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Remise des insignes de Chevalier de l’Ordre de la Légion d’Honneur à Dominique Dunant

Cher Dominique Dunant,

Je suis très heureux de vous accueillir ce soir rue de Valois pour honorer
en vous un grand ami de la France, un homme d’une générosité et d’une
fidélité sans bornes, sans lequel de très nombreux projets culturels,
caritatifs et philanthropiques exemplaires n’auraient pu voir le jour.

L’hommage que je vous rends aujourd’hui, au nom du Président de la
République qui a décidé personnellement de vous nommer Chevalier de
la Légion d’honneur, est le symbole de la reconnaissance et de la
gratitude profondes que vous témoigne la France pour tout ce que vous
avez fait pour elle.

Vous naissez à Seven Oaks, en Grande-Bretagne. Citoyen de la
Confédération helvétique, après des études en sciences économiques à
l’Université de Genève, vous entrez en 1964 chez les banquiers privés
Lombard, Odier & Cie, toujours à Genève.

Genève, si proche de la France, et qui noue avec elle de multiples liens,
tout comme votre famille, puisque votre mère est issue d’une famille très
liée à l’Alsace, qui a essaimé notamment Outre-Atlantique, et votre
femme est française également. Genève, ville internationale, universelle,
ville libre, cité des Lumières qui a su réunir, entre autres, Rousseau et
Voltaire, qui partageaient leur temps entre la Suisse et la France, ville
qui héberge de nombreuses organisations internationales, de
nombreuses Organisations Non Gouvernementales, universités et
institutions académiques, fondations et associations. Genève, « ce grain
de musc qui parfume l’univers », comme l’a écrit Voltaire. Patrie qui a vu
naître, grâce à votre illustre parent, Henry Dunant, en 1864, la Croix-
Rouge, organisation internationale et indépendante, fondée sur
l’universelle humanité, qui vient au secours de l’universelle souffrance
humaine, et soigne toutes les victimes, quel que soit leur drapeau, et
même si elles n’ont pas de drapeau.

Cette vision profondément
humaniste vous a imprégné tout au long de votre vie, pour faire de vous
cet honnête homme que nous honorons aujourd’hui, et vous pousse à
exercer votre générosité hors des frontières.

Des frontières que vous avez traversées dès 1967 pour rejoindre les
cabinets de Montréal, San Francisco, Los Angeles et enfin New York,
toujours chez Messieurs Lombard, Odier &Cie.

Vous rentrez à Genève l’année suivante pour devenir gérant de fortunes,
puis directeur de la banque privée qui vous emploie. Des fonctions qui
exigent autant de dévouement que de discrétion et d’efficacité.

A l’âge où vos confrères prennent leur retraite, vous créez et vous
devenez Président Directeur Général de CARIGEST SA à Genève, une
société de conseils auprès de fondations pour leurs activités caritatives et
philanthropiques.

A l’occasion de vos pérégrinations américaines, vous aviez suivi les
comptes d’une certaine Baronne, dite « Conny », ainsi que de sa soeur
Blanche, dite « Maeva ». L’une des soeurs quitta ce monde et la seconde
fit appel à votre loyauté, à votre expertise et votre professionnalisme, pour
créer et assurer la pérennité d’une nouvelle structure philanthropique : la
Fondation Conny-Maeva naît de ce magnifique projet, et en 2003, vous
passez définitivement du métier banquier à l’engagement de philanthrope,
pour en assurer la présidence.

Depuis trois ans maintenant, vous faites preuve, à travers cette Fondation,
d’une générosité extraordinaire envers la France, une générosité que
vous exercez dans tous les domaines qui ont besoin autant de coeur que
d’énergie et de moyens. La recherche, la médecine et les soins, tout
d’abord, en soutenant notamment la Fondation Claude Pompidou, qui
vient en aide aux personnes âgées, aux malades hospitalisés ainsi qu’aux
enfants handicapés. Je tiens à saluer Madame Claude Pompidou, qui
nous fait l’honneur d’être parmi nous ce soir, et à lui témoigner toute mon
estime pour le travail remarquable qu’elle accomplit au sein de cette
Fondation, dont les nouveaux projets, si nécessaires, nous donnent à tous
de grands espoirs, je pense en particulier au vieillissement et à la maladie
d’Alzheimer. Je salue à travers vous également les personnalités qui
s’engagent au quotidien, à travers des Fondations ou non, qui offrent leur
temps, leur attention, qui ouvrent leur coeur aux autres, et à ceux qui
souffrent. Je sais que nombre d’entre elles sont présentes ce soir dans
cette belle assemblée.

Je sais aussi que la Fondation Conny-Maeva est pour nombre d’entre
elles un appui essentiel, notamment pour l’Institut Pasteur, dans ses
actions de recherche, d’enseignement et de santé publique pour la
prévention et le traitement des maladies. L’Institut Cochin, dédié à la
recherche sur les pathologies humaines, ainsi que l’Institut Biopark, et le
service d’Hémato-immunologie de l’Hôpital Robert Debré, bénéficient
également de votre soutien.

Vous soutenez de façon exemplaire la recherche et l’action dans les
domaines du handicap, de la mobilité, de l’encadrement et de la
réinsertion, à travers l’association Voir ensemble, qui apporte une aide et
des informations aux malvoyants et aux non voyants, mais également à
travers le Secours catholique, qui mène des actions de proximité pour
lutter contre la pauvreté et les problèmes qu’elle entraîne, à travers enfin
l’engagement de Dominique Lapierre, illustre écrivain, auteur de La Cité
de la joie, qui se bat contre la misère en Inde, et dont la magnifique
devise, qui est certainement aussi la vôtre, cher Dominique Dunant, est
« Tout ce qui n’est pas donné est perdu. »

Permettez-moi, en tant que ministre de la culture et de la communication,
de vous témoigner toute la reconnaissance de la France pour vos actions
en faveur de la culture et du patrimoine. En soutenant l’illustre Fondation
Nadia et Lili Boulanger, vous contribuez à veiller sur la mémoire de ces deux grandes musiciennes françaises du XXe siècle et à encourager les
nouvelles générations de musiciens, par l’attribution de bourses d’études.

Vous participez aussi à la diffusion des pratiques artistiques, en appuyant
l’Ecole de Musique de Loudun, et vous contribuez au rayonnement de la
musique de chambre, en aidant le Festival Pablo Casals, à Prades.

Vous êtes également très attaché à la préservation et à la valorisation du
patrimoine exceptionnel de notre pays, en particulier celui, à la fois naturel
et architectural, du Domaine du Rayol, mais aussi le patrimoine religieux :
à Paris, dans le premier arrondissement, vous avez soutenu la réfection
de la chapelle du Calvaire de la magnifique Eglise Saint-Roch, toute
proche, l’une des plus vastes de la capitale, dont Louis XIV posa la
première pierre en 1653, aujourd’hui particulièrement consacrée aux
artistes, et je suis très heureux de saluer la présence du Père de Lespine.

Vous avez également participé à la restauration des chapelles du Chemin
du Calvaire à Megève.

Que dire devant de telles preuves de votre grand coeur, et de votre
dévouement total pour l’intérêt général ? Vous êtes l’homme de tous les
combats, avec un maître-mot : l’humain, dans toutes ses dimensions,
physiques, psychiques, l’homme en tant qu’il est un être biologique, en
tant qu’il est un être de raison, d’arts et de science, l’homme, ses
splendeurs et ses misères, mais toujours sa dignité universelle et
essentielle.

Cette vision humaniste, que nous partageons, jette des ponts entre les
pays et les peuples. Oui, vous êtes un honnête homme, au sens où
l’entendait Montaigne, au sens de cet « homme mêlé », qui retrouve en
son prochain non pas son étranger mais son semblable.

Cher Dominique Dunant, au nom du Président de la République, et en
vertu des pouvoirs qui nous sont conférés, nous vous remettons les
insignes de Chevalier de la Légion d’honneur.

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