TOUT ARRIVE
RENAUD DONNEDIEU DE VABRES : …on est dans une période suffisamment sérieuse, difficile à bien des égards, on ne cherche pas les tours de passe-passe, et dans la réflexion sur la conférence de presse que je fais mercredi prochain, je ne cherche pas de tours de passe-passe là-dessus. Par contre je cherche, parce que ça me semble essentiel, à faire en sorte que nous ayons les moyens de faire franchir une étape significative à l’action culturelle et artistique… MARC VOINCHET / “ Tout arrive ”, jusqu’à 14 heures, avec aujourd’hui Renaud DONNEDIEU de VABRES, ministre de la Culture et de la communication. (…) Bonjour Monsieur le ministre…
RENAUD DONNEDIEU DE VABRES : Bonjour.
MARC VOINCHET : …de la Culture et de la communication, Renaud DONNEDIEU de VABRES. “ Tout arrive ”, on est très content de vous recevoir. Nous avons parlé très souvent des sujets qui vous intéressent, et notamment celui des intermittents ; nous essaierons de voir tout à l’heure si vous pouvez nous dire un petit mot du chantier en cours. Mais puisqu’on parle de chantier, n’oublions pas que vous êtes venu nous voir surtout pour les Journées du patrimoine, qui ont d’ailleurs vingt ans, vingtième anniversaire pour ces Journées du patrimoine, qui connaissent un succès absolument fou, puisque près de 12 millions de visiteurs chaque année se pressent pour visiter toutes sortes d’édifices, monuments institutionnels, industriels, religieux, de, par exemple, on va dire au hasard, de Châteauneuf de Saint-Martin, à l’hôtel Gouin par exemple, Monsieur le conseiller municipal de Tours…
RENAUD DONNEDIEU DE VABRES : Merci de faire référence à ma ville !
MARC VOINCHET : Dites, vous êtes le ministre, dans ces cas-là, heureux et comblé des vieilles pierres ?
RENAUD DONNEDIEU DE VABRES : J’essaie, non pas pour faire de la provocation, mais de dire que je ne suis pas uniquement le ministre des vieilles pierres et des troubadours, pour utiliser une expression amicale et affectueuse, aussi bien vis-à-vis des vieilles pierres que des troubadours. J’essaie de faire en sorte que le patrimoine aille de pair avec la création, et qu’il apparaisse au cœur de mes concitoyens comme un élément moteur pour notre rayonnement, notre attractivité, notre fierté, et l’activité. Et je crois que c’est quelque chose d’essentiel, de très important, et je souhaite au fond que les Journées du patrimoine, où, comme vous le remarquiez, il y a beaucoup de monde, 12 millions de nos concitoyens ou de touristes qui sont encore dans notre pays, c’est beaucoup, mais 12 millions ce n’est pas l’intégralité des Français. Donc…
MARC VOINCHET : Oui, alors j’allais vous soumettre comme un petit paradoxe : dépêche AFP qui tombe ce matin et qui dit que, dans le même temps que, au fond, ces Journées du patrimoine ont ce succès, plus de la moitié des Français, 53%, selon un sondage IPSOS pour LE FIGARO MAGAZINE à paraître samedi, n’ont pas visité un musée ni vu une exposition au cours de l’année écoulée. Alors comment… ?
RENAUD DONNEDIEU DE VABRES : Alors ça ce n’est pas uniquement le patrimoine, ce sont donc l’accès dans les musées, c’est évidemment quelque chose aussi de très important, c’est-à-dire qu’il faut, voilà, que nos concitoyens soient incités à pousser facilement les portes, pour rentrer partout, dans les théâtres, dans les musées, dans les cours d’un bel hôtel particulier, et qu’ils redécouvrent leur patrimoine. Je vais vous donner un exemple, qui est le patrimoine du 20e siècle et qui se passe au Havre, où cette ville, qui a été évidemment dramatiquement touchée par la guerre, a été reconstruite, avec un architecte d’immense talent, PERRET, et cette ville est en compétition pour avoir le classement au patrimoine mondial de l’Unesco. Et les habitants redécouvrent, par leur regard, à cause de cette perspective, l’environnement immédiat dans lequel ils vivent. Je souhaite que, à travers cette Journée du patrimoine, mais dans les semaines et les mois qui viennent, les Français se réapproprient, au fond, la beauté, et parfois pas du tout la beauté, c’est-à-dire les travaux qui restent devant nous, et tout ce qui représente notre pays. Le patrimoine, c’est pour moi aussi bien la façade d’un café dans une commune rurale que les bâtiments les plus monumentaux, et puis toutes les époques. Il faut dire aux créateurs les plus contemporains que dès qu’ils ont créé, quelque part, ils rentrent dans le patrimoine. Donc le patrimoine, ce n’est pas uniquement le Moyen Âge ; c’est hier.
MARC VOINCHET : Bientôt vous allez inaugurer le nouveau Cargo, à Grenoble…
RENAUD DONNEDIEU DE VABRES : Oui, tout à l’heure.
MARC VOINCHET : …ça veut dire que par exemple tout à l’heure, par exemple, voilà, le Cargo fait partie du patrimoine architectural du 20e siècle.
RENAUD DONNEDIEU DE VABRES : Et qu’il se rénove, et qu’il s’entretient, et avec au fond, aussi, c’est pour ça qu’on a tenu cette année à ce qu’il y ait un coup de projecteur particulier, même si ce n’est pas l’intégralité, sur le patrimoine scientifique. Pourquoi ? Et sur la culture scientifique et technique. Parce qu’aujourd’hui les techniques, au fond, de mise en valeur, d’entretien du patrimoine ont fait d’immenses progrès, et derrière l’entretien et la rénovation du patrimoine il y a des métiers très sophistiqués, et c’est un coup de chapeau à toutes celles et à tous ceux qui sont les techniciens, les chercheurs, les savants dans ce domaine. Et donc les institutions de l’Etat, le laboratoire de recherches du Louvre, des Monuments historiques ouvrent leurs portes, pour montrer aussi, si vous voulez, cette dimension scientifique. La restauration d’un tableau ou d’une sculpture suppose parfois des études chimiques, au laser, avec toutes les techniques possibles et inimaginables, dont les gens n’ont pas suffisamment conscience.
MARC VOINCHET : Philippe PETIT.
PHILIPPE PETIT : On reviendra tout à l’heure sur la culture scientifique, mais votre exemple du Havre me paraît tout à fait parlant. Dans le cas du Havre, il y a un vrai contrat patrimonial, ou monumental. Il y a quelques années, Régis DEBRAY dénonçait un peu l’abus du monumental. Et je vous demanderai, Monsieur le ministre, quels sont les critères retenus, disons, pour le patrimoine aujourd’hui ? Parce qu’un magasin, une usine, un avion, une locomotive peuvent devenir, disons, des objets patrimoniaux ; et parfois, un monument aux morts, qui est un contrat générationnel fort, n’est pas reconnu comme tel.
MARC VOINCHET : Renaud DONNEDIEU de VABRES.
RENAUD DONNEDIEU DE VABRES : Le patrimoine, c’est pour moi, si vous voulez, ce n’est pas uniquement les châteaux, les monuments, et dans ce que ça a de plus spectaculaire. Le patrimoine, c’est ce qui fait le fond même de notre culture, de nos traditions, dans ce qu’elles ont de vivant, de référence parfois à nos racines, et puis de projection vers l’avenir. Et donc, dans notre patrimoine culturel, c’est ce que je disais tout à l’heure, mais j’attache beaucoup d’importance, un lieu, un lavoir, une façade, un zinc dans un café, ça fait partie du patrimoine culturel français que je souhaite défendre. Je ne vais pas dire que je vais tout classer monument historique. Ne me faites surtout pas dire que je n’accepte pas la création contemporaine. J’aime au contraire les contrastes entre les époques, entre les modes d’expression, et ne me choque en rien qu’à côté d’un bâtiment ou d’un monument du Moyen Âge ou de la Renaissance puisse exister une architecture contemporaine. Et là-dessus, j’ai été amené à prendre des décisions, parfois pour protéger, mais pour faire aussi cohabiter, si vous voulez, le passé avec le futur.
MARC VOINCHET : Alors cependant, Monsieur le ministre, il y a des soucis qui interrogent beaucoup le personnel du patrimoine, justement. Le mensuel CAPITAL faisait au début de l’année mention d’un document, liste noire cachée, faisant état des monuments menacés, la liste confidentielle des monuments menacés à la Direction du patrimoine, ou faisant état par exemple de l’état lamentable des cathédrales d’Amiens, de tout, les arènes de Nîmes, et disant qu’au fond il y a tout de même 20% des monuments classés qui sont en péril. Alors est-ce qu’il faut reprogrammer la gestion de la restauration et du patrimoine ?
RENAUD DONNEDIEU DE VABRES : Il y a des besoins tout à fait considérables, je ne le nie pas, et dans la réflexion qui était celle de mon programme pour samedi et dimanche, donc les Journées européennes du patrimoine, une dimension qu’il faut souligner…
MARC VOINCHET : 47 pays.
RENAUD DONNEDIEU DE VABRES : …il va y avoir cette ouverture aux citoyens d’Europe de leur patrimoine. Je tiens, si vous voulez, non pas à dire que tout va pour le mieux dans le meilleur des mondes, parce que c’est faux. Là où vous avez raison, c’est qu’il y a des lieux, des endroits, des œuvres d’art, des monuments…
MARC VOINCHET : Le Panthéon.
RENAUD DONNEDIEU DE VABRES : …qui sont dans un état de péril difficile. Et donc, malgré, si vous voulez, la priorité stratégique qui a été donnée par le président de la République et le Premier ministre au budget du ministère de la Culture, est-ce que je peux d’emblée faire face à toutes mes responsabilités ? La réponse est claire, elle est : non. Et en disant cela, je ne suis pas en défaut de solidarité gouvernementale, je veux faire comprendre à nos concitoyens – on a commencé cette émission comme ça – que le patrimoine ce n’est pas au sens, comme ça, l’entretien des vieilles pierres, avec tout le respect qu’on doit avoir pour le passé et pour la mémoire ; je veux faire comprendre que l’activité culturelle et artistique, au sens global du terme, c’est une activité très importante pour l’avenir et pour l’emploi des Français. Et dans cette période où on a le sentiment qu’on nous pique tout, où la mondialisation, les délocalisations, et pour certains même l’Europe, qui apparaît comme une espèce d’éloignement à certains, je pense que cette alliance nécessaire entre le patrimoine et la création, ça nous donne des armes, des activités, de linfluence, un rôle. Donc je veux que ça redevienne encore peut-être davantage une priorité stratégique, avec le souci de l’animation. C’est-à-dire que je pense, si vous voulez, que la restauration des lieux doit pouvoir s’accompagner, et ça se passe déjà dans beaucoup de lieux, donc je n’invente rien, et je donne des coups de chapeau à toutes les initiatives qui vont en ce sens, le spectacle vivant, ou l’art plastique et les créations contemporaines peuvent parfaitement contribuer à l’animation d’un patrimoine ancien, justement avec ce dialogue des époques que j’appelle de mes vœux.
MARC VOINCHET : Alors cela dit, dans les sujets qui, non pas forcément qui fâchent, mais qui inquiètent, qui troublent, vous n’êtes pas sans savoir, Monsieur le ministre, que les régions parfois s’inquiètent et se félicitent à la fois, on va dire, du transfert de compétences que l’Etat opère vers les régions, mais avec également une inquiétude concernant les finances. Sur le seul sujet du patrimoine par exemple, et on sait que le patrimoine c’est quelque chose qui coûte cher, les régions n’ont pas les mêmes budgets. Certains – je cite une formule piquée ça et là dans la presse – redoutent avec la décentralisation ce qu’on appelle les “ petits tyrans locaux ”, et puis surtout, avec quel argent, c’est-à-dire, la fameuse gestion des crédits d’entretien ?
RENAUD DONNEDIEU DE VABRES : Attendez, alors d’abord soyons clairs…
MARC VOINCHET : Alors c’est parce que l’Etat veut se débarrasser des choses…
RENAUD DONNEDIEU DE VABRES : Non, non, non, attendez, il n’y a pas le début d’un désengagement de l’Etat. Ça, si vous voulez, il faut bien voir les choses de la manière la plus précise qui soit. Quand je souhaite un partenariat avec les collectivités locales ou quand j’appelle de mes vœux le mécénat, et le mécénat ça concerne aussi bien les entreprises que les particuliers, ce n’est pas pour…
MARC VOINCHET : Oui mais ça ne marche pas bien en France.
RENAUD DONNEDIEU DE VABRES : Oui, ça pourrait marcher davantage. Mais je vais revenir là-dessus. Ce n’est pas du tout pour précéder, par tactique, un désengagement de l’Etat. Ça c’est de la propagande ! Il n’y a pas de désengagement de l’Etat, et il n’y aura pas de désengagement de l’Etat, aussi bien pour les crédits du spectacle vivant que pour les crédits du patrimoine. Par contre, ce que je souhaite, c’est qu’il y ait une conjugaison et un rassemblement des efforts et des énergies. Nous avons proposé, en fonction d’une liste qui a été établie par la commission REMOND, qu’un certain nombre de collectivités locales, sur la base du volontariat, prennent à leur charge, si elles le souhaitent, un certain nombre de bâtiments, d’édifices très spectaculaires. C’est sur la base du volontariat. Ça n’a pas abouti. La seule compétence transférée, c’est celle de l’inventaire, qui est en train de se faire. Sur le reste, il va y avoir des expérimentations, qui ne sont pas encore lancées, c’est une expérimentation. Si vous voulez, le patrimoine et l’expertise autour du patrimoine, c’est une compétence régalienne de l’Etat. Et donc les fonctionnaires de l’Etat qui travaillent dans mon ministère sur ces questions, ce sont des experts, ce sont des scientifiques, ce sont des gens qui ont une qualification personnelle tout à fait remarquable, dont les propriétaires publics, qu’il s’agisse des collectivités territoriales ou les particuliers, les propriétaires privés, ont besoin. Donc là-dessus, je ne suis pas du tout dans une phase, si vous voulez, de dilution des responsabilités, mais de recherche de partenaires, parce que c’est ce qu’il se passe aujourd’hui : une ville, un département ou une région, dans sa stratégie d’attractivité, elle n’est pas du tout en train d’abandonner son propre patrimoine. Mais il y a des besoins énormes, donc évidemment ça suppose des hiérarchies, des programmations. Donc voilà. Il y a parfois des conflits avec des responsables de collectivités territoriales, parce qu’il y a des gens qui prennent des décisions que je ne partage pas. Et moi je suis capable, si vous voulez, d’être soit un diplomate, soit un guerrier. C’est-à-dire que…
MARC VOINCHET : Oui mais enfin, on voit ce que ça peut donner dans le spectacle vivant, quand une région décide de couper les vivres à telle scène nationale, quand telle municipalité décide que le conservateur de tel musée ne lui convient plus…
RENAUD DONNEDIEU DE VABRES : Mais oui, mais… bien sûr. Et le ministre ne reste pas les bras croisés, sourd et aveugle. J’ai une très belle mission, qui est celle, par exemple, de garantir l’indépendance artistique. Et donc, pour les centres dramatiques nationaux, pour les centres chorégraphiques, pour toutes sortes de lieux, pour les festivals, oui aux partenariats, mais oui également – et je dois être un gardien vigilant – au principe de l’indépendance artistique, pour qu’il n’y ait pas de confusion des genres. Et ça c’est quelque chose de très important, et par ailleurs il y a des décisions parfois prises par des collectivités territoriales qui sont très choquantes, et quand je le ressens comme tel, je le dis, calmement, mais quand même haut et fort.
MARC VOINCHET : Et d’ailleurs, toutes tendances confondues, que ce soit…
RENAUD DONNEDIEU DE VABRES : Absolument. On pense tous la même chose.
MARC VOINCHET : …du sud de la France, ou de la mer, ou dans le Nord également. Philippe PETIT.
PHILIPPE PETIT : Monsieur le ministre, puisque vous parliez de partenariats, qu’en est-il du partenariat avec les autres ministères ? Les Journées du patrimoine sont consacrées à la culture scientifique et technique. Votre directeur du Centre de recherche et de restauration des Musées de France déclarait, Jean-Pierre MOHEN, récemment : “ La désaffection des jeunes pour la science tient peut-être en partie à ce qu’ils n’ont pas… et n’ont plus – pardon – la sensation qu’elle s’inscrit dans une continuité. ” Et effectivement on constate que, même dans certaines universités technologiques, disons, la mémoire de la science de Pasteur à nos jours, pour aller vite, n’est même pas signifiée, n’est même pas symbolisée, et il y a là une carence, qu’il n’y avait pas à la Sorbonne, par exemple.
MARC VOINCHET :! Renaud DONNEDIEU de VABRES.
RENAUD DONNEDIEU DE VABRES : C’est pour ça qu’on veut essayer de promouvoir la culture scientifique et technique, c’est pour ça que demain je serai dans un certain nombre d’étapes symboliques de ma journée, de mon programme, en liaison avec… en compagnie de François d’AUBERT, le ministre chargé de la Recherche, pour donner ces coups de projecteurs. Et c’est la raison pour laquelle aussi je suis en train de réfléchir à ce qui sera peut-être un jour une sorte de Salon des métiers de la culture, dans toutes leurs dimensions, parce qu’il y a des métiers extraordinairement scientifiques et techniques très attractifs, qu’il faut essayer de promouvoir, ou dont il faut conserver la mémoire, parce que tout simplement on en a besoin. Donc je crois effectivement nécessaire de montrer que, derrière un travail de restauration, il y a une compétence scientifique extraordinaire, pour laquelle on a besoin de talents. Et ça serait un comble que notre pays, qui a quand même cette capacité, j’allais dire, inscrite dans son histoire, la perde. Donc j’accepte tout à fait votre remarque, et la mise en garde, ou la vigilance dont nous devons faire preuve, et en liaison avec l’Education nationale et la Recherche, ce que j’essaie de faire de manière permanente avec François FILLON et avec François d’AUBERT.
MARC VOINCHET : Alors comme votre emploi du temps et votre horaire est compté, Renaud DONNEDIEU de VABRES, quelques questions d’actualité. Si, un mot quand même, parce que vous ne l’avez pas dit, et vous allez pêcher par modestie, vous exposez rue de Valois – pour clore le sujet du patrimoine – l’Edit de Nantes. Attention à ne pas vous le faire voler, parce que…
RENAUD DONNEDIEU DE VABRES : Oui, c’est un très beau symbole, parce que dans cette période de violences politiques, religieuses, en France et dans le monde, je tiens à ce que la rue de Valois assume vraiment sa mission de pédagogie sur le lien humaniste que doit permettre la culture, et donc voilà, j’ai fait sortir, et c’est un événement exceptionnel, des coffres des Archives nationales le texte, dans sa version, voilà, initiale, de l’Edit de Nantes. Et à côté seront installés tout simplement des lieux, des tables pour écrire. Et je souhaite donc qu’autour de la publication de ce document exceptionnel, sur la tolérance, sur la liberté religieuse, mes concitoyens puissent s’exprimer librement sur ces thèmes, et tout simplement, je publierai ensuite leurs témoignages. Et en faisant cela, et je le dis avec gravité, je pense à toutes les atteintes qui sont portées de par le monde à la liberté, quelle qu’elle soit, la liberté de conscience, la liberté religieuse, la liberté de penser, la liberté d’aller et venir, et je pense bien sûr à cet appel nécessaire à la tolérance, et surtout, dans ces heures où nous attendons, sans savoir quand elle se produira, la libération de nos otages.
MARC VOINCHET : Pas de commentaires supplémentaires sur Georges MALBRUNOT, Christian CHESNOT, Mohammed al-JOUNDI ?
RENAUD DONNEDIEU DE VABRES : Non. Je n’ai pas d’informations nouvelles…
MARC VOINCHET : Ça fait aujourd’hui un mois qu’ils sont pris en otage.
RENAUD DONNEDIEU DE VABRES : Il faut être, voilà, prudents, résolus et confiants. Nous sommes mobilisés.
MARC VOINCHET : Une question d’actualité, Monsieur le ministre. Nous avons entendu, et bien compris, que Jean-Pierre RAFFARIN précisait le budget de 2005 en réaffirmant son autorité, votre Premier ministre, et celui de tous les Français d’ailleurs, en l’occurrence, qui a parlé en disant : le budget 2005 est celui du rendez-vous avec la croissance. Alors on va faire un pari, vous n’allez pas me répondre à la question que je vais vous poser maintenant ?
RENAUD DONNEDIEU DE VABRES : Si vous voulez savoir le détail de mon budget…
MARC VOINCHET : Oui, c’est ça, pour mercredi ?
RENAUD DONNEDIEU DE VABRES : …le 22, c’est-à-dire mercredi prochain. Voilà, j’ai…
MARC VOINCHET : Attendez, est-ce qu’il y a une question… est-ce que ce fameux… on est toujours maintenant sur le mythique 1% ; est-ce que pour vous c’est quelque chose de mythique, ou est-ce qu’au fond c’est finalement un peu dépassé comme question, parce qu’il s’agit peut-être de mieux redéfinir ? Alors après tout, chaque ministre de la Culture dit : voyez, je suis pourvu du 1%. Mais, sans vous offenser, on connaît parfois les tours de passe-passe de tel crédit sur tel autre…
RENAUD DONNEDIEU DE VABRES : …on est dans une période suffisamment sérieuse, difficile à bien des égards, on ne cherche pas les tours de passe-passe, et dans la réflexion sur la conférence de presse que je fais mercredi prochain, je ne cherche pas de tours de passe-passe là-dessus. Par contre je cherche, parce que ça me semble essentiel, à faire en sorte que nous ayons les moyens de faire franchir une étape significative à l’action culturelle et artistique. J’ai la chance que ce budget soit en forte augmentation ; est-ce que c’est suffisant pour soutenir tous les projets qui sont dans les cartons, certes non. Donc je ne cherche pas les artifices. On est dans une période, si vous voulez, où les artifices ça entretient le discrédit de la politique. Moi j’essaie de rétablir un lien direct, précis, voilà.
MARC VOINCHET : Ministre de la Culture et de la communication, vous êtes ; faut-il augmenter la redevance ?
RENAUD DONNEDIEU DE VABRES : L’audiovisuel public a des besoins, et donc je fais en sorte de les satisfaire. Il va y avoir un nouveau système, c’est-à-dire que la redevance va être payée en même temps que la taxe d’habitation, donc il y a une réforme qui est en cours, qui permet de dégager un certain nombre de moyens supplémentaires pour l’audiovisuel public. Il y a une responsabilité tout à fait imminente, et notamment sur le plan de la diffusion de l’action culturelle et artistique, pour l’accueil, et pour le fait que vous indiquiez tout à l’heure, c’est qu’il y a trop de nos concitoyens qui n’ont pas l’habitude de rentrer dans un lieu, qui n’ont pas l’habitude de rentrer dans un théâtre. Je me pose une question, c’est une idée que je lance comme ça, qui n’est pas facile à résoudre, mais pendant les vacances il y a beaucoup de nos concitoyens qui ne partent pas en vacances, et il y a beaucoup aussi de grandes institutions culturelles qui sont fermées, donc il y a peut-être des choses à trouver, des idées à creuser, et là-dessus, l’audiovisuel public joue un rôle très important, voilà, pour attirer le plus grand nombre de nos concitoyens vers les créations culturelles et artistiques. Et puis voilà, j’ai…
MARC VOINCHET : Vous pouviez faire une réponse un peu plus courte, à la question : faut-il ou non augmenter la redevance ? C’est oui ou c’est non.
RENAUD DONNEDIEU DE VABRES : Non, attendez, il faut des moyens, il faut des moyens… on peut toujours répondre par oui ou par non. Il faut des moyens supplémentaires pour l’audiovisuel public, je les ai dégagés sans augmenter la redevance.
MARC VOINCHET : Alors évidemment, un sujet que nous avons beaucoup, beaucoup traité, ici à FRANCE CULTURE, vous-même vous êtes prêté au jeu des questions et des réponses et du débat, c’était au cours du festival d’Avignon 2004, c’est la question des intermittents. On dit que vous consultez beaucoup, alors les mauvaises langues disent : oui, il consulte beaucoup pour gagner du temps ; et les autres disent : il consulte beaucoup parce qu’en ce moment il y a besoin de se concerter pour mettre en place les réflexions, les mesures, que vous annoncerez quand, alors ? 2005 ? Le fameux périmètre par exemple…
RENAUD DONNEDIEU DE VABRES : Attendez, moi j’ai… comment vous dire, j’ai une obligation de résultat, c’est-à-dire de bâtir un système définitif pour les artistes et les techniciens du cinéma, de l’audiovisuel et du spectacle vivant. Nous avons franchi une première étape, c’est-à-dire…
MARC VOINCHET : Les festivals ont eu lieu.
RENAUD DONNEDIEU DE VABRES : Non, non, attendez, oui, mais enfin, de bâtir un système provisoire, pour faire en sorte que celles et ceux qui étaient exclus du périmètre et du protocole qui avait été signé puissent être réintégrés, c’est le fonds provisoire qui a été créé. J’ai décidé de bâtir un nouveau système, ce qui veut dire que je constate les dysfonctionnements du système précédent. Toutes les étapes que j’ai annoncées, je les tiens. Donc ce n’est pas pour être dilatoire, etc., etc. C’est tout simplement pour bâtir les choses sur du solide, avec le constat de la réalité. Je réunirai de nouveau donc le CNPS, le Conseil national des professions du spectacle, le 30 septembre. Nous ferons le point de la situation du fonds provisoire, nous examinerons le rapport, que je n’ai pas, parce que ce qui circule n’est pas le rapport définitif de monsieur CHARPILLON sur les problèmes du périmètre…
MARC VOINCHET : Oui, qui a été commenté dans LE MONDE il y a dix jours, encore.
RENAUD DONNEDIEU DE VABRES : Oui, oui, bien sûr, très bien, seulement c’est une version provisoire qu’il a envoyée aux partenaires sociaux, et c’est le rapport de monsieur CHARPILLON, ce n’est pas les décisions du ministre. Bien. Ce document sera donc examiné par le CNPS. Le 18 octobre, comme je m’y étais engagé, aura lieu en région parisienne…
MARC VOINCHET : CNPS, pardonnez-moi, je précise : Conseil national des professions du spectacle.
RENAUD DONNEDIEU DE VABRES : Le 18 octobre aura lieu à Paris, en région parisienne, dans les espaces du Cirque Fratellini, un débat national où je souhaite que très nombreux soient les artistes et les techniciens qui viendront s’exprimer. Nous, d’une certaine manière, on sera, j’allais dire, presque au premier rang pour écouter, et pour faire en sorte, si vous voulez, que nos concitoyens… la presse sera évidemment invitée, que nos concitoyens comprennent la réalité du métier, de la précarité, et les spécificités des métiers artistiques. 2 novembre, Jean-Paul GUILLOT, l’expert indépendant que j’ai désigné, fera le constat du système financier de l’Unedic, et ensuite des propositions sur le système nouveau. Je veux mobiliser chacun. C’est la raison pour laquelle, dans le courant du mois de novembre, ou au plus tard au début du mois de décembre, il y aura un débat d’orientation à l’Assemblée nationale, pour que chacun prenne ses responsabilités, et pas uniquement le ministre au cœur de la mêlée, mais que chacun, et chacune des grandes familles de pensée républicaine représentées au Parlement s’exprime sur ces sujets, tout ça pour bâtir un système définitif. Il n’y aura pas de jungle et de no man’s land à partir du 1er janvier 2005 – parce que c’est la date de l’achèvement du fonds provisoire. Est-ce que le système définitif sera définitivement bouclé au 1er janvier 2005, je ne peux pas le dire, je n’en suis évidemment pas certain ; de toute façon, pour l’année 2005, ça ne sera pas la jungle. Et de toute façon je prendrai les mesures, en fonction justement de l’expertise que tout le monde m’a demandée. Donc, comment vous dire, j’ai un calendrier que j’avais annoncé, je le tiens, et je ne suis d’aucune manière en train de, je ne sais pas quoi, de noyer le poisson ou de finasser. J’ai une obligation de résultat.
MARC VOINCHET : Oui. Dites, Renaud DONNEDIEU de VABRES, cela fait au fond sept mois que vous êtes ministre de la Culture. On vous a déjà posé la question, c’était à Montpellier, Antoine GUILLOT, j’ai envie de vous la reposer pour “ Tout arrive ” : est-ce que, sur la question de l’action politique… vous êtes très volontaire, on le sait, et vous recevez, vous consultez beaucoup, mais est-ce que vous avez aujourd’hui une idée…
RENAUD DONNEDIEU DE VABRES : Non mais, pas uniquement consulter, excusez-moi de vous interrompre, on a décidé. Le fonds provisoire, c’est quand même une décision qui est rentrée en vigueur dans toutes les Assedic de chacun des départements, les circulaires sont arrivées en temps opportun, etc., etc. Ce n’est pas… c’est fait.
MARC VOINCHET :Mais dans le cas précis, justement, clairement, est-ce que vous dites au fond que la mission du ministre de la Culture, son action est toujours possible quand, au fond, et vous n’y êtes pour rien, vous n’êtes pas la tutelle d’un accord signé entre le MEDEF et les partenaires sociaux ?
RENAUD DONNEDIEU DE VABRES : Oui, mais attendez, j’ai modifié quand même le périmètre des choses, parce que ce fonds provisoire a permis une sortie de crise. Donc le Premier ministre a décidé que pour cette sortie de crise il fallait que l’Etat intervienne, donc c’est la raison pour laquelle il y a eu ce fonds provisoire. Mais nous ne remettons pas en cause le système de solidarité interprofessionnelle, c’est pour ça que nous avons tenu à ce que ce soit géré par l’Unedic, et donc par les Assedic, département par département. Mais c’est vrai aussi que nous accordons un rôle et une prérogative aux partenaires sociaux. Et donc voilà, il faut que je les incite, et je ne peux pas tout prendre à ma charge, que je les incite à bâtir ce système nouveau. Le moins qu’on puisse dire, c’est que je jalonne le parcours.
MARC VOINCHET : Philippe PETIT, une toute petite question, parce qu’il faut libérer…
PHILIPPE PETIT : Une question moins brûlante et un peu humoristique, Monsieur le ministre. Lorsque la gauche était au pouvoir, il paraissait beaucoup de livres sur la comédie de la culture ; on se moquait, certains se moquaient des pratiques culturelles, et essayaient plutôt d’encenser l’art, la beauté et l’œuvre. Est-ce qu’il y aurait, de votre point de vue, une culture de gauche et une culture de droite ?
MARC VOINCHET : Renaud DONNEDIEU de VABRES.
RENAUD DONNEDIEU DE VABRES : D’aucune manière. C’est une question à laquelle j’avais répondu, comme je le fais là, ça m’a valu ensuite un portrait assassin, parce que la personne aurait évidemment souhaité peut-être que je réponde autrement. Non, ça n’a pas de sens. Chacun a sa priorité, son souci, traduit aussi peut-être à sa manière les aspirations d’une époque, où son action, elle s’inscrit dans une conjoncture, et moi je suis, peut-être parce que j’exerçais des responsabilités dans le domaine des relations extérieures, j’étais vice-président de la commissions des Affaires étrangères de l’Assemblée nationale, et donc je ressens très fortement – et puis aussi parce que je suis un élu de terrain – les violences fondées sur la politique, la religion, les aspects du racisme. Et donc je considère, si vous voulez, que mon action s’inscrit dans un contexte, et donc j’ai à gérer, j’ai à donner des moyens aux grands acteurs qui dépendent du ministère de la Culture. Mais au-delà de ça, la vision un peu humaniste de réconciliation, de lien, c’est pour moi une vision essentielle, je ne sais pas si elle est de droite ou de gauche, elle est du ministre qui s’appelle DONNEDIEU de VABRES et qui est dans le gouvernement de Jean-Pierre RAFFARIN.
MARC VOINCHET : “ Guerrier ”, disiez-vous à un moment donné, qui prend des décisions, qui sait faire preuve d’autorité ; “ L’air du sabre ”, de la duchesse de Gerolstein, qui ouvre la saison du Cargo, que vous inaugurez ce soir. Merci Monsieur le ministre, à bientôt dans “ Tout arrive ”, vous venez quand vous voulez, débattre. Il y a la réforme du théâtre, beaucoup de sujets dont on pourrait parler, nous vous attendons, vous êtes le bienvenu pour débattre.
RENAUD DONNEDIEU DE VABRES : Merci.
MARC VOINCHET : Merci infiniment
