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Remise des insignes de Chevalier dans l’ordre des Arts et des Lettres à Penélope Cruz

Chère Pénélope Cruz,

Bienvenue à Paris ! Et bonne année ! Une année qui commence bien !

C’est un grand plaisir pour moi de vous recevoir au ministère de la
culture et de la communication. La foule rassemblée ici est à l’image de
l’accueil de la France et des Français qui aiment le cinéma, qui vous
aiment et vous le prouvent tous les jours en plébiscitant vos films.

L’hommage que je vous rends aujourd’hui est d’abord celui de cet
amour partagé du cinéma, de cet art qui est l’expression par excellence
de la diversité culturelle. La distinction que je vais vous remettre est
aussi celle de l’admiration que vous suscitez, et de la séduction que
vous exercez. Vous êtes une actrice connue et reconnue dans le
monde entier comme l’incarnation de la beauté, du charme, mais aussi
de la force de l’identité, du caractère, des émotions et des passions que
vous imprimez à vos personnages. Vous leur insufflez cette liberté,
cette audace et cette fantaisie qui demeurent la marque indélébile de la
Movida.

Oui, en peu d’années, vous avez conquis les amoureux du cinéma que
nous sommes, en commençant par l’Espagne bien sûr, votre pays
natal, en France, votre pays ami, mais aussi en Italie et aux Etats-Unis,
vos autres terres d’adoption, qui ont tous en commun d’être de grands
pays de cinéma.

Nous sommes sensibles à votre fidélité à l’Espagne de vos racines et à
votre souci de continuer à tourner en Europe. Nous aurons la très
grande joie de vous voir bientôt dans Volver, le nouveau film de Pedro
Almodovar, le metteur en scène espagnol le plus populaire aujourd’hui
en France et dans le monde. Sa sortie dans nos salles au printemps est
un événement très attendu.

Très tôt fascinée par la danse et douée pour cet art du mouvement et
de l’exigence, c’est comme danseuse classique que vous avez d’abord
fait vos armes, au prestigieux Conservatoire national espagnol. Et c’est
grâce à votre maîtrise de cet art que vous avez pu crever l’écran. Le
petit écran, tout d’abord, puisque c’est la télévision qui la première eut
la chance de vous révéler. Très rapidement, votre talent, votre
sensualité et votre fougue vous ont propulsée vers le cinéma, où vous
sembliez décidée à essayer tous les masques.

Inclassable, insaisissable, vous cultivez depuis le début de votre carrière
l’art de changer de visage et de prendre des risques au fil de rôles très
variés et très différents : vous vous faites tour à tour tentatrice
appétissante, « jamona » comme on dit en Espagne, dans Jambon
Jambon de Bigas Luna, mystérieux objet de désir dans Ouvre les yeux
d’Alejandro Amenabar et son remake Vanilla Sky de Cameron Crowe,
incroyable et inoubliable nonne enceinte et séropositive dans Tout sur
ma mère de Pedro Almodovar – qui vous avait fait auparavant accoucher
dans un autobus dans En chair et en os ! – internée d’un hôpital
psychiatrique dans Gothika de Mathieu Kassovitz, et tout récemment
victime fragile et égarée dans A corps perdus de Sergio Castellito, pour
ne citer que quelques exemples des rôles qui m’ont particulièrement
marqué.

Western, thriller, comédie romantique hollywoodienne et drame
passionnel, vous passez les frontières entre les genres les plus divers
aussi aisément que vous traversez l’Atlantique, en refusant de laisser
enfermer vos talents dans un type, et vous semblez prendre un malin
plaisir à dérouter les spectateurs qui adhèrent sans retenue à chacun de
vos choix. Vous aimez et vous ne cessez d’apprendre les langues. Ainsi,
par exemple, vous parlez couramment en français dans Fanfan la Tulipe
de Gérard Krawczyk, produit par Luc Besson, dans le rôle d’Adeline
jadis incarné par Gina Lollobrigida, italien dans A corps perdus.

Si rien ne semble pouvoir vous arrêter, si vous relevez brillamment tous
les défis, c’est que vous faites une entière confiance à des réalisateurs
qui vous portent toujours plus loin : Alejandro Amenabar vous a portée
jusqu’à Hollywood, puisque c’est sans doute votre rôle dans Vanilla Sky,
qui vous a apporté une reconnaissance unanime comme une actrice
d’envergure internationale et l’une des stars latines les plus prisées dans
le monde. Hollywood a succombé à votre charme électrique et vous
avez été l’héroïne de réalisateurs aussi emblématiques que Stephen
Frears, Billy Bob Thornton et John Madden.

J’ai cité votre attachement à l’Espagne, je tiens à relever aussi votre
fidélité au cinéma français et européen : avant l’Adeline de Fanfan la
Tulipe, vous aviez incarné Mathurine dans le Don Juan de Jacques
Weber, coproduction franco-espagnole, en 1998. Et c’est à nouveau le
rayonnement du cinéma européen et français que vous honorez
aujourd’hui à travers votre rôle dans Bandidas de Joachim Roenning et
Espen Sandberg, deux jeunes réalisateurs norvégiens, dont le scénario
a été écrit par Luc Besson, également producteur du film, et dont je
salue les efforts remarquables pour offrir au cinéma français, et à ses
talents artistiques et techniques, un développement international
ambitieux. Le duo explosif que vous formez avec Salma Hayek ne
manquera pas, j’en suis convaincu, de réjouir, de séduire et d’envoûter à
nouveau le public français.

J’ajoute que vous êtes engagée au service de plusieurs causes
humanitaires, notamment celles défendues par le collectif Signature
international : vous lancerez tout à l’heure avec Maître Pierre Cornette
b de Saint-Cyr et Maître Georges Delettrez la vente aux enchères
caritative des photos de Philippe Quaisse et André Rau et des photos que vous avez prises, dans les plus grands festivals, vous, dont le
regard magnétique fascine tant les photographes.

Mon voeu le plus cher, en ce début d’année, est que nous puissions
continuer à vous voir, le plus souvent possible, tourner dans des films
français.

Vive le cinéma ! Vive la diversité culturelle !

Chère Pénélope Cruz, au nom de la République, nous vous faisons
chevalier dans l’ordre des arts et des lettres.

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