Séminaire de l’encadrement supérieur
Mesdames, Messieurs,
Après le séminaire du 4 mars 2005, j’ai souhaité vous rencontrer à
nouveau aujourd’hui, pour faire le point de notre action et pour ouvrir des
perspectives à court et moyen terme. L’actualité nous montre combien
l’action, l’ambition et les valeurs incarnées par ce ministère sont au coeur
des débats de notre société et des réponses que le politique et
l’ensemble des acteurs culturels et des acteurs publics peuvent apporter,
face aux violences du monde et de notre société, face au
désenchantement, voire à « l’ensauvagement du monde ».
L’année
2005 a été celle de la diversité culturelle, avec l’adoption le 20 octobre
dernier de la convention de l’UNESCO. Cette diversité est devenue un
nouvel élément du droit international, et surtout une vraie valeur, et un
guide pour l’action, non seulement dans l’odre international, mais aussi
dans l’ordre interne, dans celui de la cohésion sociale, de l’action que
nous menons pour ouvrir notre patrimoine à de nouveaux publics, pour
encourager la création contemporaine, pour mettre en oeuvre les crédits
d’impôts et les mesures de soutien pour le cinéma, l’audiovisuel, mais
aussi les jeux vidéos, le disque, les créateurs, pour défendre les droits
des auteurs, et des artistes, pour encourager, dans les nombreux
domaines de compétence du ministère, la créativité, le dynamisme, les
capacités d’innovation et d’invention de notre pays.
Ce sont des chantiers exaltants, même s’ils sont difficiles à mener à
bien, parce qu’ils sont au coeur des transformations du monde de notre
société, au coeur des défis que doit relever l’Etat, et notre administration
en particulier, pour réinventer, pour reformuler, pour proposer de
nouvelles régulations dans trois domaines.
1) Les régulations territoriales.
L’Etat régalien n’est plus seul à décider, à proposer, à financer, à agir.
Dans les domaines de la culture en particulier, l’action publique est
partagée avec les collectivités territoriales, et c’est heureux puisque cela
donne à l’Etat de nouvelles responsabilités, mais aussi de nouvelles
exigences, d’impulsion, d’animation, de coordination. L’unanimité qui
s’est faite avant-hier soir au Sénat sur la proposition de loi relative aux
EPCC illustre ce nouvel état d’esprit. C’est dire l’importance du rôle des
DRAC sur le terrain, c’est pourquoi j’ai tenu à ce qu’un DRAC
intervienne ce matin.
2) Les régulations économiques.
Les oeuvres de l’esprit, les biens culturels ne sont pas, ne peuvent pas
être des marchandises comme les autres. Marquer ce principe
désormais universel doit nous conduire à prendre conscience de l’impact
économique des industries de la culture et de la communication, que
nous avons la charge de soutenir, d’encourager, de stimuler, de réguler,
précisément parce que nous ne pouvons les laisser aux seules forces du
marché, dans la mondialisation actuelle.
3) Les régulations sociales.
Les défis économiques, technologiques, industriels que nous devons
relever sont toujours également des défis sociaux. Le dialogue social est
un principe d’action permanent qui doit imprégner les missions de
régulation de ce ministère, dans chacun des secteurs dont il a la charge.
L’Etat doit et peut agir dans ce domaine en ayant conscience et
connaissance de l’action des partenaires sociaux. La responsabilité
sociale est une responsabilité éminente de l’Etat. Le rendez-vous du 7
avril en fournira une nouvelle illustration et sera l’aboutissement de 2 ans
de dialogues, d’efforts, de résultats dans le domaine de la politique de
l’emploi, de l’activité.
Emploi, activité, attractivité : ce sont à mes yeux des notions clés de la
politique culturelle.
C’est dans cet esprit que j’ai souhaité vous réunir aujourd’hui. C’est
pourquoi je veux, au-delà de l’horizon de votre action quotidienne, vous
inciter à vous projeter vers l’avenir, vers une véritable réflexion
prospective.
J’ai personnellement le sentiment, depuis que je suis au contact des
acteurs de ce ministère sur le terrain, mais aussi des artistes, du public,
des partenaires, que certains d’entre eux sont parfois à la recherche d’une
nouvelle voie, d’un nouveau souffle, sans l’avoir encore toujours trouvé.
Un journal du soir m’a récemment baptisé du titre de Ministre « des
transitions culturelles ». Cette analyse n’est pas la mienne, mais je la
reprends volontiers à mon compte, parce qu’elle me paraît probablement
plus juste que la recherche éperdue d’un nouveau souffle, toujours
recherché, jamais atteint.
Tout d’abord, nous n’avons peut-être pas toujours suffisamment choisi, ou
affiché ou communiqué, la réalité de l’action du ministère de la culture et
de la communication aujourd’hui : est-ce le ministère de la
démocratisation culturelle ? Est-ce le ministère des artistes ou celui des
industries culturelles, comme j’ai pu le lire dans la presse ? Est-ce celui de
l’identité culturelle et de la cohésion sociale ?
Il me semble que le ministère est certainement tout cela à la fois. C’est
pourquoi je n’ai négligé aucune de ces priorités dans l’action que nous
avons menée depuis deux ans.
Il n’en demeure pas moins que certains défis très actuels méritent toute
notre attention. Il y a évidemment celui de la contrainte budgétaire, de la
recherche de nouvelles marges de manoeuvres, souvent contradictoires
avec l’extension régulière de notre champ de compétences. Et je pense là
plus à la contrainte en termes d’emplois qu’à toute autre.
Le ministère sera-t-il demain en capacité de répondre à ces défis ? Le
peut-il ? Et comment faut-il y arriver ? Telles sont les questions auxquelles
nous devons collectivement apporter des réponses. Au coeur de ces
interrogations, se pose la question du rôle de l’Etat en matière culturelle :
doit-il faire en gestion directe ou par le biais de ses établissements publics
et jusqu’où ? Doit-il faire faire et se concentrer sur son rôle de régulateur ?
Quelle régulation pour quel secteur (industries culturelles) ? Doit-il
proposer une nouvelle phase de décentralisation au profit des collectivités
locales, et dans ce cas quel rôle pour ses services déconcentrés ? Dans quels domaines ? Quelles conséquences la gestion par programme a-telle
sur nos contenus, sur notre organisation et sur nos modes
d’intervention, face à la contrainte budgétaire ?
Oui, il me semble nécessaire aujourd’hui de nous poser collectivement
toutes ces questions. Et j’ai besoin de vous, de votre expérience, de votre
intelligence, de votre compétence, pour avancer dans ma réflexion.
C’est dans cet état d’esprit que j’ai souhaité que certaines problématiques
soient proposées à votre réflexion sur les thèmes suivants :
o Quelle politique du patrimoine à l’horizon 2010 ? (Michel Clément)
o Quel projet pour le Livre à l’horizon 2010 ? (Benoît Yvert)
o Quelle réorganisation de la DMDTS pour une politique du Théâtre, de
la Danse et du Spectacle vivant à l’horizon 2010 ? (Jérôme Bouët ou son
représentant)
o Quelles perspectives d’évolution des relations entre une
administration centrale et ses établissements publics à l’horizon 2010 : le
cas de la DMF ? (Francine Mariani-Ducray)
Je souhaite également, je l’ai dit, que le point de vue d’un DRAC vienne
éclairer nos débats, ce que fera Jean-Claude Van Dam, DRAC Poitou-
Charentes, autour du thème :
o Quelles évolutions des relations entre l’Etat et les collectivités locales
à l’horizon 2010 ? Quelles conséquences sur l’organisation du ministère
en région et en administration centrale ?
Un temps vous sera laissé pour poser vos questions ou apporter votre
réflexion à ces problématiques.
Enfin, pour que cette matinée ne soit pas un feu de paille, je souhaite que
le chantier que nous ouvrons aujourd’hui se poursuive au cours du
deuxième trimestre, dans le cadre de groupes de travail composés de
l’encadrement ici présent, élargis pour l’occasion aux responsables
d’établissements publics et aux directeurs et directeurs adjoints de DRAC
autour des thèmes suivants :
ô€‚¾ 1. Quelle répartition des rôles entre l’Etat et les collectivités
territoriales dans le domaine culturel ?
ô€‚¾ 2. Quelle évolution dans la gouvernance des établissements publics
et quelle rénovation corrélative de la tutelle ?
ô€‚¾ 3. Quelles évolutions du rôle du manager dans l’accompagnement
des réformes et quelles conséquences en matière de gestion des
ressources humaines ?
Ces travaux déboucheront sur une contribution écrite livrable à la fin du
mois de juillet 2006. Un séminaire de restitution d’une journée, portant sur
les trois thèmes suivants, sera organisé en septembre 2006 :
ô€‚¾ Patrimoines et création : quelle articulation demain ?
ô€‚¾ Quelle répartition des rôles entre l’Etat et les collectivités
territoriales ?
ô€‚¾ Expertise et évaluation : quel rôle pour l’Etat ? quelles compétences
pour ses personnels ? quelles missions pour ses managers ?
N’hésitez pas à participer à ces groupes de travail !
J’ai personnellement tenu à vous associer à cette vaste réflexion sur sur
le périmètre et les missions de notre ministère à l’horizon 2010, avant de
tracer notre feuille de route pour la période 2006 – 2007.
Les grandes orientations de notre action pour 2006 – 2007
Notre action s’inscrira dans la continuité des travaux menés en 2005, tout
en tenant compte des acquis de ce que nous avons accompli ensemble.
Ainsi, la diversité culturelle reste une priorité essentielle, et les résultats
obtenus à l’UNESCO ont constitué une étape importante de l’année
dernière.
C’est sur ce socle que nous devons bâtir notre action, pour anticiper dès
aujourd’hui les défis de demain.
Les trois grandes orientations que je vous demande de soutenir par
votre action sont les suivantes :
ô€‚¾ 1/ Mettre la culture au service des citoyens. Il s’agit ici d’approfondir
ce que j’avais appelé l’année dernière « le rapprochement entre l’oeuvre et
le public ». Plusieurs actions prennent naturellement leur place au service
de cet objectif essentiel :
o La formation des citoyens grâce à l’éducation artistique et culturelle.
Telle est la vocation du plan de relance de l’éducation artistique, qui
privilégie notamment la formation des jeunes d’âge scolaire ;
o L’accès à la culture à travers l’aménagement culturel du territoire et la
diffusion des oeuvres. Il reste encore des inégalités d’accès à la culture,
qu’il s’agisse de l’accès aux bibliothèques de proximité ou aux
équipements du secteur du spectacle vivant ;
o La politique des publics dont le dynamisme doit être au service de
l’élargissement et du renouvellement de la fréquentation des institutions
culturelles. Bien entendu, cette action s’appuiera sur le développement de
l’observation mais également sur celui de la médiation culturelle. Enfin,
l’action en faveur des publics spécifiques (personnes handicapées, autres
publics empêchés) sera poursuivie ;
o L’accès à la culture à travers les nouvelles technologies de
l’information et de la communication. Je ne citerai pas l’ensemble des
actions du ministère dans ce domaine, mais je soulignerai les plus
emblématiques, à savoir d’une part le projet de bibliothèque numérique
européenne, d’autre part le développement de la télévision numérique
terrestre. Le projet de loi relatif au droit d’auteur et aux droits voisins dans
la société de l’information, que je défendrai début mai au Sénat, s’inscrit
aussi, bien évidemment, dans cette perspective.
ô€‚¾ 2/ Confirmer la culture comme premier facteur d’attractivité de notre
territoire. Pour cela, plusieurs actions doivent être poursuivies :
o La richesse du patrimoine de la France comme la vitalité de ses
réalisations architecturales, paysagères et urbaines conduisent le
ministère à poursuivre la modernisation des politiques publiques en
matière de monuments historiques et d’espaces protégés. Je ne citerai ici
que la réforme des conditions d’exercice de la maîtrise d’ouvrage et de la
maîtrise d’oeuvre des travaux sur les monuments. J’attends d’ailleurs dans
les prochaines semaines les résultats de l’audit de modernisation mené
en commun avec la Réforme de l’Etat en matière de maîtrise d’oeuvre ;
o La vitalité artistique d’un pays traduit sa force et son audace et
renforce par conséquent son attractivité. C’est tout l’enjeu de la politique
de soutien à la création et à la diffusion. Notre soutien portera
prioritairement sur la création indépendante, sans négliger pour autant la
diversité de la diffusion et le soutien aux réseaux indépendants, comme
celui des libraires ou des PME du secteur du disque, pour ne citer que
quelques exemples.
o Enfin, je compte m’appuyer largement sur notre formidable réseau
d’établissements publics, parmi lesquels figurent des institutions
emblématiques, dont la renommée contribue à valoriser notre territoire :
sans les citer tous, je mettrai à profit la négociation des nouveaux
« contrats de performance » pour orienter dans ce sens l’action des
grands musées comme le Louvre, Orsay, Versailles ou Pompidou, ou
d’autres institutions reconnues internationalement comme les Galeries
nationales du Grand Palais, l’Opéra national de Paris ou la Bibliothèque
nationale de France. Bien entendu, au-delà du réseau des établissements
publics en gestion directe, je souhaite m’appuyer sur de grands rendez-vous,
comme le festival d’Avignon ou celui d’Aix-en-Provence, ou le
festival de Cannes, pour ne citer, là encore, que quelques manifestations
phares.
o Le soutien au marché de l’art dans le domaine des arts plastiques
suppose la poursuite de nos efforts budgétaires en faveur d’une politique
des acquisitions souvent malmenée en cours de gestion. Néanmoins, elle
constitue également l’un des vecteurs de l’attractivité de notre territoire
qu’il ne faut plus négliger. Dans un registre proche, le soutien aux
industries culturelles dans cette période de fortes mutations
technologiques reste indispensable.
ô€‚¾ 3/ Poursuivre le soutien à l’emploi artistique et culturel. Je ne
développerai pas ce point dont vous connaissez tous le contenu, mais je
rappellerai brièvement les quelques actions clés :
o professionnaliser l’entrée dans les métiers du spectacle ;
o conforter l’emploi dans des formes plus stables, notamment dans les
structures subventionnées ;
o accompagner les parcours professionnels des artistes ;
o adapter l’environnement juridique, social et fiscal à l’exercice des
métiers artistiques et culturels ;
o n’oublions pas que le spectacle vivant n’est pas le seul créateur
d’emploi. La politique en faveur des patrimoines a également de réels
effets sur l’emploi, puisque 60 % à 85 % des crédits accordés aux travaux
réalisés pour la restauration des monuments historiques vont à l’emploi.
Le soutien à l’emploi artistique et culturel ne serait pas complet sans une
politique en faveur de l’insertion et de la formation, visant à une meilleure
adéquation entre la formation et l’emploi. A titre d’exemple, la priorité des
écoles d’architecture pour les deux années à venir portera sur la réussite
de la mise en oeuvre de la réforme LMD qui est entrée en vigueur à la
rentrée.
Si ces politiques vous sont bien connues, puisque vous les avez
préparées et vous êtes chargés de les appliquer, nous savons tous que
c’est par une action de long terme qu’elles porteront leurs fruits. C’est
pourquoi, vous qui constituez l’encadrement de ce ministère et avez aussi
de ce fait la responsabilité de donner l’impulsion, je vous remercie de
votre soutien dans la mise en oeuvre de ces politiques et vous engage à me faire toutes propositions concrètes dans ce sens non seulement pour
2006, mais également dans le cadre de la préparation du budget 2007.
Je vous remercie.
