent, rendent nos jardins si agréables, qu’il s’agisse de
jardiniers de l’Etat ou du secteur privé. Samedi 5 juin, j’irai en région.

Que ce millier de rendez-vous soit une fête, une grande fête des jardins, une fête du
patrimoine et de la création et une ouverture, sans contrainte, pleine d’enthousiasme, aux
aspects vivants de notre culture !

Je vous remercie.

REMISE DU PRIX ROLAND DORGELES 2004

25 mai 2004

Monsieur le Président,

Chers Jacques Chancel et Michel Drucker,

Mesdames, Messieurs,

Chers amis de l'association des écrivains combattants et de la langue française,

Je me réjouis d'ouvrir cette cérémonie qui s'inscrit dans une tradition bien instituée.

Une cérémonie qui m'offre l'occasion d'adresser des félicitations méritées aux lauréats,
Jacques Chancel et Michel Drucker, mais aussi de célébrer notre langue et de fêter ceux qui
l'illustrent et la diffusent, en France et dans le monde entier.

Ce prix honore la mémoire de Roland Dorgelès, l'un des fondateurs de l'association que
vous présidez, cher Michel Tauriac, née juste après la Grande Guerre, pour rassembler des
écrivains qui voulaient lutter à leur manière, avec les armes de leur talent et de leur langue,
notre langue, en faveur d'un monde pacifié. Un monde où plus jamais ne seraient sacrifiés
tant d'espoirs, de vies et de destins fauchés avant d'avoir pu créer les oeuvres que l'humanité
pouvait attendre de leur plume.

La vie de Roland Dorgelès, qui connut la gloire en 1919 avec Les croix de bois en
témoignant avec réalisme et humanité de la vie dans les tranchées, est exemplaire de cette
génération qui vit ses espoirs déçus puisque, correspondant de guerre dès 1939, il laissera
derrière lui trois récits émouvants dans lesquels il confronte ses souvenirs des deux guerres.

Car Roland Dorgelès était écrivain et journaliste. De ce journalisme qui n'hésitait pas, selon
le mot d'Albert Londres, à "porter la plume dans la plaie", en ouvrant les yeux des lecteurs
sur les réalités du monde, avec un grand respect de ces lecteurs, de leur intelligence, de leur
sensibilité, de leur humanité.

C'est cette inspiration humaniste, cette exigence d'intelligence et de respect, que perpétue
aujourd'hui le prix Roland Dorgelès.

A l'heure des médias de masse qui exercent une influence considérable sur la vie
quotidienne de nos concitoyens, le ministre de la culture et de la communication que je suis
est particulièrement sensible à l'ambition qui est au coeur de votre prix. Une ambition qui est
aussi un combat. Un combat pour la langue, un combat pour la culture. Distinguer de grands
professionnels de la radio et de la télévision qui donnent une importance particulière à la
qualité de la langue qu'ils emploient, c'est un beau combat, un combat nécessaire et utile.

Et je suis heureux que ce prix récompense aujourd'hui Michel Drucker et Jacques Chancel,
qui partagent le talent de savoir parler et plaire au plus grand nombre sans jamais sacrifier à
cette exigence de qualité.

Je n'hésite pas à dire que les journalistes et les animateurs de l'audiovisuel remplissent un
rôle, dans une société certainement plus libre et plus éclatée, analogue à celui joué jadis par
les "hussards noirs de la République".

Nos concitoyens, vous le savez, passent plus de trois heures par jour à écouter la radio et à regarder
la télévision. Les enfants et les adolescents d'aujourd'hui consacrent plus de temps devant
leurs écrans et leurs enceintes qu'à l'école.

C'est dire l'enjeu du combat que vous menez, chers amis de l'association des écrivains
combattants !

Un combat pour l'identité de notre pays, dans le monde, et pour la cohésion de notre société,
au sein de nos frontières.

Un combat de longue haleine, dont j'ai toujours cru, à la différence peut-être de quelques
esprits chagrins, qu'il n'était pas, loin s'en faut, perdu d'avance.

Car la cause de la langue française, pour moi, est tout sauf nostalgique. Elle est toute entière
tournée vers l'avenir !

Les ondes ne connaissent pas de frontières et c'est pourquoi la correction du français qui y
est parlé est un enjeu international. Vos émissions, vous le savez, sont regardées et
écoutées bien au-delà même du cercle de la francophonie.

Oui, comme l'écrivait Léopold Sédar Senghor, "le français est cet humanisme intégral qui se
tisse autour de la terre". Il est porté aujourd'hui, dans la société de l'information, par la
modulation de fréquence, le satellite, l'Internet, le numérique demain.

En Europe, le défi que nous devons relever est celui du multilinguisme : permettre à chaque
Européen, et pour nous d'abord à chaque Français, de vivre et d'échanger dans sa langue,
voilà l'un des défis de l'avenir européen !

Le combat pour notre langue est tout autant un enjeu national. Le français, langue de la
République, est à la fois la condition, le moyen et l'un des signes les plus forts de
l'intégration à la communauté nationale, pour les étrangers venus vivre parmi nous, certes,
mais aussi pour tous les citoyens français.

Comment s'insérer aujourd'hui sur le marché du travail et dans la vie sociale sans maîtriser
notre langue commune ? Comme élu, comme responsable politique, je considère que c'est
une question essentielle. Et je compte sur tous les professionnels de l'audiovisuel, et en
particulier ceux du service public, pour être conscients de leurs propres responsabilités dans
ce domaine.

Cher Jacques Chancel, cher Michel Drucker, en vous choisissant comme lauréats du prix
Roland-Dorgelès, l'association des écrivains combattants vous fait entrer dans un cercle très
fermé et très prestigieux.

Pour vos bons et loyaux services à la cause du français, en notre nom à tous, je vous félicite
et je vous remercie.

"Rendez-vous aux jardins" les 4, 5 et 6 juin

25 mai 2004

Renaud Donnedieu de Vabres, ministre de la Culture et de la communication, a lancé mardi, rue de Valois, la 2e édition de la manifestation « Rendez-vous aux Jardins », qui, lan dernier, avait accueilli quelque 600.000 visiteurs… Les jardins, quils soient potagers, historiques, à la française, ouvriers, dinsertion ou « en mouvement », seront à la fête les 4, 5 et 6 juin, sur le thème « connaître les jardins pour mieux les aimer ».

Renaud Donnedieu de Vabres, ministre de la Culture et de la communication, a lancé mardi, rue de Valois, la 2e édition de la manifestation « Rendez-vous aux Jardins », qui, lan dernier, avait accueilli quelque 600.000 visiteurs.

Evoquant le souvenir personnel « dun père qui adorait le jardinage » dans sa maison normande de Varengeville, « et sut transmettre sa passion », le ministre a noté que « parcs et jardins font partie intégrante de notre patrimoine ».

« Le jardin est un lieu précieux, vivant, fragile, à protéger constamment. Lorsque surviennent les tempêtes, comme celles de décembre 1999, ou les incendies dévastateurs, nous sentons combien ce patrimoine est périssable ».

« Cette année, ce sont 1.119 lieux qui seront ainsi ouverts au public, pendant trois jours », a précisé M. Donnedieu de Vabres, notant que 560 jardins organisaient des animations. « Pour 420, laccueil sera fait personnellement par le jardinier ou le propriétaire, pour 89 autres, il sagira dune ouverture exceptionnelle. Enfin, 40 autres jardins -comme lElysée ou Matignon-, seront ouverts pour la première fois au public ».

Le ministre a par ailleurs annoncé « linstauration dun label +Jardin remarquable+ sur lensemble du territoire. Ce label met en valeurs des parcs et jardins ouverts à la visite, dun très grand intérêt historique, botanique et paysager, particulièrement bien entretenus par le propriétaire. Avec le concours du Conseil national des parcs et jardins, a-t-il précisé, jai dores et déjà retenu 108 projets ».

Rappelant quen France, « plus de 1.600 parcs et jardins sont +protégés+ au titre des Monuments historiques », le ministre a indiqué que le label +Jardin remarquable+, attribué pour 5 ans renouvelables, « ne vise pas à créer un nouvel échelon de protection ».

« Mais il répond à des critères dexigence et de qualité sur lorganisation des espaces, lintégration dans le site et la qualité des abords, lintérêt botanique, historique et lentretien de ce jardin. Tout propriétaire qui sengagera à maintenir un entretien exemplaire de son jardin et à louvrir un certain nombre de jours, bénéficiera dun aménagement fiscal ».

Par ailleurs, le ministre a déclaré quun « concours de conception de jardins contemporains » était actuellement à létude et concernerait un jardin privé, un jardin monument de lEtat, un jardin urbain ouvert aux loisirs. Enfin, les prochains « Entretiens du Patrimoine », prévus au printemps 2005, seront consacrés aux parcs et jardins.

Les « Rendez-vous aux Jardins » bénéficient notamment du soutien du ministère de la Culture, dassociations de sauvegarde du patrimoine et du groupe dactivités vins et spiritueux de LVMH, Moët-Hennessy

"un très bon résultat pour le cinéma français"

24 mai 2004

« Je suis très heureux des résultats des Français, je considère que cest un très bon résultat pour le cinéma français, pour les acteurs et pour les réalisateurs », a commenté au cours dune conférence de presse M. Donnedieu de Vabres… Le palmarès 2004 du festival de Cannes est « un très bon résultat pour le cinéma français », a estimé dimanche à Kaboul le ministre français de la Culture et de la Communication Renaud Donnedieu de Vabres.

« Je suis très heureux des résultats des Français, je considère que cest un très bon résultat pour le cinéma français, pour les acteurs et pour les réalisateurs », a commenté au cours dune conférence de presse M. Donnedieu de Vabres.

« En ce qui concerne la palme dor, je nai pas encore vu le film, je le verrai, bien évidemment, mais je comprends parfaitement dans la volonté du jury le souci, ou la volonté claire de récompenser un acte de témoignage », a-t-il ajouté.

LAméricain Michael Moore a reçu samedi soir la Palme dor, trophée suprême du Festival de Cannes, pour son pamphlet anti-Bush « Fahrenheit 9/11 ». Pour la France, Agnès Jaoui et Jean-Pierre Bacri ont été récompensés par le prix du scénario pour « Comme une image », Tony Gatlif a décroché le prix de la mise en scène pour « Exils », et la Chinoise de Hong Kong Maggie Cheung a obtenu le prix dinterprétation féminine dans le film dOlivier Assayas « Clean ».

M. Donnedieu de Vabres est arrivé dimanche matin à Kaboul où il a inauguré lune des plus célèbres salles de cinéma de la capitale afghane, lAriana, entièrement réhabilitée grâce au soutien de professionnels du cinéma français.

Situé en plein centre ville de Kaboul, lAriana, une vaste salle de 600 places, avait été construit à la fin des années soixante et détruit pendant la guerre civile (1992-1996)