Archives de 2003

L’uniforme pour tous au collège et au lycée ! Où ? En Turquie…

11 octobre 2003

La perspective de l’adhésion de la Turquie à l’Union Européenne fera, n’en doutons pas, l’actualité des prochains mois. Elle sera même au centre des débats, au cœur des arrières-pensées et des stratégies en vue des prochaines présidentielles.

Elle dominera tout, y compris l’élargissement aux 10 nouveaux membres et l’adoption d’une Constitution pour l’Europe.

Il est d’ailleurs, impensable de lancer sur ces sujets un référendum sans avoir au préalable clarifié la “question turque”, tant elle est chargée d’émotion, de fantasmes et d’une insuffisante rationalité.
C’est la raison pour laquelle la visite de la Commission des Affaires Etrangères de l’Assemblée Nationale que je viens de conduire n’était pas une mission protocolaire, une sorte de routine bilatérale, mais une véritable démarche politique.

Avec la volonté d’éclairer avant de choisir. Librement et objectivement.

***

Que faut-il retenir de ce grand pays ?

    Le spectacle de ses enfants en uniforme strict à l’école qui pourrait – on devrait ! – faire réfléchir la “vieille” Europe ? Ou la citation par l’actuel Premier Ministre, Recep Tayyip Erdogan, alors maire d’Istanbul des vers de Ziya Gökalp, poète du nationalisme turc, sonnant le coup d’envoi d’une guerre religieuse : 
“Les minarets sont nos baïonnettes, les coupoles nos casques, les mosquées nos casernes et les croyants nos soldats” ? 

     La culture française exceptionnelle de Mehmet Dülger, Président de la Commission des Affaires Etrangères du Parlement turc, qui, en signe de magnifique complicité, m’explique que son livre de chevet est “Vent d’Espoir sur la Démocratie”, l’ouvrage de mon père que j’ai fait publier après sa mort.  Ou la lecture du premier verset du Coran en ouverture de son premier conseil municipal lorsque M.Erdogan était très islamiste et pas encore modéré, lançant : “louange à Dieu, Seigneur des deux mondes”?

    L’interdiction absolue du port du voile au collège ou au lycée ? Ou la réaction immédiate d’un Ministre important m’expliquant que la problématique du foulard est plus une question de libertés publiques que de laïcité, semblant par là même excuser par avance les renoncements et les lâchetés qui pourraient s’annoncer ?

    L’omniprésence des portraits d’Atatürk, créateur d’un grand Etat moderne et laïc inspiré des principes français ? Ou la référence permanente au “monde musulman” par un député-poète et islamiste, oubliant avec passion de parler de la Turquie en tant que nation ?

    La mise aux normes économiques et financières de l’Europe fièrement rappelée, dans un français parfait, par le responsable des affaires internationales du patronat turc, La Tusiad ? Ou le choix du chiffre de “550” pour l’annonce des grands chantiers de la municipalité d’Istanbul, en “hommage” à l’année 1453 ( 2003-1453 = 550 !) date de la chute de l’empire byzantin et de la prise de Constantinople ?

    Les paysages fascinants du Bosphore et le grouillement de la grande ville “européenne” (sic !) qu’est Istanbul ? Ou les frontières avec l’Iran et l’Irak qui font de la Turquie l’Etat-charnière entre les 2 mondes, éloigné de notre mare-nostrum ?

   L’appartenance à l’OTAN jugée vitale aux “alliés” occidentaux lorsqu’il fallait contenir le communisme ? Ou la tentation de reconstituer l’empire sous-jacent pour certains dans la décision du Parlement d’envoyer des soldats en Irak afin de reprendre “position” et influence ?

    Les réformes obstinées et résolues pour parvenir au statut de grande démocratie politique ? Ou l’omniprésence d’une armée qui n’a pas encore totalement accepté la soumission au pouvoir politique, qu’elle préfère régulièrement mettre en garde contre toute remise en cause du caractère laïc de l’Etat ( en turc : “Laïklik”) ?

     La force exceptionnelle d’un marché de plus de 70 millions d’habitants et de consommateurs dont le dynamisme et l’ardeur au travail sont des facteurs de croissance puissants ? Ou le caractère parallèle et souterrain d’une économie qui n’est pas prête avant longtemps à se plier aux normes juridiques et sociales du droit européen et de notre mode de vie ?

     Les rues occidentales où se retrouvent toutes les grandes marques du luxe ? Ou l’extrême pauvreté des passages de bus hors d’âge venant de l’Anatolie “profonde”, qui contemplent avec incompréhension et mépris la jeunesse turque en jeans et en baskets comme à Tours ou à New York ?  

***

Pour certains des amis du Premier ministre, proches des préceptes du vieux chef islamiste turc Necmettin Erbakan, l’Europe est un “club des croisés”, dans lequel se confondre revient à faire disparaître l’âme musulmane. C’est la réplique parfaitement symétrique de ceux qui, en Europe, souhaitent que l’élargissement ne dépasse pas le périmètre chrétien…

Un profond changement de cap et de perspective a été donné en 1997 lors du “coup d’Etat post-moderne” opéré par l’armée toute puissante au Conseil national de sécurité, contraignant Erbakan à la démission et la ligne dure de l’islamisme turc à la disparition. Ou au renoncement momentané…

Aujourd’hui, officiellement, les dirigeants de l’AKP, le parti majoritaire, refusent l’étiquette d’islamistes. Ils se proclament “musulmans-démocrates” comme on peut être en Occident “chrétiens démocrates”.

Au sortir de prison en 1999, après avoir été condamné pour “incitation à la haine religieuse”, la conversion laïque du futur Premier Ministre Erdogan et de son principal lieutenant, l’actuel ministre des Affaires Etrangères Abdullah Gül a été réelle. Sans procès d’intention possible.

Le peuple, lui, est forcément écartelé entre la fierté de l’appartenance à une grande nation, incarnée par un Etat fort soucieux de “coller” aux préceptes de Mustapha Kemal, et par son identité religieuse musulmane qu’il souhaite préserver, voire faire rayonner. Là est la clé des difficultés du parcours européen de la politique en Turquie.

Jusqu’où ira la marche forcée vers l’Europe ? Si les élites turques affichent de manière unanime un élan et une foi qui pourraient utilement faire réfléchir certains eurosceptiques frileux de chez nous, le peuple suivra-t-il dans la réforme nécessaire ses dirigeants ?

C’est une problématique européenne au fond assez universelle, devons-nous convenir modestement, tant il est vrai que l’ouverture du capital d’EDF, par exemple, dans un pays glorieusement européen comme le nôtre va supposer beaucoup d’efforts et de persuasion !!!

***

Le volontarisme européen de la Turquie est impressionnant. Il est politique. Il recouvre un cheminement vers des valeurs. Il prouve notre rayonnement et notre capacité à proposer un modèle, un système, des principes actifs. Il renvoie de l’Europe une image extrêmement forte et positive celle d’un phare ! Ouessant atteignant les Balkans !

Il nous place dans une posture redoutable, où nous devons faire face à nos délicates responsabilités: à la Turquie de continuer le long chemin vers l’adhésion sans la décourager ni freiner les nombreux efforts qui restent nécessaires pour parvenir aux standards européens, tout en évitant que la peur d’une “invasion musulmane” ne soude dans un même refus les citoyens de la “vieille” et de la “nouvelle” Europe pour une fois liguées ?

Nous sommes, reconnaissons-le, au pied d’un mur particulièrement haut et sévère. Un vrai mur d’escalade…

“L’accord d’Ankara”, conclu comme un accord d’association en 1963 entre la Communauté économique européenne et la Turquie, comporte un préambule explicite, une sorte de feuille de route, qui se rappelle à notre “bon souvenir” à chaque Conseil européen :

 “l’appui apporté par la CEE aux efforts du peuple turc pour améliorer son niveau de vie facilitera ultérieurement l’adhésion de la Turquie à la Communauté”.

L’article 28 est encore plus clair :

“Lorsque le fonctionnement de l’accord aura permis d’envisager l’acceptation intégrale de la part de la Turquie des obligations découlant du traité instituant la Communauté, les parties contractantes examineront la possibilité d’une adhésion de la Turquie à la Communauté”.

La Communauté est-ce l’Union Européenne actuelle ? Là réside l’essentiel du problème.

L’Union Européenne se limite-t-elle à être une zone de libre échange, du progrès économique et social où l’économie de marché est sociale ?

L’union Européenne n’est-elle pas devenu un projet politique autonome, original, ne reposant sur aucun déterminisme exclusif, qu’il soit géographique, culturel, religieux, sociétal ? Le fruit d’une volonté, d’un choix, d’une décision souveraine des citoyens ?

***

Nous avons “rendez-vous” avec la question turque en décembre 2004 !

En décembre 2002, à Copenhague, lors de la clôture des négociations d’adhésion des 10 pays candidats, l’Union Européenne a annoncé la couleur :

“si, en décembre 2004, le Conseil Européen décide, sur la base d’un rapport et d’une recommandation de la Commission, que la Turquie satisfait aux critères politiques de Copenhague, l’Union Européenne ouvrira sans délai des négociations d’adhésion avec ce pays”

Cette déclaration a été reçue 5 sur 5 à Ankara et par chaque Turc qui y voit le moment venu la possibilité de circuler librement en Europe sans visa…

Le Président Chirac a parfaitement résumé l’enjeu, en des termes prudents et très précis pour qui les lit attentivement, puisque le préalable absolu est pour la Turquie de satisfaire à ces critères :

“C’est une très vieille civilisation, et nous n’avons naturellement ni la possibilité, compte tenu du passé et de l’histoire que je viens de rappeler, ni vocation à empêcher  une Turquie totalement démocratique et libérale, libérale au sens de l’ économie de marché, de nous rejoindre”.

La plupart de mes interlocuteurs m’ont fait comprendre que le signal de 2004 était essentiel mais sans risque !

“Nous avons besoin du label de cette reconnaissance européenne, mais nous ne serons pas prêts à adhérer définitivement avant de très nombreuses années. Vous ne courrez aucun risque à court terme vis-à-vis de vos concitoyens inquiets des différentiels de niveau de vie et des décalages politiques qui restent vastes”, ont ainsi indiqué de très nombreux responsables politiques à la délégation de notre Commission.

***

La  perspective de l’adhésion de la Turquie renvoie au contenu même du concept européen.

Si nous étions dans la version à 6, la réponse serait évidente, ce serait non ! Mais à 25, s’agit-il de l’Europe des fondateurs ? Ne sommes-nous pas obligés de définir une structure entièrement nouvelle ?

 La définition des limites n’est évidemment pas aisée. L’avis rendu par le Parlement européen en juin dernier est complexe pour ne pas dire alambiqué. Il n’est pas vraiment opératoire.

“ le Parlement européen reconnaît que les valeurs politiques de l’Union européenne sont essentiellement  fondées sur la culture judéo-chrétienne et humaniste de l’Europe, mais que personne ne détient de monopole sur les valeurs universelles de la démocratie, de l’Etat de droit, des droits de l’homme et des minorités et de la liberté de conscience et de religion, valeurs qui peuvent très bien être acceptées et défendues par un pays dont la majorité de la population est musulmane ; estime dès lors qu’il n’existe aucune objection de principe à son adhésion à l’Union européenne”.

Certains récusent dans le débat légitime qui s’ouvre toute considération géographique, culturelle ou religieuse. Ils ont autant tort que les chantres de cette forme de déterminisme absolu… Peut-on en effet repousser indéfiniment la limite, la frontière, le périmètre ultime de l’Europe ?

Certes il n’y a pas de barrière entre les hommes. La “famille humaine” et universelle. Le genre humain est composé d’hommes et de femmes d’égale dignité.

Mais l’Europe est une construction. Une mise en commun, autour d’un projet, de volontés citoyennes. Un attelage qui, pour ne pas tirer à hue et à dia, doit être relié par des liens forts et solides, par une vraie proximité politique, où les valeurs sont partagées, même si elles sont plurielles, ce qui est d’ailleurs notre richesse et l’esprit même de notre “modèle” .

L’Europe doit rassembler ceux qui veulent authentiquement agir ensemble. Exister ensemble. Elle résulte d’un processus politique, d’un acte d’organisation souverainement décidé.

La difficulté de l’élargissement tient au fait que, pour nos concitoyens, vis-à-vis de l’Europe de l’Est, il s’agit d’une réunification,  et vis-à-vis de la Turquie d’une décision.

Les fraternités qui en découlent peuvent apparaître de ce fait à géométrie variable, même si l’état d’esprit parmi les peuples des 10 nouveaux membres est parfois vif et électriquement amical…

Estoniens, Lettons et Lithuaniens sont-ils plus proches que les Turcs qui vivent nombreux actuellement en Europe et qui de ce fait ont une belle mais particulière responsabilité dans l’image que leur pays donne de sa candidature à l’Union européenne ? Ce n’est pas certain, d’où le nécessaire de la pédagogie politique européenne multi-directionnelle !

Nous devons tout à la fois :

 Expliquer, partout et à tous dans notre pays, quels sont les peuples qui nous rejoindront bientôt ! Au nom du passé, et de l’avenir que nous souhaitons ! Cela concerne les 10, qui a eux seuls ne représentent qu’un peu plus de la population de la Turquie…

 Jalonner clairement le parcours de ceux qui frappent à la porte, qui font des efforts intérieurs considérables pour “mériter” leur adhésion, sans être sûr du résultat… Nos concitoyens doivent devenir les témoins de ce véritable parcours du combattant qui s’orchestre autour de nous – presque sans que nous le sachions – afin de franchir les obstacles que nous avons légitimement posés pour que l’adhésion corresponde à un vrai choix, qui engage et qui n’est pas naturel, au sens des droits acquis ! C’est la démarche entreprise par la Turquie et demain par d’autres Etats des Balkans.

***

Pouvons-nous encore différer le rendez-vous de 2004 et surtout la réponse que nous devons donner ? Est-il encore temps pour faire naître la solution du “partenariat renforcé” qui peut combler le fossé existant entre l’ardeur et l’impatience du prétendant – la Turquie – et la précaution du “concept” tant aimé – l’Europe- ? Y-a-t-il une spécificité de la candidature turque ou une possible communauté politique entre les Etats riverains du sud de la méditerranée à faire émerger ?

Chacun peut voir dans ces questions un embarras “diplomatiquement” déguisé…qu’importe !

Nous avons à formuler des réponses aux questions qui nous sont posées, et surtout à celles que le peuple ne formule dans un premier temps que dans son inconscient. Avant de passer à l’étape parfois brutale de la rupture, du refus, du rejet.

***

Parce que c’est un grand peuple, qui incarne une version très pluraliste de l’avenir européen, nos amis turcs ne doivent pas être pris en traîtres. Ils ont le droit à la loyauté de notre part.

Mais chacun, à Ankara et dans chaque capitale de l’Union européenne, doit mesurer la hauteur de la barre et dire franchement quand elle devra effectivement être sautée. En toute hypothèse, ce n’est pas pour demain, tant restent nombreux les écarts et les différences.

Alors, ne décourageons pas la dynamique engendrée par la perspective de l’adhésion à l’Union européenne. Ce serait géopolitiquement et humainement fâcheux d’interrompre la spirale vertueuse en cours. Peut-être même une folie dans ce monde qui craint les méfaits du fondamentalisme musulman intégriste.

Donnons le signal de l’espoir. Affirmons la nécessité de l’effort. Expliquons que la vérification de l’état des lieux sera aussi rigoureuse et implacable qu’aura été claire notre acceptation initiale et “baptismale” !

Il sera toujours temps de faire naître une solution intérimaire et transitoire entre l’accueil de principe et l’adhésion définitive, comme le recommande Alain Juppé.

Donnons enfin à nos concitoyens l’assurance qu’ils prendront spécifiquement sur la Turquie eux-mêmes la décision, cette fameuse “décision” qui est un choix et qui n’est pas “naturelle”…

Cela évitera que certains vautours ne caricaturent et ne dénaturent la question turque à des fins personnelles très éloignées du vrai débat européen.

Cela rendra peut-être possible le référendum sur la future Constitution européenne sans prendre le risque qu’il ne soit “piraté” !

L’uniforme pour tous au collège et au lycée ! Où ? En Turquie…

10 octobre 2003

La perspective de l’adhésion de la Turquie à l’Union Européenne fera, n’en doutons pas, l’actualité des prochains mois. Elle sera même au centre des débats, au cur des arrières-pensées et des stratégies en vue des prochaines présidentielles.

Elle dominera tout, y compris l’élargissement aux 10 nouveaux membres et l’adoption d’une Constitution pour l’Europe.

Il est d’ailleurs, impensable de lancer sur ces sujets un référendum sans avoir au préalable clarifié la question turque, tant elle est chargée d’émotion, de fantasmes et d’une insuffisante rationalité.
C’est la raison pour laquelle la visite de la Commission des Affaires Etrangères de l’Assemblée Nationale que je viens de conduire n’était pas une mission protocolaire, une sorte de routine bilatérale, mais une véritable démarche politique.

Avec la volonté d’éclairer avant de choisir. Librement et objectivement.

***

Que faut-il retenir de ce grand pays ?

Le spectacle de ses enfants en uniforme strict à l’école qui pourrait – on devrait ! – faire réfléchir la vieille Europe ? Ou la citation par l’actuel Premier Ministre, Recep Tayyip Erdogan, alors maire d’Istanbul des vers de Ziya Gökalp, poète du nationalisme turc, sonnant le coup d’envoi d’une guerre religieuse :
Les minarets sont nos baïonnettes, les coupoles nos casques, les mosquées nos casernes et les croyants nos soldats ?

La culture française exceptionnelle de Mehmet Dülger, Président de la Commission des Affaires Etrangères du Parlement turc, qui, en signe de magnifique complicité, m’explique que son livre de chevet est Vent d’Espoir sur la Démocratie, l’ouvrage de mon père que j’ai fait publier après sa mort. Ou la lecture du premier verset du Coran en ouverture de son premier conseil municipal lorsque M.Erdogan était très islamiste et pas encore modéré, lançant : louange à Dieu, Seigneur des deux mondes?

L’interdiction absolue du port du voile au collège ou au lycée ? Ou la réaction immédiate d’un Ministre important m’expliquant que la problématique du foulard est plus une question de libertés publiques que de laïcité, semblant par là même excuser par avance les renoncements et les lâchetés qui pourraient s’annoncer ?

L’omniprésence des portraits d’Atatürk, créateur d’un grand Etat moderne et laïc inspiré des principes français ? Ou la référence permanente au monde musulman par un député-poète et islamiste, oubliant avec passion de parler de la Turquie en tant que nation ?

La mise aux normes économiques et financières de l’Europe fièrement rappelée, dans un français parfait, par le responsable des affaires internationales du patronat turc, La Tusiad ? Ou le choix du chiffre de 550 pour l’annonce des grands chantiers de la municipalité d’Istanbul, en hommage à l’année 1453 ( 2003-1453 = 550 !) date de la chute de l’empire byzantin et de la prise de Constantinople ?

Les paysages fascinants du Bosphore et le grouillement de la grande ville européenne (sic !) qu’est Istanbul ? Ou les frontières avec l’Iran et l’Irak qui font de la Turquie l’Etat-charnière entre les 2 mondes, éloigné de notre mare-nostrum ?

L’appartenance à l’OTAN jugée vitale aux alliés occidentaux lorsqu’il fallait contenir le communisme ? Ou la tentation de reconstituer l’empire sous-jacent pour certains dans la décision du Parlement d’envoyer des soldats en Irak afin de reprendre position et influence ?

Les réformes obstinées et résolues pour parvenir au statut de grande démocratie politique ? Ou l’omniprésence d’une armée qui n’a pas encore totalement accepté la soumission au pouvoir politique, qu’elle préfère régulièrement mettre en garde contre toute remise en cause du caractère laïc de l’Etat ( en turc : Laïklik) ?

La force exceptionnelle d’un marché de plus de 70 millions d’habitants et de consommateurs dont le dynamisme et l’ardeur au travail sont des facteurs de croissance puissants ? Ou le caractère parallèle et souterrain d’une économie qui n’est pas prête avant longtemps à se plier aux normes juridiques et sociales du droit européen et de notre mode de vie ?

Les rues occidentales où se retrouvent toutes les grandes marques du luxe ? Ou l’extrême pauvreté des passages de bus hors d’âge venant de l’Anatolie profonde, qui contemplent avec incompréhension et mépris la jeunesse turque en jeans et en baskets comme à Tours ou à New York ?

***

Pour certains des amis du Premier ministre, proches des préceptes du vieux chef islamiste turc Necmettin Erbakan, l’Europe est un club des croisés, dans lequel se confondre revient à faire disparaître l’âme musulmane. C’est la réplique parfaitement symétrique de ceux qui, en Europe, souhaitent que l’élargissement ne dépasse pas le périmètre chrétien…

Un profond changement de cap et de perspective a été donné en 1997 lors du coup d’Etat post-moderne opéré par l’armée toute puissante au Conseil national de sécurité, contraignant Erbakan à la démission et la ligne dure de l’islamisme turc à la disparition. Ou au renoncement momentané…

Aujourd’hui, officiellement, les dirigeants de l’AKP, le parti majoritaire, refusent l’étiquette d’islamistes. Ils se proclament musulmans-démocrates comme on peut être en Occident chrétiens démocrates.

Au sortir de prison en 1999, après avoir été condamné pour incitation à la haine religieuse, la conversion laïque du futur Premier Ministre Erdogan et de son principal lieutenant, l’actuel ministre des Affaires Etrangères Abdullah Gül a été réelle. Sans procès d’intention possible.

Le peuple, lui, est forcément écartelé entre la fierté de l’appartenance à une grande nation, incarnée par un Etat fort soucieux de coller aux préceptes de Mustapha Kemal, et par son identité religieuse musulmane qu’il souhaite préserver, voire faire rayonner. Là est la clé des difficultés du parcours européen de la politique en Turquie.

Jusqu’où ira la marche forcée vers l’Europe ? Si les élites turques affichent de manière unanime un élan et une foi qui pourraient utilement faire réfléchir certains eurosceptiques frileux de chez nous, le peuple suivra-t-il dans la réforme nécessaire ses dirigeants ?

C’est une problématique européenne au fond assez universelle, devons-nous convenir modestement, tant il est vrai que l’ouverture du capital d’EDF, par exemple, dans un pays glorieusement européen comme le nôtre va supposer beaucoup d’efforts et de persuasion !!!

***

Le volontarisme européen de la Turquie est impressionnant. Il est politique. Il recouvre un cheminement vers des valeurs. Il prouve notre rayonnement et notre capacité à proposer un modèle, un système, des principes actifs. Il renvoie de l’Europe une image extrêmement forte et positive celle d’un phare ! Ouessant atteignant les Balkans !

Il nous place dans une posture redoutable, où nous devons faire face à nos délicates responsabilités: à la Turquie de continuer le long chemin vers l’adhésion sans la décourager ni freiner les nombreux efforts qui restent nécessaires pour parvenir aux standards européens, tout en évitant que la peur d’une invasion musulmane ne soude dans un même refus les citoyens de la vieille et de la nouvelle Europe pour une fois liguées ?

Nous sommes, reconnaissons-le, au pied d’un mur particulièrement haut et sévère. Un vrai mur d’escalade…

L’accord d’Ankara, conclu comme un accord d’association en 1963 entre la Communauté économique européenne et la Turquie, comporte un préambule explicite, une sorte de feuille de route, qui se rappelle à notre bon souvenir à chaque Conseil européen :

l’appui apporté par la CEE aux efforts du peuple turc pour améliorer son niveau de vie facilitera ultérieurement l’adhésion de la Turquie à la Communauté.

L’article 28 est encore plus clair :

Lorsque le fonctionnement de l’accord aura permis d’envisager l’acceptation intégrale de la part de la Turquie des obligations découlant du traité instituant la Communauté, les parties contractantes examineront la possibilité d’une adhésion de la Turquie à la Communauté.

La Communauté est-ce l’Union Européenne actuelle ? Là réside l’essentiel du problème.

L’Union Européenne se limite-t-elle à être une zone de libre échange, du progrès économique et social où l’économie de marché est sociale ?

L’union Européenne n’est-elle pas devenu un projet politique autonome, original, ne reposant sur aucun déterminisme exclusif, qu’il soit géographique, culturel, religieux, sociétal ? Le fruit d’une volonté, d’un choix, d’une décision souveraine des citoyens ?

***

Nous avons rendez-vous avec la question turque en décembre 2004 !

En décembre 2002, à Copenhague, lors de la clôture des négociations d’adhésion des 10 pays candidats, l’Union Européenne a annoncé la couleur :

si, en décembre 2004, le Conseil Européen décide, sur la base d’un rapport et d’une recommandation de la Commission, que la Turquie satisfait aux critères politiques de Copenhague, l’Union Européenne ouvrira sans délai des négociations d’adhésion avec ce pays

Cette déclaration a été reçue 5 sur 5 à Ankara et par chaque Turc qui y voit le moment venu la possibilité de circuler librement en Europe sans visa…

Le Président Chirac a parfaitement résumé l’enjeu, en des termes prudents et très précis pour qui les lit attentivement, puisque le préalable absolu est pour la Turquie de satisfaire à ces critères :

C’est une très vieille civilisation, et nous n’avons naturellement ni la possibilité, compte tenu du passé et de l’histoire que je viens de rappeler, ni vocation à empêcher une Turquie totalement démocratique et libérale, libérale au sens de l’ économie de marché, de nous rejoindre.

La plupart de mes interlocuteurs m’ont fait comprendre que le signal de 2004 était essentiel mais sans risque !

Nous avons besoin du label de cette reconnaissance européenne, mais nous ne serons pas prêts à adhérer définitivement avant de très nombreuses années. Vous ne courrez aucun risque à court terme vis-à-vis de vos concitoyens inquiets des différentiels de niveau de vie et des décalages politiques qui restent vastes, ont ainsi indiqué de très nombreux responsables politiques à la délégation de notre Commission.

***

La perspective de l’adhésion de la Turquie renvoie au contenu même du concept européen.

Si nous étions dans la version à 6, la réponse serait évidente, ce serait non ! Mais à 25, s’agit-il de l’Europe des fondateurs ? Ne sommes-nous pas obligés de définir une structure entièrement nouvelle ?

La définition des limites n’est évidemment pas aisée. L’avis rendu par le Parlement européen en juin dernier est complexe pour ne pas dire alambiqué. Il n’est pas vraiment opératoire.

le Parlement européen reconnaît que les valeurs politiques de l’Union européenne sont essentiellement fondées sur la culture judéo-chrétienne et humaniste de l’Europe, mais que personne ne détient de monopole sur les valeurs universelles de la démocratie, de l’Etat de droit, des droits de l’homme et des minorités et de la liberté de conscience et de religion, valeurs qui peuvent très bien être acceptées et défendues par un pays dont la majorité de la population est musulmane ; estime dès lors qu’il n’existe aucune objection de principe à son adhésion à l’Union européenne.

Certains récusent dans le débat légitime qui s’ouvre toute considération géographique, culturelle ou religieuse. Ils ont autant tort que les chantres de cette forme de déterminisme absolu… Peut-on en effet repousser indéfiniment la limite, la frontière, le périmètre ultime de l’Europe ?

Certes il n’y a pas de barrière entre les hommes. La famille humaine et universelle. Le genre humain est composé d’hommes et de femmes d’égale dignité.

Mais l’Europe est une construction. Une mise en commun, autour d’un projet, de volontés citoyennes. Un attelage qui, pour ne pas tirer à hue et à dia, doit être relié par des liens forts et solides, par une vraie proximité politique, où les valeurs sont partagées, même si elles sont plurielles, ce qui est d’ailleurs notre richesse et l’esprit même de notre modèle .

L’Europe doit rassembler ceux qui veulent authentiquement agir ensemble. Exister ensemble. Elle résulte d’un processus politique, d’un acte d’organisation souverainement décidé.

La difficulté de l’élargissement tient au fait que, pour nos concitoyens, vis-à-vis de l’Europe de l’Est, il s’agit d’une réunification, et vis-à-vis de la Turquie d’une décision.

Les fraternités qui en découlent peuvent apparaître de ce fait à géométrie variable, même si l’état d’esprit parmi les peuples des 10 nouveaux membres est parfois vif et électriquement amical…

Estoniens, Lettons et Lithuaniens sont-ils plus proches que les Turcs qui vivent nombreux actuellement en Europe et qui de ce fait ont une belle mais particulière responsabilité dans l’image que leur pays donne de sa candidature à l’Union européenne ? Ce n’est pas certain, d’où le nécessaire de la pédagogie politique européenne multi-directionnelle !

Nous devons tout à la fois :

Expliquer, partout et à tous dans notre pays, quels sont les peuples qui nous rejoindront bientôt ! Au nom du passé, et de l’avenir que nous souhaitons ! Cela concerne les 10, qui a eux seuls ne représentent qu’un peu plus de la population de la Turquie…

Jalonner clairement le parcours de ceux qui frappent à la porte, qui font des efforts intérieurs considérables pour mériter leur adhésion, sans être sûr du résultat… Nos concitoyens doivent devenir les témoins de ce véritable parcours du combattant qui s’orchestre autour de nous – presque sans que nous le sachions – afin de franchir les obstacles que nous avons légitimement posés pour que l’adhésion corresponde à un vrai choix, qui engage et qui n’est pas naturel, au sens des droits acquis ! C’est la démarche entreprise par la Turquie et demain par d’autres Etats des Balkans.

***

Pouvons-nous encore différer le rendez-vous de 2004 et surtout la réponse que nous devons donner ? Est-il encore temps pour faire naître la solution du partenariat renforcé qui peut combler le fossé existant entre l’ardeur et l’impatience du prétendant – la Turquie – et la précaution du concept tant aimé – l’Europe- ? Y-a-t-il une spécificité de la candidature turque ou une possible communauté politique entre les Etats riverains du sud de la méditerranée à faire émerger ?

Chacun peut voir dans ces questions un embarras diplomatiquement déguisé…qu’importe !

Nous avons à formuler des réponses aux questions qui nous sont posées, et surtout à celles que le peuple ne formule dans un premier temps que dans son inconscient. Avant de passer à l’étape parfois brutale de la rupture, du refus, du rejet.

***

Parce que c’est un grand peuple, qui incarne une version très pluraliste de l’avenir européen, nos amis turcs ne doivent pas être pris en traîtres. Ils ont le droit à la loyauté de notre part.

Mais chacun, à Ankara et dans chaque capitale de l’Union européenne, doit mesurer la hauteur de la barre et dire franchement quand elle devra effectivement être sautée. En toute hypothèse, ce n’est pas pour demain, tant restent nombreux les écarts et les différences.

Alors, ne décourageons pas la dynamique engendrée par la perspective de l’adhésion à l’Union européenne. Ce serait géopolitiquement et humainement fâcheux d’interrompre la spirale vertueuse en cours. Peut-être même une folie dans ce monde qui craint les méfaits du fondamentalisme musulman intégriste.

Donnons le signal de l’espoir. Affirmons la nécessité de l’effort. Expliquons que la vérification de l’état des lieux sera aussi rigoureuse et implacable qu’aura été claire notre acceptation initiale et baptismale !

Il sera toujours temps de faire naître une solution intérimaire et transitoire entre l’accueil de principe et l’adhésion définitive, comme le recommande Alain Juppé.

Donnons enfin à nos concitoyens l’assurance qu’ils prendront spécifiquement sur la Turquie eux-mêmes la décision, cette fameuse décision qui est un choix et qui n’est pas naturelle…

Cela évitera que certains vautours ne caricaturent et ne dénaturent la question turque à des fins personnelles très éloignées du vrai débat européen.

Cela rendra peut-être possible le référendum sur la future Constitution européenne sans prendre le risque qu’il ne soit piraté !

AFP 6 octobre : l’UMP souhaite “un grand débat” sur l’Europe

7 octobre 2003

L’UMP a déclaré lundi, par la voix de son porte-parole Renaud Donnedieu de Vabres qu’ “un grand débat doit s’ouvrir” sur l’Europe, refusant de se prononcer sur la procédure de ratification de la nouvelle constitution, par référendum ou par le Parlement… L’UMP a déclaré lundi, par la voix de son porte-parole Renaud Donnedieu de Vabres qu’ “un grand débat doit s’ouvrir” sur l’Europe, refusant de se prononcer sur la procédure de ratification de la nouvelle constitution, par référendum ou par le Parlement.

Il est important que chacun parle d’Europe aux Français, pour dissiper les incompréhensions ou les résistances et forger une vraie confiance dans notre avenir européen (…) Un grand débat doit s’ouvrir. Partout. A tous les niveaux. Pour faire mesurer à nos concitoyens  concrètement l’importance de l’enjeu européen. C’est vital ! ” a dit M. Donnedieu de Vabres lors du point de presse hebdomadaire de la formation chiraquienne”.

“Le temps du choix pour ratifier la Constitution n’est pas encore venu”, a-t-il jugé. “Commençons par populariser le projet européen. Que chaque famille politique s’empare du sujet. L’UMP est prête à tous les débats, toutes les confrontations, toutes les rencontres sur le sujet. Le moment venu il appartiendra au président de la République de décider souverainement de la procédure de ratification”, a-t-il ajouté.

“Si ce travail préalable (de pédagogie) n’est pas accompli, alors de toute façon la ratification sera difficile”, a-t-il jugé.

Pour lui, “le projet préparé par la Convention est un bon point d’équilibre qui respecte le pluralisme des identités et la dynamique de l’unité”.

La potion matinale de Michel Rocard est amère pour François Hollande et Martine Aubry

6 octobre 2003

A la méthode brutale et autoritaire des 35 heures de Martine Aubry, je préfère le réalisme et le souci du dialogue social de Jean-Pierre Raffarin et de François Fillon… Sur RTL, ce matin, Michel Rocard n’y va pas de main morte !

“ Le problème des 35 heures est grave. Nous avons des blocages un peu multiples dus au fait que Martine Aubry n’a pas fait le bon choix. Elle a choisi le système le plus immédiatement brutal par la contrainte d’Etat.”

Et pourtant, rien n’y fait. La gauche persiste et signe dans ses erreurs.

L’aspiration des Français à l’emploi, à l’équité et au pouvoir d’achat n’intéresse définitivement pas François Hollande, qui ferait mieux d’écouter davantage les “sages” que sont devenus Jacques Delors et Michel Rocard.

A la méthode brutale et autoritaire des 35 heures de Martine Aubry, je préfère le réalisme et le souci du dialogue social de Jean-Pierre Raffarin et de François Fillon.

Nous ne répondrons pas à la brutalité par la rigidité ! A la rigidité idéologique, préférons le pragmatisme et le cas par cas, qui répondent bien davantage aux soucis des employeurs et aux aspirations des salariés.

. L’important, c’est de redonner une nouvelle Liberté aux Français, celle de choisir, d’avoir le droit de choisir de travailler plus pour gagner plus.

C’ est en soi bon pour la croissance, cette croissance qui ne vient pas du ciel, ni totalement de l’étranger, mais que chacun fabrique.

C’est évidemment bon pour le progrès du pouvoir d’achat des ménages auquel ils aspirent légitimement.

. Plus qu’un débat théorique sur la nécessité d’une loi d’abrogation, l’important c’est de donner aux partenaires sociaux, entreprise par entreprise, branche par branche, la possibilité d’assouplissements supplémentaires, lorsqu’ils sont nécessaires.

Chacun, sauf à gauche, voit bien le coût du dispositif et surtout son caractère inapplicable dans certains secteurs.

De ce point de vue, la situation à l’hôpital est très préoccupante. Nous ne sommes sortis de l’impasse Aubry-Guigou que par l’extrême conscience professionnelle des personnels, par le rachat des droits à congés. Rien n’est pour autant totalement réglé, tant les tensions dans le fonctionnement de certains services sont grandes et graves pour la qualité des soins et la fatigue des agents.

Nous avons le courage de la vérité. C’est une sorte de révolution culturelle ! Cela consiste tout simplement à faire prendre conscience aux Français de la nécessité et de la valeur du travail, de l’irremplaçable utilité de l’effort individuel.

Affirmer l’importance de la responsabilité et de l’engagement personnels  n’est pas se faire l’apôtre de la loi de la jungle !

Dans cette perspective, pour faire un point honnête et incontestable, l’idée d’une Commission d’enquête parlementaire sur les conséquences des “35 heures-Aubry” est utile.

Mais, dès que possible, sans attendre de nouvelles discussions doivent s’ouvrir lorsqu’elles sont nécessaires et attendues, afin que les Français bénéficient le plus rapidement possible d’une liberté supplémentaire et d’un choix nouveau.

Nous ne sommes pas des revanchards. Nous ne faisons pas par sectarisme la traque aux “acquis”. Nous ne cherchons pas à “piquer” aux Français une conquête sociale.

Nous proclamons avec bon sens que seul le travail des Français, leur juste rémunération, la richesse ainsi créée permettent d’avoir et de maintenir un vrai système de solidarité et de protection sociale.

Le réalisme n’est pas un sacrilège, Madame Ségolène Royal.

Mesurez davantage la complexité de l’attente des Français.

Certains sont satisfaits de la réduction du temps de travail telle qu’elle a été décidée. D’autres ont des besoins supplémentaires à satisfaire. Ils ont aussi le droit de vouloir et de pouvoir faire un effort supplémentaire dans leur intérêt personnel ou familial.

Cette liberté fondamentale doit être également respectée.

Nos concitoyens ne sont pas contents. Un sondage fait par le CSA et publié par “l’Expansion” de septembre est clair :

  • Plus de 2 Français sur 3 estiment que les 35 heures ont créé de nouvelles inégalités entre les salariés qui en bénéficient et ceux qui n’en bénéficient pas.
  • Plus de 2 Français sur 3 seraient prêts à renoncer à l’accord de réduction du temps de travail existant dans l’entreprise en contrepartie d’une augmentation de salaire.
  • Presque 2 Français sur 3 estiment que les 35 heures pénalisent les entreprises.

C’est donc tout simplement écouter les Français qui est la démarche sage !

C’est également ne pas détruire brutalement ce qui a été construit par des accords ou des contrats qui est intelligent.

Veillons à l’harmonie entre les contraintes économiques et les aspirations sociales.

L’un ne va pas sans l’autre…

Aide-toi, le ciel t’aidera ” est une maxime un peu brutale. Mais sans effort, sans travail, il n’y a ni richesse, ni partage possibles.

Cet hymne à l’implication de chacun doit avoir comme limite l’obligation d’équité, fortement ressentie lorsque le chômage réapparaît. Ne l’oublions pas non plus.

Entre la loi et la jungle, la conscience du médecin reste l’alternative éthique

6 octobre 2003

L’éthique médicale, dans la France d’aujourd’hui, à législation constante, permet une réponse appropriée. Elle repose sur la conscience du médecin, sur le dialogue avec le patient et son entourage personnel… La mort de Vincent Humbert, le 26 septembre,  place sous les feux de l’actualité la fin de la vie : son accompagnement, le “choix” de ses modalités. La sagesse chrétienne enseigne d’être toujours prêt, ce qui est une morale exigeante, indiquant qu’on ne sait ”ni le jour ni l’heure”. Elle ne résout pas l’attente lorsque la souffrance est extrême.

Jean-Pierre Raffarin a rappelé avec une sagesse humaniste, qui dépasse ses convictions religieuses personnelles, que “la vie n’appartient pas aux politiques”.

Le drame de cette tragédie liant une mère et son fils où se côtoient l’amour et la mort nous confronte à des questions redoutables. Qui se posent en fait quotidiennement de manière moins spectaculaire mais tout aussi délicate et sensible, tant il est vrai que la mort est de moins en moins totalement “naturelle”. Le progrès scientifique que nous connaissons fait que la mort résulte souvent maintenant d’une “décision”, soit pour épargner les souffrances, soit même pour refuser l’acharnement thérapeutique.

Tous les médecins hospitaliers ont à faire face à cette responsabilité redoutable, qui est l’honneur même de leur vocation et que seules leur conscience et leur éthique peuvent assumer. Une loi ne codifiera jamais l’ensemble des situations humaines auxquelles le corps médical doit répondre. Dans ce contexte, comprendre et partager la douleur d’une famille, souhaiter même une retenue avant toute expression publique, refuser les réactions à chaud ne sauraient nous exonérer d’une réflexion et d’une décision claires.

***

Les propos fusent. Ils sont parfois choquants, d’une cruauté à l’image de la détresse qu’ils expriment. Souvent magnifiques, dès lors qu’apparaît le souci humaniste de ne pas se voiler la face sur les questions que vivent douloureusement de nombreuses familles françaises.

Les “cris” de douleur de Vincent Humbert ont été nombreux et clairs :

“ Si vous étiez à ma place, vous voudriez quoi : vivre ou mourir ?”

“ Je ne veux pas que l’on s’apitoie sur mon sort, je veux simplement qu’on me comprenne”

“ Demander la mort n’est pas une défaite ou une lâcheté mais un soulagement pour le malade et son entourage”.

Sa mère les a entendus et a commis l’irréparable par un geste qualifié avec beaucoup d’humanité par le Procureur de la République de Boulogne sur Mer, qui a sur le champ déclaré : il s’agit à la fois d’un geste réprimé par la loi et d’un profond drame humain, il faut pouvoir concilier les deux” .

Marie Humbert s’est sentie investie d’une mission contre-nature, celle d’une mère décidant par amour d’aider son fils à mourir : “ quand, tous les jours, votre gamin vous dit : « maman, je n’en peux plus de souffrir, je t’en prie, soulage-moi », que feriez-vous à ma place ? Je me dis que je vais le remettre au monde, mais dans un autre monde où il sera heureux. ”

Je ne veux pas tuer mon fils, je vais l’aider à se suicider« . « Cette différence, dans mon cœur, est très importante, on en a  tellement discuté avec Titi (Vincent)”. “ Il est tellement désespéré… Il est persuadé qu’après il sera heureux, c’est le principal”.

Le frère, Laurent , provoque par des propos crus, qui traduisent sans doute l’abomination de l’état de son frère : “quand j’ai appris sa mort, j’ai crié de joie dans la rue. J’ai annoncé la nouvelle à maman qui était aux anges, enfin libérée, tout comme Vincent, après ce si long calvaire. Puis je suis allé lui dire au revoir. Il était beau, reposé, serein. On lui avait enlevé tous ses tubes. Je crois qu’il est parti avec le sourire. C’était triste mais magnifique ”.

En entendant ces phrases d’une effrayante brutalité, un sentiment contradictoire envahit immédiatement. Le sens d’une vie, lorsque la déchéance physique ou mentale est quasi absolue se pose. Mais qui peut décider que la mort est forcément une libération ? Bruno Frappat, dans son éditorial de “La Croix” le rappelle avec intelligence et cœur : “ la vie fardeau, la mort valeur ? Où nous mènerait une telle rupture anthropologique ? Au glissement progressif vers plus d’inhumanité”.

Patrick Verspieren, jésuite, directeur du département d’éthique biomédicale à la faculté de théologie de l’institut d’enseignement supérieur des jésuites, exprime une position mêlée de foi et de sentiment humain, qui en l’occurrence sont forcément sinon antagonistes, du moins difficilement compatibles. Il le fait avec l’intelligence critique dont sont capables les jésuites !

“ La vie est un don de Dieu. Personne ne peut décider que la vie d’autrui n’a plus de valeur. C’est pourquoi l’Eglise condamne l’euthanasie , définie comme tout acte dont l’objectif est de provoquer la mort pour mettre fin à la souffrance d’autrui« .

« Si l’Eglise considère comme un soin le fait de soulager la douleur, même avec des antalgiques puissants, elle condamne aussi les traitements déraisonnables, à savoir l’acharnement thérapeutique pour maintenir la vie à tout prix. On peut d’ailleurs se demander si les réanimateurs n’ont pas été imprudents en cherchant à sauver la vie de Vincent en septembre 2000″.

Il ajoute, montrant les limites de ses certitudes de croyant : “ je ne souhaiterais pas faire partie du jury d’assises si un tel procès devait avoir lieu un jour”.

L’éthique médicale, dans la France d’aujourd’hui, à législation constante, permet une réponse appropriée. Elle repose sur la conscience du médecin, sur le dialogue avec le patient et son entourage personnel. Mais il est vrai que beaucoup de questions se posent :

Jusqu’où faut-il se battre pour maintenir en vie ? A partir de quel moment une existence n’est-elle plus humaine mais “mécanique” ? Existe-t-il une sorte de “droit ” au suicide ? La science permet-elle des pronostics vitaux certains ? Comment éviter le moindre trouble dans l’image auprès des malades d’un médecin qui ne saurait jamais devenir un administrateur de fin de vie ?  Qui doit contrôler les décisions des médecins lorsqu’ils sont confrontés au dilemme final vis-à-vis de leur patient ? Peut-on garantir que le principe de l’opportunité des poursuites met le corps médical à l’abri d’une judiciarisation excessive de leurs actes ? Une codification des situations est-elle réaliste, utile ? Peut-on définir le concept de médecine “raisonnable” ?

***

C’est la mission et l’honneur du Président de la République, du Gouvernement et du Parlement devant, sur ce sujet, faire abstraction de tout clivage politicien de répondre à ces interrogations. Avec humanité et humilité. Avec le seul souci du respect de la dignité de toute vie humaine. Sans chercher la rationalité politique absolue, qui cherche à tout prévoir, organiser, décider sans souci de la spécificité de chaque détresse humaine.

En sachant non par lâcheté mais par humanisme concret confier la responsabilité au médecin, comme le recommande la fédération protestante de France qui laisse juge l’individu, malade, soignant ou proche : “ aucune loi ni aucune instance morale ne peut prétendre supprimer la responsabilité éthique du patient, des médecins, de l’entourage ”.

La mission d’information de l’Assemblée Nationale  doit faire oublier que les députés votent la loi ou en proposent de nouvelles ! En l’occurrence, leur rôle est justement de définir ce qui est du domaine de la loi et ce qui doit être régi par une éthique universelle, par nature proche des réalités humaines et non codifiées à l’avance par le législateur.

Le professeur Didier Sicard, Président du Comité consultatif national d’éthique, trace la route en indiquant :

“ Il existe des situations rarissimes – du type de celle de l’affaire Humbert – face auxquelles le droit et la loi restent en toute hypothèse muets. Comment en finir avec l’hypocrisie ? Comment confronter les principes éthiques à la vie vécue au quotidien ?”

Rappelons que la loi française ne s’oppose absolument pas à un arrêt des thérapeutiques inadaptées.

Tu ne tueras pasne signifie pas que le devoir de vie s’apparente à un mépris de sens, de dignité auxquels chaque être humain a droit. Chacun doit bénéficier d’accompagnement approprié pour apaiser ses souffrances, ce qui, ne soyons pas aveugles, conduit parfois à un compte à rebours vers la mort.

Notre responsabilité politique est de garantir le respect de principes de déontologie et d’éthique, dans le parcours final de chaque homme. Sans jamais oublier le mystère de la vie.

Réaffirmer ces principes humanistes ne porte pas atteinte au respect d’une morale républicaine laïque !

Le député de Paris, Jean-Marie Le Guen, a eu grandement et honteusement tort d’accuser le Premier Ministre de “se ranger à une vision théologique de la société”.

La gravité du sujet devrait inspirer à chaque responsable politique une plus exemplaire dignité. Celle requise par la complexité, la grandeur et l’extrême difficulté du geste médical lorsqu’il accompagne la fin de vie.

***

Selon une étude menée par des réanimateurs français et publiée en 2001, 53% des décès survenus dans les services de réanimations sont liés à une décision médicale de limiter ou d’arrêter les soins. Près de 9 fois sur 10, la décision a été prise collectivement par des soignants, et dans 44% des cas la famille y a été associée.

En juin 2002, la société de réanimation a élaboré un protocole de décision sur les “limitations et arrêts de thérapeutiques actives en réanimation adulte” en estimant qu’ils “constituent la seule alternative éthique à un acharnement thérapeutique ; Le principe en est : “ il n’y a pas d’obligation à instituer ou à maintenir une thérapeutique active quand il n’y a pas ou plus de bénéfice à en attendre pour le patient”.

***

Chaque famille française a tristement affronté vis-à-vis d’un proche la question du sens de la vie dès lors qu’il n’y a plus d’espoir de sauver et que la souffrance est intolérable.

Les unités de soins palliatifs, auxquelles des moyens supplémentaires doivent être donnés, aident quotidiennement concrètement les malades et leur famille.

Médecins, infirmières et infirmiers, aides soignants et l’ensemble du personnel hospitalier, donnent tous les jours le meilleur d’eux-mêmes pour traiter, diagnostiquer, surveiller, écouter, réconforter, apaiser. Avec la volonté de “gagner la partie”, c’est à dire de mettre en échec la mort. Et d’aider à vivre le mieux possible.

Cette magnifique vocation, qui est beaucoup plus qu’un métier car tout de la personne est engagé, mérite que nous sachions leur faire confiance. Entièrement confiance, ce qui suppose que nous leur accordions les moyens nécessaires. Et la liberté d’agir.

Ce n’est pas une loi qui manque pour les aider à faire face à leurs responsabilités
. C’est peut-être davantage notre soutien moral qui peut leur permettre de fabriquer l’énergie considérable qu’il leur faut pour savoir toujours rayonner d’une lumière de vie, même et surtout lorsqu’ils donnent la main à un mourrant.

Puissions-nous réussir à éviter toute fausse note idéologique, théorique et dogmatique en réouvrant le dossier épineux de l’accompagnement de la fin de vie.

Le déclenchement des projecteurs médiatiques lié au drame de Vincent Humbert ne sera utile qu’à cette condition.

C’est peut-être l’hommage posthume que nous lui dédions.

C’est en tout cas la marque de la reconnaissance que nous devons à tous ceux qui sans attendre notre analyse, jour après jour, se dévouent pour leur prochain, en choisissant, en leur âme et conscience, le geste qui sauve ou qui aide.

***

PS : voir également la page d’actualité du 23 décembre 2002 sur www.rddv.com “ La bouleversante supplique du jeune pompier au Président est un électrochoc redoutable”

Les aveux du Président Bush pourraient réconcilier les Etats-Unis et la France…

6 octobre 2003

La haine anti-française avait pour fondement essentiel ce qui était supposé être notre défaut de solidarité dans la lutte anti-terroriste… Le mercredi 17 septembre pourrait sceller une nouvelle entente cordiale entre la France et les Etats-Unis !

La déclaration du Président Bush sur l’absence de tout lien avéré entre Saddam Hussein et Ben Laden est un coup de tonnerre dans le ciel de la diplomatie mondiale.

Certes le dimanche 14 septembre, le vice-président américain Dick Cheney indique le contraire dans une interview sur NBC :

“ Un succès de la campagne militaire américaine portera un coup décisif au cœur de la base, comment dire de la base géographique des terroristes qui nous attaquent depuis tant d’années, mais plus spécialement depuis le 11 septembre”.

Mais pour ne pas avoir à confirmer un lien qui n’a jamais pu être établi, le Président Bush est obligé d’admettre :

Non, nous n’avons eu aucune preuve que Saddam Hussein était impliqué dans le 11 septembre”.

Ce qui tranche avec ses propos de septembre 2002 :

On ne peut faire de distinction entre al-Quaïda et Saddam lorsqu’on parle de la guerre contre le terrorisme ”.

La conseillère pour la sécurité nationale, Condoleezza Riece précise :

“ Nous  n’avons jamais prétendu que Saddam Hussein avait eu la direction ou le contrôle des attaques sur New York et Washington. Ce que nous avons dit, c’est qu’il s’agit de quelqu’un qui a soutenu des terroristes, a contribué à leur entraînement (…) et constituait une menace dans cette région que nous n’étions pas prêts à tolérer ”.

Ce grand écart est évidemment un changement majeur. Si le peuple américain tout entier en avait clairement conscience, ce qui supposerait que les propos du Président Bush soient largement diffusés, nous ne serions plus dans la même posture.

La haine anti-française avait pour fondement essentiel ce qui était supposé être notre défaut de solidarité dans la lutte anti-terroriste.

C’eût été effectivement un vrai sacrilège de ne pas soutenir la “coalition” en Irak si était prouvée la complicité Ben Laden- Saddam Hussein. Dans le cas contraire, nous ne méritons pas les excès verbaux qui ont jalonné l’actualité des officiels US vis-à-vis de la France.

Sans exiger de réparation morale, souhaitons que se substitue à l’affrontement féroce un apaisement fécond. Force est malheureusement de constater que nous restons un bouc-émissaire.

C’est préoccupant tout d’abord parce que le lien transatlantique est vital dans la conjoncture internationale actuelle pour éradiquer les menaces terroristes.

Un terme doit donc être mis à la caricature de notre pays et de sa politique extérieure. C’est aux Américains eux-mêmes de faire un geste, puisque ce sont leurs dirigeants qui ont induit en erreur leur opinion publique, en nous désignant à la vindicte populaire sur des bases erronées.

Malgré les nouvelle prudences de Washington, la presse continue à “cogner”.

En témoigne le brûlot du New York Times du 18 septembre signé par Thomas L. Friedman. Le titre est prometteur…“Our war with France(Notre guerre avec la France).

Rien de plus, rien de moins…

Le texte est édifiant. Dramatique d’injustice compte tenu de l’aveu de George W. Bush :

Il est temps que les Américains se rendent à l’évidence : la France n’est pas seulement un allié  embarrassant. Pas seulement un rival jaloux. La France est en train de devenir l’ennemi de l’Amérique ( France is becoming our enemy ).”

“ Si vous ajoutez la manière dont la France s’est comportée dans la période qui a précédé la guerre en Irak (rendant impossible au Conseil de Sécurité des Nations Unies de poser un ultimatum à Saddam Hussein qui aurait pu empêcher la guerre), son comportement pendant la guerre ( quand le Ministre des Affaires Etrangères refusa de répondre à la question s’il souhaitait la victoire de Saddam Hussein ou des Etats-Unis en Irak) et son attitude aujourd’hui ( exigeant une sorte de transfert de souveraineté symbolique à un gouvernement irakien de transition et l’accompagnement  de la transition démocratique contrôlé davantage par une ONU divisée que par les Etats-Unis), la conclusion s’impose ; la France veut que les Etats-Unis échouent en Irak ( France wants America to fail in Irak).”

Le fossé qui s’est creusé entre les Etats-Unis et la France sera dur à combler, si subsiste  avec cette intensité une telle désinformation.

Certes, l’opinion publique américaine évolue fortement. Elle ouvre les yeux.

La campagne présidentielle qui s’approche crée un nouveau front pour le Président Bush. Les opposants à la guerre commencent à se faire entendre. Ainsi, le même New York Times, mais en date du 26 septembre, a publié une pleine page de publicité accusant Donald Rumsfeld d’avoir trahi les soldats partis à la guerre : “ Donald Rumsfeld a trahi nos fils et notre pays. Il est temps pour lui de partir”, proclame aussi un père de trois soldats de l’armée de terre dont 2 sont actuellement en Irak.

Mais, les difficultés rencontrées sur le terrain ne font qu’aviver les plaies.

Nous sommes maintenant taxés d’ironie, d’arrogance, ce qui n’est pourtant d’aucune manière notre attitude ni publique, ni privée. L’enlisement américain est dangereux pour le monde.

Nous n’avons pas de comptes à régler avec l’Amérique. Nous ne souhaitons pas indéfiniment disséquer les  buts et les fondements de l’intervention en Irak.

Nous voulons par contre obstinément et passionnément définir une méthode pour obtenir un réel désarmement des pays qui menacent la sécurité du monde, pour parvenir au démantèlement sans pitié des réseaux terroristes où qu’ils se situent.   

C’était peut-être le sens du baiser de la main de Madame Laura Bush très élégamment donné par le Président Chirac ! Un baiser de paix retrouvée…

Aux pieds de grands ensembles, dans la rue, une remise de légion d’honneur… Vive cette Républi

6 octobre 2003

La vie politique c’est parfois beau. Magnifique.

Mais rien ne vient du hasard !

Jean et Jacqueline Malatray sont des pharmaciens exceptionnels qui travaillent dur au cœur d’un quartier de Tours où rien n’est simple. Ils sont un phare qui émet. Des gens dont le rayonnement humain est exceptionnel. Proches de chacun et pourtant différents de ceux qu’ils côtoient. Une bouée de sauvetage. Une image rassurante de notre pays. Des Français engagés, au sens où leur vie est au service de leur idéal. Avec discrétion, mais avec passion. Du cœur, pas de compromis. De l’ouverture d’esprit, mais des vertèbres.Jacqueline a eu la légion d’honneur. Grâce au Président de la République lui-même qui a accepté ma suggestion.

J’ai voulu que la cérémonie de remise soit un hommage simple mais beau aussi bien à elle qui était honorée qu’à celui qui avait immédiatement compris et décidé.

Il fallait que ce soit sur place, dans le quartier, devant la pharmacie et sa vitrine brisée. Dans la rue. Sous le regard étonné des habitants dans les étages des hautes façades qui surplombent.

Pour sonner juste et donner l’éclat nécessaire, c’est Renaud Dutreil qui m’a fait l’amitié de venir. Il s’est récompensé lui-même, car, dans sa vie de ministre, peu de circonstances ont dû lui sembler aussi fortes et vraies.

A l’image de la République que nous servons et que nous aimons.

Tout fut dit. Evoqué avec sincérité, chaleur et détermination. Y compris l’incompréhension. La haine. La rupture. Le rapport de force. Les incivilités. Les délits plus lourds. La drogue. Mais également la générosité, le dévouement, le réconfort, la chaleur humaine qui transcende les origines et les classes.

Jamais une légion d’honneur épinglée n’aura eu de sens aussi politique, au noble sens du terme.

Nous avons tous vécu ce moment comme une halte dans le tumulte où l’on ne sait plus suffisamment hiérarchiser les priorités.

Tous les jeunes du quartier, qui étaient déjà nombreux à être venus voir, auraient dû être là.

Ne serait-ce que pour les déstabiliser dans leurs certitudes d’être des mal-aimés et dans leurs habitudes de petits fauves rompus à toutes les duretés de la vie.

Dans cette rue piétonne où très peu d’activités subsistent, nous avons collectivement incarné une France qui rassemble sans disparaître, qui est ouverte sans s’excuser d’exister. Nous avons fait vivre la diversité et l’unité de la République.

La Mairie évidemment avait oublié de tenir ses engagements en n’installant ni sono ni petite tente pour nous protéger de la pluie éventuelle…

Le Premier Adjoint au Maire a fait preuve au Conseil Municipal où je ne pouvais être présent faute de dédoublement de son sectarisme habituel.

La cohésion sociale ce n’est pas un travail de commission, une réflexion académique en chambre. C’est sur le terrain qu’il faut la faire vivre. C’est là d’ailleurs que l’on constate l’extrême difficulté de l’action quotidienne des services de l’Etat.

Passant au pied d’un immeuble, “protégé” à distance par des très jeunes faisant le guet, puis par des adolescents et enfin “gardé”  par des jeunes adultes, nous avons vite senti que la porte censée faire accéder à une salle de sport en sous sol était en fait l’accès à un vrai marché de la drogue tant l’odeur était forte…

Les “gardiens” qui n’avaient rien d’anges ont dû avoir peur d’une descente de police en nous voyant arriver ! Tant mieux !

Ces scènes de vie quotidienne “habituelle” dans ce quartier  suscitent légitimement de vives réactions parmi la population.

Les portes d’entrée sont rénovées. Les parkings paysagés. Les locaux pour les poubelles reconstruits à l’extérieur avec du bois exotique. Ce sont de vrais progrès.

Mais la violence ordinaire subsiste. Elle fabrique à force de lassitude et d’exaspération la spirale vers l’extrémisme et toutes les formes de racisme.

Cet engrenage-là n’est pas encore contrecarré ni enrayé. C’était vraiment palpable.

Nous avons beaucoup de fil à retordre et de pain sur la planche avant que la République soit partout efficace, rayonnante et acceptée !

Entre la loi et la jungle, la conscience du médecin reste l'alternative éthique

28 septembre 2003

La mort de Vincent Humbert, le 26 septembre,  place sous les feux de lactualité la fin de la vie : son accompagnement, le "choix" de ses modalités. La sagesse chrétienne enseigne dêtre toujours prêt, ce qui est une morale exigeante, indiquant quon ne sait "ni le jour ni lheure". Elle ne résout pas lattente lorsque la souffrance est extrême.Jean-Pierre Raffarin a rappelé avec une sagesse humaniste, qui dépasse ses convictions religieuses personnelles, que "la vie nappartient pas aux politiques".

Le drame de cette tragédie liant une mère et son fils où se côtoient lamour et la mort nous confronte à des questions redoutables. Qui se posent en fait quotidiennement de manière moins spectaculaire mais tout aussi délicate et sensible, tant il est vrai que la mort est de moins en moins totalement "naturelle". Le progrès scientifique que nous connaissons fait que la mort résulte souvent maintenant dune "décision", soit pour épargner les souffrances, soit même pour refuser lacharnement thérapeutique.

Tous les médecins hospitaliers ont à faire face à cette responsabilité redoutable, qui est lhonneur même de leur vocation et que seules leur conscience et leur éthique peuvent assumer. Une loi ne codifiera jamais lensemble des situations humaines auxquelles le corps médical doit répondre. Dans ce contexte, comprendre et partager la douleur dune famille, souhaiter même une retenue avant toute expression publique, refuser les réactions à chaud ne sauraient nous exonérer dune réflexion et dune décision claires.

***

Les propos fusent. Ils sont parfois choquants, dune cruauté à limage de la détresse quils expriment. Souvent magnifiques, dès lors quapparaît le souci humaniste de ne pas se voiler la face sur les questions que vivent douloureusement de nombreuses familles françaises.

Les "cris" de douleur de Vincent Humbert ont été nombreux et clairs :

" Si vous étiez à ma place, vous voudriez quoi : vivre ou mourir ?"

" Je ne veux pas que lon sapitoie sur mon sort, je veux simplement quon me comprenne"

" Demander la mort nest pas une défaite ou une lâcheté mais un soulagement pour le malade et son entourage".

Sa mère les a entendus et a commis lirréparable par un geste qualifié avec beaucoup dhumanité par le Procureur de la République de Boulogne sur Mer, qui a sur le champ déclaré : il sagit à la fois dun geste réprimé par la loi et dun profond drame humain, il faut pouvoir concilier les deux" .

Marie Humbert sest sentie investie dune mission contre-nature, celle dune mère décidant par amour daider son fils à mourir : " quand, tous les jours, votre gamin vous dit : « maman, je nen peux plus de souffrir, je ten prie, soulage-moi », que feriez-vous à ma place ? Je me dis que je vais le remettre au monde, mais dans un autre monde où il sera heureux. "

" Je ne veux pas tuer mon fils, je vais laider à se suicider". "Cette différence, dans mon cœur, est très importante, on en a  tellement discuté avec Titi (Vincent)". " Il est tellement désespéré… Il est persuadé quaprès il sera heureux, cest le principal".

Le frère, Laurent , provoque par des propos crus, qui traduisent sans doute labomination de létat de son frère : "quand jai appris sa mort, jai crié de joie dans la rue. Jai annoncé la nouvelle à maman qui était aux anges, enfin libérée, tout comme Vincent, après ce si long calvaire. Puis je suis allé lui dire au revoir. Il était beau, reposé, serein. On lui avait enlevé tous ses tubes. Je crois quil est parti avec le sourire. Cétait triste mais magnifique ".

En entendant ces phrases dune effrayante brutalité, un sentiment contradictoire envahit immédiatement. Le sens dune vie, lorsque la déchéance physique ou mentale est quasi absolue se pose. Mais qui peut décider que la mort est forcément une libération ? Bruno Frappat, dans son éditorial de "La Croix" le rappelle avec intelligence et cœur : " la vie fardeau, la mort valeur ? Où nous mènerait une telle rupture anthropologique ? Au glissement progressif vers plus dinhumanité".

Patrick Verspieren, jésuite, directeur du département déthique biomédicale à la faculté de théologie de linstitut denseignement supérieur des jésuites, exprime une position mêlée de foi et de sentiment humain, qui en loccurrence sont forcément sinon antagonistes, du moins difficilement compatibles. Il le fait avec lintelligence critique dont sont capables les jésuites !

" La vie est un don de Dieu. Personne ne peut décider que la vie dautrui na plus de valeur. Cest pourquoi lEglise condamne leuthanasie , définie comme tout acte dont lobjectif est de provoquer la mort pour mettre fin à la souffrance dautrui".

"Si lEglise considère comme un soin le fait de soulager la douleur, même avec des antalgiques puissants, elle condamne aussi les traitements déraisonnables, à savoir lacharnement thérapeutique pour maintenir la vie à tout prix. On peut dailleurs se demander si les réanimateurs nont pas été imprudents en cherchant à sauver la vie de Vincent en septembre 2000".

Il ajoute, montrant les limites de ses certitudes de croyant : " je ne souhaiterais pas faire partie du jury dassises si un tel procès devait avoir lieu un jour".

Léthique médicale, dans la France daujourdhui, à législation constante, permet une réponse appropriée. Elle repose sur la conscience du médecin, sur le dialogue avec le patient et son entourage personnel. Mais il est vrai que beaucoup de questions se posent :

Jusquoù faut-il se battre pour maintenir en vie ? A partir de quel moment une existence nest-elle plus humaine mais "mécanique" ? Existe-t-il une sorte de "droit " au suicide ? La science permet-elle des pronostics vitaux certains ? Comment éviter le moindre trouble dans limage auprès des malades dun médecin qui ne saurait jamais devenir un administrateur de fin de vie ?  Qui doit contrôler les décisions des médecins lorsquils sont confrontés au dilemme final vis-à-vis de leur patient ? Peut-on garantir que le principe de lopportunité des poursuites met le corps médical à labri dune judiciarisation excessive de leurs actes ? Une codification des situations est-elle réaliste, utile ? Peut-on définir le concept de médecine "raisonnable" ?

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Cest la mission et lhonneur du Président de la République, du Gouvernement et du Parlement devant, sur ce sujet, faire abstraction de tout clivage politicien de répondre à ces interrogations. Avec humanité et humilité. Avec le seul souci du respect de la dignité de toute vie humaine. Sans chercher la rationalité politique absolue, qui cherche à tout prévoir, organiser, décider sans souci de la spécificité de chaque détresse humaine.

En sachant non par lâcheté mais par humanisme concret confier la responsabilité au médecin, comme le recommande la fédération protestante de France qui laisse juge lindividu, malade, soignant ou proche : " aucune loi ni aucune instance morale ne peut prétendre supprimer la responsabilité éthique du patient, des médecins, de lentourage ".

La mission dinformation de lAssemblée Nationale  doit faire oublier que les députés votent la loi ou en proposent de nouvelles ! En loccurrence, leur rôle est justement de définir ce qui est du domaine de la loi et ce qui doit être régi par une éthique universelle, par nature proche des réalités humaines et non codifiées à lavance par le législateur.

Le professeur Didier Sicard, Président du Comité consultatif national déthique, trace la route en indiquant :

" Il existe des situations rarissimes – du type de celle de laffaire Humbert – face auxquelles le droit et la loi restent en toute hypothèse muets. Comment en finir avec lhypocrisie ? Comment confronter les principes éthiques à la vie vécue au quotidien ?"

Rappelons que la loi française ne soppose absolument pas à un arrêt des thérapeutiques inadaptées.

" Tu ne tueras pas " ne signifie pas que le devoir de vie sapparente à un mépris de sens, de dignité auxquels chaque être humain a droit. Chacun doit bénéficier daccompagnement approprié pour apaiser ses souffrances, ce qui, ne soyons pas aveugles, conduit parfois à un compte à rebours vers la mort.

Notre responsabilité politique est de garantir le respect de principes de déontologie et déthique, dans le parcours final de chaque homme. Sans jamais oublier le mystère de la vie.

Réaffirmer ces principes humanistes ne porte pas atteinte au respect dune morale républicaine laïque !

Le député de Paris, Jean-Marie Le Guen, a eu grandement et honteusement tort daccuser le Premier Ministre de "se ranger à une vision théologique de la société".

La gravité du sujet devrait inspirer à chaque responsable politique une plus exemplaire dignité. Celle requise par la complexité, la grandeur et lextrême difficulté du geste médical lorsquil accompagne la fin de vie.

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Selon une étude menée par des réanimateurs français et publiée en 2001, 53% des décès survenus dans les services de réanimations sont liés à une décision médicale de limiter ou darrêter les soins. Près de 9 fois sur 10, la décision a été prise collectivement par des soignants, et dans 44% des cas la famille y a été associée.

En juin 2002, la société de réanimation a élaboré un protocole de décision sur les "limitations et arrêts de thérapeutiques actives en réanimation adulte" en estimant quils "constituent la seule alternative éthique à un acharnement thérapeutique ; Le principe en est : " il ny a pas dobligation à instituer ou à maintenir une thérapeutique active quand il ny a pas ou plus de bénéfice à en attendre pour le patient".

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Chaque famille française a tristement affronté vis-à-vis dun proche la question du sens de la vie dès lors quil ny a plus despoir de sauver et que la souffrance est intolérable.

Les unités de soins palliatifs, auxquelles des moyens supplémentaires doivent être donnés, aident quotidiennement concrètement les malades et leur famille.

Médecins, infirmières et infirmiers, aides soignants et lensemble du personnel hospitalier, donnent tous les jours le meilleur deux-mêmes pour traiter, diagnostiquer, surveiller, écouter, réconforter, apaiser. Avec la volonté de "gagner la partie", cest à dire de mettre en échec la mort. Et daider à vivre le mieux possible.

Cette magnifique vocation, qui est beaucoup plus quun métier car tout de la personne est engagé, mérite que nous sachions leur faire confiance. Entièrement confiance, ce qui suppose que nous leur accordions les moyens nécessaires. Et la liberté dagir.

Ce nest pas une loi qui manque pour les aider à faire face à leurs responsabilités
. Cest peut-être davantage notre soutien moral qui peut leur permettre de fabriquer lénergie considérable quil leur faut pour savoir toujours rayonner dune lumière de vie, même et surtout lorsquils donnent la main à un mourrant.

Puissions-nous réussir à éviter toute fausse note idéologique, théorique et dogmatique en réouvrant le dossier épineux de laccompagnement de la fin de vie.

Le déclenchement des projecteurs médiatiques lié au drame de Vincent Humbert ne sera utile quà cette condition.

Cest peut-être lhommage posthume que nous lui dédions.

Cest en tout cas la marque de la reconnaissance que nous devons à tous ceux qui sans attendre notre analyse, jour après jour, se dévouent pour leur prochain, en choisissant, en leur âme et conscience, le geste qui sauve ou qui aide.

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PS : voir également la page dactualité du 23 décembre 2002 sur www.rddv.com " La bouleversante supplique du jeune pompier au Président est un électrochoc redoutable"

Forum "La Croix": Le conflit des intermittents.Par Didier Méreuze

26 septembre 2003

Renaud Donnedieu de Vabres: Avant toute chose, un cri : Vive le spectacle ! Vive la liberté de l’artiste ! Vive un public de plus en plus nombreux dont la présence est le plus grand soutien… Renaud Donnedieu de Vabres:  Avant toute chose, un cri : Vive le spectacle ! Vive la liberté de l’artiste ! Vive un public de plus en plus nombreux dont la présence est le plus grand soutien.

La réforme du régime de l’intermittence a provoqué, cet été, une crise profonde. Un vrai choc, un sentiment de gâchis.

Rappelons d’abord que les annexes VIII et X font partie du régime interprofessionnel de l’Unedic. C’est donc l’ensemble des salariés du privé qui cotisent pour ce système, qui était, force est de constater, en pleine dérive financière. En un peu plus de dix ans, le nombre d’intermittents a été multiplié par deux, les allocations servies par près de 4. Le déficit en 2002 était de 828 M€, soit près du tiers du déficit prévisionnel 2003 du régime général. Il était dès lors compréhensible qu’une réforme soit entreprise.

Contrairement aux intentions initiales du MEDEF, l’accord du 26 juin dernier sauve et pérennise le régime spécifique d’assurance chômage des intermittents du spectacle, du cinéma et de l’audiovisuel. C’est donc une grande victoire. Il est en effet fondamental de permettre aux créateurs et aux techniciens de ces secteurs de disposer dun régime dindemnisation du chômage adapté aux caractéristiques de leur activité et aux périodes de recherche demploi ou de travail non rémunérées auxquels ils sont confrontés.

Le Gouvernement n’a cessé, daccompagner, déclairer, dencadrer la négociation entre les partenaires sociaux, rappelant qu’il nadmettrait ni la dénonciation des annexes VIII et X de lassurance chômage, ni la mise en oeuvre daménagements qui en compromettraient structurellement léquilibre. A cet égard, le Ministre de la Culture et de la Communication a demandé, le 7 juillet dernier, à l’Unedic de revenir sur certains points de l’accord. L’accord, modifié par l’avenant du 8 juillet, donne ainsi satisfaction. Il s’agit aujourd’hui d’accompagner sa mise en œuvre.

Au-delà, de la réforme, la crise que nous avons traversée a soulevé beaucoup dautres questions dont, celle, fondamentale, de la juste prise en compte de la réalité du travail artistique.

Veillons à l’activité, aux moyens consacrés à la culture, c’est la meilleure façon de supprimer le risque du chômage.

Le temps de la confusion entre ce qui est de la responsabilité de lUnedic et de celle des producteurs – publics et privés – de lactivité culturelle est bien clos. Chacun doit prendre sa part de responsabilité. Il incombe à l’Etat et aux Collectivités territoriales d’agir pour le soutien et le développement de l’emploi des artistes et des techniciens.

De façon générale, il y a lieu aujourdhui dengager une vaste réflexion, dengager des initiatives en faveur des métiers du spectacle, de la musique, de laudiovisuel et de toutes les questions relatives à la formation, à lentrée dans les professions, à leur exercice, à leur rémunération, à la couverture sociale quelles garantissent, à la sortie des métiers, à la reconversion, à la retraite.

Ce sont ces questions et toutes les autres relatives à la mise en oeuvre de laction publique dans ces secteurs qui alimenteront les débats dans le cadre des Assises nationales du spectacle vivant initiées par le Gouvernement, en région dabord, à Paris en conclusion. Doivent librement se retrouver pour travailler : artistes, professionnels, élus, administrateurs qui sont sincèrement animés par le désir d’oeuvrer à la redéfinition de lambition même de lEtat et de ses réseaux en partenariat étroit avec les Collectivités locales. C’est en répondant à ces questions que le spectacle vivant retrouvera les bases d’un développement équilibré et heureux.

Pas d’états d’âme chez les parlementaires de l’UMP ! Raffarin en 1ère ligne !

23 septembre 2003

Jean-Pierre Raffarin est en 1ère ligne. Exposé. A nous de ne pas être des frileux, des prudents, des timorés, des planqués… Jean-Louis Debré a eu raison de “ramasser” avec humour les ministres en retard ce matin à la séance de clôture des journées parlementaires de l’UMP dans cette magnifique ville de Nancy.

Seule l’urgence d’une crise à régler pouvait légitimer pour un ministre de ne pas entendre les présidents des groupes parlementaires, le président du Sénat et celui de l’Assemblée Nationale.

Certains se sont donc fait épingler avec d’autant plus de verve que la forêt de micros, caméras et projecteurs qui les escortent devient une sorte de mur qui enferme et encercle, empêchant la simple poignée de main et l’échange instantané où l’on prend le pouls, la température. Où se noue un dialogue toujours nécessaire surtout par gros temps. Pour ne pas être injuste, imaginons qu’il s’agissait de visites de terrain toujours utiles…

Alain Juppé fait preuve d’une constance et d’une solidité dans le soutien à l’action de Jean-Pierre Raffarin, qui fait penser qu’existe une mystérieuse et utile complicité entre Premiers Ministres ! Est-ce peut-être d’ailleurs, l’égale proximité vis-à-vis du chef de l’Etat, qui crée la force de l’attelage ?

En tous cas, cela évite bien des problèmes inutiles, qui seraient dans cette conjoncture des erreurs lourdes et impardonnables…

***

Beaucoup d’électricité voire même de tension étaient pronostiquées, attendues pour ne pas dire souhaitées par certains. Nancy était “programmé” pour être un festival de petites phrases assassines, une sorte de prélude aux futures partitions solitaires. “Vous aviez aimé Moliets, notre université d’été…Vous allez adorer Nancy !” Pensaient sournoisement quelques esprits compliqués et retors.

Eh bien, l’atmosphère fut toute autre. Sur de nombreux sujets, le débat existe. Il a été utile et instructif. Des questions se posent. Des améliorations sont toujours possibles.

Nous devons être, vis-à-vis de nous-mêmes, d’une exigence et d’une intransigeance absolues. A la moindre brèche, à la moindre faille, s’engouffre un torrent de contestations et de remises en cause toujours prompt à dévaster. A semer le trouble et le désarroi dans les crânes. Déjà secoués par la violence de l’actualité nationale et internationale.

Reconnaissons-le franchement : beaucoup pensent que l’annonce de l’augmentation du prix du gazole aurait dû être fortement précédée par celle des investissements qu’elle rend possible. Cela aurait clarifié les termes du débat actuel sur le sujet. Sommes-nous responsables des 28 Milliards de déficit du Réseau Ferré de France ? Nous sommes par contre comptables de réaliser les équipements ferroviaires attendus par nos concitoyens. Vive le TGV Est ! Vive la prolongation du TGV Atlantique ! Vive la modernisation des nouveaux TER !

Aucune augmentation des prélèvements, n’est désormais acceptée, sauf s’il s’agit de répondre de manière incontestable à une grande cause, à une urgence, à un besoin d’investissement.

Il ne s’agit pas de renflouer les caisses de l’Etat, mais de flécher des recettes fiscales, de les affecter à une dépense précise.

C’est un nouvel état d’esprit, un changement des mentalités tout à fait fondamental. Attendu par les contribuables non pas “associés” mais épuisés que nous sommes tous. Rendons grâce à Bercy de l’avoir enfin compris ! Même si cela remet en cause certains dogmes budgétaires…

Nous tenons nos engagements au rythme permis par la conjoncture. Il n’y a aucune remise en cause du cap, de la perspective tracée par le peuple lors des présidentielles et des législatives.

Aucun grand écart par rapport à Jacques Chirac ! Rassure-toi, cher Jean-Louis ! C’est peut-être cela qui explique la solidité de la “troupe” parlementaire.

Certes, nos électeurs sont inquiets de la conjoncture, des menaces qui pèsent sur notre sécurité en raison des risques terroristes, comme des pertes d’emplois qui sont le dégât collatéral d’une croissance insuffisante. Mais ils ont confiance en nous.

Proximité et détermination, ouverture et volonté, pragmatisme et persévérance sont des maîtres-mots, des maximes qui rassurent. Qui font d’un chemin semé d’embûches une vraie trajectoire. Celle des petits pas qui font de vrais progrès, de solides résultats.

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Les sondages qui sont les matraques des temps actuels pour “évanouir” les responsables publics ne nous impressionnent pas. Ou plutôt, ils nous mobilisent pour être encore plus à l’écoute, encore plus réformateurs, encore plus vigilants sur l’évaluation de nos décisions.

Nicolas Sarkozy a bien fait d’en rappeler la nécessité. C’est la syndrome Jospin, mélange d’auto-célébration décalée et de suffisance idéologique, qui doit rester notre spectre…

La violence des critiques personnelles contre Jean-Pierre Raffarin et des pronostics “définitifs” formulés par certains analystes nous forge un vrai esprit de contradiction ! Non pas pour refuser le constat de la difficulté des temps actuels. Mais simplement pour ne pas nous détourner de notre parcours du combattant, au terme duquel nous espérons pouvoir présenter un bon bilan.

Notre solidité politique étonne. Elle déçoit ceux qui voudraient nous voir chuter. Ce n’est pas de la solidarité. C’est plus fortement une cohésion, c’est l’état d’esprit de l’équipage UMP, ce rassemblement qui, du citoyen au Président de la République, a décidé l’action, la réforme, la reconquête.

Nous devons tous, chacun à son poste, être au contact, à la manœuvre. Il était normal que le Premier ministre trace la voie, écrive la feuille de route. Il serait choquant que ministres, parlementaires et élus ne lui emboîtent pas le pas. Il n’y a pas de réussite possible à l’abri. Il n’y a pas de résultat pour quiconque aurait la tentation de se protéger, de se farder la réalité, de refuser le dialogue nécessaire avec les Français dont les aspirations sont parfois complexes et contradictoires…

Jean-Pierre Raffarin est en 1ère ligne. Exposé. Au cœur de la mêlée. C’est l’honneur de sa fonction et de la conception qu’il en a.

A nous de ne pas être des frileux, des prudents, des timorés, des planqués.

C’est dans l’épreuve que se forgent le caractère et même la réussite humaine et politique.

C’est en étant courageux et généreux que nous serons “populaires”, ce qui ne l’oublions pas doit être notre devise.

C’est bien différent d’un sondage ! Seule l’élection au suffrage universel est l’épreuve de vérité…Ne pas s’en souvenir est une erreur politique.