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Inauguration du Musée national de préhistoire

Monsieur le Ministre,

Messieurs les Sénateurs,

Messieurs les Députés,

Monsieur le Président du Conseil régional,

Monsieur le Président du Conseil général,

Mesdames et Messieurs les Maires et les Elus,

Mesdames et Messieurs,

Dans la vallée de la Vézère, la présence de l'Homme est inscrite depuis l'aube des temps.

Oui, ici, l'on peut dire en toute connaissance de cause, selon l'expression du grand
paléontologue Yves Coppens, " ce qu'est l'homme et d'où il vient ". Ici, l'on sait dans quelle
histoire, celle de la vie, s'inscrit " l'odyssée de l'espèce " que tant de témoignages
rassemblés dans ce musée unique au monde, nous racontent sur les lieux mêmes où nos
lointains ancêtres vivaient depuis 400 000 ans.

Tout autour, en effet, ont été découverts depuis le milieu du XIXe siècle, parfois au hasard,
parfois dans le cadre de prospections plus organisées, des grottes ornées, de simples abris
ou de grands gisements qui ont fait à chaque découverte progresser à la fois la
connaissance et la vision du destin de l'humanité.

Car c'est ici, au confluent de la Vézère et de la Beune, qu'est née la science de la
préhistoire, dont on peut dire ce qu'Yves Coppens a écrit de la paléontologie : elle est " une
science qui se doit de rêver pour comprendre ". Ce magnifique musée national de la
préhistoire nous permet et de rêver et de comprendre. Et il n'est pas besoin d'être savant
pour être profondément ému par ces preuves de la très haute ancienneté de l'homme, que
Boucher de Perthes appelait " antédiluvien ", avant que la notion d'évolution humaine soit
universellement acceptée. L'homme qui a survécu à l'alternance d'au moins une vingtaine de
cycles glaciaires et interglaciaires au cours de l'ère quaternaire, qui ont façonné les
paysages que nous connaissons aujourd'hui et l'héritage commun de l'humanité. Un héritage
qui n'est pas seulement génétique ou biologique, car il est autant naturel que culturel et il est
artistique aussi, comme le prouvent les oeuvres d'art rupestres et les objets présentés ici.

C'est parce que cet héritage n'est pas seulement celui du Périgord, de la France, ni même
de l'Europe, mais bien parce qu'il appartient à l'humanité tout entière, qu'il a été, dès 1979,
inscrit sur la liste du patrimoine mondial de l'UNESCO. Les grottes ornées de la vallée de la
Vézère, la vallée de l'Homme, figurent en effet au deuxième rang sur cette liste prestigieuse,
juste après la cathédrale de Chartres et avant les grottes d'Altamira, en Espagne, qui y ont
été inscrites en 1985.

L'histoire des découvertes successives qui ont eu lieu ici, depuis la fouille de la grotte
Richard par Edouard LARTET et Henri CHRISTY, en 1863 et celle de l'abri Cro-Magnon en
1868, est aussi l'histoire de la reconnaissance de l'art pariétal, des pratiques funéraires et
d'une expression symbolique chez les premiers hommes. Une expression qui fit l'objet de
débats passionnés et des plus vives polémiques, parce qu'elle remettait en cause bien des
certitudes et interroge ce qu'il y a de plus profond dans l'homme. Au fur et à mesure que les
connaissances progressent et la science préhistorique française continue à apporter une
contribution déterminante au décryptage de l'évolution de l'humanité, ces interrogations
demeurent. Elles saisissent encore le visiteur confronté au regard de pierre de " l'homme
primitif " de Dardé qui surplombe la Vézère, sur le flanc de ce musée.

Je tiens à rendre hommage à tous les précurseurs et à toutes les institutions qui ont été les
acteurs de ces découvertes et de leur protection.

La loi de 1913 sur les monuments historiques facilitait la protection des sites archéologiques.

Il fallait un musée pour mettre à l'abri et présenter les collections. C'est donc dès 1913 que
Denis PEYRONY, ancien instituteur, chargé de mission au Ministère des Beaux-Arts, crée le
premier musée de préhistoire des Eyzies, où il pratiquait des fouilles depuis des années
avec l'abbé BREUIL et le docteur CAPITAN.

Il fit acheter par l'Etat les ruines du château des Eyzies pour y installer un dépôt de fouilles et
un musée " national " de Préhistoire, dans lequel entre sa propre collection, dont la majeure
partie des séries lithiques et d'industrie osseuse de la grotte de la Madeleine. L'archéologue
a également constitué un important fonds photographique de plus de 400 négatifs sur les
fouilles et sur les collections du musée.

Il milite par ailleurs pour faire de la vallée de la Vézère un important centre de tourisme
culturel. Dès 1920, le village possède son syndicat d'initiative et la grotte de Font de Gaume
est électrifiée en vue de son ouverture ou public… C'est dire ce que le nouveau musée que
nous inaugurons, mais aussi le Pôle international de préhistoire qui accompagne aujourd'hui
son ouverture aux publics doivent à cette figure de conservateur, d'archéologue et de
pionnier du tourisme.

Le Pôle international de Préhistoire, a été créé en 2002 sous la forme d'un groupement
d'intérêt public associant l'Etat, la région Aquitaine et le département de la Dordogne, pour
valoriser les sites préhistoriques de la vallée, l'accueil des visiteurs et la mise en place
d'outils de médiation destinés à favoriser pour tous les publics, mais en particulier le public
scolaire, l'accès aux connaissances dans le domaine de la Préhistoire et des sciences de
l'histoire de l'Homme.

Il me semble que nous nous rapprochons là de l'ambition, à la fois scientifique et
pédagogique, du fondateur du musée des Eyzies, Denis PEYRONY, et je me réjouis que le
musée national soit, dès sa réouverture au public, le pilier principal de cette coopération
entre les collectivités territoriales et l'Etat.

C'est le fils de Didier PEYRONY, Elie PEYRONY, qui va diriger le musée pendant trente ans
à partir de 1936, poursuivra cette oeuvre magnifique en portant, toutefois, les efforts du
musée davantage vers l'accueil des chercheurs, pendant que les visiteurs affluent, en raison
du développement du tourisme et de la découverte fortuite, en 1940, de la grotte de
Lascaux, puis de celle de Rouffignac en 1956.

Il fallait préserver Lascaux et sa fermeture, en 1963, entraîne un regain d'intérêt pour les
Eyzies. Les salles permanentes furent entièrement réorganisées après la nomination de
Jean GUICHARD comme conservateur en 1967 et le rattachement de l'établissement à la
direction des musées de France en 1972. Tout en posant dès 1973 les jalons d'une nouvelle
extension du musée, Jean GUICHARD mène cette rénovation complète qui s'achève en
1979 avec l'ouverture de la grande salle de morphotypologie de l'industrie lithique destinée à
permettre au grand public de comprendre les classifications des préhistoriens.

Pour relever le défi du rayonnement mondial qu'entraîne l'inscription des sites de la vallée
sur la liste de l'UNESCO, le ministère de la culture décide le lancement d'une nouvelle
extension. Le musée national des Eyzies, grâce aux collaborations nouées avec les grands
organismes de recherche de la région – le Centre national de Préhistoire, l'Institut du
quaternaire de l'Université de Bordeaux, le Service régional et le service départemental de
l'archéologie, – grâce aussi à la nomination en 1988 d'un nouveau directeur, Jean-Jacques
CLEYET-MERLE, connaît ainsi un nouveau développement de ses collections.

Il conserve désormais et enrichit de manière continue des séries d'intérêt mondial dans le
domaine de la paléontologie, de l'art, des industries lithiques et osseuses. Porté par l'essor
de la science préhistorique, il se devait de présenter ces collections exceptionnelles dans le
cadre d'un projet scientifique, culturel et muséographique nouveau, afin de rendre
intelligibles les grandes étapes de l'aventure humaine au sein d'une région d'un intérêt
exceptionnel pour tous ceux que la Préhistoire passionne.

L'intérêt des collectivités locales, de la Région et du département pour la mise en valeur de
la Vallée de la Vézère plaidait aussi en faveur de la construction d'un musée entièrement
nouveau.

Un concours d'architecture est lancé en 1984, que remporte Jean-Pierre BUFFI auquel nous
devons donc les beaux bâtiments, si bien inscrits dans la falaise et dans le village des
Eyzies, que nous inaugurons aujourd'hui. Après de fructueuse fouilles de sauvetage entre
1989 et 1991, justifiées par l'implantation sur un site archéologique très important, et
diverses opérations de sécurité, les travaux de construction proprement dit ont commencé
en 1995.

Le bâtiment était achevé fin 2002. Les aménagements muséographiques, particulièrement
délicats, en raison notamment du tri très complexe des 18 000 objets exposés, en raison
également de l'enrichissement continu des collections, auront quant à eux duré un peu plus
de deux ans.

C'est beaucoup de temps, dit-on, mais si peu au regard de l'histoire qui nous est contée ici,
et c'est tout à fait raisonnable, me semble-t-il, pour un établissement qui compte parmi les
très rares grands musées entièrement dévolus à la Préhistoire ancienne en Europe, et
probablement l'un des plus réussis. Avec plus de 3600 m2 de surfaces nouvelles, dont 1450
m2 de galeries d'exposition permanente ou temporaire, il dote la capitale mondiale de la
préhistoire d'un foyer de rayonnement exceptionnel.

Cette réussite nous la devons bien sûr à Jean-Jacques CLEYET-MERLE, directeur du
musée, et à toute son équipe qui ont travaillé sur ce projet en liaison étroite avec un comité
scientifique international présidé par Jean-Philippe RIGAUD, ancien directeur du Centre
national de la Préhistoire de Périgueux.

Nous la devons également à Jean-Pierre BUFFI, qui a réussi merveilleusement cette
confrontation avec un paysage marqué par la présence d'une grande falaise donnant sur une
vaste vallée et un village faisant contrepoids à la verticalité d'un château médiéval. Le pari
était difficile compte tenu des nombreuses contraintes liées notamment à la nature du sol, à
l'exiguïté de la parcelle et à l'incroyable dénivelé.

Je voudrais saluer également le remarquable travail accompli par les muséographes de
l'agence HB Design, Roberto BENAVENTE et Christian VALDES, et par l'atelier TER
BEKKE-BEHAGE pour la signalétique. Mes remerciements vont également au maître
d'ouvrage délégué de ce projet, la S.E.MI.P.E.R., que préside M. le Sénateur Bernard
CAZEAU, qui a accompli là, dans des conditions parfois difficiles, un remarquable travail de
coordination des entreprises.

Je voudrais remercier enfin et féliciter également de l'attention incessante qu'ils ont portée à
cette grande opération nationale, depuis son lancement il y a vingt ans, les responsables
successifs de la Direction des musées de France et de la Direction régionale des affaires
culturelles d'Aquitaine, ainsi que leurs services.

Au-delà de ses missions patrimoniales et de recherche qu'il est maintenant en mesure de
poursuivre dans les meilleures conditions, le nouveau musée national de Préhistoire des
Eyzies-de-Tayac doit assurer un travail tout aussi essentiel d'accueil et de diffusion culturelle
auprès du plus large public.

Je pense en particulier aux jeunes générations, et aux touristes de toutes origines nombreux
dans la région.

L'attrait de cette vallée pour les visiteurs du monde entier me paraît exemplaire du rôle que
notre patrimoine, et nos musées, jouent dans le développement de nos territoires.

Si la France est la première destination touristique mondiale, si elle accueille 75 millions de
touristes chaque année, ce qui représente une immense richesse, au-delà de la contribution,
de l'ordre de 7 % à notre produit intérieur brut, c'est-à-dire à la croissance et à l'emploi, c'est
en grande partie grâce à la force d'attraction de notre patrimoine et à sa capacité à répondre
à la soif de découvertes, de connaissances, de curiosité, de tous ces citoyens du monde,
citoyens de la culture.

Qu'il s'agisse de visiteurs étrangers ou français, le tourisme culturel constitue l'un des modes
d'accès à la culture, qui participe le plus à son ouverture à tous les publics. Je préfère ce mot
d'ouverture à celui de démocratisation. Car la culture est par essence démocratique, en un
double sens : elle est une exigence et elle appartient à tous.

Cette volonté de toucher le plus large public est incluse dans l'exigence du service public de
la culture. Une exigence de qualité qui est au fondement de la rencontre entre la culture et le
tourisme. Et qui s'inscrit dans une éthique, comme ici, dans la vallée de la Vézère, dans
cette belle région chère à notre coeur, où tous les partenaires réunis autour du musée ont le
souci permanent du développement durable.

C'est avec ce souci que les musées et notre patrimoine demeureront des lieux d'excellence,
des lieux de transmission du savoir, des lieux d'éducation, des lieux d'intégration et de
cohésion sociale.

Des lieux porteurs de la vocation universelle de la culture.
Le musée national de la préhistoire, qui expose toute l'histoire de l'homme de 400 000 ans à
8 000 ans avant notre ère, est tout à fait exemplaire de cette vocation.

Je tenais à vous le dire et à vous en remercier.

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