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Remise des insignes de commandeur dans l'Ordre national de la Légion d'honneur à Jack Valenti

Cher Jack Valenti,

Mesdames, Messieurs,

It's a great pleasure and a great honour for me to welcome you here, rue de Valois, and to
celebrate, with our friends, a great career and a great man, in the name of the French
Republic and all our fellow citizens.

And first of all, "Happy birthday Mr Chairman ! ". Oui, bon anniversaire, c'était hier : vous me
pardonnerez de vous rajeunir d'une journée mais, comme le dit je crois Kevin Spacey dans
American Beauty, " aujourd'hui, c'est le premier jour du reste de votre vie " !

Et quelle vie ! Une vie toute entière vouée au service de votre pays, à son rayonnement dans
le monde, pour défendre un idéal de liberté, et pour accompagner l'extraordinaire expansion
de l'industrie du cinéma.

Car au fond, ce qui me paraît le " fil rouge" de votre action, c'est la valeur essentielle sur
laquelle ont été fondés les Etats-Unis d'Amérique, avec – faut-il le rappeler ? – le concours de
la France, cette valeur inscrite au premier amendement de votre Constitution : la liberté.

Et cette année, cette valeur fondatrice des Etats-Unis d'Amérique et de la République
française, prend une importance et une résonance toutes particulières. Car nous célébrons
le soixantenaire de la Libération de la France. Le 6 juin dernier nous avons commémoré
avec une très forte émotion le débarquement sur les plages de Normandie. Le 15 août
dernier, le débarquement sur les plages de Provence. Le 1er septembre, il y a 5 jours, c'était
la Libération de Tours, ma ville : au fil de chacune de ces étapes, nous nous souvenons que
tant d'hommes, des Français et des Américains, ont donné leur vie pour cette liberté et nous
n'oublierons jamais que l'amitié franco-américaine est tissée de ces sacrifices.

Vous en savez quelque chose, cher Jack Valenti, puisque vous avez vécu cette période de
la guerre aux commandes d'un bombardier d'attaque B25 dans l'armée de l'air américaine,
en Italie, où vous avez effectué 51 missions de combat. Oui, Vous savez le prix de cette
liberté, pour laquelle tant de nos camarades sont tombés, et pour laquelle vous avez pris tant
de risques.

Après de brillantes études dans votre ville natale de Houston, puis à l'université de Harvard,
vous créez l'agence de conseil en communication politique qui porte votre nom et celui de
votre associé et c'est en 1955 que vous rencontrez l'homme qui aura probablement la plus
grande influence sur le cours de votre vie professionnelle : le leader de la majorité
sénatoriale Lyndon Johnson.

Parce que vous êtes Texan, parce que vous êtes – déjà ! – l'un des conseillers en
communication les plus reconnus et les plus habiles du monde de Washington, et que vous
vous occupez de la communication du Vice-Président, vous êtes tout naturellement en
charge de la Presse, un certain 22 novembre 1963, pour couvrir la visite à Dallas du
Président Kennedy et du Vice-Président Johnson. Vous êtes dans le cortège à six voitures
derrière le Président assassiné. Une heure après, vous êtes à bord d'Air Force One, de
retour à Washington, avec le nouveau Président Johnson, auprès de qui vous restez à la
Maison Blanche jusqu'en 1966.

De ce drame, vous avez dû retenir beaucoup de leçons. Mais vous en retenez aussi que
dans votre pays le titre le plus important n'est pas celui de Président, mais celui de citoyen
des Etats-Unis.

Puis, le cours de votre vie change à nouveau et vous devenez le troisième Président de la
Motion Picture Association of America (MPAA), fondée en 1922.

Et vous êtes tellement irremplaçable que vous venez seulement – au prix de quelles
migraines pour les meilleurs chasseurs de têtes ! – il y a quelques jours, de passer le
flambeau à la tête de cette organisation à Dan Glickman, ancien ministre de l'Agriculture.

Le premier ministre français de la culture que vous connaissez s'appelle André Malraux. Il
est le créateur de ce ministère. Il a inventé le système d'aide sélective qui permet encore
aujourd'hui à vos compatriotes de savourer, par exemple, le fabuleux destin d'Amélie
Poulain. Il a rattaché le cinéma, non plus au ministère de l'industrie, mais à ce tout jeune
ministère. Car le cinéma est – d'abord – un art avant d'être une industrie.

C'est dire l'honneur qui m'échoit, moi qui suis votre 19ème interlocuteur à la tête de ce
ministère, où nous avons notamment en charge la défense des intérêts du cinéma français,
à être le premier à vous remettre une distinction dans l'ordre le plus prestigieux de notre
République.

Je tiens à dire ici que j'ai pu personnellement apprécier la force de votre engagement, de
votre – comment dit-on en français ? – leadership, mais aussi de votre attention et de votre
sens du dialogue, lors de notre rencontre à Cannes en mai dernier, avec les producteurs
que vous avez mobilisés " Le magnétoscope est au producteur de films et au public ce que
l'étrangleur de Boston est à la femme seule à la maison" dans le combat que vous menez depuis des années contre cette nouvelle menace contre la
liberté de création : la piraterie, qui porte atteinte à l'un des droits les plus précieux de
l'homme, le droit de propriété intellectuelle. Un droit que Beaumarchais considérait comme le
premier des droits.

C'est en vous efforçant d'obtenir la protection de ce droit, que vous estimiez menacé dans
votre pays par l'usage sans considération du copyright des magnétoscopes et des cassettes
vidéo vierges, que vous avez déclaré devant la Chambre des représentants américains : " Le
magnétoscope est au producteur de films et au public ce que l'étrangleur de Boston est à la
femme seule à la maison".

Ces mots vous ont été reprochés jusqu'à la caricature, mais, au-delà de votre sens
légendaire de la formule et de la rhétorique – qui font peut-être de vous le meilleur scénariste
du cinéma américain ! – ils prennent tout leur sens dans le contexte de l'époque (1982) et
plus encore aujourd'hui au regard des risques liés aux nouvelles technologies numériques.

La France, vous le savez, est mobilisée dans ce combat, pour le respect du droit des
créateurs, pour la diversité culturelle. Un combat qui doit unir tous ceux qui, de part et d'autre
de l'Atlantique et sur tous les continents, ont à coeur de défendre l'expression des identités et
de la créativité dans l'égale dignité de toutes les cultures.

Dans ce domaine comme dans d'autres, vous avez été visionnaire en décelant très tôt les
dangers de la piraterie. Nous sommes ensemble dans ce combat, que je mène pour ma part
au niveau français et européen.

Cher Jack Valenti, vous avez déclaré à la revue de sciences politiques de Harvard (Harvard
political review, janvier 2003) que l'une des leçons que vous aviez apprises de votre maître
en politique, le Président Johnson, c'est qu'en politique, on ne remporte jamais de victoires,
mais seulement des négociations. Et vous êtes assurément un négociateur hors de pair.

Mais, votre combat permanent, notre combat commun, pour la liberté de l'esprit, portera ses
fruits, j'en suis convaincu, pour sceller la victoire du cinéma, du cinéma que nous aimons
tous, Français et Américains, Européens et citoyens du monde, du cinéma qui joue un si
grand rôle dans nos vies, parce que, au-delà des rêves qu'il nous permet de partager, et des
visions du monde qu'il nous permet de confronter, il est écrit avec le coeur.

Cher Jack Valenti, au nom du Président de la République, et en vertu des pouvoirs qui nous
sont conférés, nous vous faisons Commandeur dans l’Ordre national de la Légion d’honneur.

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