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Remise des insignes de Commandeur de l’ordre des arts et lettres à Georges Buisson

Cher Georges Buisson,

Je suis très heureux de vous distinguer ce soir rue de Valois, puisque
c’est l’union réussie entre le spectacle vivant et le patrimoine que nous
célébrons ici grâce à vous. Une union faite d’un dévouement exemplaire
à la culture et aux arts, dans toute leur richesse et leur diversité, une
union faite d’enthousiasme, de détermination, et d’une grande volonté
d’ouverture et de partage, qui vous honorent.

Dès la fin de vos études secondaires, vous choisissez, en plein essor
des maisons de la culture, de vous former aux métiers de la médiation
culturelle, puis au métier de la direction de structure culturelle, par le
biais de l’Association Technique pour l’Action Culturelle.

Cette formation vous conduit à co-diriger, puis à diriger, pendant près de
trente années, des structures consacrées au spectacle vivant. Vous
débutez votre carrière au Centre culturel municipal de Bobigny, de 1973
à 1977, en tant que co-directeur, avant de devenir co-directeur du
Centre éducatif et culturel de Yerres, dans l’Essonne, jusqu’en 1981.

Vous rejoignez ensuite, pendant cinq ans, le Théâtre de l’Est parisien,
où vous exercez les fonctions d’adjoint de direction.

Tout au long de ce brillant parcours, vous faites preuve de
l’enthousiasme, de la curiosité et de l’ingéniosité d’un véritable homme
orchestre : outre vos tâches d’administration et de gestion, vous
endossez l’habit de metteur en scène et vous concevez de très
nombreux projets d’émissions vidéo autour des spectacles créés ou
produits par les structures que vous dirigez. Vous mettez l’action
éducative au coeur de votre politique de développement, avec une
volonté d’agir au plus près des habitants de votre territoire : à Bobigny,
vous réalisez des émissions vidéo sur les jeunes de banlieue, les
retraités de la ville, des Histoires des voisins d’ascenseur ; au Théâtre
de l’Est parisien, vous portez des projets tels que Histoires de quartiers,
Histoires de famille, vous réalisez une émission sur la vie d’un jeune
rocker du 20e arrondissement, Gino.

Convaincu qu’on ne doit jamais abaisser la culture pour la rendre
accessible à tous, vous réussissez à concilier l’exigence des projets et la
proximité avec les habitants, en créant une nouvelle forme de lien
artistique. Lorsque le ministère de la Culture vous propose en 1986 de
prendre la tête, avec Alain Grasset, de La Coupole, scène nationale de
Sénart, ville nouvelle, vous y voyez un nouveau territoire à explorer et de
nouveaux publics à toucher.

Vous relevez le défi avec succès, en imposant une programmation de
haut niveau, et en multipliant les contacts directs avec les habitants : vous
créez des liens avec les écoles, les associations, les comités d’entreprise.

Votre ambition – un comble ! – est, en quelque sorte, de « dédramatiser »
le théâtre, de le faire entrer dans les maisons, dans les appartements,
dans les vies de ceux qu’il peut impressionner, parce qu’on le croit
souvent réservé à une élite, à un petit cercle d’initiés. Avec Alain Grasset,
vous réalisez des entretiens avec les habitants, puis vous vous en inspirez
pour écrire une pièce que vous faites jouer à domicile. Vous en profitez
pour échanger avec les habitants sur le théâtre et sur vos ambitions pour
La Coupole.

Il ne s’agit pas pour vous de toucher une hypothétique « masse » – dont
on se fait souvent une fausse idée, aimez-vous à rappeler en soulignant
que les spectateurs, comme les acteurs de théâtre sont bien plus
nombreux, en France, que les spectateurs et les joueurs de football –
mais plutôt d’amener chacun de vos spectateurs, chaque individu, à
découvrir et à aimer l’art dramatique.

Votre direction marque une étape dans la constitution, aux lisières de la
région parisienne, d’une identité culturelle propre, ciment d’une véritable
identité de la ville nouvelle. Vous prouvez vos talents de passeur
exceptionnel, exigeant, à l’engagement exemplaire. Vous jetez des ponts
et créez des liens forts entre les hommes, des liens faits de culture, de
mots et d’émotions.

Mais, je le disais tout à l’heure, vous êtes un homme engagé en faveur du
théâtre comme du patrimoine. Vous choisissez en effet en 2001 de
rejoindre le Centre des monuments nationaux pour occuper les fonctions
d’administrateur du Palais Jacques Coeur, des tours et de la crypte de la
cathédrale de Bourges, et du Domaine de George Sand à Nohant. Vous
convainquez rapidement vos partenaires et vos équipes de la nécessité
d’ouvrir les monuments à d’autres formes d’art, en préservant leur histoire.

Sous votre impulsion, le Palais Jacques Coeur connaît de nouvelles mises
en valeur, et notamment la mise en lumière de la salle des Festins.

Je souhaite souligner la qualité et l’originalité du projet que vous
conduisez à Nohant pour le Domaine de George Sand qui aussi, de son
temps, abrite un théâtre. Pour servir la mémoire, la vie et l’oeuvre de « la
Dame de Nohant », vous imaginez, au delà d’une simple évocation de la
vie de l’écrivain dans ses murs, une mise en perspective de l’actualité du
message de George Sand. Projections cinématographiques, concerts,
valorisation du jardin, sont au coeur de votre projet et aujourd’hui au coeur
du monument. Vous faites revivre les salons de lecture dans le Domaine
et lancez le prix George Sand du carnet de voyages réels ou imaginaires,
afin de prolonger l’oeuvre de la romancière, en sollicitant des jeunes
talents. Vous avez été en 2004 la cheville ouvrière des célébrations
commémorant le bicentenaire de sa naissance, auxquelles j’eus le plaisir
et l’honneur de participer, aux côtés du Président de la République.

Faire vivre le patrimoine, pour en favoriser la connaissance et en
développer la fréquentation, c’est l’ouvrir aux autres sources de culture,
en respectant son histoire, ses symboles, sa mémoire. C’est précisément
ce que vous réussissez à Nohant et à Bourges, parce que vous êtes un
homme de culture, un homme de toutes les cultures, désireux de les
partager avec le plus grand nombre, soucieux d’en préserver les beautés
et les richesses.

Cher Georges Buisson, au nom de la République, nous vous faisons
Commandeur des Arts et des Lettres.

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