Archives de 2004

FRANCE-CHINE-CULTURE-ART-EXPOSITION

6 juillet 2004

« Notre pays présentera en Chine toutes les facettes de son esprit créateur qui inspire depuis toujours ses artistes comme ses savants et ses ingénieurs et qui est à lorigine de notre patrimoine artistique comme de nos grandes réalisations scientifiques et technologiques », a résumé M. Donnedieu de Vabres… Après avoir célébré la culture chinoise pendant dix mois, la France va présenter à partir doctobre « toutes les facettes de son esprit créateur » en Chine, à travers un programme pluridisciplinaire qui sinscrit aussi « sur le long terme », ont annoncé lundi les autorités françaises en présentant « lAnnée de la France en Chine ».

« Véritable réussite », « coopération remarquable », « immense succès populaire »: réunis au Quai dOrsay, les ministres français des Affaires étrangères Michel Barnier et de la Culture Renaud Donnedieu de Vabres et la vice-ministre à la Culture chinoise Meng Xiaosi nont pas tari déloges à propos du déroulement de « lAnnée de la Chine en France » qui sest achevée vendredi soir par un grand feu dartifice à Vervailles.

« Cest plus dun million de visiteurs qui se sont rendus aux expositions et plus dun million de personnes qui ont assisté aux spectacles », a précisé M. Barnier, rappelant que quelque 370 événements avaient été organisés à Paris et en régions.

Second volet des « Années croisées France-Chine », « LAnnée de la France en Chine », qui « fera jouer les jumelages entre villes et régions pour toucher le public le plus large » sera inaugurée le 10 octobre prochain à loccasion de la visite en Chine du président Jacques Chirac, qui fait suite à celle de son homologue chinois Hu Jintao en France en janvier.

« Nous souhaitons que lAnnée de la France en Chine puisse présenter de notre pays une image qui corresponde à nos valeurs et qui témoigne de notre force dinnovation », a déclaré M. Barnier.

Ces années croisées « ne sauraient être un brillant feu dartifice sans lendemain », a insisté le ministre, qui a souhaité que cette Année de la France en Chine « ouvre la voie à des partenariats fructueux inscrits sur le long terme ».

Parmi les coopérations appelées à se prolonger, le ministre a cité louverture du premier Centre culturel français à Pékin et de deux nouvelles Alliances françaises à Chongqing et Tianjin.

« Notre pays présentera en Chine toutes les facettes de son esprit créateur qui inspire depuis toujours ses artistes comme ses savants et ses ingénieurs et qui est à lorigine de notre patrimoine artistique comme de nos grandes réalisations scientifiques et technologiques », a résumé M. Donnedieu de Vabres.

« Lesprit dinnovation » sera ainsi à lhonneur avec une « Université de tous les savoirs », une exposition scientifique, louverture à Shanghaï dun institut technologique franco-chinois et dun Institut Pasteur.

Parmi les événements culturels phares, le ministre français de la Culture a cité le grand concert douverture conçu par Jean-Michel Jarre dans la Cité interdite, un pique-nique géant sur la Grande Muraille (en mai), qui accueillera les diverses traditions culinaires françaises, une grande exposition impressionniste préparée par le Musée dOrsay « qui verra certains chefs doeuvre quitter lHexagone pour la première fois » ou encore une exposition du Château de Versailles consacrée à Louis XIV. Le Centre Pompidou présentera son « point de vue » sur lart contemporain français, tandis que dautres expositions célébreront le design, la création industrielle et larchitecture françaises.

Le cinéma français sera représenté dans divers festivals. Côté spectacle vivant, le Théâtre du Châtelet présentera pour la première fois un opéra baroque en Chine, « Les Paladins » de Jean-Philippe Rameau (1693-1764), lOrchestre de Paris jouera Ravel et Dutilleux dans quatre villes chinoises et Les transmusicales de Rennes concocteront un plateau de musiques actuelles.

Hommage national à George Sand l’occasion du bicentenaire de sa naissance

6 juillet 2004

« Nous faisons notre propre vie à certains égards ; à dautres égards nous subissons celle que nous font les autres« . Faire et subir, agir, écrire pour ne pas subir : telle est sans doute la première leçon de George Sand, issue des circonstances et des héritages de sa naissance. Une leçon pour toute la vie. Une leçon qui demeure aujourdhui, pour éclairer la renaissance de lécrivain que nous redécouvrons grâce à lannée George Sand, grâce au bicentenaire… Oui, comme vient de nous y inviter le Président de la République, nous sommes ici pour célébrer une naissance et une renaissance.

Celle qui nétait pas encore George Sand naquit il y a deux cents ans, lannée du couronnement de Napoléon, lan XII de la République, Amantine, Lucile, Aurore Dupin. Elle fut autant et peut-être davantage, comme nous le dira tout à lheure Marcel Bozonnet en lisant quelques très belles pages de la monumentale Histoire de ma vie, enfant de sa mère, « une pauvre enfant du vieux pavé de Paris », que de son père, officier des armées de Napoléon et arrière-petit-fils du roi de Pologne.

« Le 5 juillet 1804, je vins au monde, mon père jouant du violon et ma mère ayant une jolie robe rose. Ce fut laffaire dun instant. » Voilà pour la naissance, à la date précise près, sans doute une erreur de transcription du calendrier révolutionnaire, car cétait plutôt un 1er juillet. Nous sommes le 3, soit entre le 1er et le 5, une date qui réconcilie lhistoire de létat civil et la mémoire de lécrivain.

« Nous faisons notre propre vie à certains égards ; à dautres égards nous subissons celle que nous font les autres ». Faire et subir, agir, écrire pour ne pas subir : telle est sans doute la première leçon de George Sand, issue des circonstances et des héritages de sa naissance. Une leçon pour toute la vie. Une leçon qui demeure aujourdhui, pour éclairer la renaissance de lécrivain que nous redécouvrons grâce à lannée George Sand, grâce au bicentenaire.

« Entendons ici la voix de George Sand : « La Vallée Noire cétait moi-même, cétait le cadre, le vêtement de ma propre existence ».

Aujourdhui, Nohant, comme Combourg pour Chateaubriand, est devenu un symbole, un défi, un univers qui reflète de façon intemporelle à la fois lâme et la vie du Berry et de George Sand.

Car Nohant est un creuset, de lhéritage, de la vie et de lœuvre de celle que nous célébrons aujourdhui.

Le fief de Nohant apparaît dans les archives dès le XIIIe siècle. Cest en 1793 que Mme Dupin de Francueil acquiert cette terre de deux cents hectares, divisée en quatre domaines, cette maison de maître datant du XVIIIe siècle et une ferme attenante au parc. La jeune Aurore hérite dès 1821 de cette maison où bien que née à Paris, elle a passé le plus clair de son enfance. Nohant, cest cette terre, cette maison, mais aussi tout le village, qui occupe une place privilégiée dans sa vie. Elle sy réfugie dans les moments décisifs et sy installe après léchec de la révolution de 1848.

La maison dès lors accueille une grande partie du XIXe siècle des arts, des lettres et de la politique. Cette même maison que nous connaissons aujourdhui et qui a subi peu de modifications extérieures, exception faite des grands baies vitrées ouvertes lors de laménagement de latelier de Maurice sous les combles. Maurice, le fils chéri de George Sand, qui lui ressemblait étrangement et fut tout à tour illustrateur, caricaturiste, peintre, marionnettiste, historien du théâtre, folkloriste, mais aussi archéologue, entomologiste, géologue, botaniste, et lui-même romancier et auteur dramatique, toutes activités marquées de lempreinte de sa mère qui laimait tant.
Cest Aurore, lune des filles de Maurice, qui légua, à sa mort en 1861, la maison et son parc à la Caisse nationale des monuments historiques et des sites.

Niché dans cette partie du Boischaut que lécrivain a poétiquement baptisé « Vallée noire » dans Valentine, le village de Nohant est présent dans plusieurs romans, en particulier ceux que lon dit « champêtres », auxquels on a longtemps réduit lœuvre de George Sand. Réduit non pas en raison de limportance mineure de ces œuvres, mais parce que lœuvre immense de George Sand, pour inspirée quelle ait été par la terre, les hommes et les femmes de son cher Berry, dépasse de beaucoup lhorizon de ce lieu où elle a habité au sens plein de ce terme, et où elle sest constamment ressourcée.

Car Nohant cest avant tout ce havre de paix où elle fuit les tracas et les salons de la capitale et où ses amis, qui sont nombreux, je vais y revenir, car George Sand avait le culte de lamitié, nhésitaient pas à la rejoindre dans laprès-midi, après avoir pris la Poste à Paris la veille à huit heures du matin et couché le soir à Orléans dans une auberge.

Aux très riches heures de ses plus brillants succès, elle passe ici des saisons entières, en ne se rendant à Paris quune ou deux fois par an, et toujours le moins possible, pour assister aux répétitions de ses pièces ou rencontrer ses éditeurs.

Nohant est un lieu de création. Chopin ne compose quà Nohant. A Paris, il nen a pas le loisir. Les étés qu il passe ici sont féconds.

Delacroix trouve ici aussi un climat propice à linspiration, comme beaucoup dautres peintres. Ainsi Lambert, ami de Maurice, arrivé en 1844, pour un mois de vacances à la campagne est toujours là, dix ans plus tard. Et crée, avec Maurice, et pour la plus grande joie de George, des villageois et des hôtes de Nohant, le fameux théâtre de marionnettes, dont la scène, les personnages et les costumes sont conservés ici.
A Nohant, la maîtresse de maison passe ses nuits à travailler ses romans. Cest ici quest née la plus grande part de son œuvre immense. Ici quelle déploie sa fantastique énergie et sa puissance de travail inégalée sans doute en son siècle, sauf peut-être par Balzac, le siècle du romantisme, le siècle de la littérature.
Une puissance de travail qui effraie presque. Ainsi Colette : « Comment diable sarrangeait George Sand ? Cette robuste ouvrière des lettres trouvait moyen de finir un roman, den commencer un autre dans la même heure. Elle nen perdait ni un amant, ni une bouffée de narghilé, sans préjudice dune Histoire de ma vie en vingt volumes, et jen tombe détonnement ».
Et quelle œuvre ! Une œuvre qui fait delle incontestablement lun des plus grands écrivains de son siècle, injustement méconnue par le siècle suivant et que lannée George Sand nous invite à redécouvrir et à reconnaître.
Une œuvre qui fit s exclamer Victor Hugo : « Cest un bien plus vrai mais plus puissant philosophe que certains bonshommes plus ou moins fameux du quart dheure que nous traversons ».
Car George Sand écrit, bien sûr, une œuvre multiforme : plus de quatre-vingts romans et nouvelles, et des dizaines de pièces de théâtre, et cette magnifique autobiographie, LHistoire de ma vie, et vingt-sept volumes de correspondances publiées. Au total, avec les contes et les nouvelles, et les plus significatifs parmi ses très nombreux articles critiques et politiques, on a recensé près de deux cent cinquante titres.

Je tiens à saluer la vitalité de lédition sandienne, vitalité de longue date, soutenue et dynamisée par les initiatives et lintérêt suscités par lannée George Sand.
« Jai un but, une tâche, disons le mot, une passion. Le métier décrire en est une violente et presque indestructible ». Cest ce quelle écrit en 1831 à lun de ses correspondants.

« Le véritable artiste – fait-elle dire à lacteur Teverino dans le roman éponyme – est celui qui a le sentiment de la vie, qui jouit de toutes choses, qui obéit à linspiration sans la raisonner, et qui aime tout ce qui est beau sans faire de catégories ». Les multiples facettes de son talent sont telles quelles saffranchissent des frontières entre les genres et les styles. Cest, sans doute, lun des aspects les plus puissants de la modernité de George Sand.

Il est vrai que si George Sand écrit, cest aussi quelle vit de sa plume. Il faut comprendre ce qu’étaient les Journaux et leurs « feuilletons ». Honoré de Balzac, Alexandre Dumas, George Sand sont, avec Eugène Sue, les quatre grands feuilletonistes du XIXe siècle. Cela signifie qu’ils doivent impérativement donner chaque semaine au Journal – qui en a besoin pour survivre – de la copie.

Nous connaissons les « plumes » d’Honoré de Balzac (je cite au passage le premier amant avoué de George Sand, Jules Sandeau, puisqu’ils s’aimèrent suffisamment pour qu’elle partage son nom), d’Alexandre Dumas, d’Eugène Sue. Il n’est pas certain que son public, chez Buloz, sût réellement qu’elle était une femme. Faubourg Saint-Germain, en revanche, cela était connu. Mais cela n’était pas le Paris de Sand, ni celui de ses lecteurs. Elle vit bien sur la rive gauche, mais c’est en 1832, donc à l’apogée du romantisme qu’elle reprend l’appartement du 19, quai Malaquais que son « patron » Latouche lui abandonne. Ce sera le célèbre salon bleu… passage obligé de tous les romantiques.

Nous savons tous aujourd’hui, grâce à Georges Lubin, son très fidèle biographe, dont nous fêtons également le centième anniversaire de la naissance à Ardentes, quel auteur prolifique elle fut.

Beaucoup de ses romans, il faut le reconnaître, sont sans doute assez difficiles à lire de nos jours. Pourtant, elle y a mis toujours une grande part d’elle-même. Valentine, Lélia et Consuelo, c’est elle. Mais aussi Edmée de Mauprat ou Thérèse Jacques. Elle trouva en elle une grande part de son inspiration, comme tous les romantiques et c’est pourquoi, paradoxalement elle s’entendit si bien avec Gustave Flaubert, son frère en littérature, lun de ses épistoliers favoris, lui qui sécria : « Madame Bovary, cest moi ! »

Sans doute put-elle exprimer dans ses romans ce qu’elle ne pouvait pas avouer au public des journaux qui lui allouaient sa subsistance.

DIndiana à Nanon, en passant par Consuelo, cest moins en termes de revendication que daffirmation que George Sand met en scène la liberté des femmes à disposer delles-mêmes et à simposer, à légal des hommes, sur la scène publique comme dans la sphère privée. Que ce soit dans le domaine des arts, des sciences ou de la politique, les héroïnes sandiennes prennent leur place dans lHistoire.

Car cest œuvre dhistorienne que fait aussi George Sand. Arrivée dans un monde bouleversé par la Révolution française, cest à partir de cet événement charnière quelle étudie et met en scène, dans ses plus grands romans, lhistoire des peuples, lhistoire des religions, lhistoire de la pensée : une histoire en mouvement quelle sattache à décrire pour la comprendre et pour agir ainsi sur lhistoire en devenir.

Historienne, elle est aussi paysagiste, géographe, ethnologue, anthropologue, et surtout, dans toute son œuvre, poète, au sens où elle lentend elle-même dans lune de ses œuvres qui me paraît

parmi les plus actuelles, les plus en résonance avec notre temps, les très belles Lettres dun voyageur : « Le poète aime le bien ; il a un sens particulier, cest le sens du beau. Quand ce développement de la faculté de voir, de comprendre et dadmirer ne sapplique quaux objets extérieurs, on nest quun artiste ; quand lintelligence va au-delà du sens pittoresque, quand lâme a des yeux comme le corps, quand elle sonde les profondeurs du monde idéal, la réunion des deux facultés fait le poète ; pour être vraiment poète, il faut donc être à la fois artiste et philosophe.

Cest là une magnifique combinaison organique pour atteindre à un bonheur contemplatif et solitaire. »

Le Président de la République a rappelé dans son message lactualité des valeurs qui traversent lœuvre et la vie de George Sand, des valeurs qui rayonnent et nous éclairent encore aujourdhui.

Parmi celles-ci, il en est une qui me tient particulièrement à cœur, cest léducation, léducation des filles et des garçons, des femmes et des hommes, quelles que soient leurs conditions. Ainsi écrit-elle dans Mauprat, roman de cape et dépée qui se situe dans le Berry des châteaux-forts, mais aussi roman déducation qui voit triompher lamour persévérant : « Léducation peut et doit trouver remède à tout ; là est le grand problème à résoudre, cest de trouver léducation qui convient à chaque être particulier. »

Quant aux romans « champêtres », il faut les relire pour se rendre compte quils contiennent bien plus que daimables historiettes pour la littérature enfantine. Ils sont eux aussi, porteurs de valeurs. Ainsi, La Mare au diable souvre sur la description dun tableau de Holbein en proposant un véritable manifeste pour lart, qui situe dune façon que je crois également très actuelle le projet de George Sand :

« Nous croyons que la mission de lart est une mission de sentiments et damour, que le roman daujourdhui devrait remplacer la parabole et lapologue des temps naïfs, et que lartiste a une tâche plus large et plus poétique (…). Son but devrait être de faire aimer les objets de sa sollicitude, et, au besoin, je ne lui ferais pas reproche de les embellir un peu. Lart nest pas une étude de la réalité positive ; cest une recherche de la vérité idéale. »

Cette vérité, George Sand la cherchée tout au long de sa vie et de son œuvre. Elle prend tout son sens aujourdhui, même si cet idéalisme fut critiqué, ô combien, par certains des plus illustres de ses contemporains : les jugements de Zola, Baudelaire, Barbey dAurevilly, entre autres, furent parfois très cruels, il est vrai compensés, en quelque sorte, par tous ceux qui prirent sa défense, avec Dumas fils, Taine, Renan, mais aussi Flaubert.

Parmi les pans de son œuvre les plus oubliés sur lesquels ce bicentenaire permet, depuis Nohant, lieu de leur conception, de jeter une lumière nouvelle, il y a ces pièces de théâtre, drames ou comédies, qui furent jouées sur les scènes parisiennes entre 1840 et 1870. Et dont certaines connurent un véritable triomphe.

Le théâtre a tenu dans la vie de George Sand une très grande place. Son premier essai, porté à la scène, fut un échec (Cosima) mais François Le Champi, tiré du roman du même nom un succès éclatant. A l’époque de François Le Champi (1849) le public était saturé des outrances du théâtre romantique et des scènes du « boulevard du crime ». Le grand succès de George Sand fut Le marquis de Villemer (1864) qu’Alexandre Dumas fils l’aida à boucler. Les « ficelles » du théâtre, il les connaissait encore mieux qu’elle… et il l’aimait d’amour filial.

L’intérêt constant de George Sand pour le théâtre s’exprime aussi bien dans les expériences de Comedia dell’arte faites sous son impulsion et celle de Frédéric Chopin que dans son abondante correspondance avec les metteurs en scène de l’époque (Bocage, Montigny) et surtout dans les nombreux romans où elle met en scène des acteurs, dont Consuelo. Je tiens à dire ici que les conceptions qu’elle expose sur l’art dramatique sont très en avance sur les idées de son temps.

Ainsi, en 1851, dans Claudie, pièce très largement censurée comme on peut le voir aujourd’hui sur le procès verbal de censure conservé aux Archives nationales, il était très courageux de porter à la scène la réhabilitation de ce que lon appelait à lépoque, et encore longtemps après, une « fille-mère ».

Vous connaissez les combats de George Sand, pour faire vivre les valeurs républicaines de liberté, dégalité et de fraternité. Des valeurs universelles pour des œuvres universelles.

Son influence marqua les écrivains du monde entier. De la Russie (pour Dostoievski, qui sinspira de Spiridion pour Les Frères Karamazov) aux Amériques (avec par exemple Henry James).

Son rayonnement sétend aujourdhui, comme en témoignent les nombreuses manifestations accueillies tout au long de cette année au Japon, au Brésil, au Congo (RDC), dont je suis heureux de saluer la Ministre de la culture, mais aussi en Suède et en Chine (où de nombreux ouvrages de Sand sont traduits, lun de ses textes figurant au programme des collèges chinois). Jouvrirai lundi lannée de la France en Chine et je suis très heureux que dans ce cadre un important colloque sandien se tienne à Canton au mois daoût.

Ce qui me paraît expliquer avant tout la résonance universelle de lœuvre de George Sand, cest quelle y a mis tout son talent, toute la force de sa plume, toute son énergie, au service d’une grande cause qui recoupe toutes les autres et qui demeure, ici et maintenant et dans le monde entier, un moteur de laction : la lutte contre les injustices.

C’est sans doute, au fond pour cela que nous l’aimons tant aujourd’hui, que nous lisons avec tant de plaisir ses meilleures pages, et surtout, je tiens à le dire, pour conclure, ses lettres, ses magnifiques lettres. Oui, c’est cette grande cause qui, au fond, nous rassemble ici à Nohant.

George Sand est un écrivain majeur jusque, et je serais tenté de dire surtout, dans ses Lettres dune vie, adressées à plus de deux mille correspondants où défilent tous les sentiments, toute la complexité de lâme humaine, et toute lhistoire du XIXe siècle. Une correspondance dune exceptionnelle qualité littéraire, qui demeurent un hymne à la création, à la richesse et à la diversité de la création. Un hymne qui est une source dinspiration permanente pour nous tous.

Et cest sur un seul bref passage de lune de ses lettres que je veux conclure cet hommage et vous inviter à mon tour, à la fête, à la musique quelle aimait tant, dans ce lieu où elle écrivit ces mots magnifiques :

« Vous savez si je respecte et si je défends le passé ; mais je crois être dans la vérité en constatant que le présent diffère essentiellement, et quil ne nous faut rien recommencer, rien copier, mais tout inventer et tout créer. » (Lettre à Armand Barbès, 14 mars 1849).

Je vous remercie.

Hommage national à George Sand à l’occasion du bicentenaire de sa naissance à Nohant

5 juillet 2004

Madame la Ministre,

Monsieur le Ministre,

Mesdames et Messieurs les présidentes et présidents,

Mesdames, Messieurs,

Chers amis de George Sand et de Nohant,

Oui, comme vient de nous y inviter le Président de la République, nous sommes ici pour
célébrer une naissance et une renaissance.

Celle qui n'était pas encore George Sand naquit il y a deux cents ans, l'année du
couronnement de Napoléon, l'an XII de la République, Amantine, Lucile, Aurore Dupin. Elle
fut autant et peut-être davantage, comme nous le dira tout à l'heure Marcel Bozonnet en
lisant quelques très belles pages de la monumentale Histoire de ma vie, enfant de sa mère,
"une pauvre enfant du vieux pavé de Paris", que de son père, officier des armées de
Napoléon et arrière-petit-fils du roi de Pologne.

"Le 5 juillet 1804, je vins au monde, mon père jouant du violon et ma mère ayant une jolie
robe rose. Ce fut l'affaire d'un instant." Voilà pour la naissance, à la date précise près, sans
doute une erreur de transcription du calendrier révolutionnaire, car c'était plutôt un 1er juillet.

Nous sommes le 3, soit entre le 1er et le 5, une date qui réconcilie l'histoire de l'état civil et la
mémoire de l'écrivain.

"Nous faisons notre propre vie à certains égards ; à d'autres égards nous subissons celle
que nous font les autres". Faire et subir, agir, écrire pour ne pas subir : telle est sans doute la
première leçon de George Sand, issue des circonstances et des héritages de sa naissance.

Une leçon pour toute la vie. Une leçon qui demeure aujourd'hui, pour éclairer la renaissance
de l'écrivain que nous redécouvrons grâce à l'année George Sand, grâce au bicentenaire.

Entendons ici la voix de George Sand : "La Vallée Noire c'était moi-même, c'était le cadre, le
vêtement de ma propre existence".

Aujourd'hui, Nohant, comme Combourg pour Chateaubriand, est devenu un symbole, un
défi, un univers qui reflète de façon intemporelle à la fois l'âme et la vie du Berry et de
George Sand.

Car Nohant est un creuset, de l'héritage, de la vie et de l'oeuvre de celle que nous célébrons
aujourd'hui.

Le fief de Nohant apparaît dans les archives dès le XIIIe siècle. C'est en 1793 que Mme
Dupin de Francueil acquiert cette terre de deux cents hectares, divisée en quatre domaines,
cette maison de maître datant du XVIIIe siècle et une ferme attenante au parc. La jeune
Aurore hérite dès 1821 de cette maison où bien que née à Paris, elle a passé le plus clair de
son enfance. Nohant, c'est cette terre, cette maison, mais aussi tout le village, qui occupe
une place privilégiée dans sa vie. Elle s'y réfugie dans les moments décisifs et s'y installe
après l'échec de la révolution de 1848.

La maison dès lors accueille une grande partie du XIXe siècle des arts, des lettres et de la
politique. Cette même maison que nous connaissons aujourd'hui et qui a subi peu de
modifications extérieures, exception faite des grands baies vitrées ouvertes lors de
l'aménagement de l'atelier de Maurice sous les combles. Maurice, le fils chéri de George
Sand, qui lui ressemblait étrangement et fut tout à tour illustrateur, caricaturiste, peintre,
marionnettiste, historien du théâtre, folkloriste, mais aussi archéologue, entomologiste,
géologue, botaniste, et lui-même romancier et auteur dramatique, toutes activités marquées
de l'empreinte de sa mère qui l'aimait tant.

C'est Aurore, l'une des filles de Maurice, qui légua, à sa mort en 1861, la maison et son parc
à la Caisse nationale des monuments historiques et des sites.

Niché dans cette partie du Boischaut que l'écrivain a poétiquement baptisé "Vallée noire"
dans Valentine, le village de Nohant est présent dans plusieurs romans, en particulier ceux
que l'on dit "champêtres", auxquels on a longtemps réduit l'oeuvre de George Sand. Réduit
non pas en raison de l'importance mineure de ces oeuvres, mais parce que l'oeuvre immense
de George Sand, pour inspirée qu'elle ait été par la terre, les hommes et les femmes de son
cher Berry, dépasse de beaucoup l'horizon de ce lieu où elle a habité au sens plein de ce
terme, et où elle s'est constamment ressourcée.

Car Nohant c'est avant tout ce havre de paix où elle fuit les tracas et les salons de la capitale
et où ses amis, qui sont nombreux, je vais y revenir, car George Sand avait le culte de
l'amitié, n'hésitaient pas à la rejoindre dans l'après-midi, après avoir pris la Poste à Paris la
veille à huit heures du matin et couché le soir à Orléans dans une auberge.

Aux très riches heures de ses plus brillants succès, elle passe ici des saisons entières, en ne
se rendant à Paris qu'une ou deux fois par an, et toujours le moins possible, pour assister
aux répétitions de ses pièces ou rencontrer ses éditeurs.

Nohant est un lieu de création. Chopin ne compose qu'à Nohant. A Paris, il n'en a pas le
loisir. Les étés qu' il passe ici sont féconds.

Delacroix trouve ici aussi un climat propice à l'inspiration, comme beaucoup d'autres
peintres. Ainsi Lambert, ami de Maurice, arrivé en 1844, pour un mois de vacances à la
campagne est toujours là, dix ans plus tard. Et crée, avec Maurice, et pour la plus grande
joie de George, des villageois et des hôtes de Nohant, le fameux théâtre de marionnettes,
dont la scène, les personnages et les costumes sont conservés ici.

A Nohant, la maîtresse de maison passe ses nuits à travailler ses romans. C'est ici qu'est
née la plus grande part de son oeuvre immense. Ici qu'elle déploie sa fantastique énergie et
sa puissance de travail inégalée sans doute en son siècle, sauf peut-être par Balzac, le
siècle du romantisme, le siècle de la littérature.

Une puissance de travail qui effraie presque. Ainsi Colette : "Comment diable s'arrangeait
George Sand ? Cette robuste ouvrière des lettres trouvait moyen de finir un roman, d'en
commencer un autre dans la même heure. Elle n'en perdait ni un amant, ni une bouffée de
narghilé, sans préjudice d'une Histoire de ma vie en vingt volumes, et j'en tombe
d'étonnement".

Et quelle oeuvre ! Une oeuvre qui fait d'elle incontestablement l'un des plus grands écrivains
de son siècle, injustement méconnue par le siècle suivant et que l'année George Sand nous
invite à redécouvrir et à reconnaître.

Une oeuvre qui fit s' exclamer Victor Hugo : "C'est un bien plus vrai mais plus puissant
philosophe que certains bonshommes plus ou moins fameux du quart d'heure que nous
traversons".

Car George Sand écrit, bien sûr, une oeuvre multiforme : plus de quatre-vingts romans et
nouvelles, et des dizaines de pièces de théâtre, et cette magnifique autobiographie,
L'Histoire de ma vie, et vingt-sept volumes de correspondances publiées. Au total, avec les
contes et les nouvelles, et les plus significatifs parmi ses très nombreux articles critiques et
politiques, on a recensé près de deux cent cinquante titres.

Je tiens à saluer la vitalité de l'édition sandienne, vitalité de longue date, soutenue et
dynamisée par les initiatives et l'intérêt suscités par l'année George Sand.

"J'ai un but, une tâche, disons le mot, une passion. Le métier d'écrire en est une violente et
presque indestructible". C'est ce qu'elle écrit en 1831 à l'un de ses correspondants.

"Le véritable artiste – fait-elle dire à l'acteur Teverino dans le roman éponyme – est celui qui a
le sentiment de la vie, qui jouit de toutes choses, qui obéit à l'inspiration sans la raisonner, et
qui aime tout ce qui est beau sans faire de catégories". Les multiples facettes de son talent
sont telles qu'elles s'affranchissent des frontières entre les genres et les styles. C'est, sans
doute, l'un des aspects les plus puissants de la modernité de George Sand.

Il est vrai que si George Sand écrit, c'est aussi qu'elle vit de sa plume. Il faut comprendre ce
qu’étaient les Journaux et leurs « feuilletons ». Honoré de Balzac, Alexandre Dumas, George
Sand sont, avec Eugène Sue, les quatre grands feuilletonistes du XIXe siècle. Cela signifie
qu’ils doivent impérativement donner chaque semaine au Journal – qui en a besoin pour
survivre – de la copie.

Nous connaissons les « plumes » d’Honoré de Balzac (je cite au passage le premier amant
avoué de George Sand, Jules Sandeau, puisqu’ils s’aimèrent suffisamment pour qu’elle
partage son nom), d’Alexandre Dumas, d’Eugène Sue. Il n’est pas certain que son public,
chez Buloz, sût réellement qu’elle était une femme. Faubourg Saint-Germain, en revanche,
cela était connu. Mais cela n’était pas le Paris de Sand, ni celui de ses lecteurs. Elle vit bien
sur la rive gauche, mais c’est en 1832, donc à l’apogée du romantisme qu’elle reprend
l’appartement du 19, quai Malaquais que son « patron » Latouche lui abandonne. Ce sera le
célèbre salon bleu… passage obligé de tous les romantiques.

Nous savons tous aujourd’hui, grâce à Georges Lubin, son très fidèle biographe, dont nous
fêtons également le centième anniversaire de la naissance à Ardentes, quel auteur prolifique
elle fut.

Beaucoup de ses romans, il faut le reconnaître, sont sans doute assez difficiles à lire de nos
jours. Pourtant, elle y a mis toujours une grande part d’elle-même. Valentine, Lélia et
Consuelo, c’est elle. Mais aussi Edmée de Mauprat ou Thérèse Jacques. Elle trouva en elle
une grande part de son inspiration, comme tous les romantiques et c’est pourquoi,
paradoxalement elle s’entendit si bien avec Gustave Flaubert, son frère en littérature, l'un de
ses épistoliers favoris, lui qui s'écria : "Madame Bovary, c'est moi !"

Sans doute put-elle exprimer dans ses romans ce qu’elle ne pouvait pas avouer au public
des journaux qui lui allouaient sa subsistance.

D'Indiana à Nanon, en passant par Consuelo, c'est moins en termes de revendication que
d'affirmation que George Sand met en scène la liberté des femmes à disposer d'elles-mêmes
et à s'imposer, à l'égal des hommes, sur la scène publique comme dans la sphère privée.

Que ce soit dans le domaine des arts, des sciences ou de la politique, les héroïnes
sandiennes prennent leur place dans l'Histoire.

Car c'est oeuvre d'historienne que fait aussi George Sand. Arrivée dans un monde
bouleversé par la Révolution française, c'est à partir de cet événement charnière qu'elle
étudie et met en scène, dans ses plus grands romans, l'histoire des peuples, l'histoire des
religions, l'histoire de la pensée : une histoire en mouvement qu'elle s'attache à décrire pour
la comprendre et pour agir ainsi sur l'histoire en devenir.

Historienne, elle est aussi paysagiste, géographe, ethnologue, anthropologue, et surtout,
dans toute son oeuvre, poète, au sens où elle l'entend elle-même dans l'une de ses oeuvres
qui me paraît parmi les plus actuelles, les plus en résonance avec notre temps, les très
belles Lettres d'un voyageur : "Le poète aime le bien ; il a un sens particulier, c'est le sens du
beau. Quand ce développement de la faculté de voir, de comprendre et d'admirer ne
s'applique qu'aux objets extérieurs, on n'est qu'un artiste ; quand l'intelligence va au-delà du
sens pittoresque, quand l'âme a des yeux comme le corps, quand elle sonde les profondeurs
du monde idéal, la réunion des deux facultés fait le poète ; pour être vraiment poète, il faut
donc être à la fois artiste et philosophe.

C'est là une magnifique combinaison organique pour atteindre à un bonheur contemplatif et
solitaire."

Le Président de la République a rappelé dans son message l'actualité des valeurs qui
traversent l'oeuvre et la vie de George Sand, des valeurs qui rayonnent et nous éclairent
encore aujourd'hui.

Parmi celles-ci, il en est une qui me tient particulièrement à coeur, c'est l'éducation,
l'éducation des filles et des garçons, des femmes et des hommes, quelles que soient leurs
conditions. Ainsi écrit-elle dans Mauprat, roman de cape et d'épée qui se situe dans le Berry
des châteaux-forts, mais aussi roman d'éducation qui voit triompher l'amour persévérant :
"L'éducation peut et doit trouver remède à tout ; là est le grand problème à résoudre, c'est de
trouver l'éducation qui convient à chaque être particulier."

Quant aux romans "champêtres", il faut les relire pour se rendre compte qu'ils contiennent
bien plus que d'aimables historiettes pour la littérature enfantine. Ils sont eux aussi, porteurs
de valeurs. Ainsi, La Mare au diable s'ouvre sur la description d'un tableau de Holbein en
proposant un véritable manifeste pour l'art, qui situe d'une façon que je crois également très
actuelle le projet de George Sand :
"Nous croyons que la mission de l'art est une mission de sentiments et d'amour, que le
roman d'aujourd'hui devrait remplacer la parabole et l'apologue des temps naïfs, et que
l'artiste a une tâche plus large et plus poétique (…). Son but devrait être de faire aimer les
objets de sa sollicitude, et, au besoin, je ne lui ferais pas reproche de les embellir un peu.

L'art n'est pas une étude de la réalité positive ; c'est une recherche de la vérité idéale."

Cette vérité, George Sand l'a cherchée tout au long de sa vie et de son oeuvre. Elle prend
tout son sens aujourd'hui, même si cet idéalisme fut critiqué, ô combien, par certains des
plus illustres de ses contemporains : les jugements de Zola, Baudelaire, Barbey d'Aurevilly,
entre autres, furent parfois très cruels, il est vrai compensés, en quelque sorte, par tous ceux
qui prirent sa défense, avec Dumas fils, Taine, Renan, mais aussi Flaubert.

Parmi les pans de son oeuvre les plus oubliés sur lesquels ce bicentenaire permet, depuis
Nohant, lieu de leur conception, de jeter une lumière nouvelle, il y a ces pièces de théâtre,
drames ou comédies, qui furent jouées sur les scènes parisiennes entre 1840 et 1870. Et
dont certaines connurent un véritable triomphe.

Le théâtre a tenu dans la vie de George Sand une très grande place. Son premier essai,
porté à la scène, fut un échec (Cosima) mais François Le Champi, tiré du roman du même
nom un succès éclatant. A l’époque de François Le Champi (1849) le public était saturé des
outrances du théâtre romantique et des scènes du « boulevard du crime ». Le grand succès
de George Sand fut Le marquis de Villemer (1864) qu’Alexandre Dumas fils l’aida à boucler.

Les « ficelles » du théâtre, il les connaissait encore mieux qu’elle… et il l’aimait d’amour filial.

L’intérêt constant de George Sand pour le théâtre s’exprime aussi bien dans les expériences
de Comedia dell’arte faites sous son impulsion et celle de Frédéric Chopin que dans son
abondante correspondance avec les metteurs en scène de l’époque (Bocage, Montigny) et
surtout dans les nombreux romans où elle met en scène des acteurs, dont Consuelo. Je
tiens à dire ici que les conceptions qu’elle expose sur l’art dramatique sont très en avance
sur les idées de son temps.

Ainsi, en 1851, dans Claudie, pièce très largement censurée comme on peut le voir
aujourd’hui sur le procès verbal de censure conservé aux Archives nationales, il était très
courageux de porter à la scène la réhabilitation de ce que l'on appelait à l'époque, et encore
longtemps après, une "fille-mère".

Vous connaissez les combats de George Sand, pour faire vivre les valeurs républicaines de
liberté, d'égalité et de fraternité. Des valeurs universelles pour des oeuvres universelles.

Son influence marqua les écrivains du monde entier. De la Russie (pour Dostoievski, qui
s'inspira de Spiridion pour Les Frères Karamazov) aux Amériques (avec par exemple Henry
James).

Son rayonnement s'étend aujourd'hui, comme en témoignent les nombreuses manifestations
accueillies tout au long de cette année au Japon, au Brésil, au Congo (RDC), dont je suis
heureux de saluer la Ministre de la culture, mais aussi en Suède et en Chine (où de
nombreux ouvrages de Sand sont traduits, l'un de ses textes figurant au programme des
collèges chinois). J'ouvrirai lundi l'année de la France en Chine et je suis très heureux que
dans ce cadre un important colloque sandien se tienne à Canton au mois d'août.

Ce qui me paraît expliquer avant tout la résonance universelle de l'oeuvre de George Sand,
c'est qu'elle y a mis tout son talent, toute la force de sa plume, toute son énergie, au service
d’une grande cause qui recoupe toutes les autres et qui demeure, ici et maintenant et dans
le monde entier, un moteur de l'action : la lutte contre les injustices.

C’est sans doute, au fond pour cela que nous l’aimons tant aujourd’hui, que nous lisons avec
tant de plaisir ses meilleures pages, et surtout, je tiens à le dire, pour conclure, ses lettres,
ses magnifiques lettres. Oui, c’est cette grande cause qui, au fond, nous rassemble ici à
Nohant.

George Sand est un écrivain majeur jusque, et je serais tenté de dire surtout, dans ses
Lettres d'une vie, adressées à plus de deux mille correspondants où défilent tous les
sentiments, toute la complexité de l'âme humaine, et toute l'histoire du XIXe siècle. Une
correspondance d'une exceptionnelle qualité littéraire, qui demeurent un hymne à la création,
à la richesse et à la diversité de la création. Un hymne qui est une source d'inspiration
permanente pour nous tous.

Et c'est sur un seul bref passage de l'une de ses lettres que je veux conclure cet hommage
et vous inviter à mon tour, à la fête, à la musique qu'elle aimait tant, dans ce lieu où elle
écrivit ces mots magnifiques :
"Vous savez si je respecte et si je défends le passé ; mais je crois être dans la vérité en
constatant que le présent diffère essentiellement, et qu'il ne nous faut rien recommencer,
rien copier, mais tout inventer et tout créer." (Lettre à Armand Barbès, 14 mars 1849).

Je vous remercie.

Conférence de presse de présentation de l'Année de la France en Chine

5 juillet 2004

Madame la Ministre,

Monsieur le Ministre, Cher Michel,

Messieurs les Présidents,

Mesdames et Messieurs, Chers amis,

Michel Barnier vient de rappeler combien le feu d’artifice de
Versailles, vendredi dernier, fut non seulement l’acte de clôture
de l’année de la Chine en France, un hommage magnifique à
l’art pyrotechnique inventé par les Chinois, et que les Français
aiment tant, mais encore une invitation à prolonger l’année de
la France en Chine par l’année de la Chine en France.

L’Europe et la France ont besoin de la Chine. Et la Chine, j’en
suis profondément convaincu, entre en résonance, plus que
jamais aujourd’hui, avec le message de la France et de
l’Europe. Un message de paix et d’harmonie entre les peuples.
Un message fondé sur la culture.

Pourquoi ce message croisé est-il si nécessaire aujourd’hui ?
Parce qu’avec la mondialisation, nous sommes entrés dans
l’ère d’une civilisation véritablement mondiale, où le dialogue
des cultures, un dialogue vivant, que la France et la Chine
nourrissent, retentit plus que jamais, pour accompagner le
développement des échanges économiques et sociaux.

La France et la Chine, par leur histoire, par leur attachement à
ce dialogue, sont à même aujourd’hui d’apporter le plus
harmonieux démenti à tous les tenants du « choc des civilisations ». Parce que leur identité est enracinée dans la
culture, une culture de l’être et des lettres, un goût commun
pour la sagesse, qui dessine les formes communes de
l’humanité.

La culture est au coeur de ces années croisées, parce qu’elle
est au coeur des échanges entre nos civilisations depuis des
siècles.

Depuis Marco Polo, l’Europe connaît la tentation de l’Orient,
parce qu’elle a voulu connaître les promesses d’une très riche
et très ancienne civilisation : des premiers Jésuites, jusqu’à nos
jeunes étudiants, de plus en plus nombreux à se familiariser
avec la langue et la culture chinoise, en passant par Claudel,
Segalen, Etiemble ou nos érudits contemporains, comme le
philosophe François Jullien, c’est un immense mouvement,
multiséculaire, qui porte la France vers une meilleure
compréhension de la Chine.

La « Tentation de l’occident » dont mon illustre prédécesseur
André Malraux a fait l’un des combats de sa vie, aux côtés du
général de Gaulle, – « l’homme qui, sur le terrible sommeil de
mon pays, en maintint l’honneur comme un invincible songe » –
se nourrit de cette interrogation permanente de notre monde,
par le questionnement ininterrompu de la culture et de l’esprit.

Un questionnement qui a contribué à l’émergence de valeurs
universelles à travers des formes d’une étonnante richesse.

Des valeurs de création. Des valeurs de diversité. Des valeurs
d’intelligence. Des valeurs qui contribuent à diffuser une culture
riche de son histoire et de son rayonnement dans le monde
entier. Des valeurs profondément humaines, qui dessinent un
art de vivre en paix .

La France est une terre d’accueil pour une diaspora chinoise
qui a contribué aux échanges et au dialogue entre les
continents.

Il y a, entre la France et la Chine, des liens humains privilégiés,
tissés tout au long de l’histoire. Des liens fondés sur la culture.

Des liens que l’année de la France en Chine nous permet de
prolonger et de fortifier.

Je souhaite de tout coeur que cette année intensifie notre
dialogue et nos échanges et permette à un nombre toujours
plus grand de Chinois de découvrir la France, comme nos
compatriotes sont de plus en plus nombreux à découvrir la
Chine.

Comme l’a rappelé le président Jacques Chirac en recevant
pour le nouvel an chinois M. Hu Jintao, président de la
République populaire de Chine, le général de Gaulle a inscrit, il
y a quarante ans, nos relations dans le temps long de l’histoire
et de la culture. Une histoire exceptionnelle à l’échelle du
monde. Une culture qui dessine un avenir commun. Rares sont
les pays au monde qui partagent cette conscience du temps,
cette conscience d’une histoire et d’une culture qui sont la
source de leur identité. Une identité porteuse, je l’ai dit, d’un
message universel.

Nous savions que les Français aiment la Chine. Le succès
populaire des manifestations organisées lors de l’année de la
Chine en France nous en a apporté une nouvelle preuve
éclatante.

Aujourd’hui, je souhaite que l’année de la France en Chine
continue à faire vivre la rencontre entre nos civilisations et
permette aux Chinois d’apprécier tout ce que peut offrir, dans
tous les domaines, la France d’aujourd’hui.

C’est à travers la culture que nous apprenons à nous connaître
et je souhaite que la Chine apprenne à connaître ce que nous
produisons de plus ingénieux, car c’est la culture qui nous rend
inventif, dans tous les domaines, qu’il s’agisse de l’aérospatial,
de l’énergie, de l’aéronautique, de l’automobile, des services
aussi divers que le traitement de l’eau ou la banque, ou de toutes les facettes d’un luxe qui est au fond, une expression de
notre art de vivre.

Toutes les entreprises et les institutions engagées dans les
réalisations de cette année vont se mobiliser pour que l’année
de la France en Chine égale l’immense succès de l’année de la
Chine en France.

Je tiens à leur dire du fond du coeur un très grand merci.

Grâce à elles, notre pays présentera en Chine toutes les
facettes de son esprit créateur, qui inspire depuis toujours ses
artistes comme ses savants et ses ingénieurs, et qui est à
l’origine de notre patrimoine artistique comme de nos grandes
réalisations scientifiques et technologiques.

Le grand concert de Jean-Michel Jarre à la Cité interdite,
l’unique équivalent, en quelque sorte, de Versailles dans le
monde, et le grand pique-nique sur la Grande Muraille, le seul
édifice humain visible de la lune, sont les deux événements
phares qui feront de l’Année de la France en Chine d’abord
une grande fête.

L’Université de tous les savoirs, l’exposition scientifique en
cours de préparation, l’ouverture d’un Institut Pasteur, et
l’ouverture d’un institut technologique franco-chinois à
Shanghai feront de cette grande fête de la culture aussi une
grande fête de la science, du savoir et de l’innovation. Car la
France et la Chine partagent cette passion de la découverte qui
est la source des grands progrès de l’esprit humain.

Oui, la culture est un héritage. Elle est aussi création et
invention.

Ces trois piliers de la culture seront au coeur de l’année de la
France en Chine.

Parmi les lumières de notre héritage qui ont contribué à
changer la perception du monde, je tiens à mettre l’accent sur
la grande exposition impressionniste préparée par le Musée
d’Orsay, la première de ce type jamais présentée en Chine.

Cette exposition verra des chefs d’oeuvre de la peinture
française quitter notre pays pour la première fois . C’est tout à
fait exceptionnel et je tiens à le souligner. Il s’agit là du pendant
de l’exposition présentée au grand palais sur les montagnes
célestes, les peintures de montagnes et d’eaux, les peintures
de paysages, associées à de très belles calligraphies, qui ont
connu un fantastique succès et qui ont permis au public
français de découvrir pour la première fois à Paris des pièces
qui n’avaient jamais quitté la Cité interdite.

Cette exposition bénéficie du mécénat du groupe Louis Vuitton
Moët Hennessy, que je tiens à remercier pour son engagement.

Une autre exposition exceptionnelle sera consacrée à Louis
XIV. Préparée par le château de Versailles, elle sera présentée
à Pékin en réciprocité de l’exposition qui a connu un grand
succès à sur le grand empereur contemporain de notre Roi
soleil, Kangxi [Kang Hsi].

Une très belle exposition d’oeuvres contemporaines du Centre
Pompidou sera également proposée au public chinois.

Elle sera complétée par une grande exposition sur le design et
la création industrielle, ainsi que par une exposition sur
l’architecture française contemporaine et par une exposition
permettant une visite virtuelle de Paris et des régions
françaises, destinée à un très large public, dont je souhaite qu’il
puisse venir en France poursuivre cette première visite. Oui,
bienvenue en France : « huan ying » !

La France participera aux grands rendez-vous qui rythment
l’année culturelle en Chine, pour faire partager la vitalité de sa
création et de ses talents : ainsi lors de la Biennale de l’architecture de Pékin, de la Biennale d’art contemporain de
Shanghai, du Festival de musique de Pékin ou du Festival
international des Arts de Shanghai.

Parmi les temps forts du spectacle vivant, à Shanghai, le
Théâtre du Châtelet présentera pour la première fois un opéra
baroque en Chine, la très belle production des Paladins de
Rameau avec les Arts Florissants. L’Orchestre de Paris jouera
Dutilleux et Ravel dans quatre villes chinoises. Plusieurs
coproductions sont prévues dans les domaines de la danse, de
l’opéra et du théâtre. Un festival de musiques actuelles sera
présenté à Pékin.

Ministre de la culture et de la communication, je suis enfin très
heureux que l’année de la France en Chine permette aussi de
jeter des ponts entre toutes les formes d’expression artistique
et l’audiovisuel qui permet de les mettre en valeur auprès d’un
très large public.

Je pense en particulier aux festivals de cinéma, en plein air
notamment, et à la présentation sur les télévisions chinoises
d’un grand nombre d’émissions françaises ou sur la France.

Comme l’année de la Chine en France, l’année de la France en
Chine sera placée sous le signe de la diversité. Diversité chère
à nos deux pays et où nos traditions respectives rejoignent nos
ardeurs créatives.

L’un de nos poètes les plus amoureux et les plus respectueux
de la Chine, Victor Segalen, la nommait « l’empire du Divers ».
Jamais le monde n’a autant qu’aujourd’hui été menacé
d’uniformité. Jamais sans doute le monde n’a eu autant besoin
de l’engagement de la France et de la Chine en faveur de la
diversité de la culture et de la création.

Puisse cette année être une très belle célébration de la
diversité, à faire partager au monde entier !

Je vous remercie.

Donnedieu de Vabres lance une journée antipiratage en Europe

5 juillet 2004

Renaud Donnedieu de Vabres lance lidée dune grande journée européenne de la culture consacrée au téléchargement légal des œuvres sur Internet. Il appelle à la mobilisation générale de tous artistes, comédiens comme chanteurs. Le ministre de la Culture et de la Communication entend convier tous les protagonistes, fournisseurs daccès à Internet, interprètes et ayants droit à une grande réunion de concertation et de rassemblement le 15 juillet prochain. Dans cette affaire, le ministre nentend pas dissocier le monde de la musique et celui du cinéma. Renaud Donnedieu de Vabres pense même convier les pirates à ces réunions. Pour lui, la défense des œuvres ne doit pas donner lieu à une fracture avec le monde de la jeunesse… Le Figaro : La table ronde du 15 juillet prochain va-t-elle permettre de dénouer le conflit qui oppose les fournisseurs daccès aux ayants droit sur le principe du téléchargement illicite des œuvres sur Internet?

Renaud Donnedieu de Vabres : Cest une rencontre essentielle qui doit mettre chacun des partenaires de la musique et du cinéma devant ses responsabilités. Je souhaite quau terme de cette réunion un calendrier précis, de sensibilisation et de mesures coercitives, soit décidé. Cette réunion réunira lensemble des partenaires, quil sagisse des fournisseurs daccès, des producteurs, des distributeurs, des interprètes et bien évidemment des consommateurs, que lon ne saurait oublier. En fin de course, il ne faut jamais oublier que cest deux quil sagit. Je nexclus pas, puisque cela ne sera pas la dernière réunion de concertation, quà un moment ou à un autre de nos rencontres, nous invitions à notre réflexion un certain nombre de jeunes pirates pour avoir, avec eux, des discussions directes et franches afin quils mesurent les enjeux de la crise. Je sollicite leur participation pour quils sassocient à notre démarche et réfléchissent, avec nous, à la nécessaire mobilisation.

Le Figaro : Pourquoi est-il nécessaire dassocier à une même réunion le monde de la musique, celui de laudiovisuel et du cinéma?

RDDV : Dans cette affaire, il sagit toujours du même combat, la défense de la création et de tous ceux et toutes celles qui concourent à la liberté artistique dans le domaine de la musique comme du cinéma. Ce que nous voulons obtenir, cest le maintien de la diversité culturelle et de la création. Si nous laissons les choses empirer, ce sont des pans entiers de musique ou de cinéma qui disparaîtront avec limpossibilité pour les plus petits pays, les plus fragiles, de continuer à rayonner. Cest une question essentielle de respect concret de la diversité culturelle.

Le Figaro : Les fournisseurs daccès ont-ils pris conscience du fait que les œuvres fournies gratuitement sur la Toile sont des produits dappel pour commercialiser leurs produits?

RDDV : Cette prise de conscience par les fournisseurs daccès est insuffisante. La question du prix est essentielle pour le téléchargement légal et il ne faut pas quon soriente vers un progrès qui serait, en fait, une forme nouvelle de dumping. La responsabilité des fournisseurs daccès, sans les désigner comme boucs émissaires, est primordiale. Si on veut penser à lusager, ce qui est mon cas, il faut développer linter-opérabilité cest-à-dire que, sans aucune restriction technique, lensemble des catalogues soit disponible pour lensemble des publics. Il ne faut pas quà travers le maillage des normes techniques un nouveau protectionnisme se développe.

Le Figaro : La crise de la musique est-elle directement liée à celle de son prix?

RDDV : Ce nest pas le prix qui pose problème; cest la gratuité totale qui détruit, je le répète, la création et la diversité culturelle. Celle-ci ne cesse de samenuiser. Quand un amateur de musique achète un des tubes du Top 50, il faut aussi quil se soucie de ceux qui veulent avoir accès à des formes de musique, à des genres différents. On ne peut pas réduire la panoplie des titres proposés au public à quelques références seulement.

Le Figaro : Est-ce que, dans ce cas, la baisse de la TVA peut résoudre la crise?

RDDV : Jai reçu mission du gouvernement de défendre à Bruxelles la baisse de la TVA, devant la commission et mes collègues de la Culture européenne, le 13 juillet à Rotterdam. Je sais pouvoir compter pour ce dossier sur le soutien actif de mon collègue ministre dEtat, ministre de lEconomie et des Finances. Je rappelle que la décision doit être prise à lunanimité par les pays membres de lUnion européenne.

Le Figaro : Ladoption du filtrage des œuvres sur Internet est-elle la seule exigence qui puisse actuellement satisfaire le monde de la musique?

RDDV: Le filtrage des œuvres sur Internet fera naturellement lobjet dune discussion entre toutes les partenaires le 15 juillet prochain. Ce qui importe avant tout, cest quil puisse y avoir une offre alternative payante permettant au public davoir accès sur Internet à tous les catalogues musicaux. Sans exception. Je souhaite et je vais essayer dobtenir que le même jour, dans tous les pays de lUnion européenne, il y ait un événement mettant en lumière, pays par pays, loffre légale payante. Je ne suis pas un censeur, je ne suis pas un castrateur, quelquun qui veut priver laccès à la création. Je veux au contraire la garantir et loffrir de manière responsable au public. Si dans un même lieu toutes les offres légales payantes sont mises en valeur de façon intelligente, il y aura une sorte de choc électrique et nous démontrerons que ceux qui défendent les œuvres ne sont pas des gens qui veulent priver laccès à la culture de nos jeunes concitoyens. Pour cette opération, je souhaite bénéficier du concours actif de lensemble des artistes, interprètes, musiciens, acteurs et techniciens.

Donnedieu de Vabres "confiant" dans la bonne tenue du festival d'Avignon

5 juillet 2004

Le ministre de la Culture et de la Communication, Renaud Donnedieu de Vabres, sest déclaré samedi soir « confiant » dans la bonne tenue du festival dAvignon tandis quun représentant de la CGT a assuré quil ny avait pas de « menace » sur la manifestation… Le ministre de la Culture et de la Communication, Renaud Donnedieu de Vabres, sest déclaré samedi soir « confiant » dans la bonne tenue du festival dAvignon tandis quun représentant de la CGT a assuré quil ny avait pas de « menace » sur la manifestation.

Le ministre était à Avignon pour inaugurer la 58ème édition de ce festival, deuxième au monde après celui dEdimbourg (Ecosse).

Lan dernier, il avait été annulé – au grand dam notamment des commerçants de la ville – en raison du mouvement des intermittents du spectacle qui protestaient contre la réforme dindemnisation du chômage. Cétait la première fois que cette manifestation, créée en 1947 par Jean Vilar, était annulée.

« Jai voulu rappeler les engagements tenus par le gouvernement dans ce dossier des intermittents comme le dispositif durgence entré en vigueur et la désignation dun expert. Maintenant, il faut bâtir un nouveau système qui permette à chacun » de vivre et de travailler, a dit le ministre à la presse après sêtre entretenu avec une délégation dintermittents, à la Maison Jean Vilar, au centre-ville.

« Je souhaite un grand festival 2004 avec un maximum de public et un maximum de discussions », a-t-il ajouté en précisant quil reviendra à deux reprises en juillet dans lancienne capitale des Papes.

Pour sa part, Yvan Romeuf, de la CGT Spectacle, qui faisait partie de la délégation, a assuré quil « ny avait pas de menace sur le festival. Nous nappelons pas à la grève mais seulement à une manifestation le 9 juillet » pour demander le retrait du protocole daccord réformant le régime dassurance chômage des intermittents.

Des débats seront organisés pendant la durée du festival sur des thèmes comme « une réforme pour sortir de la crise » ou « le statut du travail salarié dans le spectacle ».

Linauguration samedi, par un spectacle de rue, est assez formelle puisque les représentations commencent pour la plupart jeudi. « On voulait débuter en douceur, partager la fête avec les Avignonnais », a expliqué Vincent Baudriller, qui co-dirige le festival (avec Hortense Archambault) pour la première fois. La manifestation, axée cette année sur la création théâtrale et chorégraphique européenne, notamment allemande, se termine le 27 juillet.

Le spectacle inaugural, qui a commencé peu après 22HOO et devait durer 90 minutes, est assuré par le collectif lyonnais KomplexKapharnaüM, qui convie le public à un « spectacle de rue-vidéo », invitant les citadins « à se réapproprier les rues, lors de déambulations festives, inventives et oniriques ».

Le budget de lédition 2004 se monte à 9,26 millions deuros, dont 62% de subventions publiques et 38% de recettes propres.

Bicentenaire de George Sand: commémoration champêtre à Nohant

5 juillet 2004

Renaud Donnedieu de Vabres, a rendu un hommage national à ce monument de la littérature du XIXe siècle, quelque peu oublié au XXe, mais qui semble connaître un retour en grâce à la faveur de ce bicentenaire. La commémoration du bicentenaire de la naissance de George Sand a eu un caractère très champêtre samedi à Nohant (Indre) dans lancien domaine de la femme de Lettres, qui fut au centre de la vie littéraire, artistique et politique de son temps.

En fin de matinée, dans la cour de la célèbre demeure devenue propriété dEtat, le ministre de la Culture, Renaud Donnedieu de Vabres, a rendu un hommage national à ce monument de la littérature du XIXe siècle, quelque peu oublié au XXe, mais qui semble connaître un retour en grâce à la faveur de ce bicentenaire.

« Nous sommes ici pour célébrer une naissance et une renaissance », a déclaré le ministre, qui a dabord lu un message du président Jacques Chirac louant les mérites dun « être exceptionnel, être denthousiasme et de passion, être de lumière et de combat dont loeuvre et la vie ont éclairé son temps et continuent dinspirer le nôtre ».

Le ministre de la Culture est allé se recueillir sur la tombe de George Sand, dans un coin du jardin du domaine transformé en cimetière familial, où ont été enterrés également ses enfants et petits-enfants.

George Sand, décédée en 1876, repose depuis dans son jardin. Un éventuel transfert de ses cendres au Panthéon, où ne repose quune seule femme – la scientifique Marie Curie – nest pas dactualité, bien quun certain nombre de personnalités du monde culturel aient soutenu un tel projet, vivement rejeté par ailleurs dans la population berrichonne.

« Lorsquon voit ce lieu de paix, on a le sentiment quici elle est en paix », a déclaré à la presse M. Donnedieu de Vabres, ajoutant que « cela ne veut rien dire de définitif sur lavenir ».

Redécouverte

La question de la « panthéonisation » a divisé le petit monde sandien, des divisions qui pourraient avoir nui à lorganisation des festivités. Le débat nest pas pour autant tranché.

Pour sa part, le ministère de la Culture, qui a fait de 2004 une « année George Sand », est très satisfait de lampleur des manifestations qui ont lieu dans toute la France et à létranger.

« Nous sommes au début dun moment fort de la redécouverte de George Sand », a déclaré à lAFP Reine Pratt, coordonnatrice du bicentenaire. Elle en est le meilleur exemple puisque nayant jamais ouvert un de ses livres dans le passé elle a affirmé en avoir déjà lu une cinquantaine depuis six mois.

Selon luniversitaire Martine Reid, une spécialiste sandienne, la réhabilitation de lécrivain, longtemps cantonnée comme simple auteur de romans champêtres, dailleurs expurgés, va être favorisée par la réédition de nombreux ouvrages.

« On va pouvoir aller au delà des deux images contradictoires et réductrices, celle de la Bonne Dame de Nohant et celle de la femme fatale », a estimé pour sa part Béatrice Didier, qui travaille sur la première édition de ses oeuvres complètes, qui comprendra pas moins de 80 volumes, une production aussi abondante que celle de Balzac.

Après un déjeuner champêtre dans le parc de Nohant, réservé à quelque 500 invités du ministère, au son de la vielle et des cornemuses, une marche dune dizaine de kilomètres, rassemblant un millier de personnes, sur les sentiers quempruntait lécrivain, à pieds ou à cheval, a été organisée par le journaliste-écrivain Gonzague Saint Bris.

Un spectacle nocturne, musical et pyrotechnique devait conclure la journée au château dArs, ancienne propriété de son médecin personnel et ami Gustave Papet désormais dédiée à lécrivain.

Bouquet final de l'Année de la Chine en France au château de Versailles

5 juillet 2004

Plus de 2.000 personnes, parmi lesquelles le Premier Ministre Jean-Pierre Raffarin, le ministre des Affaires étrangères Michel Barnier et le ministre de la Culture et la Communication Renaud Donnedieu de Vabres, ont mis un point final à cette année culturelle entre les deux pays…

Conférence sur la "diversité culturelle" avec les ministres du commerce extérieur et les hauts fonctionnaires des 10 nouveaux états membres de l'Europe

2 juillet 2004

Messieurs les Ministres,

Chers collègues,

Je tiens à remercier mon collègue et ami François LOOS d’avoir pris l’initiative de nous
réunir ce matin, ensemble, pour promouvoir la diversité culturelle.

Le projet de Constitution européenne, que nos chefs d’Etat et de gouvernement viennent
d’adopter, élève la diversité culturelle au rang des objectifs de l’Union.

Ce texte propose à
l’Europe cette magnifique devise « Unie dans la diversité ». Qui peut mieux illustrer et
défendre la diversité culturelle sur la scène internationale que vous et nous, que l’Union
Européenne, unie dans la diversité de ses cultures ? Qui peut offrir meilleur symbole pour le
monde que cette grande Europe élargie issue d’une même civilisation, et riche de sa
diversité nationale et régionale ?

Oui, dans le monde d’aujourd’hui, la promotion de la diversité culturelle est une ambition qui
concerne tous les Européens, parce que le pluralisme est la valeur suprême de l’Europe et
parce que nous avons besoin de la culture pour définir notre identité d’Européens. Je crois
également que cette grande affaire concerne tous les pays du monde, parce que le dialogue
entre des cultures diverses est une condition de la paix. Et pour qu’il y ait dialogue, il faut
que les cultures continuent d’exister avec leur identité dans une relation ouverte à l’autre.

Il s’agit de reconnaître à chacun, à chaque peuple, le droit de cultiver son identité sans pour
autant tomber dans le repli identitaire. Il s’agit d’affirmer l’égale dignité des cultures. Il s’agit,
au fond, d’affirmer avec force les valeurs de liberté, de respect de l’autre et de pluralisme.

Ces valeurs, je tenais à les rappeler, parce qu’elles sont au fondement de notre conception
de la culture. Une conception parfaitement définie par Aimé Césaire : « la culture, c’est tout
ce que les hommes ont imaginé pour façonner le monde, pour s’accommoder du monde et
pour le rendre digne de l’homme ».

Pour vous, ministres et hauts fonctionnaires du commerce extérieur, la question est de
savoir pourquoi et comment promouvoir la diversité culturelle tout en développant le libreéchange,
sans jamais céder aux tentations du protectionnisme.

Je voudrais tenter d’y répondre en vous parlant :

– des enjeux du débat, non seulement culturels mais aussi économiques ;

– des objectifs que nous devrions atteindre ;

– des moyens que nous devons mettre en oeuvre pour préserver et promouvoir ensemble
cette diversité culturelle.

Les enjeux tout d’abord.

La présence ce matin, autour d’une même table, de ministres du commerce et d’un ministre
de la culture est suffisamment rare pour nous permettre de prendre date.

Pourtant, dans ce débat, culture et économie sont indissociables. Les biens et les services
culturels sont à la fois des vecteurs d’identité sociale et culturelle, et des produits qui
s’échangent et se vendent. (Les services audiovisuels constituent le deuxième poste
d’exportation de services américains après l'aéronautique). Nous savons tous que ces biens
et services entrent dans le champ de compétences de l’O.M.C., et qu’ils sont sur la table des
négociations dans le cycle de Doha.

La mondialisation, qui comporte bien des effets positifs, menace néanmoins les identités
culturelles dès lors qu’elle engendre la standardisation. Or, dans le domaine de la création
artistique, les mécanismes du marché ne garantissent pas toujours une grande pluralité de
l’offre.

Soyons clairs : il ne s’agit pas de dire que les biens et services culturels « ne sont pas des
marchandises », ce qui n’aurait aucun sens, mais que « ce ne sont pas des marchandises
comme les autres ».

Il ne s’agit donc pas d’exclure du champ du commerce international les biens et services
culturels, mais de donner aux Etats un cadre juridique international approprié afin que
chacun puisse accéder à un contenu culturel diversifié.

J’ai pu constater, depuis que j’ai pris mes fonctions, que mes collègues européens ministres
de la culture partageaient souvent ces convictions, alors qu’il n’en était pas toujours de
même pour les ministres du commerce extérieur. (Et je me réjouis qu’en France nous ayons
adopté de longue date une position interministérielle commune). J’y vois pour ma part le
signe que les administrations de la culture et du commerce extérieur, à l’intérieur de nos
pays, ne prennent peut-être pas suffisamment le temps de se parler, de s’écouter et de se
comprendre.

Quels peuvent être, quels doivent être nos objectifs ?

La diversité culturelle suppose la capacité pour chaque politique culturelle de soutenir les
moyens nécessaires à la production, comme à la diffusion et à la promotion des expressions
culturelles.

A l'échelle de l'Europe, comme dans chacun de nos pays, nous poursuivons deux types
d’objectifs caractéristiques d'un vrai choix de société : la reconnaissance d’un rôle privilégié
de la culture comme facteur de cohésion sociale et comme facteur de développement
économique.

Premièrement, les objectifs de politique culturelle.

Il convient que chaque Etat, chaque gouvernement, mette en oeuvre des politiques
spécifiques qui favoriseront les expressions culturelles de chacun, tout en facilitant la
circulation des oeuvres et des artistes, condition indispensable pour permettre au plus grand
nombre l’accès à la culture du monde entier.

Du côté des publics, nous devons nous préoccuper aussi de favoriser une pratique de la
culture et de la consommation d’oeuvres culturelles et audiovisuelles qui soit critique et
ouverte à la différence. Il en va de l’expression de la liberté et de la vie démocratique dans
nos sociétés. Il est donc essentiel à une offre culturelle diversifiée de vivre et de s’épanouir,
pour permettre aux créations nationales d’exister.

En conséquence, il conviendrait de reconsidérer la coopération culturelle internationale en
développant des politiques destinées à permettre aux pays les moins favorisés de disposer
des outils institutionnels, techniques, artistiques et financiers, nécessaires à la promotion de
leur culture.

Il y a une économie de la culture. Une économie humaine. C'est en ce sens qu'il faut à la fois
agir sur l’offre culturelle (les films, les livres, les disques…) et sur la demande (le public). Les
subventions, les quotas, les politiques tarifaires, les mécanismes européens comme le
programme MEDIA, répondent à ces objectifs. Plusieurs de vos pays ont, notamment à
l’occasion de la reprise de l’acquis communautaire, mis en place des mécanismes de cette
nature, et je m'en félicite.

Je tiens à rappeler à ce propos que nous ne poursuivons en aucun cas des objectifs
"protectionnistes", contrairement à ce que nos amis américains disent parfois de nos
politiques : si tel était le cas, la part de marché du cinéma américain dans les pays
européens ne serait pas comprise entre 50% et 80% ! Pour poursuivre l’exemple du cinéma,
l’objectif des mécanismes français n’est pas de lutter contre le cinéma américain, ce qui
n’aurait aucun sens ni aucune chance d’être efficace, mais de permettre, à côté de l’offre de
films américains, à une offre de films français et européens, diversifiée, allant du cinéma
d’auteur au film grand public, d'être financée, d’être diffusée et de rencontrer son public dans
les salles.

Deuxièmement, à côté de ces objectifs de politique culturelle, nos actions poursuivent aussi,
et en même temps, des objectifs économiques et industriels.

Je suis en effet convaincu que la culture représente, et sans doute de plus en plus, un pan
entier de l’activité économique de nos pays. Créatrices de richesses et d’emplois, de
manière directe ou indirecte (je pense en particulier au tourisme), nos industries culturelles
européennes souffriraient de marchés nationaux fragmentés et d’aires linguistiques
restreintes, en l’absence de soutien public. Les politiques culturelles ont alors pour objet de
rétablir des conditions de concurrence plus justes, là où des entreprises, ou parfois des pays
tout entier, exercent des monopoles de fait.

L’exemple du prix unique du livre, que neuf pays européens ont mis en place, montre qu’une
politique culturelle peut aussi permettre à un réseau économique (les librairies) de trouver un
équilibre financier qui ne pourrait exister si les prix étaient "libres", ce qui permettrait aux
grosses structures de pratiquer des prix abusivement bas sans risque de concurrence.

Les politiques publiques en faveur de la diversité culturelle contribuent donc au dynamisme
de nos économies.

Nous devons, ensemble, créer et préserver les marges de manoeuvre nécessaires à la mise
en oeuvre des politiques culturelles dont je viens de rappeler les objectifs.

Quels sont, pour finir, nos moyens d’agir ensemble pour préserver et promouvoir la diversité
culturelle ?

Dans les enceintes culturelles,
La France, notamment par la voix du Président de la République, s’est engagée avec
détermination en faveur de l’élaboration d’une Convention internationale sur la diversité
culturelle dans le cadre de l’UNESCO.

Nous soutenons en cela une ambition partagée par l’Union européenne, une ambition que
nos gouvernements reconnaissent comme légitime.

Un avant-projet de convention a été préparé.

Il sera soumis aux experts gouvernementaux en septembre prochain. M. Jean MUSITELLI
vous le présentera tout à l’heure. Nous devons conjuguer nos efforts pour que cette
convention consacre en droit dès 2005 la spécificité des biens et services culturels et
l’affirmation du droit des Etats à mener des politiques culturelles et à défendre la diversité
culturelle.

A l’échelle mondiale, le Réseau international des politiques culturelles (R.I.P.C.), réseau
informel de plus de soixante ministres de la culture, parmi lesquels mes collègues hongrois,
letton, polonais, slovaque et slovène, est une enceinte particulièrement active d'élaboration
de stratégies communes sur la diversité culturelle.

Enfin, je crois qu’il est temps de construire l’Europe de la culture. Je compte proposer à mes
collègues européens de conclure un Pacte pour l’Europe de la culture. Je crois que seule
l’Europe peut nous aider à préserver la diversité de nos cultures nationales face à une
mondialisation mal maîtrisée. Je pense aussi que nous devons prendre garde à ce que la
construction européenne ne se retourne pas contre elle-même. Je fais référence au risque
que l’harmonisation parfois mécanique à laquelle nous procédons dans l’Union européenne
pour parachever le marché intérieur ne conduise, ce qui serait tragique, à une harmonisation
uniforme et médiocre de la culture européenne. C’est pourquoi, je crois nécessaire que les
Etats membres et la Commission européenne concluent un pacte, c’est-à-dire prennent des
engagements juridiquement contraignants afin de traiter de façon spécifique la culture dans
les négociations communautaires. Nous l’avons d’ores et déjà fait pour les négociations
communautaires externes. J’en veux pour preuve le mandat de la Commission à l’OMC.

Nous devons le faire pour les négociations communautaires internes puisque, dans chacun
de nos pays, près des deux tiers du droit national provient du droit communautaire.

C’est dans le même esprit que je vous propose de travailler ensemble à lutter contre la
piraterie des oeuvres – qui se répand notamment sur internet – et qui porte gravement
atteinte à la diversité de la création. Il nous faut un plan européen de lutte contre la piraterie.

l nous faut des échanges de bonnes pratiques entre Européens. Et il faut procéder à de tels
échanges entre Européens et Américains. J’ai déjà commencé à le faire, lors du festival de
Cannes avec les professionnels du monde entier, notamment avec Jack Valenti, Président
de l’Association des producteurs de cinéma américains, et je vois que la notion même de
diversité culturelle aujourd’hui leur paraît nécessaire.

Dans les enceintes commerciales, et François LOOS en reparlera, il est capital d’utiliser les
moyens juridiques dont nous disposons – notamment à l’O.M.C. – pour garantir notre
capacité, au plan national et au plan européen, à mettre en place des politiques d’aide et de
soutien aux secteurs culturels et audiovisuels. Dans la mesure où celles-ci visent à favoriser
nos Etats ou l’Union européenne, il faut veiller à ce qu’aucune offre de libéralisation de
l’accord général sur le commerce des services (A.G.C.S.) ne soit faite à l’avenir dans les
secteurs audiovisuels et culturels. Notre vigilance doit également s’exercer dans le cas
d’accords bilatéraux, avec des Etats tiers, comme ceux que négocient l’Union européenne
ou les Etats-Unis.

Messieurs les Ministres,
Chers collègues,
Je défends la diversité au nom de la liberté des échanges et d’une politique de concurrence
bien comprise.

Le combat pour la préservation et la promotion de la diversité culturelle est l’un des piliers de
l’avenir de l’Europe et d’une mondialisation maîtrisée au service d’un développement
durable. C’est parce que nous sommes attachés à la paix que nous prônons le dialogue des
cultures. C’est parce que nous sommes conscients de la complexité du monde contemporain
que nous défendons la diversité, source de richesse et de progrès.

J’espère vous avoir convaincu que la diversité culturelle est aussi un enjeu économique. Un
enjeu vital. Nous devons, pour réussir à la préserver et à la promouvoir, nous concerter le
plus possible pour avancer de front, dans les enceintes commerciales et culturelles
auxquelles nous participons. J’espère vivement que cette rencontre sera suivie de beaucoup
d’autres.

Je vous remercie.

Remise des prix de l'ANDAM

1 juillet 2004

Mesdames, Messieurs,

Chers amis,

Je suis très heureux de vous accueillir ici dans votre maison. Car le ministère de la culture et
de la communication est aussi celui des arts de la mode.

Personne ne s’aviserait aujourd’hui de contester ce fait d’évidence que la mode fait partie
intégrante de la culture. Nous savons toutefois que cela n’est pas toujours allé de soi, que les
arts de la mode ont parfois été classés, non sans une certaine condescendance, parmi les « arts
appliqués », qui étaient, en quelque sorte, les parents pauvres des Beaux-Arts. Des arts
mineurs, en minuscule, face à des Arts majeurs, en majuscule ! Ce temps est fort
heureusement révolu, grâce à l’action des créateurs, des hommes de culture, de tous ceux qui
oeuvrent pour rapprocher l’art et l’industrie – au sens de savoir-faire, le Grand-Palais était le
Palais de l’industrie, la culture et le commerce – au sens premier du terme, c’est-à-dire
l’échange, la rencontre entre les hommes.

Et ce rapprochement doit aussi beaucoup, depuis sa création, à l’action de l’Association
nationale du développement des arts de la mode, l’ANDAM, lieu de rencontre entre la culture
et la création de mode, fédérant tous les acteurs, toutes les institutions et les entreprises de
cette véritable industrie culturelle.

Une industrie dont je n’ai pas besoin de rappeler l’importance économique et sociale dans la
France d’aujourd’hui : c’est le textile habillement, mais aussi ce que l’on appelle les
accessoires de mode, qui, sur le plan économique sont précisément loin d’être accessoires, et
le cuir, la maroquinerie, la chaussure, tous secteurs qui représentent des centaines de milliers
d’emplois, un pan très important de l’exportation de nos produits et de nos savoir-faire à
travers le monde. Au-delà de cet enjeu économique, et il est capital, c’est l’image de la France
que vous faites rayonner, à travers ses créations et notamment ses jeunes créations.

Demain aura lieu à Versailles, autour d’un feu d’artifice, la cérémonie de clôture de l’Année
de la Chine en France, et j’ouvrirai lundi, avec Michel Barnier, l’Année de la France en
Chine.

Il suffit d’aller à Pékin, et la Chine est un monde que connaît très bien Pierre Bergé – qui n’a
pu être présent parmi nous -, pour mesurer ce que les Arts de la mode apportent à l’image et au
rayonnement de la France, dont ils sont indissociables.

C’est pourquoi je n’hésite pas à dire que vous êtes, Mesdames, Messieurs les lauréats de
l’ANDAM, les fers de lance, les forces vives de la création française et européenne. Je me
réjouis que Bless soit un partenariat franco-austro-allemand : c’est la France, c’est l’Europe
de la création que nous distinguons ce soir. Et cela revêt une importance toute particulière
pour le ministre de la culture et de la communication.

Car je suis, vous le savez, très engagé dans le combat pour la diversité culturelle, pour la
diversité de la création. Demain, j’ouvrirai, aux côtés de mon collègue chargé du commerce
extérieur une conférence des ministres et des hauts fonctionnaires chargés du commerce
extérieur des dix nouveaux pays membres de l’Union européenne. Car je suis convaincu que
la France au sein de l’Europe et l’Europe ont un message fort à porter au monde pour faire
vivre la diversité de la création.

Et comme je l’ai dit à l’Assemblée générale des chambres de commerce et d’industrie ou
encore récemment au Sommet du design, il n’y a pas de frontières entre les arts, entre les
domaines de la culture et de la communication, si nous voulons mener victorieusement ce
combat. La culture est un tout. C’est pourquoi il n’y a pas d’un côté le monde de l’entreprise,
et de l’autre celui de la création. Vous en êtes les meilleurs exemples, vous qui représentez
des entreprises prestigieuses et qui soutenez par vos prix les jeunes créateurs pour qu’ils
puissent lancer leurs collections et exporter les fruits de leurs talents.

Il y a une nécessité profonde au décloisonnement de l’économie et de la culture. Il y aussi une
raison profonde : le moteur du développement économique, de la croissance qui n’est pas à
elle seule le bien-être, mais qui peut y contribuer, c’est la création. Et il y a dans la volonté et
dans l’initiative de l’entrepreneur qui se lance dans un projet, quelque chose du geste créateur
de l’artiste. C’est sans doute dans le domaine de la mode que cette volonté et ce geste peuvent
fusionner de manière quasi parfaite, grâce aux stylistes, aux créateurs qui sont aussi des
entrepreneurs.

Vous êtes les éclaireurs de l’esprit du temps. Vos produits, vos modèles, vos collections
captent cet esprit, l’anticipent souvent, pour aller au-devant des évolutions de notre société.

Sans doute parce qu’il y a, dans vos oeuvres, dans vos créations, plus que des objets, un
rapport intime à l’identité des hommes et des femmes d’aujourd’hui.

Henri Michaux disait « l’habillement est une conception de soi que l’on porte sur soi ». Cela
peut se dire certainement aussi des accessoires et des autres produits que vous concevez et que
l’ANDAM vous aide à faire connaître et à diffuser.

Car vous n’êtes pas des artistes « maudits ». Vous êtes là pour faire partager au plus grand
nombre de ceux qui s’y retrouvent vos créations. Vous êtes là pour susciter aussi de nouvelles
vocations. C’est tout le succès que je vous souhaite. Les prix qui vont vous être décernés dans
un instant vont vous y aider.

Je tiens à remercier notre partenaire constant dans cette initiative, le DEFI, Comité de
développement et de promotion de l’Habillement. Son engagement régulier à nos côtés est le
gage de la pérennité de l’ANDAM et de l’efficacité de son action.

Je tiens également à remercier les partenaires qui nous ont apporté cette année leur concours,
la Fondation Pierre Bergé-Yves Saint Laurent, le groupe Louis Vuitton Moët Hennessy, le
Club des Créateurs de Beauté, les Galeries Lafayette, le Comité de développement des
industries du cuir, et l’Association française d’action artistique.

Je vous remercie pour votre engagement à tous. Et je tiens à féliciter du fond du coeur les
lauréates et les lauréats de cette année, Bless et Charles Anastase. La richesse et la créativité
de vos projets ont fait l’unanimité. Je souhaite de tout coeur que le soutien financier des
partenaires et surtout le label d’excellence apporté par l’ANDAM vous permette de tenir vos
promesses et vous donne le coup de pouce nécessaire pour partir à la conquête de nouveaux
défis. Sachez, je le répète, que cette maison est votre maison.

Je salue enfin très chaleureusement toute l’équipe de l’ANDAM, son conseil d’administration,
les membres du jury et tous les créateurs de mode ici présents. Leur fidélité témoigne de leur
confiance et de leur attachement à l’ANDAM et à ce ministère.

Je vous en remercie.