Inauguration de l’exposition Le verre dans l’Empire romain à la Cité des sciences et de l’industrie

2 février 2006

Monsieur l’Ambassadeur,

Monsieur le Président, Cher Jean-François Hébert,

Mesdames, Messieurs,

Chers Amis,

Je suis très heureux d’être parmi vous à la Cité des sciences et de l’industrie, pour inaugurer
cette formidable exposition « Le verre dans l’Empire romain ».

Je suis doublement heureux d’être aujourd’hui à vos côtés, cher Jean-François Hebert,
d’abord pour célébrer cette matière qui fait voir « la vie en beau », comme l’a écrit
Baudelaire, ensuite pour vous témoigner, devant vos équipes, et particulièrement celles qui
ont organisé cette exposition, ce que je vous disais en vous remettant il y a quelques mois
les insignes d’officier dans l’ordre national du mérite, toute mon admiration pour
l’extraordinaire nouveau souffle qui inspire la Cité des sciences et de l’industrie, qui est le
quatrième établissement le plus visité après le Louvre, Versailles et le Centre Pompidou. Un
établissement qui conjugue une forte exigence de qualité et une très grande ouverture,
puisqu’il propose des clés de lecture adaptées à chacun, pour découvrir les merveilles de la
science, un établissement résolument tourné vers l’avenir, le progrès, mais aussi le débat,
essentiel pour notre société, sur les grands enjeux des sciences et des techniques.

La Cité
des sciences et de l’industrie a connu l’année dernière un record de fréquentation – 3 180
000 visiteurs en 2005, et je suis persuadé que l’année 2006 sera, grâce à vous tous, encore
meilleure !

Une année qui commence bien, avec cette magnifique exposition qui lie l’art et la science, le
Beau et le Vrai, et nous invite à marcher sur les traces de cette époque qui fascine tous nos
contemporains, le temps de Pétrone, Sénèque, Cicéron, le temps où les grands hommes
étaient à la fois des scientifiques, des philosophes, parfois des historiens, des hommes
politiques ou des avocats, un temps où les sages concentraient le savoir dans tous les
domaines.

En notre époque où la connaissance est éclatée en spécialités, où le progrès peut
faire peur, parce que nous ne comprenons plus comment fonctionnent ces objets que nous
utilisons tous les jours, vous faites résonner leurs voix dans ce parcours. Des voix
émouvantes, qui commentent avec passion les bouleversements apportés par cette matière
qui nous semble aujourd’hui si banale dans ses applications, si quotidienne dans ses
usages, et que nous redécouvrons, grâce à vous, sous un nouveau jour.

L’éruption du Vésuve en ce tristement fameux 24 août 79 après Jésus Christ fut une
effroyable tragédie humaine, dont le jeune Pline fut le témoin impuissant et le narrateur
fidèle. Ce drame fut aussi un grand cadeau pour les archéologues, puisqu’il a figé et
préservé le quotidien de la ville de Pompéi et de ses habitants et nous donne aujourd’hui
l’occasion rare de revisiter la vie sous l’Empire romain à travers le prisme de l’apparition du
verre.

Une apparition presque magique, qui semble relever d’un mystère proche de l’alchimie
: l’homme n’a découvert ni l’élixir de longue vie, ni la panacée universelle, ni la pierre
philosophale, qui transforme les métaux vils en métaux précieux, mais il a trouvé le secret
tout aussi fascinant de la transformation de milliers de grains de sable, en une pâte
malléable, docile, qui peut revêtir une infinité d’aspects, et qui, une fois sèche, devient aussi
dure que fragile, transparente et belle.

C’est avec une grande émotion que j’ai parcouru les allées de cet extraordinaire parcours,
pour admirer les vestiges de la vie quotidienne, simple ou luxueuse, d’il y a près de deux
mille ans : vases, pots à onguents, ustensiles de toilettes, instruments chirurgicaux, le verre
est un prétexte formidable pour nous immiscer dans l’intimité de nos ancêtres, et en
découvrir les détails les plus secrets, les plus étonnants et les plus insoupçonnés, comme
cette incroyable bague qui laisse apparaître, à travers une pierre translucide, le bouleversant
visage d’un jeune homme, dont on nous dit qu’il était le fils de celle qui la portait. Je pense
aussi à ce bas-relief qui représente une visite chez l’oculiste !

Je me félicite que cette superbe exposition, conçue en 2004 par l’istituto e museo di storia
della scienza de Florence, soit le fruit d’une étroite collaboration entre des établissements et
des spécialistes français et italiens et je tiens à saluer Monsieur Ludovic Ortona,
ambassadeur d’Italie en France, qui nous a fait le plaisir de nous accompagner aujourd’hui.

Je suis très heureux enfin de clore cette visite au son magique du cristal Baschet, instrument
de féerie qui joue sur la vibration de cette noble matière, et nous rappelle, s’il en était encore
besoin, au sortir de ce magnifique parcours, que le verre nous réserve encore bien des
surprises.

Je suis persuadé que cette exposition rencontrera un grand succès.

Je vous remercie.

Conférence de presse Perspectives et développement du Palais de Tokyo

2 février 2006

Monsieur le Président, Cher Maurice Lévy,

Messieurs les Directeurs, Cher Nicolas Bourriaud, Cher Jérôme Sans,

Cher Marc-Olivier Wahler,

Mesdames, Messieurs,

Chers Amis,

Je suis très heureux de vous retrouver aujourd’hui au Palais de Tokyo.
Un lieu ouvert à toutes les rencontres que provoque l’art dans notre
société, un lieu vivant, un lieu emblématique du dynamisme, de la
vitalité et de la diversité des arts actuels, dans toutes leurs dimensions.

Un lieu où demain s’invente aujourd’hui, un lieu où la création la plus
contemporaine ne cesse d’attirer de nouveaux publics. Un lieu que
nous aimons, où nous aimons aller à la découverte, à la rencontre,
nous laisser surprendre, interpeller, confronter à tout ce qui bouge, à
tout ce qui nous donne l’occasion de vivre au rythme des expériences,
des visions, des échanges, qui sont le propre de la création émergente.

Un lieu sans cesse en mouvement, qui se situe aujourd’hui à un
moment clé de son histoire, de « notre histoire », pour évoquer ce
flamboyant feu d’artifices sur lequel, chers Nicolas Bourriaud et Jerôme
Sans, après quatre années très riches, vous achevez votre mandat. Un
nouveau directeur, Marc-Olivier Wahler vous succède. Et de nouvelles
perspectives s’annoncent pour l’ensemble du Palais, qui va bientôt faire
l’objet d’un réaménagement global, avec un fort engagement de l’Etat et
du ministère de la culture et de la communication.

Je tiens à saluer, cher Nicolas Bourriaud et cher Jérôme Sans, le
remarquable travail que vous avez accompli pendant ces quatre
dernières années. Si le Palais de Tokyo est aujourd’hui l’un des
centres d’art les plus visités d’Europe, avec plus de 200.000 visiteurs
par an, plus de 900.000 personnes venues depuis son ouverture au
public à la rencontre de plus de 300 artistes et de plus d’une centaine
d’expositions, si le Site de création contemporaine est devenu une
référence européenne, voire mondiale, pour l’originalité et la qualité de
son modèle, c’est bien grâce à votre talent et à votre énergie, auxquels
je veux aujourd’hui rendre hommage.

La passionnante et tonique exposition « Notre histoire », que je vous
remercie d’avoir monté si vite et avec autant de talent, et que j’invite
chacun d’entre vous à voir et à revoir, illustre avec panache l’empreinte
durable que vous laissez en ce lieu et que je caractériserais comme un
état d’esprit.

Oui, il y a un esprit du Palais de Tokyo. Un esprit fait d’enthousiasme, de curiosité, de réactivité, de mobilité, de
convivialité, d’imagination, d’invention, d’exigence, de qualité, de décloisonnement, de transdisciplinarité. Oui,
l’esprit du Palais de Tokyo, c’est tout cela à la fois : un esprit ouvert sur toutes les tendances, toutes les formes
d’expression artistique, tous les mouvements de notre société. Cet esprit, je m’y reconnais, je le partage, je
l’encourage, et vous pouvez compter sur moi, sur l’engagement de l’Etat, pour le faire vivre, pour le prolonger,
pour le projeter vers l’avenir.

Je suis sûr que nous pourrons continuer à compter sur votre dynamisme, sur votre grande connaissance de l’art
d’aujourd’hui et sur votre engagement aux côtés des artistes. De très nombreuses candidatures de qualité nous
sont parvenues pour vous succéder, et c’est Marc-Olivier Wahler qui a été choisi par le jury dont j’ai accepté le
choix.

Je veux donc maintenant souhaiter chaleureusement la bienvenue à Marc-Olivier Wahler. Vous avez fait la
preuve, lors de vos fonctions précédentes, au Centre d’art de Neuchâtel puis au Swiss Institute de New York, de
votre grand attachement à la création actuelle, en multipliant les collaborations les plus variées et en développant
des structures plaçant l’artiste au coeur de leurs projets. L’identité du Palais de Tokyo sera, je n’en doute pas,
sous votre direction, préservée et confortée, tout en bénéficiant du constant renouvellement qui est le propre de
la création.

En Suisse ou aux Etats-Unis, vous avez toujours porté un grand intérêt à la scène artistique française. Je ne
doute pas que vous aurez à coeur de continuer ici, à faire preuve de liberté et d’ouverture, pour accueillir toutes
les pratiques émergentes.

J’ajoute que par vos fonctions antérieures, vous êtes rompu à la recherche de partenariats. C’est une
compétence essentielle, d’autant plus que l’Etat maintiendra, je l’ai dit, son engagement fort, en faveur du Site de
création, comme du Pavillon que Ange Leccia continuera de diriger avec talent. Car l’addition des énergies de
tous les acteurs est plus que jamais nécessaire aujourd’hui. Je sais aussi combien vous vous êtes toujours
montré attentif à la transmission des savoirs et à la sensibilisation des publics à l’art contemporain. Ce sont des
objectifs essentiels et le Palais de Tokyo se doit de continuer à jouer un rôle exemplaire dans ce domaine.

J’adresse donc tous mes voeux de succès à Marc-Olivier Wahler, et je tiens à assurer à Maurice Lévy et à
l’ensemble du conseil d’administration de l’association du Palais de Tokyo, Site de création contemporaine, que
le ministère de la culture et de la communication sera toujours à leurs côtés pour les aider à poursuivre leur
mission, dans le respect des orientations qui font l’identité et l’originalité de ce lieu sans équivalent au monde.

Alors que le Musée d’art moderne de la Ville de Paris vient de rouvrir ses portes, et je suis heureux d’avoir visité
hier la lumineuse exposition consacrée à Bonnard, le Site de création contemporaine du Palais de Tokyo aura
donc une actualité riche au cours des prochains mois, avec l’exposition « Notre histoire », les nombreuses
manifestations qui l’accompagnent, puis les nouvelles expositions que vous allez préparer, cher Marc-Olivier
Wahler. Mais, vous le savez bien, une large partie du bâtiment dans lequel nous nous trouvons reste encore
actuellement inoccupée. Cette situation va heureusement bientôt évoluer.

Je voudrais en effet évoquer les perspectives à moyen et à long terme du Palais de Tokyo. L’aile ouest où nous
nous trouvons, appartenant à l’Etat, développe 20.000 m² utiles, dont le tiers est aujourd’hui occupé par le Site de
création contemporaine. Un grand plateau de 5.300 m² est actuellement en friche au niveau inférieur à celui
occupé par le Site de création, et plusieurs milliers de m² au niveau de la Seine et aux niveaux supérieurs sont
dans le même état.

Ces surfaces disponibles en plein coeur de Paris, proches non seulement du Musée d’art moderne de la Ville de
Paris, du Musée Galliera et du Musée Guimet mais aussi, du Grand Palais, et bientôt, du Musée du Quai Branly,
qui va ouvrir cette année, et de la Cité de l’architecture et du patrimoine, toute proche, au Palais de Chaillot, nous
offrent une occasion formidable de donner une nouvelle visibilité à la création française.

Aussi la décision a-t-elle été prise, et le Premier Ministre l’a annoncé il y a quelques semaines à la FIAC, en
même temps que d’autres mesures importantes destinées à redonner toutes ses chances à la création en France, de réhabiliter sans plus tarder l’ensemble du Palais de Tokyo, qui pourra ainsi constituer un lieu phare au
service de la création sous toutes ses formes, une véritable « Cité de la création contemporaine ».

Un projet global et cohérent va donc être élaboré, tenant compte de la réussite du Site de création
contemporaine, qui sera conforté au sein du nouvel ensemble, et prévoyant une ouverture à des domaines tels
que le cinéma, le design et la mode, ainsi que la présentation d’expositions monographiques consacrées à des
ensembles significatifs de créateurs vivants de la scène française et d’oeuvres issues de collections publiques et
privées.

J’ai souhaité que soient étudiés rapidement tous les aspects techniques, juridiques, financiers et culturels de ce
projet, et j’ai désigné à cette fin auprès du Délégué aux Arts plastiques un directeur du projet de réaménagement
du Palais de Tokyo : Alain Lombard, qui me fera des propositions précises avant l’été. Un comité de pilotage des
études préalables a été confié à l’EMOC, l’établissement public de maîtrise d’ouvrage des projets culturels, et se
réunit aujourd’hui même.

La deuxième phase de réhabilitation du Palais de Tokyo est donc lancée.

Ce lieu de culture et de création, qui
est aussi un lieu de vie, va pouvoir au cours des prochaines années, se montrer plus que jamais prospectif, actif,
mobile, interdisciplinaire, à la fois planétaire et proche, imaginatif, concret, généreux, accueillant et convivial.

De nombreuses mesures ont déjà été prises et mises en application au cours des derniers mois en faveur du
développement de la création dans notre pays. Une meilleure reconnaissance des diplômes des écoles d’art a
été obtenue. Les nouvelles dispositions fiscales annoncées par le Premier Ministre se concrétisent.

Pour reprendre les mots de Philippe Jacottet, les artistes d’aujourd’hui nous incitent à voir « une constellation,
tout près ». Une constellation d’oeuvres, de points de vue, de créateurs qui sont ceux qui vivent, enseignent ou
travaillent pour un temps en France, font vivre des pensées, des formes, des réflexions ou des sensations
irremplaçables, indispensables à notre société que proposent les artistes d’aujourd’hui, toutes générations
confondues.

Les nouvelles perspectives du Palais de Tokyo s’inscrivent donc au coeur d’une politique culturelle que je suis
fier de mener à bien, et qui vise à reconnaître pleinement la place de la création dans notre société et à faire de
la France l’un des foyers les plus vivants de la création contemporaine.

Je vous remercie.

Présentation des Nouveaux albums des paysagistes

2 février 2006

Mesdames, Messieurs,

Je suis particulièrement heureux de vous accueillir au ministère de la
culture et de la communication pour la proclamation des lauréats des
tout Nouveaux albums des paysagistes.

Après le Palmarès des jeunes urbanistes proclamé en novembre 2005
par mon collègue chargé des transports et de l'équipement, Dominique
Perben, après les Nouveaux albums des jeunes architectes qui vous
sont bien connus, j'ai voulu créer ces Albums en faveur des jeunes
paysagistes, de moins de 35 ans, pour manifester l'intérêt que nous
devons tous porter aux compétences et aux qualités de ces hommes et
de ces femmes, qui nous aident à comprendre la cohérence de nos
paysages et à nous proposer des évolutions pertinentes.

Le paysage fait partie de notre vie, de notre histoire, de notre patrimoine
vivant, de notre culture. En effet, comme l'écrit Pierre Sansot : "si la
notion de paysage mérite d'être honorée, ce n'est pas seulement parce
qu'elle se situe, de manière exemplaire, à l'entrecroisement de la nature
et de la culture, des hasards de la création et de l'univers et du travail
des hommes, ce n'est pas seulement parce qu'elle vaut pour l'espace
rural et pour l'espace urbain. C'est essentiellement parce qu'elle nous
rappelle que cette terre, la nôtre, que nos pays sont à regarder, à
retrouver (…)"

Nos concitoyens sont de plus en plus conscients des effets néfastes
d'une banalisation outrancière de nos paysages. Face à ce danger, qui
est de mieux en mieux perçu, les paysagistes nous aident à revenir aux
lieux, à enrichir, vivifier et cultiver cette notion familière de lieu, de
proximité, d'un rapport humain à l'espace que nous habitons, au territoire
qui nous entoure, dans toute sa diversité, et dans ses qualités, ses
textures, ses lignes de force, ses usages, ses perspectives.

Au-delà de la promotion nécessaire et méritée de jeunes professionnels
aux talents prometteurs, ces albums nous permettent de sensibiliser
encore davantage l'ensemble de nos concitoyens, en France comme en
Europe, aux compétences et aux réalisations des paysagistes dans leur
ensemble.

Oui, c'est aussi pour l'ensemble des paysagistes que nous agissons, en
invitant les décideurs, les acteurs publics ou privés, comme nos
concitoyens, à reconnaître l'ensemble d'une profession dans toute la
diversité de ses composantes et de ses champs d'intervention : les
espaces publics, les parcs et les jardins, mais aussi le paysage de
grande échelle et la géographie humaine dans son ensemble, telle que
l'entendait déjà Vidal de la Blache lorsqu'il y a un peu plus de cent ans, il
nous a invité à comprendre le paysage, au delà du visible, dans toutes
ses dimensions culturelles, sensorielles, sensibles, dans un échange
constant entre l'histoire longue et la vie quotidienne des hommes.

Maintenant, je tiens à remercier très chaleureusement tous les membres du jury
qui se sont réunis tôt ce matin, au ministère, sous la co-présidence du
paysagiste Michel Desvigne et d'Ann-José Arlot, directrice chargée de
l'architecture. J'adresse également mes remerciements à tous les experts qui
se sont plongés dans les dossiers présentés par les équipes candidates.

Cette première édition, tant par le nombre que par la qualité des candidats, est
un succès. Il illustre l'attente des jeunes professionnels et leur quête de
reconnaissance, leur envie d'agir, de proposer, d'aménager, de créer.
Les lauréats bénéficieront d'une importante campagne de promotion conduite
par la direction de l'architecture et du patrimoine avec la Cité de l'architecture et
du patrimoine :

– ainsi, une exposition itinérante leur sera dédiée, qui sera inaugurée en juin
et présentée ensuite, dès le mois d'octobre prochain, cher François de
Mazières, à la Cité, au Palais de Chaillot, dans une scénographie signée par
Karine Herman, lauréate en 2004 des Nouveaux albums des jeunes
architectes, en même temps que l'exposition consacrée aux jeunes
architectes ;

– un site Internet et une publication permettront en outre, d'ici l'été, de les
faire largement connaître ;

– enfin, le Cercle de parrainage des nouveaux albums, commun aux
paysagistes et aux architectes, leur favorisera l'accès à la commande publique
et privée, grâce à l'engagement des collectivités territoriales, des grandes
sociétés publiques et des grandes entreprises privées qui y participent.

Avant d'inviter tous les lauréats à me rejoindre, je tiens à vous convier à un
prochain rendez-vous, ici même : le vendredi 17 mars, j'aurai le plaisir de vous
dévoiler les noms des lauréats de la promotion 2005-2006 des Nouveaux
albums des jeunes architectes. Cette proclamation s'inscrira dans le cadre de
l'opération "Vivre les villes", lancée conjointement avec mes collègues chargés
de l'équipement et du logement, pour partir à la découverte de l'architecture et
de l'urbanisme de nos villes. Et, bien entendu, de nos paysages urbains !

Le jury qui s'est réuni ce matin, a choisi cinq équipes lauréates pour la qualité
de leurs projets paysagers et urbains, pour la richesse de leur parcours
professionnel, comme pour leurs capacités d'innovation.

J'adresse par avance, à chacune et à chacun d'entre vous, toutes mes
félicitations. Votre talent emporte aujourd'hui la confiance que nous vous
accordons : à vous désormais de poursuivre votre essor. Il y a tant à faire!

Je suis maintenant très heureux d'appeler les lauréats de cette première édition
des Nouveaux albums des paysagistes :

ô€‚¾ Gilot et Mandel : Claire Gilot et Daphné Mandel

􀂾 Thierry Kandjee

ô€‚¾ Map [paysagistes] : Olivier Baert et Gaëlle Pinier

ô€‚¾ Sarl Atelier Acanthe : Juliette Bailly-Maître, Ronan Gallais et Marion
Guermonprez

􀂾 Marion Talagrand

Bravo, et merci à tous !

Nouveaux albums des paysagistes

2 février 2006

Le paysage fait partie de notre vie, de notre histoire, de notre patrimoine vivant, de notre culture. En effet, comme lécrit Pierre Sansot : « si la notion de paysage mérite dêtre honorée, ce nest pas seulement parce quelle se situe, de manière exemplaire, à lentrecroisement de la nature et de la culture, des hasards de la création… Je suis particulièrement heureux de vous accueillir au ministère de la culture et de la communication pour la proclamation des lauréats des tout Nouveaux albums des paysagistes.

Après le Palmarès des jeunes urbanistes proclamé en novembre 2005 par mon collègue chargé des transports et de léquipement, Dominique Perben, après les Nouveaux albums des jeunes architectes qui vous sont bien connus, jai voulu créer ces Albums en faveur des jeunes paysagistes, de moins de 35 ans, pour manifester lintérêt que nous devons tous porter aux compétences et aux qualités de ces hommes et de ces femmes, qui nous aident à comprendre la cohérence de nos paysages et à nous proposer des évolutions pertinentes.

Le paysage fait partie de notre vie, de notre histoire, de notre patrimoine vivant, de notre culture. En effet, comme lécrit Pierre Sansot : « si la notion de paysage mérite dêtre honorée, ce nest pas seulement parce quelle se situe, de manière exemplaire, à lentrecroisement de la nature et de la culture, des hasards de la création et de lunivers et du travail des hommes, ce nest pas seulement parce quelle vaut pour lespace rural et pour lespace urbain. Cest essentiellement parce quelle nous rappelle que cette terre, la nôtre, que nos pays sont à regarder, à retrouver (…) »

Nos concitoyens sont de plus en plus conscients des effets néfastes dune banalisation outrancière de nos paysages. Face à ce danger, qui est de mieux en mieux perçu, les paysagistes nous aident à revenir aux lieux, à enrichir, vivifier et cultiver cette notion familière de lieu, de proximité, dun rapport humain à lespace que nous habitons, au territoire qui nous entoure, dans toute sa diversité, et dans ses qualités, ses textures, ses lignes de force, ses usages, ses perspectives.

Au-delà de la promotion nécessaire et méritée de jeunes professionnels aux talents prometteurs, ces albums nous permettent de sensibiliser encore davantage lensemble de nos concitoyens, en France comme en Europe, aux compétences et aux réalisations des paysagistes dans leur ensemble.

Oui, cest aussi pour lensemble des paysagistes que nous agissons, en invitant les décideurs, les acteurs publics ou privés, comme nos concitoyens, à reconnaître lensemble dune profession dans toute la diversité de ses composantes et de ses champs dintervention : les espaces publics, les parcs et les jardins, mais aussi le paysage de grande échelle et la géographie humaine dans son ensemble, telle que lentendait déjà Vidal de la Blache lorsquil y a un peu plus de cent ans, il
nous a invité à comprendre le paysage, au delà du visible, dans toutes ses dimensions culturelles, sensorielles, sensibles, dans un échange constant entre lhistoire longue et la vie quotidienne des hommes.

Maintenant, je tiens à remercier très chaleureusement tous les membres du jury qui se sont réunis tôt ce matin, au ministère, sous la co-présidence du paysagiste Michel Desvigne et dAnn-José Arlot, directrice chargée de larchitecture. Jadresse également mes remerciements à tous les experts qui se sont plongés dans les dossiers présentés par les équipes candidates.

Cette première édition, tant par le nombre que par la qualité des candidats, est un succès. Il illustre lattente des jeunes professionnels et leur quête de reconnaissance, leur envie dagir, de proposer, daménager, de créer.

Les lauréats bénéficieront dune importante campagne de promotion conduite par la direction de larchitecture et du patrimoine avec la Cité de larchitecture et
du patrimoine :

– ainsi, une exposition itinérante leur sera dédiée, qui sera inaugurée en juin et présentée ensuite, dès le mois doctobre prochain, cher François de Mazières, à la Cité, au Palais de Chaillot, dans une scénographie signée par Karine Herman, lauréate en 2004 des Nouveaux albums des jeunes architectes, en même temps que lexposition consacrée aux jeunes architectes ;

– un site Internet et une publication permettront en outre, dici lété, de les
faire largement connaître ;

– enfin, le Cercle de parrainage des nouveaux albums, commun aux paysagistes et aux architectes, leur favorisera laccès à la commande publique et privée, grâce à lengagement des collectivités territoriales, des grandes sociétés publiques et des grandes entreprises privées qui y participent.

Avant dinviter tous les lauréats à me rejoindre, je tiens à vous convier à un prochain rendez-vous, ici même : le vendredi 17 mars, jaurai le plaisir de vous dévoiler les noms des lauréats de la promotion 2005-2006 des Nouveaux albums des jeunes architectes. Cette proclamation sinscrira dans le cadre de lopération « Vivre les villes », lancée conjointement avec mes collègues chargés de léquipement et du logement, pour partir à la découverte de larchitecture et
de lurbanisme de nos villes. Et, bien entendu, de nos paysages urbains !

Le jury qui sest réuni ce matin, a choisi cinq équipes lauréates pour la qualité de leurs projets paysagers et urbains, pour la richesse de leur parcours professionnel, comme pour leurs capacités dinnovation.

Jadresse par avance, à chacune et à chacun dentre vous, toutes mes félicitations. Votre talent emporte aujourdhui la confiance que nous vous accordons : à vous désormais de poursuivre votre essor. Il y a tant à faire!

Je suis maintenant très heureux dappeler les lauréats de cette première édition des Nouveaux albums des paysagistes :

– Gilot et Mandel : Claire Gilot et Daphné Mandel
– Thierry Kandjee
– Map [paysagistes] : Olivier Baert et Gaëlle Pinier
– Sarl Atelier Acanthe : Juliette Bailly-Maître, Ronan Gallais et Marion Guermonprez
– Marion Talagrand

Bravo, et merci à tous !

Remise des insignes de Chevalier dans l'Ordre National de la Légion d'Honneur à Jean-Jacques Lebel

1 février 2006

Cher Jean-Jacques Lebel,

Je suis très heureux de vous accueillir ce soir rue de Valois, et de distinguer en vous un
homme d’entreprise, qui s’est engagé dans le développement d’une activité qui contribue
incontestablement au rayonnement international de la France.

Vous êtes né à Londres. Vous avez parlé la langue de Shakespeare avant même
d’apprendre celle de Molière. Votre père, Claude Lebel, était alors Conseiller d’ambassade
dans la capitale britannique et une figure clé de la diplomatie de l’époque puisque, après
votre déménagement à Washington, en 1959, il assiste aux discussions entre De Gaulle et
Kennedy au sujet de la crise des missiles de Cuba. Un père exigeant, « perfectionniste »,
dites-vous, un modèle à qui vous décidez très jeune de faire honneur.

De retour en France
en 1962, vous fréquentez les établissements les plus prestigieux de Paris : vous remportez
un Prix d’éloquence à 17 ans. Nous verrons bien tout à l’heure si ce prix était mérité ! Vous
obtenez le baccalauréat en 1968, et si cette année-là, on offrit beaucoup de diplômes, la
mention « Très bien », que vous avez brillamment obtenue, ne fut jamais gratuite. « C’était le
minimum que je pouvais faire pour être digne de ma famille », dites-vous. Ce minimum, vous
l’avez placé extrêmement haut, pendant toute votre carrière.

Vous intégrez l’ESSEC en 1969, alors que votre père est nommé ambassadeur de France
au Maroc. Votre goût pour les études se nourrit de votre passion pour les voyages,
l’aventure, l’étranger, l’ailleurs, l’autre. Vous auriez pu être un élève simplement brillant et
studieux, vous avez aussi voulu être un authentique cosmopolite, un globe-trotter infatigable,
rejoignant en voiture, comme on pouvait le faire à cette époque, Rabat, Moscou, Helsinki.

Cette passion de la découverte et de la conquête ne vous quittera jamais : vous effectuez
votre service comme coopérant de l’Expansion Economique à Bombay, où vous vous
efforcez de « vendre » les technologies de pointe françaises en matière de
télécommunications à des Indiens surtout soucieux, à l’époque, d’importer des machines-outils.

Cette expérience vous incite à créer votre entreprise, la Goagem, qui sera pour vous
une excellente école de commerce international et de dialogue des cultures.

En 1974, sur fond de crise du pétrole, vous rentrez en France et travaillez pendant sept ans
au marketing chez Procter et Gamble. En 1981, votre route croise celle de L’Oréal, une
entreprise qui souffle un esprit nouveau, différent, une entreprise pionnière et flexible, en
forte expansion. Vous devenez patron de la filiale des produits publics à Londres, où vous
exercez pleinement vos talents. Vous lancez notamment la mousse coiffante Free Style,
avant d’être nommé à la tête des Laboratoires Garnier à Paris. Quelle mission pouvait-on
confier à un esprit aussi brillant, passionné et ouvert que le vôtre ? L’internationalisation de
la marque, bien évidemment.

En 1990, Lindsay Owen-Jones vous confie la filiale Public-Coiffure Britannique. Vous
traversez de nouveau la Manche, accompagné cette fois de votre épouse Isabelle et de
votre jeune fils Jacques, qui, suivant lui aussi les brillantes traces de son père, est
aujourd’hui totalement bilingue. Pendant presque 10 ans, vous développez
considérablement les activités et le chiffre d’affaires de votre filiale. C’est sous votre direction
que sont lancés les produits aujourd’hui cultes tels que les shampooings Elsève, le
maquillage L’Oréal, le maquillage Maybelline. Conscient que la santé et l’avenir d’une
entreprise résident dans la force, l’ingéniosité et le dynamisme de ses ressources humaines,
vous créez des liens avec des universités comme Oxford et menez une solide politique de
recrutement. Conscient également que vos meilleurs relais dans le public, ce sont ces
coiffeurs qui tous les jours, utilisent vos produits et conseillent vos potentiels clients, vous
renforcez les liens avec ces professionnels.

Grâce à votre succès, vous êtes nommé en 1999 Directeur de la zone Multi Division
Amérique Latine. Vous y resterez peu de temps, mais suffisamment pour apprendre une
nouvelle langue : l’espagnol. Vous sillonnez le continent de long en large, fidèle à votre
passion du terrain, et visitez les capitales, les usines, mais aussi les petites villes, pour
mieux vous imprégner de l’esprit latin. Vous menez encore une fois des expériences
pionnières, en développant la communication sur Internet, ce nouveau média dont les
entreprises ne peuvent plus se passer aujourd’hui.

En 2001 vous entrez au Comité exécutif de L’Oréal, et vous êtes nommé vice-président en
charge de la Division professionnelle. Pour vous, les coiffeurs sont de véritables artisans,
parfois même de vrais artistes.

Art de l’élégance, art du quotidien, art éphémère, sans cesse remis en question par les
modes qu’elle invente, la coiffure nécessite une créativité permanente et vous avez été
parmi les premiers à le comprendre.

Vous mettez au point des programmes d’éducation et d’échange, pour vos 500 000 coiffeurs
partenaires dans le monde et vous créez des gammes de produits adaptés à chacun, et
aussi aux budgets les plus modestes, afin que tous les coiffeurs et leurs clients, y compris
dans les pays en voie de développement, accèdent à la qualité, à la beauté, à l’élégance
dont votre entreprise est porteuse dans le monde entier.

Un jour, vous avez contemplé cet ensemble formidable de partenaires, et plutôt que d’y voir
– et ce serait tout naturel ! – l’aboutissement de votre talent et de votre travail, vous y avez
vu un gigantesque réseau d’hommes et de femmes à travers la planète et dans de nombreux
pays en voie de développement, et donc l’occasion unique de faire passer un message
capital. Le Directeur général de l’UNESCO, Koïchiro Matsuura avait appelé à « la
mobilisation de tous les secteurs de la société » pour endiguer le fléau du Sida. Vous
comprenez que les salons de coiffure sont des hauts lieux de convivialité, d’échange, de
confiance, et qu’ils offrent des relais uniques pour porter ce message.

Vous mettez en place,
en coopération avec l’UNESCO, un programme d’éducation « Coiffeurs du monde contre le
Sida », qui introduit dans la formation des professionnels de la coiffure des séquences
pédagogiques sur la prévention du virus. Le programme est entamé en Afrique du Sud, en
Inde et au Brésil, il démarre en ce moment en Europe, et couvrira bientôt le monde entier.

Parce que vous ne concevez pas le métier de coiffeur comme une activité futile, mais utile,
parce qu’il embellit la vie, parce qu’il est une source de bien-être, de mieux-être, vous croyez
même en ses vertus thérapeutiques et vous en constatez les bienfaits notamment au sein du
salon de coiffure que vous avez offert aux adolescents en souffrance physique ou psychique,
de la Maison de Solenn. Cette Maison, due à l’initiative de Mme Chirac et de la Fondation
Hôpitaux de Paris-Hôpitaux de France, dont Marcel Rufo est le responsable médical, est une
structure d’accueil spécialement dédiée aux jeunes, de 12 à 19 ans.

Vous le savez certainement, Kaïros est le Dieu grec du moment opportun. On le représente
souvent sous les traits d’un jeune homme, à la longue chevelure, que chacun doit savoir
saisir s’il ne veut pas laisser passer sa chance. Au regard de votre exceptionnelle carrière, il
semble que non seulement vous n’avez pas laissé s’échapper Kaïros, toutes les fois qu’il
s’est présenté à vous, mais qu’en plus, aujourd’hui, c’est vous qui prenez soin de sa
magnifique chevelure, afin que d’autres puissent mieux la saisir.

Parce que vous avez une idée très noble du métier que vous exercez depuis maintenant
presque trente ans, parce que vous y avez mis toute votre audace, tout votre talent, et tout
votre coeur, je suis très heureux de vous honorer ce soir.

Cher Jean-Jacques Lebel, au nom du Président de la République, et en vertu des pouvoirs
qui nous sont conférés, nous vous faisons Chevalier de la Légion d’honneur.

Dîner en l’honneur de Catherine Deneuve

1 février 2006

Chère Catherine Deneuve,

Bienvenue, Bienvenue chez vous ! Oui, je suis très fier et très heureux de vous accueillir ce soir rue de Valois, dans cette maison qui est d’abord la vôtre, celle des artistes, des créateurs, de toutes celles et de tous ceux qui font briller la culture française dans le monde.

Vous la faites briller d’un éclat sans égal. Vous avez déclaré : « Je sais tout ce qu'il y a de magnifique derrière moi, je sais à peu près ce qui reste devant moi, tout en espérant encore être surprise car j'ignore ce que je ferai dans cinq ou dix ans ou vers quoi je vais évoluer. »

Sachez, Chère Catherine Deneuve, qu’en ce qui nous concerne, vous n’avez jamais cessé de nous surprendre. Vous avez toujours su franchir, pour notre plus grand bonheur, toutes les frontières, avec l’éternelle séduction de votre caractère, de votre visage, « ce visage que la lumière caresse et que l’ombre protège », comme l’a joliment dit Gilles Jacob en présentant votre leçon d’actrice à Cannes, le 12 mai dernier.

Oui, vous êtes aussi inclassable qu’admirable, vous êtes, comme vous le dites vous même, « une sorte de puzzle où chacun peut voir ou projeter quelque chose de différent », n’est-ce pas la plus belle définition de l’actrice ? Si vous êtes tout cela, c’est sans doute en raison du charme, d’un charme au sens le plus fort, étymologique de ce terme, qui désigne une action magique, un enchantement magnétique, c’est cette attraction que décrivait Françoise Sagan : « cette jeune femme belle, blonde et célèbre, qui séduisait les Américains par son charme français, et les Français par sa beauté américaine. »

Depuis Les Parapluies, vous avez toujours fait preuve de beaucoup d’audace dans le choix de vos rôles, vous n’avez jamais choisi la facilité et c’est sans doute ce qui vous a valu l’immense respect des réalisateurs et du public. Vous incarnez une schizophrène dans Répulsion de Polanski, puis une inoubliable pensionnaire de maison close dans Belle de Jour de Bunuel, avec qui vous avez tourné le non moins troublant Tristana. Vous n’avez jamais hésité non plus à jouer des rôles comiques ou fantaisistes, comme dans La Vie de château, ou Le Sauvage, de Martin Rappeneau, ou Les Demoiselles de Rochefort de Jacques Demy.

Vous avez connu un immense succès dans le monde entier, et particulièrement aux Etats-Unis, où vous avez tourné avec Jack Lemmon dans Folies d’avril, de Stuart Rosenberg. Vous tournez avec de grands réalisateurs italiens (Bolognini, Ferreri) et devenez la muse de Truffaut, qui vous offre l’un de vos plus beaux rôles dans Le Dernier métro, qui vous vaut un César en 1981. C’est Techiné ensuite qui écrira quelques unes des plus belles pages de votre incroyable carrière : Hôtel des Amériques, Ma saison préférée, Les Temps qui changent.

Vous obtenez un deuxième César en 1992 avec Indochine de Régis Wargnier, que j’ai plaisir à saluer, et continuez à tourner avec les talents les plus singuliers du cinéma français : Leos Carax, Arnaud Desplechin, François Ozon, Philippe Garrel, Nicole Garcia, ainsi que du cinéma international, et je pense par exemple à Manoel de Oliveira, Lars von Trier. Vous avez eu tous les honneurs et toutes les récompenses sans en être blasée, vous avez même été choisie comme modèle pour le buste de Marianne ! On a voulu faire de vous une icône, une institution, mais vous ne vous laissez pas faire, vous débordez de vie, de désirs, de passion.

Vous nous avez fait hurler de rire dans Palais Royal !, le film très récent de Valérie Lemercier, que je suis heureux de rencontrer grâce à vous, aux côtés de plusieurs de vos partenaires du film, qui vous vaut une nomination aux César dans la catégorie… meilleur second rôle !

Vous voyez, vous ne cesserez jamais de nous surprendre !

Chère Catherine Deneuve, comme soixante-trois millions de français, nous vous aimons.

Présentation du Portrait du duc d’Orléans de Jean-Auguste-Dominique Ingres

1 février 2006

Je suis particulièrement heureux et fier de voir aujourd’hui ce chef d’œuvre réintégrer nos collections nationales. Le modèle était, comme vous le savez, un homme remarquable : destiné à devenir l’héritier du trône à la mort de Louis-Philippe, éminemment populaire, le duc d’Orléans avait une réelle influence politique et était un homme moderne, aux idéaux démocratiques…

Monsieur le Président du directoire dAXA, cher Henri de Castries,
Madame la Directrice des musées de France, chère Francine Mariani-Ducray,
Monsieur le Président-directeur du musée du Louvre, cher Henri Loyrette,
Mesdames, Messieurs, Chers amis,

C’est un temps particulièrement fort dans l’histoire des collections nationales qui nous réunit ce soir, et un moment de grande émotion. Longtemps conservé dans les collections de la Maison d’Orléans, le très célèbre « Portrait du duc d’Orléans » par Ingres, compte en effet parmi les œuvres de longue date les plus convoitées par le département des peintures du musée du Louvre. Ce rêve est aujourd’hui devenu réalité grâce au mécénat du groupe AXA, qui contribue ainsi pour la troisième fois à l’enrichissement de ce musée.

Je suis particulièrement heureux et fier de voir aujourd’hui ce chef d’œuvre réintégrer nos collections nationales. Le modèle était, comme vous le savez, un homme remarquable : destiné à devenir l’héritier du trône à la mort de Louis-Philippe, éminemment populaire, le duc d’Orléans avait une réelle influence politique et était un homme moderne, aux idéaux démocratiques. Il fut l’un des premiers à imposer la cocarde et le drapeau tricolores, symboles républicains par excellence. Les Français admirèrent son courage, notamment lors de l’épidémie de choléra à Paris qui l’avait vu parmi les premiers se rendre au chevet des malades à l’Hôtel-Dieu ; de grandes espérances, portées par les républicains autant que par les monarchistes modérés, se cristallisèrent à cette période sur sa personnalité.

C’est dans le costume du corps des chasseurs d’Orléans, qu’il avait créé en 1836, que le duc allait poser pour Ingres. Mais il était aussi un amateur éclairé de littérature, de musique et de beaux-arts, grand érudit et grand collectionneur, à l’instar du duc d’Aumale, son frère.

Je ne résiste pas au plaisir de vous lire ici deux extraits de la correspondance d’Ingres, qui font suite au souhait exprimé par le duc d’Orléans, de faire réaliser son portrait par le maître de Montauban. En août 1840, encore directeur de la Villa Médicis à Rome, Ingres commente ainsi la commande du duc dans une lettre à son ami le graveur Gatteaux : « Entre nous […] malgré tout l’honneur que je ressens de la volonté du prince de n’être peint que par moi, il faudra donc encore faire un portrait ! Vous savez quel éloignement j’ai à présent pour ce genre de peinture ; mais enfin je ferai tout pour son aimable personne ». A son ami le plus proche, le Montalbanais Jean-François Gilibert, il dira aussi : « […] parce que j’ai peint des portraits de Bertin et Molé tout le monde en veut, en voilà six que je refuse ou que j’élude, car je ne puis les souffrir. Cependant je n’ai pu refuser de peindre le duc d’Orléans, ce prince, pour moi si aimable mécène et auquel je ne pourrai jamais rien refuser. ». Ces aveux qui traduisent une certaine lassitude pour un genre où Ingres excellait, ne laissent guère pressentir le moment de grâce que traduit le portrait que nous avons la chance immense d’admirer aujourd’hui !

Ingres a en effet investi dans le Portrait du duc d’Orléans tout son savoir, toute son expérience et tout son génie. L’audace de la composition est réelle, le travail des couleurs exceptionnel.

Admirée dès sa découverte par les critiques et amateurs invités à la découvrir, l’œuvre allait devenir quelques semaines plus tard comme une icône, en raison de la mort dramatique du duc, victime le 13 juillet 1842 d’un accident de voiture sur la route de Neuilly.

Dans les mois qui suivirent, la famille royale, le gouvernement, certaines villes françaises et des associations diverses demandaient au peintre d’exécuter des répliques de son portrait du duc d’Orléans ; Ingres et son atelier allaient ainsi en livrer, dans les années qui suivirent, de nombreuses copies, de format, d’univers pictural et de taille extrêmement variables, témoignage de l’affection des Français pour ce prince mort trop jeune, mais aussi preuve de la notoriété croissante d’Ingres à cette époque.
Quant à l’œuvre originale, dans laquelle le peintre avait mis tout son génie de portraitiste, elle fut conservée aux Tuileries par la veuve du duc ; séquestré par l’Etat durant la Révolution de 1848 et la Deuxième République, le tableau sera rendu à la duchesse d’Orléans le 15 décembre de cette même année. Echappant à la nationalisation de la collection princière qui suivra, ce portrait demeurera dans la Maison d’Orléans jusqu’à cette année 1986 où le précédent comte de Paris s’en dessaisit.

Vingt ans plus tard, grâce à la générosité de la société AXA, la voici au Louvre, où elle a toute sa place parmi les grands chefs-d’œuvre du musée. Le public pourra enfin admirer ce qui est non seulement, après les effigies de Bonaparte, Premier Consul (Liège), de Napoléon sur son trône (Paris, Musée des Invalides) et de Charles X en costume de sacre (Bayonne, Musée Bonnat), l’un des quatre grands portraits « royaux » d’Ingres, un genre que le peintre avait définitivement renouvelé, mais aussi l’un des chefs-d’œuvre absolus de la peinture française.

Après l’exceptionnelle statue Dogon, qui en 2004 est allée rejoindre les collections du musée du quai Branly, qui ouvrira ses portes au mois de juin prochain, et la Vestale de Houdon que j’avais eu la joie de présenter ici même en mars dernier avec Henri de Castries, c’est la troisième œuvre majeure, acquise grâce au mécénat d’AXA, dans le cadre du dispositif instauré par la loi du 1er août 2003, au bénéfice des collections nationales. Ces nouvelles dispositions, qui complètent celles de la loi du 4 janvier 2002 relative aux musées de France, créent en effet des conditions très favorables à lentrée dans les collections publiques dœuvres reconnues dintérêt patrimonial par la commission consultative des trésors nationaux. Je rappelle qu’AXA avait également financé l’acquisition pour le Louvre en 2003 de deux dessins à la sanguine de Rosso Fiorentino, classés l’un et l’autre « trésor national ».

Je tiens donc à exprimer ici toute ma reconnaissance au Groupe AXA et à son président du directoire pour ce nouvel acte de mécénat tout à fait exceptionnel. Cher Henri de Castries, je rends hommage à votre action particulièrement exemplaire en faveur du patrimoine national. Je connais toute la valeur de votre engagement et de votre enthousiasme au sein du Bureau de l’association des American Friends of The Louvre. Je ne peux quencourager les dirigeants dentreprises ici présents à suivre un tel exemple.

Je tiens à saluer également l’ouverture et le dynamisme du musée du Louvre, qui a compris que le mécénat n’est pas une simple manne financière, mais un formidable outil de développement, au service de l’enrichissement de ses collections, de la conquête de nouveaux publics, de son rayonnement à l’étranger, de la modernisation de ses outils de diffusion – je pense au site Internet Louvre.fr réalisé également grâce au mécénat. Le Louvre fait figure de véritable pionnier en la matière et le succès de ses opérations me conforte dans l’idée que le mécénat est une grande chance que les établissements culturels doivent savoir saisir et valoriser au service de leur développement.

Le statut juridique et fiscal du mécénat en France a, vous le savez, beaucoup progressé. J’ai demandé à la « mission mécénat » du ministère de la culture et de la communication de mieux faire connaître les outils dont nous disposons. Un réseau de correspondants a été constitué dans tous les services et établissements du Ministère, un remarquable travail d’information a été mené auprès des institutions relais, comme les Chambres de commerce et d’Industrie, le Conseil supérieur du Notariat et le Conseil supérieur de l’ordre des experts comptables, et bien sûr le MEDEF. Ce travail doit être poursuivi notamment en direction des petites et moyennes entreprises dont certaines ont déjà réalisé de semblables opérations (je pense aux panneaux d’Oudry entrés fin 2002 dans les collections du Louvre grâce à PGA, premier distributeur en France d’automobiles, et au carnet de Delacroix acquis un an plus tard grâce à Lusis, une petite société parisienne d’informatique). Ainsi le mécénat, qu’il s’agisse de celui des particuliers ou des entreprises, continue d’évoluer.

Bien loin d’un désengagement de l’État, ce nouveau dispositif marque un appel politique fort au partenariat et à la complémentarité des énergies publiques et privées.

La culture est, pour notre pays, à la fois une richesse spirituelle essentielle, un enjeu économique de taille et un atout déterminant du rayonnement international de la France. Parce que la culture est l’affaire de tous, je souhaite que des actions exemplaires, telles que celle qui nous réunit ce soir, contribuent à stimuler lengagement croissant de nos compatriotes pour leur art, leur patrimoine, enrichi au fil des siècles de tout ce qui forme notre histoire et notre identité.

Grâce au groupe AXA, les quelque 7,5 millions de visiteurs annuels du Louvre vont pouvoir admirer ce fleuron du patrimoine national. C’est un grand moment pour le musée, pour son mécène et pour nous tous.

Installation du groupe d’analyses stratégiques des industries culturelles

1 février 2006

J’ai souhaité en effet que ce groupe de réflexion rassemble des personnalités issues des différents secteurs des entreprises culturelles et de communication, y compris des industries des technologies de l’information, ainsi que de la recherche ou spécialisées dans ces domaines, à côté des directeurs du ministère de la culture en charge de chacune des filières industrielles…

Mesdames,
Messieurs,
Chers Amis,

Je suis très heureux de vous accueillir au ministère de la culture et de la communication. Je vous remercie d’avoir accepté de constituer ce groupe de réflexion stratégique, ce think tank, sur les industries culturelles, que j’ai souhaité former avec vous, les acteurs du secteur, après avoir ouvert, au Centre Georges Pompidou, les 12 et 13 janvier dernier, les premières journées d’économie de la culture, rassemblant des universitaires, et après avoir réuni l’observatoire des usages numériques que j’ai installé le 17 janvier dernier.

La vocation de ce conseil est différente. J’ai souhaité en effet que ce groupe de réflexion rassemble des personnalités issues des différents secteurs des entreprises culturelles et de communication, y compris des industries des technologies de l’information, ainsi que de la recherche ou spécialisées dans ces domaines, à côté des directeurs du ministère de la culture en charge de chacune des filières industrielles. Il n’a pas pour vocation d’assurer une parfaite représentativité d’industries en mutation, mais de réunir et de confronter des analyses libres sur des expertises et des études indépendantes. C’est pourquoi, son secrétariat général sera assuré par le Département des études de la prospective et des statistiques qui relève à la fois de la Délégation au développement et aux affaires internationales chargée des industries culturelles au Ministère de la culture et de la communication et du Système statistique public.

Il fut une époque où le terme même d’industrie culturelle fit scandale. Nous ne comptons plus aujourd’hui le nombre de rapports et d’études qui se sont succédés pour souligner le poids croissant des industries culturelles et de communication dans l’économie et l’emploi, leur fonction centrale de médiation et d’accès aux œuvres et aux produits culturels.

Aussi la cohérence et l’unité de chaque filière des industries culturelles sont-elles bien réelles, fortes et durables aujourd’hui. Elles ont des spécificités, que chaque direction du ministère connaît bien.

Mais une approche transversale et globale reste nécessaire, afin que de manière souple et efficace, le ministère de la culture et de la communication dispose d’un éclairage pertinent et stratégique dans le domaine des industries culturelles et de communication. Je souhaite que ce groupe de réflexion puisse être l’enceinte d’échanges et de réflexion prospective, d’analyses et d’études, de propositions, d’animation aussi, pour les actions transversales menées à l’égard des industries culturelles.
C’est pourquoi, j’ai souhaité créer, non pas un organisme représentatif de toutes les industries culturelles, de toutes leurs composantes, à travers tous les organismes professionnels, syndicaux, etc. qui sont les interlocuteurs habituels du ministère et qui restent légitimes.

Ensemble dans ce Conseil, vous traduisez la diversité de ces industries, de leurs filières et leurs segments, de la production à la distribution, du livre comme du jeu vidéo ou de la radio, des nouvelles techniques d’accès numérique. Ensemble aussi, avec des spécialistes de la finance, de la régulation du droit commun de la concurrence ou de la propriété intellectuelle, de l’économie de la culture ou de l’entreprise, vous rassemblez des champs d’expertises multiples nécessaires pour appréhender ce monde en mutation que représentent les industries culturelles.

Oui, c’est un monde qui connait des transformations profondes qui supposent aussi une analyse fine des transformations d’usages des publics, des nouveaux modes d’accès et de consommation. C’est pourquoi, j’ai créé un Observatoire des usages numériques culturels qui doit nous éclairer sur les évolutions en cours et à venir que les technologies numériques dessinent.

L’internationalisation des marchés, notamment financiers, modifie les structures de propriété des grands groupes culturels et les conditions de leur régulation publique. Ces conditions de marché modifient les relations entre les pouvoirs publics et ces industries.

Je souhaite que le ministère se saisisse davantage de ce champ, accroisse sa compréhension de ces matières, conduise une veille plus active. J’entends poursuivre le renforcement des fonctions et de l’utilité réelle de l’IFCIC, Institut pour le Financement du cinéma et des Industries Culturelles. En vingt mois, son rôle n’a cessé d’être crucial :

– pour les petites entreprises et les entreprises en création, il a augmenté les montants pouvant bénéficier des garanties pour le financement des investissements éditoriaux ;
– pour l’exportation des œuvres audiovisuelles, avec le soutien du Centre National de la Cinématographie, il a mis en place un nouveau programme de garantie destiné à favoriser la contribution des recettes d’exportation au financement de la production d’œuvres audiovisuelles ; il peut garantir jusqu’à hauteur des deux-tiers (65%) les crédits qui mobiliseront ou anticiperont des recettes d’exportation ;

– pour la trésorerie des éditeurs, il a mis en œuvre un dispositif de garantie de cautions consenties par les banques aux éditeurs pour satisfaire à la retenue sur chiffre d’affaires demandée par les distributeurs ;

– pour la presse, il a mis en place depuis le 1er janvier 2006 un nouveau fonds de garantie destiné aux concours bancaires finançant les projets éligibles au fonds de modernisation de la presse ; la capacité globale de garantie du fonds devrait atteindre près de 35 M€, permettant ainsi de couvrir, au maximum, un montant global de crédits d’environ 70 M€ ;

– pour les entreprises de l’industrie musicale, un fonds d’avances aux industries musicales doté d’environ 2 M€ vient d’être constitué pour permettre l’octroi d’avances remboursables à moyen terme en faveur de financements liés à leur développement structurel.

En matière financière, cette mission de garantie est essentielle aux PME des industries culturelles, aux producteurs et aux distributeurs indépendants. Elle concerne la production cinématographique et audiovisuelle, l’exploitation en salles, les industries techniques, l’édition, la presse, le multimédia, les industries musicales.

Comme le démontre l’Aperçu statistique des industries culturelles qui constitue la première analyse homogène de ces secteurs en France et qui méritera approfondissement, ces secteurs sont caractérisés par un très grand nombre de petites, voire de très petites entreprises à côté de grands groupes. Nous devons porter une attention constante à ces quelque 19 000 entreprises.
Comme les grands groupes, ces entreprises sont fondées sur le pari du succès, le parti pris artistique, les risques économiques liés à leur politique d’offres. Nous devons pouvoir les soutenir pour leurs spécificités. C’est pourquoi, il est essentiel de pouvoir relancer l’investissement et de permettre à nouveau la prise de risque. C’est dans cet esprit que j’ai décidé la création d’un crédit d’impôt pour l’industrie phonographique. C’est une mesure qui vient d’être notifiée à la Commission européenne et sera applicable à toutes les dépenses artistiques, le développement et la numérisation des nouveaux talents. Elle sera limitée à 350 000 € par enregistrement et à 500 000 € par entreprise et par an.

Mais nous devons aussi savoir considérer ces entreprises comme des entreprises innovantes. C’est dans cet esprit que le CNC mène une concertation pour reformuler les aides aux entreprises relevant des industries techniques, pour tenir compte des demandes de la Commission européenne. Les nouveaux dispositifs seront plus solides, s’ils s’intègrent dans le régime d’exemption PME et recherche.

Les industries culturelles font l’objet d’une grande disparité de régulations. Toutefois la régulation du droit commun de la concurrence a pris, logiquement, une place prépondérante et relativement neuve dans le paysage culturel. Il a été souvent protecteur des intérêts culturels, attentif aux consommateurs, aux risques d’abus de position dominante, à la préservation des conditions de la diversité culturelle. Je souhaite que vous puissiez réfléchir, de manière prospective, à la façon dont les objectifs de diversité culturelle peuvent mieux s’articuler, avec le droit de propriété littéraire et artistique, avec l’accès aux œuvres, mais aussi avec les industries des techniques numériques.

Vous pourrez aussi utilement réfléchir aux perspectives internationales des industries culturelles. Au sein de l’évolution du contexte international et européen, je pense en particulier à la révision en cours de la directive « Télévision sans frontières », qui montre que le défi de la diversité peut être relevé pour les industries européennes de communication. C’est un enjeu aussi économique culturel majeur.

Les interventions budgétaires européennes étaient limitées jusqu’à présent aux industries culturelles audiovisuelle et devraient pouvoir être étendues aux industries culturelles non-audiovisuelles, selon la proposition que j’avais faite lors des Rencontres pour l’Europe de la culture.

La Convention sur la diversité culturelle adoptée à l’Assemblée générale de l’UNESCO le 20 octobre dernier, ouvre aussi de très larges perspectives. Dès lors qu’elle sera ratifiée par trente Etats et, aussi rapidement que possible, selon les vœux du Président de la République, il conviendra d’examiner toutes les possibilités qu’elle offre au soutien des industries culturelles, mais aussi toutes les exigences qu’elle peut manifester pour que ces industries soient le fer de lance de la diversité. Je pense notamment aux instruments permettant d’agir en faveur d’échanges internationaux plus équilibrés.

Votre réflexion peut s’étendre à d’autres questions transversales. Ainsi, le basculement des industries culturelles dans l’environnement numérique a remis au premier plan l’importance de la normalisation, de la standardisation. On le voit avec les problèmes d’interopérabilité pour l’écoute de la musique. Dans beaucoup d’enceintes la prise en compte des enjeux culturels n’est pas assez forte. Pourtant, y compris au Ministère avec l’INA, l’IRCAM, la Bibliothèque Nationale de France, il y a des enjeux qui peuvent rassembler industries techniques et industries culturelles. Ce sont aussi les questions de la recherche, et des politiques territoriales, qui sont en jeu dans ce domaine. Le pôle de compétitivité d’Ile-de-France joue à ce titre un rôle essentiel pour les industries de communication. Le travail que je conduis en faveur de la Bibliothèque numérique européenne est aussi essentiel. Il ne s’agit pas seulement de favoriser la production, l’édition, la distribution des produits des industries culturelles, mais de l’accès à la connaissance. L’indexation, les moteurs de recherche, l’information sur les œuvres sont une nouvelle frontière de la diversité culturelle et des industries culturelles.
Je n’ai pas cherché à dresser un programme de travail, mais simplement à ouvrir et à stimuler vos réflexions sur certains des nouveaux enjeux que devront relever les industries culturelles et de communication.
Le champ de vos réflexions et propositions futures est donc très vaste : les outils d’intervention, de soutien, les régulations internationales et communautaires, les financements, la création d’entreprise, la diversité culturelle, les exportations, etc. et j’ajoute, bien sûr, la question de l’emploi et de la formation car la moitié de l’emploi culturel relève des industries culturelles. Je ne doute pas que vous aborderez l’ensemble de ces perspectives en toute liberté, dans un souci prospectif et stratégique.

Présentation du Portrait du duc d’Orléans de Jean-Auguste-Dominique

31 janvier 2006

Monsieur le Président du directoire d'AXA, cher Henri de Castries,

Madame la Directrice des musées de France, chère Francine Mariani-Ducray,

Monsieur le Président-directeur du musée du Louvre, cher Henri Loyrette,

Mesdames, Messieurs, Chers amis,

C’est un temps particulièrement fort dans l’histoire des collections nationales qui nous réunit
ce soir, et un moment de grande émotion.

Longtemps conservé dans les collections de la
Maison d’Orléans, le très célèbre « Portrait du duc d’Orléans » par Ingres, compte en effet
parmi les oeuvres de longue date les plus convoitées par le département des peintures du
musée du Louvre.

Ce rêve est aujourd’hui devenu réalité grâce au mécénat du groupe AXA,
qui contribue ainsi pour la troisième fois à l’enrichissement de ce musée.

Je suis particulièrement heureux et fier de voir aujourd’hui ce chef d’oeuvre réintégrer nos
collections nationales. Le modèle était, comme vous le savez, un homme remarquable :
destiné à devenir l’héritier du trône à la mort de Louis-Philippe, éminemment populaire, le
duc d’Orléans avait une réelle influence politique et était un homme moderne, aux idéaux
démocratiques. Il fut l’un des premiers à imposer la cocarde et le drapeau tricolores,
symboles républicains par excellence. Les Français admirèrent son courage, notamment lors
de l’épidémie de choléra à Paris qui l’avait vu parmi les premiers se rendre au chevet des
malades à l’Hôtel-Dieu ; de grandes espérances, portées par les républicains autant que par
les monarchistes modérés, se cristallisèrent à cette période sur sa personnalité.

C’est dans le costume du corps des chasseurs d’Orléans, qu’il avait créé en 1836, que le
duc allait poser pour Ingres. Mais il était aussi un amateur éclairé de littérature, de musique
et de beaux-arts, grand érudit et grand collectionneur, à l’instar du duc d’Aumale, son frère.

Je ne résiste pas au plaisir de vous lire ici deux extraits de la correspondance d’Ingres, qui
font suite au souhait exprimé par le duc d’Orléans, de faire réaliser son portrait par le maître
de Montauban. En août 1840, encore directeur de la Villa Médicis à Rome, Ingres commente
ainsi la commande du duc dans une lettre à son ami le graveur Gatteaux : « Entre nous […]
malgré tout l’honneur que je ressens de la volonté du prince de n’être peint que par moi, il
faudra donc encore faire un portrait ! Vous savez quel éloignement j’ai à présent pour ce
genre de peinture ; mais enfin je ferai tout pour son aimable personne ».

A son ami le plus
proche, le Montalbanais Jean-François Gilibert, il dira aussi : « […] parce que j’ai peint des
portraits de Bertin et Molé tout le monde en veut, en voilà six que je refuse ou que j’élude,
car je ne puis les souffrir. Cependant je n’ai pu refuser de peindre le duc d’Orléans, ce
prince, pour moi si aimable mécène et auquel je ne pourrai jamais rien refuser. ». Ces aveux
qui traduisent une certaine lassitude pour un genre où Ingres excellait, ne laissent guère
pressentir le moment de grâce que traduit le portrait que nous avons la chance immense
d’admirer aujourd’hui !

Ingres a en effet investi dans le Portrait du duc d’Orléans tout son savoir, toute son
expérience et tout son génie. L’audace de la composition est réelle, le travail des couleurs
exceptionnel.

Admirée dès sa découverte par les critiques et amateurs invités à la découvrir, l’oeuvre allait
devenir quelques semaines plus tard comme une icône, en raison de la mort dramatique du
duc, victime le 13 juillet 1842 d’un accident de voiture sur la route de Neuilly.

Dans les mois qui suivirent, la famille royale, le gouvernement, certaines villes françaises et
des associations diverses demandaient au peintre d’exécuter des répliques de son portrait
du duc d’Orléans ; Ingres et son atelier allaient ainsi en livrer, dans les années qui suivirent,
de nombreuses copies, de format, d’univers pictural et de taille extrêmement variables,
témoignage de l’affection des Français pour ce prince mort trop jeune, mais aussi preuve de
la notoriété croissante d’Ingres à cette époque.

Quant à l’oeuvre originale, dans laquelle le peintre avait mis tout son génie de portraitiste,
elle fut conservée aux Tuileries par la veuve du duc ; séquestré par l’Etat durant la
Révolution de 1848 et la Deuxième République, le tableau sera rendu à la duchesse
d’Orléans le 15 décembre de cette même année. Echappant à la nationalisation de la
collection princière qui suivra, ce portrait demeurera dans la Maison d’Orléans jusqu’à cette
année 1986 où le précédent comte de Paris s’en dessaisit.

Vingt ans plus tard, grâce à la générosité de la société AXA, la voici au Louvre, où elle a
toute sa place parmi les grands chefs-d’oeuvre du musée. Le public pourra enfin admirer ce
qui est non seulement, après les effigies de Bonaparte, Premier Consul (Liège), de Napoléon
sur son trône (Paris, Musée des Invalides) et de Charles X en costume de sacre (Bayonne,
Musée Bonnat), l’un des quatre grands portraits « royaux » d’Ingres, un genre que le peintre
avait définitivement renouvelé, mais aussi l’un des chefs-d’oeuvre absolus de la peinture
française.

Après l’exceptionnelle statue Dogon, qui en 2004 est allée rejoindre les collections du musée
du quai Branly, qui ouvrira ses portes au mois de juin prochain, et la Vestale de Houdon que
j’avais eu la joie de présenter ici même en mars dernier avec Henri de Castries, c’est la
troisième oeuvre majeure, acquise grâce au mécénat d’AXA, dans le cadre du dispositif
instauré par la loi du 1er août 2003, au bénéfice des collections nationales. Ces nouvelles
dispositions, qui complètent celles de la loi du 4 janvier 2002 relative aux musées de France,
créent en effet des conditions très favorables à l'entrée dans les collections publiques
d'oeuvres reconnues d'intérêt patrimonial par la commission consultative des trésors
nationaux. Je rappelle qu’AXA avait également financé l’acquisition pour le Louvre en 2003
de deux dessins à la sanguine de Rosso Fiorentino, classés l’un et l’autre « trésor national ».

Je tiens donc à exprimer ici toute ma reconnaissance au Groupe AXA et à son président du
directoire pour ce nouvel acte de mécénat tout à fait exceptionnel. Cher Henri de Castries, je
rends hommage à votre action particulièrement exemplaire en faveur du patrimoine national.

Je connais toute la valeur de votre engagement et de votre enthousiasme au sein du Bureau
de l’association des American Friends of The Louvre. Je ne peux qu'encourager les
dirigeants d'entreprises ici présents à suivre un tel exemple.

Je tiens à saluer également l’ouverture et le dynamisme du musée du Louvre, qui a compris
que le mécénat n’est pas une simple manne financière, mais un formidable outil de
développement, au service de l’enrichissement de ses collections, de la conquête de
nouveaux publics, de son rayonnement à l’étranger, de la modernisation de ses outils de
diffusion – je pense au site Internet Louvre.fr réalisé également grâce au mécénat. Le Louvre
fait figure de véritable pionnier en la matière et le succès de ses opérations me conforte dans
l’idée que le mécénat est une grande chance que les établissements culturels doivent savoir
saisir et valoriser au service de leur développement.

Le statut juridique et fiscal du mécénat en France a, vous le savez, beaucoup progressé. J’ai
demandé à la "mission mécénat" du ministère de la culture et de la communication de mieux
faire connaître les outils dont nous disposons. Un réseau de correspondants a été constitué
dans tous les services et établissements du Ministère, un remarquable travail d’information a
été mené auprès des institutions relais, comme les Chambres de commerce et d’Industrie, le
Conseil supérieur du Notariat et le Conseil supérieur de l’ordre des experts comptables, et
bien sûr le MEDEF. Ce travail doit être poursuivi notamment en direction des petites et
moyennes entreprises dont certaines ont déjà réalisé de semblables opérations (je pense
aux panneaux d’Oudry entrés fin 2002 dans les collections du Louvre grâce à PGA, premier
distributeur en France d’automobiles, et au carnet de Delacroix acquis un an plus tard grâce
à Lusis, une petite société parisienne d’informatique). Ainsi le mécénat, qu’il s’agisse de celui
des particuliers ou des entreprises, continue d’évoluer.

Bien loin d’un désengagement de l’État, ce nouveau dispositif marque un appel politique fort
au partenariat et à la complémentarité des énergies publiques et privées.

La culture est, pour notre pays, à la fois une richesse spirituelle essentielle, un enjeu
économique de taille et un atout déterminant du rayonnement international de la France.

Parce que la culture est l’affaire de tous, je souhaite que des actions exemplaires, telles que
celle qui nous réunit ce soir, contribuent à stimuler l'engagement croissant de nos
compatriotes pour leur art, leur patrimoine, enrichi au fil des siècles de tout ce qui forme
notre histoire et notre identité.

Grâce au groupe AXA, les quelque 7,5 millions de visiteurs annuels du Louvre vont pouvoir
admirer ce fleuron du patrimoine national. C’est un grand moment pour le musée, pour son
mécène et pour nous tous.

Je vous remercie.

Remise des insignes de commandeur dans l’Ordre des arts et lettres à Lars Schmidt

30 janvier 2006

Cher Lars Schmidt,

Je suis extrêmement heureux de vous accueillir aujourd’hui rue de Valois, autour de
quelques-uns uns de vos amis, pour honorer en vous l’un des plus grands serviteurs de
notre vie théâtrale.

La sève qui irrigue et nourrit chaque soir Paris, pour en faire l’une des grandes capitales du
théâtre, est le fruit de la passion, de l’enthousiasme, du travail, de l’engagement d’artistes
comme vous, cher Lars Schmidt, et je me réjouis de pouvoir vous en remercier aujourd’hui,
au milieu de ceux qui vous aiment et vous admirent.

Vous avez durablement marqué, par la qualité de vos choix, le théâtre du Montparnasse.

Votre nom est indissociable de ce théâtre prestigieux, bastion parisien du mélodrame dans
les années vingt, fleuron d’un répertoire exigeant, ambitieux, sous la direction de Gaston
Baty, qui fonda en 1927 avec Charles Dullin, Louis Jouvet et Georges Pitoëff, le Cartel,
association défendant des mises en scène authentiques. Un théâtre prestigieux, engagé,
dont Marguerite Jamois reprit les rênes en 1943, dans un profond respect pour l’esprit de
son prédécesseur. Hedda Gabler fut son premier triomphe, il fut aussi son dernier : en 1965,
avant de vous confier le théâtre du Montparnasse, Marguerite Jamois présente une nouvelle
fois son premier succès, et c’est la sublime Ingrid Bergman qui interprète magistralement
l’inoubliable héroïne d’Ibsen.

Ingrid Bergman, votre compatriote, et l’une des actrices européennes les plus populaires du
XXe siècle, étoile internationale, dont vous avez partagé la vie, ainsi que l’amour de la
France, pour notre plus grand bonheur. Vous aviez deux résidences principales ; l’une était
l’île de Danholmen dans votre pays natal, l’autre était une belle demeure de Choisel, dans la
vallée de Chevreuse où vous faisiez de longs séjours et où l’on garde votre souvenir. J’ai eu
le plaisir d’inaugurer ce nouveau lieu de culture et de mémoire le 10 septembre dernier.

A votre arrivée, le théâtre du Montparnasse est déjà un haut lieu de culture, qui offre des
spectacles complets, avec des textes choisis et des acteurs de premier plan. Les planches
résonnent encore de la voix des grands noms qui les ont foulées : Gérard Philipe, Suzanne
Flon, Louis de Funès. Tout au long des vingt ans de votre histoire commune, de 1965 à
1985, vous resterez fidèle à cet esprit.

Puis vous confiez la direction du théâtre à Jérôme Hullot pour qu’il continue dans la grande
tradition de Gaston Baty et de Marguerite Jamois. Grâce à vous, nous découvrons de
nombreuses grandes oeuvres, notamment anglo-saxonnes, servies par les plus grands
comédiens. Je citerai Love de Murray Schisgal avec Laurent Terzieff ; Black Comedy de
Peter Shaffer avec Jean-Pierre Cassel, Marlène Jobert et Raymond Gerome ; Le Prix
d’Arthur Miller, avec Claude Dauphin, Jean Rochefort et Pierre Mondy ; C’était hier de Harold
Pinter, avec Delphine Seyrig, Françoise Fabian et encore Jean Rochefort ; Jean de la
Fontaine de Sacha Guitry, avec Claude Rich ; Même heure l’année prochaine, de Bernard
Slade, avec Nicole Courcel et Jean Piat ; Tchin tchin de François Billetdoux avec Marcello
Mastroianni ; enfin, Duo pour un soliste de Tom Kempiski, avec Anny Duperey et Raymond
Gerome.

Vous avez par la suite continué à servir les plus grands auteurs et interprètes et je me
souviens avec beaucoup d’émotion de votre mise en scène étonnante de la remarquable
pièce de Gurney, Love letters, avec Anouk Aimée et Bruno Cremer.

En pensant particulièrement à ces grands moments de théâtre que vous nous avez offerts,

Cher Lars Schmidt, au nom de la République, nous vous remettons les insignes de
Commandeur dans l’Ordre des Arts et des Lettres.