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La célébration franco-allemande compense l’absence de la France au moment de la réunification !

Cette solidité affichée, retrouvée est nécessaire pour redonner confiance à ceux de nos concitoyens qui ne comprennent plus le fonctionnement des institutions européennes ou qui s’inquiètent de l’avenir à 25 membres voire plus… Jacques Chirac et Gerhard Schröder ont eu vraiment raison de relancer spectaculairement l’unité d’action politique entre nos deux pays. Dans cette période de réflexion voire de scepticisme dans l’opinion sur les évolutions de la construction européenne, c’est un socle fondamental pour la solidité de l’Union européenne. D’une certaine manière, il s’agit de la refondation de liens qui s’étaient progressivement distendus depuis les divergences entre la France et l’Allemagne concernant le calendrier de la réunification il y a plus de 10 ans maintenant.

Nous n’avions pas su faire de ce moment historique une date clé de l’histoire européenne. Comment a-t-on pu laisser ce jour de fête n’être qu’une cérémonie intérieure allemande ?

La commémoration d’aujourd’hui des 40 ans du Traité de l’Elysée contraste fortement avec l’absence française des années Mitterrand malgré l’apparence des images et quelques moments forts, notamment Verdun, sans oublier le défilé sur les champs élysées de l’armée allemande organisé à l’époque du gouvernement d’Edouard Balladur, lorsque François Léotard était à la Défense et Alain Juppé aux Affaires Etrangères.

La réunion des deux assemblées élues au suffrage universel à Versailles est un magnifique symbole qui dépasse les convenances protocolaires ou les réunions officielles. C’est ni plus ni moins l’affirmation par les représentants des citoyens que nous sommes de la volonté d’afficher un avenir commun jalonné de décisions élaborées et appliquées ENSEMBLE.

Pas dans un esprit de coopération bilatérale, mais dans une véritable union, une symbiose où s’agrègent et se démultiplient les énergies créatrices et les visions politiques.

C’est une grande première. Comme le sera le lendemain à Berlin la réunion des Commissions des Affaires Etrangères du Bundestag et de l’Assemblée Nationale avec l’audition conjointe de Fischer et de Villepin.

Tous les parlementaires ensemble interpellant les deux ministres également ensemble, c’est un beau symbole qui deviendra un rendez-vous régulier. Comment ne pas avouer que je suis extrêmement fier d’avoir obtenu l’accord de tous pour monter cette rencontre novatrice…

Cette solidité affichée, retrouvée est nécessaire pour redonner confiance à ceux de nos concitoyens qui ne comprennent plus le fonctionnement des institutions européennes ou qui s’inquiètent de l’avenir à 25 membres voire plus. C’est l’incarnation d’une vision commune de l’avenir. Cela dérange, cela peut heurter, mais c’est impératif pour avancer. Ce n’est pas une démarche hostile par rapport à nos autres partenaires. Il est en effet légitime que nous souhaitions avancer au même rythme, d’un même pas sans déchirement inutile. Imaginez un seul instant l’effet dévastateur d’un désaccord franco-allemand.

Remémorez-vous le silence critique ou même l’analyse à contre-courant de l’histoire que le Président Mitterrand avait fait du processus de réunification de l’Allemagne en donnant d’une certaine manière l’impression de vouloir la différer voire la contrarier.

Ces temps semblent lointains. C’est heureux que se tourne la page de nos incompréhensions.

J’avais eu, grâce à l’audace créatrice permanente de mon patron de l’époque, François Léotard, le privilège d’assister à Berlin aux cérémonies marquant l’unité de l’Allemagne. C’était un tour de force car il n’y avait aucun invité étranger, même si l’expression est impropre puisque les Européens ne sont plus des étrangers les uns pour les autres…

J’ai assisté à « Berlin-Est » à l’interprétation de la 9ème Symphonie de Beethoven. Haut perché dans les balcons du théâtre, j’ai eu le privilège de voir les larmes d’émotion du Chancelier Kohl et de Lothar de Maizière (l’ancien Premier Ministre d’Allemagne de l’Est) au moment où était magnifiquement entonné l’Hymne à la joie. Avec une force inoubliable. J’ai vécu devant le Reichstag le moment où le drapeau allemand a été hissé au milieu d’une foule analogue à celle des grands concerts de rock… J’ai entendu le lendemain au siège de l’orchestre philharmonique de Berlin les discours évoquant les douleurs de l’histoire, où le Président du Parlement de l’ex RDA expliquait ce que les souffrances endurées par son peuple sous le joug soviétique apportaient en ce jour à la renaissance de l’âme allemande…

Les seules personnalités françaises présentes étaient le Président de la Commission européenne Jacques Delors, François Léotard alors responsable d’un parti d’opposition, et pour le concert Jack Lang parce qu’il terminait un voyage officiel…

Oui, il fallait réparer cette « absence française » qui a été une vraie erreur historique.

Versailles aujourd’hui remplit à mes yeux cet office. Je me rappelle avoir dit au Chancelier Kohl à la sortie de la 9ème Symphonie, sous le coup de l’émotion qui vous fait franchir les lignes jaunes du protocole et du respect des hiérarchies… « c’est un grand jour pour l’Allemagne que je suis fier de vivre ». Il a répondu : « un grand jour pour l’Europe » !

Oui, cette paix solide, cette entente féconde, cette alliance politique sont les meilleurs moyens pour que l’Europe soit synonyme pour les peuples de progrès.

Je souhaite que le 40ème anniversaire du Traité de l’Elysée soude à jamais notre volonté commune et notre unité de destin.

Dans le respect du pluralisme, naturellement, car c’est là la valeur européenne suprême.

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