Rubrique ‘Discours rue de Valois’

Ouverture de la réunion droit de suite

1 février 2005

Mesdames, Messieurs,

J'ai souhaité vous réunir aujourd'hui afin de débattre, dans la plus grande transparence et
dans la plus grande confiance, des propositions contenues dans le rapport conjoint de M.
Michel Raymond, Inspecteur général des affaires sociales, et de M. Serge Kancel,
Inspecteur général des affaires culturelles, sur le droit de suite et sur la protection sociale
des artistes plasticiens. Ce rapport, vous en avez pris connaissance voici quelques mois, et
plusieurs d'entre vous ont bien voulu, je tiens à les en remercier, me faire part par écrit de
leurs réactions, ce qui devrait permettre d'aller rapidement au coeur même des sujets
abordés.

Pour les deux rapporteurs, il s'agissait de proposer des solutions pour assurer à la fois la
transposition effective de la directive européenne et la consolidation du système de
protection sociale des artistes, tout en limitant et en équilibrant, autant que faire se peut, les
contraintes imposées aux professionnels du marché. Il y a eu de leur part un certain nombre
de propositions précises, elles donneront lieu aujourd'hui à des discussions, dont j'imagine
que certaines seront intenses, et il y aura demain arbitrages du Gouvernement.

Je souhaite que, tout au long des débats, un équilibre soit maintenu entre deux
préoccupations qui me semblent également essentielles : la consolidation du marché de l'art
et des entreprises qui l'animent, d'une part ; le soutien à l'exercice du métier d'artiste
plasticien d'autre part.

Je suis préoccupé par les difficultés que connaissent les professionnels du marché de l'art,
qui sont aujourd'hui représentés autour de cette table. La concurrence internationale est de
plus en plus âpre, les fluctuations du marché fragilisent les entreprises, des restructurations
et des changements de pratiques parfois douloureux sont rendus nécessaires. Là où les
acteurs de ce marché souhaiteraient davantage d'incitations et de marges de manoeuvre, ils
ont, je le sais, le sentiment de rencontrer des obstacles, d'avoir à vaincre des pesanteurs.

Dans ce contexte, la transposition de la directive européenne de 2001 sur le droit de suite
n'est pas accueillie comme une bonne nouvelle, c'est le moins qu'on puisse dire. Comme
vous le savez, cette directive est très précise sur l'essentiel, et ne laisse de marges de
manoeuvre que sur quelques points qui sont à l'ordre du jour de cette table-ronde.

Nous avons un calendrier à respecter. Nous l'utiliserons pleinement, ce qui veut dire que
nous avons encore de longs mois devant nous. Je crois que nous devons aussi nous garder
de toute précipitation par rapport aux régimes qui resteront en vigueur chez nos principaux
voisins européens pendant quelques années encore, et je pense en particulier au droit de
suite applicable aux ventes, par les galeries, d'oeuvres d'artistes décédés.

Il demeure une réalité, dont il nous faut faire le constat aujourd'hui : l'équilibre consensuel qui
prévalait depuis quelques dizaines d'années, qui faisait supporter aux commissaires priseurs
la perception du droit de suite et aux marchands d'art la contribution à la sécurité sociale des
artistes, est aujourd'hui caduc. La directive européenne de 2001 nous impose de placer sur
un pied d'égalité tous les marchands d'art, ce qui, d'ailleurs, trouve un écho dans la loi de
juillet 2000 qui a fait des ventes publiques un secteur de libre concurrence commerciale. Cet
équilibre, qui prévaudra pour le droit de suite, nous amène nécessairement à nous poser la
question de la contribution sociale mais, là encore, il est inutile de brusquer le calendrier.

Je suis à la recherche de toutes les voies, législatives ou réglementaires, pour contribuer à
dynamiser le marché de l'art et à en moderniser le fonctionnement. Comme vous le savez, le
ministère s’est pleinement engagé, avec des mesures comme le guichet unique et le
relèvement des seuils à l'exportation des objets culturels, le relèvement du seuil d’imposition
à la taxe forfaitaire sur les objets d’art, sans compter la loi sur le mécénat, qui accroît de
mois en mois ses effets.

Vous savez aussi que nous travaillons actuellement sur des sujets comme celui de la taxe
forfaitaire sur les ventes d'objets d'art effectuées par les non-résidents, la définition des biens
culturels pour les ventes aux enchères en ligne, ou celle d’exposition publique pour
l'application des dispositions de la loi mécénat en faveur des achats d’oeuvres originales
d’artistes vivants.

Mais nous devons aller plus loin. J'ai, vous le savez, confié à un Inspecteur général
honoraire des finances, Monsieur Alain-Gérard Cohen, dont je salue la présence, une
mission de réflexion sur les pistes d'une réduction possible des contraintes, réglementaires
et fiscales, qui pèsent sur le marché français de l'art. Je souhaite que vous me fassiez part,
que vous lui fassiez part, de toutes vos idées et suggestions en ce sens.
Mais je crois qu'une réflexion sur le marché de l'art doit être aussi une réflexion sur
l’influence de ce marché sur la vie professionnelle et sur la création des artistes dans notre
société. A travers les trois grands chapitres de votre ordre du jour, le droit de suite, la
sécurité sociale et la formation permanente, c'est bien de cela qu'il s'agit aujourd'hui.

La plupart des plasticiens sont des créateurs qui exercent, libéralement, leur activité dans le
cadre d’une entreprise individuelle. La vente de leurs oeuvres dépend de nombreux critères
sur lesquels nous agissons : notamment le mécénat, l’aide à la production, l’incitation fiscale,
l’aide à l’exportation, mais aussi le soutien des galeries d’art pour les foires étrangères,
soutien des salons. Il demeure que les plasticiens sont des créateurs solitaires, qui doivent
en assumer le risque.

Même les expositions, qui sont pour bon nombre d'artistes le mode de diffusion le plus
significatif, quel que soit leur rayonnement culturel, ne parviennent pas à assurer, étant
donné la faiblesse du marché national, des revenus suffisants et réguliers. Serge Kancel m'a
d'ailleurs remis voici quelques jours le rapport que je lui avais demandé sur la question du
droit d'exposition dans notre pays, et j'ai l'intention de mener autour de cette question une
concertation du même ordre que celle qui nous réunit aujourd'hui, afin, là aussi, de recueillir
vos avis.

Il me reste à vous souhaiter les débats les plus ouverts et les plus constructifs possibles. Je
vous rejoindrai à l'heure du déjeuner et ce sera pour moi l'occasion de nouveaux échanges
avec vous.

Je vous remercie.

Cocktail du Louvre des Antiquaires

1 février 2005

Monsieur le Maire,

Mesdames les Présidentes, Messieurs les présidents,

Mesdames, Messieurs,

Je suis très heureux de vous recevoir rue de Valois pour fêter les 25 ans du Louvre des
Antiquaires.

Votre Louvre est une invitation permanente au voyage dans le temps et dans l’espace, à la
découverte des époques et des civilisations, au coeur de ce Paris historique que le monde
entier vient admirer.

Je tenais à cette rencontre, tout d’abord pour des raisons de bon voisinage. Je sais combien
vous avez subi les désagréments du chantier des Bons Enfants. Vous avez été, si j’ose dire,
aux premières loges, pour suivre tous les épisodes de ce feuilleton depuis une dizaine
d’années. Eh bien, j’espère que le résultat vous paraîtra à la hauteur de l’attente. Tradition et
modernité ont été mêlées avec intelligence par les architectes Francis SOLER et Frédéric
DRUOT. Je vous engage à venir visiter le bâtiment, trait d’union entre les époques, les styles
et les générations, que j’inaugurerai mardi prochain. Outre l’excellent accueil du public qu’il
permet, il sera une véritable « vitrine » de ce ministère, ouverte sur la ville et sur la vie de ce
quartier historique.

J’ai lu avec plaisir dans le document de présentation du Louvre des Antiquaires que vous
êtes légitimement fiers de votre situation, toute proche du prestigieux Grand Louvre, du
Palais Royal et de la Comédie Française. Je ne doute pas que si vous ne mentionnez pas
explicitement le Ministère de la Culture et de la Communication, c’est naturellement parce
qu’il ne fait qu’un, dans votre esprit, avec le Palais Royal. Je tiens à ce que ce ministère soit
suffisamment visible et en harmonie avec la majesté et l’intérêt de ce lieu unique.

Vous le savez, le Ministère de la culture accompagne la création artistique dans tous les
domaines et participe à travers des commissions d’achat, des bourses, des subventions au
développement de la production artistique. C’est pourquoi j’ai décidé de montrer
concrètement, ici même, le rôle essentiel que joue ce ministère dans le domaine de la
création.

Il n’est pas fréquent que l’on expose au public les oeuvres qui, directement ou indirectement,
ont bénéficié des aides du ministère de la culture et de la communication.

Les vitrines donnant sur la cour du Palais Royal situées à proximité immédiate de l’entrée du
3 rue de Valois abriteront dans quelques mois les créations produites ou acquises par le
Fonds National d’Art Contemporain, le Mobilier National (à la fois les tapisseries et le
mobilier), et la Manufacture de Sèvres.

Je tenais à vous dire aussi ce soir, et le Président du Syndicat des Antiquaires le sait bien,
combien je suis attaché à ce que la France retrouve la place plus importante qui était la
sienne sur le marché international de l’art. La mise en place auprès de la direction des
Musées de France d’un Observatoire du marché de l’art, qui réunit régulièrement les
professionnels, manifeste clairement ce souci d’être à l’écoute de la profession sous toutes
ses formes.

J’ai demandé à un Inspecteur général honoraire des Finances, M. Alain-Gérard Cohen, une
étude, afin de proposer des simplifications administratives et de lever certaines entraves
existantes. J’ai tenu, vous le savez, à mettre en oeuvre le « guichet » unique pour la
délivrance des certificats d’exportation. Cette démarche, je le sais, qui était très lourde pour
vous, s’effectue désormais uniquement auprès de mon ministère, à la direction des Musées
de France.

Je n’entrerai pas davantage dans le détail des autres dossiers en cours. Soyez persuadé
que votre Président, Monsieur Christian DEYDIER, sait se faire très persuasif pour que
soient trouvées les meilleures solutions aux problèmes que vous ne manquerez pas de
soulever.

Je forme des voeux pour que le Louvre des Antiquaires puisse encore accroître son
rayonnement et qu’il contribue ainsi à faire de Paris une place incontournable sur le marché
de l’art.

Je vous remercie.

Séance des questions d’actualités au Gouvernement à l'Assemblée nationale – Réponse à la question de Dominique Richard, député UMP de Maine-et-Loire sur l'accueil des tournages dans les monuments et les musées nationaux

1 février 2005

DOMINIQUE RICHARD, DEPUTE UMP (MAINE-ET-LOIRE):

Ma question s’adresse à Monsieur
le Ministre de la Culture et de la Communication. Le coût du
travail dans notre pays a généré la multiplication des
délocalisations des tournages : 28 % de la production française
pour le cinéma, 19 % pour l’audiovisuel en 2002. Conscient de
cette anomalie, le gouvernement a créé en 2004 un crédit
d’impôts pour le cinéma qui a généré, dès la première année de
sa mise en oeuvre, une augmentation de 16 % des tournages
en France, une baisse de près de 40 % des tournages à
l’étranger. Fort de ce résultat encourageant, la loi de finance
rectificative pour 2004 a étendu le dispositif aux productions
audiovisuelles. Toutefois, d’autres obstacles subsistent à la
relocalisation, notamment, pour les réalisations nécessitant le
tournage dans des sites historiques. Ainsi, au-delà des
lourdeurs administratives bien réelles imposées aux
réalisateurs, la location de la Cour carrée du Louvre, par
exemple, coûte 70.000 euros par jour, le château de Versailles
beaucoup plus, à tel point qu’il est plus rentable de reconstituer
le décor dans un pays de l’ancienne Europe de l’Est. Non
seulement cela est incongru mais c’est autant d’heures de
travail perdues sans parler des retombées économiques
indirectes et touristiques. Aussi, je vous serais reconnaissant,
Monsieur le Ministre, de bien vouloir nous indiquer les mesures
que vous entendez prendre pour faciliter les tournages en
France, plus particulièrement dans les monuments historiques
qui dépendent de l’autorité publique que ce soit l’Etat ou les
collectivités locales.

JEAN-LOUIS DEBRE, PRESIDENT DE L’ASSEMBLEE :

Merci, Monsieur Donnedieu de Vabres.

RENAUD DONNEDIEU DE VABRES, MINISTRE DE LA CULTURE ET
DE LA COMMUNICATION :

Monsieur le Président, Mesdames et Messieurs les Députés,
Monsieur le Député Dominique Richard. Vous avez raison
d’insister sur l’importance de l’emploi dans le domaine du
cinéma, de l’audiovisuel ou du spectacle vivant et de la
nécessité de re-localiser en France l’activité. Nos concitoyens
ont peur que les échanges internationaux, que la mondialisation, fassent que nous perdions
l’essentiel de notre influence, de notre attractivité et de
notre capacité à maintenir des emplois.

C’est la raison pour laquelle vous pouvez être légitimement
fier des mesures que vous avez adoptées récemment. Il y
a le crédit d’impôts pour le cinéma qui a été étendu à
l’audiovisuel et il y a la nécessaire coopération avec les
régions pour faire en sorte que l’Etat et les régions, au lieu
d’être en chiens de faïence dans des situations
d’affrontements partisans comme cela se passe dans un
certain nombre de cas, sachent se réunir autour d’une
table pour agir en commun. J’étais samedi dans la région
Auvergne en présence de Louis Giscard d’Estaing. Nous
avons signé une convention entre l’Etat et la région pour
re-localiser l’activité. Notre pays est riche d’un grand
capital que sont les monuments publics qu’ils soient
publics… des propriétaires publics ou des propriétaires
privés et les musées. J’ai réuni, vendredi dernier, tous les
responsables des musées et des propriétaires de
monuments historiques en présence des professionnels du
cinéma et de l’audiovisuel, tout simplement, pour qu’on
sache ouvrir nos portes entre la gratuité et le prix prohibitif.

Il y a tout l’espace pour un prix raisonnable qui permettra
de mettre à la disposition des tournages français et
étrangers nos sites nationaux. Parce que ça sera, je crois,
le meilleur des moyens d’attirer sur notre territoire de
nombreux touristes et de défendre l’activité. Voilà, très
simplement, ce que nous essayons de faire et ce sera
l’objet, de ma part, d’un suivi très attentif. J’ai mis en place
un bureau d’accueil pour la re-localisation des tournages et
dans chacune de nos régions, je crois tout simplement,
que la France est riche de ce potentiel qui doit nous
redonner confiance. Merci.

Colloque Film et Théâtre au Théâtre Athénée Louis Jouvet

31 janvier 2005

Messieurs les Présidents,

Mesdames, Messieurs,

Je tiens tout d’abord à remercier les initiateurs de cette journée
professionnelle de débat sur « le film de théâtre », l’Athénée et le
Centre National du théâtre, et les institutions qui les ont aidés, le
CNC, l’ADAMI, et le SCEREN (CNDP).

Je place de grands espoirs dans vos discussions et dans les
propositions que vous serez amenés à faire, les uns et les
autres, tout au long de vos trois tables rondes. Je m’en tiendrai
étroitement informé.

J’ai tenu à intervenir personnellement ici, d’abord en raison du
nombre et de la qualité des personnalités présentes, venues de
tous les horizons de la création et de la production
audiovisuelles, et du théâtre, mais aussi des juristes, des
éditeurs, des exploitants et des responsables de services et
d’institutions publiques et privés.

En envisageant ici, l’ensemble des relations entre le théâtre et
l’audiovisuel, dans toute leur complexité, et en élargissant votre
réflexion à toutes les dimensions de la diffusion des oeuvres,
vous apportez aujourd’hui une contribution essentielle au
dialogue, entre la culture et la communication, que j’ai appelé de
mes voeux dès que j’ai pris mes fonctions. Entre ces deux
univers, qui n’ont évidemment nulle vocation à être séparés l’un
de l’autre, des liens ont été tissés au cours du temps, qui font
progresser le décloisonnement que j’appelle de mes voeux. Fort
heureusement, nous ne partons pas zéro, comme vous le savez
tous. Mais, je suis convaincu qu’il faut, dans le monde
d’aujourd’hui, franchir une étape nouvelle, pour créer de
nouveaux liens, à la hauteur des attentes de nos concitoyens et
de la place que nous souhaitons donner à la culture, aux
artistes, et au spectacle vivant, en particulier, dans la cité.

Nous sommes ici pour construire ensemble, dans l’échange, des
réponses aux multiples questions que vous vous posez, et dont
certaines appellent des réponses urgentes. Nous sommes aussi
ici pour inventer l’avenir.

Le temps n’est plus, me semble-t-il, aux réticences des puristes.
Bien sûr, le spectacle vivant est éminemment éphémère.

Il existe, à partir d’une rencontre, à un certain moment, et en
certains lieux. C’est là sa grandeur, mais aussi, sa faiblesse. Rares
sont les arts qui ne subsistent ainsi que dans le coeur et la
mémoire sensible des spectateurs. Oui, le théâtre est fatalement
périssable, mais nécessairement transmissible, grâce au travail
des acteurs, des auteurs, des metteurs en scène, des techniciens,
et de tous les métiers qui permettent de créer cette rencontre entre
le théâtre et son public, cette convergence entre le texte, la parole,
le geste, la scène.

C’est, le « tumulte ordonné », le « feu d’artifice », cher à Louis
Jouvet, « pour que l’oeuvre naisse, prenne corps, pour qu’elle
existe », pour qu’elle « commence à vivre physiquement pour les
acteurs et par les spectateurs ». C’est « cette fécondation,
artificielle peut-être, mais nécessaire pour que la pièce passe à la
vie, qu’elle quitte l’état larvaire de l’impression, l’état embryonnaire
des gestes où elle se trouve sur le papier ». Dans Le Comédien
désincarné, Louis Jouvet décrit ainsi cette énergie humaine du jeu,
qui s’inscrit dans l’espace et dans l’instant pour s’incarner.

Cette présence du spectacle vivant, parce qu’elle implique celle du
corps, est tout sauf virtuelle. Elle peut être démultipliée par l’image,
et par l’écran.

L’image et le film, pour le théâtre, c’est, sans doute, d’abord une
mémoire, pour les professionnels eux-mêmes en premier lieu, et
aussi, bien sûr, pour le public.

Très nombreux sont les artistes qui, depuis longtemps, s’archivent
eux-mêmes, en transformant l’espace de leur théâtres en image,
en durée. Je tiens à saluer le travail de la COPAT, dont les DVD,
et les cassettes, représentent un trésor de créations accumulées et
accessibles au plus grand nombre.

Sur la mémoire du théâtre, vous poserez cet après-midi de
nombreuses questions. La première est celle-ci : doit-on, peut-on
« tout » conserver ? Evidemment non. La première tâche de
l’archiviste, c’est le tri, le choix. Mais il y a, en matière de théâtre
aussi, un devoir de mémoire, un devoir d’enseigner et de
transmettre. Un devoir qui est aussi un plaisir. Et je suis persuadé
que les archives historiques peuvent rencontrer et rencontrent
déjà, pour certaines, la faveur du public.

Cela dit, je suis profondément persuadé que la représentation
théâtrale, par nature du domaine magique du fugace et de
l’éphémère, ne saurait s’évaporer à jamais.

Je souhaite donc qu’une réflexion s’engage pour que les
représentations théâtrales puissent être filmées. Cela ne préjuge
en rien de leur diffusion future qui, si elle a lieu, devra respecter la
rémunération des ayants-droits. Il s’agit que cette diffusion puisse
un jour être possible et ne soit pas perdue pour toujours alors que
des diffuseurs seraient intéressés.

Il faut aussi, dans le même esprit, je sais que c’est le cas, que
l’INA s’attache à favoriser la diffusion de son remarquable
patrimoine.

Et je suis heureux que votre réflexion s’élargisse à la vocation
pédagogique de la diffusion et des images du théâtre. Le film de
théâtre est évidemment un outil précieux de médiation culturelle. Il
est essentiel de s’ouvrir aux attentes du monde de l’éducation. La
collaboration entre la COPAT et le SCEREN (CNDP) me paraît à
cet égard très positive.

Au-delà de la mémoire et de la transmission, au-delà même de
l’éducation, il y a l’apport incontestable de l’audiovisuel à la
diffusion du théâtre. Les modes de diffusion se diversifient, avec
les nouvelles technologies, en posant, nous l’avons vu, des
problèmes juridiques non négligeables. Je suis convaincu que
l’arrivée de ces technologies nouvelles va modifier la captation du
spectacle vivant, et donc du théâtre. La captation pourra devenir
une véritable mise en scène nouvelle, permettant ainsi l’attrait d’un
public nouveau. De la même manière, des nouveaux récepteurs de
diffusion, comme les écrans plats, vont donner un relief nouveau à
la diffusion de la retransmission théâtrale à la télévision.

Je veux insister sur la pluralité des supports de diffusion. Le DVD
est aussi aujourd’hui un vecteur de diffusion de la culture et le
théâtre doit y prendre sa place avec l’aide de nos politiques de
soutien. Les ventes de DVD indiquent un engouement pour le
théâtre, même si les pièces anciennes ont plus de succès que le
répertoire actuel.

Le DVD doit jouer un rôle plus important dans la constitution d’une
offre diversifiée.

Sans doute peut-on envisager un soutien sélectif vidéo laissant
une part plus importante au spectacle vivant, et notamment aux
captations, puisque aujourd’hui, cela a été dit, le soutien sélectif
vidéo est essentiellement tourné vers le cinéma. Je souhaite que le
CNC engage une modification du travail de la commission
sélective dans ce sens.

Mais je veux aujourd’hui vous parler surtout de la télévision et
d’abord de la télévision publique, même si l’ensemble des chaînes,
peuvent naturellement jouer un rôle important. Et certaines d’entre
elles, je pense en particulier aux chaînes thématiques, participent
en tant que premiers diffuseurs au financement des captations et
des recréations (Paris Première, étant celle qui investit le plus
dans le théâtre, suivie par Multivision, Mezzo et Comédie, mais
aussi par deux chaînes locales, TLM et TV10 Angers).

Quant aux chaînes publiques, je veux d’abord tirer un coup de
chapeau à Arte, pour son investissement en faveur du spectacle
vivant à l’écran. Au total, les « cases » régulières consacrées aux
oeuvres de spectacle vivant constituent une offre de programmes
de deux cent cinquante heures par an, dont soixante heures trente
de programmes en 2004 consacrés au théâtre. C’est dans le cadre
de l’un de ces rendez-vous qu’a été diffusé en 2004, par exemple,
le déjeuner chez Wittgenstein. Arte est en France le principal
diffuseur investisseur dans les programmes de théâtre. Et elle est
la seule chaîne à avoir maintenu les programmes de théâtre en
« prime time ». Je tenais aujourd’hui à le souligner.

Quant à France Télévisions, je souhaite que les crédits
supplémentaires dégagés cette année permettent d’enrichir l’offre
de programmes. La captation et la recréation dans le domaine du théâtre font partie intégrante de la différence concrète que les
téléspectateurs doivent voir à l’antenne. Je sais que les
statistiques d’audience font souvent état de scores…relativement
faibles. Mais je pense qu’il faut surtout créer les conditions d’un
environnement plus favorable aux émissions culturelles et donc
aux émissions sur le théâtre. Et cela implique sans doute de
passer d’une logique quantitative à une logique qualitative.

Je suis heureux que les chaînes du service public réfléchissent,
non seulement aux horaires de programmation, pour les captations
et les recréations, mais aussi à de nouveaux rendez-vous
réguliers, permettant de mettre en valeur les spectacles, grâce à
de nouveaux magazines, à de nouveaux programmes,
susceptibles de faire naître de nouvelles rencontres avec les
spectacles. Je tiens à souligner le rôle actif de France 2 dans la
réorganisation des Molières, qui sont d’ores et déjà programmés le
9 mai et qui bénéficieront d’une promotion particulière avant leur
diffusion.

Je suis confiant dans la capacité des chaînes et des créateurs à
faire naître de nouveaux désirs de théâtre. La réunification des
familles du théâtre autour de la cérémonie des Molières en sera
une première étape.

Mais je compte en particulier beaucoup sur France 4, sur ces
nouveaux programmes que permet la télévision numérique pour
tous. France 4 proposera de nouveaux rendez-vous réguliers, et
mènera, en plus des achats, une politique de captation en préachats
et en co-productions de pièces de théâtre, en
complémentarité de l’action des autres chaînes publiques et des
évènements, comme le festival d’Avignon.

Pour autant, bien sûr, tout n’est pas gagné. Votre débat prouve
que la rencontre entre le spectacle vivant et l’image est en marche.
Pour ma part, j’ai décidé de créer un groupe de travail, composé
d’artistes et de professionnels de l’image et de la scène, chargé
de confronter leurs sensibilités et d’approfondir la réflexion sur les
modes de captation et les écritures télévisuelles, à l’heure où les
progrès techniques, je pense par exemple à la progression
spectaculaire de l’équipement en écrans plats, permettront de voir
le théâtre comme on ne l’a jamais vu avant à la télévision.

Je souhaite ainsi disposer d'ici l'été, cette saison où le spectacle
vivant est roi dans de nombreux festivals, d'un ensemble de
propositions concrètes, destinées à bâtir des ponts plus solides
encore entre la scène et l’écran.

Je vous remercie.

Participation au Festival du Court-Métrage, Maison des Congrès de Clermont-Ferrand

29 janvier 2005

Monsieur le Président,

Mesdames, Messieurs,

Je suis très heureux de participer au festival international de
Clermont-Ferrand pour sa vingt-septième édition.

Le court métrage élargit notre vision du cinéma, et je dirais
même des cinémas au pluriel. Il nous fait découvrir des contrées
inattendues, en toute liberté. Le court métrage est un véritable
laboratoire de la création, mais aussi une école permanente des
talents. Il est le symbole même, de cette liberté et de cette
diversité, qui sont essentielles au renouvellement du septième
art.

Dans son foisonnement même, le court métrage est porteur de
l’avenir de la création cinématographique et audiovisuelle. Les
plus grands noms du cinéma de long métrage d’aujourd’hui sont
des courts métragistes d’hier : Arnaud Desplechin, François
Ozon, Julie Bertucelli, Orso Miret, mais aussi Jean-Pierre
Jeunet, pour ne citer que quelques exemples. Ils ne seraient pas
ce qu’ils sont aujourd’hui, s’ils n’étaient pas passés par l’étape
du court métrage.

Je tiens à tirer un grand coup de chapeau à toute l’équipe du
Festival et de l’association « Sauve qui peut le court ». Votre
réussite, votre succès, tant auprès du public que des
professionnels, est d’abord le fruit de votre passion et de votre
engagement personnel. Je tiens aussi à saluer les collectivités
territoriales qui, aux côtés de l’Etat, soutiennent avec constance
ce grand rendez-vous des amateurs de cinéma du monde entier.

En tant que ministre de la culture et de la communication, je suis
très attentif aux conditions de production des oeuvres de l’esprit,
dans tous les domaines. Je sais votre dynamisme : le nombre de
courts-métrages produits ne cesse de croître : 425 films en
2003. Sur le plan artistique, c’est un phénomène positif dans la
mesure où c’est un gage de créativité, d’innovation et de
découverte de talents.

Je sais néanmoins que le tissu économique des entreprises de
court-métrage est fragile. Il est en effet composé en majorité de
sociétés indépendantes non intégrées à des sociétés de
production de long métrage et d’audiovisuel.

Au total, le nombre de films aidés par le CNC représente la
moitié de la production, soit environ 200 films sur 400.
Je sais aussi que la diversité du court métrage implique aussi
bien des professionnels que des bénévoles passionnés. Je
connais vos inquiétudes sur ce point. Et je tiens à vous dire
aujourd’hui qu’iI n’est pas question d’assécher la diversité de ces
sources de talents. Je veux simplement que nous agissions
ensemble pour développer le soutien au court métrage, et
l’emploi dans ce secteur, en veillant à ce que son économie ne
soit pas souterraine.

C’est pourquoi il faut un véritable plan d’urgence, car l’importance
du secteur du court métrage et la situation dans laquelle il se
trouve le justifient. Mais il doit être précédé d’un travail
approfondi de réflexion et de concertation, afin de définir les
modalités d’affectation de nouvelles sources de financement
pérennes. Je souhaite ici en préciser les principaux axes, les
modalités devant être décidées avant l’été.

Le développement de l’emploi et le respect nécessaire du droit
du travail ne pourront prendre tout leur effet qu’à partir du
moment où nous serons parvenus à améliorer durablement les
conditions de financement du secteur. Les solutions que je
propose sont encore à ce stade autant de pistes de travail pour la
concertation qui commence. Les conclusions, attendues fin mars,
de la nouvelle mission que j’ai confiée à M. Alain Auclaire sur les
liens entre les aides publiques et les conditions d’emploi,
devraient nous permettre de développer des pistes pour un
meilleur financement et un contrôle amélioré du secteur.

• Il est nécessaire de renforcer la dotation à la production de
films de court métrage du CNC, en réévaluant fortement l’aide
moyenne par film, tout en maintenant le nombre de films
soutenus.

• Je souhaite également inciter les régions à développer leur
action en faveur de la production de court métrage en s’appuyant
sur les conventions Etat-CNC-Régions. Je viens de participer à la
signature de la convention avec la région Auvergne.

En 2004, les collectivités territoriales ont financé à hauteur de 3,1
M€ la production de films courts, soit près de 28% des apports au
secteur. Ces apports pourraient être plus efficaces, notamment
en évitant la dispersion, et en aidant mieux les projets.

Il s’agirait donc d’inciter les collectivités territoriales,
prioritairement les régions, à faire un double effort
supplémentaire en faveur de la production de courts métrages :
des moyens nouveaux devront être affectés au court métrage ; la
moyenne des aides apportées aux projets devra être relevée.

Dans le cadre des conventions conclues avec les collectivités
territoriales, le CNC devrait être en mesure d’accompagner
financièrement les Régions en ce sens.

• Il faut ensuite simplifier le cadre administratif de production des
films de court métrage.

Le bénéfice du soutien financier à la production de films de court
métrage est subordonné à l’obtention d’une autorisation de production. Cette autorisation conditionne également la
délivrance ultérieure de l’agrément de diffusion, qui lui-même
conditionne l’accès aux aides à la diffusion.

Or, la procédure d’attribution de l’autorisation de production n’est
plus respectée depuis au moins 20 ans ! Il faut évidemment
simplifier cette procédure. J’ai chargé le CNC de me faire avant
l’été des propositions.

• Il faut aussi favoriser l’implication des producteurs de long
métrage dans la production de films de court métrage.

La réglementation actuelle permet aux sociétés de long métrage
de mobiliser leur soutien automatique pour financer la production
d'un court métrage. Cependant, il n’y a chaque année qu’à peine
5 films de court métrage bénéficiaires du soutien automatique,
d'un montant moyen de 8 000 € par film.

Il faut inciter les sociétés de production de long métrage ayant un
fonds de soutien automatique à produire des films de court
métrage. Je souhaite une réflexion rapide sur les modalités de
cette implication. J’attends vos propositions concertées sur ce
sujet.

Je souhaite en particulier savoir si le mécanisme du « 1% » vous
paraît nécessaire et suffisant.

• Je souhaite mobiliser à l’intention du court métrage les
ressources du mécénat.

Aujourd’hui, les industries techniques, à travers la Fédération des
industries pour le cinéma, l’audiovisuel et le multimédia (FICAM),
que j’ai rencontrée jeudi lors de l’assemblée générale annuelle,
souhaitent développer des actions de mécénat, en faveur de la
production des films de court métrage. Je souhaite que soit
lancée la préfiguration d’une fondation de court métrage, qui
pourrait être ouverte à d’autres entreprises à la faveur des
nouvelles lois sur le mécénat.

• Je souhaite mener une étude sur les conditions du bénévolat
dans le secteur de la production associative.

Le mode de production associatif accompagne de jeunes auteurs
ou fédère des cinéastes. Dans le cadre de ces productions,
l’ensemble des équipes travaillent bénévolement. Une étude
pourrait être engagée et remise avant l’été 2005, pour faire le
point sur les conditions du bénévolat dans ce secteur, qui, à cet
égard, ressemble à d’autres types d’activités dans le spectacle
vivant.

• La possibilité d’une exonération de charges sociales au
bénéfice des entreprises de court métrage doit être examinée.
Cette exonération pourrait être plaidée (à la faveur de la mission
confiée à M. Alain Auclaire) auprès du Ministère des affaires
sociales dans le cadre des aides existantes sur les entreprises
innovantes, au titre de la recherche et du développement.

• L’hypothèse d’une mobilisation des fonds dédiés à la
formation dans le cadre de la production de films de court
métrage doit être étudiée.

Deux réflexions sont souhaitables : sur la mise en place de
conventions de stage et sur la possibilité de considérer le court
métrage comme un lieu de formation, pouvant aller jusqu’à
mettre en place des dispositifs d’apprentissage à imaginer.

• Enfin, je souhaite, en parallèle, que s’engage, dès cette année,
une réflexion sur la diffusion, pour permettre une amélioration
des conditions de diffusion des films de court métrage dès 2006 :
je pense à la diffusion en salles, mais aussi, à la diffusion à la
télévision et en particulier, sur les chaînes publiques, par
exemple sur France 4.

Pour conclure, je voudrais vous faire partager ma conviction que
c’est par la combinaison de l’ensemble de ces mesures que nous
pourrons, ensemble, inventer un nouveau cadre économique,
financier et juridique en faveur du court métrage. Aucune solution
partielle n’y suffira, il nous faut concevoir ensemble ce nouvel
environnement pour que l’année prochaine, au cours de la
28ème édition du Festival de Clermont-Ferrand, nous puissions
constater un regain et un épanouissement de la diversité des
oeuvres qui nous enchantent. Là est l’avenir du cinéma et de la
télévision de demain.

Je vous remercie.

Signature de la convention biennale liant l’Etat, le Centre national de la cinématographie et la région Auvergne, au Château de Ravel

29 janvier 2005

Monsieur le Député,

Monsieur le Préfet,

Madame la Présidente,

Monsieur le Président,

Madame la Directrice générale,

Monsieur le Maire,

Mesdames, Messieurs,

Tout d’abord, je tiens à remercier nos hôtes, Monsieur et
Madame Brochot, qui nous accueillent dans ce fleuron du
patrimoine auvergnat, originaire du XIIe siècle, maintenu et
transmis par leurs familles depuis des générations, et où fut
tourné l’un des plus fantastiques succès de notre cinéma, avec,
je le rappelle, plus de 8,6 millions d’entrées en salles en France,
sans compter le succès qui s’annonce déjà dans de très
nombreux pays du monde, où le film est sorti. J’ai assisté au
lancement des Choristes à Shanghai et vous savez que le film
représentera la France cette année aux Oscars.

Quel plus beau lieu, quel monument plus symbolique du
rayonnement de notre patrimoine et de la fécondité de sa
rencontre avec la création cinématographique !

Vous le savez, et Catherine Colonna vient de le rappeler, audelà
même des Choristes, le cinéma vient de connaître une
année faste en France, avec près de 195 millions d’entrées en
salles. La part de marché du cinéma français a également atteint
des niveaux élevés, à plus de 38%. Ces chiffres sont les
meilleurs depuis 20 ans. 203 films français ont été produits, qui
ont bénéficié d’une mesure décidée par le gouvernement en
2004 : le crédit d’impôt. Je me réjouis de ces résultats qui
montrent à la fois le dynamisme de la création
cinématographique française et le goût du public pour un cinéma
varié, de qualité, en provenance de tous les horizons.

Au-delà de nos frontières, les chiffres publiés par le Centre
National de la Cinématographie montrent les enjeux
économiques de l’exportation, puisque les recettes d’exportation
des films français ont dépassé 120 millions d’euros en 2003.

C’est dire l’enjeu de notre rencontre d’aujourd’hui et de la
convention que nous allons signer avec M. Jean-Michel Bonte,
Président du Conseil régional, M. Jean-Michel Bérard, Préfet de
la Région Auvergne, et Catherine Colonna, directrice générale
du Centre national de la cinématographie.

Inciter les collectivités à créer des fonds de soutien à la
production cinématographique, auxquels l’Etat apportera sa
contribution financière et son expertise, c’est affirmer notre
attachement à la vitalité et à la diversité du cinéma. Notre cinéma
est notre richesse. Il est fort de la grande variété de ses oeuvres,
qu’il s’agisse de longs métrages, de documentaires ou de courts
métrages.

Je me rendrai cet après-midi au festival international de
Clermont-Ferrand, où je m’exprimerai sur la vitalité nécessaire de
ce secteur du court-métrage, essentiel au dynamisme de la
création cinématographique dans son ensemble.

Les Régions, et notamment l’Auvergne, région si riche de son
patrimoine et de ses paysages sauvegardés, se sont de longue
date engagées en faveur de la création, en apportant une aide
importante au financement de la production cinématographique
et audiovisuelle.

Je me réjouis que cette aide à la production, dans toutes les
régions, progresse, en même temps que la décentralisation
culturelle.

Et je me félicite que les départements participent également à ce
mouvement.

Oui, telle est ma conception de la décentralisation culturelle, où
l’Etat assume pleinement ses responsabilités, et où tous les
partenaires, Etat, collectivités territoriales, professionnels,
agissent ensemble dans un même but : préserver et développer
la diversité, la qualité, le dynamisme et la vitalité du cinéma que
nous aimons tous.

La convention que nous allons signer aujourd’hui incite encore
davantage, comme je l’ai souhaité dès que j’ai pris mes
fonctions, les collectivités territoriales à investir dans le cinéma.

Après avoir signé une convention pionnière avec la Région
Centre, voisine de l’Auvergne, et dont je suis originaire, c’est ici,
la deuxième signature, à laquelle j’ai tenu à assister
personnellement.

Je souhaite vivement que cette année, le plus grand nombre de
régions suivent rapidement les exemples de la région Centre et
de l’Auvergne.

L’engagement de l’Etat exerce un effet de levier important,
puisque, pour deux euros investis par la région dans la
production cinématographique, l’Etat apporte en retour un euro,
sous certaines conditions qui sont détaillées dans la convention,
sur lesquelles je vais revenir dans un instant.

Cette convention est un acte majeur de soutien à la production et
aux tournages en région.

Vous le savez, et cette question est aujourd’hui au coeur du
débat sur l’Europe, les délocalisations inquiètent nos
compatriotes. Cette inquiétude nuit à l’idée qu’ils se font de
l’Europe. L’Europe, que je tiens pour le grand projet politique,
mais d’abord culturel, de ce temps.

Nos paysages, notre patrimoine architectural, sont des richesses
que le cinéma doit s’approprier. Et les élus ont bien compris qu’il y avait dans ce partenariat avec le cinéma un nouveau ressort de
développement. Il ne s’agit évidemment pas d’installer dans la
chaîne des Puys le tournage d’un film que son scénario situe à
New York ou à Tokyo ! Mais je suis déterminé à contribuer avec
vous tous, et avec les professionnels, à relocaliser un maximum
de tournages sur notre territoire. Nous savons tous que c’est
indispensable, pour l’économie de notre pays, pour ses industries
techniques, pour l’emploi et pour l’encouragement des talents
des artistes, des techniciens, des auteurs et de tous les métiers
du spectacle.

C’est pourquoi, cette convention met en place un mécanisme
vertueux de soutien financier conditionné à la localisation des
dépenses.

La réponse que nous apportons aujourd’hui avec le soutien actif
de la Région Auvergne et des départements, est, je crois, une
réponse adaptée et qui aura des conséquences très positives,
non seulement sur le dynamisme de la production
cinématographique française, mais aussi sur notre économie, au
bénéfice notamment des industries techniques.

Elle prolonge l’accompagnement que les pouvoirs publics n’ont
cessé de garantir aux professionnels du cinéma depuis presque
soixante ans, en aidant les salles, en aidant les producteurs, en
améliorant sans cesse la réglementation, pour permettre à cette
industrie, à cet art, de se développer sereinement et d’exister aux
yeux du monde comme l’une des plus grandes
cinématographies.

Nous avons collectivement, ce jour en est un signe, l’ambition
commune de donner à nos créateurs, à nos scénaristes, à nos
metteurs en scène, les moyens de mener à bien leurs meilleurs
projets. Au-delà du prestige qu’ils apportent légitimement à leurs
auteurs, ils enrichissent notre patrimoine, grandissent notre
nation, et participent au rayonnement de nos territoires.

Je me réjouis que la convention comporte un partenariat de la
direction régionale des affaires culturelles et de la Région pour
développer le soutien à la diffusion culturelle, par des opérations
d’éducation artistique au cinéma et à l’audiovisuel, notamment
dans les lycées. Parmi tous ces jeunes amateurs de cinéma,
nous préparons aussi l’avenir du cinéma français, en formant les
jeunes talents de demain.

Je suis convaincu, que c’est d’abord ici, en Auvergne, dans nos
régions, au sein de nos territoires, que nous gagnerons le
combat pour la diversité culturelle dont nous portons le message
en Europe et dans le monde.

Je vous remercie.

Remise des insignes de Chevalier dans l’Ordre national du Mérite à René Martin – Folle Journée de Nantes

28 janvier 2005

Cher René Martin,

Je vais sans doute, pendant quelques minutes, heurter un peu votre modestie. Mais je ne
vois guère comment faire autrement !

Car ce que vous avez réalisé, en un peu plus d’une vingtaine d’années, force véritablement
l’admiration et le respect.

Après avoir suivi un double cursus, musical et de gestion des entreprises, vous avez tout de
suite fondé, en 1979, ce qui est toujours votre base de travail, le CREA, c’est-à-dire le «
centre de réalisations et d’études artistiques », situé ici, à Nantes.

Dès lors, les projets – et leur réalisation – s’enchaînent :

– au début, ce sont des concerts de musique de chambre et des concerts spirituels, à Nantes
et dans les Pays de la Loire ;

– puis vous avez l’idée des concerts de l’Hermitage, à la Baule, là aussi consacrés à la
musique de chambre ;

– puis c’est, en 1981, la création du festival de la Roque d’Anthéron, devenu très vite le plus
grand festival de piano en Europe ;

– quelques années après, le pianiste mythique et la personnalité incomparable qu’était
Sviatoslav Richter vous confie, signe de sa grande confiance, la responsabilité de son
festival de la Grange de Meslay ;

– deux plus tard, en 1990, vous prenez la direction artistique de l’Abbaye Royale de
Fontevraud, et deux encore après, celle du Festival d’Art Sacré de Guérande.

Certains se seraient arrêtés là. Vous, vous continuez, sans relâche, avec l’organisation de
tournées de concerts en Europe et dans le monde entier.

Puis en 1995, vous créez un événement qui va radicalement changer le paysage musical
français : la Folle journée de Nantes. Quand je dis radicalement, je n’exagère pas. Car il y a
véritablement un « avant » et un « après » la Folle journée, tant pour le public que pour les
musiciens.

Pour sa 10e édition à Nantes en 2004, la Folle journée rassemblait plus de 100 000
mélomanes.

En écoutant un concert de U2 [You Two] dans un stade, vous avez rencontré des jeunes.

Vous aviez déjà organisé des festivals importants et vous vous êtes demandé pourquoi ils ne
venaient pas écouter vos concerts. Vous vous êtes dit alors qu’il fallait trouver un moyen de
susciter leur curiosité.

La Folle journée a désacralisé l’image encore parfois élitiste de la musique classique.

Aujourd’hui, les jeunes qui ont entre seize et vingt-cinq ans viennent à vos concerts, souvent
pour la première fois, et représentent plus de 25% des spectateurs.

Cela explique d’ailleurs que cette magnifique réalisation s’exporte, d’ores et déjà ; dès 2000
à Lisbonne, et plus récemment à Bilbao. On m’a également parlé d’un projet pour cette
année à Tokyo, où vous prévoyez d’amener 1000 artistes européens !

Voilà, pour ceux qui ne le sauraient pas déjà, René Martin, est un cas, je dirai même un cas
bien rare !

Pourtant, en même temps, je crois que votre réussite exceptionnelle peut, pour partie,
s’expliquer. Pour partie, car un tel parcours est d’abord, évidemment, le fruit d’un immense
talent.

Je crois en tous cas entrevoir une constante dans votre démarche. Celle d’un intérêt très fort
pour l’évolution des conditions de la rencontre entre le public et les musiciens. Partout, à la
Baule, à la Grange de Meslay, à la Roque d’Anthéron, à la Folle journée… et à chaque fois
de façon différente, vous avez su imaginer, créer un cadre particulier, un cadre choisi pour
cette rencontre.

Tant pour les musiciens que pour leur public, ce cadre joue un rôle déterminant, je crois,
dans leur plaisir à être là, dans leur plaisir à revenir toujours plus nombreux l’année suivante.

C’est ainsi en tous cas que je le ressens moi-même.

Il est vrai qu’à Nantes, vous êtes allé encore plus loin. Vous avez fait évoluer le « rite » du
concert. On va d’un lieu à l’autre, on choisit son propre parcours au sein du programme, à
chaque fois pour des concerts courts, centrés sur une ou deux oeuvres. Et malgré le
caractère vraiment impressionnant de ce festival pris dans son ensemble, et du lieu qui
l’abrite, vous avez su garder et même recréer toute l’intimité, toute la chaleur nécessaires à
la rencontre entre les musiciens et leur public.

Je trouve cela simplement formidable. Et d’autant plus formidable que vous avez su associer
d’autres villes de la région à la Folle journée, en développant ainsi encore son rayonnement.

Cette réussite est aussi une aventure humaine exceptionnelle. Celle que vous menez avec
les musiciens, très nombreux, qui vous donnent leur confiance. Celle aussi que vous
développez avec ceux qui vous accompagnent dans votre parcours, avec les partenaires
des manifestations que vous organisez.

Votre parcours exceptionnel, je le sais, nous réserve encore quelques belles surprises. Vous
programmez près de 500 concerts chaque année. Presque deux par jour ! L’énergie ne vous
manque pas. Vous êtes aussi conseiller musical à la Villa Médicis, à Rome.

Continuez à nous étonner et à nous émerveiller !

René Martin, au nom du Président de la République et en vertu des pouvoirs qui nous sont
conférés, nous vous faisons Chevalier dans l’Ordre national du Mérite.

Remise des insignes de chevalier dans l’ordre des Arts et Lettres à Art Spiegelman à Angoulême

28 janvier 2005

Cher Art Spiegelman,

Si la bande dessinée est devenue un art, si, au-delà des
univers imaginaires et ludiques qu’elle déploie, elle permet
d'éclairer les mystères, le sens ou le non-sens du monde,
de notre monde, elle le doit, en grande partie à vous, cher
Art Spiegelman. Car vous êtes un artiste, un grand artiste
de notre temps. Toujours en avance, et cela dès le
commencement de votre vie artistique.

Très tôt, dans les années soixante-dix, vous avez rejoint le
mouvement underground des comics. Le magazine Raw
que vous avez fondé avec votre femme, Françoise Mouly,
en 1980, restera un exemple de création en mouvement,
d'idées explosives et neuves, de hardiesse imaginative et
de modernité, d'ouverture surtout ; car avec la générosité,
la curiosité ardentes qui vous caractérisent, vous y avez
accueilli, en leur permettant de s'exprimer avec leur
singularité, tous ceux qui innovaient autour de vous (qu'ils
soient Américains comme Mark Beyer, Chris Ware, Dan
Clowes, David Mazzuchelli, ou Européens, comme Ever
Meulen, Pascal Doury ou Jacques Tardi).

Vous êtes un grand artiste, parce que vous avez toujours
eu une conscience très vive, depuis votre premier essai,
paru en 1967, sur L’Esthétique des comics, de la
signification, de la portée de chaque image, de chaque
dessin. Il y a dans vos dessins – et dans vos couvertures
les plus célèbres du New-Yorker – un humour, une
virulence, une ironie aériennes qui, à eux seuls, résument
tant d'articles, d'essais et de commentaires et pourraient
légitimement se substituer à eux.

Ce sont ces scènes à la une, ces traits souvent insolents
et acides que l'on retient à travers le temps. Vous n'avez
jamais eu peur du risque. Vous vous êtes aventuré, avec
un mélange de force, de courage, d'audace et de
fraîcheur, dans tous les domaines de la bande dessinée.

Vous avez épousé aussi, avec une discrétion et une
efficacité lumineuses, d'autres arts.

Vous avez ainsi magnifiquement accompagné, en 1995, Wild
party, le poème de Joseph Mancure March, et, après un
merveilleux livre pour enfants Open me …I'am a dog, vous
vous êtes lancé dans l'aventure insolite de l’Opéra « Comics »
en écrivant le livret et en réalisant le décor de Crime does not
pay.

Vous n'avez cessé de chercher, quitte à bouleverser, à inverser
certains codes picturaux ou narratifs, les formes qui
correspondaient le mieux à ce que vous imaginiez, à ce que
vous désiriez exprimer. Vous cherchez, vous cherchez toujours,
comme un peintre tâtonne pendant des jours et des jours, des
années parfois, pour découvrir la couleur juste, la nuance vraie.

Cette couleur a été pour vous le noir, le fond extrême du noir,
celui de Maus, que vous avez cerné, peu à peu, au fil du temps.

Elles étaient déjà saisissantes, les premières ébauches, les
trois pages, parues en 1972, dans Funny animals, qui
amorçaient votre oeuvre capitale. Oui, il fallait chercher la forme
la plus adéquate, la plus juste possible, pour rejoindre l'histoire
de votre vie, et celle de vos parents, l'abîme de cruauté où ils
furent plongés, pour exprimer l'épouvante nazie.

Car peut-on représenter le Mal absolu, peut-on mettre en
scène, en image la barbarie ? Avec vous, avec un Claude
Lanzmann, je suis de ceux qui pensent que non. Vous, vous
avez trouvé une équivalence inouïe. De quelle partie de votre
cerveau, de votre douleur, de votre imagination, de votre
inspiration a pu surgir l'idée de la confrontation, dans la nuit
absolue du temps, entre barbelés et miradors, des souris et des
chats ? Pourquoi cette transposition dans le monde animal ?

Cette transposition nous fait voir et affronter l’horreur, celle de
ce «monde du mourir » organisé par les nazis dans les camps.

Il y a toujours une double appréhension chez l’individu : celle de
ne pas comprendre, de ne pas réaliser, et celle de trop bien
comprendre, de rejoindre l’extrême souffrance, de franchir la
lisière du cauchemar du monde. Avec vous nous comprenons,
avec vous nous voyons, avec vous nous sommes conduits à
regarder la vérité en face. C’était, il y a soixante ans, la
libération d'Auschwitz. Et aujourd'hui, quand on pense à
Auschwitz, quand on se souvient, ce sont aussi vos dessins,
vos cartes, vos mots qui reviennent en nous. Votre livre noir est
en nous, il fait partie de notre mémoire. De notre devoir de
mémoire. Mais surtout, comme l'écrivait récemment Simone
Veil, de notre devoir d'enseigner et de transmettre. Et quoi de
plus utile, de plus haut, de plus marquant, que les deux tomes
de Maus pour l'enseignement, la connaissance et la
transmission de la Shoah envers les nouvelles générations ?

Il est logique qu'il ait été difficile pour vous de revenir de Maus.

Mais vous n'avez pas oublié le présent ; vous êtes resté attentif,
depuis, aux reflets noirs d'autres cauchemars qui peuvent surgir
dans l'univers. En 2004, dans A l'ombre des tours mortes, ce
livre atypique, offensif et ému, vous avez recréé la tragédie des
tours du World trade center, dont vous avez été l'un des
témoins. Nous avons vu tant de fois, effarés et malheureux, les
images en boucle des tours effondrées ; mais vous racontez
leur chute, vous parvenez à les montrer sous un autre angle,
plus profond, comme si vous les inscriviez non pas seulement
dans notre regard, mais dans l'éternité de notre imaginaire,
dans le ciel gris de nos consciences, dans la pénombre de
notre esprit. Vous êtes très sensible à toutes les menaces
d'attaques et de terreur qui subsistent dans le monde
d’aujourd’hui. Vous êtes un veilleur, un inlassable veilleur. Nous
avons besoin de vous, car les grands artistes, toujours au
croisement entre la mémoire et l'avenir, se souviennent et
annoncent. Nous vous sommes infiniment reconnaissants pour
cette vigilance, pour la beauté, le sens, la noblesse, la gravité
généreuse de toute votre oeuvre.

La France, que vous aimez, vous dit aujourd’hui sa gratitude.

Cher Art Spiegelman, au nom de la République, nous vous
faisons chevalier dans l'ordre des Arts et des Lettres.

Festival de la bande dessinée d’Angoulême

28 janvier 2005

Monsieur le Maire,

Monsieur le Préfet,

Monsieur le Président,

Mesdames, Messieurs, Chers amis,

Je suis très heureux de ma visite à Angoulême, cette si
belle ville emblématique de la convivialité et de la douceur
de vivre charentaises, fière de ses racines, de son passé
et de son identité, cité ouverte au monde, qui s’appuie
pour son rayonnement sur la force de la culture, sur
l’alliance féconde entre le patrimoine et la création.

Ce rayonnement exemplaire est évidemment nourri du
succès du festival international de la bande dessinée. Et je
tiens tout particulièrement à saluer cette manifestation dont
c’est en 2005 la 32e édition ! Une telle longévité nous la
devons avant tout aux hommes qui font et ont fait vivre ce
rendez-vous incontournable du 9e art. Au fil du temps, il a
su se professionnaliser, s’ouvrir à l’international, sans rien
perdre de ses valeurs fondatrices que sont l’enthousiasme,
la passion, la générosité.

Si la flamme des débuts brûle encore, c’est aussi grâce à
l’intelligence et à la perspicacité des élus et à vous
Monsieur le Maire. Vous avez su comprendre, par delà les
contingences, à quel point le lien entre à Angoulême et la
Bande dessinée était précieux, emblématique. Les
pouvoirs publics, sans oublier le rôle essentiel des
sponsors, soutiennent une manifestation que le monde
entier nous envie pour sa qualité, sa fraîcheur et sa
spontanéité.

Je veux vous faire une confidence : je suis venu à
Angoulême d’abord parce que cela me faisait plaisir. Parce
que j'en avais envie. Parce que je suis un amateur de BD !
Et c’est peu dire que je ne suis pas déçu ! La fièvre qui
monte autour de la BD au moment du festival est vraiment
communicative. J’ai eu du bonheur à parcourir les stands il
y a quelques instants.

Oui, je suis venu saluer la BD, ses couleurs, ses héros, ses millions
de lecteurs, ses artistes et ses éditeurs. Je suis venu rendre
hommage à votre dynamisme, à votre créativité, à votre vitalité. Une
vitalité que les chiffres, très encourageants, permettent de mesurer,
avec une hausse de la production de 37 % en 2004, représentant
plus de 2 600 nouveaux albums, et avec une augmentation des
ventes de près de 6 %. Un livre sur huit vendu en France est un
album de BD.

Avec une croissance ininterrompue depuis dix ans, la BD s'impose
comme l'aile marchante de la première de nos industries culturelles.

Avec ce fait notable que la concentration n'empêche pas la diversité
des maisons, et cet autre fait réjouissant d'un véritable enracinement
en région. Vincent Montagne et Guy Delcourt, parmi d'autres, ont leur
siège à Paris, mais Jacques Glénat, le président de votre groupe au
sein du Syndicat national de l’édition, est à Grenoble et c'est à
Marseille, où je me rendrai mercredi, que Mourad Boudjellal a créé
sa maison, avec le succès que l’on sait.

Mais les chiffres de vos records seraient bien secs, s'ils n'exprimaient
aussi et d'abord, bien sûr, un incroyable foisonnement créatif,
essentiel au rayonnement international de notre culture.

La BD française et francophone, j'en ai la conviction, joue un rôle tout
à fait singulier dans le concert – et parfois le combat – de la diversité
culturelle.

Zep, Sfar, Loisel, Juillard, Pétillon, Bretécher, Gotlib, Druillet et tous
les autres créateurs, vous êtes des acteurs de la diversité culturelle !
Dupuis, Dargaud, Casterman, L’Association, Fremok, PLG,
Rackham, les Requins marteaux, et tous les autres éditeurs, vous
êtes, dans la diversité de vos maisons et de vos catalogues, des
acteurs de la diversité culturelle ! Vous en êtes tous des acteurs
pleinement positifs : l'ouverture internationale du festival en témoigne
avec éclat.

Vous êtes des acteurs du livre. Vous êtes des acteurs de la lecture.
Tant de bibliothécaires m'ont dit l'importance que joue la bande
dessinée pour la lecture des jeunes, et pour les conduire vers les
autres formes du livre.

Oui, la BD est une ouverture sur le monde fantastique de
l’imagination humaine. Et comme nous le verrons tout à l’heure avec
Art Spiegelman, la bande dessinée ne propose pas seulement une
déformation magique, souvent enchantée, une métamorphose en
couleurs du réel. Elle exprime aussi, et peut-être surtout, une vision
et une critique de la société, de l'époque et de l'histoire.

Voilà pourquoi le ministère de la culture vous doit toute son attention.
Pour aider vos scénaristes et vos dessinateurs à créer, pour aider
vos maisons à se développer et à publier. Pour vous aider à exporter,
à acquérir et céder des droits. Pour, aussi, vous défendre contre le
piratage, qui vous touche plus sévèrement que d'autres secteurs du
livre, à la mesure de votre popularité.

Il faut aussi, naturellement, aider et soutenir Angoulême. Par une
politique audacieuse, intelligente et inscrite dans le long terme, la ville
a déjà développé autour du festival de solides structures dédiées à la
BD. Parmi ces institutions originales, il y a, bien sûr, le Centre
national, mais aussi la remarquable Maison des auteurs. En plus de
ces réalisations, la ville fourmille de projets nouveaux. Je pense au
musée de la BD dont la nouvelle implantation permettra de dévoiler
enfin au yeux du public une collection unique au monde. Et la future
médiathèque de l’agglomération viendra bientôt compléter ce riche
paysage. La fédération des énergies reste désormais le principal défi
à relever et je tiens à saluer la bonne volonté des partenaires actuels
de ces projets. Je suis certain que vous saurez incarner un nouveau
progrès de la décentralisation culturelle telle que je la conçois, où
l’Etat et les collectivités territoriales construisent ensemble au service
des publics et du rayonnement des territoires.

Angoulême est au coeur de la BD ! La BD est au coeur d'Angoulême !
Voilà pourquoi je suis là avec vous aujourd'hui. Merci à tous !

Assemblée générale de la FICAM – Fédération des industries du cinéma, de l'audiovisuel et du multimédia

27 janvier 2005

Mesdames les Présidentes,

Messieurs les Présidents,

Monsieur le Délégué général,

Chers Amis,

Je suis très heureux de participer à votre assemblée générale, pour plusieurs raisons. D
'abord, parce que c'est, je crois, une première. Je tiens à vous dire, à titre personnel, en tant
que spectateur et amateur de films, et en tant que ministre de la culture et de la
communication, combien je suis conscient du rôle essentiel des industries techniques dans
la grande chaîne de la création, qui fait la vitalité et la richesse de la diversité culturelle et la
réussite de notre cinéma et de notre production audiovisuelle.

Le cinéma et l'audiovisuel sont à la fois des arts et des industries. Etymologiquement, le mot
" art " signifie " technique ". Il n'y a pas d'art, dans quelque domaine que ce soit, sans
technique. Et dans aucun autre domaine sans doute que l'audiovisuel, le cinéma et le
multimédia, la technique et les industries que vous représentez ne jouent un rôle aussi
important pour la création. Il faut attendre la fin du film, la fin du générique de fin, pour
attendre la mention du ou des laboratoires sans qui le film ne serait pas. Mais en fait, au sein
de la grande chaîne de la création, vous vous situez tout au début ; je ne fais pas de
différence entre les oeuvres de l'esprit et les procédés techniques qui permettent de les
réaliser. Lorsque je suis allé avec François Fillon, après notre communication commune au
conseil des ministres sur l'éducation artistique et culturelle le 3 janvier, dans un collège du
Val d'Oise, pour montrer l'importance que nous attachons tous deux à la relance de cette
éducation qui fait partie du socle fondamental des connaissances que chaque élève doit
maîtriser, nous avons réalisé, avec un artiste photographe, et des élèves de 6e et de 5e, des
photogrammes, procédé technique à la base de la photographie, dont Man Ray et les
surréalistes ont très tôt compris le très riche potentiel artistique.

C'est en raison même de votre place essentielle dans la vitalité culturelle et artistique de
notre pays que je suis très sensible à vos préoccupations, à l'écoute de vos difficultés et de
vos propositions, décidé à agir avec vous, pour vous aider à relever les défis qui sont devant
vous. Pour l'emploi, pour l'activité, pour la création, qui sont des atouts décisifs dans le
monde d'aujourd'hui.

Après la crise grave traversée par les industries techniques du cinéma et de l'audiovisuel, et
des restructurations qui se sont hélas soldées par des rapprochements et des fermetures
d'entreprises, 2004 fut en quelque sorte une année de convalescence. Vos difficultés se sont
aplanies dans le cadre d'un marché structuré autour de grands pôles d'activité, qui se
concentrent désormais sur leurs coeurs de métiers respectifs. Dans le même temps, les
Français retrouvaient le goût du cinéma comme ils ne l'avaient jamais fait depuis longtemps.

Je sais que certaines entreprises restent dans une phase difficile, mais globalement, vous
conviendrez que le marché s'est raffermi, dans un paysage économique en profonde
mutation.

Des difficultés structurelles demeurent, que je ne méconnais pas. Je sais les problèmes de
coûts auxquels vous êtes confrontés. Je sais aussi que vous êtes entrés de plain pied,
comme toutes les industries de l'image et du son, dans l'ère numérique. C'est une véritable
révolution.

Après des années d'investissements lourds en outils numériques et matériels informatiques,
tant au niveau de la captation (caméras) qu'à celui de la post-production, une nouvelle
révolution se dessine : la multiplication des canaux et des formats de diffusion, qui autorise
déjà aujourd'hui la télévision sur ADSL et la vidéo à la demande (VOD) et, dès cette année,
la TNT, puis, demain, la télévision haute-définition.

Autant de défis, mais aussi de nouvelles occasions de croissance et de développement, à
saisir pour le secteur des industries techniques.

Mon action à vos côtés a pour objectif essentiel de vous aider à franchir ce nouveau cap.

Le rapport de Pierre Couveinhes, président de la commission d'aide sélective aux industries
techniques du CNC, nous a éclairés sur la nature des difficultés de votre profession. Il a
inspiré l'action des pouvoirs publics à tous les niveaux. Le CNC a ainsi facilité l'accès à la
commission des " petits " dossiers, ouvert ses critères d'aide, et l'IFCIC a mis en place une
intervention spécifique, dont j'ai demandé une évaluation.

Bien sûr, la mesure essentielle, vous l'avez rappelé, Monsieur le Président, c'est le crédit
d'impôt.

Car si l'année 2004 semble marquer un redressement de votre activité, nous le devons en
grande partie au succès du crédit d'impôt qui a permis une relocalisation de plus en plus
importante des tournages, et ce mouvement devrait s'intensifier cette année avec les deux
grandes mesures que j'ai souhaitées instaurer : l'élargissement du plafond du crédit d'impôt
cinéma , et l'extension du crédit d'impôt aux productions audiovisuelles.

Nous devons aussi
l'amélioration de la situation du secteur à l'apport des fonds régionaux, dont l'abondement
par l'Etat sera étendu dès cette année à l'audiovisuel.

Je rappelle aussi que le Gouvernement a décidé d'abonder le budget de France Télévisions,
afin de lui permettre de mieux aider la création audiovisuelle.

Au-delà de ces mesures très efficaces, d'autres, plus ciblées, constituent un enjeu
fondamental pour relever les nouveaux défis technologiques du numérique, je pense
notamment au renforcement des aides aux investissements des industries techniques, aux
projets de recherche et de développement, grâce au réseau investissement et aide au
multimédia (RIAM), ainsi qu'au soutien à la formation professionnelle, qui est un enjeu
fondamental pour relever les défis du numérique.

Je suis par ailleurs tout à fait conscient des conséquences de l'arrêt de la majoration, dite du
" 1% " par jour de tournage en studio de soutien investi par les producteurs, le 25 mars
prochain. Cette échéance se rapproche à grands pas. J'ai demandé au Centre national de la
cinématographie de mener une réflexion sur la possibilité d'aider, à l'avenir, de manière
sélective, les productions économiquement les plus fragiles à tourner en studio, lorsque les
exigences artistiques d'un scénario l'exigent, mais que les moyens dont disposent les
producteurs du film sont insuffisants pour réaliser ce souhait. Je tiens à ce que votre
fédération soit très prochainement consultée par le CNC à ce sujet.

Vous êtes extrêmement soucieux de la réforme de la taxe professionnelle. Il est vrai que
dans le système actuel, les industries techniques, qui sont des entreprises qui investissent,
sont pénalisées. Dans le cadre de la refonte globale de la taxe professionnelle, je veillerai à
faire valoir les spécificités des industries techniques du cinéma et de l'audiovisuel.

A l'avant-veille de l'ouverture du festival du court métrage à Clermont-Ferrand, où je me
rendrai, je tiens à vous dire combien j'apprécie l'importance du soutien que vous apportez à
la production de courts métrages, un soutien très concret à la création et aux jeunes talent,
qui passe notamment par le prêt de matériels ou par des efforts tarifaires qui méritent d'être
soulignés et salués.

Au-delà de l'étude de mesures spécifiques à la production de courts métrages, j'ai demandé
au CNC d'engager une réflexion avec votre fédération sur la possibilité de créer une
association des industries techniques en faveur du court métrage, qui pourrait
éventuellement s'appuyer sur une structure existante ou préfigurer une future fondation. Je
sais que ces travaux sont actuellement en cours.

Cette association permettrait de rendre plus visibles les efforts réels et importants accomplis
par les industries techniques, mais aussi de vous faire bénéficier des avantages liés au
régime du mécénat.

Vous savez sans doute que j'ai réuni, la semaine dernière, autour d'une même table, dans le
cadre prestigieux du musée d'Orsay, les professionnels du cinéma, de l'audiovisuel et de nos
musées et monuments nationaux pour constituer un véritable réseau destiné à faciliter
l'accueil des tournages du monde entier en France, au sein de notre patrimoine et de nos
paysages sans équivalents dans le monde. Mon objectif en effet n'est pas seulement d'éviter
les délocalisations, et de relocaliser les tournages en France, comme nous sommes
parvenus à le faire grâce aux crédits d'impôts. Il est aussi de renforcer l'attractivité de notre
pays pour les créations du monde entier.

Je l'ai dit lundi soir, toujours au musée d'Orsay, pour la soirée de clôture d'Unifrance, je
souhaite faire en sorte que le Centre national de la cinématographie puisse agréer des films
d'expression française qui auront été financés à partir de capitaux étrangers. Dans le même
esprit, je souhaite que, dans le cadre de la concertation qui se poursuit avec les
organisations du cinéma, soient trouvés les voies et moyens d'une ouverture régulée du
compte de soutien aux capitaux extra-européens. Je suis soucieux que la France puisse
accueillir les tournages européens et internationaux dans les meilleures conditions
d'attractivité possibles.

Il s'agit du développement de nouveaux marchés, de nouvelles perspectives d'activité et
d'emplois pour vos industries. Je suis ouvert à vos propositions en la matière, en particulier
sur la définition des critères indispensables pour réguler cette ouverture. Je sais quelles sont
vos inquiétudes. Je ne doute pas de votre motivation et de votre créativité. Ne doutez pas de
ma détermination, dans ce domaine comme dans d'autres, à vous apporter des réponses
concrètes. Il s'agit de la vitalité de nos industries culturelles, et, en définitive, du rayonnement
de notre culture et de nos créations en Europe et dans le monde, dans une année décisive
pour la diversité culturelle.

Je vous remercie.