Rubrique ‘Discours rue de Valois’

Remise des insignes de Commandeur dans l’Ordre des arts et des lettres à Patrick Heiniger, Président de Rolex

27 janvier 2005

Cher Patrick Heiniger,

Notre rencontre de ce soir est placée sous le signe du temps et
du mouvement. La culture est par excellence le domaine du
temps long, celui de l’héritage, du patrimoine, mais aussi celui
de l’instant, longtemps préparé, à force de travail et de savoirfaire,
de la rencontre entre les créations et leurs publics. La
communication est aujourd’hui de plus en plus du domaine de
l’instantané, du simultané. Nous vivons une formidable
accélération du temps, des créations, des inventions et des
changements.

La rencontre entre le patrimoine et la création fut toujours
l’oeuvre d’un mouvement qui appartient à l‘Etat, qui fut
longtemps le « maître des horloges ». Tout au long de l’histoire
des arts et des cultures, cette rencontre fut aussi façonnée par
ces figures exceptionnelles qui ont su mettre au service de la
production des plus hautes oeuvres de l’esprit, les moyens et les
talents sans lesquels elles n’auraient pu advenir.

Sans vous, la collection de bijoux unique au monde du Musée
des Arts décoratifs n’aurait pu être offerte au public. Votre action
est exemplaire du rôle du mécénat dans le développement de la
vie culturelle.

Vous êtes avocat de formation. Vous êtes donc attaché aux
valeurs de droit et de justice qui sont au fondement de notre
culture. Très vite, votre désir d’apprendre vous conduit à la
direction des « Montres Rolex », société créée, je le rappelle, en
1919. Vous franchissez les échelons successifs qui vous mènent
jusqu’aux responsabilités de Président de la Holding Rolex, qui
sont les vôtres aujourd’hui, où vous êtes à la tête de 26 filiales
sur cinq continents.

On pourrait se demander quel est le lien qui unit Rolex, la
tradition horlogère, et l’héritage culturel. Tout simplement l’esprit
d’entreprise. Cet esprit d’entreprise vous conduit, depuis des
années, à soutenir des hommes et des femmes dans des
réalisations exceptionnelles et dans des domaines aussi divers
que les sciences et l’exploration, l’art et la protection du
patrimoine culturel.

Le mécénat chez Rolex répond à une vocation de soutien de
l’excellence et de la créativité individuelle. Il compte deux grands
programmes : les Prix Rolex à l’esprit d’entreprise et le
programme de monitorat artistique.

Le Prix Rolex à l’esprit d’entreprise, dont vous présidez le jury, est
composé d’éminentes personnalités internationales issues
d’horizons très divers, parmi lesquelles j’ai noté les noms de Joël
de Rosnay, de Luc Montagnier et d’Yves Coppens.

Le prix que vous décernez a pour vocation de soutenir des
hommes et des femmes qui cherchent des voies nouvelles
susceptibles d'accroître les connaissances et d'améliorer le bien
être de l'humanité, dans des domaines tels que les sciences et la
médecine, l'environnement et la préservation des espèces
menacées, le patrimoine et la culture industrielle.

Jeunes et spécialistes confirmés, autodidactes et savants, sont
choisis selon le caractère novateur des projets, l'esprit d'entreprise
et la détermination de leur auteur.

Depuis sa création, plusieurs Français en ont été lauréats.

Vous avez aussi créé une initiative unique dans le monde des arts
: le Programme Rolex de mentorat artistique. Ce programme
visionnaire, qui repose sur le principe d’un parrainage individuel, a
pour ambition de transmettre notre patrimoine artistique d'une
génération à l'autre. Vous donnez ainsi la possibilité à de jeunes
talents de collaborer étroitement avec de grands artistes de notre
temps, tels que Jessye Norman, Mario Vargas Llosa ou David
Hockney.

La création de la galerie des bijoux du Musée des Arts Décoratifs
s’inscrit parfaitement dans cette tradition de mécénat. Le monde
du bijou rejoint le vôtre. Avec lui, vous partagez des savoirs
ancestraux, la maîtrise de nombreux métiers d’excellence et de
précision, et la magnifique faculté d’enchanter.

La réalisation de ce grand projet culturel témoigne de cet esprit
d’entreprise et de création qui a toujours été votre force et votre
inspiration.

Je suis très heureux de votre contribution à cette aventure. Car elle
rend l’art du bijou accessible au public dans une institution aussi
prestigieuse, et aussi emblématique du rayonnement universel de
la culture, que le Musée des Arts Décoratifs à Paris.

Votre investissement dans le mécénat illustre votre volonté de
marier la création et l'industrie, le beau et l'utile, la tradition et la
modernité.

Oui, votre chemin devait croiser un jour celui du musée français
des Arts décoratifs. Je suis personnellement très attaché à l’avenir
de ce musée, qui illustre de manière éclatante ce goût que
partagent nos deux pays, nos deux cultures, de l'objet parfait, de
l'objet qui sert et qui enchante, de l'objet qui conjugue la part du
rêve et du plaisir avec l'exigence de l'efficacité.

Je suis très heureux et fier de vous distinguer ce soir et de vous
remettre, en mon nom personnel, et au nom de la France, ce
témoignage d'estime, de gratitude et d’amitié.

Cher Patrick Heiniger, au nom de la République, nous vous faisons
commandeur dans l’ordre des Arts et des Lettres.

Remise des insignes de Chevalier dans l’ordre national de la Légion d’Honneur à Montserrat Caballé, à Cannes

26 janvier 2005

Madame, Chère Montserrat Caballé,

Comment mieux couronner cette soirée, également diffusée sur
les ondes et sur les écrans, dédiée à l’enchantement de la
musique classique et de l’art lyrique, qu’en vous accueillant ici, à
minuit, dans le foyer de ce Palais des festivals où rayonnent tant
d’étoiles ? Ce soir, c’est la lumière exceptionnelle de votre
incomparable talent qui nous éclaire au coeur de la nuit.

Pouvoir vous rencontrer ici est en soi un événement majeur.

Avant toute autre chose, je tiens à vous remercier pour votre
présence. Après quelque 4000 apparitions sur les plus grandes
scènes lyriques mondiales, avec un répertoire de plus de 150
rôles et 800 mélodies, vous êtes consacrée au sommet de votre
art. C’est d’abord pour cela, comme l’un de vos admirateurs les
plus fervents, que j’ai voulu vous distinguer ce soir.

Très tôt, alors que vous deviez, pour vivre, exercer ce que l’on
appelle aujourd’hui des « petits boulots », vos dons et votre
talent ont été remarqués, dans votre ville natale de Barcelone,
haut lieu de la culture et de l’art lyrique.

Vous avez pris vos premières leçons au Conservatoire du Liceo,
en cette terre de Catalogne où l’on aime tant le chant depuis des
temps immémoriaux. Après avoir travaillé avec Eugénie Kemini
et Conchita Badia, vous obtenez votre diplôme en 1953, puis,
vous vous perfectionnez à Milan, avec Napoleone Novazzi. Vous
faites vos débuts sur la scène de l’opéra de Bâle. Vous êtes
ensuite engagée à Brême, puis à l’opéra de Vienne dans
Salomé, ce rôle de princesse innocente et terrible, puis dans
Dona Elvira.

En 1960, vous vous épanouissez, comme l’une des Filles-fleurs
de Parsifal à la Scala.

Suivent une tournée au Mexique en 1962, où vous êtes Manon
« à la voix qui caresse » (André Tubeuf). Après avoir connu de
grands succès à Barcelone, un jour de 1965, vous avez dû
remplacer Marilyn Horne, au Carnegie Hall de New York, dans le
rôle titre de Lucrèce Borgia de Donizetti en version concert.

Qui pouvait imaginer le triomphe qui vous a été réservé durant
plus de vingt-cinq minutes, devant un public que vous aviez
littéralement tenu en haleine, en utilisant toutes les possibilités
de votre technique vocale et votre si vive palette de coloris
sonores ? Au sein de ce public, les directeurs des plus grandes
maisons d’opéras comprirent qu’ils vivaient un moment rare que, pour notre plus grand plaisir, ils eurent immédiatement l’envie de
faire partager aux spectateurs du monde entier.

Votre carrière européenne prend alors un nouvel élan pour
embrasser le monde. La même année, vous chantez la Comtesse
des Noces de Figaro, la Maréchale à Glyndebourne, et Marguerite
du chef d’oeuvre de Gounod, au Met, où vous reviendrez si souvent,
pour La Traviata, Le Trouvère, Otello, Turandot (dans le rôle de Liù),
Un Bal masqué, Ariane à Naxos.

Vous enroulez et vous imbriquez la valse des succès dans une
spirale infinie, toujours orientée vers le haut.

Après avoir été invitée aux Arènes de Vérone, pour des
représentations de Don Carlos, et avant de débuter à Covent
Garden dans La Traviata, vous incarnez La Norma à Barcelone, ce
rôle, a marqué toute votre carrière et vous le chantez ensuite à
l’Opéra de Paris, à la Scala, puis à Orange, où vous remportez,
dans ce rôle mythique, un triomphe sans précédent.

Vous avez l’art d’élever sans fin les longues mélodies de la grande
prêtresse de Bellini pour parvenir à un véritable éblouissement vocal
d’une beauté inouïe. Dès lors, à Buenos Aires, Rio de Janeiro, Paris,
Londres, Lisbonne, Vienne, Mexico, Naples ou Barcelone, vous
triomphez dans Rossini, Bellini et Donizetti. Votre voix traduit avec
une justesse expressive inégalée les émotions, les passions, les
situations, voulues par ces maîtres d’un nouvel art du chant.

Puis, vous abordez le rôle titre de Turandot à San Francisco,
L’Africaine à Barcelone, Adrienne Lecouvreur au Met. Dans cette
maison de légende, créée de l’autre côté de l’Atlantique pour attirer
les plus grands talents de l’Europe, vous vous imposez, dans le rôle
de Floria Tosca, cette grande chanteuse emblématique de l’opéra
de tous les temps. Dans ce rôle, vous allez ensuite enchanter le
monde entier. En 1989, vous abordez le rôle d’Isolde à Barcelone,
où vous révélez « les mille combinaisons du son » admirées par
Baudelaire.

Vous élargissez encore et toujours l’immense spectre de votre
répertoire en n’hésitant pas à y inscrire des oeuvres souvent laissées
de côté. Je pense, par exemple, à l’Armide de Gluck, la Vestale de
Spontini, Médée de Chérubini, l’un des rôles les plus éprouvants de
tout le répertoire, Ermione et le Voyage de Reims de Rossini, ou
encore la Flamma de Respighi.

Vous avez enregistré dans leur intégralité plus de quarante opéras,
de Luisa Miller à Salomé, de Pamina à Isolde.

Vous avez déclaré que « la créativité d’un artiste naît de ses
sentiments intérieurs ». Dans chacun de vos rôles, vous nous faites
partager ces sentiments, en alliant une totale maîtrise des
contraintes techniques, la plus grande sincérité et la plus grande
spontanéité possibles, pour emplir l’espace sensible du temps. Un
temps que vous savez surprendre et suspendre dans les moments
extatiques et exceptionnels que vous faites partager à votre
immense public. Oui, avec vous, le temps n’est jamais le même. Il
s’enfle, se rétrécit, se concentre, prend la fuite, mais toujours
s’installe dans l’extase. Grâce à la richesse, à la maîtrise, à la
légèreté de votre « beau chant » vous provoquez, en chacun de
nous, un plaisir irrésistible, nous faisant entrevoir à quel point la musique est, comme le voulait Rossini, un art idéal. Car « elle
réveille l’homme, l’anime, le réconforte et le rend heureux (…) elle
réjouit, attriste, terrifie et émeut, mais elle ne peut imiter que la vérité
d’un son : elle est sublime, parce qu’elle s’élève au-dessus de la
nature ordinaire dans un monde idéal. Elle n’exprime qu’ellemême
».

Grâce à votre métier qui, avez-vous dit, « réclame amour, dévotion
et patience », vous exprimez plus que « la » musique, votre
ouverture sur toutes les couleurs et toute la diversité des musiques
et votre immense générosité.

Cette générosité s’est en particulier exprimé dans votre travail de
pédagogue, au service de la musique et du chant. Vous avez su
transmettre votre art et votre passion à de nombreux élèves, dont
beaucoup comptent aujourd’hui parmi les premiers artistes de la
scène lyrique.

Vous prenez l’initiative de concours internationaux, de séries de
concerts ou d’émissions télévisées, pour révéler des jeunes talents,
que votre exemple fascine.

Oui, vous avez le souci de la transmission et du rayonnement de
votre art. Vous avez chanté avec votre fille, Montserrat Marti, qui a
entrepris à son tour une carrière de soprano lyrique.

Vous n’avez pas hésité à franchir les cloisons et les frontières entre
les genres, en vous ouvrant au monde de la pop, où vous avez de
nombreux fans. Je pense en particulier, parmi bien d’autres duos
audacieux, aux albums que vous avez enregistrés avec Freddie
Mercury, et avec le groupe Meccano.

Votre générosité, votre foi en l’homme et dans sa capacité au
bonheur, imprègne votre action au-delà même du monde de la
musique.

Vous vous engagez avec passion, en mobilisant l’opinion publique,
pour des causes humanitaires, et spécialement pour la cause qui
vous est si chère, les enfants en détresse. Vous êtes ambassadrice
de bonne volonté de l’Unesco depuis 1994. Vous avez mis votre
dévouement au service des Nations Unies, parce que vous êtes,
non seulement l’une des plus grandes cantatrices de notre temps,
mais également, une femme universelle, une femme de paix.

En chacun de vos engagements, vous donnez le meilleur de vous-même,
votre bonté et votre grandeur d’âme. Vous avez reçu en
Espagne la plus haute distinction de l’Ordre de Doňa Isabel la
Católica.

Ce soir, je tiens à vous exprimer mon admiration et ma gratitude, et
celles de la France.

Montserrat Caballé, au nom du Président de la République et en
vertu des pouvoirs qui nous sont conférés, nous vous faisons
Chevalier de la Légion d’Honneur.

Inauguration du Centre national du théâtre

25 janvier 2005

Madame la Ministre, Madame la Député-Maire, Chère Françoise,

Monsieur le Président, Cher Michel Dubois,

Monsieur le Directeur, Cher Jacques Baillon,

Mesdames, Messieurs,

Chers amis du théâtre,

Je suis très heureux, en ce début d’année, puisqu’il est encore temps,
de vous présenter à tous mes voeux les plus sincères et les plus
chaleureux, en inaugurant avec vous ce nouveau lieu où s’installe le
Centre national du théâtre. Un nouveau lieu pour de nouveaux liens.

Cher Jacques Baillon, vous venez d’évoquer la fonction tribunitienne du
théâtre. Oui, les praticiens du théâtre et de la chose publique savent
que l’un et l’autre s’appuient sur la parole et le geste. Et en présentant
la déclaration du gouvernement sur le spectacle vivant, à l’Assemblée
nationale le 9 décembre dernier, en exposant mon ambition de replacer
la culture et les artistes au coeur de la cité, j’ai fait observer aux députés
que c’est un même mot, celui de représentation, que la démocratie et la
culture ont en partage. Un même lieu : depuis la Grèce, l’hémicycle est
commun au théâtre et à l’assemblée des citoyens. Un même bien
commun, enraciné dans une longue histoire, que vous connaissez si
bien, cher Jacques Baillon, et que vous venez d’éclairer à la lumière de
votre expérience, mais aussi de votre savoir de philosophe.

Merci, d’avoir situé d’emblée votre propos dans l’enthousiasme et dans
l’énergie de cette perspective, en rappelant ce paradoxe du spectacle
vivant, éminemment éphémère, fatalement périssable, mais
nécessairement transmissible, grâce au travail des acteurs, des
auteurs, des metteurs en scène, des techniciens, et de tous les métiers
qui permettent de créer cette rencontre entre le théâtre et son public,
cette convergence entre le texte, la parole, le geste, la scène.

La scène, que Mallarmé décrivait comme « le foyer évident des plaisirs
pris en commun, aussi et tout bien réfléchi, la majestueuse ouverture
sur le mystère dont on est au monde pour envisager la grandeur, cela
même que le citoyen, qui en aura l’idée, fonde le droit de réclamer à un
Etat, comme compensation de l’amoindrissement social » (Crayonné au
théâtre).

Oui, ce lieu se situe dans le cadre de cette ouverture au monde, de cet
échange qui demeure, plus que jamais aujourd’hui, dans la nature du
théâtre.

Ce lieu sera, vous l’avez dit, un lieu d’invention de l’avenir du théâtre, ce
« bureau de liberté », de la « prospective et de l’utopie » : j’ai beaucoup
aimé cette expression, que j’ai ressentie autant comme une référence aux
penseurs qui vous inspirent, que comme un appel à vos collaborateurs, aux
journalistes, au public, aux amateurs et aux professionnels qui tous, sont
appelés, à un titre ou à un autre, à venir ici vous consulter, vous interroger,
et que vous allez accompagner pour un bout de leur chemin.

Car la vocation de ce lieu, et le sens de son ouverture, c’est aussi le
décloisonnement, le franchissement des murs et des frontières : entre le
théâtre public et le théâtre privé, j’y suis très sensible ; entre le théâtre et les
autres expressions artistiques du spectacle vivant, je pense en particulier
aux relations avec des institutions, comme le Centre national de la danse,
ou le Centre Hors les murs, dédié aux arts de la rue et aux arts du cirque.

Le décloisonnement, au sein même du monde du théâtre, c’est ce
brassage, que vous allez organiser ici, en un « tumulte ordonné » (Louis
Jouvet).

C’est d’abord le brassage des idées, de la réflexion sur la matière théâtrale,
de la rencontre avec toutes les intelligences utiles au théâtre. Je vous fais
confiance pour faire de votre centre un lieu où les idées fourmillent, où les
informations circulent, où les expériences s’échangent.

Hölderlin, pour lequel les fleuves, les flux, sont la métaphore de la pensée
et de la création, écrit que le fleuve est un « éveilleur du matin » et qu’il
emplit « jusqu’aux ombres glacées, la maison d’enthousiasme ». Votre
Centre sera plus qu’un centre de ressources, il sera le Centre de mille
sources, où pourront venir puiser, tous les professionnels, et tous ceux qui
se destinent aux métiers du théâtre. J’ai été très sensible à votre souci des
jeunes compagnies et des générations émergentes du théâtre.

Vous savez que ce thème, et celui de la formation, est l’un de ceux que j’ai
proposés au Conseil national des professions du spectacle, pour structurer
son travail de cette année, qui doit aboutir, avec le concours de tous nos
partenaires, à la consolidation d’un système pérenne, pour la
reconnaissance durable de tous les métiers du spectacle vivant et de
l’audiovisuel dans notre pays. Le développement de l’emploi culturel, vous
le savez, est l’une de mes préoccupations principales. Je souhaite que votre
Centre soit le lieu de valorisation des formations et de l’emploi dans les
métiers du théâtre, dans l’esprit de cette véritable bible, de ce guide
annuaire du spectacle vivant qui est le livre, sinon de chevet, du moins de
bureau, de tout professionnel et bien sûr, du ministre y compris.

Ce lieu de décloisonnement sera un lieu créateur de liens. Il n’est rien de
plus précieux dans l’univers actuel du spectacle vivant que la continuité des
liens forgés au cours de votre histoire et des liens nouveaux que vous
créerez ici, des liens gardiens de la mémoire des lieux, des idées et des
gens, riches des trésors, des expériences accumulées, transmises de
générations en générations de professionnels. L’innovation ne surgit pas
d’une table rase. La transmission des savoirs sur les savoirs et les savoirfaire
du théâtre est au coeur de votre mission.

Vous l’avez évoqué, et je veux y revenir un instant. Longtemps, le théâtre
s’est installé dans les marges, il s’est parfois disséminé dans des lieux peu
exposés à la vue des médias, hors des circuits marchands. Tant mieux, en
un sens, puisque le théâtre n’est pas une marchandise. Evidemment. Je
souscris à cela, et mon action le montre chaque jour. Mais vous avez
évoqué l’audiovisuel, en touchant là, vous le savez, un sujet qui me tient
beaucoup à coeur. Baudrillard et Virilio ont raison, lorsqu’ils montrent que le
théâtre, tout comme la danse, a ceci d’exceptionnel dans l’art, qu’il n’est
possible que par le travail du corps. Le mythe d’Antigone est d’abord le
corps d’Antigone. Et au sein d’une réalité qui devient de plus en plus
virtuelle, le théâtre aura toujours cette puissance qui lui permet, au sens
propre, d’incarner les mythes. Mais il faut réfléchir, lorsque l’on veut
replacer les artistes au coeur de la cité, à l’érosion symbolique qui menace
l’art des marges. Je compte beaucoup à cet égard sur vos réflexions, sur
vos propositions, et, dès la semaine prochaine, je vous donne rendez-vous,
pour approfondir cette question essentielle des relations entre le théâtre et
l’audiovisuel, au théâtre de l’Athénée pour le débat que vous organisez. Je
sais que vous donnez ici l’exemple en rendant accessible à tous un fonds
remarquable de films de théâtre.

Cette question est essentielle au rayonnement de votre art. Dans le monde
d’aujourd’hui, ce rayonnement est aussi européen et international. Je sais
l’importance que vous attachez aux échanges internationaux. Le théâtre,
parce qu’il fait partie du patrimoine de l’humanité, est exemplaire de la
diversité des expressions artistiques et de la diversité culturelle. Le théâtre
est au coeur de notre action pour la protéger, pour la défendre, pour aider à
son épanouissement et promouvoir les échanges et la coopération
internationale, afin de faire vivre le dialogue des cultures si nécessaire à
notre temps. Cette année, la communauté internationale doit adopter à
l’automne la Convention internationale sur la diversité culturelle, qui créera
une base juridique nouvelle, qui légitimera le droit des Etats de mener des
politiques culturelles, selon des règles spécifiques, différentes de celles de
l’Organisation mondiale du commerce et de l’accord général sur le
commerce et les services.

En rejoignant l’Institut international du théâtre, organisation associée à
l’Unesco, qui fédère un très grand nombre d’institutions théâtrales et
d’artistes du monde entier, le Centre national du théâtre apportera une
contribution importante à ce combat décisif.

Lieu de rayonnement, lieu de décloisonnement, lieu de nouveaux liens, lieu
de transmission, lieu de dialogue et de rencontre exemplaire de la place des
arts de la scène au coeur de la culture et de la cité : tels sont les voeux,
telles sont les ambitions, que je forme en ce début d’année, pour 2005 et
pour les années qui viennent, pour le Centre national du théâtre.

Je vous remercie.

MIDEM 2005 – Remise des insignes d'Officier dans l'Ordre des Arts et Lettres à Véronique Sanson

24 janvier 2005

Chère Véronique Sanson,

L’empreinte de votre style et de votre talent a profondément marqué la chanson francophone
contemporaine, dont vous êtes l’une des figures de proue.

Grâce à la force de votre énergie et de votre charme, qui nous touchent et nous
bouleversent, vous l’avez dotée d’un climat qui vous est très personnel.

Et cela non seulement par la couleur de votre voix, son vibrato exceptionnel, son timbre
unique, le touché de votre jeu de piano, votre flamme et vos émotions.

Mais aussi par votre inspiration, qui peut se nourrir du jazz, du blues, du rock et de toutes les
musiques populaires, en exprimant votre puissante personnalité artistique, votre sensibilité et
vos dons d’authentique musicienne, éprouvés à l’étude de Mozart, Bach ou Gershwin.

En 1972, avec la sortie de l’album « Amoureuse » produit par Michel Berger, dont
l’inspiration imprègne depuis toujours votre création, vous devenez l’une des très rares
femmes à accéder au statut d’auteur-compositeur-interprète et faites alors figure de
pionnière.

Vos très grands titres de ces années-là, Besoin de personne, De l’autre côté de mon rêve,
Bahia, nous accompagnent chaque jour.

Puis vous trouvez votre inspiration, et les meilleurs musiciens, des deux côtés de
l’Atlantique. Vous enrichissez la chanson et le rock français de vos expériences américaines.

Vous vous passionnez aussi pour l’orchestration.

Et enfin, vous apprenez à apprivoiser, puis à aimer la scène, tant votre présence y est
éclatante d’émotion et d’énergie, tant votre palette s’y déploie, du plus intime au plus
explosif, du plus ténu au plus fort, tant vous vous en emparez en belle et véritable femme de
scène que vous êtes au plus profond de vous. Et je sais combien vous aimez aujourd’hui ce
moment de vérité partagé avec le public.

Que ce soit en tournée, lors de vos fréquents passages à l’Olympia, ou encore lors de cette
merveilleuse soirée, « La Fête à Véronique Sanson », qui vous est consacrée en 1994 aux
Francofolies de La Rochelle et dont naîtra un superbe enregistrement live, le public vous
attend fidèlement et vous réserve avec un grand coeur et le profond respect qui vous est dû,
un triomphe toujours renouvelé.

Parce que vous êtes, sur scène, une délicieuse composition de qualificatifs : à la fois forte et
fragile, douce et rebelle, tendre et cruelle, sauvage et raffinée, éclatante et lancinante,
électrique et chaleureuse, proche et inaccessible, sensuelle, féline, contrastée, vous nous
faites passer du rire aux larmes, d’un sentiment à l’autre avec le même bonheur
étourdissant.

C’est pourquoi, chère Véronique Sanson, nous sommes si heureux de votre retour sur tous
les fronts de l’art et de la vie, après quelques moments d’éloignement, où le piano ne vous
parlait plus aussi volontiers.

La sortie cet automne de votre si bel album « Longue distance » a signé votre rentrée
discographique. Il vous a placé en tête du palmarès 2004 de l’Académie Charles Cros. La
longue tournée que vous entreprenez bientôt et qui vous ramènera très vite à l’Olympia,
vous rendra totalement à votre public. Nous avons hâte de vous revoir sur scène !

Vous rencontrer ici, dans le cadre du Midem, rendez-vous majeur des artistes et
professionnels du disque, m’encourage et me conforte dans ma volonté de faire de la
défense des artistes, de leurs droits et de la diversité musicale, qui vous tient beaucoup à
coeur, et pour laquelle vous vous êtes personnellement engagée, une priorité de mon action.

Pour ces atmosphères, ces moments indicibles de la vie que vous savez si bien traduire en
mots, et dont vous savez nous envelopper par votre voix envoûtante et les douces sonorités
de votre fidèle piano, pour tout ce que vous avez apporté à la chanson française, à son
renouveau, à son originalité, à son rayonnement dans le monde, je tiens à vous rendre
hommage.

Chère Véronique Sanson, au nom de la République, nous vous faisons Officier dans l’ordre
des Arts et des Lettres.

Clôture du 7e rendez-vous européen d’Unifrance – Musée d’Orsay

24 janvier 2005

Madame la Présidente, Chère Margaret Menegoz,

Monsieur le Président, Cher Serge Lemoine,

Madame la Déléguée Générale, Chère Véronique Bouffard,

Mesdames, Messieurs,

Chers amis,

Je suis particulièrement heureux de vous accueillir ce soir au Musée d’Orsay, à l’heure où
prend fin le septième rendez-vous du cinéma français, organisé par Unifrance.

On dit que sept ans, c’est l’âge de raison. Pour ce Rendez-vous, c’est certainement l’âge de
la maturité. Lancé par le regretté Daniel Toscan du Plantier, dont je veux saluer la mémoire,
il était à l’origine destiné aux seuls professionnels européens.

Aujourd’hui, sous l’impulsion de Margaret Menegoz, de Véronique Bouffard et de leurs
équipes, votre Rendez-vous accueille près de 400 distributeurs étrangers, en provenance de
46 pays, notamment latino-américains, et plus de 110 journalistes. Vous êtes tous venus
découvrir la production cinématographique française la plus récente, voire inédite. Ces seuls
chiffres attestent que ces trois jours de rencontres et de projections sont devenus un
moment essentiel pour les exportateurs français et les distributeurs étrangers, mais aussi, et
je m’en réjouis, l’ensemble des professionnels français.

Au travers des conversations que j’ai eues avec certains d’entre vous en arrivant, j’ai pu
mesurer à quel point ces trois jours ont été riches en contacts et intenses en négociations
commerciales.

En votre nom, je souhaite remercier les équipes d’Unifrance pour la préparation efficace de
cet événement. Je suis convaincu qu’il contribue de manière déterminante à renforcer la
présence et le rayonnement du cinéma français à travers le monde.

Vous aimez le cinéma français. Merci pour votre enthousiasme ! Il est partagé. Je tiens à
vous le dire très chaleureusement, ce soir, la France aime les cinémas du monde, dans toute
leur diversité.

Vous le savez, nos pays, et la France en particulier, redoublent d’efforts pour faire adopter
cette année la Convention internationale sur la diversité culturelle à l’UNESCO.

Son élaboration a été décidée à l’unanimité à l’automne dernier, grâce aux efforts conjoints
notamment du Canada et de la France. Si nous parvenons à ce qu’elle soit adoptée en 2005,
comme nous l’avons souhaité, il s’agira là d’une avancée très significative, dans la
perspective de la poursuite des négociations commerciales qui ont lieu, entre autres, à
l’Organisation Mondiale du Commerce.

Je suis pour la symétrie des échanges, pour l’ouverture à l’autre, donc pour l’ouverture de
tous les marchés. De même que je me réjouis que le marché français soit l’un des plus
ouverts au monde, que le public français, à Paris notamment, puisse découvrir l’une des
programmations les plus diverses qui soit, je souhaite que les grands marchés s’ouvrent à la
diffusion des films français. Le libre-échange est du côté des promoteurs de la diversité
culturelle. Et je souhaite faire en sorte que le Centre national de la cinématographie puisse
agréer des films d’expression française qui auront été financés à partir de capitaux
étrangers. Cet esprit de symétrie, en effet, nous devons nous l’appliquer à nous-mêmes.

Vous le savez, le cinéma vient de connaître une année faste en France, avec près de 195
millions d’entrées en salles. La part de marché du cinéma français a également atteint des
niveaux élevés, à plus de 38%. Ces chiffres sont les meilleurs depuis 20 ans. 203 films
français ont été produits, qui ont bénéficié d’une mesure décidée par le gouvernement en
2004 : le crédit d’impôt. Je me réjouis de ces résultats qui montrent à la fois le dynamisme
de la création cinématographique française et le goût du public pour un cinéma varié, de
qualité, en provenance de tous les horizons.

Au-delà de nos frontières, les chiffres publiés par le Centre National de la Cinématographie
montrent les enjeux économiques de l’exportation, puisque les recettes d’exportation des
films français ont dépassé 120 millions d’euros en 2003. Ces données démontrent aussi que
notre cinéma s’exporte sur tous les continents, en tête desquels on trouve l’Europe de
l’Ouest. Mais les films français connaissent aussi, depuis peu, des difficultés sur des
marchés « traditionnels », comme l’Espagne, l’Italie ou encore le Québec. Je suis convaincu
que ce Rendez-vous permet de renforcer les liens entre les professionnels, les exportateurs
français et les distributeurs étrangers, et qu’il contribuera à améliorer cette situation.

Le cinéma est une industrie, c’est aussi un art. La culture est essentielle à la nécessaire
maîtrise d’une mondialisation qu’il nous faut rendre plus humaine. La culture n’est pas une
marchandise « comme les autres ». C’est pourquoi il faut lui reconnaître un statut particulier.

L’Europe a besoin de culture pour avancer, et il est temps de bâtir une Europe de la culture
2005 sera une année décisive pour l’Europe en France, avec le référendum sur le projet de
Traité constitutionnel. Pour que le débat sur l’Europe de la culture – qui intéresse
naturellement au premier plan le cinéma -, prenne toute sa place dans ce contexte, je
compte réunir à Paris les artistes et les intellectuels de toute l’Europe pour des rencontres
qui auront lieu les 2 et 3 mai prochains.

Au sein de l’Europe de la culture, l’Europe du cinéma peut et doit encore progresser de
manière très concrète.

Ainsi, j’ai très récemment proposé que l’Institut pour le financement du cinéma et des
industries culturelles (IFCIC), outil de financement unique en Europe, que connaissent bien
certains d’entre vous et dont le métier est de garantir les crédits de production des
établissements financiers spécialisés, puisse rapidement intervenir sur des crédits à des
producteurs européens, ou à des distributeurs européens pour la distribution de films
français, ou français pour la distribution de films européens. J’ai demandé au CNC et à
l’IFCIC qu’un tel mécanisme puisse être mis en place dès 2005 sur la base des ressources
actuelles de l’IFCIC, même si, en régime de croisière, le fonds de garantie de l’IFCIC devra
naturellement être doté à cette fin par des organismes européens (je pense en particulier au
programme MEDIA, mais aussi au fonds EURIMAGES, et à la Banque européenne
d’investissement).

Dans le même esprit, et, par symétrie, je souhaite que, dans le cadre de la concertation qui
se poursuit avec les organisations du cinéma, soient trouvés les voies et moyens d’une
ouverture régulée du compte de soutien aux capitaux extra-européens. Plus globalement, je
veux vous dire combien je suis soucieux que la France puisse accueillir les tournages
européens et internationaux dans les meilleures conditions d’attractivité possibles.

Je veux vous redire combien je suis heureux de vous accueillir ce soir au Musée d’Orsay.

Votre présence nombreuse témoigne de l’importance de créer des occasions de rencontres
entre professionnels. Elle est symbolique aussi du lien qui m’est cher entre l’art et le cinéma.

Il n’est pas encore trop tard pour vous souhaiter une belle et heureuse année 2005. Je forme
avec vous des voeux de prospérité pour le cinéma français, et plus généralement pour la
diversité de nos cinématographies.

Je vous remercie.

MIDEM 2005 Cannes – Remise du Prix Borders Breakers

24 janvier 2005

Monsieur le Président,

Mesdames, Messieurs,

Corneille : ce nom évoque un oiseau noir, le plus intelligent des oiseaux, dit-on, et aussi l’un
de nos plus grands poètes. C’est désormais aussi le nom de l’un des artistes les plus
prometteurs de sa génération.

Je suis très heureux et très fier que le prix des jeunes artistes européens récompense cette
année Corneille.

Corneille est vraiment un passeur, un « casseur » de frontières. Son oeuvre et sa vie n’ont
cessé de jouer à saute-frontières entre l’Europe, l’Afrique et l’Amérique, entre ses racines et
ses projets, entre les pires violences d’une histoire rendue cruelle par la folie des hommes,
et les espoirs universels de la paix, du talent, de la création, de l’art, de l’engagement.

Oui, après avoir été particulièrement remarqué aux Francofolies de La Rochelle en juillet
2002 et connu un premier succès en France grâce au simple « Avec classe », après avoir
été nommé aux Victoires de la musique et s’être produit dans de nombreux festivals, après
le très grand succès de son album « Parce qu’on vient de loin », Corneille est devenu un
chanteur très populaire, reconnu par ses pairs, remarqué par la profession et plébiscité par
le public.

Il incarne désormais plus qu’un espoir, l’une des valeurs sûres de la scène francophone.

Telle est la réponse qu’avec ce prix nous pourrons faire en écho à cette phrase qu’il
prononce solennellement en introduction à son album « Seul au monde » : « D’où je viens ?
Très loin. Où je vais ? Personne ne le sait. En attendant, je vous dis où je suis … ».

Je suis très heureux de remettre ce prix à son producteur, Stephane Bourdoiseau et à son
manager Franz-René Durosel, en leur demandant de transmettre à Corneille nos plus
chaleureuses félicitations.

Je vous remercie.

MIDEM 2005 Cannes

24 janvier 2005

Monsieur le Député-Maire, Cher Bernard Brochand,

Monsieur le Président du Reed Midem, Cher Paul Zilk,

Madame la Directrice du Midem, Chère Dominique Leguern,

Mesdames, Messieurs,

Chers amis,

C’est toujours un immense plaisir de revenir à Cannes ! Et c’est une grande première pour
moi et un grand honneur d’inaugurer la 39ème édition du marché international de l’édition
musicale.

Le MIDEM, c’est un formidable foisonnement musical, dans toute la ville de Cannes, avec
les plus grands artistes, groupes et orchestres mondiaux dans les domaines des musiques
nouvelles (pop, rock, urban et electro), du jazz ou du classique.

Ce foisonnement est à la mesure de la diversité des créations et de l’édition musicales.

Le MIDEM, c’est la rencontre exceptionnelle de près de 10 000 personnes et de plus de
1500 entreprises européennes et internationales. C’est le moment privilégié de conjuguer
leurs talents et leur vision du marché pour aujourd’hui et pour demain.

Depuis deux ans, le marché a subi de profondes mutations qui ont entraîné de lourdes
pertes.

J’ai tout mis en oeuvre, depuis avril dernier, pour rapprocher les artistes, les producteurs et
les professionnels des nouvelles technologies, dans les domaines de la musique comme du
cinéma. Le MIDEMNET, de ce point de vue, est un moment très important qui permet le
rapprochement entre les nouvelles technologies et les créateurs.

Les nouvelles technologies, avec la téléphonie mobile et les plates formes internet légales,
ce sont d’abord de fantastiques opportunités de développement de nouvelles offres. Ce sont
aussi, nous le savons tous, de nouvelles menaces pour la diversité de la création.

C’est à Cannes, lors du dernier festival du film, que j’ai ouvert le dialogue entre les acteurs
de l’Internet et du cinéma sur la piraterie.

J’ai présenté dans la foulée au conseil des ministres le plan de lutte contre la piraterie dans
les industries culturelles. Ce plan, qui engage le gouvernement tout entier, organise des
actions coordonnées de sensibilisation et de prévention du public, le renforcement du cadre
juridique, ainsi que l’élaboration d’un plan européen de lutte contre la contrefaçon.

En juillet 2004, la charte d’engagements pour le développement de l’offre légale de musique
en ligne et la lutte contre la piraterie a été signée par toute la filière musicale et Internet à
l’Olympia.

La remise dans les toutes prochaines semaines du rapport d’Antoine Brugidou et de Gilles
Khan sur les possibilités de filtrage à la demande permettra de mettre en place les moyens
de prévention nécessaires pour que chacun dispose des moyens lui permettant de ne pas se
laisser, même inconsciemment, tenter par le pillage illégal des oeuvres.
La création d’un observatoire des échanges de contenu associant l’ensemble des
professionnels de la musique, du cinéma et de l’Internet, aura pour mission de mesurer le
phénomène, son évolution, et permettra d’évaluer l’efficacité des actions entreprises ; bref,
de créer un cercle vertueux des pratiques, à partir d’un constat partagé.
L’engagement de chacun a permis de susciter une prise de conscience et de faire battre en
retraite le mythe de la gratuité. La juste rémunération, à la hauteur de son talent, est pour
l’artiste, synonyme de liberté. Il n’est plus ce « baladin » qui ne peut se passer de la
protection des puissants, tel La Fontaine dédiant à 73 ans le dernier livre de ses fables à
Monseigneur le duc de Bourgogne, alors âgé de 12 ans, avec cette adresse flatteuse :

« Nous n’avons plus besoin de consulter ni Apollon ni les Muses, ni aucune des divinités du
Parnasse : elles se rencontrent toutes dans les présents que vous a faits la nature, et dans
cette science de bien juger des ouvrages de l’esprit, à quoi vous joignez celle de connaître
toutes les règles qui y conviennent ».

La Révolution a consacré les droits des auteurs, des artistes et des interprètes, au fronton
des droits les plus précieux de l’homme, parce qu’ils garantissent la liberté de l’esprit, la
liberté de création, qui sont au coeur de notre vision de l’homme, de la culture, de la vie.

C’est cela, la diversité culturelle.

Cette vision demeure. La culture a connu ses révolutions industrielles. Les arts y ont
rencontré non seulement les industries culturelles, mais aussi les nouvelles technologies.

Si l’Internet est un marché, un marché mondial formidable, l’artiste doit y être rémunéré. Il en
va de la pérennité de vos créations, de notre création.

Plus de 800 000 titres sont maintenant numérisés et c’est presque 600 000 titres qui seront
bientôt disponibles légalement sur Internet. Je souhaite qu’au moins un million de titres
soient téléchargeables d’ici à la fin de l’année ! Je veux d’ailleurs remercier tous les artistes
qui se sont engagés dans une campagne pour la promotion de la musique sur Internet.

L’attente des consommateurs est forte et je souhaite que l’ensemble des acteurs trouvent les
solutions de compromis technique, les conditions de modèles économiques facilitant l’accès
de tous et la découverte des oeuvres dans leur plus grande diversité.

La diffusion des oeuvres dans leur plus grande diversité est, en effet, indispensable sur
Internet, elle est essentielle à la radio et à la télévision.

Je suis heureux de constater que vous consacrez l’une de vos journées à des réflexions sur
l’image et la musique.

Je souhaite qu'il y ait un maximum de musique à la télévision et je veux inciter les chaînes
de télévision à s'entendre avec les producteurs de musique pour élargir l'offre.

La légitime liberté éditoriale des chaînes ne peut se traduire par un appauvrissement de la
création.

J’ai donc demandé à France Télévisions, à qui je viens d’allouer 15 millions d’euros
supplémentaires, et à l’ensemble du service public de l’audiovisuel, d’être au service de la
différence et de l’enrichissement de l’offre de programmes de culture et de connaissance. Il
faut des rendez-vous fixes et réguliers de musique qui ne doivent pas être relégués à des
horaires tardifs. Je pense bien sûr aussi à la Télévision Numérique Terrestre, et
particulièrement à la nouvelle chaîne culturelle « France 4 ».

Des négociations bilatérales entre les chaînes et l’ensemble de la filière musicale vont
s’engager. Ces discussions doivent permettre de parvenir à des engagements réciproques
concernant la diffusion des oeuvres et le soutien de la création. Elles devront aussi prendre
en compte le rôle de chacun et la nécessaire indépendance de la programmation par rapport
à l’achat d’espace, le libre accès au marché, la part des productions indépendantes et des
productions maisons dans la programmation de chacune des chaînes, dans le respect des
principes et des règles du droit de la concurrence.

Je souhaite qu’une solution contractuelle aboutisse au plus vite, car je pense que la voie
législative n’est pas la meilleure pour préserver les spécificités de chacun, mais je ne saurais
l’exclure en dernier recours.

Le Centre national de la cinématographie présentera, par ailleurs, dans les prochaines
semaines, les moyens d’améliorer et d’optimiser le soutien au financement de la production
de DVD musicaux, comme c’est déjà le cas pour les musiques de film, depuis quelques
semaines.

L’observation de la diversité musicale à la radio par l’Observatoire de la musique sera
étendue à la télévision.

Je serai très attentif aux travaux du CSA sur le plan FM 2006 pour la re-planification des
fréquences afin d’évaluer les possibilités d’optimisation de la bande FM. Et donc du plus
grand pluralisme. Je souhaite que soient pris en compte les critères de diversité et de
nouveauté, je m’entretiendrai avec le Président du CSA de la tendance grandissante à la
concentration des playlists et du phénomène de forte rotation des titres du top 40.

Pour créer les conditions de la diversité, les entrepreneurs doivent prendre des risques et
investir dans un marché en crise. Je souhaite donc que tous les moyens nécessaires soient
mis en oeuvre pour soutenir ces investissements. Le ministère travaille à la création, dans les
prochaines semaines, d’un fonds d’avance. Je rencontrerai dès demain matin, ici même, les
professionnels, pour une réunion de travail consacrée au financement et aux mesures de
soutien aux labels indépendants.

Favoriser la diversité, c’est aussi soutenir la production française en Europe et européenne
dans le monde.

J’ai rencontré, jeudi 20 janvier, le président de la commission, José Manuel Barroso, ainsi
que plusieurs membres de la commission, pour les sensibiliser aux enjeux européens de la
diversité culturelle.

Il faudra ainsi, très vite, être présents sur les nouveaux marchés, telle l’immense Chine, je
suis heureux que l’année de la France ait été ouverte, sur la place de la « Paix Céleste »,
par Jean-Michel Jarre, en direct, devant 600 millions de téléspectateurs.
Je souhaite que la future génération de programmes culturels de la commission permette le
développement des industries culturelles européennes dans l’ensemble de l’Europe et sur le
marché international.

J’ai écrit à la commission pour plaider en faveur de la création d’un programme spécifique de
soutien à l’accès au marché intérieur et à l’exportation des industries culturelles non
audiovisuelles, dans le programme CULTURE 2007. Et je suis très heureux de pouvoir faire
le point sur tous ces sujets avec tous mes collègues européens tout à l’heure, lors d’une
réunion de travail cet après midi. Je tiens à remercier chaleureusement Jan Figel,
commissaire européen à la culture, d’avoir pris l’initiative de cette réunion. Et je salue la
présence ici de nombreux collègues venus de toute l’Union européenne. Je me réjouis que
l’esprit européen, l’esprit de l’Europe, l’esprit de la culture, soufflent sur Cannes.

Pour accroître notre rayonnement commun, il nous faut aussi une infrastructure européenne
sur le territoire américain, avec un véritable bureau d’information européen à New York, qui
permettra à l’ensemble des entreprises européennes de travailler à l’export.

Par ailleurs, je continuerai à plaider auprès de nos partenaires européens pour le bien fondé
économique, social et culturel d’une baisse du taux de TVA sur le disque. Je crois
personnellement qu’il faudrait, en outre, réfléchir à la possibilité d’étendre cette mesure aux
services en ligne.

Il est essentiel que l’ensemble de ces mesures aboutissent à renforcer la diversité culturelle,
l’épanouissement et le renouvellement des talents, et donc au développement des
productions. En ce qui me concerne, je ne relâcherai pas ma vigilance sur ces priorités.

En cet instant, en concluant, je ne peux m’empêcher de penser à ce concert, à Jérusalem, le
25 novembre dernier, à l’émotion, à la rencontre, des chants sacrés de toutes les
confessions, qui ont montré combien la musique, a un rôle essentiel à jouer dans le dialogue
des cultures si nécessaire à notre temps.

Dans ce monde troublé, où les individualités, les antagonismes et les replis communautaires
risquent de s’exacerber la musique noue sans cesse de nouveaux liens universels de
créations, d’émotions, de diversité partagées, qui peuvent, j’en suis convaincu, résorber les
fractures les plus profondes.

Grâce à vous tous, nous pouvons faire vivre aujourd’hui l’appel de Verlaine :

« De la musique avant toute chose, (…)
De la musique encore et toujours ! ».

Je vous remercie.

Remise des insignes de chevalier de la Légion d'Honneur à Krystian Zimerman – Midem 2005 à Cannes

24 janvier 2005

Cher Krystian ZIMERMAN

Je suis très honoré de distinguer aujourd’hui, avec vous, l’un des pianistes concertistes les
plus prestigieux de notre temps.

Votre famille fut le lieu privilégié de votre première éducation musicale. Tous les jours, on
pratiquait chez vous la musique de chambre et vous n’avez eu aucun mal à être très tôt initié
à la connaissance des chefs-d’oeuvre de votre art. Dans le même temps, vous n’avez pas
négligé l’apprentissage de toute la technique de votre instrument, en bénéficiant pour cela
des leçons de votre père et de celles d’ Andrzej JASINSKI, au Conservatoire de Katovice.

Vous n’aviez que dix-huit ans, en 1975, lorsque vous avez obtenu le Premier Grand Prix
International au célèbre Concours CHOPIN de Varsovie.

Pourtant, selon vos propres paroles, « vous étiez peut-être le seul étudiant à ne pas venir au
Concours dans un esprit de compétition mais seulement avec le souci de donner un peu de
bonheur au public et de délivrer un message ».

Vous auriez pu commencer immédiatement votre carrière. Vous avez préféré prendre une
année supplémentaire pour vous donner à vous-même une grande maîtrise dans la pratique
du très riche répertoire pour piano et vous n’avez jamais cessé d’approfondir vos
interprétations. Il existe trois versions enregistrées des « Concertos de Chopin », sous la
direction de Giulini, Kondrachine et de vous-même. Vous avez repris plusieurs fois votre
vision personnelle de « la Sonate en si mineur » de LISZT, véritable morceau de bravoure,
ou du « 2ème Concerto en si bémol majeur » de Johannes BRAHMS.

J’ajoute que les amateurs du monde entier apprécient votre intégrale des « Préludes » de
DEBUSSY, où s’exprime, sous le kaléidoscope des sonorités, un véritable langage de l’âme.

Vous venez fréquemment dans notre pays et nous serons heureux de vous revoir à Paris,
aux Champs-Elysées, en juin 2005.

A l’heure du concert, vous faites preuve d’une très grande proximité avec le public et vous
créez, à chaque fois, un événement particulier, où la vérité de la musique est votre première
recherche.

Vous entretenez aussi une grande familiarité avec votre piano personnel, acquis à Katovice,
dont vous avez développé les possibilités avec la marque Steinway à Hambourg. Cet
instrument vous suit partout.

Vous êtes un authentique virtuose et un musicien rare.

Krystian Zimerman, au nom du Président de la République et en vertu des pouvoirs qui nous
sont conférés, nous vous faisons Chevalier de la Légion d’Honneur.

Remise des insignes de Chevalier dans l'Ordre des Arts et Lettres à Bruce Lundvall – Midem 2005 à Cannes

24 janvier 2005

Cher Bruce Lundvall,

Le Midem est placé cette année sous le signe de la Note bleue ! Il ne pouvait faire un
meilleur choix en vous désignant « Personnalité de l’Année ».

A mon tour, je salue en vous l’homme d’exception, qui, en 43 ans de carrière, a mis une
infaillible intuition et un sens aigu du management au service de la musique et notamment
du jazz. Votre fidélité aux véritables enjeux artistiques, votre flair redoutable de grand
découvreur de grands talents, font de vous un patron unanimement respecté de l’industrie
discographique et un acteur éminent de cet univers aujourd’hui en pleine mutation.

Vous avez signé les plus grands artistes : Willie Nelson, Herbie Hancock, Wyton Marsalis,
Cassandra Wilson, et tant d’autres ! Ce sont tous les noms les plus prestigieux de la scène
d’aujourd’hui qu’il faudrait citer pour vous rendre hommage !

Vous êtes aussi, pour nous tous, l’homme de la renaissance du plus célèbre label de
l’histoire du jazz, le mythique « Blue Note », fondé en 1939 par Alfred Lion et Francis Wolff,
que vous avez réveillé d’un long sommeil. Blue Note, c’est une « certaine idée » du jazz,
délibérément enracinée dans sa tradition afro-américaine, doté d’une sonorité
particulièrement claire qui s’écoute comme dans un club.

Vous avez gagné votre fabuleux pari avec le succès planétaire que l’on sait, en signant, par
exemple, Anita Baker ou Norah Jones, alors inconnue, et dont les titres font aujourd’hui le
tour du monde, pour le plus grand bonheur de millions d’amateurs.

Là encore, vous avez appliqué le grand principe de toute votre carrière : pour fonder le
succès d’un label, il faut placer la musique au tout premier plan, la privilégier à toute autre
considération.

C’est ce que vous aviez accompli également durant les 21 années passées chez Columbia,
où vous avez développé le catalogue jazz au point de surpasser celui des autres majors,
puis en tant que Président de Elektra Record et du jeune label jazz « Elektra /Musician ».

Vous êtes aujourd’hui Président aux Etats-Unis de « EMI Music, Jazz and Classics », où
vous aviez été appelé en 1984 pour créer « Manhattan », un label variétés de la côte Est, en
même temps que vous relancez « Blue Note ».

Cher Bruce Lundvall, vous êtes aujourd’hui, nous sommes, avec tous les artistes et les
professionnels, réunis ici, avec l’équipe du Midem aujourd’hui, particulièrement concernés
par les grands enjeux de l’industrie discographique mondiale, par la nouvelle donne née
d’autres modes de consommation de la musique. Nous partageons le même souci de
défendre la diversité culturelle, gage d’expression pour nos artistes, et la même volonté
d’allier le soutien à la plus grande qualité et à la défense des marchés des industries
culturelles.

Je sais la force de votre engagement en faveur de la diversité musicale, priorité absolue de
notre vie artistique et culturelle.

Je suis particulièrement heureux de distinguer en vous une personnalité exceptionnelle du
monde de la musique et de l’industrie du disque.

Bruce Lundvall, au nom de la République, nous vous faisons Chevalier dans l’ordre des Arts
et des Lettres.

Remise des insignes de Commandeur de la Légion d’Honneur à Rosella Hightower à Cannes

24 janvier 2005

Chère Rosella Hightower,

Quel scénario étonnant, quel magnifique argument de ballet que votre vie !

Vous êtes dans votre enfance cette petite Américaine au beau visage
d’indienne qui danse pieds nus dans la vaste campagne de l’Oklahoma. La
grande dépression arrache votre famille à son univers bucolique. Vous voilà à
Kansas City, ville des chemins de fer. Pour vous, celle de l’apprentissage de la
danse. Là, c’est la rencontre avec Dorothy Perkins, – Perky – figure hautement
romanesque, émule de Diaghilev, ancienne doublure de Mary Pickford à
Hollywood, grande pédagogue, malgré son infirmité, et avant-gardiste éclairée,
– un « génie » à vos yeux et sûrement, avec son audace et son courage, un bel
exemple, car il fut votre premier maître.

Les décors, les rencontres se déroulent alors en un film étonnant au rythme du
lumineux tourbillon qui vous mène jusqu’à nous.

C’est, à 17 ans, l’audition à Saint-Louis devant Léonide Massine, qui vous
invite à rejoindre les Ballets Russes de Monte-Carlo. Ce sont les dames
bienveillantes du club féminin de Kansas City, qui rendent possible le voyage.

C’est le grand paquebot transatlantique qui vous emmène, adolescente, vers la
cité princière, capitale internationale de la danse. Et c’est, tout de suite, le
succès.

Américaine parmi les Russes de la compagnie, maîtrisant le peu de « french
conversation » acquis à Kansas City, qu’importe ! Vous parlez le langage de la
danse. Il vous entraîne, durant cinq ans, avec Léonide Massine, à travers le
monde pour des tournées et des voyages au rythme effréné, quasi-surhumain,
qui sera toujours le vôtre et dont vous dites n’avoir jamais été fatiguée.

Et puis ce sont vos brillantes années à l’American Ballet Théâtre de New-York,
où les jeunes espoirs américains ne sont autres que vous-même, Alicia Alonso
et Jérôme Robbins. Et c’est la fameuse soirée du Met, à New-York, le pari un
peu fou, mais qui vous ressemble tant, de remplacer au pied levé, après
quelques heures à peine de répétition, Alicia Markova, malade, dans
« Giselle ».

Dès lors, vous êtes une étoile, celle que le Marquis de Cuevas, présent dans la
salle, choisit pour le Nouveau Ballet de Monte-Carlo. Il vous ramène en Europe
où vous jetez l’ancre, à Monte-Carlo et à Cannes, pour notre très grand
bonheur, sans jamais cesser de parcourir le monde où les plus grandes
scènes chorégraphiques vous attendent et vous acclament.

Auprès du Marquis de Cuevas, vous êtes la star incontestée d’une compagnie
mythique par son panache et l’éclat de ses chorégraphies. Ceux qui vous ont
alors applaudie dans les merveilleux ballets du répertoire tels que « La
Sylphide » ou « Petrouchka » ou dans les créations également montées pour
vous ne l’oublieront jamais et ceux qui ne l’ont pas fait le regretteront toujours !

Dans votre parcours, chère Rosella Hightower, nous serions tentés de ne voir que légende et magie de la danse là où il y a
aussi et surtout travail et volonté.

Votre technique impressionnante alliée à une expressivité, un talent dramatique et un sens de la composition hors pair ont
fait de vous la première des ballerines modernes.

Si un seul mot devait qualifier votre vie et votre art, je choisirais celui de liberté. Car votre danse, avant tout, est libre, le
mouvement en est ample, la créativité surprenante. On a dit de vous que vous étiez une danseuse du mouvement et non
une danseuse des lignes, tant, même dans l’immobilité, l’on vous sent frémir et vibrer.

Votre extrême curiosité vous a poussée à vous impliquer dans tous les courants de la création chorégraphique et vous avez
mis votre extrême virtuosité au service de tous les répertoires comme de tous les danseurs.

Car la star, l’étoile, que vous êtes, s’est affirmée comme une très grande pédagogue, dont l’influence est profondément
inscrite dans le panorama de l’enseignement supérieur de la danse dans notre pays.

En 1962, après la disparition du Marquis de Cuevas, vous fondez le Centre de Danse classique de Cannes où vous
prodiguez un enseignement à votre image, ouvert et généreux.

Le principe en est de respecter l’individualité de chaque apprenti-danseur, de lui offrir une formation complète et diversifiée
dans le respect de tous ses talents et de toutes ses capacités. Pour vous, chacun doit avoir la chance d’évoluer et de se
dépasser, non par rapport aux critères d’un groupe, que vous considérez avant tout comme un ensemble d’individus, mais
selon ses propres qualités, sa personnalité profonde et la passion qui l’anime.

De nombreux solistes de premier plan sont issus de l’école que vous avez fondée, une école atypique, personnelle et
librement inventée au fil du temps, hors de tout dogme mais infiniment respectueuse de la mémoire même de la danse, de
son patrimoine. Monique Loudières reprend aujourd’hui le flambeau de cette exceptionnelle structure d’enseignement qui est
aussi une belle aventure humaine.

Chère Rosella Hightower, c’est avec beaucoup de bonheur et d’émotion que je vous rencontre aujourd’hui. La danse est à
mes yeux l’une des expressions artistiques les plus accomplies et je m’y suis toujours passionnément intéressé.

Comme vous le savez peut-être, je visite aujourd’hui également le Midem à Cannes.

Pour le Ministre de la Culture, c’est une belle et instructive trajectoire que d’envisager dans une même journée la situation
créée par la dématérialisation des supports musicaux, et d’éprouver auprès de vous toute la portée de ce langage qu’est la
danse, porteuse d’une mémoire et d’un patrimoine immatériels, et d’une grammaire du corps accessible à tous.

Vous êtes une artiste emblématique de la force de ce langage de la danse, de ce qu’il nous apporte, de ce en quoi il nous
construit.

Je tiens à vous exprimer pour cela ma profonde gratitude.

Rosella Hightower, au nom du Président de la République et en vertu des pouvoirs qui nous sont conférés, nous vous
faisons Commandeur de la Légion d’Honneur.