Remise des insignes d'Officier dans l'ordre des Arts et des Lettres à Françoise Nyssen
Chère Françoise Nyssen,
L’année dernière, le prix Goncourt qui revenait à Laurent Gaudé, pour Le Soleil des Scorta,
aux éditions Actes Sud, confortait et récompensait les 26 ans de politique éditoriale
indépendante et audacieuse de la maison familiale que vous dirigez aujourd’hui. S’il est une
maison ouverte sur les littératures d’ailleurs, c’est bien la vôtre. De cette ruche littéraire
ancrée au coeur de la plaine arlésienne, rayonne une ambition internationale. Ainsi, c’est à
Actes Sud que nous devons la révélation en France de Paul Auster, de Nancy Huston, ou
d’Imre Kertész, prix Nobel de littérature en 2002, mais aussi, pour nous rapprocher encore
de notre invitée d’honneur de cette année, de Nina Berberova.
La célébrité actuelle et justifiée de beaucoup de vos auteurs, ne doit pas faire oublier les tout
premiers moments où, dès la lecture du premier manuscrit, vous osez faire confiance à un
auteur. Votre intuition téméraire tombe amoureuse d’un imaginaire, d’un style que vous
défendez ensuite avec conviction.
Vous avez, chère Françoise Nyssen, un charme très particulier, fait de détermination et de
légèreté, de dynamisme et de discrétion, de gaieté et de rigueur, de grâce et d'autorité.
Vous savez guider vos auteurs, les accompagner de livre en livre avec un respect complice.
Ils sont fiers, aujourd'hui, d'être publiés par Actes Sud. Ils ont désormais, pour reprendre le
titre d'une très belle collection que dirige votre père, et qui est un modèle d'accueil et de
cosmopolitisme littéraire : « un endroit où aller ».
Votre maison d’édition entre aujourd’hui dans une phase de maturité. Avec 4000 titres au
catalogue, un chiffre d’affaires très satisfaisant et la fusion récente avec les éditions du
Rouergue, Actes Sud sait cultiver sa différence, son esprit familial et indépendant. Votre père
veille toujours sur la maison qu’il a fondée et cet esprit est aujourd’hui aussi celui d'un lieu :
Le Méjan, créé par votre époux, Jean-Paul Capitani. Le Méjan, c’est à la fois un lieu de
culture, votre lieu de travail et votre résidence. Il n'y a en effet pas, pour vous, de vraie
séparation entre le travail et la vie, la passion de la littérature et le « reste ». Il est vrai que
pour paraphraser Verlaine, « tout le reste – j’ajouterais aussi – est littérature » !
A Angoulême, en janvier dernier, j'ai pu voir vos premiers albums de BD. Aujourd'hui, le
salon du livre vous donne l’occasion de présenter le travail exemplaire que vous menez pour
traduire et faire découvrir la littérature russe. La diversité culturelle est plus que votre pain
quotidien, elle est votre vocation, votre mission. Merci de nous faire encore partager de
nombreux coups de coeur littéraires.
Chère Françoise Nyssen, au nom de la République, nous vous faisons officier dans l'ordre
des Arts et des Lettres.
