Remise des insignes de Commandeur dans l’Ordre des Arts et des Lettres à Susan Graham
Madame, Chère Susan Graham,
Monsieur le Président des American Friends of the Louvre, Cher
Christopher Forbes,
Monsieur le Président-Directeur du Louvre, Cher Henri Loyrette,
Mesdames, Messieurs,
Chers Amis,
Je suis très heureux de vous accueillir aujourd’hui dans ces salons de la
rue de Valois, qui sont ceux de tous les amoureux du Louvre et de la
culture française.
Nous célébrons aujourd’hui l’amour de l’art et l’amitié
franco-américaine. Une amitié solide, profonde, forgée par l’histoire et la
culture, une amitié dont je salue aujourd’hui les représentants éminents
et passionnés que vous êtes. La fidélité, l’enthousiasme, le raffinement
avec lequel vous soutenez cette institution symbolique du prestige, de
l’histoire et des arts français, la générosité et la ferveur avec lesquelles
vous contribuez à leur rayonnement, de part et d’autre de l’Atlantique,
font de vous des ambassadeurs exceptionnels de la France aux Etats-
Unis, et je tiens, aujourd’hui, à vous témoigner toute la reconnaissance
de la République pour vos actions remarquables.
Vous jetez des ponts entre les deux rives de l’Océan, les ponts les plus
solides, puisqu’ils sont faits d’admiration et de respect mutuels. Ces
ponts, les visiteurs venus d’Amérique et du monde entier les
empruntent aujourd’hui après vous, plus aisément que jamais, puisque
grâce à vous, le musée du Louvre les accueille aujourd’hui avec le plus
grand confort, grâce notamment aux panneaux trilingues, réalisés avec
le soutien de la Fondation American Express. Je tiens aussi à citer en
exemple la traduction en anglais de la base Atlas sur le site Internet du
musée, et à l’installation d’un nouveau parc de micros et d’écouteurs
pour les visites conférences.
Votre générosité ne se limite pas à l’accueil des visiteurs et à la
logistique, pourtant essentiels. Vous avez également soutenu
l’exposition Girodet, qui voyage aujourd’hui aux Etats-Unis, avant de
s’offrir aux regards des Québécois, à Montréal, mais aussi l’installation
contemporaine de l’artiste Tunga sous la pyramide, symbole de ce
carrefour des civilisations, de ce lieu unique de rencontre entre les
siècles, les mondes, les langages, les civilisations, qu’est devenu
aujourd’hui, grâce à votre soutien, le musée du Louvre.
Je suis heureux de saluer devant vous l’action et l’engagement
exemplaires de Henri Loyrette, qui a su, avec toutes ses équipes,
relever le défi du nouveau contrat de performances passé avec le
Ministère de la Culture et de la Communication, pour en faire le point de
départ d’une politique ambitieuse et audacieuse de développement,
fondée sur une ouverture remarquable à l’autre, sur des collaborations,
sur des échanges et des amitiés solides, dont vous êtes les passeurs
enthousiastes.
Grâce à vous, grâce au soutien de la Florence Gould Foundation, et de
Ixis Capital Makets, le Louvre Leonardo School Exchange Program a
permis à une trentaine d’étudiants de la Frank Sinatra School of the
Arts, du Queens, de découvrir, à Paris, l’oeuvre de Léonard de Vinci.
L’année suivante, ce sont les étudiants du lycée Buffon, qui ont fait le
voyage dans l’autre sens, pour découvrir New York.
Oui, vous êtes des passeurs admirables, et je partage votre conviction
que l’art et la culture sont probablement les langues les plus propices au
dialogue entre les peuples.
La grande voix de Susan Graham, que nous avons l’honneur de
compter parmi nous aujourd’hui, et qui fait naître les émotions les plus
pures, aux quatre coins du monde, en est une preuve éclatante.
Chère Susan Graham,
Je suis particulièrement heureux et fier de rendre hommage aujourd’hui
à une interprète mondialement connue et reconnue, qui sert les plus
grandes partitions de la musique lyrique, avec une prédilection – qui me
réjouit énormément – pour le répertoire français.
Vous naissez au Nouveau-Mexique, dans la ville de Roswell, habituée,
dit-on, aux manifestations extraordinaires, mais c’est à la School of
Music de Manhattan que vous apprenez l’art du chant et perfectionnez
cette beauté du timbre, cette admirable maîtrise de la demi-teinte, et
cette diction parfaite, qui font de vous, aujourd’hui, l’une des plus
grandes artistes lyriques.
L’une des plus téméraires, également, et assurément l’une des plus
libres, capable de chanter le duo amoureux d’Idamante et d’Ilia sur un
cheval à bascule, dans Idoménée de Mozart, à l’Opéra de Paris que
vous honorez en ce moment en y incarnant une bouleversante
Iphigénie, dans l’oeuvre éponyme de Gluck.
Espiègle et comédienne, vous avez une prédilection pour les rôles
travestis, de Chérubin dans Les Noces de Figaro à Octavian dans Le
Chevalier à la Rose. Enflammée et envoûtante, vous préférez les
tableaux passionnés aux précisions de détail, l’expression à la fidélité
scolaire. C’est sans doute ce qui donne à vos interprétations ce souffle
magistral, en particulier dans les rôles complexes. La profondeur du
personnage de Sextus, dans la Clémence de Titus, de Mozart, emporté
par amour dans les affres de la trahison, vous a inspiré un jeu déchirant,
qui a bouleversé le public parisien. Vous avez également incarné deux
fois la légendaire Didon, dans Didon et Enée, de Purcell, et Les
Troyens, de Berlioz, livrant tour à tour une interprétation mélancolique et
tourmentée, puis rugissante et extravertie.
Vous avez servi aussi bien Gluck, Mozart, Haendel, Strauss, que Jake
Heggie, dans Dead Man Walking, en 2000 à San Francisco. Mais vous
ne cessez de revenir au répertoire français. Ainsi avez-vous enregistré,
dans votre dernier disque, des airs du Poème de l’amour et de la mer,
de Chausson, de Shéhérazade de Ravel, et de Cinq Poèmes de Baudelaire de Debussy. La France vous rend ce superbe amour que
vous lui vouez, puisque les ventes de vos enregistrements en France
vous placent au premier rang des artistes lyriques dans notre pays.
J’ai tenu devant vous tous à rendre hommage à une artiste
exceptionnelle, à une interprète libre et passionnée, mais aussi à une
ambassadrice éminente de la France à l’étranger. Car vous avez mis
votre immense talent au service d’une institution symbolique de l’identité
de la France, le musée du Louvre, en y donnant des concerts
prestigieux, auxquels ont été conviés les grands donateurs du musée.
Grâce à vous, le fameux ténor Paul Groves a également offert un récital
au Louvre aux principaux mécènes de l’établissement.
Votre voix donne une portée fabuleuse aux actions des American
Friends of the Louvre, auxquels vous offrez un soutien sans faille et le
prestige de votre nom. Je vous témoigne aujourd’hui toute la gratitude
de la France pour la contribution majeure que vous apportez au
rayonnement de ses arts.
Susan Graham, au nom de la République, nous vous remettons les
insignes de Commandeur dans l’ordre des Arts et des Lettres.
