Rubrique ‘Discours rue de Valois’

Accueil des tournages dans les monuments historiques et musées nationaux, à l’Auditorium du Musée d’Orsay

21 janvier 2005

Madame la Présidente,

Messieurs les Présidents,

Madame la Directrice générale,

Mesdames, Messieurs,

Je suis très heureux d’ouvrir cette réunion dans ce lieu si
emblématique du rayonnement international de notre culture et
de notre patrimoine. Avant de vous laisser la parole, pour
présenter et échanger vos expériences d’accueil des tournages
dans les monuments historiques et les musées nationaux, je
tiens à vous dire pourquoi j’ai vivement souhaité ce dialogue, un
dialogue utile et nécessaire, tout à fait exemplaire à mes yeux
des liens féconds et vivants entre la culture, le patrimoine et la
communication, l’audiovisuel, le cinéma.

Ces liens sont d’abord ceux de l’attractivité de notre territoire,
dans toutes ses dimensions. Monsieur Patrick Lamassoure nous
présentera dans un instant une enquête qui montre à quel point
l’image de la France, véhiculée par le cinéma, est une incitation,
pour les visiteurs du monde entier, à venir dans notre pays,
notamment pour y découvrir de leurs propres yeux les
monuments, les musées, le patrimoine, qui leur ont été d’abord
révélés par des films. La mondialisation, c’est d’abord,
aujourd’hui, ces flux d’images qui traversent notre planète,
encore plus vite que les hommes.

L’attractivité culturelle est également, bien sûr, économique et
sociale. Le cinéma, l’audiovisuel, sont des arts, et aussi, et nous
en tirons quotidiennement les conclusions en termes d’activité,
de métiers, de rayonnement, des industries culturelles.

C’est pourquoi je crois la valeur d’une politique volontariste
d’attractivité de notre territoire pour les tournages
cinématographiques et audiovisuels, au bénéfice de toutes les
composantes de l’industrie française, tant les producteurs euxmêmes
que les artistes, les techniciens et les industries
techniques.

L’enjeu de l’emploi culturel est un défi permanent qu’il nous faut
relever et gagner de façon durable, au moment, vous le savez,
où je suis en train, avec les partenaires sociaux, de jeter les
bases d’un nouveau système, destiné à conforter et à pérenniser
l’emploi dans tous les métiers artistiques et techniques du
spectacle vivant, mais aussi de l’audiovisuel et du cinéma.

Cette politique se décline sous la forme de plusieurs mesures
financières et pratiques, que vous connaissez, et qui sont
essentielles pour, d’une part, re-localiser les activités et les
emplois des productions françaises et, d’autre part, pour attirer des
tournages et des activités de post-production étrangères dans
notre pays.

Je rappelle la double extension, que j’ai décidée dès mon arrivée
rue de Valois : le rehaussement du plafond du crédit d’impôt
cinéma et l’abondement accru des fonds de soutien à la production
des collectivités territoriales (mesure dite du « 1 euro de l’Etat pour
2 euros de la collectivité »).

Ces mesures, pour le cinéma, ont prouvé leur radicale efficacité :
l’année 2004 a vu le retour de 128 semaines de tournage en
France, soit un phénomène de délocalisation désormais inférieur à
25% des tournages. Et ce ne sont là que les premiers effets de la
mise en place de ces mesures.

C’est pourquoi j’ai décidé, vous le savez, de créer le crédit d’impôt
audiovisuel, sur le modèle du crédit d’impôt cinéma, et d’étendre
également le bénéfice des fonds régionaux à l’audiovisuel, selon le
même mécanisme que pour le cinéma.

Ces mesures, j’y insiste, concernent tous les maillons de la chaîne
de l’industrie audiovisuelle et cinématographique.

L’attractivité de la France et son atout majeur dans le monde
d’aujourd’hui, c’est aussi, bien sûr, son immense patrimoine
architectural, ses nombreux monuments et ses musées nationaux.

Ces édifices, et les collections qu’ils abritent, intéressent et
inspirent non seulement les dizaines de millions de visiteurs du
monde entier, mais aussi de nombreux producteurs, réalisateurs,
scénaristes, décorateurs et techniciens en France et dans le
monde.

Naturellement, ces monuments, comme les paysages dans
lesquels ils s’insèrent, ne sont pas que des décors ! Et encore
moins, comme je l’ai pourtant entendu, des succursales de
« Cinecittà » ! Et les contraintes d’administration et de gestion de
ces lieux, qui déterminent les conditions d’accueil, ô combien
légitimes, sont parfois difficiles à comprendre pour les équipes de
tournages.

Il n’en demeure pas moins que les plus hauts lieux de notre
patrimoine ont toujours été des lieux de création. Et le cinéma,
l’audiovisuel aussi, sont des formes à part entière de la création
contemporaine.

C’est pourquoi j’ai tenu à susciter et à fédérer ce dialogue avec
vous tous qui s’ouvre aujourd’hui et qui, bien sûr, est loin de partir
de zéro, comme nous le montreront les expériences si riches que
vous allez nous présenter.

Ma proposition n’est pas de centraliser, parce qu’étant moi-même
un élu local, je crois profondément aux vertus de la
décentralisation. Mais je tiens à assumer ma responsabilité au
nom de l’Etat. Et certains d’entre vous le savent, j’ai eu, par
exemple cet été, à m’impliquer personnellement pour faire en sorte que des tournages se fassent, dans des les lieux prestigieux,
fussent-ils de substitution, lorsqu’il a fallu parfois faire preuve de
créativité, face à certaines réticences, que je comprends
parfaitement.

Je sais aussi, et je respecte, l’autonomie des établissements
publics et les prérogatives de leurs conseils d’administration.
La culture n’est pas une marchandise. Elle n’est pas gratuite non
plus. Néanmoins, les prix doivent être harmonisés et permettre une
attractivité suffisante.

Ce que je vous propose, ce n’est donc pas, de créer un « guichet
unique », mais un véritable réseau, pour l’accueil des tournages,
pour l’échange des informations indispensables, pour gérer ces
informations, et nous verrons tout à l’heure la base de données
performante qui a été constituée.

Ce réseau sera présent, actif et coordonné sur l’ensemble du
territoire, grâce au bureau et aux commissions locales de la
commission nationale du film France et aux correspondants dans
chacun des établissements qui ont la responsabilité des
monuments et des musées.

Ce réseau permettra d’identifier et de recenser les lieux de
tournage. Il permettra aussi d’aider à la prise de décision et de
favoriser la connaissance mutuelle de chacun de ses
interlocuteurs.

Pour assurer une bonne coordination, il est nécessaire de créer
une tête de réseau. Pour assurer cette mission, et pour faire
l’interface entre les professionnels de l’industrie
cinématographique et audiovisuelle et les responsables des lieux
de tournage, j’ai décidé de mettre à disposition un poste de
coordinateur, qui sera localisé au sein de la commission nationale
du film France, qui dépend du Centre national de la
cinématographie.

Je souhaite que cette nouvelle organisation permette une grande
réactivité. Les réponses aux sociétés de production seront rapides
et précises. Et je vous demande de me tenir directement informé
de la mise en oeuvre de cette nouvelle procédure.

Avant de vous céder la parole, car je suis venu ce matin pour vous
écouter, je tiens à exprimer le souhait que cette « première »
d’aujourd’hui, soit suivie, à la fin de l’année, puis, régulièrement,
d’une autre réunion, qui nous permettra d’enrichir ce dialogue des
fruits de l’expérience.

Je vous remercie.

Conférence de presse de lancement de l'année du Brésil en France "Brésil Brésils"

18 janvier 2005

Messieurs les Ministres, Cher Michel, Cher Gilberto,

Messieurs les Ambassadeurs,

Messieurs les Présidents et Commissaires généraux,

Mesdames et Messieurs,

Cette saison marquera une nouvelle étape dans l’histoire de nos deux peuples, si riche en
séductions mutuelles. Vous le savez, Cher Gilberto, depuis cinq siècles, aucun Français
n’est resté insensible au Brésil. Pour ne citer que Paul Claudel, le Brésil est « de ces pays
mordants qui imprègnent l’âme et lui laissent je ne sais quel ton, quel tour et quel sel dont
elle ne parviendra plus à se défaire ».

L’un de nos plus éminents maîtres, Claude Lévi-Strauss, qui fut longtemps professeur à
l’université de Sao Paulo, n’a-t-il pas donné à l’un de ses plus récents ouvrages ce beau titre
: Saudades do Brasil ? Oui, c’est une véritable histoire d’amour, qui s’est nouée, au long des
siècles, entre la France et le Brésil. Une histoire aux couleurs incandescentes de ce bois de
braise qui donne à votre pays son nom. Ils sont si nombreux, nos plus brillants esprits qui ont
nourri leur oeuvre du génie de votre pays, depuis Montaigne jusqu’à Manet, puis Georges
Bernanos, Darius Milhaud, Blaise Cendrars, Roger Caillois, à Alain Touraine, en passant par
Fernand Braudel, Georges Dumas, Michel Foucault. Et comme le déclara le Président
Jacques Chirac devant votre congrès, « c’est peu de dire que nous, Français, avons réservé
un accueil chaleureux à votre forte et puissante culture », de Jorge Amado, à Paulo Coelho,
qui ont conquis des millions et des millions de lecteurs en France et dans toute l’Europe, à
tous ceux, dont vous êtes, cher Gilberto, avec Chico Buarque, qui nous ont fait aimer
passionnément la musique et la culture populaire brésiliennes, en passant par des cinéastes
comme Walter Salles et tant d’autres artistes.

Cette saison culturelle fait vivre aujourd’hui la prophétie que le Général de Gaulle était venu
porter il y a quarante ans, devant votre « pays qui monte », votre « grand peuple réparti sur
un immense territoire, disposant de ressources naturelles pour ainsi dire illimitées » – et
d’ajouter dans votre langue : « O Brasil é uma terra que em se platando tudo dà ». [Le Brésil
est une terre où pousse tout ce que l’on plante]. Oui, il s’agit aujourd’hui de faire vivre cette
vision dans l’ordre de la culture « au sens le plus élevé du terme ».

Dans la mondialisation d’aujourd’hui, votre grand pays de 180 millions d’âmes, avec son
dynamisme démographique et culturel, est appelé à construire, à nos côtés, une réponse
non seulement sociale et humaine, mais aussi culturelle, aux défis du monde.

Nos affinités, notre histoire partagée, nos racines communes, notre attachement à notre
identité et à un monde multipolaire, font aujourd’hui de la grande voix du Brésil, jointe à celle
de la France, une ambition, une espérance, une promesse, pour réenchanter le monde et
dire avec le chanteur Lenine dans sa chanson Sob o mesmo ceù (Sous le même ciel) « nous
venons de l’avenir découvrir notre passé ».

Comme ce que l’on appelle dans votre pays « le » samba, ou comme la bossa nova, la
saison Brésil/Brésils se jouera sur un rythme à trois temps.

Le premier sera celui des « Racines du Brésil ». Il nous donnera un aperçu, dès le
printemps, du patrimoine mondial de l’humanité dont vous êtes les dépositaires avec
l’exposition « Brésil Indien : Les Arts des Amérindiens » dans les Galeries nationales du
Grand Palais.

Vous trouverez l’ensemble des manifestations dans le dossier de presse. Je signale
notamment l’exposition « Franz Post, du Brésil à la cour de Louis XIV » au Musée du Louvre,
ainsi que l’exceptionnelle présentation de la peinture du baroque brésilien avec « Trois
siècles d’art brésilien : la collection Camargo » au Musée des Beaux-Arts de Rouen.

Pendant ce temps, la Cité de la musique nous enchantera des sons et des images de la
musique populaire brésilienne.

Deuxième temps : l’été, celui de la « Vérité tropicale » qui offrira de nombreux concerts de
tous les mouvements de la musique brésilienne.

L’été 2005 verra aussi défiler sur la côte d’Azur les « Trios elètricos », qui, au-delà des trois
musiciens (deux guitaristes et un bassiste électriques) rassemblent instrumentistes,
chanteuses et danseuses, dans un déploiement de couleurs, chatoyant et bariolé.

Enfin viendra le troisième temps, celui des « Galaxies ». Il présentera la création
contemporaine brésilienne dans les domaines de la danse, du théâtre, du cinéma, des arts
plastiques et de l’architecture. Mais aussi, des sciences, de la recherche, de l’enseignement,
du sport ou du tourisme.

Quelque 400 manifestations participeront de cette démonstration du rayonnement de votre
culture, relayée par tous les médias partenaires, presse, radio, chaînes de télévisions
publiques.

Chacun de ces trois temps fera écho, dans la diversité et la modernité, aux valeurs que nous
partageons. Les valeurs du dialogue des cultures, que nous aurons l’occasion historique de
promouvoir ensemble, cette année, dans le cadre de la convention sur la diversité culturelle
qui sera, je l’espère, adoptée à l’automne, à l’UNESCO.

Je tiens à rendre hommage, à mon tour, au travail des Présidents et Commissaires généraux
français et brésiliens de cette Saison, Jean Gautier, Jean-François Chougnet et André
Midani, qui ont tissé cette programmation exigeante et subtile, et relevé le défi de présenter
les facettes multiples et métissées de votre culture, aux dimensions d’un continent, dans sa
richesse et sa diversité.

Cette saison engage aussi toute la société civile. Et je tiens à remercier l’ensemble des
représentants des entreprises françaises et brésiliennes qui se sont engagées dans cette
magnifique aventure et tout particulièrement celles qui sont représentées ici : Suez, Accor, la
Caisse nationale de prévoyance, Arcelor et Areva.
C’est grâce à vous tous que nous ferons de cette saison un magnifique succès.

Je vous remercie.

Remise des prix Alexandre Varenne

18 janvier 2005

Messieurs les Présidents,

Mesdames, Messieurs,

Chers amis,

Je suis particulièrement heureux de remettre aujourd’hui les prix de la
Fondation Alexandre Varenne et Marguerite Varenne pour la presse et
la communication.

Les jurys qui ont choisi les lauréats que j’aurai l’honneur de distinguer
dans un instant font vivre l’esprit du créateur du quotidien La
Montagne, ainsi que celui de son épouse.

Le nom même d’Alexandre Varenne est lié à l’essor de la Troisième
République et des grandes lois qui ont établi dans notre pays les
grandes libertés dont nous jouissons aujourd’hui, au premier rang
desquelles la liberté de la presse, que Benjamin Constant appelait « le
droit des droits ».

Alexandre Varenne se décrivait lui-même comme un « enfant de la
République », en résumant ainsi la brillante carrière qui le mena de
l’école à l’université, puis à la politique et au barreau, sans jamais
cesser d’exercer ce métier qui est aussi une passion, le journalisme : « Nous autres, petit-fils d’un modeste paysan, nous
avons pu gravir quelques échelons vers les sommets, sans passedroit,
sans protection, par notre seul effort, par nos seuls moyens ».

Oui, c’est dans cet esprit que votre Fondation s’est donnée pour but,
non seulement de promouvoir la presse et la communication, mais
aussi d’encourager les jeunes aux professions et aux métiers qu’elles
peuvent offrir. Vos prix, en récompensant de jeunes talents dans les
différents domaines de la communication, en portent chaque année le
témoignage vivant, ainsi que les bourses d’étude que vous mettez en
place pour les jeunes désireux de s’orienter vers ces métiers
passionnants, exigeants, difficiles, et parfois, hélas trop souvent,
dangereux, comme nous le rappelle la disparition de Florence
Aubenas et de son accompagnateur Hanoun Al-Saadi, dont nous
sommes toujours sans nouvelles confirmées depuis le 5 janvier. Je
vous demande en cet instant d’exprimer une pensée pour eux.

Nous faisons face, grâce à la mobilisation permanente de tous les
services de l’Etat, à cette inquiétude, à cette incertitude, qui
augmentent chaque jour mais qui n’entament pas notre espoir de
recevoir un signe, une nouvelle, qui puisse, enfin, nous rassurer.

Avant de féliciter les lauréats, je tiens à vous dire combien je suis
sensible au fait que le prix Alexandre Varenne des journalistes
reporters d’images récompense des jeunes élèves des plus prestigieuses écoles de journalisme, le CFJ de Paris et l’ESJ de Lille,
dont nous avons célébré le 12 novembre dernier le 80e anniversaire.

En disant cela, je suis peu suspect de partialité, car vous le savez
sans doute, je suis l’élu d’une ville, Tours, qui accueille au sein de son
IUT une autre école reconnue par la profession.

Votre prix récompense le talent, l’engagement, l’acuité du regard de
ces jeunes journalistes. Il récompense aussi le professionnalisme, qui
est une exigence constante du métier, notamment acquise au sein de
ces écoles, dans les formations initiales et continues, générales et
spécialisées.

Face aux bouleversements des techniques, des connaissances, d’un
monde qui est devenu celui des médias, nous avons plus que jamais
besoin de votre talent, de votre expérience, et de votre capacité à
hiérarchiser, à interroger et à mettre en perspective les évènements et
les enjeux de l’actualité. En tant que ministre de la communication, je
vous redis ici toute l’importance du rôle des journalistes, dans la
diversité des modes d’exercice de leur métier, au coeur de la société
d’aujourd’hui.

Vos prix rendent compte de cette diversité en récompensant, non
seulement des jeunes journalistes reporters d’images, mais aussi des
journalistes de la radio, des journalistes de la presse hebdomadaire régionale et départementale, et des journalistes de la presse
quotidienne régionale et départementale.

Vous comprendrez que devant les successeurs d’Alexandre Varenne,
je vous dise un mot de cette presse écrite, qui est aujourd’hui
bousculée, malmenée, par de nouvelles habitudes de consommation,
par l’essor des nouvelles technologies, par l’immédiateté de l’instant,
qui privilégient le fait brut, plutôt que le commentaire, l’analyse et la
réflexion ; par la culture de la gratuité, par le marketing qui préfère le
produit formaté par le marché à l’expression de la pensée, qui, elle,
est contraire à l’uniformisation du discours.

La presse régionale et départementale, qu’elle soit quotidienne ou
hebdomadaire, parce qu’elle est une presse de proximité, parce
qu’elle est particulièrement attentive et proche de ses lecteurs, et de
leur environnement quotidien, se porte relativement mieux que
l’ensemble de la presse écrite, et surtout que la presse nationale
d’information politique et générale. Ainsi les 33 journaux de la presse
quotidienne régionale rassemblent chaque jour 18 millions de
lecteurs. La presse hebdomadaire régionale est lue quant à elle, par
6,5 millions de lecteurs réguliers.

Elle n’en subissent pas moins, je le sais, des difficultés, en raison de
la stagnation de la publicité, mais aussi d’une tendance à l’érosion
d’un lectorat qu’elle s’efforce néanmoins de fidéliser. Et elle y
parvient, je dois le dire assez bien, en entretenant et en renforçant ses liens avec la vie de ses lecteurs, qui sont avant tout des liens
civiques, des liens actifs, qui expriment toute la diversité et toute la
vitalité démocratique mais aussi associative, sociale, culturelle,
locale.

Sans doute aussi, en un temps où je lis à la « une » d’un quotidien
emblématique de la presse nationale, que les Français seraient
atteints de « sinistrose », parce qu’elle n’hésite pas à parler des trains
qui arrivent à l’heure, des initiatives, des engagements, des solidarités
concrètes, des créations et des talents de nos concitoyens et du
rayonnement de nos territoires.

Je suis convaincu que le dynamisme de la presse quotidienne et
hebdomadaire régionale et départementale les aidera à surmonter les
difficultés actuelles. L’Etat, vous le savez, se tient aussi à ses côtés,
pour consolider le pluralisme et donc la liberté de la presse dont vous
êtes l’expression même et qui sont au fondement de notre démocratie.

Vous savez que, cette année, mon budget enregistre une hausse sans
précédent des aides à la presse. La réforme du fonds d’aide à la
modernisation et à la distribution de la presse permettra à la presse
quotidienne régionale et départementale, ainsi qu’à la presse
hebdomadaire régionale, de disposer d’un soutien accru à leurs
projets de modernisation. La réforme du fonds d’aide à la presse
hebdomadaire régionale, qui a bénéficié, en 2004, à 186 titres (sur près de 250) permettra également de soutenir le dynamisme de cette
presse, qui est aussi l’une des plus anciennes de la presse française.

En plus de tous ces moyens, je compte particulièrement sur les
propositions que vous allez me faire d’ici la fin du mois prochain, en
faveur de la lecture de la presse par les jeunes. Une somme de 3,5M€
pourra être mobilisée cette année pour ces mesures.

En effet, si vos jeunes lauréats sont l’avenir du journalisme, l’avenir
de la presse repose essentiellement sur les jeunes lecteurs
d’aujourd’hui qui sont vos lecteurs de demain. Et nous retrouvons ici
les valeurs, chères à Alexandre Varenne, qu’il nous appartient de faire
progresser, en défendant la diversité et en promouvant le pluralisme,
qui est d’abord celui de vos plumes, de vos micros, de vos caméras,
qui nous informent sur notre monde, proche ou lointain, où l’histoire
est faite des évènements que vivent les hommes chaque jour.

Je vous remercie.

Remise de l’Equerre d’argent au Centre national de la danse

17 janvier 2005

Messieurs les Maires,

Mesdames et Messieurs les élus,

Madame la Présidente,

Monsieur le Président,

Mesdames, Messieurs,

Je suis très heureux de revenir, sept mois après son
inauguration, au Centre national de la danse.

Le 18 juin dernier, ce fut essentiellement la danse et ses
perspectives que nous avons célébrées ici ; mais aussi, bien sûr,
la réussite architecturale de ce lieu fédérateur, ouvert sur la cité,
dû au talent de Claire Guieysse et d’Antoinette Robain, où la
lumière danse avec le béton. Et nous avions amorcé un dialogue
entre ces deux arts du mouvement et de l’espace : la danse et
l’architecture.

Aujourd’hui, ce dialogue s’épanouit, pour célébrer l’architecture,
au coeur de nos villes et de nos vies, pour ce grand rendez-vous
annuel du Moniteur, pour cette grande fête, très attendue par
l’ensemble des architectes et des maîtres d’ouvrage.

En récompensant des projets exemplaires, l’équerre d’argent,
qui allie la rigueur de cet outil à l’angle droit et la force de ce
métal précieux, brillant et inoxydable, mais aussi malléable et
ductile, nous donne l’occasion de reconnaître, dans le même
mouvement, le travail des concepteurs et la responsabilité des
maîtres d'ouvrages, dont elle symbolise l’alliance nécessaire,
indispensable, féconde.

La 21e édition de ce prix prestigieux est tout à fait exceptionnelle
pour moi. Vous m’avez invité à le remettre, parce que le
ministre de la culture et de la communication est le ministre de
tutelle de la profession d’architecte. Mais mon ministère est
aussi, bien sûr, maître d’ouvrage, en particulier, de ce lieu
magnifique, dédié au spectacle vivant. Et à ce titre, je suis aussi,
le lauréat de ce prix, que je partage avec les deux maîtres
d’oeuvre !

L’architecture fait partie de la culture. Et j’assume une
responsabilité particulière, dans l’exercice de mes fonctions, une
responsabilité partagée par tous les maîtres d’oeuvre et les
maîtres d’ouvrage, pour diffuser, dans notre pays, légitimement
fier de son histoire, de son patrimoine, de ses créations, dans
leur diversité, la culture de l’architecture.

C’est une culture de la qualité. La qualité architecturale, c’est la
qualité du cadre de vie de nos concitoyens. C’est la qualité de nos
villes et de nos paysages.

Cette qualité, que j’ai la tâche de promouvoir, conformément à la
communication que nous avons présentée en conseil des
ministres, au nom du gouvernement, avec mes collègues, chargés
de l’équipement et du logement, le 24 novembre dernier, elle est le
fruit des qualités professionnelles des architectes, de la qualité des
maîtres d’ouvrage et de la qualité de leur dialogue.

Les architectes font preuve de compréhension, d'écoute, d’une
grande capacité de synthèse des contraintes dans le souci de
l'usager et de la satisfaction du commanditaire.

Si "l'Homme habite en poète sur cette terre"(Hölderlin), c'est bien
l'architecte qui parvient, au-delà des techniques et des
programmes qu’il maîtrise, à bâtir des créations qui sont aussi des
espaces de vie adaptés à ses besoins et dignes de lui, en utilisant
la lumière et l’espace, bien sûr, mais aussi l’intimité, la surprise, le
confort, le plaisir tactile, acoustique ou visuel, et en veillant à
l’implantation judicieuse de ses constructions sur un territoire qui
est notre bien commun, notre patrimoine collectif, à partager avec
les générations présentes et futures.

Les réalisations que vous avez primées apportent la démonstration
concrète de l’harmonieuse maîtrise de ces contraintes.

La formation – initiale et continue – des architectes est
évidemment essentielle pour maintenir et développer leurs qualités
professionnelles dans le monde d’aujourd’hui.

La loi sur la formation continue tout au long de la vie
professionnelle, la réforme de l'enseignement et des écoles qui
voit le jour cette année, la réforme que nous avons engagée
également pour diversifier les métiers exercés par les architectes,
de la programmation, aux études urbaines, et à la maîtrise
d'ouvrage, vont dans ce sens.

La qualité de l'architecture dépend aussi de la qualité du maître
d'ouvrage, de la pertinence du programme, des analyses et des
études préalables, du dialogue attentif et continu entre la maîtrise
d'ouvrage, la maîtrise d'oeuvre et les usagers qui doit présider à la
conduite des opérations.

L'assouplissement des règles d'anonymat dans les concours que
nous avons obtenu, avec Gilles de Robien, en application d'une
directive européenne que nos ministères avait largement préparée,
va dans ce sens.

L’Etat se doit d’être exemplaire. Notre communication en Conseil
des ministres du 24 novembre dernier sur la qualité architecturale
et urbaine, comporte le projet d'une charte sur la qualité des
constructions publiques de l'Etat.

J'assumerai, avec mes collègues du gouvernement, la
responsabilité de cette mission relevant de la fonction régalienne
de l'Etat.

La qualité de l'architecture, par les réponses créatives que vous
apportez aux demandes, besoins et programmes qui vous sont
confiés, doit être promue et développée sur l’ensemble de notre territoire. C'est pourquoi nous construisons des pôles culturels
régionaux, associant les services du ministère (directions
régionales des affaires culturelles et services départementaux de
l’architecture et du patrimoine) et les écoles d'architecture, en
associant, naturellement, tous nos partenaires locaux, en
particulier les maisons de l'architecture, les CAUE, et tous les lieux
de diffusion existants.

Dès à présent, je vous convie aux prochains Rendez-vous de
l'architecture, événement biennal organisé à l'attention des
professionnels, qui se tiendront les 6 et 7 avril au Palais de la
Porte Dorée. Patrick Berger, lauréat du grand prix national de
l'architecture en 2004, a accepté de présider et de préparer cette
rencontre. Elle portera sur la programmation des villes, afin
d'apprécier comment chacun des acteurs trouvent leur place et
assurent leurs responsabilités dans chacun des actes de bâtir.

Les réalisations des lauréats de l'Equerre d'argent sont tous
exemplaires de la qualité de ce dialogue entre les architectes et les
maîtres d’ouvrage.

Le prix de la première oeuvre décerné, pour une maison
individuelle, à Montbert, près de Nantes, à Jérôme Berranger et
Stéphanie Vincent, architectes et à Fanny et Vincent Bouchaud,
propriétaires d’une maison qui n’a rien de banal et s’insère dans le
paysage rural ; l’ensemble de 67 logements répartis en sept
bâtiments neufs et quatre bâtiments restaurés et réaménagés à
Paris XXe par Philippe Prost, architecte et la RIVP (Régie
immobilière de la Ville de Paris) avec la Semavip ; l’ensemble de
80 logements locatifs réalisés par Vincen Cornu dans le tracé
directeur d’Alvaro Siza à Montreuil-sous-Bois pour la SAEI
montreuilloise d'habitation, avec ICADE G3A ; sans oublier, bien
sûr, ce lieu, où Claire Guieysse et Antoinette Robain, sous la
maîtrise d'ouvrage de l'EMOC, mandaté par le ministère, se sont
emparées de la puissance minérale du bâtiment de Jacques
Kalisz pour y sculpter une lumière et des volumes nouveaux :
toutes ces créations montrent ce que la société peut attendre des
architectes.

Elles ont en commun de s’insérer dans un territoire ou sur des
bâtiments existants, dans des conditions contraintes, notamment
par l'enveloppe financière, par les objectifs, les programmes et les
normes existants. Dans chaque cas, aussi différents soient-ils, les
auteurs de ces créations ont su trouver des réponses pertinentes
et généreuses.

Le souci du cadre de vie quotidien, au moment où le logement
devient une préoccupation majeure, est essentielle à mes yeux.

Les espaces de vie, l'ouverture sur la ville ou la position dans le
paysage, le rapport entre le domaine privé et l'espace public
extérieur, sont au coeur des conception des architectes, dans
l’attention constante aux habitants et aux usagers.

Tous ces projets montrent que l’intervention des hommes – et des
femmes – de l’art, loin de s’apparenter à un « surcoût », apporte
un « plus » considérable, une valeur ajoutée de l’intelligence, de
l’énergie, de la création et de la beauté, à chacun de ces lieux.

A l’image de ce vaisseau accosté au canal de l'Ourcq, que certains
voulaient démolir, par votre travail, vous avez non seulement rendu ces lieux vivants : vous leur avez donné une âme, un souffle et une
nouvelle jeunesse.

Je tiens à en féliciter tous les lauréats et à remercier le Moniteur et
les Membres du jury. Je suis sûr que l’esprit de l’équerre d’argent
nous inspirera tous, architectes et maîtres d’ouvrages, dans notre
travail de chaque jour.

Je vous remercie.

Voeux à la presse – Grand Palais

12 janvier 2005

Mesdames, Messieurs,

Monsieur le Président du Conseil supérieur de l'audiovisuel,

Chers amis,

Bienvenue au coeur même de la fierté de la France, dans ce lieu emblématique de notre
pays, symbolique de notre capacité de rayonnement, démenti cinglant à ceux qui
pronostiquent ou dissèquent un désengagement de l'Etat, un affaiblissement de notre
capacité à préparer l'avenir sur des bases fortes, avec le souci de l'alliance nécessaire entre
les époques et les créateurs.

Après le personnel du ministère et de ses établissements publics, qui en a eu la primeur la
semaine dernière, c'est avec vous que j'ai voulu célébrer ici ce " passage, un pas après
l'autre ", cette entrée dans l'année nouvelle. Je suis heureux de vous confier, à vous
journalistes, à vos plumes, à vos objectifs, à vos caméras ce trésor de notre patrimoine qui
permet de substituer la confiance au doute, la volonté au renoncement, l'espoir au
scepticisme, l'énergie au fatalisme.

En cet instant et avant toute chose, je veux en mon nom personnel et en notre nom à tous,
exprimer une pensée pour Florence Aubenas, journaliste de Libération, disparue en Irak,
dont nous sommes toujours sans nouvelles confirmées. Nous faisons face, grâce à la
mobilisation permanente de tous les services de l'Etat, à cette inquiétude, à cette incertitude,
qui augmentent chaque jour, et nous espérons évidemment tous recevoir bientôt de bonnes
nouvelles.

Mais nous savons, avec Christian Chesnot et Georges Malbrunot, sans oublier Mohamed Al
Joundi, combien l'Irak est un terrain particulièrement dangereux et chaotique en ce moment.

Et je ne peux, après le Président de la République et le Premier Ministre, que lancer un
appel à la plus grande prudence, à la plus grande responsabilité, à la vigilance qui
s'imposent face aux graves dangers qu'encourent en ce moment toutes celles et tous ceux
qui accomplissent, sur ce terrain, leur devoir d'informer.

Ma responsabilité, comme ministre de la communication, c'est de le dire, même si je peux
comprendre ceux qui critiquent de bonne foi les appels à la prudence au nom du devoir
d'informer. Quelle redoutable contradiction ! Quel épouvantable dilemme que celui que nous
infligent les tenants locaux du chaos ! Lorsque la liberté de circulation n'est plus garantie,
c'est la liberté de l'information elle-même qui est entravée, le pluralisme des sources qui est
contrecarré.

Nous connaissons la famille de Florence Aubenas au ministère de la culture et de la
communication. J'ai en ce moment une pensée toute particulière, pour sa soeur Sylvie, qui
est conservatrice à la Bibliothèque nationale de France, l'une des grandes institutions
patrimoniales de ce ministère.

Si j'ai tenu personnellement à vous réunir ici, dans ce haut lieu de culture, sous cette
superbe verrière restaurée, avec la chance du soleil qui vient de poindre, sous cette
charpente métallique rénovée, dans cet édifice conçu dès l'origine – en 1900 – comme le
Palais des Beaux-Arts, dont la fermeture, il y a dix ans déjà, avait consterné les Parisiens,
c'est que l'année 2005 marque l'aboutissement de la première phase de travaux. L'aube
d'une renaissance. Attendue certes … Cet aboutissement n'est qu'un nouveau départ,
puisque la restauration se poursuivra jusqu'en 2007, pour rendre à ce lieu à vocation
culturelle tout son éclat. Je tiens en effet à ce que le Grand Palais garde sa vocation
d'origine, de lieu d'expositions, pour des manifestations culturelles, mais aussi commerciales
de prestige. Car il s'agit d'un lieu hautement symbolique de notre patrimoine. Je souhaite
qu'il soit rendu et offert librement aux Français, en septembre 2005, pour les XXIIe journées
européennes du patrimoine, avant que ne commence la dernière étape des travaux.

Ce lieu exprime le rayonnement de notre culture et de notre capacité de communication. Ce
rayonnement, est le fruit du travail des journalistes, j'y reviendrai dans un instant, et des
hommes de communication. Il est aussi le fruit du travail et de l'engagement des artistes, des
techniciens, et de tous ceux, dans la diversité de leurs métiers, qui se vouent et se dévouent
à la culture. Aussi ai-je souhaité accrocher ici, pour vous les montrer à titre exceptionnel, les
oeuvres de deux jeunes talents de la même génération qui bénéficient, chacun à sa manière,
d'une reconnaissance internationale et qui ont marqué l'activité artistique de l'année écoulée.

Yan Pei Ming, né en 1960 à Shanghai, est célèbre dans le monde entier pour ses portraits
où le visage est traité comme un paysage. Il a déclaré : " Mon travail peut être considéré
comme une sorte de portrait universel…Ce que je peins dans la permanence est au fond
une idée de cette humanité ". Il a été particulièrement à l'honneur, à l'occasion des Années
croisées de la Chine en France et de la France en Chine, qui se termineront à la fin de l'été
2005.

Le photographe Eric Poitevin, né en 1961, travaille sur une autre forme de paysage, autour
de la nature et du corps. Ses images intemporelles réhabilitent un rapport méditatif et
silencieux au monde. Entre nature et nature morte, elles saisissent un équilibre précaire, un
moment suspendu. Ce moment, c'est celui de la rencontre avec l'oeuvre, qui est au coeur de
la mission de mon ministère.

Ces deux artistes, je ne veux surtout pas, en vous les montrant, leur conférer je ne sais
quelle reconnaissance officielle qui n'a pas lieu d'être. Je veux simplement mettre en valeur
leur engagement dans la création, leur travail et leur talent, tellement en phase avec la
vocation de ce ministère et de ce lieu.

J'ai évoqué tout à l'heure la catastrophe en Asie et je veux revenir sur l'influence, à mon sens
tout à fait positive, pour vous exprimer la gratitude de la Nation, des médias dans l'élan de
générosité et de solidarité dont ont fait preuve nos compatriotes, à la mesure des valeurs
humanistes qui nous rassemblent. Un événement qui nous fait prendre conscience d'une
nouvelle dimension de la mondialisation : la mondialisation de la solidarité. Les médias, qui
sont régulièrement en proie, sinon à une crise de confiance, en tous cas, aux interrogations
permanentes de nos concitoyens, ont joué ici tout leur rôle.

Je tiens, au seuil de cette nouvelle année, à rendre solennellement hommage à votre métier,
qui est bien plus qu'une profession, une vraie passion de l'information, de l'événement, de
l'Histoire.

C'est grâce à votre engagement, grâce à la présence courageuse des journalistes, des
reporters et des photographes, bien conscients des risques qu'ils prennent, que nous
mesurons à quel point dans le monde actuel, l'image, la parole, la photo, le film, sont
déclencheurs de paix, de droit, de confrontations démocratiques, de solidarités nouvelles.

Courage et responsabilité, ce sont deux valeurs auxquelles je tiens. Je veux dire ici
l'importance, pour notre pays, comme pour tous ceux qui partagent ces valeurs, de la chaîne
d'information internationale, dont la nécessité stratégique doit s'inscrire en synergie avec les
autres instruments de l'audiovisuel extérieur.

Je le redis ici, la vocation de la chaîne internationale, ce n'est pas d'être la voix de la France.

C'est d'être la voix de la liberté et des valeurs que nous avons en partage, c'est d'être une
voix française, une voix diffusée également en langues étrangères, dans le monde
d'aujourd'hui, marqué par la mondialisation, la violence et les rapports de force. Une voix
française, c'est une voix libre, une voix humaniste, la voix de la culture aussi, face au grand
maelström des images et des émotions collectives, et au moment où chacun, dans le
monde, est amené à s'interroger sur son identité individuelle, communautaire ou nationale,
sur sa propre survie, face aux risques de standardisation, d'uniformisation, de
marchandisation.

Au sein de cet environnement bouleversé par l'avènement des nouvelles technologies, dans
un monde où les sources d'information sont devenues quasiment infinies, seules la mise en
perspective de l'information, sa vérification et son authentification scrupuleuse, sa lecture
critique et sa hiérarchisation permettent au lecteur de lui donner un sens et font la richesse
irremplaçable de l'information écrite. Ce travail du journaliste participe à la formation du
citoyen, en lui offrant pleinement la possibilité de s'inscrire dans la vie de la cité.

C'est pourquoi la situation de la presse dans son ensemble, et tout particulièrement de la
presse écrite, me tient particulièrement à coeur.

La presse française, et surtout la presse d'information politique et générale, connaît
aujourd'hui une situation difficile, en raison de la mauvaise tenue du marché publicitaire,
mais aussi d'une tendance longue à l'érosion de son lectorat. Entre 1998 et 2003, la diffusion
de la presse quotidienne d'information politique et générale a baissé de 5,7%.

Pendant ce temps, les charges de fabrication et de distribution ont continué de progresser.

Je veux dire ma conviction qu'une telle tendance n'est pas une fatalité et qu'un effort collectif
des éditeurs et du gouvernement, déjà engagé, me donne de l'espoir.

Dès cette année, le budget de l'Etat permettra d'agir :

– pour aider la presse à maîtriser ses charges de fabrication ( mesure nouvelle de 38 M€ ) ;

– pour aider la presse à maîtriser ses coûts de distribution : après la signature des accords entre
l'Etat, la presse et la Poste le 22 juillet 2004, qui fera l'objet d'un comité de suivi cette année,
l'aide à la distribution de la presse quotidienne nationale d'information politique et générale,
est reconduite en 2005 et permet d'accompagner l'effort de modernisation des NMPP ;

– pour soutenir la diffusion en consolidant le réseau de vente au numéro : l'an dernier, l'Etat
avait pris des mesures d'allègement de taxe professionnelle pour les diffuseurs de presse. En
2005, l'Etat met en place une nouvelle aide à la modernisation du réseau des diffuseurs de
presse, dotée de 3,5 M€. Cette aide accompagnera la consolidation engagée par la profession ;

– pour aider la presse à endiguer l'érosion de son lectorat : c'est notamment le sens des
mesures en faveur de la lecture de la presse par les jeunes, pour lesquelles une somme de 3,5
M€ pourra être mobilisée en 2005 ;

– pour consolider le pluralisme, en soutenant les titres les plus fragiles, grâce notamment au
fonds d'aide aux quotidiens nationaux à faibles ressources publicitaires, qui sera réformé en
2005.

C'est un plan d'une ampleur sans précédent, touchant tous les maillons de la chaîne, mis en
oeuvre en total partenariat avec les éditeurs, qui va entrer en vigueur.

Je souhaite une confiance retrouvée dans l'avenir de la presse, confiance des investisseurs,

– car sans investissements, cette liberté à laquelle nous tenons tant n'aurait pas de sens,
confiance des lecteurs. Il reste à prendre la juste mesure des phénomènes de concentration,
qui affectent l'ensemble des médias, et à imaginer les voies d'une régulation mieux adaptée,
qui prenne en compte les nouvelles conditions économiques et technologiques
(développement d'internet, de la télévision numérique terrestre, de la presse gratuite
d'information…). C'est dans cet esprit que le Président de la République et le Premier
Ministre ont annoncé la mise en place prochaine d'une commission de travail chargée de
réfléchir sur l'opportunité de mesures nouvelles, présidée par le professeur Alain Lancelot,
ancien membre du Conseil constitutionnel.

Cette commission aura vocation à s'intéresser à l'ensemble des médias.

Je veux évoquer maintenant l'audiovisuel, cette fenêtre ouverte sur notre monde. Je tiens,
devant vous tous, responsables du secteur privé et public de la presse et de l'audiovisuel, à
affirmer mon attachement au service public de l'audiovisuel, auquel je crois, et qui doit rester
une référence. 2005 sera une grande année pour notre audiovisuel public. Vous le savez,
cette année, outre la réforme de la redevance, l'audiovisuel public pourra compter sur des
moyens supplémentaires, à hauteur de 20M€ d'euros, ce qui est loin d'être négligeable, dans
le contexte de l'effort de maîtrise et de redressement de nos finances publiques, et des
réformes menées par le gouvernement. Je remercie particulièrement le Premier Ministre de
ses décisions. Cette année, mon voeu est que nos concitoyens, sur leurs écrans, " regardent
la différence ", pour reprendre un slogan de France-Inter. Le souhaiter n'est pas pour autant
négliger l'apport du secteur privé à la diversité de nos écrans. Vive, de ce point de vue, une
saine émulation pour que la culture ait la place la plus large possible dans les journaux
d'information télévisés !

Je tiens à ce que les crédits supplémentaires dégagés cette année soient mis au service de
cette différence, c'est-à-dire du téléspectateur et de la qualité de l'offre de programmes, qui
doit être enrichie, mais aussi, d'une offre additionnelle, et je pense tout particulièrement à la
télévision numérique terrestre, à la télévision numérique hertzienne, ainsi qu'à l'amélioration
du financement de la production et de la création audiovisuelle. Il s'agit d'une priorité
essentielle pour moi, qui passe par la multiplication des passerelles entre l'audiovisuel public
et la culture.

Et je me félicite que notre rencontre d'aujourd'hui ait lieu au lendemain de la diffusion sur
France 3 de Homo Sapiens, la suite tant attendue de l'Odyssée de l'espèce, qui a été un
grand succès, emblématique de l'offre de programmes de culture et de connaissances que je
souhaite voir se développer cette année sur les écrans du service public.

Cela doit se traduire concrètement :

– par l'augmentation du budget d'approvisionnement de ces programmes, avec une
progression de ces investissements deux fois plus forte que celle de la ressource publique
affectée au groupe ;

– par une exposition plus soutenue à l'antenne, avec un objectif significatif de premières et
deuxièmes parties de soirées constituées de programmes de culture et de connaissance ;

Ces orientations passent par tous les domaines de la culture, et j'en laisse bien sûr l'initiative
aux uns et aux autres :

– des rendez-vous fixes et réguliers pour la musique, pour toutes les musiques, dans toute
leur diversité ; je participerai ce soir à la première nuit de la chanson française qui sera
diffusée samedi sur France 2 ;

– la captation et la recréation dans le domaine du théâtre ;

– mais aussi la fiction, le cinéma, l'animation ;

– par une audace de programmation, dont les succès récents montrent qu'elle rencontre un
réel besoin des publics. Il faut essayer de dépasser ce pseudo-affrontement entre la logique
de qualité des programmes et le nombre de téléspectateurs !

La différence et l'enrichissement de l'offre pour le spectateur passeront également en 2005
par l'arrivée de la télévision numérique pour tous. Monsieur le président du CSA, c'est un
projet que nous partageons, un projet essentiel pour les Françaises et les Français !

Les choix du gouvernement, dans le cadre de la mise en place de la télévision numérique
pour tous, vont permettre aux Français de disposer d'une offre de programme élargie et
d'une qualité de réception qui ne saurait exclusivement être réservée à ceux qui disposent
du câble ou d'une parabole.

Il est grand temps de lancer l'information la plus large à destination de nos concitoyens, audelà
du débat technologique et financier.

Avec la norme MPEG2, les Français pourront dés mars 2005 accéder à de nouvelles
chaînes gratuites, dont le seul coût sera celui de se procurer un simple adaptateur.

Remarquez que, en homme très attentif à la sémantique, je ne dis jamais " décodeur ", le
mot pouvant faire penser à la télévision payante, puisqu'il s'agit, j'y insiste, d'une offre
gratuite.

Puis, progressivement, ils bénéficieront de nouvelles chaînes payantes, dont la qualité
d'image et de son sera garantie par une nouvelle norme de diffusion, la MPEG4.

Le gouvernement répond ainsi aux attentes exprimées par les auteurs, par l'ensemble du
secteur de la production audiovisuelle et cinématographique, mais aussi par les
consommateurs eux-mêmes, qui souhaitent bénéficier à terme des avantages d'une
télévision à haute définition.

Enfin, le choix de la norme MPEG4 part du constat que la France dispose d'un paysage
hertzien terrestre très riche, qui doit donner toute sa place aux évolutions technologiques.

Ainsi, le démarrage des chaînes payantes en MPEG4 permettra de récupérer de la
ressource hertzienne pour introduire le plus rapidement possible télévision en haute
définition.

L'audiovisuel, c'est aussi, pour 2005, une véritable stratégie au service de l'emploi et de la
lutte contre les délocalisations de tournages. Vous savez que cette année entrera en vigueur
le crédit spécifique pour la création audiovisuelle.

L'objectif de cette mesure est d'avoir un impact fort. Il s'agit de rapatrier en France environ
70 000 jours de travail liés à des tournages dans les domaines de la fiction, de l'animation ou
encore du documentaire. Bien sûr, le succès dépend de l'esprit de responsabilité de chacun :
diffuseurs publics et privés, producteurs, pouvoirs publics.

Cette stratégie pour l'emploi est essentielle. Car 2005 doit être l'année de l'emploi culturel.

Nous sommes, je l'espère, sortis d'une crise et nous jetons en 2005, avec les partenaires
sociaux, les fondations d'un système pérenne qui reconnaîtra durablement la place des
artistes et des techniciens du spectacle vivant, de l'audiovisuel et du cinéma, et la place de
l'emploi culturel, dans notre pays. Tel est mon voeu le plus cher pour 2005, année au cours
de laquelle l'Etat continuera de prendre toutes ses responsabilités.

S'il est une première leçon à tirer de l'expérience de ces mois de dialogue, de débat et
d'avancées, avec nos multiples interlocuteurs, c'est que la demande adressée à ce
Ministère, est très forte. Au-delà des missions spécifiques d'intervention, de réglementation,
de conseil, d'expertise, de savoir, et de transmission des savoirs, c'est une demande de
médiation, de repère, de détection des talents et d'accompagnement des mutations et des
transformations d'une société, où nos concitoyens consacrent chaque année 63 milliards
d'heures à des activités culturelles, en y incluant la télévision, pour quelque 34 milliards
d'heures passées à travailler. Une société, où les produits des industries culturelles, qui ne
sont pas des marchandises comme les autres, prennent une place croissante dans la vie
quotidienne de nos concitoyens, en même temps et c'est tant mieux, car c'est pour moi une
source d'espoirs, que la fréquentation des lieux de culture, des salles de spectacle, des
musées, des salles de cinéma.

Après l'emploi, le patrimoine est une priorité pour cette année, une mission essentielle, qui
se mesure à l'engouement de nos concitoyens pour les journées européennes du
patrimoine. Je souhaite cette année que ces journées permettent aux Français de
s'approprier encore davantage leurs monuments historiques et je recherche pour le
patrimoine, qui est et demeure une mission régalienne de l'Etat, de nouveaux moyens de
financement, davantage en mesure de faire face aux immenses besoins dans ce domaine.

C'est l'identité, c'est la qualité de notre cadre de vie qui est en jeu. Depuis une simple façade
de café, dans l'une de nos communes rurales, jusqu'à la cathédrale la plus majestueuse,
notre patrimoine doit pouvoir défier le temps, grâce à l'apport de toutes les innovations.

Le patrimoine, ce sera cette année, l'ouverture de la Cité de l'architecture et du patrimoine au
Palais de Chaillot, le lancement de la rénovation de la Maison de la Radio.

Le Patrimoine, ce sont aussi les Archives et je me réjouis que le lauréat du concours
d'architecture pour la construction du nouveau Centre des archives nationales à Pierrefittesur-
Seine soit désigné cette année. Ce sera fait par le Président de la République lui-même,
tout comme pour le lauréat désigné pour la réalisation du département des arts de l'Islam au
Louvre.

Le Patrimoine, c'est la mémoire et nous célébrerons cette année le centenaire de la loi de
séparation des églises et de l'Etat.

Le Patrimoine, c'est la nouvelle Cinémathèque, qui jettera cette année sa lumière sur le quai
de Bercy. Le Patrimoine est aussi écrit, conservé dans nos grandes institutions, comme la
Bibliothèque Nationale de France. Il est toujours en mouvement, en création perpétuelle,
toute oeuvre créée aujourd'hui entrant dans le patrimoine de demain, avec, en particulier,
l'ensemble des professions et des métiers de la grande chaîne du livre dont nous ne devons
oublier aucun des maillons, car tous concourent à la vitalité de nos créations, qu'il s'agisse
des bibliothèques, des librairies, des éditeurs, des imprimeurs et des écrivains.

En 2005, il nous faudra accompagner ces transformations que j'ai évoquées il y a un instant
et qui concernent le livre, mais aussi la musique, le cinéma, l'audiovisuel.

L'année 2005 sera décisive pour notre combat pour la reconnaissance de la diversité
culturelle et des droits des artistes. Cette année, nous nous engagerons pour obtenir, à
l'automne, l'adoption de la convention internationale sur la diversité culturelle, à l'UNESCO.

La meilleure façon de gagner ce combat, c'est de bâtir l'Europe de la culture, et je m'y
emploierai de toutes mes forces. J'ai bien conscience que le défi européen passe aujourd'hui
par l'engagement politique.

Je prendrai toute ma part de la campagne pour convaincre, au-delà de tous les clivages,
combien l'Europe, comme la culture, est au coeur de ce que Fernand Braudel appelait "
l'identité de la France ", de son avenir.

L'Europe et l'adoption d'une Constitution, si les Etats et les peuples européens en décident
ainsi. Cette Constitution européenne marquera une avancée notable pour la culture car elle
conservera, à la demande de la France, le principe d'unanimité pour les décisions de
politique commerciale externe qui pourraient affecter la diversité culturelle, et qu'elle
permettra en revanche, comme nous le souhaitons, la prise de décision à la majorité
qualifiée pour les décisions de politique interne. Je crois, quant à moi, que l'Europe politique
que nous sommes en train de construire, repose sur un héritage culturel commun qui existe
de façon immémoriale et qui est encore capable de diffuser un message universel selon des
formes nouvelles. En témoigne le metteur en scène allemand Ostermaier qui a fait si
brillamment l'ouverture du Festival d'Avignon.

Au coeur de ce message, il y a cette vérité que Gao Xingjian énonce ainsi : " la culture n'est
pas un luxe, c'est une nécessité ". C'est le coeur même de mon objectif politique en ce début
d'année, dans l'exercice de mes responsabilités. La culture et la communication ne sont pas
un " supplément d'âme ", elles forment le coeur même de notre identité, de nos convictions,
de notre rayonnement.

En mai 2005, nous montrerons, à Paris, avec des personnalités et des artistes venus de tous
les horizons européens, la force des valeurs culturelles communes de l'Europe. L'Europe
essentielle à notre rayonnement international, qui n'est pas distinct, mais qui prolonge le
rayonnement de nos territoires, comme l'illustrent l'ouverture d'antennes en régions et les
projets internationaux de deux grands établissements, le Louvre et le Centre Pompidou, qui
amplifient et démultiplient l'impact de notre politique étrangère.

Avec une profonde unité entre notre conception du droit international, notre vision des
nécessaires espoirs de chacun, de chaque tradition, de chaque origine, de chaque religion et
notre souhait du dialogue entre les cultures et les civilisations.

Avant de vous retrouver tout de suite autour d'un verre, avec la musique de la fanfare des
étudiants des Beaux-Arts, j'adresse à chacune et chacun d'entre vous mes voeux personnels
les plus chaleureux et les plus sincères.

Puisse le OUI à la Constitution européenne, être un OUI à une France forte, ouverte,
généreuse, tolérante, sûre de ses valeurs humanistes.

Puisse cette année permettre aux Français le maximum de découvertes culturelles et
artistiques. Vous y avez votre part de responsabilité, votre rôle à jouer. Par avance, je tiens à
vous en remercier.

Bonne année à tous !

Célébrations nationales Jules Verne 2005 – Conférence de presse au Musée de la Marine

11 janvier 2005

Monsieur le Ministre, Cher Gilles,

Monsieur le Député-Maire,

Amiral,

Mesdames, Messieurs,

Chers amis,

Depuis le cratère qui porte son nom sur la face cachée de la lune, jusqu’au premier sous-marin
atomique baptisé Nautilus, en passant par le trophée disputé par les grands
navigateurs, et le succès persistant de ses romans et des films qui s'en sont inspirés, tout
témoigne que la mémoire de Jules Verne demeure vivante et que son imagination nous
projette aujourd’hui avec une grande force dans l’univers de la création littéraire.

Pourtant, cent après sa disparition, ce « faiseur de monde » reste encore à découvrir. « La
méconnaissance de Jules Verne est à la mesure de la célébrité de son oeuvre », comme l’a
écrit Patrick Avrane, dans un ouvrage qui suit la trace de ce semeur de rêve. Comme un La
Fontaine réduit à la morale de ses fables, c’est essentiellement un Jules Verne visionnaire,
auteur de romans pour enfants et adolescents que nous avons gardé en mémoire. Or Jules
Verne est bien plus que cela.

Cette année nous offre l’occasion d’explorer plus en profondeur ses mondes fascinants. Je
me réjouis que Nantes et Amiens-métropole, la ville de sa jeunesse, qui l’a vu naître en 1828
et celle de la maturité et de la vieillesse, qui l’a vu s’éteindre en 1905, se soient associées
pour mettre en commun archives et talents, et donner à cette commémoration une ampleur
nationale, avec le soutien du ministère de la culture et de la communication. Je suis certain
que la réouverture de la maison Jules Verne d’Amiens et du musée Jules Verne de Nantes,
et que toutes les manifestations prévues cette année dans vos deux villes, mais aussi à la
Cité des sciences et de l’industrie susciteront un réel engouement de la part du public et
participeront directement à la promotion touristique, mais aussi culturelle, de vos villes et de
vos régions.

C’est, je le sais, l’aboutissement d’un travail en commun mené depuis quatre ans. Un travail
exemplaire de la force du rayonnement culturel de nos territoires. Un travail qui illustre aussi
que la décentralisation culturelle, ce n’est pas une compétition, une concurrence, encore
moins une querelle de clochers ou de beffrois. Non, la Loire et la Somme, l’Atlantique et la
Manche, Amiens et Nantes, loin de se disputer la mémoire de Jules Verne, la font vivre et lui
donnent tout son sens aujourd’hui, avec le soutien de l’Etat.

Arrivé à Paris pour étudier le droit, Jules écrit à son père qui espère le voir reprendre son
étude d'avoué : " la littérature est un art avec lequel je me suis identifié et que je
n'abandonnerai jamais". Ce serment, l'écrivain le tient même si, après son mariage avec une
Amiénoise, Honorine de Viane, il exerce, un temps, à côté de sa passion, le métier d'agent
de change. Il est aussi fidèle à ses devoirs de citoyen ; il fut conseiller général de la Somme.

Il assume aussi longuement des mandats de conseiller municipal à Amiens où il se fixe en
1872 à son départ du Crotoy. L'élu Jules Verne intervient dans les domaines de la culture et
de l'urbanisme avec une pertinence reconnue par ses contemporains et dans l'esprit qui lui
fait écrire : « Vivre, c'est être conscient de la dignité humaine ; c'est se donner aux autres ».

Si les pièces et opérettes de celui qui fut un temps secrétaire du Théâtre lyrique ne l'ont pas
propulsé parmi les auteurs populaires, son oeuvre de romancier rencontre un considérable
succès. Au merveilleux des fées et des contes, il ajoute celui de l’humanité pensante et
savante. La science devient point de départ des aventures et des rêveries qu’il propose au
lecteur. Celui-ci, à la suite de Phileas Fogg ou de Robur le Conquérant, s’aventure dans des
contrées nouvelles, dans un monde imaginaire. Un monde qui extrapole les découvertes de
son époque, plus qu’il n’anticipe les nôtres. L’obus lunaire – tiré depuis Cap Canaveral ! – la
maison à vapeur, l’île à hélices ou l’Albatros fascinent et inquiètent tout à la fois.

Ecrivain de prospective, Jules Verne imagine tout de même le développement des
dirigeables et des sous-marins, du disque et de la télévision, des vaisseaux spatiaux ! Ce
qu’il anticipe avant tout, ce sont les interrogations de notre époque, en grand frère de
George Orwell et de Ray Bradbury. La fascination pour le progrès potentiellement infini se
trouve toujours teintée chez lui de l’angoisse devant le pouvoir illimité de la machine.

De 1862 à 1886, Jules Verne est édité par Jules Hetzel, son « père sublime », fondateur
avec Jean Macé de la librairie laïque d'éducation et de récréation. Les Voyages
extraordinaires font partie des succès inoubliables des éditions Hetzel, dont nous avons tous
en mémoire les couvertures chamarrées, les tranches dorées, et les magnifiques illustrations
gravées. Jules l’éditeur partage avec Jules le romancier la certitude que « c'est à force de
répandre le bon grain qu'une semence finit par tomber dans un sillon fertile ». Les dizaines
de volumes de Jules Verne sont, pour des générations, le symbole écarlate des prix
d'excellence qui couronnent heureusement les fins d'années scolaires.

De celui qui a rêvé d'écrire le roman de la science, Hetzel attend contractuellement 40 livres,
au rythme de deux par an ! Jules Verne reste l'un des écrivains français les plus traduits : on
peut le lire dans plus de 25 langues. Dès 1902, le premier film français de science-fiction,
réalisé par Georges Méliès, prolonge le grand roman de la Terre à la Lune. Au-delà
d'efficaces mises en scène, on trouve dans les oeuvres de Verne, des mises en garde
prémonitoires, par exemple à propos de « bombes totales ». En 1864, Le Voyage au centre
de la terre permet de saisir le caractère terrifiant des séismes et la puissance cataclysmique
de l'eau ; 140 ans plus tard, le terrible tsunami qui vient de dévaster l'Asie témoigne que la
création artistique peut approcher la prophétie.

Avec des personnages aussi forts que les capitaines Strogoff ou Némo, Jules Verne a
inspiré bien des hommes d'action. En 1905, dans ses premières expéditions polaires, Jean
Charcot souligne que les réflexions du Capitaine Hatteras sont, pour lui, un vrai livre de bord.

Explorateurs ou saltimbanques, négociants ou dilettantes, les héros de Jules Verne
témoignent de la valeur de chaque être humain, de la diversité réelle des cultures mais aussi
de la profonde unité de la planète. Les valeurs humanistes dont ils restent porteurs, ce sont
nos valeurs, au seuil du XXIe siècle.

Bonne année Jules Verne à tous et à toutes !

Remise du rapport de Véronique Cayla

6 janvier 2005

Madame la Présidente,

Monsieur le président du CSA,

Mesdames, Messieurs,

Chers amis,

Je souhaite tout particulièrement saluer et remercier Véronique Cayla qui a présidé ce
groupe de travail ainsi que ses membres. Depuis un peu plus d’un an, vous avez beaucoup
et bien travaillé. Ce groupe a été un lieu de débat libre et ouvert. Le rapport que vous me
remettez aujourd'hui reflète cette atmosphère constructive de concertation entre les « télé
diffuseurs » et les professionnels de la filière musicale.

Je souhaite la plus large diffusion et la promotion de la création à la télévision. Le cinéma, le
livre, le théâtre, la musique, la création sous toutes ses formes et dans toute sa diversité
doivent pouvoir trouver leur place à la télévision.

La musique est une pratique et un art populaire. En 2004, plus de 12 millions de tickets de
concerts ont été vendus. Les Français montrent tous les jours leur engouement pour la
musique, pour la chanson française et pour l’ensemble de la scène européenne.

La promotion de la diversité de l’offre culturelle en général et de la musique en particulier
concerne toutes les entreprises audiovisuelles. Au-delà même de la diversité des genres, le
libre accès au marché dans le respect des règles de la concurrence est évidemment
indispensable.

Je mesure, par ailleurs, à quel point la programmation d’une chaîne, tout comme la
production et la promotion d’une oeuvre, relèvent d’équilibres subtils. Le respect de la liberté
éditoriale est fondamental mais il ne peut se traduire par un appauvrissement de la création.

Le gouvernement a donc souhaité créer les conditions d’un dialogue nécessaire entre la
filière musicale et l’ensemble des diffuseurs, afin de permettre un meilleur rayonnement des
oeuvres et des talents dans le respect des métiers de chacun.

Je souhaite tout d’abord, avec le CSA et la SACEM, que soient pérennisés et renforcés les
moyens consacrés à l’observatoire de la musique, afin d’étendre cet outil de mesure de la
diversité de la programmation musicale à la télévision, et de permettre la plus grande
transparence des choix de programmation et des pratiques commerciales.

Je souhaite ensuite que le CNC engage une réflexion, comme il l’a déjà fait à ma demande
pour l’aide aux musiques de films, afin d’améliorer et d’optimiser le soutien au financement
de la production de DVD musicaux, supports alternatifs indispensables dans un marché en
pleine mutation et qui recueillent de plus en plus de succès auprès du public.

Le gouvernement vient de doter l’audiovisuel public de 20 millions d’euros supplémentaires.

Je tiens à ce que ces nouveaux moyens soient mis au service de la différence et de
l’enrichissement de l’offre de programmes de culture et de connaissance, notamment par
des rendez-vous fixes et réguliers de musique, qui ne doivent pas être relégués à des
horaires trop tardifs.

Je souhaite que France Télévisions puisse affirmer cette différence, en assurant la
promotion d’une identité forte et en créant l’événement, grâce à la musique. Bien sûr, il faut
tenir compte de l’audience, et je souhaite que chaque chaîne puisse, en fonction de son
identité et de son public, trouver la meilleure façon de faire connaître les nouveaux artistes et
de promouvoir l’ensemble des oeuvres et des talents qui composent la scène française.

La différence et l’enrichissement de l’offre passera également par la Télévision Numérique
Terrestre. Un nombre important de chaînes gratuites généralistes, je pense à France 5 et
Arte ou d’autres, plus spécifiquement dédiées à la musique, représentent une chance pour
les programmes consacrés à la musique. A ceux qui craindraient la faible audience de ce
nouveau service de diffusion, je répondrais que véritablement, la qualité de l’offre de
programmes accessibles gratuitement incitera rapidement les foyers à basculer vers la TNT
et j’en suis sûr, la musique y occupera une place de choix.

Je souhaite, en outre, que s’engagent dès les prochains jours, les négociations bilatérales
entre les chaînes et l’ensemble de la filière musicale, pilotées par la DDM conjointement
avec la DMDTS et en étroite liaison avec le CSA, que je viens de saisir sur l’ensemble de
ces sujets. Ces discussions entre les chaînes, les producteurs, les éditeurs et les auteurs,
tenant compte de leurs spécificités respectives, permettront de parvenir à des engagements
réciproques, concernant la diffusion des oeuvres et le soutien de la création. Elles devront
respecter le rôle de chacun et la nécessaire indépendance de la programmation par rapport
à l’achat d’espace, la part des productions indépendantes et des productions « maisons »
dans la programmation de chacune des chaînes, au regard des principes et des règles du
droit de la concurrence.

Je suis convaincu que chacun prendra la mesure de ses responsabilités, car je pense que la
voie législative n’est pas la meilleure, compte tenu des spécificités fortes que je viens de
rappeler. Mais je ne saurais l’exclure en dernier recours. Il est donc dans votre intérêt de
trouver le chemin de ces accords et d’aboutir au plus vite, par la voie de la négociation.

Je vous remercie.

Présentation des nouvelles orientations pour relancer la politique conjointe, avec le ministère de l'éducation nationale, de l'enseignement supérieur et de la recherche, en matière d'éducation artistique et culturelle – Collège Charles-François Daubigny à Auvers-sur-Oise

3 janvier 2005

Monsieur le Ministre, cher François,

Monsieur le Préfet,

Monsieur le Président du conseil général,

Monsieur le Député,

Monsieur le Conseiller général,

Monsieur le Maire,

Monsieur le Recteur,

Monsieur le Directeur régional,

Madame la Principale,

Mesdames, Mesdemoiselles, Messieurs,

Aujourd'hui, c'est la rentrée des classes. C'est aussi, un peu, celle du gouvernement, même
s'il est mobilisé, depuis dimanche dernier, pour faire face aux conséquences du raz-demarée
en Asie du Sud. Je suis très heureux, pour mon premier déplacement de l'année
2005, de vous souhaiter mes voeux les plus sincères certes, mais surtout de marquer avec
vous l'importance que le gouvernement attache à l'éducation artistique et culturelle, qui a fait
l'objet de la communication que nous avons présentée ce matin, avec François Fillon, au
conseil des ministres. Ici, au coeur de ce Val d'Oise, où, de Pontoise à Auvers, les plus
grands artistes épanouirent leur talent et leur génie, en révolutionnant la peinture, de
Daubigny à Vlaminck, de Pissaro à Cézanne, sans oublier Van Gogh, naturellement, celui
qui a fait de l'église d'Auvers-sur-Oise l'un des monuments les plus connus du monde, et qui
a donné son nom à la cité d'artistes où se perpétue aujourd'hui cet esprit créatif.

Les Impressionnistes et ceux qui les aidèrent, comme Daubigny, étaient fascinés par la
photographie, cette toute jeune invention, considérée à l'époque plus comme une technique
que comme un art, qui permettait de fixer non seulement une image, mais aussi les
variations de la lumière. Daubigny fut non seulement peintre ; dans sa péniche, sur l'Oise
toute proche, il fut aussi l'un des tout premiers à réaliser des clichés sur verre. Il pressentait
sans doute que la photographie serait destinée à devenir plus qu'un moyen au service d'un
art, un art à part entière.

Nous venons, dans l'atelier de Monsieur Bonhour, professeur d'arts plastiques, et de
Monsieur Verley, photographe, de réaliser des photogrammes avec les élèves de 6e et de
5e. Bien que le principe en fut inventé dès le XIXe siècle, en même temps que la
photographie elle-même, il fallut attendre le lendemain de la première guerre mondiale pour
que des artistes comme Man Ray s'emparent du potentiel de création permis par la
découverte de ce procédé. Un procédé simple, universel, qui permet non seulement de
représenter des objets, mais aussi de créer, sans appareil photographique, en jouant avec
l'ombre et la lumière, de nouveaux objets. Des objets d'art. Des objets qui interrogent notre
regard, notre perception, notre sensibilité.

L'art et la culture à l'école, au collège, au lycée, pendant le temps scolaire comme en dehors,
c'est cela : faire prendre conscience à chaque élève de ses capacités créatrices, en suscitant
de nouveaux regards, des échanges, des rencontres, avec l'histoire de l'art, avec les
créations, dans le cadre des enseignements artistiques dispensés par les professeurs de
l'éducation nationale, mais aussi avec des artistes, qu'ils soient photographes, plasticiens,
musiciens, comédiens, cinéastes. Tous ces artistes, en intervenant dans les classes et les
ateliers, en contribuant aux projets portés par la communauté éducative, créent ces
rencontres fécondes avec les oeuvres, ouvrent de nouveaux horizons de savoir, de savoirfaire
et de vie, en participant à cette mission fondamentale de l'école, qui est de donner à
chaque élève ce bagage, ce socle de culture humaniste, fait de l'héritage commun du
patrimoine et de la création, cette culture commune qui est indispensable à la réussite et à
l'épanouissement de chacun.

C'est dire l'importance de l'éducation artistique et culturelle. J'insiste sur cette très belle
notion d'éducation, à la fois plus large, plus profonde et en même temps complémentaire de
celle d'enseignement. Elle fait partie des fondamentaux de l'école de la réussite, que la loi
d'orientation préparée par François Fillon nous donne l'occasion historique de construire,
tous ensemble, dans la richesse des expériences et des formes permise par notre plan de
relance. Les ateliers, comme ici au collège Daubigny, permettent aux élèves volontaires de
mener sur l'année avec un enseignant et un artiste un véritable projet culturel qui prend ici
tout son sens ; il s'agit bien d'un travail de création en commun, où conception et réalisation
se confrontent au réel, évoluent devant les difficultés et s'adaptent en permanence, comme
dans la conduite de tout projet artistique. Les classes culturelles, classes à projet artistique
et culturel et classes à horaires aménagés, dans les options, facultatives et obligatoires,
proposées aux lycéens, permettent aussi un épanouissement culturel.

De même, des
programmes de sensibilisation y contribuent, notamment au patrimoine et à l'architecture ou
encore au cinéma et à l'audiovisuel, avec " Ecole et cinéma ", " Collège au cinéma " et "
Lycéens au cinéma ", qui s'adressent, grâce au centre national de la cinématographie, à
près d'un million d'élèves par an. De très nombreux projets artistiques mobilisent aussi les
communautés éducatives, je pense aux quelque 14 000 écoles dotées d'une chorale.

La clé de la réussite de tous ces projets, de toutes ces initiatives, c'est d'abord, bien sûr,
l'engagement des communautés éducatives, des enseignants, des artistes, des
responsables des établissements, des responsables de l'éducation nationale et de la culture,
et nous réunirons demain, avec François Fillon, les recteurs et les directeurs régionaux des
affaires culturelles.

Permettez moi d'insister sur l'engagement des artistes. Olivier Verley a coutume de dire qu'il
ne prend pas de photographies, parce qu'il préfère les recevoir. Sa démarche est exemplaire
de ce que l'intervention des artistes à l'école apporte non seulement aux élèves et aux
enseignants, mais aussi aux artistes eux-mêmes, car elle crée des passerelles avec leur
propre travail artistique.

Et nous touchons là à l'autre clé de la réussite : le partenariat, entre la communauté
éducative et les artistes, entre les établissements scolaires et les structures culturelles de
proximité, entre le ministère de la culture et de la communication et celui de l'éducation
nationale, entre l'Etat, dont nous avons rappelé ce matin en conseil des ministres le rôle
fondateur, et les collectivités territoriales, qui s'impliquent de plus en plus dans ces projets.

Partenariat enfin à l'échelle de l'Union européenne, par les échanges, les jumelages, les
projets communs avec nos voisins, proches ou lointains, de notre continent, car l'art et la
culture scellent assurément non seulement notre héritage, mais aussi notre avenir communs.

Je vous remercie.

Ouverture de la réunion du Conseil national des professions du spectacle

17 décembre 2004

Mesdames et Messieurs,

Le Conseil national des professions du spectacle que j’ouvre
aujourd’hui est le dernier de l’année 2004, le quatrième depuis
neuf mois que j’ai pris mes fonctions.

Je ne crois pas que, depuis sa création, il se soit réuni aussi
souvent en un an. Permettez moi de vous remercier pour votre
présence, votre assiduité, votre participation aux travaux qui ont
été conduits par le CNPS. J’ai mesuré d’emblée l’importance
que revêtait l’existence d’un lieu de débat et de concertation
entre tous les acteurs et les partenaires du spectacle vivant, du
cinéma et de l’audiovisuel et, depuis le 19 avril, date de notre
première réunion, ce sentiment s’est toujours confirmé.

Je voudrais tout particulièrement saluer, comme je l’ai fait
récemment devant l’Assemblée nationale, l’esprit de
responsabilité des partenaires sociaux, membres ès qualités du
Conseil national des professions du spectacle, qui ont accepté
que soient accueillies dans cette enceinte, parce que les
circonstances le justifiaient, en observateurs, des organisations
et des personnalités dont les textes régissant le CNPS ne
prévoyaient pas la participation, mais qui ont apporté à nos
travaux une précieuse contribution.

Je voudrais également exprimer ma profonde gratitude – et je
crois pouvoir le faire au nom de tous ici – aux Parlementaires qui
nous ont accompagnés et nous accompagnent en permanence
tout au long de nos travaux, marquant ainsi que les professions
du spectacle ne sont pas seules, coupées du reste de la
population, mais qu’elles bénéficient de l’attention et du soutien
éminents des élus de la nation, qu’il s’agisse de la commission
des affaires culturelles de l’Assemblée nationale ou de celle du
Sénat, de la mission d’information de la commission des affaires
culturelles de l’Assemblée Nationale ou de la création originale
du Comité de suivi, qui a placé des parlementaires de tous
horizons au coeur du mouvement social. A tous, comme à
chacun de ceux qui se sont exprimés lors du débat d’orientation
à l’Assemblée nationale, le 9 décembre, je veux dire notre
reconnaissance commune pour avoir marqué leur solidarité avec
le monde de la culture, pour avoir témoigné aux artistes et
techniciens la considération et l’attachement dont ils s’étaient cru
privés. Vous trouverez dans votre dossier le rapport établi par
Christian Kert à l’issue de la mission d’information présidée par
Dominique Paillé et le compte rendu intégral du débat
d’orientation du 9 décembre.

Je voudrais vous signaler, à ce propos, que la date retenue pour le débat
d’orientation au Sénat est le mardi 1er février 2005.

Je veux aussi exprimer mes remerciements à Jean-Louis Borloo, à Gérard
Larcher, à Laurent Hénart pour la qualité de la coopération sans faille que
nous avons su installer entre nos Ministères, qui a permis d’avancer, de
manière constructive dans cette période un peu tourmentée. Et permettez-moi
aussi d’exprimer ma gratitude au Premier Ministre pour le soutien
constant qu’il nous a apporté.

A maints égards, notre rendez-vous d’aujourd’hui revêt une importance
particulière. C’est un rendez-vous d’étape et un tournant, c’est le rendezvous
des engagements tenus et de la construction d’un nouveau système.

Vous êtes, par nos rencontres régulières, bien placés pour mesurer tout le
poids que j’attache aux engagements que j’ai pris devant vous :
Renouer les fils du dialogue, c’est fait – et c’est en cours ! J’ai réuni à quatre
reprises le Conseil national des professions du spectacle, j’ai accéléré la
mise en place de commissions régionales pour l’emploi et les professions du
spectacle (vous trouverez dans vos dossiers un état de la mise en place des
COREPS et la liste des groupes de travail qui ont été constitués en leur
sein), je suis allé à la rencontre, dans tous les festivals et dans tous les
spectacles auxquels j’ai assisté, des artistes et techniciens, pour parler avec
eux, pour comprendre leurs conditions de travail et de vie – pour leur
montrer que leur Ministre est à leurs côtés pour améliorer l’exercice de leur
métier et leur permettre d’exprimer leur talent.

Faire face aux situations de plus grande précarité, c’est fait ! A la demande
du gouvernement, l’UNEDIC a accepté, pour les années 2004 et 2005, un
retour à la situation antérieure pour les congés de maternité (ils sont
assimilés à des jours travaillés, sur la base de 5 heures par jour, et comptent
ainsi pour le calcul des 507 heures). Le Gouvernement a créé un fonds
spécifique provisoire, financé par l’Etat, dont l’organisation a été définie par
Michel Lagrave, Conseiller-Maître honoraire à la Cour des Comptes. Géré
par l’UNEDIC, pour rester dans le cadre de la solidarité interprofessionnelle,
ce fonds prend en charge l’indemnisation des artistes et techniciens qui
effectuent leurs 507 heures en 12 mois mais n’y parviennent pas dans les
11 mois prévus pour 2004 par le nouveau protocole. Ce fonds prend
également en charge l’indemnisation des personnes en congé de maladie
pour une durée supérieure à 3 mois. Ce fonds est opérationnel depuis le 1er
juillet 2004. Je sais que sa mise en place dans l’urgence s’est accompagnée
de dysfonctionnements, notamment d’une insuffisante information, et qu’il y
a été progressivement – et sans doute trop tardivement ! – remédié.

Michel
Lagrave nous présentera, dans un instant, la dernière situation connue de
son utilisation.

Poursuivre la lutte contre les abus, c’est engagé, et cela va continuer ! La
Délégation interministérielle de lutte contre le travail illégal nous présentera,
au cours de notre séance, le bilan de son activité, qui témoigne de la
détermination et de la ténacité du Gouvernement à mobiliser tous les
services pour que le recours à l’intermittence retrouve, aux yeux de nos
concitoyens, la légitimité incontestable qui lui est nécessaire pour fonder la
solidarité interprofessionnelle.

La sortie des textes autorisant le croisement des fichiers, c’est fait ! Le
décret relatif au croisement des données entre les employeurs et salariés
est sorti le 7 mai 2004, celui qui autorise le croisement des fichiers entre les
organismes sociaux du secteur vient d’être publié, le 8 décembre dernier.

Ces textes avaient été promis depuis 1992 ! Avec Jean-Louis Borloo et
Gérard Larcher, nous serons très vigilants pour que les dernières étapes qui
demeurent avant l’application de ce décret (arrêté, passage à la Commission
nationale Informatique et Liberté) soient franchies dans les meilleurs délais.

La maîtrise du recours à l’intermittence dans l’audiovisuel public et privé,
c’est engagé ! J'ai demandé dès le printemps dernier au président de
France Télévisions et aux autres dirigeants des sociétés de l'audiovisuel
d'établir des plans pluriannuels de réduction progressive du recours à
l'intermittence ; je les ai vus récemment, ils ont engagé des actions qui
commencent déjà à produire des effets.

La lutte contre la délocalisation des tournages, c’est engagé ! L'extension
du crédit d'impôt cinéma au secteur de la production audiovisuelle et le
rehaussement de son plafond d'éligibilité sont liés au développement de
l'emploi permanent. C'est aussi tout le sens de la création du fonds pour
l'innovation audiovisuelle – qui vise aussi les nouveaux talents – et de
l'extension des concours des collectivités territoriales à l'audiovisuel.

Des propositions pour mieux définir le périmètre du recours légitime à
l’intermittence, c’est engagé ! J’ai confié à Jacques Charpillon, chef du
service de l’inspection générale de l’administration des affaires culturelles,
une mission de propositions pour mieux délimiter le périmètre des métiers et
des secteurs d’activité dont les spécificités justifient le recours à
l’intermittence. Son rapport, dont une version provisoire a été débattue lors
de la dernière séance du CNPS, vous est remis dans vos dossiers, sans les
annexes, qui sont en cours d’impression. L’ensemble de son rapport sera
disponible sur le site du Ministère avant la fin de l’année. Il appartient aux
partenaires sociaux, j’y reviendrai, dans le cadre de la négociation de
conventions collectives, de reprendre à leur compte tout ou partie des
propositions de régulation et de délimitation du périmètre présentées par
Jacques Charpillon. A leurs côtés, l’Etat veillera à la légitimité incontestable
des métiers et des secteurs retenus, fondés sur des spécificités objectives.

Je souhaite que nous puissions, au cours de l’année 2005, dès que les
discussions entre les partenaires sociaux du secteur auront suffisamment
avancé, consacrer une séance du CNPS à la définition du périmètre.

Une mission d’expertise indépendante pour construire un système
pérenne, c’est fait ! Le rapport de Jean-Paul Guillot, que j’ai rendu public
le 1er décembre, a permis, au terme d’un travail approfondi et d’une
concertation exemplaire, à laquelle je veux rendre hommage, pour
laquelle je veux remercier chacun d’entre vous – et en tout premier lieu
Jean-Paul Guillot -, de poser sur la situation de l'emploi dans le spectacle
vivant, le cinéma et l'audiovisuel, et sur le régime d'assurance chômage,
un diagnostic objectif et largement partagé. Les pistes de travail qu'il
propose sont claires : les mesures prises pour améliorer le régime
d'assurance chômage ne produiront d'effets que si elles s’inscrivent dans
une politique ambitieuse de l'emploi culturel au service de la création et
de la diffusion. L'articulation entre les deux est essentielle. Cette politique
doit mobiliser l'Etat, les collectivités territoriales, les partenaires sociaux
du secteur et les confédérations, chacun devant prendre ses
responsabilités.

Nous voici donc au pied du mur. Après le temps des diagnostics et de la
réflexion, voici venu le temps de l’action et de la construction d’un nouveau
système. Je ne m’y déroberai pas. J’y suis prêt. Et je sais pouvoir compter
sur vous comme vous pouvez compter sur moi pour que nous nous y
engagions résolument.

Mon objectif est de créer les conditions d’un accord sur un système pérenne
du financement de l’emploi dans le secteur – et sur la place que doit y
prendre le régime d’assurance-chômage. Il nous faut passer d’un protocole
d’accord contesté entre les partenaires sociaux interprofessionnels, portant
seulement sur l’assurance-chômage, à un protocole d’accord portant sur
l’emploi culturel (une sorte « d’Accords de Valois »), impliquant l’Etat, les
collectivités territoriales, les organisations du secteur et les confédérations.

Ainsi, chacun doit prendre les engagements correspondant à ses
responsabilités, et l’assurance-chômage sera progressivement ramenée à
son vrai rôle.

Je recevrai de manière bilatérale, dès le début du mois de janvier prochain,
les partenaires sociaux du secteur et les confédérations, les représentants
des collectivités territoriales, pour définir avec eux les conditions de cette
négociation, au service de la politique de l’emploi culturel – et créer ainsi les
conditions pour que les négociations en vue d’un nouveau protocole
d’assurance chômage puissent être engagées dès lors que les discussions
préalables avec les partenaires sociaux du secteur et les confédérations
auront eu lieu.

Compte tenu de la précarité qui s’est développée ces 15 dernières années
(les chiffres du rapport de Jean-Paul Guillot nous ont marqués : 80 % des
intermittents ont un revenu annuel de leur travail inférieur à 1,1 smic et 54 %
d’entre eux déclarent moins de 600 heures travaillées), une politique de
l’emploi adaptée aux caractéristiques de ce secteur doit avoir pour objectifs
de relever la part des emplois permanents et des structures pérennes,
d’accroître la durée moyenne de travail annuel rémunéré et des contrats des
intermittents. Je tiens à préciser, à ce stade de mon propos, que mon
objectif politique est en effet de conforter le régime de l’intermittence, au sein
de la solidarité interprofessionnelle. Je ne souhaite pas et je n’ai pas pour
perspective de supprimer l’intermittence : elle est indispensable aux besoins
et aux spécificités de l’emploi culturel. Cela a été unanimement exprimé sur
les bancs de l’Assemblée Nationale lors du débat d’orientation de la
semaine dernière. Je me battrais comme un lion si quiconque s’avisait d’en
remettre en cause l’existence.

Je suis déterminé à engager sans délai les actions qui dépendent
directement de l’Etat et qui correspondent à ces objectifs – et je suis prêt à
accompagner les démarches des collectivités territoriales qui s’orienteront
dans cette direction.

Ces actions s’organisent autour de 4 axes :

1. Construire un véritable système d’information sur l’emploi dans le secteur
et renforcer l’efficacité des contrôles.

2. Orienter les financements publics vers l’emploi.

3. Accélérer et systématiser la conclusion de conventions collectives.

4. Accompagner les efforts de professionnalisation des
employeurs et des salariés.

Je vous propose, pour l’année 2005, un programme de travail qui
correspond, sans être dilatoire, à la mise en oeuvre effective de ces quatre
axes.

Compte tenu de l’importance que revêt à mes yeux cette instance, je tiendrai
quatre réunions du Conseil national des professions du spectacle,
davantage si c’est nécessaire qui permettront de jalonner l’avancement de
notre travail. Je serai attentif, dans le débat qui va suivre, aux propositions
de groupes de travail que le CNPS voudra constituer, et aux modalités que
vous proposerez pour traiter les sujets que nous devrons aborder.

Concernant la composition et le fonctionnement du CNPS, je demande à la
DMDTS de nous présenter, pour le mois de juin, des propositions d’évolution
qui tiennent compte des enseignements de la période récente, et du rôle
accru que je veux lui voir jouer. Je souhaite, en particulier, que le bureau soit
élargi, un peu à l’image du groupe de suivi qui a accompagné la mission de
Jean-Paul Guillot.

A la fin du mois de mars 2005, je souhaite consacrer la première séance de
l’année du CNPS à trois thèmes :

– La structuration du champ des conventions collectives : j’invite dès aujourd’hui
les partenaires sociaux du secteur, et singulièrement les employeurs, à
proposer une couverture exhaustive du secteur, y compris le champ du
spectacle occasionnel, sans empiètements et incohérences entre les
différentes conventions collectives. Avec Jean-Louis Borloo et Gérard
Larcher, nous sommes disposés à leur prêter, s’ils le souhaitent, le concours
des services de nos ministères pour les accompagner dans cette démarche.

– La construction du lien entre financement public et conditions d’emploi : je
demande à Monsieur Alain Auclaire, chargé d’une mission d’inspection
générale de l’administration des affaires culturelles, de nous présenter des
propositions d’outils et d’indicateurs, de démarches, qui permettront de
s’assurer que la volonté d’orienter les subventions publiques vers l’emploi
pourra devenir rapidement effective, et que les progrès pourront en être
mesurés.

– Le bilan du système des licences d’entrepreneurs du spectacle : au-delà de la
nécessaire rénovation de l’application informatique (Atalie) utilisée pour le
traitement des dossiers de licences d’entrepreneurs, qui est engagée, je
demande à l’Inspection générale de l’administration des affaires culturelles
de nous proposer une analyse du système de délivrance des licences
d’entrepreneurs du spectacle, qui ne semble pas pleinement répondre aux
attentes – et les améliorations qu’il apparaîtrait nécessaire de lui apporter.

A la mi-juin, je vous propose de consacrer la séance du CNPS à deux
thèmes :

– Propositions pour le développement de la pratique amateur : il s’agit d’un sujet
que nous avons eu l’occasion d’évoquer à plusieurs reprises et qui est à
mes yeux le complément indispensable d’une politique de l’emploi culturel,
avec laquelle il ne se confond pas ; nous pourrons aussi examiner les
conditions juridiques du développement et de la sécurisation de la pratique
amateur, et évoquer aussi, parce qu’il ne faut pas écarter les sujets difficiles,
la question des figurants.

– Présentation d’un rapport de la commission emploi du CNPS sur la situation
de l’emploi dans le secteur : un travail très important a été accompli par cette
commission, sous la direction de Claude Seibel, que je veux
chaleureusement remercier. Avec le croisement des fichiers, notre
connaissance de l’emploi, permanent et intermittent, des employeurs dans le
secteur doit être enrichie. Je lui demande de concevoir et de nous présenter
dès cette année un rapport annuel sur la situation de l’emploi dans le
secteur du spectacle vivant, du cinéma et de l’audiovisuel, au plan national
et pour chaque région, dont je souhaite qu’il soit débattu au CNPS et dans
chaque COREPS.

A la fin septembre, je souhaite consacrer notre séance du CNPS à deux
thèmes particulièrement importants :

– l’état d’avancement des conventions collectives : je souhaite qu’avant la fin de
l’année 2005, l’ensemble du champ conventionnel soit couvert et que les
conventions collectives prévoient des dispositions incitatives à la déclaration
de tout le travail effectif (préparation, répétitions…) ; en particulier, les
dispositifs de rémunérations prévus pourront être fortement différenciés,
selon la durée des contrats, pour encourager à l’allongement de leur durée.

Nous souhaitons également que les conventions collectives puissent traiter
aussi des questions de la prévoyance et des retraites, des moyens du
fonctionnement du dialogue social.

– la délimitation du périmètre du recours légitime à l’intermittence, dont les
partenaires sociaux du secteur devront avoir débattu dans le cadre de la
négociation des conventions collectives, en termes de listes d’emplois ou de
fonctions, mais aussi en termes de circonstances dans lesquelles il est
possible d’avoir recours à l’intermittence.

A la mi-décembre, je vous propose de consacrer notre séance du CNPS à
trois thèmes :

– présentation d’un bilan de l’activité des COREPS : il me paraît utile que le
CNPS puisse être informé et débattre de l’activité des COREPS ;

– politique de l’offre de formation professionnelle, initiale et continue, dans le
secteur : la meilleure maîtrise de l’offre de formation est un enjeu essentiel ;
dans chaque région, le plan pour l’emploi dans le spectacle vivant prévoit un
volet de formation, des actions conjointes sont à mener entre les régions, les
DRAC, les rectorats, pour garantir la qualité et la cohérence de l’offre de
formation – et son adéquation aux besoins du secteur, des artistes et
techniciens et des employeurs ;

– les dispositifs régionaux et nationaux de mutualisation et de structuration des
employeurs : j’ai bien entendu combien la piste proposée par Jean-Paul
Guillot, consistant à réserver les subventions publiques aux structures qui
disposent au moins d’un emploi permanent, avait inquiété, en particulier les
petites compagnies. Cette mesure ne peut certainement pas s’appliquer
partout – et les différents secteurs y sont inégalement préparés. Cela signifie
que, pour certains secteurs, il y a un grand besoin d’une aide à la
structuration et à la mutualisation des employeurs ; qu’il y a aussi besoin de
repenser un mode de subventionnement qui a privilégié, de manière
excessive, une logique de projet sans se préoccuper assez des structures et
des conditions d’emploi dans lesquelles ces projets se réalisent. Ce travail
d’aide à la structuration et à la mutualisation est un préalable nécessaire. Je
souhaite que nous fassions, en fin d’année, un bilan des initiatives qui
auront été prises dans les régions, nécessairement diverses et adaptées à la
diversité des situations, mais aussi au niveau national, pour aller dans ce
sens.

Parallèlement aux travaux du Conseil national des professions du spectacle,
les équipes de Jean-Louis Borloo, de Gérard Larcher et du Ministère de la
Culture et de la communication tiendront tous les deux mois une réunion
avec la responsable de la DILTI, destinée à établir un bilan et une
programmation de son activité, de manière à pouvoir orienter les contrôles
vers les secteurs dans lesquels ils apparaissent les plus nécessaires et les
plus opportuns. Le compte-rendu en sera communiqué à chaque réunion du
CNPS.

L’ampleur de ce programme de travail atteste de ma volonté d’engager
résolument le Ministère dont j’ai la responsabilité dans une politique précise
et déterminée de développement de l’emploi dans les secteurs du spectacle
vivant, du cinéma et de l’audiovisuel, et de mobiliser à cet effet tous ceux qui
peuvent et doivent y concourir.

Pour autant, je sais que le Gouvernement est aussi attendu, de manière
beaucoup plus immédiate, sur la mise en place d’un nouveau système au 1er
janvier 2005. Je m’y suis engagé, je le ferai.

En attendant la négociation nécessaire d’un nouveau protocole, j’ai indiqué
qu’il n’y aurait pas d’espace vide et que l’Etat prendrait ses responsabilités.

Le Gouvernement a donc décidé de mettre en place, jusqu’à la conclusion
d’un nouveau protocole, un fonds transitoire, qui s’inspire des axes définis
par Michel Lagrave pour 2004 et qui, surtout, voudrait préfigurer, en
chacune de ses modalités, les éléments d’un système pérenne et marquer
une étape vers un nouveau système.

Ce fonds permet de définir, à compter du 1er janvier 2005, une période de
référence, pour l’ouverture des droits, de 12 mois (au lieu des 10,5 ou 10
mois, qui correspondent à la durée définie pour 2005 par le protocole de
2003) avec une date anniversaire qui correspond à une date de réexamen
des droits – mais qui n’a pas vocation, dans le fonds transitoire, à modifier la
durée d’indemnisation de 243 jours. Je le précise pour qu’il n’y ait aucune
ambiguïté.

En instituant cette disposition pour la deuxième année consécutive, le
Gouvernement manifeste clairement sa préférence pour qu’elle inspire les
négociateurs et les signataires d’un nouveau protocole, parce que cette
durée d’un an correspond au rythme annuel de l’activité du secteur et
permet aux salariés comme aux employeurs de mieux programmer leur
travail.

Ce fonds permet également de prendre en compte les congés de maladie
de plus de 3 mois – et donc des situations de grande fragilité. Il permettra
aussi de prendre en considération, quelle qu’en soit la durée, les congés
correspondant aux maladies dont le traitement est remboursé à 100 % par
l’Assurance Maladie ; c’est une novation par rapport à 2004, qui répond aux
situations douloureuses dont Michel Lagrave a été saisi.

J’ai entendu la demande pressante qui s’est exprimée, en particulier à
l’Assemblée Nationale et mercredi dernier encore, au Théâtre du Rond
Point, pour que le traitement des heures de formation manifeste clairement
notre volonté d’encourager, pour tous les élèves, l’éducation artistique et
culturelle.

A titre conservatoire, le Gouvernement a décidé que le fonds transitoire pour
2005 prendra en compte les heures de formation dispensées par les artistes
et techniciens à hauteur d’un maximum de 120 heures, à la condition
toutefois qu'elles aient été effectuées dans les écoles, collèges et lycées
publics et privés sous contrat, dans les universités et les établissements de
formation professionnelle publics placés sous la tutelle de l’Etat ou des
collectivités territoriales, afin de ne pas marquer le moindre encouragement
à la prolifération de formations dont la qualité et les débouchés demeurent
incertains. J’ai bien conscience que cette règle risque d’exclure certains
centres de formation privés ou associatifs, dont la réputation est reconnue et
le rôle important dans certains secteurs. Leur situation pourra être examinée
par le comité de pilotage du fonds transitoire que je souhaite mettre en
place.

Ce volume d’heures permet d’assurer la continuité pédagogique de
l’intervention des artistes et techniciens en milieu scolaire, et représente un
rythme de 3 heures hebdomadaires sur la durée de l’année scolaire.

Pour le début de l’année 2005, n’interviendront pas seulement les éléments
du fonds transitoire dont l’Etat a l’initiative. Lors du rendez-vous d’étape qui
s’est tenu le 1er décembre, les partenaires sociaux ont souhaité que
l’UNEDIC prenne en compte trois demandes qui se sont exprimées.

L’UNEDIC publiera, avant le 1er janvier 2005, une circulaire reprenant
l’ensemble des consignes relatives aux Annexes 8 et 10 adressées sous
différentes formes au cours de 2004, et dont l’accumulation et l’arrivée
aléatoire n’ont pas facilité la compréhension et la maîtrise de la part des
agents des ASSEDIC.

A cette occasion, cette instruction précisera que les droits des bénéficiaires
des annexes 8 ou 10 seront désormais réexaminés selon les mêmes
modalités que celles prévues pour les allocataires relevant du régime
général.

Cela signifie que les intéressés bénéficieront de leur allocation dès qu’ils
justifieront, à nouveau, du nombre d’heures de travail requis pour une
nouvelle ouverture de droits et non, comme cela est aujourd’hui le cas, à la
suite de l’épuisement de la durée d’indemnisation qui leur a été notifiée.
Lors de la réadmission effectuée selon ces nouvelles modalités, une
comparaison du reliquat du droit et du nouveau droit aura lieu de manière à
accorder à l’allocataire le droit le plus important.

Cette disposition répond à la préoccupation qui s’était exprimée à propos
des « petits » salaires journaliers de référence, et s’inscrit dans l’objectif de
réduire la précarité.

Cette instruction précisera également les conditions dans lesquelles sera
organisé le cumul, aujourd’hui impossible, des heures effectuées dans les
annexes 8 et 10, dès lors qu’elles n’atteignent pas les 507 heures ouvrant
droit au bénéfice de ces annexes, avec les heures effectuées dans le régime
général.

Cette disposition répond partiellement (dans le sens des annexes 8 et 10
vers le régime général, mais pas l’inverse) à la demande de permettre les
passerelles au sein du régime interprofessionnel de l’assurance chômage.

Elle vise ainsi à encourager l’augmentation du travail déclaré.

Par les effets combinés des dispositions retenues par les partenaires
sociaux et des mesures du fonds transitoire, l’essentiel des demandes
exprimées par les professionnels pour le nouveau système au 1er janvier
2005 me paraissent prises en compte.

Ainsi, 2005 n’est pas la réplique de 2004, mais une étape vers la
construction d’un nouveau système, chacun des éléments retenus étant
cohérent avec les objectifs d’une politique de l’emploi.

Je souhaite par là souligner, en vous remerciant de votre attention – et en
vous priant de m’excuser d’avoir été si long, mais c’était, je crois, nécessaire – que, comme je vous le disais en commençant, notre rendez-vous
d’aujourd’hui est bien celui des engagements tenus et de la construction
d’un nouveau système.

CONFERENCE DE PRESSE « VIVRE ENSEMBLE »

15 décembre 2004

Monsieur le Président, Cher Jean-François,

Mesdames, Messieurs, Chers amis,

Devant la multiplication d’actes de violence, d’intolérance et, en particulier, d’actes à
caractère raciste et antisémite, à la demande du Président de la République, le Premier
Ministre a mobilisé le gouvernement dès l’automne 2003. Un comité interministériel de lutte
contre le racisme et l’antisémitisme, vous le savez, a été créé et se réunit régulièrement.

La mission qui a été confiée à Jean-François Hébert, Président de la Cité des sciences et de
l’industrie avait pour objet, dans cette perspective, de préparer des propositions pour que les
actions conduites par les institutions culturelles, qui dépendent du Ministère de la culture et
de la communication fassent progresser, la tolérance, le respect des différences et le désir
de vivre ensemble.

L’ensemble de mon ministère et de ses services s’est rassemblé autour de cette mission.

Toutes les composantes du monde de la culture et de la communication : les directions
d’administration centrale du ministère, les établissements publics qui lui sont rattachés, les
directions régionales des affaires culturelles, et naturellement aussi les sociétés nationales
de radio et de télévision ont répondu présents.

Je me réjouis que plusieurs de leurs présidents, de leurs directeurs et de leurs responsables
soient parmi nous ce matin. Car ils sont les premiers acteurs d’une mobilisation générale en
faveur de la tolérance et des valeurs qui fondent notre société, notre vivre ensemble.

La mission conduite par Jean-François Hébert n’a pas débouché sur la création d’une
nouvelle journée nationale ou d’un événement commun à des institutions aussi différentes
dans leur nature ou dans leur fonctionnement. Ce que nous vous présentons ce matin, c’est
un véritable programme d’actions en profondeur, un programme concret, qui s’inscrit dans la
durée, puisqu’il est décliné jusqu’en février 2006.

Dans un premier temps, il s’agit de mieux faire connaître les actions déjà organisées par les
institutions culturelles, comme les cycles de concerts des musiques du monde, les
rencontres internationales des écritures de l’exil, par exemple.

Mais j’ai tenu à ce que le ministère aille plus loin dans l’engagement du monde culturel en
faveur de la tolérance.

J’ai souhaité que nos institutions culturelles amplifient leur action, en inscrivant dans leurs
programmes d’activités respectifs de nouvelles manifestations, afin de susciter chez nos
concitoyens une véritable prise de conscience.

Nos Directions régionales des affaires culturelles se sont mobilisées pour soutenir les
initiatives par des associations, des institutions culturelles, des collectivités.

Parmi ces multiples initiatives, je signale notamment à la Cité des sciences et de l’industrie,
un cycle de manifestations consacrées aux bâtisseurs de la paix, qui se déroule en ce
moment même.

Nous célébrerons l’an prochain le centenaire de la loi du 9 décembre 1905 de séparation des
Eglises et de l’Etat. Ce grand texte fondateur de la laïcité, qui a modelé notre République,
est fondamentalement un texte de tolérance, inspiré par la neutralité de l’Etat et le respect de
la pluralité des cultes. Sa raison d’être est d’assurer la liberté de conscience et de garantir le
libre exercice des cultes. Comme l’a montré la commission Stasi, cette grande loi de la
République a permis de prendre en compte le fait religieux dans sa diversité et de
reconnaître le droit de s’exprimer dans l’espace social.

Le rôle du Ministère de la culture et de la communication, c’est, de nous donner les moyens,
pour emprunter les mots de Jorge Semprun, de construire « une mémoire pour fonder notre
avenir ».

De nombreuses manifestations seront organisées par plusieurs services départementaux et
communaux d’archives avec le soutien de la direction des archives de France.

A l’occasion de ce même centenaire, à l’initiative de la direction du livre et de la lecture, une
journée professionnelle d’échanges intitulée « Lire ensemble, vivre ensemble » se tiendra en
avril 2005.

Dans le même esprit, les sociétés nationales de radio et de télévision et l’institut national de
l’audiovisuel feront vivre notre mémoire commune, avec sa part de lumière, et en n’occultant
rien de sa part la plus sombre, avec par exemple la diffusion de Shoah de Claude Lanzmann
par ARTE en janvier prochain et également sur France 3, pour la première fois, en intégralité
à l’occasion de la commémoration de la libération des camps ; nous donnant ainsi les
moyens de tirer des leçons de notre Histoire, et faire oeuvre de pédagogie.

Faire vivre la mémoire, c’est aussi reconnaître et mettre en valeur la place des immigrés
dans la construction de la France. En apportant son soutien à la création de la “ Cité
nationale de l’histoire de l’immigration ” dont l’ouverture en 2007 au Palais de la Porte Dorée
a été solennellement annoncée par le Premier ministre, le Ministère de la culture et de la
communication ouvre un centre d’histoire et de mémoire vivante. Ce sera plus qu’un musée :
largement ouvert au grand public et aux scolaires. Il devra fédérer autour de lui les initiatives
déjà existantes pour les rendre accessibles à l’ensemble de la population française.

Pour lutter contre toutes les formes d’exclusion, l’action du Ministère de la culture et de la
communication doit s’orienter résolument vers l’accès plus effectif à la culture de tous les
publics.

D’abord, parce que les publics les moins familiers des institutions culturelles, notamment
ceux issus de milieux très défavorisés, sont probablement plus menacés que d’autres par
certaines formes d’intolérance. Ensuite parce que, pour eux, la visite d’un lieu culturel
constitue, par elle-même, une expérience de rencontre et de partage souvent marquante.

Cette mobilisation, je tiens à le souligner, concerne l’ensemble des services, des
établissements et des organismes dépendant du Ministère de la culture et de la
communication et l’ensemble de leurs actions à destination de tous les publics, mais aussi
de leurs agents, pour faciliter l’accès de tous les talents aux métiers de la culture et de la
communication.

“ Donner sa chance à chacun ”, tel est l’objectif recherché en matière de recrutement.

Nombre d’établissements comme le Louvre, la Cité de la musique, le Parc de la Villette, la
Cité des sciences et de l’industrie ont ainsi mis en place des dispositifs visant à favoriser
l’emploi de jeunes en difficulté.

Des mesures du même ordre ont été prises par France Télévisions pour favoriser l’accès
des Français issus de l’immigration, et plus largement de milieux défavorisés, dans le cadre
de son plan d’action positive pour l’intégration.

Je tiens à ce que le Ministère de la culture et de la communication et les organismes qui en
dépendent soient exemplaires.

Nous encourageons et soutenons bien d’autres initiatives emblématiques. Jean-François
Hébert pourra vous en présenter quelques-unes, et elles sont toutes recensées dans le
document qui vous est distribué. Je veux citer en exemple la mise en oeuvre d'une banque
de programmes radiophoniques favorisant l'intégration en France des populations issues de
l'immigration, et la lutte contre les discriminations.

Plus de 100 radios associatives sont aujourd'hui partenaires et adhérentes, radios
généralistes, radios d'expression multiculturelle, radios scolaires ou universitaires.

Promouvoir la tolérance à travers une grande diversité de manifestations de nature à
susciter chez nos concitoyens une prise de conscience, toucher de nouveaux publics,
notamment ceux qui ne fréquentent pas les lieux culturels, faire en sorte que ces lieux soient
eux-mêmes exemplaires, tel est l’engagement du monde de la culture.

Il est concret, durable, il est surtout lucide. Il est le fait d’hommes et de femmes qui savent
bien que la culture ne peut pas tout résoudre. Qui savent aussi qu’elle est porteuse
d’ouverture, de fraternité, d’espérance. mobilisons nous donc, tous ensemble, en faveur de
la culture contre l’intolérance.

J’en citerais pour finir deux exemples récents et encourageants.

Les 18 et 19 septembre 2004 derniers , les portes du Palais Royal se sont ouvertes à près
de dix mille personnes, qui ont pu, de façon exceptionnelle, consulter le document original de
l’Edit de Nantes, un premier acte de tolérance religieuse dans une Europe divisée par la
fracture de la Réforme. J’ai tenu à présenter ce document, sorti, des Archives nationales,
pour montrer à quel point notre patrimoine est fondé sur des valeurs communes, en
l’occurrence sur un message universel de tolérance religieuse et civile, qui demeure plus que
jamais actuel dans le monde d’aujourd’hui.

A Jérusalem, le 25 novembre dernier, l’auditorium de l’église Notre Dame résonnait « d’une
seule voix » pour un concert exceptionnel, qui a réuni dans une même mosaïque de chants
des artistes juifs, musulmans, et chrétiens, exprimant au-delà de ces chants sacrés combien
la musique, l’art, le patrimoine, la culture, la création, ont un rôle essentiel à jouer pour
construire une nouvelle harmonie fondée sur le dialogue. Dialogue des cultures, dialogue
des religions, dialogue des civilisations.

Oui, vivre ensemble, au sein comme en dehors de nos frontières, c’est se donner les outils
pour comprendre les autres et créer les moyens d’un projet de vie en commun.

Oui, la culture, ce sont des repères, des idées, des goûts et des émotions, que l’on partage
avec les autres. La culture, c’est avant tout ce qui relie les hommes aujourd’hui, ce qui
permet de mieux se comprendre, de communiquer, de vivre ensemble.

Les quelque cent
manifestations que nous vous présentons ce matin, programmées jusqu’en février 2006,
vous en apportent la preuve vivante.

Je vous remercie.