RDDV dans "l'invité du matin" de Pierre-Luc SEGUILLON
RDDV : Le gouvernement est comme les Français, nous sommes mobilisés, nous sommes unis, nous sommes inquiets. Tant que nos otages ne seront pas libérés, nous serons dans cette inquiétude que je ne peux qualifier, d’une grande inquiétude, mais nous sommes totalement mobilisés et l’ensemble des Français, quelles que soient leurs religions, quelles que soient leurs croyances, quelles que soient leurs appartenances politiques, aujourd’hui, est en état de choc, exige cette libération de nos otages, parce que nous ne comprenons pas pourquoi deux journalistes qui sont les symboles de la liberté d’expression, de la liberté de l’information, sont pris en otages… PIERRE-LUC SEGUILLON: Aux vues des derniers développements, de la cassette diffusée par AL JAZIRA, et des informations dont vous pouvez disposer, est-ce que le gouvernement est plutôt optimiste ou plutôt pessimiste sur les chances de libérer nos deux confrères ?
RENAUD DONNEDIEU DE VABRES : Le gouvernement est comme les Français, nous sommes mobilisés, nous sommes unis, nous sommes inquiets. Tant que nos otages ne seront pas libérés, nous serons dans cette inquiétude que je ne peux qualifier, d’une grande inquiétude, mais nous sommes totalement mobilisés et l’ensemble des Français, quelles que soient leurs religions, quelles que soient leurs croyances, quelles que soient leurs appartenances politiques, aujourd’hui, est en état de choc, exige cette libération de nos otages, parce que nous ne comprenons pas pourquoi deux journalistes qui sont les symboles de la liberté d’expression, de la liberté de l’information, sont pris en otages…
PIERRE-LUC SEGUILLON : Alors, qu’est-ce…
RENAUD DONNEDIEU DE VABRES : … deux Français qui connaissent particulièrement bien les pays arabes, qui aiment les pays du monde arabe, qui respectent, par définition, la coutume, la religion, la foi, la croyance de chacun. Pourquoi deux journalistes français, alors que notre pays, vis à vis de l’Irak, a exprimé avec une immense force, la nécessité du respect du droit, pour parvenir à la paix et à la sécurité internationale au sein de l’ONU et donc cette mobilisation elle est forte et réelle. Beaucoup de contacts, beaucoup d’initiatives, bien évidemment, sont en cours, nous sommes mobilisés et inquiets.
PIERRE-LUC SEGUILLON : Alors, quelques questions très précises. D’abord : qu’est-ce que répond le gouvernement aux propos tenus à travers les deux journalistes instrumentalisés dans la cassette, demandant à Jacques CHIRAC d’abroger la loi et au peuple français de se mobiliser pour protester contre la loi ?
RENAUD DONNEDIEU DE VABRES : Au moment où je vous parle et où je vous réponds, Pierre-Luc SEGUILLON, nous avons deux journalises pris en otages. Alors, peut-être que nos propos sont écoutés, observés et analysés. La seule réponse que je peux faire, cest de dire qu’en France, la liberté religieuse elle est garantie à chacun et les Français, de religion musulmane, comme de toutes les autres religions, l’ont exprimé ces jours derniers, vont le ré-exprimer : aujourd’hui, en France, pays des droits de l’homme, chacun a le droit de pratiquer sa religion et les Français de religion musulmane, quelle que soit leur appartenance politique ou philosophique personnelle, expriment cela et réclament la libération de nos otages.
PIERRE-LUC SEGUILLON : Alors, vous êtes ministre de la Communication. Est-ce que, d’abord, vous estimez qu’il faut ou qu’il ne faut pas présenter les images publiées par AL JAZIRA, de votre point de vue ? C’est évidemment la responsabilité de chaque rédaction mais j’aimerais avoir votre sentiment
RENAUD DONNEDIEU DE VABRES : Chaque rédaction a pris ses responsabilités. L’engrenage dans lequel nous sommes placés, il est terrifiant, cest-à-dire que vous voyez bien que certains cherchent à utiliser les armes de la démocratie à des fins politiques…
PIERRE-LUC SEGUILLON : Donc vous pensez qu’il vaut mieux refuser ?
RENAUD DONNEDIEU DE VABRES : Eh bien cette information elle est largement publique, mais il y a une guerre qui se passe à travers aujourd’hui la gestion des images, la gestion de l’information, et vous voyez bien que nous sommes dans une période où chacun a des réflexes nouveaux, ne serait-ce que le réflexe du rassemblement, vous l’avez vu hier au Trocadéro, il y a des moments où le débat démocratique classique il est insupportable, et aujourd’hui aucun d’entre nous, quel qu’il soit, de droite ou de gauche, n’a envie d’avoir un débat démocratique classique…
PIERRE-LUC SEGUILLON : Dans cette guerre, est-ce que vous, ministre de la Communication, vous recommandez ou non aux journalistes de quitter l’Irak ?
RENAUD DONNEDIEU DE VABRES : Mais…
PIERRE-LUC SEGUILLON : Français.
RENAUD DONNEDIEU DE VABRES : Je ne peux pas le faire de manière abstraite, parce que pour le moment nous ne connaissons pas l’identité exacte et le mode de fonctionnement des ravisseurs. Lorsque nous pourrons, j’espère, de manière heureuse et positive, tirer les conclusions de ce qui s’est passé, nous pourrons apporter les réponses à cela, mais il ne faut pas que nous nous engagions, nous, le pays des droits de l’homme et de la démocratie, dans une spirale qui serait celle de la censure. Pourquoi est-ce que dans la Convention de Genève les journalistes ont droit à un traitement particulier ? Parce que ce sont, j’allais dire, les Casques Bleus de la démocratie et de l’humanisme, cest-à-dire qu’il leur appartient en étant sur place et partout dans le monde, de faire émerger la vérité.
PIERRE-LUC SEGUILLON : Dans cette guerre, vous parliez de cette guerre de communication, qu’est-ce que vous pensez du jeu joué par AL JAZIRA ?
RENAUD DONNEDIEU DE VABRES : Mais c’est un paramètre nouveau dans cette bataille internationale, parce qu’il y a une grande diversité des sources d’informations. Le ministre des Affaires étrangères s’est exprimé au Caire, devant vos confrères d’AL JAZIRA parce qu’il nous paraissait nécessaire de porter la parole avec l’ensemble des vecteurs qui permettent d’aboutir peut-être à un résultat. Il y a un certain nombre de chaînes de radios, d’ailleurs, françaises…
PIERRE-LUC SEGUILLON : Alors, est-ce que dans ce contexte..
RENAUD DONNEDIEU DE VABRES : … qui sont écoutées, fortement, et que nous essayons d’utiliser au maximum.
PIERRE-LUC SEGUILLON : Est-ce que dans ce contexte le ministre de la Communication ne regrette pas aujourd’hui, que la fameuse chaîne souhaitée par Jacques CHIRAC, internationale, d’information, n’existe toujours pas et soit toujours dans les cartons ?
RENAUD DONNEDIEU DE VABRES : Mais beaucoup de moyens d’expression internationaux existent aujourd’hui et fonctionnent remarquablement bien.
PIERRE-LUC SEGUILLON : Alors, répondez-moi précisément…
RENAUD DONNEDIEU DE VABRES : RADIO FRANCE INTERNATIONALE fonctionne remarquablement bien, RMC Moyen Orient fonctionne de manière remarquable, nous avons utilisé toutes sortes de moyens de communication.
PIERRE-LUC SEGUILLON : Question précise : est-ce que le projet de chaîne internationale tel que l’a réalisé monsieur BROCHAND, alliance du service public et d’une chaîne privée, en l’occurrence TF1, est abandonné et enterré, est-ce que vous avez un nouveau projet à proposer, est-ce qu’on verra jamais cette chaîne ?
RENAUD DONNEDIEU DE VABRES : Il n’est évidemment pas abandonné. Le rayonnement de nos idées, au- delà de nos frontières, et surtout dans les périodes de crise, est une impérieuse nécessité, nous avons déjà des moyens de diffusion, il faut les renforcer, ils seront renforcés et il faut que se conjuguent les énergies de celles et ceux qui le feront aujourd’hui et de celles et ceux qui peuvent le faire demain et donc ce projet est un bon projet.
PIERRE-LUC SEGUILLON : Tout à l’heure vous avez parlé de contact, il fut un temps où Jean-Charles MARCHIANI menait ses contacts. Hier, notre correspondant disait : Jean-Charles MARCHIANI nous manque dans cette affaire, il est aujourd’hui à la Santé. Vous regrettez l’absence d’hommes capables de mener ces contacts souterrains ?
RENAUD DONNEDIEU DE VABRES : Tout l’appareil d’Etat est mobilisé aujourd’hui, tout l’appareil d’Etat, et donc je souhaite tout simplement que l’ensemble des initiatives qui sont prises, des actions qui sont menées par des fonctionnaires ou par des militaires, d’exceptionnelle qualité, aboutissent à la libération de nos otages. Nous avons, en France, la chance d’avoir des équipes vraiment très entraînées, très aguerries, formées à ce genre de problème, j’espère qu’ils auront les résultats que nous attendons.
PIERRE-LUC SEGUILLON : Dernière question. Le Premier ministre irakien a fait une déclaration à plusieurs organes de presse en disant deux choses : un avertissement, la France ne sera pas épargnée, un reproche implicite, la France n’a pas aidé les Irakiens, n’a pas pris ses responsabilités dans la lutte contre le terrorisme.
RENAUD DONNEDIEU DE VABRES : L’heure nest pas au débat sur les modalités de la politique étrangère. S’il faut un jour avoir un débat sur la politique étrangère que nous devons avoir avec d’autres Etats et avec le gouvernement irakien, nous pourrons l’avoir. Aujourd’hui, notre pays attend de chacun qu’il contribue et apporte sa pierre à la libération de nos otages. Aujourd’hui, nous n’avons pas de la moindre manière envie d’entrer dans une polémique, nous souhaitons tout simplement que se rassemblent, comme cest le cas, et nous remercions toutes celles et tous ceux qui aujourd’hui, dans chacun des pays du monde arabe, tous les chefs religieux, qui aujourd’hui, par solidarité vis à vis de la France, par reconnaissance et par gratitude vis à vis de ce que nous exprimons, cest-à-dire le principe de liberté, religieuse, le principe du respect du droit, le respect des Nations Unies, nous remercions celles et ceux qui aujourd’hui apportent leur concours à cette tâche de libération.
