Les Etats-Unis par la voix du Secrétaire d’Etat à la Défense, Donald Rumsfeld, ne s’y trompent pas… L’Europe progresse, s’élargit, bouge, existe, dérange même. D’où la riposte immédiate au message de Versailles : « la vieille Europe… constituée de la France et de l’Allemagne… face à la nouvelle Europe ». Merci… Les Etats-Unis par la voix du Secrétaire d’Etat à la Défense, Donald Rumsfeld, ne s’y trompent pas… L’Europe progresse, s’élargit, bouge, existe, dérange même. D’où la riposte immédiate au message de Versailles : « la vieille Europe… constituée de la France et de l’Allemagne… face à la nouvelle Europe ». Merci !
Alors, nous aurions des frilosités, des aigreurs, des susceptibilités et des faiblesses dues à notre grand âge. Et bien, c’est l’inverse. La vitalité politique des Versaillais allemands et français est une sorte d’irruption féconde d’une volonté nouvelle dans un monde plus instable et dangereux que jamais.
Pourquoi en effet s’arrêter à l’expression d’un projet européen fédérateur ? Ne nous arrêtons pas en chemin. Parlons enfin haut et fort de notre vision du monde violent de ce début de XXIème siècle. Abordons ce qui fâche mais qui est vital pour la survie du monde occidental, auquel appartiennent les Etats Unis : des approches refondées par l’analyse des vraies causes des attentats du 11 septembre sont nécessaires, avec d’autres enjeux et d’autres théâtres de crise.
Notre capacité d’être un vrai trait d’union entre les peuples est d’une certaine manière non notre monopole – ce serait stupidement orgueilleux- mais notre spécificité, notre fierté, notre savoir-faire.
Là, oui, nous acceptons le qualificatif de vieille nation s’il s’agit d’expérience, de sagesse, d’intelligence des situations. Nous n’avons pas à rougir des racines de notre civilisation, de notre histoire très prestigieuse et riche dans la mesure où nous y puisons non un surcroît d’autosatisfaction mais un appétit d’action.
Repousser les lignes. Créer. Croire. Essayer. Mesurer. Convaincre. Agir.
Nous sentir ainsi défiés doit nous donner des ailes. Pas pour des répliques à l’emporte-pièce. Non à l’emploi par certains du mot de Cambronne ! Oui à une stratégie assumée d’action internationale rénovée.
A mes yeux dans deux directions :
• Tout d’abord dans la réflexion publique concernant les cause des attentats du 11 septembre 2001.
Ne sommes-nous pas en train de payer cher l’interdit que nous avons artificiellement érigé en maxime salvatrice ? En refusant d’examiner lucidement et équitablement les nombreux facteurs qui ont créé un environnement propice aux attentats monstrueux contre l’Amérique, nous préparons inconsciemment de redoutables engrenages.
Il n’y a pas de motif ou de mobile unique naturellement. Mais il est certain que la persistance du conflit entre Israël et la Palestine sans aucune perspective de règlement, l’approfondissement du fossé entre riches et pauvres sans maîtrise envisagée de la mondialisation, l’affrontement réel entre religions, entre cultures, entre civilisations à l’œuvre avec une intensité très préoccupante sans démarche de dialogue authentique et de respect mutuel, créent les conditions parfaites pour le terrorisme, pour l’exacerbation des passions et des violences politiques, pour les coups de force territoriaux, ethniques, économiques.
Pourquoi accepter plus longtemps d’être myope pour ne pas dire aveugle, sourd pour ne pas dire inconscient ?
Qu’on ne se méprenne pas : les causes directes ou indirectes ne sont pour moi ni des alibis ni des excuses. Elles existent. Elles produisent des solidarités, des spirales, des engrenages. Il faut donc les analyser et les combattre.
Faute de cette lucidité alors on s’engage dans des conflits qui ne feront qu’aggraver la tension internationale, creuser de nouveaux antagonismes, légitimer de futurs terroristes.
Halte au feu ! Ayons le courage d’expliquer à nos amis américains que ce constat n’est pas « fabriqué » pour être lâches, pour être non solidaires, amnésiques d’un passé où ils nous ont sauvés de la barbarie. Il est au service de notre combat commun contre le terrorisme, contre les risques de guerre d’un nouveau type qui chaque jour se profilent avec d’avantage de force et « d’intelligence ».
Comment ne pas se préoccuper avec gravité et responsabilité des conséquences d’une intervention armée contre l’Irak sans préalable intelligible et concret ?
Comment ne pas imaginer qu’elle déclenchera une solidarité des musulmans partout dans le monde même si Saddam Hussein est partout et par tous considéré comme un tyran.
L’analyse du 11 septembre doit conduire les démocraties à la riposte fondée sur le droit international, sur la délibération collective et bien sûr s’il le faut à l’emploi de la force que seul peut légitimer le Conseil de sécurité de l’Organisation des Nations Unies qui porte bien son nom…
• Deuxième priorité pour l’action européenne : le Proche-Orient, partie intégrante de la Méditerranée.
Dans la foulée très immédiate du 11 septembre, les projecteurs de l’information se sont bizarrement très vite détournés de la Palestine et d’Israël. Certes, il était logique et naturel que l’Afghanistan, le Pakistan, les refuges talibans soient au cœur des cibles et sous les feux de l’actualité. Mais par une sorte de petit miracle dont l’« organisation » médiatique mondiale a le secret, les affrontements sanglants entre Palestiniens et Israéliens ont semblé un temps avoir disparu. Peut-être pour que ne s’exerce pas la pression extérieure d’une opinion publique mondiale en état de choc exigeant et qui sait obtenant un plan de paix juste, durable, équilibrée, garantissant à chaque Etat son existence pacifique.
Malgré le soutien quasi sans condition des Etats Unis, jamais l’Etat d’Israël n’a été autant sur la défensive, isolé et parfois même injustement critiqué. Si l’ami américain était parvenu à un autre résultat, nous serions fondés au silence. Mais ce n’est pas le cas. Alors, tout en restant modestes, soyons sans complexes.
Les questions frontalières, les massacres, les exécutions terroristes, mais aussi les réconciliations, les mains tendues, les projets économiques réussis en commun sont des données qui ont marqué l’Europe du XXème siècle.
Cette expérience, nourrie de tragédies et de succès, doit nous conduire à oser un vrai plan de paix européen pour le Proche-Orient.
Paradoxalement, maintenant. A l’heure où voguent les porte-avions et où les soldats rejoignent les théâtres d’opérations liés à l’Irak, il faut oser l’affichage de la priorité absolue que revêt pour nous le règlement du conflit au Proche-Orient.
Après l’annonce d’une vision institutionnelle commune, entre l’Allemagne et la France, ce serait une superbe seconde étape que la formulation précise d’une stratégie européenne pour la Méditerranée et le Proche-Orient.
Est-ce possible ?
La solidité de l’entente entre le Président Chirac et le Chancelier Schröder de même que la complicité active entre Dominique de Villepin et Joschka Fischer doivent le permettre.
Jeudi à Berlin, la première réunion conjointe des Commissions des Affaires étrangères du Budenstag et de l’Assemblée nationale auditionnant ensemble les deux ministres rend cette confiance réaliste même si nous avons senti quelques « nuances » dans les politiques suivies ou annoncées…
Je suis très fier d’avoir été l’initiateur de cette rencontre d’un nouveau type ! Les cloisons sautent, les faux semblants également. L’interactivité entre les forces politiques de chaque pays en sort extraordinairement renforcée.
C’est ainsi que j’ai relayé une interpellation du porte parole de la CDU pour les affaires extérieures en posant à Joschka Fischer la question suivante : « En cas d’évolution probante du constat des inspecteurs, déclenchant donc un feu vert du Conseil de sécurité de l’ONU, l’Allemagne exclurait-elle par principe une participation au dispositif militaire ? ».
J’ai entendu assez clairement le refus allemand de toute intervention militaire même si un motif légitime survenait ; la France quant à elle est beaucoup plus prudente : à chaque étape sa prise de position !
Si les inspecteurs de l’ONU trouvent des preuves de la reconstitution de l’arsenal de destruction massive irakien, je ne doute pas un instant que nous serions à ce moment là des partenaires résolus de la coalition pour que le Conseil de sécurité décide le recours à la force.
Ces échanges directs, parfois vifs mais toujours courtois, ont donné un relief nouveau au contrôle par le Parlement de l’exécutif.
Un renfort européen pour questionner chaque ministre devant l’autre…
C’est ainsi que certains parlementaires de l’aile très classiquement pro-américaine de la CDU ont pu interroger directement Dominique de Villepin sur les risques d’une incompréhension durable avec les Etats Unis. En concluant, le Président de la Commission des Affaires étrangères de l’Assemblée Edouard Balladur, a ainsi pu mettre en lumière pour mieux les conjurer, les risques que l’unité de vue actuelle de la France et de l’Allemagne sur l’Irak ne se transforme en vote contraire ou distinct au Conseil de sécurité la semaine prochaine…
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Ces nouveaux liens affranchis des retenues classiques qui ne sont plus de mise entre européens permettent d’être très direct !
Participant juste après cette réunion de travail à un débat télévisé dans les studios du Bundestag avec la Présidente de la Commission des Affaires culturelles en présence d’étudiants français et allemands, j’ai ainsi pu très carrément répondre NON à la question d’un jeune allemand sur l’arrêt immédiat par la France du nucléaire…
L’amitié c’est la franchise ! L’Europe c’est le pluralisme ! L’avenir c’est de récuser toute idéologie même parée des meilleurs sentiments !
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Dans l’avion de retour de Berlin, nous croisons le Président Giscard d’Estaing qui venait de rencontrer les dirigeants polonais puis allemands. Quelle puissance intellectuelle et quelle force physique !
Nous devions nous retrouver dans le TGV pour Vendôme et Saint-Pierre-des-Corps.
Mais les encombrements entre Roissy et Paris m’ont fait rater le train ! Vivement le Charles de Gaulle Express qui permettra enfin une bonne desserte de cet aéroport !