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REMISE DU PRIX ROLAND DORGELES 2004

Monsieur le Président,

Chers Jacques Chancel et Michel Drucker,

Mesdames, Messieurs,

Chers amis de l'association des écrivains combattants et de la langue française,

Je me réjouis d'ouvrir cette cérémonie qui s'inscrit dans une tradition bien instituée.

Une cérémonie qui m'offre l'occasion d'adresser des félicitations méritées aux lauréats,
Jacques Chancel et Michel Drucker, mais aussi de célébrer notre langue et de fêter ceux qui
l'illustrent et la diffusent, en France et dans le monde entier.

Ce prix honore la mémoire de Roland Dorgelès, l'un des fondateurs de l'association que
vous présidez, cher Michel Tauriac, née juste après la Grande Guerre, pour rassembler des
écrivains qui voulaient lutter à leur manière, avec les armes de leur talent et de leur langue,
notre langue, en faveur d'un monde pacifié. Un monde où plus jamais ne seraient sacrifiés
tant d'espoirs, de vies et de destins fauchés avant d'avoir pu créer les oeuvres que l'humanité
pouvait attendre de leur plume.

La vie de Roland Dorgelès, qui connut la gloire en 1919 avec Les croix de bois en
témoignant avec réalisme et humanité de la vie dans les tranchées, est exemplaire de cette
génération qui vit ses espoirs déçus puisque, correspondant de guerre dès 1939, il laissera
derrière lui trois récits émouvants dans lesquels il confronte ses souvenirs des deux guerres.

Car Roland Dorgelès était écrivain et journaliste. De ce journalisme qui n'hésitait pas, selon
le mot d'Albert Londres, à "porter la plume dans la plaie", en ouvrant les yeux des lecteurs
sur les réalités du monde, avec un grand respect de ces lecteurs, de leur intelligence, de leur
sensibilité, de leur humanité.

C'est cette inspiration humaniste, cette exigence d'intelligence et de respect, que perpétue
aujourd'hui le prix Roland Dorgelès.

A l'heure des médias de masse qui exercent une influence considérable sur la vie
quotidienne de nos concitoyens, le ministre de la culture et de la communication que je suis
est particulièrement sensible à l'ambition qui est au coeur de votre prix. Une ambition qui est
aussi un combat. Un combat pour la langue, un combat pour la culture. Distinguer de grands
professionnels de la radio et de la télévision qui donnent une importance particulière à la
qualité de la langue qu'ils emploient, c'est un beau combat, un combat nécessaire et utile.

Et je suis heureux que ce prix récompense aujourd'hui Michel Drucker et Jacques Chancel,
qui partagent le talent de savoir parler et plaire au plus grand nombre sans jamais sacrifier à
cette exigence de qualité.

Je n'hésite pas à dire que les journalistes et les animateurs de l'audiovisuel remplissent un
rôle, dans une société certainement plus libre et plus éclatée, analogue à celui joué jadis par
les "hussards noirs de la République".

Nos concitoyens, vous le savez, passent plus de trois heures par jour à écouter la radio et à regarder
la télévision. Les enfants et les adolescents d'aujourd'hui consacrent plus de temps devant
leurs écrans et leurs enceintes qu'à l'école.

C'est dire l'enjeu du combat que vous menez, chers amis de l'association des écrivains
combattants !

Un combat pour l'identité de notre pays, dans le monde, et pour la cohésion de notre société,
au sein de nos frontières.

Un combat de longue haleine, dont j'ai toujours cru, à la différence peut-être de quelques
esprits chagrins, qu'il n'était pas, loin s'en faut, perdu d'avance.

Car la cause de la langue française, pour moi, est tout sauf nostalgique. Elle est toute entière
tournée vers l'avenir !

Les ondes ne connaissent pas de frontières et c'est pourquoi la correction du français qui y
est parlé est un enjeu international. Vos émissions, vous le savez, sont regardées et
écoutées bien au-delà même du cercle de la francophonie.

Oui, comme l'écrivait Léopold Sédar Senghor, "le français est cet humanisme intégral qui se
tisse autour de la terre". Il est porté aujourd'hui, dans la société de l'information, par la
modulation de fréquence, le satellite, l'Internet, le numérique demain.

En Europe, le défi que nous devons relever est celui du multilinguisme : permettre à chaque
Européen, et pour nous d'abord à chaque Français, de vivre et d'échanger dans sa langue,
voilà l'un des défis de l'avenir européen !

Le combat pour notre langue est tout autant un enjeu national. Le français, langue de la
République, est à la fois la condition, le moyen et l'un des signes les plus forts de
l'intégration à la communauté nationale, pour les étrangers venus vivre parmi nous, certes,
mais aussi pour tous les citoyens français.

Comment s'insérer aujourd'hui sur le marché du travail et dans la vie sociale sans maîtriser
notre langue commune ? Comme élu, comme responsable politique, je considère que c'est
une question essentielle. Et je compte sur tous les professionnels de l'audiovisuel, et en
particulier ceux du service public, pour être conscients de leurs propres responsabilités dans
ce domaine.

Cher Jacques Chancel, cher Michel Drucker, en vous choisissant comme lauréats du prix
Roland-Dorgelès, l'association des écrivains combattants vous fait entrer dans un cercle très
fermé et très prestigieux.

Pour vos bons et loyaux services à la cause du français, en notre nom à tous, je vous félicite
et je vous remercie.

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