Mesdames, Messieurs,
Monsieur le Président du Conseil supérieur de l'audiovisuel,
Chers amis,
Bienvenue au coeur même de la fierté de la France, dans ce lieu emblématique de notre
pays, symbolique de notre capacité de rayonnement, démenti cinglant à ceux qui
pronostiquent ou dissèquent un désengagement de l'Etat, un affaiblissement de notre
capacité à préparer l'avenir sur des bases fortes, avec le souci de l'alliance nécessaire entre
les époques et les créateurs.
Après le personnel du ministère et de ses établissements publics, qui en a eu la primeur la
semaine dernière, c'est avec vous que j'ai voulu célébrer ici ce " passage, un pas après
l'autre ", cette entrée dans l'année nouvelle. Je suis heureux de vous confier, à vous
journalistes, à vos plumes, à vos objectifs, à vos caméras ce trésor de notre patrimoine qui
permet de substituer la confiance au doute, la volonté au renoncement, l'espoir au
scepticisme, l'énergie au fatalisme.
En cet instant et avant toute chose, je veux en mon nom personnel et en notre nom à tous,
exprimer une pensée pour Florence Aubenas, journaliste de Libération, disparue en Irak,
dont nous sommes toujours sans nouvelles confirmées. Nous faisons face, grâce à la
mobilisation permanente de tous les services de l'Etat, à cette inquiétude, à cette incertitude,
qui augmentent chaque jour, et nous espérons évidemment tous recevoir bientôt de bonnes
nouvelles.
Mais nous savons, avec Christian Chesnot et Georges Malbrunot, sans oublier Mohamed Al
Joundi, combien l'Irak est un terrain particulièrement dangereux et chaotique en ce moment.
Et je ne peux, après le Président de la République et le Premier Ministre, que lancer un
appel à la plus grande prudence, à la plus grande responsabilité, à la vigilance qui
s'imposent face aux graves dangers qu'encourent en ce moment toutes celles et tous ceux
qui accomplissent, sur ce terrain, leur devoir d'informer.
Ma responsabilité, comme ministre de la communication, c'est de le dire, même si je peux
comprendre ceux qui critiquent de bonne foi les appels à la prudence au nom du devoir
d'informer. Quelle redoutable contradiction ! Quel épouvantable dilemme que celui que nous
infligent les tenants locaux du chaos ! Lorsque la liberté de circulation n'est plus garantie,
c'est la liberté de l'information elle-même qui est entravée, le pluralisme des sources qui est
contrecarré.
Nous connaissons la famille de Florence Aubenas au ministère de la culture et de la
communication. J'ai en ce moment une pensée toute particulière, pour sa soeur Sylvie, qui
est conservatrice à la Bibliothèque nationale de France, l'une des grandes institutions
patrimoniales de ce ministère.
Si j'ai tenu personnellement à vous réunir ici, dans ce haut lieu de culture, sous cette
superbe verrière restaurée, avec la chance du soleil qui vient de poindre, sous cette
charpente métallique rénovée, dans cet édifice conçu dès l'origine – en 1900 – comme le
Palais des Beaux-Arts, dont la fermeture, il y a dix ans déjà, avait consterné les Parisiens,
c'est que l'année 2005 marque l'aboutissement de la première phase de travaux. L'aube
d'une renaissance. Attendue certes … Cet aboutissement n'est qu'un nouveau départ,
puisque la restauration se poursuivra jusqu'en 2007, pour rendre à ce lieu à vocation
culturelle tout son éclat. Je tiens en effet à ce que le Grand Palais garde sa vocation
d'origine, de lieu d'expositions, pour des manifestations culturelles, mais aussi commerciales
de prestige. Car il s'agit d'un lieu hautement symbolique de notre patrimoine. Je souhaite
qu'il soit rendu et offert librement aux Français, en septembre 2005, pour les XXIIe journées
européennes du patrimoine, avant que ne commence la dernière étape des travaux.
Ce lieu exprime le rayonnement de notre culture et de notre capacité de communication. Ce
rayonnement, est le fruit du travail des journalistes, j'y reviendrai dans un instant, et des
hommes de communication. Il est aussi le fruit du travail et de l'engagement des artistes, des
techniciens, et de tous ceux, dans la diversité de leurs métiers, qui se vouent et se dévouent
à la culture. Aussi ai-je souhaité accrocher ici, pour vous les montrer à titre exceptionnel, les
oeuvres de deux jeunes talents de la même génération qui bénéficient, chacun à sa manière,
d'une reconnaissance internationale et qui ont marqué l'activité artistique de l'année écoulée.
Yan Pei Ming, né en 1960 à Shanghai, est célèbre dans le monde entier pour ses portraits
où le visage est traité comme un paysage. Il a déclaré : " Mon travail peut être considéré
comme une sorte de portrait universel…Ce que je peins dans la permanence est au fond
une idée de cette humanité ". Il a été particulièrement à l'honneur, à l'occasion des Années
croisées de la Chine en France et de la France en Chine, qui se termineront à la fin de l'été
2005.
Le photographe Eric Poitevin, né en 1961, travaille sur une autre forme de paysage, autour
de la nature et du corps. Ses images intemporelles réhabilitent un rapport méditatif et
silencieux au monde. Entre nature et nature morte, elles saisissent un équilibre précaire, un
moment suspendu. Ce moment, c'est celui de la rencontre avec l'oeuvre, qui est au coeur de
la mission de mon ministère.
Ces deux artistes, je ne veux surtout pas, en vous les montrant, leur conférer je ne sais
quelle reconnaissance officielle qui n'a pas lieu d'être. Je veux simplement mettre en valeur
leur engagement dans la création, leur travail et leur talent, tellement en phase avec la
vocation de ce ministère et de ce lieu.
J'ai évoqué tout à l'heure la catastrophe en Asie et je veux revenir sur l'influence, à mon sens
tout à fait positive, pour vous exprimer la gratitude de la Nation, des médias dans l'élan de
générosité et de solidarité dont ont fait preuve nos compatriotes, à la mesure des valeurs
humanistes qui nous rassemblent. Un événement qui nous fait prendre conscience d'une
nouvelle dimension de la mondialisation : la mondialisation de la solidarité. Les médias, qui
sont régulièrement en proie, sinon à une crise de confiance, en tous cas, aux interrogations
permanentes de nos concitoyens, ont joué ici tout leur rôle.
Je tiens, au seuil de cette nouvelle année, à rendre solennellement hommage à votre métier,
qui est bien plus qu'une profession, une vraie passion de l'information, de l'événement, de
l'Histoire.
C'est grâce à votre engagement, grâce à la présence courageuse des journalistes, des
reporters et des photographes, bien conscients des risques qu'ils prennent, que nous
mesurons à quel point dans le monde actuel, l'image, la parole, la photo, le film, sont
déclencheurs de paix, de droit, de confrontations démocratiques, de solidarités nouvelles.
Courage et responsabilité, ce sont deux valeurs auxquelles je tiens. Je veux dire ici
l'importance, pour notre pays, comme pour tous ceux qui partagent ces valeurs, de la chaîne
d'information internationale, dont la nécessité stratégique doit s'inscrire en synergie avec les
autres instruments de l'audiovisuel extérieur.
Je le redis ici, la vocation de la chaîne internationale, ce n'est pas d'être la voix de la France.
C'est d'être la voix de la liberté et des valeurs que nous avons en partage, c'est d'être une
voix française, une voix diffusée également en langues étrangères, dans le monde
d'aujourd'hui, marqué par la mondialisation, la violence et les rapports de force. Une voix
française, c'est une voix libre, une voix humaniste, la voix de la culture aussi, face au grand
maelström des images et des émotions collectives, et au moment où chacun, dans le
monde, est amené à s'interroger sur son identité individuelle, communautaire ou nationale,
sur sa propre survie, face aux risques de standardisation, d'uniformisation, de
marchandisation.
Au sein de cet environnement bouleversé par l'avènement des nouvelles technologies, dans
un monde où les sources d'information sont devenues quasiment infinies, seules la mise en
perspective de l'information, sa vérification et son authentification scrupuleuse, sa lecture
critique et sa hiérarchisation permettent au lecteur de lui donner un sens et font la richesse
irremplaçable de l'information écrite. Ce travail du journaliste participe à la formation du
citoyen, en lui offrant pleinement la possibilité de s'inscrire dans la vie de la cité.
C'est pourquoi la situation de la presse dans son ensemble, et tout particulièrement de la
presse écrite, me tient particulièrement à coeur.
La presse française, et surtout la presse d'information politique et générale, connaît
aujourd'hui une situation difficile, en raison de la mauvaise tenue du marché publicitaire,
mais aussi d'une tendance longue à l'érosion de son lectorat. Entre 1998 et 2003, la diffusion
de la presse quotidienne d'information politique et générale a baissé de 5,7%.
Pendant ce temps, les charges de fabrication et de distribution ont continué de progresser.
Je veux dire ma conviction qu'une telle tendance n'est pas une fatalité et qu'un effort collectif
des éditeurs et du gouvernement, déjà engagé, me donne de l'espoir.
Dès cette année, le budget de l'Etat permettra d'agir :
– pour aider la presse à maîtriser ses charges de fabrication ( mesure nouvelle de 38 M€ ) ;
– pour aider la presse à maîtriser ses coûts de distribution : après la signature des accords entre
l'Etat, la presse et la Poste le 22 juillet 2004, qui fera l'objet d'un comité de suivi cette année,
l'aide à la distribution de la presse quotidienne nationale d'information politique et générale,
est reconduite en 2005 et permet d'accompagner l'effort de modernisation des NMPP ;
– pour soutenir la diffusion en consolidant le réseau de vente au numéro : l'an dernier, l'Etat
avait pris des mesures d'allègement de taxe professionnelle pour les diffuseurs de presse. En
2005, l'Etat met en place une nouvelle aide à la modernisation du réseau des diffuseurs de
presse, dotée de 3,5 M€. Cette aide accompagnera la consolidation engagée par la profession ;
– pour aider la presse à endiguer l'érosion de son lectorat : c'est notamment le sens des
mesures en faveur de la lecture de la presse par les jeunes, pour lesquelles une somme de 3,5
M€ pourra être mobilisée en 2005 ;
– pour consolider le pluralisme, en soutenant les titres les plus fragiles, grâce notamment au
fonds d'aide aux quotidiens nationaux à faibles ressources publicitaires, qui sera réformé en
2005.
C'est un plan d'une ampleur sans précédent, touchant tous les maillons de la chaîne, mis en
oeuvre en total partenariat avec les éditeurs, qui va entrer en vigueur.
Je souhaite une confiance retrouvée dans l'avenir de la presse, confiance des investisseurs,
– car sans investissements, cette liberté à laquelle nous tenons tant n'aurait pas de sens,
confiance des lecteurs. Il reste à prendre la juste mesure des phénomènes de concentration,
qui affectent l'ensemble des médias, et à imaginer les voies d'une régulation mieux adaptée,
qui prenne en compte les nouvelles conditions économiques et technologiques
(développement d'internet, de la télévision numérique terrestre, de la presse gratuite
d'information…). C'est dans cet esprit que le Président de la République et le Premier
Ministre ont annoncé la mise en place prochaine d'une commission de travail chargée de
réfléchir sur l'opportunité de mesures nouvelles, présidée par le professeur Alain Lancelot,
ancien membre du Conseil constitutionnel.
Cette commission aura vocation à s'intéresser à l'ensemble des médias.
Je veux évoquer maintenant l'audiovisuel, cette fenêtre ouverte sur notre monde. Je tiens,
devant vous tous, responsables du secteur privé et public de la presse et de l'audiovisuel, à
affirmer mon attachement au service public de l'audiovisuel, auquel je crois, et qui doit rester
une référence. 2005 sera une grande année pour notre audiovisuel public. Vous le savez,
cette année, outre la réforme de la redevance, l'audiovisuel public pourra compter sur des
moyens supplémentaires, à hauteur de 20M€ d'euros, ce qui est loin d'être négligeable, dans
le contexte de l'effort de maîtrise et de redressement de nos finances publiques, et des
réformes menées par le gouvernement. Je remercie particulièrement le Premier Ministre de
ses décisions. Cette année, mon voeu est que nos concitoyens, sur leurs écrans, " regardent
la différence ", pour reprendre un slogan de France-Inter. Le souhaiter n'est pas pour autant
négliger l'apport du secteur privé à la diversité de nos écrans. Vive, de ce point de vue, une
saine émulation pour que la culture ait la place la plus large possible dans les journaux
d'information télévisés !
Je tiens à ce que les crédits supplémentaires dégagés cette année soient mis au service de
cette différence, c'est-à-dire du téléspectateur et de la qualité de l'offre de programmes, qui
doit être enrichie, mais aussi, d'une offre additionnelle, et je pense tout particulièrement à la
télévision numérique terrestre, à la télévision numérique hertzienne, ainsi qu'à l'amélioration
du financement de la production et de la création audiovisuelle. Il s'agit d'une priorité
essentielle pour moi, qui passe par la multiplication des passerelles entre l'audiovisuel public
et la culture.
Et je me félicite que notre rencontre d'aujourd'hui ait lieu au lendemain de la diffusion sur
France 3 de Homo Sapiens, la suite tant attendue de l'Odyssée de l'espèce, qui a été un
grand succès, emblématique de l'offre de programmes de culture et de connaissances que je
souhaite voir se développer cette année sur les écrans du service public.
Cela doit se traduire concrètement :
– par l'augmentation du budget d'approvisionnement de ces programmes, avec une
progression de ces investissements deux fois plus forte que celle de la ressource publique
affectée au groupe ;
– par une exposition plus soutenue à l'antenne, avec un objectif significatif de premières et
deuxièmes parties de soirées constituées de programmes de culture et de connaissance ;
Ces orientations passent par tous les domaines de la culture, et j'en laisse bien sûr l'initiative
aux uns et aux autres :
– des rendez-vous fixes et réguliers pour la musique, pour toutes les musiques, dans toute
leur diversité ; je participerai ce soir à la première nuit de la chanson française qui sera
diffusée samedi sur France 2 ;
– la captation et la recréation dans le domaine du théâtre ;
– mais aussi la fiction, le cinéma, l'animation ;
– par une audace de programmation, dont les succès récents montrent qu'elle rencontre un
réel besoin des publics. Il faut essayer de dépasser ce pseudo-affrontement entre la logique
de qualité des programmes et le nombre de téléspectateurs !
La différence et l'enrichissement de l'offre pour le spectateur passeront également en 2005
par l'arrivée de la télévision numérique pour tous. Monsieur le président du CSA, c'est un
projet que nous partageons, un projet essentiel pour les Françaises et les Français !
Les choix du gouvernement, dans le cadre de la mise en place de la télévision numérique
pour tous, vont permettre aux Français de disposer d'une offre de programme élargie et
d'une qualité de réception qui ne saurait exclusivement être réservée à ceux qui disposent
du câble ou d'une parabole.
Il est grand temps de lancer l'information la plus large à destination de nos concitoyens, audelà
du débat technologique et financier.
Avec la norme MPEG2, les Français pourront dés mars 2005 accéder à de nouvelles
chaînes gratuites, dont le seul coût sera celui de se procurer un simple adaptateur.
Remarquez que, en homme très attentif à la sémantique, je ne dis jamais " décodeur ", le
mot pouvant faire penser à la télévision payante, puisqu'il s'agit, j'y insiste, d'une offre
gratuite.
Puis, progressivement, ils bénéficieront de nouvelles chaînes payantes, dont la qualité
d'image et de son sera garantie par une nouvelle norme de diffusion, la MPEG4.
Le gouvernement répond ainsi aux attentes exprimées par les auteurs, par l'ensemble du
secteur de la production audiovisuelle et cinématographique, mais aussi par les
consommateurs eux-mêmes, qui souhaitent bénéficier à terme des avantages d'une
télévision à haute définition.
Enfin, le choix de la norme MPEG4 part du constat que la France dispose d'un paysage
hertzien terrestre très riche, qui doit donner toute sa place aux évolutions technologiques.
Ainsi, le démarrage des chaînes payantes en MPEG4 permettra de récupérer de la
ressource hertzienne pour introduire le plus rapidement possible télévision en haute
définition.
L'audiovisuel, c'est aussi, pour 2005, une véritable stratégie au service de l'emploi et de la
lutte contre les délocalisations de tournages. Vous savez que cette année entrera en vigueur
le crédit spécifique pour la création audiovisuelle.
L'objectif de cette mesure est d'avoir un impact fort. Il s'agit de rapatrier en France environ
70 000 jours de travail liés à des tournages dans les domaines de la fiction, de l'animation ou
encore du documentaire. Bien sûr, le succès dépend de l'esprit de responsabilité de chacun :
diffuseurs publics et privés, producteurs, pouvoirs publics.
Cette stratégie pour l'emploi est essentielle. Car 2005 doit être l'année de l'emploi culturel.
Nous sommes, je l'espère, sortis d'une crise et nous jetons en 2005, avec les partenaires
sociaux, les fondations d'un système pérenne qui reconnaîtra durablement la place des
artistes et des techniciens du spectacle vivant, de l'audiovisuel et du cinéma, et la place de
l'emploi culturel, dans notre pays. Tel est mon voeu le plus cher pour 2005, année au cours
de laquelle l'Etat continuera de prendre toutes ses responsabilités.
S'il est une première leçon à tirer de l'expérience de ces mois de dialogue, de débat et
d'avancées, avec nos multiples interlocuteurs, c'est que la demande adressée à ce
Ministère, est très forte. Au-delà des missions spécifiques d'intervention, de réglementation,
de conseil, d'expertise, de savoir, et de transmission des savoirs, c'est une demande de
médiation, de repère, de détection des talents et d'accompagnement des mutations et des
transformations d'une société, où nos concitoyens consacrent chaque année 63 milliards
d'heures à des activités culturelles, en y incluant la télévision, pour quelque 34 milliards
d'heures passées à travailler. Une société, où les produits des industries culturelles, qui ne
sont pas des marchandises comme les autres, prennent une place croissante dans la vie
quotidienne de nos concitoyens, en même temps et c'est tant mieux, car c'est pour moi une
source d'espoirs, que la fréquentation des lieux de culture, des salles de spectacle, des
musées, des salles de cinéma.
Après l'emploi, le patrimoine est une priorité pour cette année, une mission essentielle, qui
se mesure à l'engouement de nos concitoyens pour les journées européennes du
patrimoine. Je souhaite cette année que ces journées permettent aux Français de
s'approprier encore davantage leurs monuments historiques et je recherche pour le
patrimoine, qui est et demeure une mission régalienne de l'Etat, de nouveaux moyens de
financement, davantage en mesure de faire face aux immenses besoins dans ce domaine.
C'est l'identité, c'est la qualité de notre cadre de vie qui est en jeu. Depuis une simple façade
de café, dans l'une de nos communes rurales, jusqu'à la cathédrale la plus majestueuse,
notre patrimoine doit pouvoir défier le temps, grâce à l'apport de toutes les innovations.
Le patrimoine, ce sera cette année, l'ouverture de la Cité de l'architecture et du patrimoine au
Palais de Chaillot, le lancement de la rénovation de la Maison de la Radio.
Le Patrimoine, ce sont aussi les Archives et je me réjouis que le lauréat du concours
d'architecture pour la construction du nouveau Centre des archives nationales à Pierrefittesur-
Seine soit désigné cette année. Ce sera fait par le Président de la République lui-même,
tout comme pour le lauréat désigné pour la réalisation du département des arts de l'Islam au
Louvre.
Le Patrimoine, c'est la mémoire et nous célébrerons cette année le centenaire de la loi de
séparation des églises et de l'Etat.
Le Patrimoine, c'est la nouvelle Cinémathèque, qui jettera cette année sa lumière sur le quai
de Bercy. Le Patrimoine est aussi écrit, conservé dans nos grandes institutions, comme la
Bibliothèque Nationale de France. Il est toujours en mouvement, en création perpétuelle,
toute oeuvre créée aujourd'hui entrant dans le patrimoine de demain, avec, en particulier,
l'ensemble des professions et des métiers de la grande chaîne du livre dont nous ne devons
oublier aucun des maillons, car tous concourent à la vitalité de nos créations, qu'il s'agisse
des bibliothèques, des librairies, des éditeurs, des imprimeurs et des écrivains.
En 2005, il nous faudra accompagner ces transformations que j'ai évoquées il y a un instant
et qui concernent le livre, mais aussi la musique, le cinéma, l'audiovisuel.
L'année 2005 sera décisive pour notre combat pour la reconnaissance de la diversité
culturelle et des droits des artistes. Cette année, nous nous engagerons pour obtenir, à
l'automne, l'adoption de la convention internationale sur la diversité culturelle, à l'UNESCO.
La meilleure façon de gagner ce combat, c'est de bâtir l'Europe de la culture, et je m'y
emploierai de toutes mes forces. J'ai bien conscience que le défi européen passe aujourd'hui
par l'engagement politique.
Je prendrai toute ma part de la campagne pour convaincre, au-delà de tous les clivages,
combien l'Europe, comme la culture, est au coeur de ce que Fernand Braudel appelait "
l'identité de la France ", de son avenir.
L'Europe et l'adoption d'une Constitution, si les Etats et les peuples européens en décident
ainsi. Cette Constitution européenne marquera une avancée notable pour la culture car elle
conservera, à la demande de la France, le principe d'unanimité pour les décisions de
politique commerciale externe qui pourraient affecter la diversité culturelle, et qu'elle
permettra en revanche, comme nous le souhaitons, la prise de décision à la majorité
qualifiée pour les décisions de politique interne. Je crois, quant à moi, que l'Europe politique
que nous sommes en train de construire, repose sur un héritage culturel commun qui existe
de façon immémoriale et qui est encore capable de diffuser un message universel selon des
formes nouvelles. En témoigne le metteur en scène allemand Ostermaier qui a fait si
brillamment l'ouverture du Festival d'Avignon.
Au coeur de ce message, il y a cette vérité que Gao Xingjian énonce ainsi : " la culture n'est
pas un luxe, c'est une nécessité ". C'est le coeur même de mon objectif politique en ce début
d'année, dans l'exercice de mes responsabilités. La culture et la communication ne sont pas
un " supplément d'âme ", elles forment le coeur même de notre identité, de nos convictions,
de notre rayonnement.
En mai 2005, nous montrerons, à Paris, avec des personnalités et des artistes venus de tous
les horizons européens, la force des valeurs culturelles communes de l'Europe. L'Europe
essentielle à notre rayonnement international, qui n'est pas distinct, mais qui prolonge le
rayonnement de nos territoires, comme l'illustrent l'ouverture d'antennes en régions et les
projets internationaux de deux grands établissements, le Louvre et le Centre Pompidou, qui
amplifient et démultiplient l'impact de notre politique étrangère.
Avec une profonde unité entre notre conception du droit international, notre vision des
nécessaires espoirs de chacun, de chaque tradition, de chaque origine, de chaque religion et
notre souhait du dialogue entre les cultures et les civilisations.
Avant de vous retrouver tout de suite autour d'un verre, avec la musique de la fanfare des
étudiants des Beaux-Arts, j'adresse à chacune et chacun d'entre vous mes voeux personnels
les plus chaleureux et les plus sincères.
Puisse le OUI à la Constitution européenne, être un OUI à une France forte, ouverte,
généreuse, tolérante, sûre de ses valeurs humanistes.
Puisse cette année permettre aux Français le maximum de découvertes culturelles et
artistiques. Vous y avez votre part de responsabilité, votre rôle à jouer. Par avance, je tiens à
vous en remercier.
Bonne année à tous !