LA QUESTION D’INFO
RDDV : Quelle que soit la religion de chacun, aujourd’hui c’est cette France rassemblée, réunie autour de cette cause que nous devons obtenir, c’est-à-dire la libération de nos otages. Les valeurs de notre pays ce sont celles de la liberté de penser, de la fraternité, de l’égalité absolue, quelle que soit l’origine, quelle que soit la religion, et c’est ça que nous voulons faire entendre partout dans le monde, c’est ce qu’a indiqué le président de la République en disant que ces valeurs de respect et de tolérance elles inspirent notre action partout dans le monde, comme sur notre territoire national… Olivier DELAGARDE : Merci d’être avec nous dans ce studio. Je rappelle que vous êtes ministre de la Culture et puis, plus précisément pour nous aujourd’hui, ministre également de la Communication. Cela fait maintenant onze jours que nous n’avons plus de contact avec Georges MALBRUNOT, du “ Figaro ”, et Christian CHESNOT, qui collabore à Radio France. Dans une cassette, leurs ravisseurs donnent un ultimatum à la France, jusqu’à ce soir vingt et une heures. Alors, bien sûr, la question que l’on se pose c’est, que peut faire la France, que fait la France ?
Renaud DONNEDIEU de VABRES : Tout d’abord, vous me permettrez d’exprimer de la solidarité, de l’émotion, de la compassion vis-à-vis de Christian CHESNOT et de Georges MALBRUNOT, vis-à-vis de leurs familles, de leurs amis, de leurs camarades de travail, qui sont dans cette inquiétude, et au-delà de cette compassion de la détermination et de la colère. De la détermination parce que le président de la République l’a indiqué hier après-midi, depuis quelques jours eh bien nous sommes, j’allais dire, en état de veille active, de combat, d’action, pour faire en sorte que leur libération soit obtenue. Toutes sortes de contacts sont utilisés pour y parvenir, vous comprendrez aisément qu’on ne puisse pas publiquement en parler, c’est la raison pour laquelle le ministre des Affaires étrangères s’est rendu dans la région pour coordonner l’action de celles et ceux qui sont présents pour avoir les contacts et les solidarités nécessaires.
Olivier DELAGARDE : Quand vous dites dans la région, c’est autour de l’Irak, c’est en Irak, il est en Egypte aujourd’hui ?
Renaud DONNEDIEU de VABRES : Au moment où nous parlons, il est à quelques minutes d’intervenir sur Al-Jezira depuis le Caire pour s’exprimer très fortement au nom de la France, pour rassembler le plus grand nombre de citoyens, d’associations, de religieux de cette région en notre faveur. Parce que la France est l’amie des pays arabes, l’amie des Musulmans partout dans le monde et nous avons été heureux de constater la réaction immédiate de solidarité des Français de religion musulmane qui se sont exprimés hier matin, tout simplement pour dire qu’ils étaient avant tout des Français révoltés.
Quelle que soit la religion de chacun, aujourd’hui c’est cette France rassemblée, réunie autour de cette cause que nous devons obtenir, c’est-à-dire la libération de nos otages. Les valeurs de notre pays ce sont celles de la liberté de penser, de la fraternité, de l’égalité absolue, quelle que soit l’origine, quelle que soit la religion, et c’est ça que nous voulons faire entendre partout dans le monde, c’est ce qu’a indiqué le président de la République en disant que ces valeurs de respect et de tolérance elles inspirent notre action partout dans le monde, comme sur notre territoire national. Et il a eu raison, bien évidemment, de rappeler que c’est ça qui a légitimé le fondement même de la politique de la France en Irak, c’est-à-dire le respect du droit, le respect de la liberté.
Et à travers ces deux journalistes qui sont pris en otage, vous voyez bien que c’est la démocratie, que c’est la liberté de l’information, que c’est la liberté d’expression qui est en cause. Les journalistes ce sont des symboles, ce sont les témoins actifs de cette cause, de cette liberté. C’est la raison pour laquelle le message que nous adressons est un message fort et nous sommes heureux de voir que dans chacune des capitales, que dans un certain nombre d’institutions religieuses, qui parfois n’ont pas bien compris un certain nombre d’éléments de notre politique, il condamne avec la plus extrême fermeté cette prise d’otage.
Olivier DELAGARDE : Alors on sent bien qu’il y a une unité nationale politiquement en France autour de cette question, mais ça ne va pas suffire, est-ce qu’en Irak il y a une collaboration avec les Américains sur le terrain, est-ce qu’on recherche ces deux otages ?
Renaud DONNEDIEU de VABRES : Tous les efforts sont faits sur place pour parvenir au résultat de la libération, avec une multiplicité de contacts et avec, vous savez, des coopérations très fortes et permanentes entre tous les services de renseignements des démocraties occidentales. Même dans les périodes de crise absolue cette coopération, elle a toujours existé, elle existe. Vous comprendrez qu’on ne puisse donner aucun élément d’information au moment où nous nous exprimons parce qu’il est vraisemblable que par les moyens de communication tels qu’ils fonctionnent aujourd’hui, eh bien les comparses de ceux qui sont en train par cette prise d’otage de commettre ce crime, parce qu’une prise d’otage c’est un crime, eh bien ils cherchent toutes les informations nécessaires et possibles et donc nous nous ne donnerons aucune information leur permettant d’identifier ce que nous sommes en train d’essayer de faire et d’obtenir.
Olivier DELAGARDE : Mais en ce moment les moyens français en Irak sont suffisants sur place ?
Renaud DONNEDIEU de VABRES : Les moyens sont présents, ils ne seront suffisants que le jour où on aura obtenu la libération, voilà. Vous savez, on a un objectif qui est difficile à atteindre, c’est la libération de nos otages. Alors tout est mis en œuvre, tout. Les dispositifs, comme l’a indiqué le Premier ministre, ont été renforcés, je ne peux pas en dire plus, mais voilà. Les heures comptent, mais tout est enclenché.
Olivier DELAGARDE : Jean-Pierre RAFFARIN vient de dire qu’il venait de renforcer le dispositif français en Irak ; vous pouvez nous…
Renaud DONNEDIEU de VABRES : Non, je ne peux pas donner de détails, ce n’est pas pour cacher l’information, ce serait ridicule et ce serait honteux, mais là vous voyez bien qu’on est dans une espèce de situation opérationnelle de crise absolue, nous ne pouvons pas dire les initiatives qui sont prises, nous ne pouvons pas dévoiler qui sont les interlocuteurs ou les contacts parce que ce serait évidemment grave et suicidaire, encore une fois, par rapport à la cause que nous voulons servir et comme l’a rappelé le président de la République et le Premier ministre dans la journée d’hier, tout est mis en œuvre pour parvenir à ce résultat et nous avons souhaité et nous obtenons heure par heure les pressions et les mobilisations d’un certain nombre d’entités religieuses, de gouvernements sur place et dans la région parce que c’est évidemment quelque chose de très important et de nécessaire pour dénoncer avec force cette agression insupportable dirigée, encore une fois, contre la démocratie, contre la liberté d’expression.
Vous savez dans les conventions internationales de Genève sur le droit de la guerre, s’en prendre à un journaliste ça comporte des circonstances aggravantes, parce qu’un journaliste c’est justement, j’allais dire, une sorte de casque bleu de la démocratie et de l’humanisme et donc c’est une circonstance aggravante que s’en prendre à un journaliste qui est là pour faire triompher la vérité, pour mobiliser les énergies, pour dénoncer ce qui doit l’être partout dans le monde et obtenir les solidarités nécessaires. Et donc c’est un symbole évidemment au-delà des personnes et nous sommes attachés avant toute chose aux personnes, mais on s’en prend aussi aux symboles et ça c’est une guerre qui est menée.
Olivier DELAGARDE : Renaud DONNEDIEU de VABRES, merci. Je rappelle que vous êtes ministre de la Culture et de la Communication. Je rappelle également qu’il y a une grande manifestation ce soir, à dix-huit heures, parvis des Droits de l’Homme, place du Trocadéro, à Paris, en soutien à nos deux confrères.
