Diversité culturelle et piratage ont été au cœur de deux débats passionnants
Deux entretiens passionnants, lun sur le piratage et lautre sur la diversité culturelle, ont rempli les 340 places de lauditorium du palais des Congrès de Beaune pour les 14es Rencontres cinémato-graphiques. La matinée de samedi des 14es Rencontres cinématographiques de Beaune a été consacrée à la «diversité culturelle en Europe et dans le monde», en présence du ministre de la Culture et de la Communication…
Renaud Donnedieu de Vabres.
Dans ce premier débat, il a fortement été question des espoirs placés dans ladoption dune convention internationale sur la diversité culturelle, actuellement en préparation à lUNESCO. «Si, concernant la diversité culturelle, la bataille des valeurs a été gagnée, cette notion étant consensuellement acceptée, il faut maintenant réussir à instituer des lieux de responsabilités politiques à côté de ceux qui existent aujourdhui», a déclaré le ministre de la Culture. Lenjeu est de déterminer concrètement quels outils financiers et juridiques les états membres de lUE vont mettre en place pour instaurer un équilibre en faveur de la culture, jusquici très largement désavantagée au profit du commerce dans les négociations internationales.
Un cadre juridique paraît dautant plus indispensable avec lenvol des nouvelles technologies qui rendent désormais les œuvres accessibles à tous, gratuitement et illégalement.
Un fléau pour le cinéma
«Pour une nouvelle alliance entre les fournisseurs daccès Internet et lindustrie cinématographique» est précisément le thème du deuxième entretien très attendu qui a animé laprès-midi, en présence du ministre délégué à lIndustrie, Patrick Devedjian.
La France est le pays au monde où le taux de progression du haut débit est le plus fort. On compte aujourdhui cinq millions de foyers équipés. Si «hier» il fallait huit heures pour télécharger un film, il faut aujourdhui 15 minutes, et demain, avec le très haut débit, il ne faudra plus que 70 secondes. Certains films sont, sur un seul site, télécharger jusquà 30 000 fois la quinzaine de leur sortie en salle. Ces chiffres montrent lampleur du phénomène qui, si rien nest fait, ne fait que commencer.
Patrick Devedjian, pensant quil nest «ni possible, ni souhaitable dentraver la technologie peer-to-peer» (échange de fichiers sur Internet) et, «ne disposant pas de solution miracle», a mis en avant larsenal de dispositifs contre la piraterie: la pédagogie, la répression et la promotion de loffre culturelle légale en ligne. Il a appelé les professionnels du cinéma à tirer les enseignements de ce quavait connu le monde musical et les a invités à se réunir autour dun projet de standardisation des téléchargements afin de créer «leur propre offre industrielle». Les responsables de fournisseurs daccès haut débit, tout en déclarant «quils nont rien à gagner sur ces échanges sur lesquels ils nont aucune prise» ont fait part de leur intention de mettre en place une campagne de sensibilisation sur la prévention et la répression à lendroit des internautes, comme ils lavaient fait avec lindustrie du disque. Ils ont aussi regretté labsence dalternative légale.
Le représentant des ayants droit, Alain Sussfeld, a ensuite dénoncé avec ironie cette déclaration en précisant que «les FAI avaient au contraire beaucoup à gagner de cette pratique, en multipliant leur nombre dabonnés.». Il ny a daprès lui «pas doffre attractive légale possible sil y a à côté une offre gratuite».
Pourtant, la peur du gendarme, tant évoquée au cours de ce débat, les très fortes sanctions encourues (1), les retours potentiels dinvestissement sur la pédagogie, et la probable mauvaise conscience dune grande partie des «échangistes» pourraient conforter dans lavenir les résultats dune enquête réalisée par un fournisseur daccès, dans laquelle plus de 40% des internautes se disent prêts à payer pour télécharger en toute légalité. Car chacun a pris ou doit prendre conscience que sans rémunération, cest la mort du cinéma qui est annoncée.
O. S.
(1) Les peines encourues sont trois ans de prison et 300 000 euros damende.
