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Ecole nationale supérieure d’architecture et de paysage – Lille

Monsieur le Préfet,

Monsieur le Directeur, cher Bernard Welcomme,

Mesdames, Mesdemoiselles, Messieurs,

Je tiens tout d’abord à vous remercier de m’avoir invité à Villeneuve d’Ascq.

Cher Bernard Welcomme, lorsque je vous ai reçu, il y a deux semaines, dans
les salons du ministère, pour vous remettre les insignes de chevalier dans
l’ordre des Arts et des Lettres, vous aviez dédié cette distinction aux étudiants,
aux enseignants et aux équipes de l’Ecole nationale supérieure d'architecture
et de paysage de Lille. Je suis très heureux de vous rencontrer aujourd’hui,
pour débattre et dialoguer avec vous tous, d’autant que notre rencontre a lieu à
un moment clé.

D’abord, parce que votre école s’agrandit.

Et je ne pouvais imaginer meilleure entrée en matière, que de commencer par
une visite de chantier…et par une leçon d’architecture par l’exemple :
l’architecture de l’école d’architecture !

Chère Nasrine Seraji, je tiens à vous féliciter. L'extension que vous avez
conçue est attentive aux usages et aux flux des étudiants et des futurs
architectes. Votre bâtiment a en lui-même une vocation pédagogique.

Telle
était aussi l’ambition du bâtiment initial de l’école, conçu il y a trente ans, en
1975, lorsque démarra le chantier de ce qui s’appelait alors l’unité
pédagogique d’architecture de Lille, au sein de la ville nouvelle de « Lille-Est »,
qui était elle-même, à l’époque, en construction.

Et puisque cette nouvelle étape nous amène à jeter un regard vers l’histoire, je
suis heureux de célébrer avec vous le centenaire de l’enseignement de
l’architecture à Lille. Votre école partage ce siècle d’enseignement de
l’architecture, avec d’autres écoles, notamment Rouen et Rennes. Mais elle est
la seule dans le Nord de la France, et dans cette grande Euro-région qui
regarde par vocation au-delà de nos frontières.

En tant que ministre de la culture et de la communication, en charge de
l’architecture et des écoles d’architecture en particulier, je suis fier de votre
grande histoire, qui continue aujourd'hui.

Je note aussi avec intérêt que les réformes ne datent pas d’hier. Vous le
savez, l’enseignement de l’architecture fut longtemps réservé aux Beaux-Arts.

Et dès 1903, le rapport d’une commission de réflexion, retrouvé par le comité
d’histoire du ministère, souligne : « Les architectes des départements se
plaignent vivement et non sans raison que les travaux les plus délicats de
l’architecture, qu’il s’agisse de création ou de conservation, soient souvent
confiés à des mains inhabiles […]. En plaçant l’enseignement de l’architecture
à la portée des jeunes gens qui ne peuvent venir le chercher à Paris, on doit
espérer que cette situation anormale disparaîtra peu à peu, et telle est la
considération d’intérêt public qui fait à l’Etat un devoir de s’intéresser à la
création d’écoles régionales d’architecture ». C'était déjà il y a plus de cent
ans. Une belle exposition sur vos trente ans et sur les architectures d'écoles à
lieu ici. Aujourd'hui, c'est une nouvelle réforme qui entre en vigueur, une
nouvelle étape de votre histoire qui s'ouvre, une nouvelle page que nous
allons écrire ensemble.

Car nous vivons la première rentrée placée sous le signe de la réforme de
l'enseignement de l'architecture, dite « LMD ». Votre école a joué un rôle
pionnier dans cette réforme.

Dans votre établissement, qui bénéficie d'efforts budgétaires accordés pour
son extension, il me faut en effet insister, non seulement sur les objectifs
pédagogiques pour la formation des architectes, non seulement sur les
moyens nouveaux destinés à mettre en oeuvre la réforme, mais aussi sur la
volonté partagée qui conduit sans relâche à restaurer la dignité de ces vingt
établissements d'enseignement supérieur que sont les écoles nationales
supérieures d'architecture.

Désormais, vous le savez, les études que vous allez suivre sont organisées
en trois cycles : trois ans de licence, deux ans de master et trois ans
complémentaires pour ceux d'entres vous qui souhaitent soutenir un doctorat.

Sur l'année, votre enseignement est organisé sur deux semestres, de
septembre à janvier puis de février à juillet. Chaque semestre, au moins en
deuxième cycle, peut-être évalué de façon indépendante, ce qui vous donne
évidemment une très grande souplesse, notamment dans le cadre d'échange
Erasmus ou de vos stages, ou d'expériences professionnelles. Votre école a
aussi introduit une plus grande mobilité des enseignants, qui sont amenés à
enseigner dans des cycles différents selon les semestres. C'est un
enrichissement pour vous tous. La mobilité, la collégialité et la transversalité
en seront améliorées.

Car vos études sont passionnantes mais aussi exigeantes et difficiles, tout
comme les métiers auxquels elles préparent. Leurs particularités uniques font
l'étonnante diversité des disciplines que vous allez aborder tout au long de
votre parcours, des sciences humaines aux domaines techniques et
scientifiques, déclinés dans une très large variété d'exercices. Rares sont les
formations qui conjuguent un appétit culturel de haut niveau, une culture
scientifique, technique et artistique approfondie et l'apprentissage d'un savoirfaire
professionnel précis. Vos enseignements de projets, vos enseignements
de disciplines nombreuses et variées, votre recherche, sont ancrés dans les
milieux professionnels et les métiers de l'architecte. Votre formation est par
nature ouverte sur la cité, sur la société qui vous entoure et que vous avez
aussi vocation à imaginer, à construire, à façonner.

D'autant que votre école s'est toujours engagée dans le développement des
régions qui sont à la source de son recrutement et de son rayonnement :
Nord-Pas-de-Calais bien sûr, mais aussi Picardie, Champagne-Ardennes.
Transfrontalière, elle est naturellement tournée vers l'Europe du Nord, ses
villes, ses territoires, ses paysages modelés par l'histoire de ce carrefour
économique, industriel et humain qui s'étend bien sûr en Belgique, en
Flandres, aux Pays-Bas et jusqu'aux villes hanséatiques.

La réforme vous permet de vous insérer pleinement dans l'Europe. Et je tiens
à saluer les coopérations et les possibilités d'échanges qui vous sont offertes
par votre école. Ce ne sont pas seulement des accords bilatéraux. Vous êtes
maintenant au coeur d'un véritable réseau d'écoles et d'universités réunies
autour d'un même projet cohérent et stimulant, d'une grande ambition :
contruire l'Europe de demain et faire rayonner l'architecture française et
européenne dans le monde entier.

Le développement de la recherche et des enseignements dans votre école
fera de vous des architectes généralistes, au sens complet et noble du terme
: riches d'une culture humaniste et universitaire, préparés à l'insertion dans
les métiers de la maîtrise d'oeuvre architecturale et urbaine, mais aussi dans
toute la diversité des métiers qui reflètent les attentes de notre société.

Le diplôme d'Etat d'architecte au niveau du master, à Bac + 5, est une
réponse aux attentes de notre société, parce qu’il permet la diversification des
débouchés professionnels et la valorisation des compétences des architectes
hors maîtrise d'oeuvre. Et le nouveau dispositif pédagogique conduisant à
l'habilitation à la maîtrise d'oeuvre, exprime la volonté d'une grande rigueur
dans l'exercice de la profession et d'un véritable partenariat entre les écoles
et les milieux professionnels.

Telles sont, Mesdames, Mesdemoiselles, Messieurs, les orientations
majeures de cette réforme que je souhaite placer sous le signe de l'insertion
des architectes diplômés. J'ai voulu suivre de très près l'évolution de votre
situation en mettant en place, au sein de la Direction de l'architecture et du
patrimoine du ministère de la culture et de la communication, l'observatoire de
la scolarité et des débouchés.

Pour mettre en application cette réforme, J'ai tenu à mobiliser des moyens
budgétaires supplémentaires. C'est pourquoi, comme je l'ai indiqué à la
presse le 28 septembre dernier, en présentant mon budget, des mesures
nouvelles à hauteur de deux millions d'euros seront réservées en 2006 pour
accompagner et permettre cette évolution, prioritaire, de l'enseignement de
l'architecture.

Je tiens enfin à insister sur les efforts constants assurés aujourd'hui par le
ministère de la culture et de la communication en faveur du programme
immobilier des écoles d'architecture, dont nous avons une magnifique
illustration sous nos yeux. Toutes les écoles d'architectures sont concernées
par ce vaste chantier collectif, dont vous bénéficiez aujourd'hui.

Aujourd’hui,
Montpellier, Grenoble et Versailles. Demain, ce programme s'appliquera à
Nantes, Paris-Belleville, Paris-Val-de-Seine, Strasbourg, Saint-Etienne et
Rennes. C'est là une preuve tangible de l'importance que notre pays accorde
à la formation de ceux qui auront la charge de concevoir le cadre de vie de
nos concitoyens.

Au sein de mon action pour l'architecture, j'ai voulu que la priorité aille aux
jeunes architectes, car vous représentez l'avenir de cette profession, l'espoir
d'une architecture française directement en phase avec les grands enjeux de
nos sociétés urbaines.

Vous connaissez les Nouveaux albums des jeunes architectes qui distinguent
les compétences les plus prometteuses. C'est dans le même esprit que j'ai
créé les Nouveaux albums des paysagistes et je me réjouis du changement
de nom de votre école qui prépare aussi aujourd'hui au diplôme de
paysagiste. Ce que j'ai dit sur les exigences, la diversité et la passion qui sont
au coeur de votre formation vaut évidemment aussi pour les paysagistes.

Les enjeux dans le Nord-Pas-de-Calais sont très importants. Je pense en
particulier à la requalification du secteur industriel minier, dans le sillage du
projet culturel du Louvre à Lens, mais aussi à la reconquête des nombreuses
friches urbaines qui permettra de recomposer le paysage des grandes villes,
dans la région comme dans toute l'Europe.

Au-delà de l'émulation que ces albums suscitent, je sais l'importance de ces
manifestations pour tous les jeunes talents : elles stimulent et encouragent
l'intérêt des commanditaires pour les nouvelles générations. Etre retenu dans
les grands concours, y être remarqué, c'est essentiel. Et ce n'est pas Jérôme
de Alzua, diplômé de votre école et arrivé 4ème pour le concours du Louvre-
Lens qui me contredira. Pour des projets plus ordinaires également, moins
exceptionnels, il me semble que l'intérêt pour une architecture d'aujourd'hui
s'éveille, dont ne bénéficient pas seulement les NAJA (nouveaux albums des
jeunes architectes), mais aussi l'ensemble des architectes récemment
installés.

Je tiens à féliciter votre école pour son ouverture professionnelle et
intellectuelle dont témoignent notamment les prochaines "Journées
européennes de la recherche architecturale et urbaine" que vous organisez
sur les thèmes de "L'espace de la grande échelle".

C'est une conviction profonde, corroborée par toutes les études et notamment
les derniers chiffres de la Mutuelle des architectes français, publiés
récemment par le Moniteur, ainsi que par l'Observatoire de la Direction de
l'Architecture et du Patrimoine : notre société a besoin, et aura de plus en
plus besoin d'architectes. En société ou installés en libéral, bien sûr ; mais
aussi dans les entreprises, dans les bureaux d'études, dans les services de
l'Etat ou des collectivités territoriales, comme conseils, comme manageurs de
la commande publique ou privée.

Cette demande sociale s'explique aisément : vous devrez apporter de plus en
plus de solutions adaptées et faire du sur-mesure pour répondre aux attentes
actuelles et futures. Les solutions standardisées ne conviennent plus et ne
peuvent convenir pour redéfinir l'avenir de nos villes, fortement marquées par
l'automobile, par l'étalement spatial et menacées de banalisation et
d'uniformisation.

Oui, nous aurons de plus en plus besoin de vous et de vos compétences,
pour redéfinir et construire l'avenir. Pour recycler des bâtiments désaffectés ;
pour créer en milieu urbain de l'habitat individuel dense ; pour concevoir la
programmation complexe de friches urbaines à reconquérir ; pour remodeler
nos villes ; pour offrir aux habitants de nos quartiers un nouveau cadre de vie,
plus conforme à leurs aspirations ; pour susciter l'envie et le désir d'une
architecture d'aujourd'hui.

Oui, il n'est pas de plus beau projet que de concevoir nos espaces de vie
pour aujourd'hui et pour demain. C'est une chance formidable, pour vous,
pour vos énergies, pour vos talents, pour vos ambitions, pour la grande
qualité et la haute exigence des formations que vous recevez ici.

Je vous remercie.

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