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José Bové, Arnaud Montebourg : en jabot ou en sabots, la révolution française reste d’actualit

25 juin 2003

L’esprit français, l’histoire de notre pays sont jalonnés par le parcours flamboyant de ces figures de proue de la contestation radicale, par les faits et gestes de révolutionnaires souvent frelatés, « sincères » par provocation, par jeu cruel ou par vengeance. Mais n’entre pas dans la légende des siècles qui veut…  José Bové a tout pour plaire aux Français ! Et il est à l’étranger l’archétype « parfait » du citoyen hexagonal : intelligent, rusé à la perfection, râleur patenté, révolutionnaire télégénique, plaidant de « justes » causes, réussissant à faire oublier la casse et la violence qui s’en suivent.

On imagine que chez lui la confiture est faite maison, le vin sans adjonction de sucre, le bois de la table de la cuisine absolument authentique et non plaqué, la pierre de la maison solide et belle !

Ses amis lui ressemblent et peuvent concourir au césar de l’authenticité, à la palme d’or d’une forme non contestable de sincérité et de conviction.

Cette France prompte à la révolte, aux enflammements et aux bûchers, déclarant ouverte – même le mercredi ! – la chasse aux ministres et aux élites, est éternelle. C’est celle du 4 août. De toutes les grandes grèves ouvrières. De toutes les ruptures et des manifestations de rues parfois brutales.

Contrairement à l’image des bobos du samedi, allant, rollers aux pieds, dans les galeries commerciales de nos périphéries et donnant l’illusion d’un pays consensuel, apaisé, tranquille, ces Français rebelles au progrès, exclus de ce que l’on croyait être un standard de vie général, profondément réfractaires à l’idéologie consumériste dominante et en fait très idéologues et politisés à l’extrême, n’ont pas disparu.

Leurs parents ou leurs cousins ont, en son temps, c’est à dire après 68, arpenté le Larzac, les alpages, vécu au rythme de la transhumance des moutons et des brebis.

Aujourd’hui, les amis de José Bové sont légion dans la France entière. Certains diront même que ce sont des réactionnaires intelligents, attentifs à la terre, donc sympathiques !

*  *  *

L’incarcération musclée et héliportée de José Bové dimanche dernier, dans ce contexte suscite des polémiques, génère des débats passionnés, et entraîne de petites lâchetés sur l’identité du décisionnaire…

S’en prendre à « Saint José », saint patron du terroir, de la santé, de la nature, de la justice économique mondiale et de l’équité sociale entre riches et pauvres sur la planète, c’est proprement scandaleux !

Attentatoire à la liberté d’expression – d’ailleurs tout à fait légitime – des syndicats et des partis.

Il nous a fallu un peu de courage et beaucoup de bon sens pour simplement rappeler que le Gouvernement était tenu d’exécuter une décision de justice. Obligé de le faire, sous peine d’être taxé de copinage, de favoritisme, de lâcheté, de faiblesse. Ou de complicité pour d’obscures raisons !

Dominique Perben, le ministre de la Justice, a eu parfaitement raison de rappeler que José Bové est la cause directe, l’unique responsable de tout ce qui lui est arrivé.

C’est son refus de tout contact avec le juge d’application des peines chargé pour ce type de condamnation d’en aménager l’exécution, c’est la menace de ses amis résolus à s’opposer à la justice par tous les moyens, c’est la dérive d’une liberté d’expression toujours légitime vers des actes de violence jugés délictuels par la justice, qui aboutissent à l’application nécessaire de la loi.

S’il n’y avait pas eu d’hélicoptère, on aurait peut-être assisté à un « Fort-Chabrol » très médiatique, mettant en danger les militaires de la gendarmerie ou risquant de les ridiculiser.

Tout aurait pu être évité, y compris ce spectaculaire déploiement, si José Bové y avait consenti. Mais il a l’art de la mise en scène et un sens de la communication télévisuelle que seul Jack Lang peut concurrencer !

Avec rebondissements garantis et programmés. Un faux-vrai suspens jusqu’au 14 juillet, car beaucoup d’esprits s’échauffent à tort et s’égarent dans le labyrinthe de notre droit, confondant la grâce présidentielle s’appliquant à une personne nommément désignée et « traitée », et le décret traditionnel du Président de la République tous les 14 juillet prononçant des réductions de peine pour tous les détenus condamnés à de courtes durées d’emprisonnement.

J’espère au moins que José Bové versera les droits d’auteur de ses mémoires de héros national à une œuvre charitable et véritablement écologique. Il en est capable, lui, à la différence d’Eva Joly…

*  *  *

D’une toute autre nature est le combat « révolutionnaire » d’Arnaud Montebourg ! Le toujours très élégant et ultra populaire et médiatique député de Saône et Loire oublie que son double titre de noblesse, avocat et législateur, devrait lui faire davantage respecter les principes fondamentaux du droit.

La loi n’est pas à géométrie variable. La justice n’est pas une arme électorale. Les amalgames, les dérapages, les accusations sans preuve, les mises en cause pleines de fiel et de calomnieuses allusions sont le fait d’un justicier approximatif et sectaire, en tout cas pas au niveau d’un esprit brillant qui devrait, pour être un digne héritier de François Mitterrand, auquel il cherche à ressembler, respecter les lignes jaunes qui séparent la déontologie des règlements de comptes.

Dans l’ère du temps actuel, les attaques d’Arnaud Montebourg participent de la lepénisation des esprits.

Les petits fagots jetés dans les chaudières de la presse font les grands incendies, au terme desquels on se réveille, vertu en bandoulière, calciné, sans âme, sans sérénité de la justice possible puisque le verdict sommaire, lapidaire, drôle et méchant est déjà tombé…

Avec la « satisfaction » parfaitement « crade » d’avoir alimenté et développé dans l’esprit des Français le cercle infernal du « tous pourris ».

Cest ainsi quà propos du projet de réforme du code des marchés publics, il lance avec une insolence parfaitement déplacée et calomnieuse au Premier ministre : « lhistoire retiendra de vous que vous aurrez été celui qui a ouvert les vannes de la corruption à tous les étages de la République ».

Cest au fond dommage que les duels ne soient plus au goût du jour! Peut-être serait-ce dailleurs trop pour cet individu sans mesure mais à légo hypertrophié…

L’esprit français, l’histoire de notre pays sont jalonnés par le parcours flamboyant de ces figures de proue de la contestation radicale, par les faits et gestes de révolutionnaires souvent frelatés, « sincères » par provocation, par jeu cruel ou par vengeance. Mais n’entre pas dans la légende des siècles qui veut !

José Bové et Arnaud Montebourg satisfont, chacun à leur manière, à l’appétit de sensationnel du peuple français. Leur recherche effrénée de vedettariat pseudo-révolutionnaire manque d’utilité civique et de vrai panache.

En fait, ils participent de plain-pied à la dégradation inquiétante de la vie démocratique, tant sont grossières leurs arrière-pensées.

Malgré l’apparente noblesse des causes défendues.

Elargissement

24 juin 2003

10 millions d’hommes et de femmes ont ce week-end rappelé la force du peuple, du suffrage universel, du vote. Les pas sur les chaussées des grandes capitales du monde sont les nouveaux bulletins de vote des temps actuels. Sans les règles qui garantissent la représentativité, mais avec la réalité et la force de la spontanéité et souvent de la générosité.

Ce retour en force du principe démocratique est salutaire. Les dirigeants ne tiennent en effet leur légitimité que du vote. Les décisions politiques, leur force et leur réalité que de la ratification par le Parlement ou par les citoyens eux-mêmes.C’est vrai pour l’attitude à adopter dans la crise irakienne. C’est aussi vrai pour le futur débat sur l’élargissement de l’Union européenne qui s’annonce.

Attention à l’absence de sincérité et d’engagement véritable des nouveaux candidats à l’Union européenne ! Attention aux décisions qui choquent à juste titre les « vieux » Européens ! L’exemple polonais, où le gouvernement après avoir âprement discuté le chèque agricole achète dans la même foulée les F 16 américains…, est à cet égard un cas d’école parfait de ce que la décence politique bien comprise devrait permettre d’éviter. La liberté des échanges commerciaux existe bien sûr. La provocation reste un risque que certains devront assumer.

Le raidissement des opinions publiques des 15 que nous appréhendons et que nous constatons risque de se nourrir d’un comportement européen, à éclipses, à géométrie variable, au gré des influences, des intérêts conjoncturels, des pressions plus ou moins déguisées.

La réunification de l’Europe est certes autant une chance qu’un devoir, une opportunité nouvelle qu’un défi. Pour rassembler et susciter l’adhésion générale, pour triompher des égoïsmes et des frilosités toujours présentes, un peu d’intelligence, un minimum d’habilité de la part des impétrants actuels ou futurs n’est pas superflu…

Le bras d’honneur est à radier de la liste des prescriptions politiques remboursées par le système européen… Ce n’est pas entretenir un climat d’affrontement artificiel bloc américain contre bloc européen que de le rappeler ces jours-ci !

Le Président de la République française, Jacques Chirac, a eu raison lundi de rappeler à l’ordre les « nouveaux », en stigmatisant leur « inconscience des dangers que comportait un trop rapide alignement sur la position américaine. »

La concertation entre Européens est une priorité. Elle ne signifie pas l’alignement automatique, l’esprit de caserne. Elle doit être un réflexe, surtout pour les pays comme la Roumanie et la Bulgarie dont l’adhésion a été repoussée à au moins 2007.

Elle est une prudence dès lors qu’il va nous falloir convaincre dans chacun des 15 pays actuellement membres de l’Union européenne.

Certains choisiront la voie parlementaire pour ratifier l’élargissement. D’autres le référendum, plus fort et solennel mais plus incertain et précaire. La démarche des futurs membres et des candidats risque dans cette perspective de renforcer un sentiment d’hostilité au sein des opinions publiques.

« Or il suffit d’un seul pays qui ne ratifie pas par référendum pour que ça ne marche pas. »

Pour que s’enclenche la dynamique européenne, aujourd’hui contrecarrée par les divergences politiques relatives à la légitimité de l’intervention armée en Irak, un peu de rigueur s’impose.

Sans redéfinition des priorités politiques réelles, l’Europe peut offrir de nombreuses brèches dans lesquelles s’engouffrent ceux qui redoutent la puissance de notre union. Jacques Chirac a eu raison de le rappeler avec l’autorité de son expérience.

Education

24 juin 2003

Je n’oublierai jamais mon « prof » de philo ! J’ai même failli provoquer un accident de la circulation en l’apercevant en train de marcher seul au bord de la chaussée, il y a quelques années de cela. J’ai freiné net. Je me suis arrêté. Tout simplement pour le saluer. Pour reprendre un coup de rayonnement humain et intellectuel exceptionnel. Pour le remercier. Pour lui dire que je ne l’oublierai jamais. Sans être excessivement cabot, j’ai eu grâce à lui une excellente note en philosophie au bac ! Le sujet était : « Peut-on affirmer que tout acte est volontaire ? » !Mais ce n’est pas mon orgueil qui m’a conduit à cette spontanéité peut-être naïve ou puérile. C’est que le pouvoir, l’aura, l’influence d’un grand « prof » laissent une trace indélébile.

En préparant le Conseil interministériel de l’après-midi et l’intervention télévisuelle de la fin de journée, nul doute que le Premier Ministre Jean-Pierre Raffarin se souviendra de ses anciens
« maîtres ».

En s’exprimant, il pensera forcément aux meilleurs d’entre eux, avec peut-être la fierté de leur prouver qu’il n’est pas un « chaînon manquant » ! Qu’il a su porter au plus haut leurs préceptes, leurs exigences !

Comme, ce soir, le fit l’immense virtuose de renommée mondiale, Evgueni Kissin, en dédiant son concert au Théâtre des Champs Elysées à « sa » professeur de piano, Anna Kantor, qui fêtait ses 80 ans. La fougue et la maîtrise rares de ce pianiste exceptionnel ont certainement été décuplées par la présence dans la salle électrique de celle qu’il reconnaît comme son seul maître. « Elle m’a tout appris » a-t-il aimé rappeler.

Souhaitons, soit dit en passant…, que cet hommage se tienne de nouveau un jour dans la célèbre Grange de Meslay – ce lieu sublime où continue de « régner » l’âme de Richter -, dont la vocation musicale doit renaître du mépris où elle est malheureusement enfermée. Par la faute de l’actuelle équipe municipale de Tours. Qui commet une faute sacrilège, privant notre ville de son statut de véritable capitale culturelle et économique de la vallée de la Loire.

*  *  *

Souvenez-vous, vous qui avez la gentillesse de me lire ! Chacun d’entre nous a d’un ancien professeur une image, un visage, une histoire en tête.



Ce pouvoir suscité, fécond et durable, est la récompense de la dureté et de l’ingratitude de ce magnifique métier. Alors, cessons de faire des enseignants les boucs émissaires de tous les dysfonctionnements de la société française
.

S’ils sont aujourd’hui confrontés à des jeunes particulièrement violents et difficiles à capter, à entraîner, pourquoi leur en attribuer l’entière et intégrale responsabilité ?

N’est-ce pas prioritairement aux familles, au père et (ou) à la mère d’éduquer l’enfant, le jeune, pour le rendre moins « brut de décoffrage » ! Pour l’initier aux droits et devoirs de la vie sociale. Pour que son voisinage ne soit pas l’enfer.

C’est nécessaire de le rappeler à un moment où les professeurs ne se sentent pas assez écoutés, reconnus, représentés, défendus.

Ce n’est pas d’ailleurs tout à fait faux car la réalité des témoignages sur le fonctionnement actuel de l’école est plus qu’édifiante. Totalement alarmante sur les dérives graves de notre société, où se manient comme un refrain permanent et habituel insultes, incivilités, injures racistes et comportements grossiers voire délictuels.

Les Français doivent changer de regard sur le monde enseignant. Etre moins injustes. A charge pour les fonctionnaires de l’Education Nationale en retour, de ne pas instruire de faux-procès.

Personne dans la majorité ou dans l’équipe gouvernementale actuelle ne veut « démanteler », « privatiser » l’Education Nationale. Oui, « l’Education Nationale » ! Que les syndicats veuillent bien reconnaître que dans notre esprit ces deux termes sont sincèrement accolés car ils riment bien sûr avec égalité des chances.

*  *  *

Prolonger les réformes déjà engagées pour ce qui touche à l’équipement, à l’entretien, à la rénovation des établissements, ne remet absolument pas en cause la compétence de l’Etat pour la délivrance des diplômes, le déroulement des carrières, les principes et le contenu de la pédagogie.

Halte à la désinformation, à la caricature de nos intentions.

Quant aux fonctions sociales et médicales, qui peut prétendre aujourd’hui que l’Etat les assume correctement ? Qui peut sincèrement s’insurger contre la responsabilisation du département en la matière, puisque c’est déjà une de ses compétences pour d’autres catégories sociales ?

Je me souviens du débat parlementaire que nous avions eu sur la nécessité ou non d’une prescription médicale pour la « pilule du lendemain ». L’insuffisance malheureusement constatée de la médecine scolaire nous avait contraints à court-circuiter le corps médical et à s’en remettre au personnel infirmier pour éviter qu’un délai ne complique drastiquement la question. Il est donc urgent de renforcer l’exercice concret de ces responsabilités.

Comment ne pas souhaiter que l’école soit véritablement le pivot ET de la transmission du savoir ET de l’éducation à tous les sens du terme. Qu’elle soit ouverte à de nombreux partenaires publics. Je pense notamment aux secouristes de la Croix Rouge ou du Corps des Sapeurs Pompiers qui pourraient utilement former à leur « science » si précieuse tous les jeunes Français au collège. Sans aucune exception.

C’est un exemple parmi tant d’autres de ce qu’il faudrait développer pour que se scelle une réconciliation définitive entre les Français et leur école, les Français et leurs enseignants.

*  *  *

La sémantique en politique est très importante. De ce point de vue, le terme de décentralisation ne revêt pas en lui-même de valeur concrète pour nos concitoyens.

Pour susciter ou renforcer leur adhésion, préférons parler de proximité, d’obligation de résultats, de responsabilité, de contrôle de l’action, de souplesse, d’expérimentation. De clarification des compétences

.

Jean-Pierre Raffarin a parfaitement raison d’insister sur cette priorité politique, même si elle n’apparaît pas comme telle immédiatement aux Français.

Certains de nos compatriotes se disent que tout pouvoir autre que le leur sera de toute façon lointain, aveugle, coûteux, impuissant. Inapte à comprendre. A diagnostiquer. A traiter. Définitivement étranger à la réforme, à l’action.

*  *  *

Chacun, à tous les niveaux, doit être véritablement au cœur de la mêlée. Là où les difficultés, en s’accumulant, créent la désespérance, l’exaspération. Parfois même la violence.

Ministres, élus du suffrage universel, tous ceux qui prétendent assumer une fonction et une responsabilité, nous devons en permanence témoigner, représenter, décider. La Déclaration des Droits de l’Homme le prévoit en stipulant que « toute distinction sociale doit être fondée sur l’utilité commune »… Alors ! Au contact ! Non pas à l’abordage, mais à la passerelle pour faire face au gros temps !

*  *  *

Devoir de dialogue, droit de grève, « droit au bac », tels sont les trois éléments décisifs des heures qui s’annoncent et que va rythmer l’actualité « politique », au sens plus que jamais de vie de la cité, c’est à dire vie de chacun.

Les difficultés et les doutes du métier d’enseignant trouvent ici comme limite les affres du jeune à l’avant-veille du bac, d’un examen, d’un concours, qui attend légitimement d’être étalonné sans retard ni attente et qui ne peut accepter d’être ajourné à cause d’autrui.

Le bon point d’équilibre entre les exigences contradictoires n’est pas facile à obtenir. Ce sera le triomphe du vivre ensemble transcendé et réussi, si chacun y trouve son compte.

Ce sera l’amorce de règlements de comptes, de représailles et d’anathèmes, si tous ont le sentiment « en fin de course » d’avoir perdu.

Faudra-t-il un « sacrifice » pour y parvenir ?

Ce sera peut-être aussi injuste que nécessaire.

RDDV invité de Valérie LECASBLE sur BFM

24 juin 2003

Il y a une discussion sur les jours de grève. Le samedi/ dimanches et les jours fériés ne rentrent pas dans la même logique. Mais le principe très tangible qui est celui de la loi est que les jours de grève ne sont pas payés… Valérie LECASBLE : “Renaud DONNEDIEU DE VABRES, Porte-Parole de l’UMP et Secrétaire Général Adjoint, bonjour”

Renaud DONNEDIEU DE VABRES : “ Bonjour !”

Valérie LECASBLE : “En incarcérant José BOVE, Le Gouvernement a pris le risque de relancer la contestation sociale, est-ce que c’était vraiment indispensable ? Raffarin venait de prôner l’apaisement.”

Renaud DONNEDIEU DE VABRES : “C’était tout simplement l’application nécessaire de la loi. Il y a eu une décision de justice et le Gouvernement là-dessus n’est pas autonome. Il ne peut pas appliquer ou ne pas appliquer une décision de justice. Elle s’impose à lui. Mais c’est José BOVE qui a choisi les formes. Ses avocats ou lui-même auraient pu discuter avec le Juge d’application des peines parce qu’il est condamné à une durée qui lui permet d’avoir des amodiations ou d’aller uniquement le soir dans une maison d’arrêt. Mais c’est lui-même qui n’a pas voulu discuter avec les pouvoirs publics. Ses amis avaient prévenus qu’ils utiliseraient le cas échéant la force pour éviter l’incarcération. On se trouve face à un problème. Dans notre pays la liberté d’expression est totalement légitime. Les gens ont le droit de manifester. C’est bien ! »

Valérie LECASBLE : «  Tous les syndicalistes sont contre cette incarcération »

Renaud DONNEDIEU DE VABRES : «  Mais il y a une ligne jaune à ne pas dépasser. On n’est pas obligé de devenir casseur, de commettre des délits pour se faire entendre.»

Valérie LECASBLE :  « La FNSEA, Renaud DONNEDIEU DE VABRES, cela leur arrive aussi parfois »

Renaud DONNEDIEU DE VABRES
:  «  Il y a le principe de l’opportunité des poursuites. C’est le parquet qui déclenche une information judiciaire. Il ne faut pas dire qu’il n’y a pas de liberté d’expression mais là, la ligne jaune a été dépassée. C’est l’application de la loi. La justice aurait hurlé si la décision n’avait pas été appliquée. »

Valérie LECASBLE : « Vous voulez dire que c’est la même loi pour tout le monde. Vous voulez dire que dès qu’un agriculteur ira saccager un endroit, on lui appliquera la loi.»

Renaud DONNEDIEU DE VABRES :  « Il n’y a pas besoin de saccager pour être entendu ! Qu’ils viennent discuter avec les parlementaires, les élus, le Gouvernement. José BOVE lui-même a été reçu par le Ministre de l’agriculture. On n’a pas besoin de saccager pour être entendu et pour faire prévaloir son point de vue! Il y a des rendez-vous institutionnels. »

Valérie LECASBLE : « Vous avez dit que le 14 Juillet il pourrait y avoir une grâce présidentielle »

Renaud DONNEDIEU DE VABRES :  «  Il faut être très précis sur ce point. Parfois les gens ne savent pas de quoi il s’agit. Tous les 14 Juillet, le Président de la République prend une décision qui est un décret de réduction de peine pour toutes les personnes, sans exception, condamnées à un certain nombre de mois d’emprisonnement. Cette décision peut s’appliquer pour d’autres, et pour José BOVE également. Et puis il y a un autre sujet sur lequel je ne m’aventurerai pas aujourd’hui car malheureusement pour moi, et cela ne vous a pas échappé, que je ne suis pas Président de la République, qui est la question de la grâce présidentielle. C’est un sujet sur lequel je ne me risquerais pas. »

Valérie LECASBLE :  « Une question néanmoins, s’il bénéficiait de cette grâce présidentielle le 14 juillet, c’est à dire dans un peu plus de deux semaines, est-ce que cela valait bien la peine de faire tout ce “ cirque ” ? »

Renaud DONNEDIEU DE VABRES
:  « Il fallait appliquer la loi. C’est José BOVE lui-même qui a choisi les formes de l’exécution de justice. »

Valérie LECASBLE : « D’accord. On vous a compris. Alors, tout cela a déclenché des réactions dans la presse et on vous appelle, le Gouvernement et l’UMP, le Gouvernement de la tolérance 0. Non paiement des jours de grève, sans papiers immigrés que l’on renvoie chez eux, José BOVE, maintenant on parle d’interdire le port du voile à l’école. Est-ce que le mot intolérance est le nouveau mot que l’on emploi pour qualifier le Gouvernement ? Est-ce que c’est “un autoritarisme marketing” en quelque sorte ? »

Renaud DONNEDIEU DE VABRES : « Non c’est tout simplement le respect nécessaire des principes de la République. Je crois que mai 68 c’était très bien sur le plan de la liberté personnelle, de la liberté individuelle mais par ailleurs, il faut tourner un certain nombre de pages parce que la confusion des genres, le communautariste, toutes sortes de dérapages nous ne pouvons plus les accepter. Les enseignants eux-mêmes nous le disent. Il sont confrontés à beaucoup de violence à l’intérieur de l’école, dans leur classe. Il faut rappeler les principes républicains du droit de la personne, l‘égalité entre l’homme et la femme. C’est aberrant de le refaire en ce début de 21ème siècle. Mais c’est une urgence ! Vous avez dans notre pays des dérives communautarismes, racistes et antisémites qui sont graves. Oui, sur cela nous voulons rappeler par humanisme, un certain nombre de principes républicains. Nous ne sommes pas des « réacs » ! Nous sommes des humanistes qui croyons en les valeurs de la République. »

Valérie LECASBLE : «  Les enseignants dont vous parlez vous ont demandé le paiement des jours de grève que Luc Ferry leur, a en partie, accordé. »

Renaud DONNEDIEU DE VABRES : « Là-dessus, il y a une discussion sur les jours de grève. Le samedi/ dimanches et les jours fériés ne rentrent pas dans la même logique. Mais le principe très tangible qui est celui de la loi est que les jours de grève ne sont pas payés. »

Valérie LECASBLE : «  Y compris pour les enseignants ? »

Renaud DONNEDIEU DE VABRES : «  Y compris pour les enseignants. »

Valérie LECASBLE :  «  Hier Jacques Chirac a annoncé qu’il allait poursuivre la baisse de l’impôt sur le revenu, pourtant cette première baisse n’a relancé ni la croissance, ni la consommation. »

Renaud DONNEDIEU DE VABRES : « Peut-être n’était-elle pas suffisante. Et que l’on n’ a pas pu franchir d’emblée toute les étapes à franchir. De quoi s’agit-il ? Ce n’est pas une mesure idéologique. Nous ne sommes pas des ultra libéraux. Nous ne faisons pas cela par théorie politique. Il y a deux raisons. La première : c’est qu’il doit y avoir une juste rémunération du travail et de l’effort. Et si les gens qui “bossent” ont le sentiment ensuite qu’ils sont spoliés des fruits de leur travail et de leurs efforts, et bien, ils partent de France. C’est une vérité tangible que l’on constate et ce n’est pas la peine de la nier. La deuxième : c’est que l’on compte sur cette mesure pour relancer la croissance. Cela veut dire que la marge de manœuvre financière dégagée par chaque ménage soit utilisée par chaque ménage pour faire des travaux dans la maison ou acheter une voiture, bref faire un certain nombre de dépenses qui relanceront l’économie. »

Valérie LECASBLE : «  Ce matin, François Hollande vous a reproché de réserver vos mesures aux riches »

Renaud DONNEDIEU DE VABRES : «  C’est ridicule comme argument ! L’impôt sur le revenu est payé par un Français sur deux. Baisser l’impôt sur le revenu concerne donc un Français sur deux. Ce sont des gens pénalisés. Je considère que le choix que nous avons fait de la baisse de l’impôt sur le revenu, objectif fixé par le Président de la République au moment de la campagne présidentielle, est un choix juste et nous ferons tout pour le maintenir parce qu’encore une fois, il est normal que les gens qui font des efforts pour travailler puissent bénéficier de leurs efforts. En restant solidaires parce qu’en même temps, ils continuent à payer tous leurs impôts et taxes directes ou indirectes. »

 « (…)Il faut que le parti socialiste arrête de critiquer et fasse des propositions. La réforme des retraites n’est pas un problème politique. Nous essayons de trouver un système applicable pour tous les Français. Donc aujourd’hui, il y a des manœuvres dilatoires alors cela peut donner l’impression d’un spectacle un peu pitoyable avec des suspensions de séances. Il ne faut surtout pas donner le sentiment que la majorité présidentielle ne veut pas du dialogue. Nous sommes patients et déterminés. On ira jusqu’au bout. Comme vous savez la session se termine le 30 Juin. »

Valérie LECASBLE : «  Cela a été reporté le 30 Juin. Y aura-t-il un session extraordinaire ? »

Renaud DONNEDIEU DE VABRES
:  «  C’est le Président de la République qui décidera s’il fera ou non une session extraordinaire. »

Valérie LECASBLE : «  On n’y coupera pas, Renaud DONNEDIEU DE VABRES »

Renaud DONNEDIEU DE VABRES : « C’est probable, mais c’est au Président de la République de décider s’il y aura une session, de la durée de cette session extraordinaire et de l’ordre du jour. Il y a la réforme des retraites et aussi d’autres textes très importants sur la maîtrise de l’immigration. Et je ne sais pas à l’heure où je vous parle l’ordre du jour de nos travaux de juillet, tout simplement parce qu’en ce moment nous sommes à la manœuvre pour terminer l’examen de la réforme des retraites. »

Valérie LECASBLE : «  Certains semblent exaspérés. Il y a des petits « couacs » par exemple François FILLON aimerait bien que Jean-Louis DEBRE prolonge la séance. Vendredi dernier les députés étaient prêts à rester toute la nuit alors du coup les esprits s’échauffent . »

Renaud DONNEDIEU DE VABES : «  On a sur nos épaules une obligation de résultats, de respect des autres parce que nous ne sommes pas des gens brutaux . Si chacun peut s’exprimer, c’est bien. C’est le signe d’une grande démocratie. Mais on voudrait que ce temps soit vraiment utilisé à faire de vraies propositions. Que propose François Hollande ? »

Valérie LECSABLE : « Le 49.3 on n’en parle toujours pas ? »

Renaud DONNEDIEU DE VABRES : «  Non ! »

Valérie LECASBLE : «  On n’en parlera pas ? »

Renaud DONNEDIEU DE VABRES : «  Ce n’est pas à moi de le dire. Je n’en sait strictement rien mais je souhaite l’éviter. Parce que je souhaite que le dialogue puisse aboutir enfin à un résultat. »

Valérie LECASBLE : «  De plus en plus souvent il n’y a pas de quorum et si l’on continue comme cela, ça ne va pas s’arranger. »

Renaud DONNEDIEU DE VABRES :  «  Vous savez,  on organise un tour de permanence parce qu’on ne peut pas travailler à 577 dans l’hémicycle. Mais il faut que vous compreniez bien les choses parce que c’est notre attitude politique. Cette majorité a été élue dans des circonstances très particulières. Un Français sur deux a fait un bras d’honneur à la politique classique en disant aux élus « vous ne servez à rien !»  Nous, nous avons ça en permanence dans le crâne. Parlementaires et Gouvernement ont un certain nombre de réformes à réussir, de principes à restaurer dans notre pays. On le fera au bon rythme et je trouve que de ce point de vue là, la méthode utilisée par Raffarin est juste et équilibrée parce que l’on ne s’est pas précipité. On a pris du temps. Il faudra tenir cet état d’esprit pour des réformes à venir. »

Valérie LECASBLE : «  Et la méthode Raffarin quand il va en Corse et qu’il se trouve juché sur une chaise, est-ce que c’était ça qu’il fallait faire ? »

Renaud DONNEDIEU DE VABRES : «  En tout cas, il est au contact, rien dans la réalité ne me choque. Quand les gens s’expriment, c’est bien. Mais il pourraient le faire de façon plus respectueuse du droit de la majorité et de l’opposition. Encore une fois, les gens manifestent et c’est normal, mais qu’ils n’empêchent pas une réunion publique, c’est choquant et scandaleux, et attentatoire aux libertés essentielles de notre République ! Et j’allais dire encore plus lorsqu’il s’agit d’enseignants qui ont à charge d’élever la jeunesse de France dans le culte du respect de la démocratie et du pluralisme. Parce que ce sont des valeurs essentielles. Qu’ils s’expriment c’est très bien. Mais il faudrait se concentrer sur la question qui est posée. Les institutions de la Corse. C’est  une République intelligente. »

Valérie LECASBLE : « Justement ce que l’on vous reproche c’est d’avoir fait ça au moment où il y avait la contestation sociale. »

Renaud DONNEDIEU DE VABRES
:  «  Il y aura toujours des contestations sociales. Nous sommes dans une période “chaude”. Est-ce que vous croyez un seul instant que l’on va arriver dans une période où il n’y aura plus un chômeur et plus un problème social dans notre pays ? C’est une consultation sur les institutions corses. Elle est tout à fait nécessaire. Nous souhaitons que les Français qui sont électeurs en Corse se concentrent sur la question qu’on leur pose. Ce n’est pas un plébiscite. C’est une question sur les institutions. »   

Valérie LECASBLE :  «  Et si le 6 Juillet… »

Renaud DONNEDIEU DE VABRES : «  Attendez, on va tout faire pour que ce soit oui ! »

Valérie LECASBLE :  «  Et si c’était non le 6 Juillet ? »

Renaud DONNEDIEU DE VABRES
:  « On va tout faire pour que ce soit oui ! »

Valérie LECASBLE :  «  Et si c’était non »

Renaud DONNEDIEU DE VABRES
:  « On va tout faire pour que ce soit oui ! »

Valérie LECASBLE :  «  Quelques petites questions pour finir. Pour les élections européennes de 2004, on dit que c’est Michel BARNIER qui pourrait être la locomotive, vous le confirmez ? »

Renaud DONNEDIEU DE VABRES : «  Vous savez les élections vont se passer dans de grandes régions »

Valérie LECASBLE : «  Mais il y aura quand même une grande locomotive nationale »

Renaud DONNEDIEU DE VABRES :  «  Tout le monde doit être locomotive. Il faut sortir l’Europe du côté élitiste dans lequel elle est un peu trop enfermée. Il faut que les Français comprennent mieux les enjeux européens. Donc il faut que tout le monde, tous les militants, les élus, les parlementaires, les ministres, tout le monde doit “ aller au charbon ” pour convaincre nos concitoyens de l’utilité de l’Europe .»

Valérie LECASBLE : «  Michel BARNIER en tête ? »

Renaud DONNEDIEU DE VABRES : «  Bien sûr mais tout le monde. Pas uniquement Michel, mais tout le monde ! »

Valérie LECASBLE : «  Mais cet automne il y aura Congrès de l’UMP, on parle de Lille pour l’accueillir, parce que Lille pourrait peut-être basculer à droite. Pour l’instant c’est une ville de gauche. »

Renaud DONNEDIEU DE VABRES : «  Ecoutez vous êtes mieux informée que moi. Donc je vais me renseigner auprès d’Alain Juppé en quittant vos studios. La décision n’est pas encore prise. Ca fait partie des possibilités. Mais il y en a d’autres. On ne le sait pas encore. »

Valérie LECASBLE : «  On parle d’un jeune qui monte en ce moment à l’UMP, Nicolas DUPONT-AIGNAN, il a l’air de fédérer autour de lui, des courants, des souverainistes. Du coup vous gardez des pasquaïens avec vous. »

Renaud DONNEDIEU DE VABRES : «  Il y a un droit permanent au débat à l’UMP. Donc c’est très bien qu’il y ait des gens différents qui puissent s’exprimer, on n’est pas une caserne ! On est un lieu ouvert où chacun doit se sentir à l’aise. Nicolas DUPONT-AIGNAN comme d’autres. Vous avez bien vu il y quelques semaines, il y a eu le débat sur le rythme de la réforme, il y avait une aile un peu impatiente qui se manifestait. C’est très bien qu’ils s’expriment. Mais le rythme était le bon nous n’avons pas été brutaux. On est tenu par notre célèbre “obligation de résultat ” et on aura ce résultat ! »

Valérie LECASBLE : «  Un seul mot pour terminer. »

Renaud DONNEDIEU DE VABRES : «  Nous sommes attentifs à ce qui se passe dans l’opinion publique, attentifs aux mouvements sociaux mais on a un objectif politique que l’on tiendra ! »

Valérie LECASBLE :  «  Merci Renaud DONNEDIEU DE VABRES , (…) et pour finir vous avez votre propre site internet, rappelez-nous l’adresse. »

Renaud DONNEDIEU DE VABRES
: «  rddv.com »

Elargissement

23 juin 2003

10 millions d’hommes et de femmes ont ce week-end rappelé la force du peuple, du suffrage universel, du vote. Les pas sur les chaussées des grandes capitales du monde sont les nouveaux bulletins de vote des temps actuels. Sans les règles qui garantissent la représentativité, mais avec la réalité et la force de la spontanéité et souvent de la générosité.

Ce retour en force du principe démocratique est salutaire. Les dirigeants ne tiennent en effet leur légitimité que du vote. Les décisions politiques, leur force et leur réalité que de la ratification par le Parlement ou par les citoyens eux-mêmes. C’est vrai pour l’attitude à adopter dans la crise irakienne. C’est aussi vrai pour le futur débat sur l’élargissement de l’Union européenne qui s’annonce.

Attention à l’absence de sincérité et d’engagement véritable des nouveaux candidats à l’Union européenne ! Attention aux décisions qui choquent à juste titre les « vieux » Européens ! L’exemple polonais, où le gouvernement après avoir âprement discuté le chèque agricole achète dans la même foulée les F 16 américains…, est à cet égard un cas d’école parfait de ce que la décence politique bien comprise devrait permettre d’éviter. La liberté des échanges commerciaux existe bien sûr. La provocation reste un risque que certains devront assumer.

Le raidissement des opinions publiques des 15 que nous appréhendons et que nous constatons risque de se nourrir d’un comportement européen, à éclipses, à géométrie variable, au gré des influences, des intérêts conjoncturels, des pressions plus ou moins déguisées.

La réunification de l’Europe est certes autant une chance qu’un devoir, une opportunité nouvelle qu’un défi. Pour rassembler et susciter l’adhésion générale, pour triompher des égoïsmes et des frilosités toujours présentes, un peu d’intelligence, un minimum d’habilité de la part des impétrants actuels ou futurs n’est pas superflu…

Le bras d’honneur est à radier de la liste des prescriptions politiques remboursées par le système européen… Ce n’est pas entretenir un climat d’affrontement artificiel bloc américain contre bloc européen que de le rappeler ces jours-ci !

Le Président de la République française, Jacques Chirac, a eu raison lundi de rappeler à l’ordre les « nouveaux », en stigmatisant leur « inconscience des dangers que comportait un trop rapide alignement sur la position américaine. »

La concertation entre Européens est une priorité. Elle ne signifie pas l’alignement automatique, l’esprit de caserne. Elle doit être un réflexe, surtout pour les pays comme la Roumanie et la Bulgarie dont l’adhésion a été repoussée à au moins 2007.

Elle est une prudence dès lors qu’il va nous falloir convaincre dans chacun des 15 pays actuellement membres de l’Union européenne.

Certains choisiront la voie parlementaire pour ratifier l’élargissement. D’autres le référendum, plus fort et solennel mais plus incertain et précaire. La démarche des futurs membres et des candidats risque dans cette perspective de renforcer un sentiment d’hostilité au sein des opinions publiques.

« Or il suffit d’un seul pays qui ne ratifie pas par référendum pour que ça ne marche pas. »

Pour que s’enclenche la dynamique européenne, aujourd’hui contrecarrée par les divergences politiques relatives à la légitimité de l’intervention armée en Irak, un peu de rigueur s’impose.

Sans redéfinition des priorités politiques réelles, l’Europe peut offrir de nombreuses brèches dans lesquelles s’engouffrent ceux qui redoutent la puissance de notre union. Jacques Chirac a eu raison de le rappeler avec l’autorité de son expérience.

Education

23 juin 2003

Je n’oublierai jamais mon « prof » de philo ! J’ai même failli provoquer un accident de la circulation en l’apercevant en train de marcher seul au bord de la chaussée, il y a quelques années de cela. J’ai freiné net. Je me suis arrêté. Tout simplement pour le saluer. Pour reprendre un coup de rayonnement humain et intellectuel exceptionnel. Pour le remercier. Pour lui dire que je ne l’oublierai jamais. Sans être excessivement cabot, j’ai eu grâce à lui une excellente note en philosophie au bac ! Le sujet était : « Peut-on affirmer que tout acte est volontaire ? » ! Mais ce n’est pas mon orgueil qui m’a conduit à cette spontanéité peut-être naïve ou puérile. C’est que le pouvoir, l’aura, l’influence d’un grand « prof » laissent une trace indélébile.

En préparant le Conseil interministériel de l’après-midi et l’intervention télévisuelle de la fin de journée, nul doute que le Premier Ministre Jean-Pierre Raffarin se souviendra de ses anciens
« maîtres ».

En s’exprimant, il pensera forcément aux meilleurs d’entre eux, avec peut-être la fierté de leur prouver qu’il n’est pas un « chaînon manquant » ! Qu’il a su porter au plus haut leurs préceptes, leurs exigences !

Comme, ce soir, le fit l’immense virtuose de renommée mondiale, Evgueni Kissin, en dédiant son concert au Théâtre des Champs Elysées à « sa » professeur de piano, Anna Kantor, qui fêtait ses 80 ans. La fougue et la maîtrise rares de ce pianiste exceptionnel ont certainement été décuplées par la présence dans la salle électrique de celle qu’il reconnaît comme son seul maître. « Elle m’a tout appris » a-t-il aimé rappeler.

Souhaitons, soit dit en passant…, que cet hommage se tienne de nouveau un jour dans la célèbre Grange de Meslay – ce lieu sublime où continue de « régner » l’âme de Richter -, dont la vocation musicale doit renaître du mépris où elle est malheureusement enfermée. Par la faute de l’actuelle équipe municipale de Tours. Qui commet une faute sacrilège, privant notre ville de son statut de véritable capitale culturelle et économique de la vallée de la Loire.

* * *

Souvenez-vous, vous qui avez la gentillesse de me lire ! Chacun d’entre nous a d’un ancien professeur une image, un visage, une histoire en tête.

Ce pouvoir suscité, fécond et durable, est la récompense de la dureté et de l’ingratitude de ce magnifique métier. Alors, cessons de faire des enseignants les boucs émissaires de tous les dysfonctionnements de la société française.

S’ils sont aujourd’hui confrontés à des jeunes particulièrement violents et difficiles à capter, à entraîner, pourquoi leur en attribuer l’entière et intégrale responsabilité ?

N’est-ce pas prioritairement aux familles, au père et (ou) à la mère d’éduquer l’enfant, le jeune, pour le rendre moins « brut de décoffrage » ! Pour l’initier aux droits et devoirs de la vie sociale. Pour que son voisinage ne soit pas l’enfer.

C’est nécessaire de le rappeler à un moment où les professeurs ne se sentent pas assez écoutés, reconnus, représentés, défendus.

Ce n’est pas d’ailleurs tout à fait faux car la réalité des témoignages sur le fonctionnement actuel de l’école est plus qu’édifiante. Totalement alarmante sur les dérives graves de notre société, où se manient comme un refrain permanent et habituel insultes, incivilités, injures racistes et comportements grossiers voire délictuels.

Les Français doivent changer de regard sur le monde enseignant. Etre moins injustes. A charge pour les fonctionnaires de l’Education Nationale en retour, de ne pas instruire de faux-procès.

Personne dans la majorité ou dans l’équipe gouvernementale actuelle ne veut « démanteler », « privatiser » l’Education Nationale. Oui, « l’Education Nationale » ! Que les syndicats veuillent bien reconnaître que dans notre esprit ces deux termes sont sincèrement accolés car ils riment bien sûr avec égalité des chances.

* * *

Prolonger les réformes déjà engagées pour ce qui touche à l’équipement, à l’entretien, à la rénovation des établissements, ne remet absolument pas en cause la compétence de l’Etat pour la délivrance des diplômes, le déroulement des carrières, les principes et le contenu de la pédagogie.

Halte à la désinformation, à la caricature de nos intentions.

Quant aux fonctions sociales et médicales, qui peut prétendre aujourd’hui que l’Etat les assume correctement ? Qui peut sincèrement s’insurger contre la responsabilisation du département en la matière, puisque c’est déjà une de ses compétences pour d’autres catégories sociales ?

Je me souviens du débat parlementaire que nous avions eu sur la nécessité ou non d’une prescription médicale pour la « pilule du lendemain ». L’insuffisance malheureusement constatée de la médecine scolaire nous avait contraints à court-circuiter le corps médical et à s’en remettre au personnel infirmier pour éviter qu’un délai ne complique drastiquement la question. Il est donc urgent de renforcer l’exercice concret de ces responsabilités.

Comment ne pas souhaiter que l’école soit véritablement le pivot ET de la transmission du savoir ET de l’éducation à tous les sens du terme. Qu’elle soit ouverte à de nombreux partenaires publics. Je pense notamment aux secouristes de la Croix Rouge ou du Corps des Sapeurs Pompiers qui pourraient utilement former à leur « science » si précieuse tous les jeunes Français au collège. Sans aucune exception.

C’est un exemple parmi tant d’autres de ce qu’il faudrait développer pour que se scelle une réconciliation définitive entre les Français et leur école, les Français et leurs enseignants.

* * *

La sémantique en politique est très importante. De ce point de vue, le terme de décentralisation ne revêt pas en lui-même de valeur concrète pour nos concitoyens.

Pour susciter ou renforcer leur adhésion, préférons parler de proximité, d’obligation de résultats, de responsabilité, de contrôle de l’action, de souplesse, d’expérimentation. De clarification des compétences .

Jean-Pierre Raffarin a parfaitement raison d’insister sur cette priorité politique, même si elle n’apparaît pas comme telle immédiatement aux Français.

Certains de nos compatriotes se disent que tout pouvoir autre que le leur sera de toute façon lointain, aveugle, coûteux, impuissant. Inapte à comprendre. A diagnostiquer. A traiter. Définitivement étranger à la réforme, à l’action.

* * *

Chacun, à tous les niveaux, doit être véritablement au cur de la mêlée. Là où les difficultés, en s’accumulant, créent la désespérance, l’exaspération. Parfois même la violence.

Ministres, élus du suffrage universel, tous ceux qui prétendent assumer une fonction et une responsabilité, nous devons en permanence témoigner, représenter, décider. La Déclaration des Droits de l’Homme le prévoit en stipulant que « toute distinction sociale doit être fondée sur l’utilité commune »… Alors ! Au contact ! Non pas à l’abordage, mais à la passerelle pour faire face au gros temps !

* * *

Devoir de dialogue, droit de grève, « droit au bac », tels sont les trois éléments décisifs des heures qui s’annoncent et que va rythmer l’actualité « politique », au sens plus que jamais de vie de la cité, c’est à dire vie de chacun.

Les difficultés et les doutes du métier d’enseignant trouvent ici comme limite les affres du jeune à l’avant-veille du bac, d’un examen, d’un concours, qui attend légitimement d’être étalonné sans retard ni attente et qui ne peut accepter d’être ajourné à cause d’autrui.

Le bon point d’équilibre entre les exigences contradictoires n’est pas facile à obtenir. Ce sera le triomphe du vivre ensemble transcendé et réussi, si chacun y trouve son compte.

Ce sera l’amorce de règlements de comptes, de représailles et d’anathèmes, si tous ont le sentiment « en fin de course » d’avoir perdu.

Faudra-t-il un « sacrifice » pour y parvenir ?

Ce sera peut-être aussi injuste que nécessaire.

Représenter les courants de l’Islam, mais également les laïcs du Sud de la Méditerranée !

23 juin 2003

Le score obtenu par l’UOIF – qui ne doit pas devenir le partenaire privilégié des pouvoirs publics – est  évidemment inquiétant car il semble traduire une vision beaucoup plus conflictuelle. Antagoniste. Un vrai choc de civilisations qui s’annonce, en se préparant en douceur. Un schéma de rupture et d’affrontement qu’il faut à tout prix éviter. Où la religion peut faire office de constitution politique… L’annonce des résultats de la consultation régionale pour la représentation du culte musulman a suscité à bon droit de nombreuses réactions.

Chacun ressent confusément une gêne face à la “réalité électorale” qui apparaît au grand jour. Les courants les plus rigoureux de l’Islam sont en France prépondérants. De là naît la peur de l’impossibilité d’une vraie intégration de certains citoyens français de religion musulmane plus enclins au respect des codes rituels qu’aux lois de la République.

Le recteur de la Mosquée de Paris, Dalil Boubakeur, est à cet égard direct en posant carrément la question de sa démission de la présidence du Conseil Français du Culte Musulman : “je ne peux pas cautionner une instance où vont dominer les intégristes. La société française doit se réveiller : nul n’est à l’abri d’une déferlante islamiste”.

Faux procès ? Fantasmes ? Constat cruel ? Comme toujours, les choses ne sont pas aussi simples ou purement binaires.

Nicolas Sarkozy a raison de souhaiter un islam de France, de croire possible une sorte de géographie de la religion aboutissant à un mariage heureux entre la loi française et les préceptes du Coran, d’agir concrètement pour que le culte musulman ne soit pas enfermé dans les caves et les sous-sols souvent indignes.

Et pour autant, le score obtenu par l’UOIF – qui ne doit pas devenir le partenaire privilégié des pouvoirs publics – est  évidemment inquiétant car il semble traduire une vision beaucoup plus conflictuelle. Antagoniste. Un vrai choc de civilisations qui s’annonce, en se préparant en douceur. Un schéma de rupture et d’affrontement qu’il faut à tout prix éviter. Où la religion peut faire office de constitution politique.

 Toutes les bornes sont parfois franchies. Il est ainsi édifiant et scandaleux d’apprendre qu’au Département arabe de l’Institut National des Langues Orientales des élèves ont refusé qu’une spécialiste de l’islamologie lise des versets du Coran prétextant que c’est interdit aux femmes non musulmanes. Ca suffit !

***

Le fait que de nombreux jeunes puissent se réclamer d’une affiliation qui tangente l’intégrisme prouve l’urgence qu’il y a à ce que chacun puisse tout à la fois identifier ses racines, ce qui est nécessaire et légitime, et se sentir, au sens fort et plein du terme “enfant de la République”, c’est à dire capable de réussir et de se sentir à l’aise dans les lois du sol français où il est d’ailleurs souvent né…

Ce qui suppose que nous sachions réaffirmer avec fierté et sans aucune repentance la valeur des droits de l’homme, de nos principes démocratiques et républicains, du respect dû à la personne humaine, aux hommes comme aux femmes d’égale dignité.

Il y a urgence, car l’édifice paraît se lézarder. La France est parfois méconnaissable, au sens où elle ne ressemble pas à ce que nous voudrions qu’elle fût : un pays fort, humaniste, rayonnant d’une pratique effective de nos valeurs communes. Et non une constellation de communautés voisines, puis rivales, avant d’être franchement hostiles.

Un lavage de cerveau au “savon républicain” est vraiment nécessaire. Non pour gommer les cultures, les traditions, les origines, mais pour les situer dans une perspective dynamique et positive, comme un apport, une “fondation”. Et non un mausolée où l’air ne rentre pas, où chacun rétrécit, se recroqueville et ne supporte plus “l’autre”. Quel que soit l’autre, qui devient “en soi” intolérable, étranger, interdit de cité, frappé d’indignité.

Oui, il est vraiment impératif de prendre conscience des dangers extrêmes du fanatisme, de l’intégrisme, du communautarisme pratiqué jusqu’à l’absurde, c’est à dire la négation de toute altérité.

Impératif également de retisser des liens solides et fraternels entre tous les citoyens de notre pays. Ce qui suppose le respect d’autrui, mais également l’acceptation sans aucune restriction de la “loi supérieure”, cet ensemble de préceptes et de valeurs qui fondent la République française que nous aimons. Que nous devons aimer ou alors que nous devons quitter… pour adapter à la France une maxime d’origine américaine !

***

Organiser le culte musulman dans notre pays est une obligation morale, tant il est vrai que chaque religion doit avoir “droit de cité”, c’est à dire pouvoir être pratiquée dans des lieux ouverts, accessibles, décents, beaux. De ce point de vue, le Conseil Français du Culte Musulman est tout à fait primordial. Son existence, attendue, est en elle-même la reconnaissance et l’acceptation de ce principe concret d’égalité. Une irruption féconde pour régulariser des anomalies choquantes.

Mais il ne faut pas qu’une institution chargée des questions religieuses franchisse le périmètre du laïc, où la légitimité doit être exclusivement politique c’est à dire issue du suffrage universel, sans aucune exclusive autre que la nationalité.

Que le CFCM se saisisse  de la question du foulard islamique, “baptisé” voile de manière plus provocatrice…, et de son régime d’autorisation permettra de faire le point sur la part religieuse du problème. C’est utile et intéressant car sera débattu par là-même le cumul-conflit entre pratique religieuse et mode de vie, entre rite et civilisation, entre le temporel et le spirituel. Ne sera pas pour autant épuisée l’intégralité du sujet : d’autres religions sont concernées. Et au delà des aspects spirituels, des considérations philosophiques, civiques et politiques doivent primer. Et emporter la décision.

Au nom de principes “géographiques”,  inscrits dans le sol de la Nation française. Politique au sens universel et transversal du terme. Ancrés dans la réalité de notre histoire, de nos traditions, de nos coutumes. Et “bousculés” par l’évolution nécessaire sans pour autant sombrer dans un maelström confus, indéfini et donc vulnérable. Dans une confusion générale où finissent par triompher les idéologues, les sectaires et les fanatiques. Où le camp de ces nouveaux trotskistes peut l’emporter sur la masse des “sans”. Sans foi, sans conviction, sans appétit spirituel, sans réflexe civique. Nous… Si nous n’y prenons garde et si nous ne nous réveillons pas !

***

La culture méditerranéenne de la France ne fait pas de notre pays un Etat musulman. Il faut donc créer à côté du CFCM une instance laïque, représentant les origines “sudistes” de nombreux de nos compatriotes. Rendant fécond l’enchevêtrement des cultures, des origines. Vivaces et réconciliés, les rapports entre les deux rives de la Méditerranée. Pacifiques les pratiques religieuses. Yazid Sabeg, Betoule Fekkar-Lambiotte qui a su quitter à temps le Conseil Français du Culte Musulman, et tant d’autres ont pris une initiative opportune et intelligente, la création de “la Convention laïque pour l’égalité des droits et la participation des Musulmans de France”. Vitale, en fait pour éviter de contraindre à l’Islam les Français de Méditerranée qui souhaitent simplement être respecté, en tant que Français du Sud, et non en tant que Français “d’origine musulmane”, comme le disent certains esprits complètement déstructurés et déboussolés. Qui devraient en fait parler des Français de religion musulmane… ou d’origine algérienne, marocaine, tunisienne. Bref méditerranéenne !

Combien de fois faudra-t-il répéter que la religion ne saurait constituer une origine nationale dans la tradition française ?

Ces dérapages de plus en plus fréquents sont la semonce d’un rappel à l’ordre qui devient vraiment urgentissime. Comme l’a affirmé avec vigueur et clairvoyance récemment le Cardinal Lustiger, visiblement préoccupé non par l’esprit de croisade et de conversion vers l’Eglise Catholique, mais par l’incompatibilité entre certaines dérives religieuses et les principes culturels, philosophiques et finalement politiques de la France.

***

Pointe à l’horizon – proche – une question insoluble… Choquante parce que vraie, brute de décoffrage et peut-être incendiaire : comment intégrer dans notre patrimoine vivant la religion musulmane sans oublier nos racines judéo-chrétiennes ?

Interrogation doublée par de nombreux fantasmes, de redoutables caricatures et de légitimes interpellations sur la philosophie politique sous-tendue par le Coran.

. D’où l’utilité d’enseigner à l’école le contenu de toutes les religions pour tenter d’éviter les mauvais engrenages, ceux qui partent de l’ignorance et conduisent à l’intolérance.

Les Français, très attachés à la laïcité, n’en sont pas encore persuadés, puisque 62% de nos concitoyens pensent que l’enseignement du fait religieux à l’école publique y porterait atteinte contre 36% qui estiment que cela fait partie de la culture générale des enfants (sondage IFOP pour le JDD 15 juin).

. D’où également la nécessité de réaffirmer sans aucune restriction la force de nos valeurs qui constituent la civilisation européenne, plus respectueuse du pluralisme que la civilisation occidentale, dont nous sommes l’aile humaniste.

C’est à une sorte de “croisade” laïque qu’il faut appeler, qui garantira à chacun l’épanouissement de sa liberté de conscience dans le respect de nos valeurs républicaines.

Ne donnons donc pas une sorte de monopole de la représentation à une instance religieuse. C’est contraire à notre système démocratique. Qui doit accueillir en son sein, sans tomber dans les pièges du communautarisme, la diversité française. Avis à ceux qui vont constituer listes et équipes pour les élections de 2004 !

Au 1er Conseil national de l’UMP, la collection de talents fait prendre la mayonnaise !

23 juin 2003

Le courage de proposer, d’arbitrer, d’assumer les contraintes du réel, ça donne de vraies ailes ! Celles qui vont nous permettre d’affronter un autre dossier très délicat : celui de l’assurance maladie… Et si nous n’étions plus la droite la plus bête du monde ! Et si la méthode Raffarin était en train de réussir ! Et si Alain Juppé avait trouvé avec une visible bonne humeur le ton juste pour parler République, France, Europe, Terre ! Et si Nicolas Sarkozy en grande forme avait l’esprit d’équipe ! Et si François FillonPhilippe Douste–Blazy disponible et présent alors qu’il est au charbon à l’Assemblée Nationale avait joué la partition de la réforme au bon rythme ! Et si avait prononcé les paroles du cœur, de la fidélité et de l’intelligence en évoquant Toulouse, Dominique Baudis, l’affaire Alègre ! Et si collectivement, sereinement mais fortement, nous étions proches de notre objectif politique : créer un vrai rassemblement pour faire aboutir nos idées et les rendre concrètes, palpables ! Et si nous étions sortis des affrontements personnels stériles, des promesses sans lendemain, des règlements de comptes sordides, des hypocrisies et des lâchetés faussement séduisantes !

Vous pensez que les feux de la rampe de mon habituel rôle de M. Loyal lors des réunions de l’UMP m’ont tourné la tête et chamboulé les esprits ?

Et bien non, c’est tout simplement, je crois, la réalité de cette journée du 1er Conseil national de l’UMP à Paris.

***

J’aurais pu faire la gueule car nous avons été contraints de “lâcher” Tours pour la capitale, à cause de la présence requise au débat à l’assemblée nationale sur les retraites du plus grand nombre possible de députés.

J’ai assumé vaillamment cette déception et cette décision logique et comprise d’ailleurs parfaitement dans ma ville. Il y aura bien une autre occasion !

***

“C’est le retour de la droite ! La droite a quitté vieux habits et complexes périmés !”

Ces interpellations sont, selon leurs auteurs, soit des expressions manifestes de satisfaction – avec un zest de reproche amical du style “enfin !” – soit de  gourmandes remarques destinées à faire peur, à nous faire apparaître comme arrogants, orgueilleux, sûrs de nos succès alors que la réalité économique et sociale reste dure et “chaude”.

Ce qui est certain c’est que nous sommes heureux de soutenir le gouvernement de Jean-Pierre Raffarin et l’action du Président de la République. Assez fiers de nous approcher du terme de la réforme des retraites, car ce sera une étape marquante, déterminante à bien des égards. Le courage de proposer, d’arbitrer, d’assumer les contraintes du réel, ça donne de vraies ailes ! Celles qui vont nous permettre d’affronter un autre dossier très délicat : celui de l’assurance maladie, de la santé de qualité que nous devons “offrir” à chaque Français. A tous les Français.

A poil, devant un médecin, il n’y a plus de pdg et d’ouvriers, de femmes mannequins, étourdissantes et de travailleuses des mines, il n’y a que des êtres humains aux droits identiques. A la différence de la logique des retraites, où l’équité n’est pas la stricte égalité.

***

Nous ne devons pas pour autant être glorieux, satisfaits, orgueilleux car la tâche est immense. Les embûches nombreuses. Les contestations permanentes même lorsqu’une réforme est intelligente, opportune, sans alternative crédible.

Les sondages sur le référendum corse sont à cet égard inquiétants. La majorité est courte, très courte…

Il n’empêche !

L’atmosphère ce vendredi était vraiment forte et générait une vraie dynamique politique. Pas uniquement parce que chacun sentait qu’il n’y avait plus de retour en arrière possible. Mais plus fondamentalement parce que nous étions “naturellement” heureux d’être ensemble. En meute pour agir ! Résolus pour tenir l’obligation de résultats qui pèse sur nos épaules.

Exprimer cela n’est nullement s’aveugler sur les compétitions qui viendront un jour lorsque l’heure sera venue de désigner un candidat pour les présidentielles. Si Jacques Chirac se représente en 2007, cela épuisera peut-être certaines énergies déjà très présentes et très concentrées sur l’objectif ! Prématurément… même si cette course est longue et remplie d’obstacles à franchir.

Pour le moment, l’addition des talents et des volontés, des ambitions et des stratégies crée le mouvement, la confiance et, je crois, l’adhésion des Français, presque étonnés de nous voir dans le temps de l’action et de la responsabilité avec cette détermination. Au bout du compte, peut-être mériterons-nous notre superbe appellation d’Union pour un Mouvement Populaire, à tous les sens du terme !

Hollande et Fabius chez les Verts ! La campagne présidentielle vient de commencer à gauche… Déj

23 juin 2003

Deux vestes décontractées mais élégantes, deux chemises cols ouverts, des micros qui sont tendus vers le ballet en stéréo décalée du n°1 et du n°2 du PS à la chasse aux voix et aux bonnes grâces des « écolos »… Les images de télévision sont parfois d’autant plus assassines qu’elles sont la réalité. Des visages. Des situations. Des ambitions. Qui surgissent avec une force inouïe. Celle où l’image est plus forte que les mots !

Donc, deux vestes décontractées mais élégantes, deux chemises cols ouverts, des micros qui sont tendus vers le ballet en stéréo décalée du n°1 et du n°2 du PS à la chasse aux voix et aux bonnes grâces des « écolos »…

Fabius claironne sa fidélité aux principes mitterrandiens, à savoir rassembler d’abord sa propre famille et faire l’union de la gauche.

Hollande proclame son attachement à la gauche plurielle façon Jospin.

C’est je crois la première fois qu’apparaît aussi clairement la future compétition entre les deux hommes.

Fabius sous-estime l’aspiration des nouvelles générations au PS qui veulent tourner les pages du passé, aussi glorieuses que déchirantes, et qui souhaitent voir émerger une nouvelle figure.

Hollande surestime l’automaticité entre sa fonction de premier secrétaire et sa désignation comme candidat à l’élection présidentielle.

Fabius a une sorte de complexe de supériorité intellectuelle et politique due à son compagnonnage avec François Mitterrand. A chaque fois qu’il s’exprime, avec cette intelligence hautaine et condescendante vis à vis du public qui doit se hisser à son niveau…, on a le sentiment qu’il incarne la célèbre maxime : « on n’a pas gardé les vaches ensemble » !

Hollande bourlingue avec passion et ardeur, hier, aujourd’hui, demain avec la même fougue. Ne devrait-il pas quitter les habits de porte-parole pour revêtir une casaque plus personnelle et arborant enfin son propre emblème.

A tarder à décoller, à n’être que le plus petit dénominateur commun, il risque de rater le rendez-vous qu’il peut avoir avec l’histoire. L’histoire de sa candidature à l’élection présidentielle… Pas plus !

Fabius
a le sens des mots et incarne la violence de l’opposant avec une maîtrise métallique « parfaite » mais trop insolente et totalement immodeste. Les épreuves redoutables qu’il a subies, injustes et cruelles, n’en sont pas la seule explication, tant sa personnalité aime à jouer de l’insolence. A trop vouloir ressembler au maître, on oublie la largeur du spectre et de la gamme sur lesquels il jouait, pianotait, virevoltait. Existait.

Hollande a tenu la maison, sans avoir jamais à être lui-même exposé à l’action, aux échecs d’une réforme difficile à mener, aux joies de la réussite personnelle. Pourra-t-il accélérer, prendre son envol sans avoir fait au préalable « ses classes » de ministre ?

Le décor est planté. Les acteurs principaux sont là. Tous les autres, même s’ils sont haut dans les sondages, sont en retard. Déjà réduits au rôle de futur coéquipier ! Je vais peut-être vite en besogne… Je crois pourtant que l’affrontement implacable entre Hollande et Fabius est écrit. Entre un n° 1 et un n°2…

Au fait, qui seront les titulaires de cette « amicale » rivalité chez nous ? Rassurez-vous, les images corses d’aujourd’hui n’ont rien à voir avec cela !

RDDV sur Europe 1

20 juin 2003

«  Oui, bien sûr nous avons été à Tel-Aviv et ensuite à Jérusalem pour rencontrer aussi bien les autorités israéliennes que les autorités palestiniennes pour faire en sorte d’être utiles à la paix ; faire en sorte qu’un véritable dialogue se réinstaure…
Jean-Michel DHUEZ : « Nous sommes en direct de Jérusalem avec le député UMP Renaud DONNEDIEU de VABRES, bonjour ! »

Renaud DONNEDIEU de VABRES : « Bonjour !»

J-M D :  « Avec d’autres députés français vous êtes actuellement dans la région. Vous avez rencontré Yasser ARAFAT hier, nous allons en parler à l’instant. Mais tout d’abord ce climat d’extrême tension, on imagine que bien évidemment il est extrêmement perceptible à Jérusalem ? »

RDV : «  Oui, bien sûr nous avons été à Tel-Aviv et ensuite à Jérusalem pour rencontrer aussi bien les autorités israéliennes que les autorités palestiniennes pour faire en sorte d’être utiles à la paix ; faire en sorte qu’un véritable dialogue se réinstaure, et ce n’est pas le hasard malheureusement si ces dernières heures ont été marquées par une recrudescence du terrorisme. Il y avait un espoir constitué par le rendez-vous fixé entre le Premier Ministre SHARON et le Premier Ministre Palestinien. Il y avait normalement le déplacement d’Ariel SHARON aux Etats-Unis. Et tout ça est évidemment interrompu par les actes terroristes que nous avons condamnés avec la plus extrême violence. C’est dire qu’effectivement ici la tension est à son comble. »

J-M D : «  Donc vous avez rencontré effectivement les deux parties. Tout d’abord côté palestinien c’est Yasser ARAFAT avec qui vous avez discuté. Qu’est-ce qu’il vous a dit ? Qu’est que vous lui avez dit ? »

RDV :  «  Nous lui avons posé des tas de questions sur son nouveau Premier Ministre, sur la mission politique qu’il lui assignait, sur cette recrudescence du terrorisme et nous lui avons indiqué que la politique de la diplomatie française que nous soutenons était celle de la négociation de la feuille de route que nous souhaitons réinstaurer pour parvenir enfin à un accord de paix au Proche Orient . »

J-M D : « C’est ce que veut aussi Yasser ARAFAT, la négociation ? »

RDV :  « Je ne veux pas parler à sa place, je souhaite simplement que les uns et les autres soient jugés sur leurs actes. Yasser ARAFAT en notre présence devant la presse a condamné les actes terroristes et je crois que c’est nécessaire pour qu’il n’y ait pas de suspicion, qu’il n’y ait pas d’ambiguïté. Il y a un immense travail qui est devant nous… »

J-M D :  «  Côté israélien qui avez-vous rencontré ? »

RDV :  «  Côté israélien nous avons rencontré le Ministre de l’Intérieur, nous avons rencontré un certain nombre de Conseillers du Premier Ministre israélien, nous avons rencontré des intellectuels, des universitaires, pour avoir cette discussion. L’offre de la Commission des Affaires Etrangères française était totalement équilibrée du côté palestinien et du côté israélien et nous avons souhaité tendre la main de la même manière à chacun. »

J-M D : «  Alors justement qu’elles sont les solutions que proposent les Israéliens par rapport à cette feuille de route que tendent les Américains ? »

RDV :  «  Les Israéliens attendent beaucoup du nouveau Premier Ministre palestinien Abou MAZEN, peut-être en attendent-ils trop parce que je ne suis pas certain bien sûr qu’à brève échéance il puisse définitivement éradiquer toutes les forces terroristes qui existent sur le territoire palestinien. La tâche de ce nouveau Premier Ministre, elle est immense, elle est très difficile ! »

J-M D :  «  Renaud DONNEDIEU de VABRES, je vous remercie. »