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L’échelle des rémunérations en France doit obéir à des règles intelligibles. Ce n’est pas

11 juillet 2003

Faisons revivre la phrase phare de la Déclaration des Droits de l’Homme et du Citoyen selon laquelle «  toute distinction sociale doit être fondée sur l’utilité commune »… Est-ce l’annonce de l’arbitrage américain concernant le très « golden » parachute de Jean-Marie Messier qui a mis le feu aux poudres ? Est-ce la publication par le « Journal des Finances » de la mi-juin d’une vraie bombe concernant les salaires des patrons du CAC 40 ? Est-ce la révélation des montants des stocks options attribués à certains dirigeants jour après jour par l’ensemble de la presse ?

Le fait est, en tout cas, que la question des modalités de la rémunération des élites françaises est posée. A juste titre, n’en déplaise à Ernest-Antoine Seillière qui a déclaré le 7 juin : « les questions de rémunération sont l’affaire des actionnaires, des conseils d’administration et des directions. »

Il fut un temps assez récent où l’AFEP (association des dirigeants des grandes entreprises françaises) avait décidé une totale transparence sur les salaires et avantages des PDG. Je me rappelle avoir à l’époque vivement réagi contre, car si je comprends les réalités de la concurrence et de la stimulation des énergies par l’argent, j’estime inopportun de jeter en pâture à l’opinion des chiffres aussi exorbitants. La transparence absolue est souvent ingérable politiquement ! Autant je juge normal qu’une découverte, qu’un contrat gagné, qu’un marché remporté, qu’un résultat financier brillant soient fortement récompensés, autant l’automaticité parfois pharaonique me semble très inopportune voire  choquante.

Je suis prêt à justifier des écarts très importants par rapport à la moyenne des Français dans les 1er cas. Dans le second, je souhaite une plus juste appréciation des hiérarchies nécessaires.

L’irruption totalement débridée du capitalisme financier dans notre pays est en train de créer une vraie onde de choc, à laquelle nous ne sommes absolument pas préparés. Nous ne sommes pas un pays anglo-saxon où l’argent est une mesure reconnue de la valeur et de l’effort.

L’aspiration à l’égalité ou tout au moins à un encadrement des hiérarchies est vraiment dans notre tempérament. Nous sommes vite jaloux, envieux, dénonciateurs, rarement enclins à facilement accepter et considérer comme normal que le voisin soit plus riche que soi…

Il y a 20 ans, le débat public portait sur une échelle moyenne de rémunérations qui s’étalait de 1 à 2 pour le parti communiste, à 1 à 7 ou 8 pour la droite libérale. Aujourd’hui, l’écart s’est énormément creusé dans des proportions politiquement inacceptables et ingérables.

De 1 à 200

Faire fortune est totalement légitime voire même souhaitable dès lors que la raison en est intelligible, fondée sur la performance, le génie, le succès. Mais s’il s’agit d’une sorte de rente de situation, de privilège sans contrepartie socialement explicable, c’est vraiment destructeur du consensus économique minimal qui doit exister dans une grande puissance économique démocratique comme la France.

Faisons revivre la phrase phare de la Déclaration des Droits de l’Homme et du Citoyen selon laquelle «  toute distinction sociale doit être fondée sur l’utilité commune ».

C’est à mes yeux une très belle maxime, libérale et intelligente politiquement : oui aux hiérarchies ! Mais oui également à la contrepartie des privilèges !

C’est l’addition de ces 2 exigences qui fonde l’équilibre social. Sans cette « utilité commune », la « distinction » devient un fossé jugé excessif dans un premier temps, déclencheur de révoltes et de ruptures dans un second.

***

Le caractère « explosif » des chiffres « balancés » en pâture à l’opinion se renforce par la comparaison des évolutions entre la rémunération des dirigeants et celle des actionnaires, qui sont parfois « petits »… et qui ont vu leur portefeuille boursier s’effondrer. L’étude publiée en juin par le « Journal des Finances » faisait ainsi apparaître qu’en 2002, les patrons des sociétés du CAC 40 ont vu leur rémunération augmenter en moyenne de 13%, alors que l’indice boursier chutait dans le même temps de 40%. Cette dissymétrie se complexifie encore par le fait que le revenu moyen des dirigeants de ces sociétés a atteint 2 ,07 millions d’euros (contre 1,8 millions en 2001) alors que ces sociétés ont affiché dans l’année des pertes cumulées supérieures à 20 milliards d’euros.

Alain Marsaud, le Député de la Haute-Vienne, ancien magistrat et ancien de Vivendi, a donc parfaitement raison de justifier sa demande de mission d’information parlementaire en rappelant que la valorisation boursière des sociétés a parfois été divisée de 10 à 2 au cours des 2 dernières années, et que dans le même temps, les rétributions des PDG ont été multipliées de 2 à 6. Pour conclure justement : « il n’appartient pas à notre Assemblée de s’immiscer dans le fonctionnement ordinaire d’une entreprise privée, cependant (…) la rémunération excessive des dirigeants, non liée aux résultats voire en totale contradiction avec ceux-ci, est de nature à créer un malaise et un risque social dont le Parlement doit s’inquiéter »…

***

Au-delà des problèmes de répartition et d’équité entre dirigeants d’entreprises et épargnants, entre patrons et ouvriers, se pose pour tous les salariés du privé et du public la question de la juste rémunération du travail et de l’effort.

Elle est absolument centrale et recèle pour l’avenir autant de risques que de chances !

L’égalitarisme, le nivellement, la non différenciation, la « prime variable fixe »…, découragent, dépriment, dissuadent de faire tout effort puisqu’il n’y a pas de résultat à la clé. Les seuils engendrent autant d’injustices que de droits positifs. Une vie professionnelle sans carrière possible, cest-à-dire sans évolution des salaires, génère l’usure, la démotivation, la résignation, le contraire de l’énergie nécessaire pour travailler mieux, créer, réagir.

Le niveau des rémunérations est pour certains métiers totalement dissuasif
. La revalorisation du travail manuel, à cet égard, passe certainement par l’augmentation des salaires versés. La pénibilité de certaines conditions de travail doit être de ce point de vue compensée, récompensée même. La même fonction selon le lieu où elle est exercée est radicalement différente. Enseigner par exemple au lycée Descartes à Tours ou à Henry IV à Paris, ce n’est pas être à Sarcelles ou à Argenteuil, qui sont au demeurant des villes parfaitement honorables !

La comparaison entre les métiers devient de plus en plus explosive. Beaucoup de nos concitoyens sont prompts à s’étonner de différences parfois incompréhensibles entre des professions également utiles. Prenons par exemple le traitement d’un policier et d’un instituteur…

***

Qu’importe pour beaucoup de nos concitoyens le sommet de la pyramide de la société, aussi inatteignable que détonnant.

Par contre, la situation des classes moyennes doit retenir vraiment l’attention
.

C’est au fond du plus grand nombre de Français qu’il s’agit, avec bien sûr – sachons le reconnaître – des différences très importantes. C’est cette France qui travaille parfois durement, qui a le culte du service bien fait, du labeur vraiment assumé, de la qualité et de l’effort que nous devons davantage entendre. Encourager. Mieux rémunérer lorsque nombreuses sont les heures supplémentaires accomplies. Bien supérieures aux 35 heures réservées à des Français privilégiés.

N’ayons pas peur de continuer sur la voie de la baisse de l’impôt sur le revenu. Elle ne doit pas être liée, dans son principe, aux marges de manœuvre disponibles. Elle est un impératif pour mettre un terme au sentiment de pénalisation du travail et de l’effort.

Elle n’est pas, en tant que telle, l’étape qui suit la remise en ordre des déficits publics. C’est son rythme et son montant, qui seuls, sont conditionnés par les possibilités financières de nos grands argentiers…

***

Jérôme Jaffré dans « le Monde » d’aujourd’hui parle de droite sans complexe.

« Depuis 15 mois, il se produit une petite révolution politique. Pour la première fois depuis l’ère pompidolienne, il y a trois décennies, la droite au pouvoir s’assume sans complexe comme telle. »

Cette droite doit être intelligente, raisonnable et humaine. C’est la raison pour laquelle elle ne peut fermer les yeux et croiser les bras face aux excès du capitalisme financier récemment constatés en France. Elle ne peut non plus rester sourde aux revendications légitimes de la France pompidolienne, de cette France qui refuse l’égalitarisme mais pas l’équité.

L’échelle des rémunérations en France doit obéir à des règles intelligibles. Ce n’est pas le cas !

10 juillet 2003

Est-ce l’annonce de l’arbitrage américain concernant le très « golden » parachute de Jean-Marie Messier qui a mis le feu aux poudres ? Est-ce la publication par le « Journal des Finances » de la mi-juin d’une vraie bombe concernant les salaires des patrons du CAC 40 ? Est-ce la révélation des montants des stocks options attribués à certains dirigeants jour après jour par l’ensemble de la presse ? Le fait est, en tout cas, que la question des modalités de la rémunération des élites françaises est posée. A juste titre, n’en déplaise à Ernest-Antoine Seillière qui a déclaré le 7 juin : « les questions de rémunération sont l’affaire des actionnaires, des conseils d’administration et des directions. »

Il fut un temps assez récent où l’AFEP (association des dirigeants des grandes entreprises françaises) avait décidé une totale transparence sur les salaires et avantages des PDG. Je me rappelle avoir à l’époque vivement réagi contre, car si je comprends les réalités de la concurrence et de la stimulation des énergies par l’argent, j’estime inopportun de jeter en pâture à l’opinion des chiffres aussi exorbitants. La transparence absolue est souvent ingérable politiquement ! Autant je juge normal qu’une découverte, qu’un contrat gagné, qu’un marché remporté, qu’un résultat financier brillant soient fortement récompensés, autant l’automaticité parfois pharaonique me semble très inopportune voire choquante.

Je suis prêt à justifier des écarts très importants par rapport à la moyenne des Français dans les 1er cas. Dans le second, je souhaite une plus juste appréciation des hiérarchies nécessaires.

L’irruption totalement débridée du capitalisme financier dans notre pays est en train de créer une vraie onde de choc, à laquelle nous ne sommes absolument pas préparés. Nous ne sommes pas un pays anglo-saxon où l’argent est une mesure reconnue de la valeur et de l’effort.

L’aspiration à l’égalité ou tout au moins à un encadrement des hiérarchies est vraiment dans notre tempérament. Nous sommes vite jaloux, envieux, dénonciateurs, rarement enclins à facilement accepter et considérer comme normal que le voisin soit plus riche que soi…

Il y a 20 ans, le débat public portait sur une échelle moyenne de rémunérations qui s’étalait de 1 à 2 pour le parti communiste, à 1 à 7 ou 8 pour la droite libérale. Aujourd’hui, l’écart s’est énormément creusé dans des proportions politiquement inacceptables et ingérables.

De 1 à 200…

Faire fortune est totalement légitime voire même souhaitable dès lors que la raison en est intelligible, fondée sur la performance, le génie, le succès. Mais s’il s’agit d’une sorte de rente de situation, de privilège sans contrepartie socialement explicable, c’est vraiment destructeur du consensus économique minimal qui doit exister dans une grande puissance économique démocratique comme la France.

Faisons revivre la phrase phare de la Déclaration des Droits de l’Homme et du Citoyen selon laquelle « toute distinction sociale doit être fondée sur l’utilité commune ».

C’est à mes yeux une très belle maxime, libérale et intelligente politiquement : oui aux hiérarchies ! Mais oui également à la contrepartie des privilèges !

C’est l’addition de ces 2 exigences qui fonde l’équilibre social. Sans cette « utilité commune », la « distinction » devient un fossé jugé excessif dans un premier temps, déclencheur de révoltes et de ruptures dans un second.

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Le caractère « explosif » des chiffres « balancés » en pâture à l’opinion se renforce par la comparaison des évolutions entre la rémunération des dirigeants et celle des actionnaires, qui sont parfois « petits »… et qui ont vu leur portefeuille boursier s’effondrer. L’étude publiée en juin par le « Journal des Finances » faisait ainsi apparaître qu’en 2002, les patrons des sociétés du CAC 40 ont vu leur rémunération augmenter en moyenne de 13%, alors que l’indice boursier chutait dans le même temps de 40%. Cette dissymétrie se complexifie encore par le fait que le revenu moyen des dirigeants de ces sociétés a atteint 2 ,07 millions d’euros (contre 1,8 millions en 2001) alors que ces sociétés ont affiché dans l’année des pertes cumulées supérieures à 20 milliards d’euros.

Alain Marsaud, le Député de la Haute-Vienne, ancien magistrat et ancien de Vivendi, a donc parfaitement raison de justifier sa demande de mission d’information parlementaire en rappelant que la valorisation boursière des sociétés a parfois été divisée de 10 à 2 au cours des 2 dernières années, et que dans le même temps, les rétributions des PDG ont été multipliées de 2 à 6. Pour conclure justement : « il n’appartient pas à notre Assemblée de s’immiscer dans le fonctionnement ordinaire d’une entreprise privée, cependant (…) la rémunération excessive des dirigeants, non liée aux résultats voire en totale contradiction avec ceux-ci, est de nature à créer un malaise et un risque social dont le Parlement doit s’inquiéter »…

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Au-delà des problèmes de répartition et d’équité entre dirigeants d’entreprises et épargnants, entre patrons et ouvriers, se pose pour tous les salariés du privé et du public la question de la juste rémunération du travail et de l’effort.

Elle est absolument centrale et recèle pour l’avenir autant de risques que de chances !

L’égalitarisme, le nivellement, la non différenciation, la « prime variable fixe »…, découragent, dépriment, dissuadent de faire tout effort puisqu’il n’y a pas de résultat à la clé. Les seuils engendrent autant d’injustices que de droits positifs. Une vie professionnelle sans carrière possible, c’est-à-dire sans évolution des salaires, génère l’usure, la démotivation, la résignation, le contraire de l’énergie nécessaire pour travailler mieux, créer, réagir.

Le niveau des rémunérations est pour certains métiers totalement dissuasif. La revalorisation du travail manuel, à cet égard, passe certainement par l’augmentation des salaires versés. La pénibilité de certaines conditions de travail doit être de ce point de vue compensée, récompensée même. La même fonction selon le lieu où elle est exercée est radicalement différente. Enseigner par exemple au lycée Descartes à Tours ou à Henry IV à Paris, ce n’est pas être à Sarcelles ou à Argenteuil, qui sont au demeurant des villes parfaitement honorables !

La comparaison entre les métiers devient de plus en plus explosive. Beaucoup de nos concitoyens sont prompts à s’étonner de différences parfois incompréhensibles entre des professions également utiles. Prenons par exemple le traitement d’un policier et d’un instituteur…

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Qu’importe pour beaucoup de nos concitoyens le sommet de la pyramide de la société, aussi inatteignable que détonnant.

Par contre, la situation des classes moyennes doit retenir vraiment l’attention.

C’est au fond du plus grand nombre de Français qu’il s’agit, avec bien sûr – sachons le reconnaître – des différences très importantes. C’est cette France qui travaille parfois durement, qui a le culte du service bien fait, du labeur vraiment assumé, de la qualité et de l’effort que nous devons davantage entendre. Encourager. Mieux rémunérer lorsque nombreuses sont les heures supplémentaires accomplies. Bien supérieures aux 35 heures réservées à des Français privilégiés.

N’ayons pas peur de continuer sur la voie de la baisse de l’impôt sur le revenu. Elle ne doit pas être liée, dans son principe, aux marges de manuvre disponibles. Elle est un impératif pour mettre un terme au sentiment de pénalisation du travail et de l’effort.

Elle n’est pas, en tant que telle, l’étape qui suit la remise en ordre des déficits publics. C’est son rythme et son montant, qui seuls, sont conditionnés par les possibilités financières de nos grands argentiers…

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Jérôme Jaffré dans « le Monde » d’aujourd’hui parle de droite sans complexe.

« Depuis 15 mois, il se produit une petite révolution politique. Pour la première fois depuis l’ère pompidolienne, il y a trois décennies, la droite au pouvoir s’assume sans complexe comme telle. »

Cette droite doit être intelligente, raisonnable et humaine. C’est la raison pour laquelle elle ne peut fermer les yeux et croiser les bras face aux excès du capitalisme financier récemment constatés en France. Elle ne peut non plus rester sourde aux revendications légitimes de la France pompidolienne, de cette France qui refuse l’égalitarisme mais pas l’équité.

En Jordanie, terre d’échanges et d’équilibre politique, le Régent porte des santiags en peau

9 juillet 2003

Que de magnifiques contrastes ! Sur les hauteurs de Petra, au milieu des rochers, une femme bédouin, mère de 12 enfants, fumant un joint…, vous offre du thé qu’elle réchauffe en fabriquant entre des pierres un foyer de brindilles et d’herbes séchées, tandis qu’à Amman, les jeans se portent taille basse… Visiter les hauts lieux de la Jordanie, c’est accomplir une sorte de pèlerinage biblique, sur les pas du Christ, au cœur même des tensions et des affrontementstrès laïcs politiques !

Dans cette région du monde, derrière chaque guerre ou chaque revendication territoriale apparaît, en effet, rapidement la question de l’eau. C’est rien de le constater, tant sont contrastés les paysages qui brutalement peuvent évoluer du désert le plus rocailleux et minéral à l’oasis ou tout au moins à l’olivier et au pin providentiels.

Du mont Nébo surplombant la mer morte où de la forteresse de Shawbak – vestige d’une implantation chrétienne du XIème siècle analogue dans son esprit aux actuelles colonies israéliennes sur le territoire palestinien- aucune trace de vie n’apparaît si ce n’est à l’horizon les lumières des villes de Jérusalem  ou d’Amman, voire des bords de la Méditerranée tant est parfois étroit l’Etat d’Israël. Aucune marque de l’homme si ce n’est les zones fertiles irriguées par le Jourdain ou par les quelques torrents venant des hautes montagnes environnantes.

Carrefour des cultures et des religions, la Jordanie apparaît aujourd’hui comme une terre d’équilibre. Un pays qui réussit au milieu des guerres à maîtriser son avenir et à promouvoir au maximum possible le développement économique et social. Un Etat dont le remarquable ministre des Affaires Etrangères, M. Marwan Muasher, est chrétien. Un pays qui lutte pour éviter que l’intégrisme et le fondamentalisme islamistes ne progressent et, tel un désert de sable, stérilisent les esprits et radicalisent les comportements. Une nation qui essaye d’intégrer des populations aux origines très diverses. Avec la technique des quotas !

Pour l’élection à l’Assemblée Nationale sont ainsi prévus au delà des députés de circonscription électorale territoriale, 9 représentants des bédouins, 9 représentants des chrétiens, 3 tcherkassiens et un minimum dans le total général de 6 femmes.

Faire d’une mosaïque une nation est le défi politique des autorités jordaniennes. Peut-être d’ailleurs le pari qu’elles sont en passe de réussir. Moins nombreux que leurs voisins, les Jordaniens semblent parvenir à réaliser une dynamique du développement qui permet à l’unité d’être acceptée car acceptable, à l’Etat de se constituer. Les problèmes sont les mêmes qu’ailleurs, mais ils restent ici à taille humaine, donc plus facilement solubles.

Mais subsiste fortement l’histoire des migrations et des implantations successives. Les nouvelles générations sont jordaniennes avant tout, mais elles ne sont pas sans racine et sans origine géographique. D’où l’acuité de la situation.

***

Le camp palestinien de Baqaa se présente plus comme un quartier pauvre d’Amman que comme un village de tentes !

Les maisons sont en dur. Leurs habitants votent aux élections, même s’ils n’ont pas le droit d’être propriétaires du sol mais uniquement des murs. Leur volonté de retour sur leur terre d’origine est évidemment affichée mais elle ne correspond plus vraiment à une urgente priorité.

Ce qui est par contre impératif et essentiel à développer, ce sont les écoles, les dispensaires, les centres sociaux et les activités économiques qui sont les seules parades à la progression inquiétante des “Frères Musulmans” qui portent bien leur nom et qui sont toujours prêts à rendre service et par la suite à enrôler, à incorporer. J’utilise à dessein une terminologie militaire à destination guerrière…

Au centre social et médical – soutenu fortement par l’Union européenne et par Médecins du Monde – de ce camp palestinien, mes accompagnateurs constatent avec consternation qu’il devient plus rare et difficile qu’à leur dernière visite de pouvoir contempler le visage d’une femme. Les voiles se multiplient. Les traits deviennent presque totalement masqués.

Tout ceci tranche évidemment avec la culture méditerranéenne et occidentalisée de toute une autre partie de la jeunesse jordanienne. Emancipée, libre et insouciante comme dans les capitales européennes.

Que de magnifiques contrastes !

Sur les hauteurs de Petra, au milieu des rochers, une femme bédouin, mère de 12 enfants, fumant un joint…, vous offre du thé qu’elle réchauffe en fabriquant entre des pierres un foyer de brindilles et d’herbes séchées, tandis qu’à Amman, les jeans se portent taille basse, les souliers pointus et les tee-shirts serrés ! Ce qui n’exclut nullement le foulard qui est selon les cas l’affichage recherché et libre d’une identité ou la marque parfois complexe et subie d’une tradition religieuse ou sociale.

La mairie d’Amman en pierres blanches et en verre, d’une magnifique architecture contemporaine digne des plus beaux musées de New York ou d’Europe, voisine avec des habitations qui ne résisteraient pas à une forte pluie, heureusement ou malheureusement selon le point de vue, rare en ces lieux…

***

L’ensemble jordanien reste pourtant miraculeusement harmonieux et ne semble pas receler de violences frontales imminentes. Est-ce un leurre, une illusion ? C’est certainement le fruit d’une volonté politique délibérée et reconnue comme telle par les dirigeants, soucieux de préserver l’identité jordanienne et de mettre à l’écart des conflits proches leur Etat. Avec un grand réalisme, qui n’empêche pas la liberté de pensée.

La rue n’a pas bruyamment manifesté contre les Etats-Unis au moment de l’intervention en Irak par sens de l’opportunité économique et financière vis-à-vis d’un allié puissant, mais également par rejet des excès de Saddam Hussein.

La destitution du dictateur irakien est ainsi perçue comme une libération. En revanche la présence américaine actuelle comme une occupation militaire dangereuse.

Ce ne sont pas des nuances, mais l’expression parfaite de cette volonté d’autonomie et d’existence libre que l’on ressent en Jordanie malgré la puissance des Etats limitrophes ou celle encore plus encombrante car financièrement irremplaçable des pays présents dans la zone.

De la même manière, le jugement sur la conduite à tenir vis-à-vis de Yasser Arafat  est très variable selon les interlocuteurs. La position équilibrée de l’Europe cherchant à éviter sa radicalisation est saluée par les plus diplomates, critiquée par les plus spontanés, visiblement proches de nos amis américains.

Tous reconnaissent la valeur et l’utilité de la “feuille de route” en étant légitimement fiers d’avoir hébergé le sommet d’Aquaba. La Jordanie a même “remplacé” l’Europe absente pour certains observateurs particulièrement nationalistes ! La fierté est conquérante…

***

Petite par sa taille, sa configuration et sa population, la Jordanie est pourtant un grand pays au rayonnement international réel.

En allant me recueillir sur la tombe du Roi Hussein avant de rencontrer en l’absence du Roi, le Régent, le Prince Hashem Bin Al Hussein, de nombreuses images de la médiation jordanienne permanente me sont revenues en mémoire.

Cet Etat joue un rôle diplomatique à la hauteur de la terre prestigieuse qui le caractérise. Et de son histoire qui le rattache à toutes les grandes dates de notre civilisation judéo-chrétienne.

Beaucoup de Jordaniens, notamment parmi les élites politiques, ont le regard tourné vers les Etats-Unis. Mais nous sommes tous des Méditerranéens de cœur et d’intelligence. Cela réunit.

C’est d’ailleurs la raison pour laquelle les dignitaires chrétiens sont aussi présents spirituellement et politiquement. Au cœur de tout. Informés de la moindre évolution. Eux peuvent peut-être prévoir qui sera le nouveau Président de l’assemblée jordanienne élu le 15 Juillet prochain !

Ils reflètent à eux seuls toutes les couleurs de la planète. Le Père Anton, de nationalité polonaise qui règne avec son supérieur franciscain et italien sur le mont Nébo, m’a ainsi fait entrer de plain pied dans les débats sur l’élargissement de l’Union européenne, avec la fougue et la foi qu’aurait pu lui communiquer Donald Rumsfeld. Paysage biblique, mais vivacité des esprits !

***

La guerre, la menace terroriste, la violence politique ou religieuse sont présentes dans tous les esprits. Dans le camp de Baqaa, le Président pour l’ensemble de la Jordanie d’œuvres caritatives – d’origine palestinienne – parlait avec “flamme” d’Israël, du droit au retour, des Etats-Unis et de la France.

On sentait à fleur de peau la blessure des combats, des exils, des morts. Mais également le soutien apporté à la France.

L’élégance royale du Prince Hashem, précédée par la garde tcherkassienne en tenue d’apparat, faisait, l’espace d’un entretien, oublier les brutalités de l’actualité ou du passé. Il m’a fallu quelques secondes pour détourner mes yeux amusés de la paire de santiags en peau d’autruche qu’il arborait fièrement. Un lien américain avec le pays où il s’est entraîné pour devenir un chef militaire aguerri et expérimenté ! Son calme et son aptitude à la scène internationale étaient impressionnants, alors qu’il n’a que 22 ans !

***

Ce déplacement à Amman m’a permis de revoir l’ancien Directeur de Cabinet de Pierre Moscovici que j’avais croisé au quai d’Orsay lors de la cérémonie de passation de pouvoir… Ce remarquable et jeune ambassadeur passionné par ses fonctions est à la tête d’une équipe française dont nous pouvons être fiers.

En visitant le Centre Culturel Français, en ouvrant les portes des salles de cours où des Jordaniens, en jeans ou en foulard apprenaient le français, et en les encourageant à poursuivre, je me suis dit que le rayonnement de notre pays reposait sur l’ensemble de ces acteurs de l’ombre qui tous les jours transmettent les valeurs de notre pays et qui pour cela méritent la lumière.

Mais vivre en Jordanie est certainement déjà pour eux une première récompense !

Réussir le mariage de la République et de la Corse reste un beau défi.

8 juillet 2003

Cette célèbre “loi du silence” corse n’est pas celle de l’honneur dès lors qu’il y a mort d’homme, assassinat tragique et profondément injuste. Souhaitons que cette page se tourne comme un moment macabre de l’histoire pourtant glorieuse des habitants de cette magnifique île. De ces Corses qui comme aime à le rappeler François Léotard n’ont, pendant la seconde guerre mondiale, jamais collaboré et qui se sont libérés eux-mêmes… L’exceptionnelle gravité de Madame Claude Erignac tranche majestueusement avec la laide indignité de ceux qui veulent immédiatement tout salir et dégrader. En commençant par exemple à vouloir créer le doute et la suspicion sur le choix du jour et de l’heure de l’arrestation d’Yvan Colonna.

C’est un magnifique succès pour le Ministre de l’Intérieur, pour les magistrats, les policiers, les gendarmes que d’avoir enfin réussi à donner force à la loi, à l’Etat de droit.

Nicolas Sarkozy a parfaitement raison de rappeler que “la cavale d’Yvan Colonna était une insulte à la mémoire du Préfet Erignac. Elle faisait peser une lourde suspicion sur la République, incapable d’arrêter l’assassin présumé d’un préfet. Elle interdisait à la famille de Madame Erignac de commencer son travail de deuil. Elle achevait de convaincre nos compatriotes corses que l’Etat de droit était pour les autres et pas pour leur île. Elle remplissait de malaise les républicains sincères qui se demandaient pourquoi et comment un homme pouvait échapper depuis plus de quatre ans à la justice.”

Il est donc urgent que s’arrêtent de vaines polémiques. Comment peut-on imaginer ne serait-ce qu’un instant, sans être vraiment “tordu”, qu’il puisse y avoir une étrange coïncidence entre la date de l’arrestation et le vote du dimanche suivant ? Une telle traque fruit certainement d’un travail acharné n’est pas une mise en scène politique. Avec effets spéciaux et rebondissements spectaculaires garantis comme au cinéma…. C’est le fruit d’une conjugaison réussie d’efforts individuels, courageux et exemplaires.

Dans la même lignée que la vie de cet homme exceptionnel qu’était Claude Erignac, auprès duquel j’ai eu l’honneur de travailler comme assistant à Sciences Po où il enseignait le droit constitutionnel.

Puisse cette arrestation permettre à la justice d’achever son travail, à la douleur de cette famille meurtrie de s’apaiser, à la sérénité des esprits en Corse de retrouver ses droits pour mettre un terme à cette monstrueuse déflagration qui a secoué tous les Français de l’île et du continent, pratiquement sans exception.

L’histoire dira de quelles complicités a pu bénéficier Yvan Colonna pour “tenir“ aussi longtemps. Souhaitons que leurs révélations ne soient pas trop explosives et ne concernent personne sur le continent…

C’est peut-être une sorte de légendaire habitude qui ravive comme l’exprime l’AFP le mythe du maquis corse, en rappelant cet extrait de Prosper Mérimée dans “Mateo Falcone” : “ Si vous avez tué un homme, allez dans le maquis de Porto Vecchio et vous y vivrez en sûreté, avec un bon fusil, de la poudre et des balles. Les bergers vous donnent du lait, du fromage et des châtaignes et vous n’avez rien à craindre de la justice, si ce n’est quand il faudra descendre à la ville pour y renouveler vos munitions.”

Cette célèbre “loi du silence” corse n’est pas celle de l’honneur dès lors qu’il y a mort d’homme, assassinat tragique et profondément injuste.

Souhaitons que cette page se tourne comme un moment macabre de l’histoire pourtant glorieuse des habitants de cette magnifique île.

De ces Corses qui comme aime à le rappeler François Léotard n’ont, pendant la seconde guerre mondiale, jamais collaboré et qui se sont libérés eux-mêmes.

Puisse cette âme corse resplendir à nouveau d’une forte lumière sans éclipse !

***

Comment réussir à rendre la République intelligente, c’était le sens de la question tranchée malheureusement contre le projet gouvernemental de dimanche. Qu’importe le caractère serré du score. Il suffit d’une voix d’écart pour que la Consultation ait un sens démocratique avéré. Incontestable.

Mais il était et il doit rester possible de trouver les voies et moyens de confirmer l’appartenance de la Corse à la République Française tout en préservant les spécificités d’une île, son identité, sa légitime aspiration à l’affirmation de sa personnalité.

L’unité de la République n’est pas menacée par le pluralisme nécessaire dès lors qu’est en permanence réaffirmée l’universalité des principes fondamentaux de notre Droit.

C’est en fait à une novation très féconde qu’étaient conviés les citoyens français de Corse.

Vous avez remarqué que j’évite soigneusement depuis le début de parler du “peuple corse”, car le dérapage vers l’indépendance, la libération, le terrorisme est alors automatique !

Donc revenons à cette clarification institutionnelle. Un pouvoir renforcé à l’entité régionale, une simplification, c’est à dire, une quasi suppression de l’autorité départementale traditionnelle, tel était le nouvel équilibre, l’esprit même de la réforme et de sa dynamique.

Un schéma d’ailleurs qui pourrait concerner d’autres régions… Comment ne pas penser à l’Alsace, la Bretagne, la Normandie par exemple ? À nos grandes provinces ? L’actualité des jours prochains fournira certainement des attitudes politiques réclamant le “tarif corse”, c’est à dire la reconnaissance du fait régional ! Ce sera alors très paradoxal de constater qu’une île aura refusé ce que le “continent”, ou une partie de l’hexagone tout au moins, souhaitera !

Les Alsaciens seront peut-être les premiers à pouvoir bénéficier d’une évolution institutionnelle très audacieuse.

Mais cela ne sera pas sans poser de redoutables questions, car l’insularité ne pourra pas être évoquée…

***

Le résultat de la consultation corse ne doit pas dissuader d’avoir recours au référendum. Il ne saurait nous détourner de l’écoute patiente, méticuleuse, attentive de nos concitoyens par le moyen des urnes.

Mais il est évident que la simplicité de la question facilite l’adhésion et l’approbation. Et qu’il n’est pas simple d’observer des coalitions occasionnelles se constituer. Leur caractère très hétéroclite dissuade parfois les bonnes volontés. Par crainte d’être amalgamées, associées, étiquetées avec “l’autre”, celui qui est parfois un ennemi politique traditionnel et éternel…

C’est ainsi que le camp du oui avait une configuration que beaucoup ont refusée pour cette seule raison.

C’est certainement triste pour la Corse qui est, je pense, la première victime du vote de ce dimanche.

Alors, reprenons l’ouvrage avec humilité et persévérance, pour réconcilier et rassembler.

Jordanie-France-Irak :Une délégation française appelle à la reconstruction politique de l’Irak

8 juillet 2003

Renaud DONNEDIEU DE VABRES a souligné, lors d’une rencontre avec des journalistes à Amman, “la nécessité d’une solution rapide à caractère politique” en Irak estimant que “la reconstruction politique nécessaire pour l’Irak est la responsabilité de la communauté internationale”… Amman, 7 juillet – Une délégation parlementaire française a souligné lundi la nécessité de lancer rapidement un mécanisme de reconstruction politique en Irak, au terme d’une visite de deux jours, en jordanie.

Le Député Renaud DONNEDIEU DE VABRES a souligné, lors d’une rencontre avec des journalistes à Amman, “la nécessité d’une solution rapide à caractère politique” en Irak estimant que “la reconstruction politique nécessaire pour l’Irak est la responsabilité de la communauté internationale”.

“Nous sommes préoccupés par un avenir démocratique pour l’Irak et nous considérons que c’est aux Irakiens de décider des modalités de leur gouvernement ”, a-t-il déclaré.

M. DONNEDIEU DE VABRES, vice Président de la Commission des Affaires Etrangères de la Chambre des Députés, et le Député Jean GLAVANY, ancien Ministre, ont effectué une visite de deux jours à Amman après les élections législatives du 17 Juin pour “ saluer l’évènement”, selon un communiqué de l’ambassade de France en Jordanie.

Les deux députés ont rencontré durant leur visite des chefs de parti politique et des responsables jordaniens dont les Ministres des Affaires Etrangères Marwan Moasher et de l’Information Mohammad Adwan.

Les discussions ont porté sur “les moyens d’appliquer la « feuille de route » et le processus de paix dans la région“, selon l’agence officielle jordanienne Pétra.

RDDV reçu par Jean-Paul CHAPEL dans « Les 4 Vérités ».

3 juillet 2003

 » Donc, la méthode Raffarin, ça marche ! Cest important, parce quil y a beaucoup de travail. Nous ne sommes pas des glorieux, des gens pleins dautosatisfaction. Il fallait apporter cette garantie aux Français. On la fait… »

Jean-Paul CHAPEL : « Cette nuit, à lAssemblée, après trois semaines de discussion, la réforme des retraites a été votée. Cétait laborieux ?

Renaud DONNEDIEU DE VABRES : « Ce nest pas après trois semaines de discussion, cest après des années et des années où rien ne sest passé. Nous sommes parvenus, je crois, à un bon point déquilibre, à une garantie supplémentaire qui est offerte aux Français, cest à dire une retraite par répartition, financée.  La France nest pas coupée en deux et  nous avons, avec le Gouvernement, su montrer que notre pays était réformable. Donc, la méthode Raffarin, ça marche ! Cest important, parce quil y a beaucoup de travail. Nous ne sommes pas des glorieux, des gens pleins dautosatisfaction. Il fallait apporter cette garantie aux Français. On la fait. »

Jean-Paul CHAPEL : « Vous dites « par répartition », mais dans la nuit, il y a eu le feu vert des députés au plan dépargne individuel pour la retraite. Finalement, le message nest il pas le suivant : il va falloir que chacun épargne pour sa propre retraite ? »

Renaud DONNEDIEU DE VABRES : « Non, le message, ce sont deux choses différentes. Un, cette retraite par répartition est garantie à chaque Français. Cest une vraie révolution culturelle, parce que cest linverse de ce qui a été fait au moment des 35 heures. Il avait été dit à cette époque là : « travaillez moins et vous aurez autant ». Nous, on a la vérité et la franchise de dire aux Français quil faut faire un petit effort supplémentaire pour avoir une bonne retraite, pour tous les Français. Cest évidemment quelque chose de très important. Les gens ne savent pas très bien ce que cest que la retraite par répartition. Ils se disent au fond quils se constituent leur petit capital. Pas du tout ! La retraite par répartition, cest que ceux qui bossent aujourdhui, paient aujourd’hui pour ceux qui ne travaillent pas. Cest le premier axe de la réforme. Le deuxième axe, cest de dire que chacun doit avoir la possibilité de se faire une retraite en complément, une épargne que l’on aura au moment où l’on  quittera la vie active. Jusqu’ à aujourdhui, c’était réservé à certains ; maintenant ces mécanismes de déduction fiscale pour lépargne retraite complémentaire seront ouverts à tous les Français. Cest donc une vraie révolution. »

Jean-Paul CHAPEL : « Vous parlez de fiscalité. Autre information importante de la journée dhier, de nouvelles baisses dimpôt, « significatives », annoncées par J. P. Raffarin. Mais est   ce que cela est possible, dans la mesure où nos déficits explosent ? »

 Renaud DONNEDIEU DE VABRES : « Cest nécessaire et cest bon pour la croissance. Pourquoi est   ce nécessaire ? Parce quil y a des Français qui bossent et qui sestiment pénalisés, parce que sur le fruit de leur travail, ils ont le sentiment quon leur prélève trop. Cest tout à fait compréhensible. Cela fait partie des engagements de la campagne présidentielle de J. Chirac, que nous avons ensuite repris au moment de la campagne des législatives, et cet engagement, nous allons le tenir. Cest un objectif politique absolument majeur. »

Jean-Paul CHAPEL : « Moins 30 % sur cinq ans. Et lan prochain, cest combien ? »

Renaud DONNEDIEU DE VABRES : « Le chiffre na pas été encore décidé par le Gouvernement… »

Jean-Paul CHAPEL : « Mais « significatives », cela veut dire quoi ? »

Renaud DONNEDIEU DE VABRES : « On verra ce quil est possible de faire. Mais ce qui était très important, cétait de montrer que cet objectif politique, nous le tenons… »

Jean-Paul CHAPEL : « Ce sont des baisses dimpôt sur le revenu ? »

Renaud DONNEDIEU DE VABRES
: « Ce sont des baisse dimpôt sur le revenu… »

Jean-Paul CHAPEL: « Payé par un Français sur deux… »

Renaud DONNEDIEU DE VABRES : « Bien sûr. On nous fait la critique en disant que cela ne favorise que les riches, parce quil ny a quun Français sur deux qui va bénéficier de cette mesure. Cest sûr que ceux qui ne paient pas limpôt, on ne peut leur baisser limpôt ! Cela veut dire que cest un argument, une critique qui nous est faite qui nest franchement pas très sérieuse… »

Jean-Paul CHAPEL : «  Mais, en même temps, avec la décentralisation, on se rend compte que quand on paie moins dimpôts à lEtat, parfois on en paie plus aux collectivités locales : à son département, sa région et sa municipalité » »

Renaud DONNEDIEU DE VABRES : « Cest pour cela que chacun, à son niveau, doit assurer la maîtrise des dépenses. Ce nest pas facile, parce quil y a des besoins. Il y a des domaines dans lesquels on na pas encore réussi à tout faire. Encore une fois, nous ne sommes pas des gens autosatisfaits, mais on franchit les étapes. Il y a quelques jours, jétais dans ma ville, à Tours, et jétais content de voir que mes concitoyens avaient le sentiment quon avait franchi une étape. Il y a quinze jours, trois semaines ou un mois, ils disaient « Tenez bon ! ». Aujourdhui, ils disent « Continuez ! ». Cela veut tout simplement dire quon a franchi des étapes, mais que beaucoup reste à faire et, ça, on le sait bien. Encore une fois, on nest pas pleins dautosatisfaction. »

Jean-Paul CHAPEL : « A propos de la Corse, on ne comprend plus rien au référendum de dimanche. Faut il voter « oui », « non », pourquoi ? »

Renaud DONNEDIEU DE VABRES : « Il faut voter « oui », parce que cest un projet pour affirmer les principes dune République intelligente. Quest ce que cela veut dire, une République intelligente ? »

Jean-Paul CHAPEL : «  On rappelle peut être dabord aux gens qui nous écoutent de quoi il sagit. Il sagit de fusionner les deux départements en une seule collectivité territoriale. »

Renaud DONNEDIEU DE VABRES : « Voilà, cest à dire, au fond, cest reconnaître la spécificité de la Corse au sein de la République. Dire « oui », cest dire « oui » au fait que la Corse est un élément magnifique de la République française et cest également dire « oui » au respect nécessaire du pluralisme, cest à dire de la souplesse, cest à dire de faire en sorte que la Corse, qui est une île, puisse disposer dun certain nombre déléments pour son organisation propre, dans le cadre des lois de la République. Cest donc la raison pour laquelle vous avez, en ce moment, une espèce dalliance un peu étonnante, entre la majorité présidentielle et un certain nombre de forces politiques autonomistes   pour certains, ils vont plus loin  , évolutionnistes, et donc, des gens se retrouvent. Et ils ont raison de se retrouver, parce que lobjectif est clair : cest la République, mais la possibilité dadapter aux spécificités corses un certain nombre de principes. »

Jean-Paul CHAPEL : « Cest un peu de la langue de bois… »

Renaud DONNEDIEU DE VABRES
: « Cest ce qu Alain Juppé va dire aujourdhui là bas. Il a beaucoup de courage de le faire et son attitude est tout à fait exemplaire. Cest un peu létat desprit de lUMP. Nous ne sommes pas des gens planqués, on va au charbon, au contact. Cest difficile, il y a de lincompréhension, il y avait une clarification nécessaire. Eh bien, il va le faire sur place. »

Jean-Paul CHAPEL : « Jean-Pierre Chevènement nous expliquait hier que cela donne le pouvoir aux indépendantistes qui, par la proportionnelle, vont être les vrais arbitres de cette nouvelle collectivité… »

Renaud DONNEDIEU DE VABRES : « Jean-Pierre Chevènement est plein de certitudes, mais au fond, quand il était ministre de lIntérieur, il na pas si bien géré que cela le dossier corse. Cest un dossier extraordinairement difficile. Il faut marcher pas à pas. Je trouve que Nicolas Sarkozy la géré avec beaucoup dintelligence, beaucoup de prudence aussi, parce quon sent bien que rien nest définitivement réglé. On le voit bien, il y a malheureusement encore un certain nombre dattentats… »

Jean-Paul CHAPEL : « La violence continue, cette nuit encore.. ».
 
Renaud DONNEDIEU DE VABRES : « Cest donc très difficile, mais il faut aller avec ce double objectif : la République, le respect du pluralisme. »

Jean-Paul CHAPEL : « A propos des intermittents du spectacle, cette fois, ce sont 200 artistes, parmi lesquels Adjani ou Deneuve, qui signent une pétition et réclament quon nomme un médiateur. Cela veut dire que cela coince… »

Renaud DONNEDIEU DE VABRES
: « Cest un sujet très important. Bien sûr que cela coince. Parce que dabord, il y a une grande méprise initiale. On pourrait croire que nous ne respectons pas lacte de création, les spécificités de la culture et de ce monde qui ne peut pas être géré par les mêmes règles que dautres secteurs de lactivité économique, parce que cest un secteur à part. Et donc, il faut que le premier message que nous envoyions soit celui du respect de la liberté de création et des spécificités des activités culturelles. Il y a eu aussi des abus. Cest à dire que ce système, nécessaire pour le respect des artistes, des techniciens et de tous ceux qui contribuent à cette création, suppose des règles spécifiques. Il y a une concertation qui est en cours. Ce qui est garanti, en tout cas, cest quil y a un régime spécifique pour les intermittents du spectacle. Et ça, ce nétait pas acquis. Il y a quelques semaines ou quelques mois, il y avait beaucoup dinterrogations et beaucoup dinquiétudes. Maintenant, il y a des discussions   jallais dire dans le détail, mais cest très important   sur un certain nombre de mesures. Ces discussions sont en cours, elles sont tout à fait nécessaires. Mais le principe est garanti par laccord et, bien sûr, par le Gouvernement. »

William LEYMERGIE: « On me signale quil y a un site www.rddv.com. Cest le vôtre ? »

Renaud DONNEDIEU DE VABRES : «  rddv.com, oui, absolument, cest le mien. Et tout est écrit de ma blanche main ! »

William LEYMERGIE: « Et comment cela se fait que vous ayez un site perso ? Tous les députés ont cela ? »

Renaud DONNEDIEU DE VABRES : « Non, je suis, pour être, lun des seuls à avoir un site, parce que je crois tout simplement quil faudra rentrer en contact avec ses concitoyens. Je ne supporte pas le terme de « classe politique ». Je ne me sens pas le membre dun ghetto et jessaie dêtre en liaison directe. Cest donc pour moi une manière de mexprimer et de susciter des réactions. »

William LEYMERGIE: « Mais vous parlez de quoi ? De la vie politique ? »

Renaud DONNEDIEU DE VABRES : « Vous pouvez répondre, vous pouvez réagir. Je pars dun fait divers, dun élément, et je donne mon avis pour faire réagir, parfois de manière très libre ! »

 

RDDV, sur France info, réagit aux attaques faites contre

2 juillet 2003

Les Socialistes sur le fond n’ont rien à dire. Aucune contre proposition intelligente à formuler… “Les Socialistes sur le fond n’ont rien à dire. Aucune contre proposition intelligente à formuler par rapport au grand dossier sur lequel on travaille qui est aujourd’hui les retraites. Alors ils utilisent n’importe quel prétexte pour invectiver le Premier Ministre et la majorité présidentielle. Quand Arnaud Montebourg a accusé le Premier Ministre d’ouvrir les vannes de la corruption à tous les étages de la République, c’était de la calomnie, de la diffamation et là, ils sont silencieux. Je trouve que ce sont des jeux politiques dérisoires que je méprise !” 

2 juillet 2003

Une fois de plus, le PS qui n’a rien à dire sur le fond, saisit tout prétexte pour déserter. Refuser de siéger. Tenter de paralyser notre marche continue vers la réforme que conduit remarquablement le Premier Ministre… Il paraît que Nantes est une très belle ville et que son Maire, Jean-Marc Ayrault,  réussit là où son collègue de Tours échoue lamentablement !

Mais dans sa fonction de Président de Groupe PS à l’Assemblée Nationale, son sectarisme cache mal l’incapacité absolue de la gauche à formuler la moindre contre-proposition. A présenter ne serait-ce que l’amorce d’une alternative crédible. Et qui plus est, il est amnésique. Sourd quand c’est nécessaire, pour n’avoir pas entendu les insultes calomnieuses et diffamatoires de certains de ses amis.

Lorsque le Député PS de Saône et Loire, par exemple, invective le Président de la République et le Premier Ministre dans un même élan digne de Le Pen, là Jean-Marc Ayrault ne trouve rien à redire. Silence radio ! Donc complicité honteuse, dérapage assumé voire souhaité vers le dévoiement du débat démocratique. Qu’on ne s’étonne pas ensuite, avec cette exaspérante hypocrisie dont certains sont capables, de la dégradation de la fonction politique,  de l’impossible sérénité de la justice dans la France d’aujourd’hui.

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Les cris d’orfraie de Jean-Marc Ayrault, qui n’a rien d’une vierge effarouchée, ne masqueront pas le vide abyssal dans lequel évolue la gauche française. Qui essaie de faire feu de tout bois, avec une gourmandise très suspecte. Et très relayée, comme pour venger une médiocrité permanente des camarades socialistes !

Les Français ne sont pas dupes et ont parfaitement conscience de la manœuvre dilatoire et ridicule.

***

Jean-Pierre Raffarin a eu raison de dire que nous n’avons pas encore définitivement réussi à convaincre l’intégralité des Français de la nullité et de l’inutilité des socialistes. Qu’il nous reste du travail avant d’avoir réglé les problèmes de tous les Français et achevé les réformes que Lionel Jospin a été incapable de mener à bien.

“La France n’est encore, dans son chemin du Paradis qu’au purgatoire puisqu’il reste des socialistes”. Cri du cœur d’un Premier Ministre soucieux de conduire son pays vers le progrès économique et social et d’extirper le socialisme de notre horizon politique.

Où est l’insulte ? Où est le mépris ? Où est la dérive totalitaire inquiétante dénoncée par le PC visiblement nostalgique des grandes heures du soviétisme et du stalinisme ?

Une fois de plus, le PS qui n’a rien à dire sur le fond, saisit tout prétexte pour déserter. Refuser de siéger. Tenter de paralyser notre marche continue vers la réforme que conduit remarquablement le Premier Ministre.

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Pour faire un clin d’œil à Jean-Louis Debré, Jean Marc Ayrault n’est vraiment pas “ma tasse de thé”…

Contrairement à ce qu’a exprimé notre Président de l’Assemblée Nationale – notre maître est parfois trop bon ! – je ne crois absolument pas à la sincérité du Président du Groupe socialiste dans cette lamentable interpellation. Il ne s’agit pas en l’occurrence d’un “vrai républicain” mais d’un piètre esprit sectaire et venimeux.

Alors, des excuses du Premier Ministre ! Certainement pas ! Halte au feu ! Si on n’a plus le droit de s’exprimer librement sans être ni calomnieux ni offensant, où va-t-on ? Nous n’avons aucune leçon à recevoir de cette gauche qui n’a jamais renié l’esprit du Congrès de Valence. Lorsque “l’excellent” et certainement très humaniste Laurent Fabius accuse Jean-Pierre Raffarin d’être un super menteur, les socialistes ne se sont pas émus. Ils ont applaudi cette caricature minable du discours politique qui devrait être à un meilleur niveau. Celui qu’attendent les Français, impatients que soient réparés les dégâts directement commis par la gauche. Pour qu’enfin disparaisse de notre horizon politique le spectre du retour au socialisme.

Ce n’est pas être totalitaire que d’avoir le projet de faire réussir la France et les Français sur la voie d’une société juste, prospère, humaniste et généreuse. De faire emprunter à notre pays un chemin équitable, tolérant, libéral et européen.

C’est debout et fiers qu’aujourd’hui nous accorderons notre vraie confiance à Jean-Pierre Raffarin et à son Gouvernement.

C’est debout et fiers que nous récuserons à la gauche non pas le droit de critiquer, mais le droit de dénaturer à ce point le débat politique.

C’est pour leur bien, car avec un tel comportement le purgatoire n’est plus sûr… C’est dommage pour eux car rappelons que c’est une étape probatoire vers le Paradis !

RDDV invité de Pierre BOUCHENOT dans l’émission « Domaine Public » Sur France 3 Région Centre

2 juillet 2003

RDDV:  » Il y a effectivement un climat de violence sociale et économique dans notre pays. Ce n’est pas la peine de le nier. C’est la vérité ! Parce que nos concitoyens, ces dernières années, ont eu le sentiment d’une forme d’impuissance puisque les problèmes n’étaient jamais résolus… » Pierre BOUCHENOT : “ Il y a 83 ans, l’histoire de la gauche française se jouait à Tours
lors d’un congrès qui vit son éclatement avec la création d’un Parti Communiste adhérent à la 3ème Internationale, les socialistes eux restant à la 2ème Internationale et à la SFIO. Hier c’est à Tours aussi qu’aurait dû se jouer l’éclatante scène de la réunification achevée de la quasi totalité de la droite française, excepté ce qu’il reste de l’UDF, puisque c’est là qu’aurait dû se tenir le premier Conseil national de l’UMP. Renaud DONNEDIEU DE VABRES, bonjour. ”

Renaud DONNEDIEU DE VABRES : “ Bonjour.”

Pierre BOUCHENOT : “ Vous êtes Député de Tours, vous êtes également Porte-Parole de l’UMP. Alors pourquoi avoir déménagé au dernier moment votre Conseil national à Paris ? Ce qui est nettement moins de proximité ? ”

Renaud DONNEDIEU DE VABRES : “ C’était pour moi une grande déception vous pouvez l’imaginer. Mais c’était une obligation, hier tout le monde devait être au travail. Le Gouvernement et les parlementaires à l’Assemblée nationale et les membres de l’UMP également. Si on voulait qu’il y ait une rencontre possible entre les membres du Gouvernement, les militants, les parlementaires, les élus réunis au Conseil national malheureusement, il fallait le faire à Paris. Ca a été un très beau Conseil National. J’aurais aimé que cela se passe à Tours. Ce sera pour une prochaine fois. (…) Les parlementaires sont en ce moment réquisitionnés avec le débat sur les retraites.”

Pierre BOUCHENOT : “ (…) Vous n’aviez pas prévu une telle longueur sur ce débat.”

Renaud DONNEDIEU DE VABRES : “ Initialement, on avait espéré que cela aille un peu plus vite. Finalement, il y a une bataille parlementaire assez classique avec des milliers d’amendements déposés par l’opposition. Nous sommes prêts à travailler 24 heures sur 24, 7 jours sur 7 parce que c’est une réforme importante et l’on veut qu’elle aboutisse. Nous voulons que chacun puisse s’exprimer, faire ses propositions et ses critiques. Les Français observent cela. Aujourd’hui la gauche se réveille enfin mais elle le fait avec une méthode peu compréhensible. Personne n’aura retenu ce qu’elle veut dire. Mais enfin, c’est leur liberté ! ”

Pierre BOUCHENOT : “ A Tours, il y a quelques mois  le patronat se réunissait, c’était la grande réunion du MEDEF qui accueillait en grande pompe le Premier Ministre de la France, Jean-Pierre Raffarin. (…) Cela ne vous semble-t-il pas un peu revanchard, un peu « Restauration ». Comme si Ernest-Antoine Seillière disait « ces dernières années, nous avons beaucoup souffert ».  En plus cela donnait le sentiment qu’il confiait une sorte de  « feuille de route » au Premier Ministre de la France,  Jean-Pierre Raffarin ? ”

Renaud DONNEDIEU DE VABRES : “ Vous savez, au moment où Jean-Pierre Raffarin a décidé d’aller à la réunion du MEDEF, cela a suscité , une polémique, une contestation. En somme « Pourquoi va-t-il à une réunion des patrons ? ». Tout  simplement parce qu’il s’agissait d’une réunion de grandes ou de petites entreprises. Et l’emploi salarié est créé  par des chefs d’entreprise et il est normal d’avoir un dialogue avec eux. Dans les propos du Président du MEDEF, il était question du rythme de la réforme. On avait un peu l’impression du cri d’Antigone « tout, tout de suite ou on refuse ». Jean-Pierre Raffarin est un sage. Car nous avons au-dessus de nos épaules, nous la majorité présidentielle en liaison avec le Gouvernement, une obligation de résultats. Réussir les réformes mais au préalable avoir pris le temps nécessaire pour que les Français comprennent exactement la réalité et l’enjeu. Ensuite, il y a de vraies discussions. Dans la majorité présidentielle, certaines personnes trouvaient que cela n’allait pas assez vite. Ce n’était pas la position ni du Président de la République ni du Premier ministre ni de la plus grande partie de la majorité présidentielle. Je crois que nous avons eu raison ! Parce que lorsque l’on veut brusquer les choses, on risque de passer à côté de l’objectif et du résultat. Nous, nous voulons être jugés définitivement sur les résultats.”

Pierre BOUCHENOT : “Il y a les résultats et le contexte dans lequel sont annoncées les réformes. Et notamment cette « fracture sociale », expression rendue célèbre par le Président de la République il y a quelques années. Elle existe. Quand on voit ce qui s’est passé le 21 avril dernier : l’abstention massive dans les quartiers populaires, le vote de ressentiment pour l’extrême droite et le vote révolutionnaire pour l’extrême gauche. De plus, cet écart social entre les plus hauts et les plus bas revenus, qui ne date pas d’un an. D’ailleurs, un Député Alain Marceau s’en est inquiété, et a demandé que soit installée une commission d’information parlementaire. Partagez-vous cette demande d’information parlementaire sur les salaires des grands patrons ?”

Renaud DONNEDIEU DE VABRES : “ Je ne sais pas si cela résoudra quoi que ce soit. Il y a effectivement un climat de violence sociale et économique dans notre pays. Ce n’est pas la peine de le nier. C’est la vérité ! Parce que nos concitoyens, ces dernières années, ont eu le sentiment d’une forme d’impuissance puisque les problèmes n’étaient jamais résolus. Tout à l’heure vous avez fait référence au résultat du premier tour des élections présidentielles ; Moi ce qui m’a frappé, c’est que plus d’un Français sur deux a fait « un bras d’honneur » à la politique classique considérant que les problèmes ne se règlent pas. Je mets dans le même lot les gens qui se sont abstenus ou qui ont voté pour les extrêmes. Donc, il y a de l’impatience et de l’exaspération. On est à un an de l’élection. Je ne considère pas que l’on a tout réussi. Je ne considère pas qu’à Tours  dans les immeubles et les grands ensembles la tranquillité publique soit totalement rétablie. Cela pose le problème d’ailleurs de la présence effective des gardiens d’immeubles. Une nouvelle donne qui est en train de s’instaurer. Mais tout n’est pas résolu. Quand vous parlez de la hiérarchie des rémunérations celle-ci doit être intelligible pour être comprise.»

Pierre BOUCHENOT : “Je vous donne un chiffre : dans les années 70 dans les 39 plus grosses entreprises françaises, cette hiérarchie est de 1 à 40, aujourd’hui elle est de 1 à 250 c’est énorme !”

Renaud DONNEDIEU DE VABRES : “ Oui, évidemment ! Même je vais vous rajouter un autre chiffre. Quand j’étais étudiant, vous aviez un débat à l’intérieur de la gauche, on disait que la hiérarchie devait être de 1 à 2 ça c’était au Parti Communiste, à droite on disait que cela devait être de 1 à 6 ou à 7. Aujourd’hui,  ces chiffres ont explosé et cette hiérarchie n’est pas intelligible. C’est à dire que si vous avez remporté un marché très brillant ou fait une découverte qui a été brevetée, la rémunération est claire et évidente pour les gens. Moi, je sais me justifier sur le marché vis à vis de mes concitoyens.  Mais quand il n’y a pas d’élément fondé sur la réalité, il y a parfois des écarts qui sont excessifs.”

Pierre BOUCHENOT : “ Qu’est ce qu’il faut faire pour réduire cette fracture sociale ? Suivez-vous Alain Marsaud ?”

Renaud DONNEDIEU DE VABRES : “ On ne peut pas réglementer. Il n’appartient pas au Parlement ou à la Loi de définir exactement le niveau des rémunérations dans le secteur privé. Ce n’est pas à nous de le faire. Que cela pose un problème politique, permettez-moi de vous dire que c’est corrigé par la fiscalité. L’impôt sur le revenu ou l’impôt sur la fortune corrige les inégalités. Je ne suis pas pour l’égalitarisme à tout crin. Je suis pour une juste rémunération du travail, et pour cette superbe phrase de la Déclaration des Droits de l’Homme qui est pour moi un principe essentiel dans le fonctionnement d’un pays, qui est :

«  toute distinction sociale doit être fondée sur l’utilité commune » !

 Ca veut dire que des gens qui exercent des responsabilités, par exemple des médecins, des ingénieurs, des agents commerciaux, des enseignants, des responsabilités assumées, et si elles le sont dans des conditions difficiles et périlleuses, c’est normal qu’il y ait des hiérarchies de rémunérations. Je ne suis pas un démagogue ! Il faut que ce soit fondé sur la réalité.”

Pierre BOUCHENOT : “ (…) Nous allons passer aux réformes des retraites. Il y a enfin un débat, non seulement à l’Assemblée mais en plus entre intellectuels. Au centre de ce débat,  comme chef de file du centre droit, Raymond Soubie et de l’autre côté René Passet. C’est quelqu’un qui est proche d’ATTAC et Professeur émérite à la Sorbonne (…). En quelques mots, il dit qu’il y aura de moins en moins de travailleurs qui vont pouvoir faire un parcours qui leur permette d’avoir une retraite pleine, et d’ici à 2020 ils constateront une baisse des pensions de  20% à 30%?  (…) ”

Renaud DONNEDIEU DE VABRES : “ Nous avons cette partie de constat en commun : si nous ne faisons rien rapidement et que nous restons les bras croisés, compte tenu de la prolongation de la vie, qui est une très bonne chose, les retraites ne seront plus au niveau actuel, qui dans certains cas est déjà très bas – Il faut d’ailleurs les augmenter, c’est ce que l’on fait pour le SMIC. Ne rien faire, c’est ne plus assurer de véritables retraites par répartition et laisser les mécanismes d’épargne et de fonds de pension régler la situation. Nous ne le voulons pas. Nous voulons garantir un vrai système de retraite par répartition et en faire une véritable révolution culturelle.  La gauche disait, au moment de la loi sur les 35 heures, aux Français : « vous pourrez travailler moins et gagner autant ». Nous, on a le courage, l’honnêteté et je crois la vérité, de dire « on vous demande progressivement un effort supplémentaire pour pouvoir avoir autant ». C’est vrai, c’est une véritable révolution culturelle ! C’est pour cela qu’il y a des résistances, je les comprends, je les entends. J’ai reçu des dizaines de délégations dans mon bureau à Tours. Au préalable pendant la phase de discussion, l’UMP a été la seule formation politique à organiser dans tous les départements des rencontres avec les partenaires sociaux pour voir si le constat de la réalité était le même ou non. Nous, pour le financement de la réforme des retraites, nous demandons un effort à chacun, un effort en terme de prolongation de la durée du travail.”

Pierre BOUCHENOT : “ Cet effort ne va pas suffire pour financer les retraites d’ici 2020. Votre réforme repose sur un pari qui est celui de la baisse du chômage importante, il est de  9,6% d’ici la fin de l’année, et vous, vous espérez qu’il tombe d’ici à quelques années à 5% .”

Renaud DONNEDIEU DE VABRES
: “ Pour être très clair vis à vis des concitoyens qui nous écoutent : vous avez la part personnelle que l’on demande à chacun, public et privé, une durée de travail supérieure. Et puis il y a une partie du financement de la réforme des retraites qui est fondée sur une augmentation de la cotisation vieillesse et une diminution en contre partie de la cotisation sur le chômage.”

Pierre BOUCHENOT : “C’est bien un transfert que vous espérez, moins de chômeurs donc plus de cotisants.”

Renaud DONNEDIEU DE VABRES : “ Indépendamment de la croissance, la croissance internationale est primordiale pour la baisse du chômage. L’évolution de la démographie a aussi d’énormes conséquences. On sait très bien que dans les années à venir, il va y avoir un grand nombre de gens qui vont partir à la retraite, pour certains d’entre eux il faudra les remplacer dans certaines fonctions, et donc il y aura un moins grand nombre de chômeurs. On est prudent, on n’a pas dit que nous avions réglé les choses pendant 50 ans. Mais il est certain que si nous n’avions pas décidé,  nous ne pouvions plus financer les retraites au niveau actuel et notamment pour les plus basses retraites. Nous proposons pour celles-ci une augmentation. La retraite minimale sera financée à 85% du SMIC.”

Pierre BOUCHENOT : “ Pourquoi exclure définitivement que les entreprises, celles dont les bénéfices se dirigent le plus vers des flux financiers et non vers des investissements, cotisent aussi pour financer les retraites ? Puisque tout le monde profite des retraites.”

Renaud DONNEDIEU DE VABRES : “ D’abord tout le monde cotise, les entreprises aussi. Monsieur Passet se demande pourquoi nous n’augmentons pas les prélèvements obligatoires ? Là il s’agit d’un débat politique au sens noble du terme. Nous, nous considérons que les prélèvements sont trop importants et que cela pénalise l’initiative, l’emploi et qu’il est normal que les gens qui bossent aient une juste rémunération de leurs efforts et de leur travail. Et quand Monsieur Passet dit que le capital n’est pas taxé, c’est faux ! Le capital n’est pas une donnée abstraite, c’est une maison, une entreprise, un outil de travail. Celui-ci est taxé à la transmission, quand il y a décès, par les impôts locaux, les taxes foncières qui sont assises sur la valeur d’un bien immobilier. Et puis pour les fortunes les plus importantes, ces dernières sont taxées par l’impôt sur la fortune. Donc ce capital est bien taxé et même deux fois puisque les revenus sont taxés. Nous, nous considérons qu’il faut que nous arrivions à baisser les prélèvements obligatoires parce que tout simplement c’est bon pour l’emploi, pour la création d’emploi car le chômage reste pour nous un grand souci. Et ça, ce n’est ni de l’idéologie ni de l’ultra-libéralisme.”

Pierre BOUCHENOT : “ Vous n’êtes pas unanimes sur cette question car pas moins de 19 députés UMP ont déposé un amendement pour essayer de taxer un peu le grand capital.”

Renaud DONNEDIEU DE VABRES : “ Oui j’ai vu ça. Mais l’UMP est une maison ouverte où chacun peut s’exprimer. On est pour un débat permanent à l’UMP et pour que chacun puisse pousser une idée. Nous considérons aujourd’hui qu’il faut demander à chacun un effort supplémentaire en terme de durée du travail. Et nous ne sommes pas les seuls à le faire. Voyez ce que vient de faire le Chancelier allemand. Dans la plupart des pays européens, ces mesures ont déjà été prises. Nous, on s’y attelle. J’espère que dans les semaines à venir cette garantie fondamentale qu’est le financement de la retraite par répartition, sera à nouveau offerte aux Français. Ensuite, nous avons un chantier immense devant nous : l’assurance maladie.”

Pierre BOUCHENOT : “ Le rythme de ce chantier. Le MEDEF dit « tout, tout de suite ». Vous, vous dites tout mais doucement ?”

Renaud DONNEDIEU DE VABRES : “ Je dis qu’il faut partir de la réalité. Les Français savent très bien que la durée de la vie s’est rallongée. C’est une très bonne chose mais cela pose des problèmes financiers pour l’assurance maladie. L’hôpital a des besoins. Le progrès technologique doit être mis à la disposition de chacun. La différence fondamentale avec les retraites est que : pour la retraite, les Français comprennent qu’il peut y avoir de vraies différences parce qu’elle est liée avec ce qu’ils ont fait dans la vie. Mais pour la santé, il y a une volonté légitime d’égalitarisme total. Lorsque les gens sont à poil devant leur médecin, il n’y a pas de différence sociale. Nous, nous voulons que chacun, face à la maladie, puisse avoir droit au même traitement. C’est un objectif politique auquel il va falloir être attentif parce qu’aujourd’hui il n’est plus toujours vérifié. C’est notre travail des prochains mois. Hier Jean-Pierre Raffarin, au Conseil National de l’UMP, a dit au fond «  on m’a réservé les tâches les plus difficiles.”

Pierre BOUCHENOT : “ On a vu les belles dents des assureurs privés carnassiers poindre il y a quelques semaines dès qu’il est question de cette assurance maladie. Est-ce qu’on voit arriver une sorte de privatisation ?”

Renaud DONNEDIEU DE VABRES : “ Ce qui est très dommage pour les caricaturistes de la droite c’est que nous, on veut être jugé sur les faits. Sur la réforme des retraites : on aura garanti la retraite par répartition. Sur la santé : même si nous demandons un effort aux Français, à chacun, nous ferons pour la santé un travail méthodique, d’explication de l’enjeu de la réalité. Dans un deuxième temps, nous aborderons la discussion et la négociation et parfois des concessions intelligentes. Et enfin, la décision et la responsabilité du pouvoir politique. Peut-être que les gens redécouvrent que les élus au suffrage universel qu’ils pensaient inutiles, ce sont des gens qui prennent des décisions. Et aujourd’hui, les parlementaires sont en liaison avec le Gouvernement. A la manœuvre !”

Pierre BOUCHENOT : “ Il y a une réforme dont on a très peu parlé. C’est la réforme d’attribution des marchés publics. (…) Jean-Pierre Sueur pense que c’est une machine à corruption.”

Renaud DONNEDIEU DE VABRES : “ Ce texte posait des problèmes aux professionnels. Le Premier Ministre a décidé de le retirer de l’examen définitif. Donc, on va retravailler sur cette question. Quel était l’objectif ? Dans les établissements publics, je pense aux hôpitaux, dans les collectivités locales, dans les établissements dépendants de l’Etat, que les travaux puissent aller vite. Qu’il n’y ait pas de paralysie. Evidement, il faut que toutes les entreprises puissent avoir accès aux marchés, notamment les plus petites entreprises qui sont souvent des sous-traitants. Les architectes peuvent proposer leur candidature avec évidemment la plus grande transparence, avec des exigences qualitatives parce que parfois les problèmes de prix étaient tels que des exigences sociales, environnementales ou qualitatives ne pouvaient pas être prises en compte. Donc, tout cela va être remis à plat. Rassurez-vous ce gouvernement n’a pas envie une fois de plus que ces élus soient mis en suspicion.”

Pierre BOUCHENOT : “ Il nous reste une minute, pour évoquer la construction de l’Europe, ce qui n’est pas rien. Hier en Grèce, les 29 Chefs d’Etats ou de Gouvernements réunis ont approuvé l’avant-projet présenté par quelqu’un que vous connaissez bien, Monsieur Giscard d’Estaing. Alors ce projet de constitution européenne ?

Renaud DONNEDIEU DE VABRES : “ D’abord on peut féliciter Valéry Giscard d’Estaing d’être parvenu à un accord entre l’ensemble des pays qui vont constituer l’Union européenne et demain la future Grande Europe. Ce n’était pas facile. Il fallait essayer de trouver quelques principes. Pour que cet élargissement soit identifié et perçu par nos concitoyens comme positif. Ainsi il y aura une constitution. On saura qui fait quoi au niveau de l’Europe, au niveau national et au niveau local.”

Pierre BOUCHENOT : “ Avec suffisamment de place pour l’expression directe du citoyen notamment l’élection au suffrage universel du Président de la Commission. C’est cela que les gens demandent dans les sondages. ”

Renaud DONNEDIEU DE VABRES : “ Oui, mais les choses vont se faire graduellement, le plus important c’est qu’il y ait un système global pour tous les pays de l’Union européenne. Et si à quelques uns on veut agir plus vite et bien qu’on puisse le faire. L’Europe doit sortir des élites et doit aller dans la rue. Les gens doivent comprendre ce qui s’y passe et ce que l’on veut faire. C’est le « boulot » qui commence  maintenant ! ”

Pierre BOUCHENOT : “ Vous approuvez quand les gens vont dans la rue ? ”

Renaud DONNEDIEU DE VABRES : “ C’est une grande liberté démocratique de descendre dans la rue et je demande à chacun de faire preuve de responsabilité quand il le fait.”

Pierre BOUCHENOT : “ En deux mots et vous avez 20 secondes pour y répondre, pour les élections régionales j’ai vu que Serge Vinçon, du Cher, était pressenti pour mener la liste aux élections régionales pour l’UMP. C’est pour faire mieux accord avec l’UDF au second tour, ou peut-être dès le premier tour ? ”

Renaud DONNEDIEU DE VABRES : “ Les discussions sont en cours, je souhaite le rassemblement le plus large. Chacun doit y avoir sa place, toutes les sensibilités. Je connais bien les deux protagonistes et je souhaite qu’ils trouvent un bon accord. ”

Pierre BOUCHENOT : “ Si ce n’est pas de la langue de bois, en tout cas cela y ressemble.”

Renaud DONNEDIEU DE VABRES : “ Non, c’est une obligation d’union, d’unité et de rassemblement ! ”

Pierre BOUCHENOT
: “Merci beaucoup.”

La gauche socialiste totalement éclatée laisse la « rue » occuper le vide ! Nous faisons face…

30 juin 2003

. La moindre petite faille dans la détermination ou dans la conduite d’une réforme devient une brèche dans laquelle s’engouffre le torrent de la contestation… Michel Rocard devrait embarquer Lionel Jospin ! Sur son voilier ! Pour lui apprendre le sens du vent, et la lecture d’une boussole indiquant non le Nord mais les nécessités pour la France… Peut-être que sous le ciel étoilé, la nuit, il mesurerait qu’il n’est rien par rapport à l’immensité du monde, lui qui ose déclarer sans aucune pudeur que la réforme proposée par le gouvernement était “injuste, brutale et non financée”.

L’air de Montesquieu-Volvestre où il réunissait ses anciens militants en ce 29 juin devait être particulièrement lourd pour qu’il soit à ce point amnésique, lui qui n’a rien eu le courage de faire lorsqu’il était à Matignon.

Il ne manque pas d’air, comme on dit simplement mais justement.

Si Rocard ne suffit pas, envoyons en renfort Jacques Delors avant de tenter l’ultime traitement : le séminaire avec le bureau national de la CFDT, dirigé par François Chérèque, une personnalité qui inspire le respect. Ce qui est beaucoup dans la France d’aujourd’hui !

***

La gauche socialiste a explosé. Le PS est parcellisé en chapelles rivales, l’œil rivé sur les futures présidentielles. C’est une cacophonie particulièrement pathétique. L’invective gratuite tient lieu de pensée, de référence idéologique. Martine Aubry n’aura même pas eu l’élégance démocratique minimale d’assister au discours de Tokia Saïfi au congrès sur le développement durable, trop occupée par la défense de José Bové… Minable comportement ! Pendant que Lang vote oui en Corse, Jean-Luc Mélenchon fait l’apologie du non. François Hollande s’exprime, mais le vacarme des contradictions de ses amis le rend inaudible. Laurent Fabius, casaque rouge, se montre à la Gay-Pride, mais rien n’y fait.

La gauche socialiste est en panne. Le PC fait de l’œil pour exister.

Dans la pratique, c’est l’extrême gauche qui est à la manœuvre. Qui tient le pavé, occupe le vide laissé par la gauche de gouvernement.

Empruntant, au gré des jours et des humeurs, des caprices et des modes, les combats et les causes qui fâchent les uns et solidarisent les autres : OGM, mondialisation, identité corse, libération de la Palestine, intermittents du spectacle, licenciements abusifs, capitalisme.

La majorité présidentielle doit alors faire face non à l’Opposition politique et parlementaire, à son contre projet, mais à la rue, brutale, imprévisible, violente et versatile. Alimentée et mobilisée par des “informations fracassantes” qui sont plus des slogans et des caricatures que des faits avérés. Mais qui mettent le feu de manière redoutablement efficace ! Nous en sommes de ce point de vue revenus à une sorte de moyen-âge démocratique.

Les procédures qui garantissent un équilibre, des droits équitables à la majorité et à l’opposition, sont détournées et dévoyées. Bonjour, la loi de la jungle !

Le spectaculaire tient lieu de nouveau bréviaire politique. On casse, on interrompt, on brûle, on dénonce. Qu’importe que la spirale soit suicidaire dès lors qu’elle illustre la rupture. Le refus absolu. Plus besoin pour exister de rechercher la crédibilité de vraies solutions alternatives, du moment qu’on réussit à paralyser, à bloquer. A invectiver.

Ce “spectacle” renforce la solidarité et la complicité totale entre les extrêmes.

Face aux grèves et à la paralysie de certains services publics, la France qui, faute de statut protecteur et de revenu automatique et garanti, travaille malgré toutes ces entraves, devient de plus en plus furieuse, réactive et exaspérée. L’extrême gauche conduit ainsi à l’extrême droite. La boucle est bouclée.

Dans ce scénario malheureusement réaliste, la motion de censure déposée par le PS n’est qu’un épisode grotesque.

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Quant à nous, majorité présidentielle et gouvernement, nous devons surmonter cette situation totalement électrique et dangereuse. La moindre petite faille dans la détermination ou dans la conduite d’une réforme devient une brèche dans laquelle s’engouffre le torrent de la contestation.

Un dossier qui n’est pas totalement plaidé, parfaitement préparé, jalonné de judicieux repères, dans cet ère du temps un peu pré-révolutionnaire, n’a qu’une vocation, le retrait… Ou tout au moins la déprogrammation de l’agenda des priorités.

C’est la raison pour laquelle les Français sont en profondeur satisfaits de l’action solide du gouvernement de Jean-Pierre Raffarin. Cela fait longtemps que nous n’avions pas été autant approuvés sur les marchés. De manière spontanée. Ce n’est plus uniquement “tenez-bon !”, mais “continuez”. C’est rassurant, mais n’ayons pas prématurément la grosse tête !

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L’ensemble de ces attitudes contrastées prouve tout à la fois la mobilisation renaissante de certains abstentionnistes issus de nos rangs et celle non moins active de nos adversaires les plus acharnés.

Les épreuves sont donc nombreuses. Les tests impitoyables. Nous devons donc être vraiment exigeants vis à vis de nous mêmes, sinon nous ne résisterons pas aux coups de butoir des extrémistes, d’autant plus dangereux et redoutables qu’ils agissent masqués, parés des atours des aspirations actuelles. Légitimes mais souvent superficielles lorsqu’elles sont partielles et myopes.