“ Si j'étais maire de Tours, je ferais… ”
La rédaction a rencontré Renaud Donnedieu de Vabres, ministre de la Culture et conseiller municipal, chef de lopposition à Tours. Questions-réponses à propos de ses projets pour la ville.
Est-ce que vous serez candidat aux prochaines élections municipales ?
Renaud Donnedieu de Vabres : « Oui, si Dieu me prête vie ! Est-ce que les municipales auront lieu à lautomne 2007 ou au printemps 2008 ? On ne le sait pas encore. À mon avis, plus on séloignera du 2e tour des présidentielles et des législatives, moins elles apparaîtront comme le 3e tour des élections nationales et mieux ce sera. Il faut que les municipales soient spécifiquement consacrées aux enjeux de pur terrain. Nous réfléchissons à notre projet pour Tours. Quand il arrivera, il sera très offensif. »
Et si vous étiez maire de Tours, quel serait le principal dossier auquel vous vous attaqueriez ?
« Le transport en commun en site propre (TCSP, NDLR). Avec Jean Germain, les Tourangeaux auront perdu six ans. Le maire déplore le désengagement de lÉtat, mais ce désengagement est intervenu en 2002… Or 2001, date de la réélection de Jean Germain cétait avant 2002. Il avait donc le temps dagir. »
Tramway sur rail ou sur pneus ? Quel mode de transport en voie réservée imaginez-vous pour Tours ?
« Cest un sujet compliqué et je ne veux pas être caricatural. Ce projet est lourd sur le plan financier, et compliqué sur le plan technique. Ce qui se passe à Nancy ou à Bordeaux est préoccupant. Je me suis rendu au salon du transport en commun organisé à Paris pour minformer mais jai été extrêmement déçu et je lai dit aux organisateurs. Sur lalimentation électrique des modes de transport en voie réservée, par exemple, on napprenait absolument rien. »
Et si vous étiez maire, auriez-vous envie den débattre avec les Tourangeaux ?
« Le problème, cest que je ne sais pas dans quelles conditions jaurais à prendre le dossier. Et je répète que je nai pas de certitude sur le plan technologique. Quand on est dans lopposition, on na pas de moyens. Pas dingénieurs, pas de services techniques pour nous épauler. »
Transport en commun, daccord… Et que pensez-vous du trafic automobile en ville ?
« Il y a de gros points noirs, autour de la gare, notamment. Que fait la mairie ? Rien. Tout est engorgé car la rue qui passe devant la gare sert à la fois de voie de circulation et de desserte de voyageurs. Il faut séparer les deux fonctions. Pourquoi pas construire un accès souterrain à la gare ? »
Retour sur un important projet mené par la communauté dagglomération, la création dun centre aquatique à la place de la piscine du lac. Quen pensez-vous ?
« On se trompe de priorité, franchement. Ce que javais prévu, moi, cétait de construire une autre piscine à Tours-Nord. En plus, il faudrait également rénover les vestiaires dune autre piscine municipale, la piscine Gilbert Bozon, en centre-ville. Avant de déléguer des choses au domaine privé, il faut assumer ses responsabilités dans le domaine privé. (le centre aquatique du lac sera géré par la société Vert-Marine, NDLR).
Est-ce que le ministre de la Culture parle de sa ville à Paris, à lautre bout de la France ou du monde, lors de ses déplacements ? « Oui, bien sûr. Jai un territoire et jen parle beaucoup ! Dans mon crâne, je suis très branché sur Tours ! » Quelle image a-t-on, à Lille ou à Marseille, de la ville de Tours, au-delà de ses seules rillettes ? « On dit de Tours que cest une belle ville ! » Mais il pense quil y a encore beaucoup à faire pour développer son attractivité. « Le plan dembellissement, la qualité des parcs et jardins, tout cela contribue incontestablement à la bonne image de Tours. Mais il ny a pas dévénement phare qui fasse parler de la ville dans tout le pays. Et dautres choses ne vont pas : le rééquilibrage de la ville au nord de la Loire, cest zéro, la boule à Toto ! Même sil y a eu quelques aménagements, comme la métamorphose de lavenue Maginot, le déséquilibre de la ville au profit du centre se voit comme le nez au milieu de la figure. »
Depuis son arrivée au ministère de la Culture, Renaud Donnedieu de Vabres a voyagé dans 45 départements. « Je regarde partout, je pioche des idées pour Tours, je me dis : « Chez nous, comment on pourrait faire ? » Il est « jaloux » du musée des Beaux-Arts dAngers. Sans remettre en cause le CCC (Centre de création contemporaine de Tours), le ministre annonce quil a missionné son directeur – Alain-Julien Lafferrière – pour étudier la création dun « autre lieu pour lart contemporain, un lieu qui aurait une autre dimension ».
Il souhaite que sa fonction ministérielle soit utile à sa ville… Renaud Donnedieu de Vabres semble à laise au ministère de la Culture, mais sur les bancs de lopposition à Tours ? Comment peut-on travailler au ministère et jouer un rôle dopposant localement ? « Nous votons les trois quarts des délibérations du conseil municipal. Je ne suis pas un opposant de principe, mais être dans lopposition est frustrant. Vous devez accepter beaucoup de dossiers, de projets qui vous sont soumis. »
Renaud Donnedieu de Vabres accorde-t-il un bon point à Jean Germain ? « Oui, pour léclairage public. » Un blâme ? « Le cynisme. Le sien et celui de son équipe. »
Quelle différence entre les deux « Jean », Royer et Germain ? « Les époques ne sont pas les mêmes. »
Comment le ministre de la Culture se voit-il, se juge-t-il, lui-même ? « Je suis quelquun de digne de la chance quil a, et aussi quelquun dexigeant par rapport à lui-même. » Comment fait-il pour afficher une telle forme ministérielle, pour travailler 25 heures sur 24, avoir un emploi du temps démentiel ? « Il faut être mobilisé, concentré et se démultiplier. On na pas droit à la moindre erreur. » Il dit aimer « transmettre de lénergie ». Comment vit-il la pression, les critiques ? « Jai décalaminé mes durites », avoue-t-il dans un vocabulaire quon attribuera à la mécanique automobile. Est-il blindé à vie, après les épreuves vécues ? « Non », conclut-il. « Il y a eu la violence du procès (du financement du Parti républicain, où il a été condamné à une peine avec sursis, NDLR), il y a eu la violence de lhémicycle en 1998 (où il a refusé de sallier au FN pour remporter la présidence de la région Centre NDLR), il y a eu les attaques contre ma personne (au moment des municipales de 2001). »
A ce propos, RDDV conteste formellement sa participation à la fameuse manifestation anti-Pacs où des propos homophones ont été prononcés. « Je me suis exprimé quinze fois sur cette question. Jétais là au début de la manifestation pour saluer une délégation de Tourangeaux, mais jen suis parti très vite. Jamais je nai pas défilé dans ce cortège ! »
Propos recueillis par Jacques BENZAKOUN,
Pascal DENIS, Jean-Pierre BEL,
Olivier POUVREAU
et Magalie BASSET
