RDV : « Vous savez, nous sommes directement concernés par le rétablissement de la sécurité internationale. Nous sommes à quelques jours d’un triste anniversaire qui est celui du 11 septembre où le terrorisme avait frappé les Etats-Unis. Donc la sécurité internationale, la lutte contre le terrorisme nous concernent… Valérie LECASBLE: « Aujourd’hui, j’ai invité Renaud DONNEDIEU de VABRES. Vice-Président de la Commission des Affaires Etrangères à l’Assemblée Nationale et Porte-parole de l’UMP, Ancien Ministre des Affaires Européennes, Renaud DONNEDIEU de VABRES, Bonjour. »
Renaud DONNEDIEU DE VABRES : « Bonjour. »
V L : « Qu’est-ce que la France répond aux propos de George W.BUSH? »
RDV : « Vous savez, nous sommes directement concernés par le rétablissement de la sécurité internationale. Nous sommes à quelques jours d’un triste anniversaire qui est celui du 11 septembre où le terrorisme avait frappé les Etats-Unis. Donc la sécurité internationale, la lutte contre le terrorisme nous concernent. Mais justement, c’est parce que nous partons de la menace, de la gravité de la tension internationale actuelle que la France et un certain nombre de pays – car nous ne sommes pas du tout isolés – exigent la clarté du droit. Pour nous en Irak, le politique doit précéder l’opérationnel. Le politique cela veut dire que l’administration de l’Irak soit très clairement placée sous le contrôle de l’ONU pendant la période transitoire et que le peuple irakien ait véritablement le sentiment que l’objectif politique c’est la démocratie retrouvée. Sinon, il ne faudra pas s’étonner que sur le terrain s’installe un « sale » engrenage : celui du terrorisme et celui où la coalition n’apparaît pas comme une force de libération mais comme une force d’occupation. C’est cette spirale qu’il faut casser. C’est la raison pour laquelle la Russie, la France, l’Allemagne, qui sont préoccupées, solidaires bien évidemment de ce qui se passe vis-à-vis des troupes de la coalition, souhaitent, que le message politique claire et préalable de la communauté internationale soit la souveraineté en Irak. Sans cela on apparaîtra toujours comme des troupes d’occupation avec tout ce que cela peut générer comme résistance, comme réactions et comme tragédies sur place. »
VL : « Vous avez le sentiment que le Président américain demande l’aide internationale contre une aide financière pour imposer le leadership américain dans la région. Je caricature un peu volontairement. Mais c’est ce que vous êtes en train de dire. »
RDV : « Nous recommandons que le droit soit très clairement appliqué, qu’il n’y ait aucune ambiguïté. Les Américains souhaitent que la communauté internationale s’engage, ils reconnaissent le rôle des Nations Unies. C est quelque chose de très important ! »
VL : « Cest pas un pas très important ça ? »
RDV : « Si, bien sûr ! C’est une étape féconde. Il ne faut pas chercher à savoir qui a tort ou qui a raison. Nous avons à faire face à une situation beaucoup trop dangereuse. Les dérapages seront de plus en plus graves et la contagion dans d’autres parties du monde encore plus importante. C’est la raison pour laquelle nous sommes plein de bonne volonté. Qu’on écoute un tout petit peu notre recommandation, elle n’est pas un règlement de compte, elle est un conseil utile. Au moment de la fin de l’intervention militaire nous avons dit qu’il fallait savoir transformer une victoire militaire en victoire politique, le responsable de cette victoire politique ce sont les Nations Unies, parce que c’est le seul lieu qui reste incontestable. Et qui permet ensuite de maîtriser toutes les forces qui sont hostiles à l’application du droit et au rétablissement de la démocratie en Irak. »
VL : « D’un point de vue politique, est-ce que vous n’avez pas peur que la France apparaisse comme l’empêcheur de tourner en rond, alors que G.W.BUSH tend la perche de la réconciliation et qu’elle hésite à la saisir ? »
RDV : « Non, non, nous ne refusons aucune perspective mais nous disons que pour être efficace, pour que la coalition, les soldats américains, britanniques, polonais soient dans une situation claire, il faut que le message politique de la communauté internationale soit incontestable. »
VL : « Est-ce que les Allemands, les Chinois, les Russes que vous avez cités sont d’accord avec la position de la France ? »
RDV : « Ecoutez, j’ai observé ce week-end des réactions très convergentes des principaux dirigeants du monde. Encore une fois, on cherche à travailler ensemble, de la meilleure manière. »
VL : « Comment est-ce que vous interprétez cette demande maintenant de G.W.BUSH. Il demande au Français de taire leur rancœur. Il demande ces 87 milliards de dollars également ? »
RDV : « Il y a beaucoup d’incompréhension sur place et quand j’utilise ce mot il est très mesuré. Vous voyez bien aujourd’hui, qu’il y a de véritables combats, une lutte. Une clarification de la présence de la coalition en Irak est nécessaire pour que la perspective de libération, encore une fois, soit incontestable et la démocratie retrouvée également. »
VL : « Vous étiez dans nos studios, quand l’ambassadeur d’Israël en France parlait de cette demande de M. Ahmad Quoreï qu’Israël arrête de boycotter Yasser ARAFAT. Les conséquences de tout cela au Proche-orient sont incalculables ? »
RDV : « Oui, on ne peut pas rester les bras croisés, je comprends l’inquiétude de l ‘Ambassadeur d’Israël. Israël a le droit de vivre en sécurité. Et les attentats récents ont souillé Israël et ont été une déflagration considérable, c’est extraordinairement choquant ! De la même manière que les Palestiniens doivent avoir la certitude de la perspective d’avoir un Etat viable. Alors, on ne peut pas rester les bras croisés. Il ne peut pas y avoir deux poids, deux mesures. On ne peut pas à quelques centaines de kilomètres avoir 300 000 soldats et là n’envoyer personne ! Je soutiens totalement la proposition française du Président et du Ministre des Affaires Etrangères qu’ils ont reformulée pour qu’il y ait une force d’interposition qui permette la véritable « feuille de route ». C’est à dire que chaque Etat puisse vivre en sécurité. Le face à face aujourd’hui, c’est la spirale de la haine. L’interposition est une nécessité absolue pour permette à la « feuille de route » de continuer à avoir une validité politique. Moi, j’étais en Israël et en Palestine il y a quelques semaines, l’Union Européenne avait recommandé qu’on continue à maintenir le contact avec Yasser ARAFAT. Sinon, on exposait le Premier Ministre palestinien à une mission impossible. Exiger de lui qu’il arrive à maîtriser immédiatement toutes les forces terroristes palestiniennes, c’était une « feuille de route » inatteignable. Et qu’il fallait, non pas pour l’idéaliser mais surveiller très directement l’attitude de Yasser ARAFAT. »
VL : « G.W.BUSH n’en a même pas parlé, cette nuit, du Proche-Orient. »
RDV : « C’est pourtant la priorité de la Communauté internationale. Ou alors on a une espèce de sentiment écœurant. »
***
VL : « Annulation de 1,4 milliards d’euros de crédits supplémentaires. Et ça c’est à cause du déficit qui est encore plus lourd que prévu. François HOLLANDE va vous dire que c’est de la rigueur, Renaud DONNEDIEU DE VABRES. »
RDV : « Je ne sais pas ce que François HOLLANDE va nous dire. »
VL : « C’est ce qu’il vous avait dit la dernière fois, c’est pour cela que je le rappelle. »
RDV : « On ne va pas faire un jeu stérile de l’héritage. Et pour autant, si la France est un peu en retard par rapport à un certain nombre de ses voisins européens en matière de réformes la faute à qui ? Pas la faute au gouvernement RAFFARIN ou à la majorité présidentielle parce que nous nous « coltinons » la réalité, nous entreprenons les réformes les unes à la suite des autres. Et c’est vrai que pendant les 5 ans de Monsieur JOSPIN, la réforme des retraites et la réforme de l’assurance maladie, par exemple, ont dû attendre. »
VL : « La réforme de l’assurance maladie va attendre encore ? »
RDV : « Non, on a une méthode : faire partager à nos concitoyens le constat de la réalité. La réforme des retraites on l’a réussie parce que, avec beaucoup de méthode, on a fait partager le diagnostic et ensuite on a pris des décisions courageuses. Vous savez, il y a eu des débats. D’ailleurs, certains nous disaient à droite : mais pourquoi vous traînez ? Pourquoi vous ne faites pas le grand soir de la réforme ? Pourquoi vous ne procédez pas par ordonnances ? Jean-Pierre RAFFARIN a utilisé le bon rythme et la bonne méthode ! Sur la santé c’est un problème beaucoup, beaucoup, plus difficile encore que la retraite. Parce que la retraite, les Français comprennent qu’il y a des différences de revenus, de pensions, en fonction de ce qu’a été la vie active des gens. Pour la santé, c’est différent. L’exigence, je la partage et je la comprends, c’est l’égalité absolue parce que là, il ne s’agit pas du PDG ou de l’ouvrier, il s’agit de 2 êtres humains qui ont les mêmes droits, face à la vie. Nous devons garantir à chaque Français, à chaque Française le même droit à la santé ! »
VL : « Vous allez différer le débat ? »
RDV : « Non, nous n’allons pas différer mais l’on veut que le diagnostic soit solide car il y aura des décisions forcément très difficiles à prendre. Et aujourd’hui les gens ont le sentiment que l’on a toujours « rasé gratis » que l’on a toujours parlé du « trou de la Sécu » et qu’on l’a toujours comblé sans que chacun s’implique. La réforme de la santé doit impliquer chacun. Ce n’est pas les Français, les assurés sociaux contre les médecins, c’est tous ensemble que nous devons nous garantir, à nous tous, un vrai système de santé efficace. J’ai entendu parler dans votre journal de la taxation du vin. »
VL : « Eh bien oui, il faut bien le combler ce trou de la Sécu ! »
RDV : « C’est non ! Ce week-end, je vais vous raconter – nous étions à l’université d’été à Mollets pour L’UMP avec une grande délégation des 25 pays européens, c’était un grand moment européen – et puis nous avons vu dans la presse écrite, dimanche matin, qu’il était question de la taxation du vin. Alors vous imaginez, en plein Bordelais avec l’ensemble de la presse française et européenne, cela nous a un peu ému. Alors, nous nous sommes renseignés et je crois pouvoir vous dire que la taxation du vin pour le comblement des déficits de la sécurité sociale n’est pas à l’ordre jour ! »
VL : « Elle n’est pas à l’ordre du jour, vous êtes sûr et certain ? »
RDV : « Oui ! »
VL : « Cela devait rapporter 800 000 millions d’euros, on ne veut pas augmenter la CSG, on va encore augmenter le prix du tabac mais cela commence à arriver à son terme puisque la consommation diminue avec l’augmentation du prix. Alors qu’est-ce que vous allez faire ? »
RDV : « Il y aura certainement des décisions difficiles et courageuses à prendre mais qui ne doivent pas être comme cela avait toujours été le cas précédemment uniquement l’augmentation obligatoire parce que c’est ça qui nous fait devenir le mauvais élève de la classe européenne.
Vous savez, ce week-end, il y a eu une polémique comme quoi au fond la majorité présidentielle, le gouvernement de Jean-Pierre RAFFARIN, on tournerait le dos à l’Europe. »
VL : « Difficile d’échapper à la polémique. »
RDV : « Non, j’étais présent ! »
VL : « Vous êtes ancien Ministre des Affaires Européennes. »
RDV : « Oui, j’étais présent au moment du discours de Mr Valéry Giscard d’Estaing. Croyez-vous un instant qu’il avait un compte à régler par rapport à Jean-Pierre RAFFARIN ? Pas du tout, il a simplement voulu dire qu’être européen, c’est être un pays fort et faire des efforts qui vont dans la bonne et la même direction. J’ai la phrase de sa déclaration qui de ce point de vue là est très claire :
« C’est le problème de la gouvernance économique et sociale de l’Union. Nous ne pouvons pas avoir une monnaie commune sans avoir des éléments de politique économique et budgétaire commune sinon ce sont ceux qui sont vertueux qui paient les fautes de ceux qui les commettent. »
Eh bien la France n’a pas été assez vertueuse ces dernières années ! Ce n’est pas de la faute de Jean-Pierre RAFFARIN ou de la majorité présidentielle si les prélèvements obligatoires ont énormément augmenté et donc il nous appartient d’être des réformateurs. C’est à dire de faire la réforme de la retraite, c’est fait, l’assurance maladie on y travaille. Et d’avoir le courage, parce que ce n’est pas facile à faire, de baisser les prélèvements obligatoires. C’est ce qui a été décidé pour l’impôt sur le revenu et j’espère demain, si on a l’accord de nos partenaires européens, sur la baisse de la TVA sur la restauration et de maîtriser les dépenses. Parce que si on ne maîtrise pas les dépenses, alors là effectivement on est « gribouille » ! Mais ce n’est pas la politique de Jean-Pierre RAFFARIN. Je ne crois pas que nous avons reçu des leçons. Il faut plutôt les flécher vers l’Ile de Ré ! »
VL : « C’est chez Lionel Jospin, Je ne sais pas s’il est encore à l’Ile de Ré. D’autre part, il y a une rencontre Mario Monti et Francis Mer, rencontre qui va être difficile. C’est à propos du renflouement des caisses d’Alstom et l’Institution européenne n’est pas d’accord. L’Etat participe à cette augmentation de capital avant que la commission de la concurrence ait rendu son avis. Renaud DONNEDIEU DE VABRES qu’en pensez-vous ? »
RDV : « C’est une entreprise dans un secteur tout à fait stratégique. Parce que vous savez Alstom c’est le nucléaire, ce sont les TGV, donc ce sont des secteurs d’industrie tout à fait importants pour notre pays et pour l’Union européenne et donc je suis certain que Francis Mer, avec le talent qu’on lui connaît, saura convaincre la Commission européenne de la nécessité du soutien que nous apportons à cette entreprise. Ce n’est pas pour fausser le jeu de la concurrence. C’est pour arriver à défendre, au niveau européen, l’existence de l’industrie lourde parce que si on n’y prend garde alors à cause des distorsions de coûts, les délocalisations se multiplieront. Alors je crois qu’il est de l’intérêt même de l’Europe et de chacun des pays qui composent l’Union Européenne de savoir conserver ses industries de grandes technologies. »
VL : « Est-ce que vous pensez que l’allemand Siemens par exemple est d’accord avec ces subventions déguisées en fait de la part du gouvernement français ?
RDV : « Là ce ne sont pas des subventions déguisées, car il y a un problème politique majeur qui se pose. Je crois que l’Europe ce n’est pas les déséquilibres entre pays, c’est le fait qu’on aille tous du même pas, que l’on arrive de ce point de vue là à créer des alliances fructueuses entre des grands groupes. »
VL : « Demain, c’est la réunion du bureau du groupe UMP. C’est la rentrée des députés en quelque sorte. Et ce matin Bernard ACCOYER s’inquiétait de la radicalisation des électeurs. Corinne LEPAGE disait tout à l’heure, on n’entend que l’UMP, on n’entend personne d’autre. Qu’est-ce que vous lui donnez comme message ? »
RDV : « D’abord nous, nous sommes une force politique très ouverte. »
VL : « Il est contre la suppression d’un jour férié. »
RDV : « Nous, nous avons eu le courage politique. Le « demain on rase gratis » était la politique de la gauche. Avec 35 heures, on avait dit aux Français : « vous pouvez travailler moins et vous gagnerez autant ». Nous, nous avons le courage dappeler : « à la solidarité concrète ». Pas uniquement dire c’est les prélèvements…»
VL : « On va être obligé d’augmenter les prélèvements vous le savez bien. Comment on va faire pour récupérer de l’argent ? »
RDV : « Vous me parler du jour férié. Eh bien, on affecterait à une grande cause nationale la somme du travail des Français effectuée ce jour là. Je pense que c’est la bonne méthode. D’autre part, en ce moment, autant sur le plan national que sur le plan international, on est dans une période de radicalisation des esprits. On est amené dans beaucoup de domaines à appeler à l’apaisement. Au respect de la loi, au respect des principes républicains. A l ‘Ecole, par exemple, ce sont les enseignants qui ont demandé cette pacification des esprits. Parce qu’ils sont confrontés à des difficultés très importantes. Donc chacun doit avoir à cœur de faire baisser le niveau d’agressivité et de violence qui existe dans notre pays et qui existe sur le sol international. Je crois que nous ne sommes pas du tout dans une période consensuelle. Je pense que la méthode suivie par Jean-Pierre Raffarin et sa manière d’être lui-même sont tout à fait appropriées à la période actuelle. »
VL : « Va-t-on revenir sur les 35 heures ? »
RDV : « Non, on a pris un certain nombre de décisions. Il y a eu de nombreux assouplissements de la loi. Des négociations sont ouvertes, entreprise par entreprise et branche par branche qu elles s’expriment ! Que les salariés discutent avec les employeurs ! Parce qu il y a des employés qui ont envie d’avoir des augmentations du pouvoir d’achat liées aux heures supplémentaires. Ces discussions doivent avoir lieu. C’est la souplesse ! »
VL : « Merci Renaud DONNEDIEU DE VABRES, porte-parole de l’UMP, Secrétaire-Général Adjoint, Vice-Président de la Commission des Affaires Etrangères à l’Assemblée nationale, Député d’Indre et Loire. »