Rubrique ‘Discours rue de Valois’

IFCIC

15 décembre 2004

Monsieur le Président, Cher Hugues Gall,

Mesdames et Messieurs,

Je suis particulièrement heureux d’être parmi vous ce soir.

Je salue chaleureusement Hugues GALL, président de l’Institut pour le financement du
cinéma et des industries culturelles (IFCIC), Laurent VALLET son directeur général, et toutes
les équipes de l’Institut qui sont ici présentes : je sais le travail discret mais redoutablement
efficace qu’elles mènent depuis 20 ans au service de la production et de la distribution
indépendante.

Ce sont des missions essentielles. La diversité culturelle pour laquelle je me bats
quotidiennement, en France, en Europe et dans le monde, est le fruit des oeuvres des
créateurs. Elle repose aussi en grande partie sur la vitalité des entreprises chargées de
diffuser ces créations.

En incitant les banques à accepter les risques inhérents aux industries culturelles, et en
facilitant l’accès des entrepreneurs culturels au soutien des banques, l’IFCIC exerce un effet
de levier doublement bénéfique : en faveur des projets artistiques, et en faveur du
dynamisme d’un secteur dont je n’ai pas besoin de rappeler ici combien il participe au
rayonnement de notre pays.

A cet égard, je veux aussi saluer leurs initiatives récentes, qui correspondent à ma volonté
d’encourager l’exportation des programmes audiovisuels, pour favoriser les mécanismes
d’exportation du cinéma. En effet, sur le modèle du dispositif adopté en juillet 2003 pour la
production cinématographique, un mécanisme de « crédit export audiovisuel » va être
instauré en 2005 : l’IFCIC garantira au taux de 65% les crédits, consentis à un producteur ou
à une société exportatrice de programmes audiovisuels, mobilisant ou anticipant des
recettes internationales.

Je suis d’autant plus heureux que je suis venu ce soir pour remettre le premier « Prix IFCIC
de la jeune société de production indépendante » qui doit sa création à Henri PAUL, désigné
cette semaine comme Président d’honneur par le Conseil d’administration de l’IFCIC.

Les lauréats de ce premier prix sont Miléna POYLO et Gilles SACUTO, animateurs, depuis
presque dix ans, de la société TS PRODUCTIONS.

Avant de leur rendre l’hommage qu’ils méritent, je voudrais saluer d’un mot l’initiative que
constitue la création de ce prix : nouveau venu dans le paysage pourtant fourni des
récompenses qui distinguent chaque année ceux et celles qui contribuent à faire vivre notre
cinéma, il vient à point je crois, en distinguant un travail de production, pour combler un
véritable manque.

Je crois savoir que le choix du jury n’a pas été simple : des sociétés de production jeunes,
indépendantes, ayant mené à bien avec succès, au cours de l’année écoulée, le
financement, puis la préparation ou la fabrication d’un film de long métrage, le tout avec un
professionnalisme reconnu par l’ensemble de ses partenaires, il en existe – heureusement –
plus d’une dans notre pays !

Mais je crois qu’en choisissant de distinguer, pour sa première édition, TS PRODUCTIONS
et ses animateurs Gilles SACUTO et Miléna POYLO, le jury a voulu rendre hommage à une
combinaison particulière de qualités : la ténacité, le respect patient du travail des auteurs, un
goût certain pour l’innovation, la rigueur alliée à la témérité, la fidélité à ses partenaires.

Ces qualités ont sans doute été décisives, pour la production des trois premiers longs
métrages sortis des ateliers de TS PRODUCTIONS, dont je souligne qu’il s’agit, dans
chaque cas, du premier film de leur réalisateur respectif : Le Bleu des villes, réalisé par
Stéphane Brizé, Les Autres filles, de Caroline Vignal, Violence des échanges en milieu
tempéré, réalisé par Jean-Marc Moutout.

Malgré des résultats en salles parfois modestes et grâce à des sélections dans des festivals
de premier plan, ces films ont tous bénéficié d’une très belle visibilité lors de leur sortie en
salles, et c’est logiquement que TS PRODUCTIONS a pu cette année mettre en production
le deuxième long métrage de Stéphane Brizé, Je ne suis pas là pour être aimé, actuellement
en tournage.

J’ajoute une qualité qui me tient à coeur : vous avez, l’un et l’autre, le souci de transmettre
votre passion et votre savoir-faire, puisque vous allez à la rencontre des étudiants du 7e art,
en participant régulièrement, m’a t-on dit, aux enseignements et aux jurys, notamment à la
FEMIS.

Il me reste à souhaiter longue vie à ce prix, et surtout longue vie à son premier lauréat, à qui
j’ai maintenant le plaisir de remettre, au nom de l’IFCIC, ce chèque, partie visible d’une
récompense, dont je souhaite qu’elle contribue la remarquable crédibilité acquise par TS
PRODUCTIONS au cours de ses premières années d’existence.

Je vous remercie.

Remise solennelle de l'épée d'académicien à Valéry Giscard d'Estaing au Musée d’Orsay

15 décembre 2004

Monsieur le Président,

C’est un honneur et un privilège de vous accueillir ce soir dans cette institution si
prestigieuse qu’est le Musée d’Orsay, pour la remise solennelle de votre épée
d’académicien. Ce musée vous doit en effet sa création tout autant que l’orientation de son
programme. C’est grâce à vous que la décision de créer ce nouveau musée dédié à l’art du
XIXème siècle a été prise en 1977 et qu’a été mis en place l’année suivante l’établissement
public qui allait permettre sa réalisation.

Au moment de son inauguration en 1986, vous avez écrit que ce musée « était dédié à
chacun de ses visiteurs et que [vous souhaitiez] qu’ils ressentent l’immense bonheur culturel
que [vous aviez] rêvé qu’il leur apporte ».

Près de 20 ans plus tard, tous vos espoirs ont été comblés par les quelque 50 millions de
visiteurs qui se sont rendus dans ce musée pour y admirer les chefs d’oeuvre que vous avez
souhaité y voir rassemblés.

Je crois pouvoir dire que votre intuition, dédier un musée à l’art du XIXème siècle, s’est
révélée particulièrement juste. N’est-ce pas du musée d’Orsay qu’est parti le point d’orgue
de l’année de la France en Chine : l’exposition des trésors impressionnistes ?

Permettez-moi de rappeler aussi que c’est à vous que l’on doit la réunion du ministère de la
culture et de la communication. Là encore, votre perception des évolutions de notre temps
ressentait bien quel apport pouvait donner à la culture le monde des médias et je travaille
tous les jours à renforcer ce soutien.

Enfin, c’est à vous aussi qu’on doit, en 1980, l’Année du Patrimoine, devenue maintenant la
Journée du Patrimoine, la manifestation culturelle la plus aimée des Français, qui y trouvent
l’occasion de revoir les trésors de leur héritage. Mais parce que cet héritage est européen et
parce que vous êtes un homme de culture, je veux aussi souligner combien vous êtes aussi,
un bâtisseur de l’Europe, et rappeler que pour la France, ces deux combats, pour la culture
et pour la construction européenne, sont étroitement mêlés, et sont les combats de l’avenir.

A titre très personnel, je suis heureux de vivre avec vous cet instant de la remise de l’épée.

Je vous remercie.

Débat d’orientation sur le spectacle vivant et les métiers artistiques – Assemblée Nationale –

9 décembre 2004

Monsieur le Président,

Mesdames et Messieurs les Députés,

J’ai ardemment souhaité le débat d’aujourd’hui. J’en avais pris
l’engagement. Il est tenu. Comme chaque fois. Ce jeudi 9
décembre 2004, la culture a droit de cité non seulement au coeur
des Français, mais aussi au coeur de la représentation nationale.

Représentation : c’est un même mot que la démocratie et la
culture ont en partage. Un même bien commun, enraciné dans
une longue histoire. Un même lieu aussi. Depuis la Grèce,
l’hémicycle est commun au théâtre et à l’assemblée des
citoyens.

Aujourd’hui, je suis d’abord venu vous dire que ce débat fera
date. Trop souvent, il ne fut question ici de culture que lorsqu’ il
fut question du budget de la culture. Il est vrai qu’André Malraux
prononça ici sur son budget ses plus beaux discours, par
exemple, cette métaphore inoubliable de la Maison de la culturecathédrale
ou son voeu de faire pour la culture ce que Jules
Ferry, quatre-vingts ans avant lui avait fait pour l’Education. Un
budget est l’expression d’une politique et j’ai eu l’occasion de
vous le dire il y a quelques semaines, les crédits que vous avez
votés expriment ma priorité pour le spectacle vivant. Mais un
budget ne fait pas une politique à lui seul.

C’est pourquoi je suis venu vous parler des fins autant que des
moyens. Qui ne voit que dans le monde de violence, de rupture
et parfois, de négation de l’identité, de la racine, du patrimoine
culturel et spirituel, à quel point la culture est le coeur même de
notre rayonnement, de notre fierté, de notre influence, de notre
attractivité et même de nos emplois. Elle ne se réduit pas au
loisir intelligent, au supplément d’âme. Elle est l’essence même
de l’avenir et de la force de notre parole, de nos convictions, de
notre message humaniste.

Je suis venu vous parler de la place de l’artiste dans notre
société et de celle de la culture dans la cité aujourd’hui. Et je
suis venu vous parler des moyens de sortir d’une crise qui nous
a tous marqués et des perspectives qui sont ouvertes devant
nous. symptomatiques d’un archaïsme fiscal.

Nous ne pourrons assurer l’égalité des Français dans l’accès à la
culture, ni défendre et favoriser la diversité culturelle en France, en
Europe et dans le monde, que si nous reconnaissons aux artistes la
place qui est la leur, au coeur de notre société.

Le remarquable travail mené par votre assemblée sous l’égide de
votre commission des affaires culturelles, familiales et sociales, par
la mission d’information sur les métiers artistiques y contribue déjà,
et je tiens à féliciter le président, Dominique Paillé, le rapporteur,
Christian Kert, et tous les membres qui n’ont pas ménagé leur temps
ni leur peine depuis un an pour aboutir à ce rapport d’information qui
va nous être présenté dans quelques instants.

J’en vois un second témoignage dans la présence ce matin, de
Monsieur le Président de la commission des finances, Pierre
Méhaignerie, de Monsieur le Président de la commission des
affaires étrangères, Monsieur Edouard Balladur, de Monsieur le
Président de la commission des affaires économiques, Monsieur
Patrick Ollier, et des présidents des groupes politiques, ainsi que
d’un grand nombre de parlementaires et l’ensemble des
parlementaires présents. J’associe tout naturellement à ces
remerciements, les ministres qui sont venus manifester par leur
présence à mes côtés, que cette déclaration et l’engagement de ce
débat sont le fruit de l’action collective et solidaire du gouvernement
tout entier.

Je remercie chaleureusement Jean-louis Debré, dont la présence
personnelle ce matin a valeur d’un symbole fort à l’égard des artistes
et des techniciens de notre pays.

Le premier regard que je vous propose de porter sur les artistes est
proprement culturel. Je me souviens de ce jour où une artiste, alors
que j’inaugurais la maison de la culture de Grenoble, est venue à ma
rencontre, pour d’abord me parler de la joie que les artistes ont à
faire ce qu’ils font et de l’écart. Oui, de cet écart, qu’elle a qualifié de
« tout petit », avant de me lire un texte extrait de Tout n’est pas dit
de Philippe Jaccottet. Etre artiste, c’est d’abord croire, vivre, et faire
partager cette conviction que « tout n’est pas dit », que le monde en
dehors de nous, comme celui que nous contenons, est loin d’avoir
épuisé toute possibilité de surprise. Oui, être artiste, c’est toujours
provoquer une rencontre. C’est en ce sens que l’artiste est créateur
de liens. Je crois profondément, avec Fernando Pessoa, que « l’art
est la communication aux autres de notre identité profonde avec
eux ».

L’art, et singulièrement l’art vivant, est ce qui relie, au coeur de la
culture. C’est fondamentalement pourquoi les artistes et techniciens
représentent un atout et un enjeu considérables pour notre société.

Dans le monde complexe et violent d’aujourd’hui l’artiste est, comme
l’a écrit Le Clézio, « celui qui nous montre du doigt une parcelle du
monde ». Et j’ajouterai : une part de vérité, avec ce que cela
implique de conflit, mais aussi d’humanité et d’universalité.

C’est pourquoi, je souhaite que notre société, où les risques de
fractures, la perte des repères, le sentiment d’un effritement de
l’identité affectent nos concitoyens, fasse résolument le pari de la culture. Pour replacer l’artiste au coeur de la cité, abolir la distance
entre l’oeuvre d’art et son public, investir de nouveaux territoires,
instituer un rapport au temps différent et toucher le plus grand
nombre de nos concitoyens. J’ai une pensée particulière pour ceux
qui n’ont jamais franchi le seuil d’un théâtre, d’un musée, d’un
chapiteau, d’une salle de cinéma.

Telle est la voie que je vous propose et qui est au centre de la
politique culturelle du Gouvernement. Une politique qui s’appuie sur
la très rapide évolution qui a vu se multiplier les lieux de création et
de diffusion du spectacle vivant sur le territoire français. Cette
croissance a été accompagnée, depuis une quinzaine d’années par
une montée en puissance des collectivités territoriales dans le
champ culturel. Il ne se passe pas un jour sans que des élus
prennent l’initiative de créer une salle de spectacle, des studios de
danse, des locaux de répétition, et demande au ministère de la
culture de soutenir leurs initiatives.

Les quelque mille festivals qui ce sont déroulés cet été sur
l’ensemble de notre territoire témoignent de la vitalité, du
rayonnement et de l’attractivité de ces initiatives.

L’Etat est un partenaire solide, et ce d’autant plus que vous me
votez de bons budgets, toujours perfectibles certes, mais qui
contredisent avec éclat le spectre du désengagement.

L’importance sociale du spectacle vivant, de l’audiovisuel et du
cinéma, comme l’a montré le remarquable rapport que m’a remis
Jean-Paul Guillot, peut être mesuré par le temps que les Français
consacrent chaque année au cinéma en salle, au spectacle vivant et
à des activités telles l’écoute de la radio, la télévision ou différents
supports audiovisuels ; ce chiffre peut être comparé aux quelques
34 milliards d’heures qu’ils passent à travailler.

L’augmentation constatée du nombre des artistes en France, qu’ils
soient permanents ou intermittents en découle très logiquement : Je
rappelle qu’ils sont aujourd’hui 280.000 salariés, soit 1,3 % de
l’emploi total. Certes, cette augmentation de leur nombre s’est
accompagnée d’une aggravation de leur précarité : 80 % d’entre eux
perçoivent, comme revenu de leur travail, moins de 1,1 SMIC et 54
% effectue moins de 600 heures par an. Leur revenu annuel n’a pu
se maintenir que grâce à l’assurance chômage : telle est la réalité,
sans fard, de la plupart des métiers de la culture.

Vous pouvez comprendre, dans ces conditions, Mesdames et
Messieurs les députés, l’ampleur de l’émotion provoquée par la
conclusion d’un nouveau protocole sur l’assurance chômage des
artistes et techniciens. Vous pouvez comprendre aussi pourquoi le
Gouvernement a jugé indispensable d’intervenir. En prenant toutes
ses responsabilités.

Dès ma prise de fonction, je me suis employé à créer les conditions
de sortie d’une crise qui avait tourné à une véritable guerre de
tranchées, menaçant en permanence et paralysant parfois l’activité
culturelle de notre pays. Le dialogue indispensable a été rétabli et
nous avons compris que, seule, une initiative du Gouvernement était
de nature à aider les partenaires sociaux à rechercher et à trouver
des solutions à la crise endémique du régime d’assurance chômage
des artistes et techniciens.

Un fonds spécifique provisoire a été créé, financé par l’Etat, dont
l’organisation a été définie par Michel Lagrave, Conseiller-Maître
honoraire à la Cour des Comptes. Géré par l’UNEDIC, pour rester
dans le cadre de la solidarité interprofessionnelle, ce fonds a pris en
charge l’indemnisation des artistes et techniciens qui effectuent leurs
507 heures en 12 mois, mais n’y parviennent pas dans les 11 mois
prévus pour 2004 par le nouveau protocole. Ce fonds a pris
également en charge l’indemnisation des personnes en congé de
maladie pour une durée supérieure à 3 mois. Il est opérationnel
depuis le 1er juillet 2004.

Dans le même temps, l’UNEDIC a accepté, pour les années 2004 et
2005, un retour à la situation antérieure pour les congés de
maternité.

Mais il est clair que, au-delà des mesures immédiates et
d’apaisement nécessaires, la question de l’assurance chômage des
artistes et techniciens méritait le traitement déterminé des
problèmes de fond, auquel le gouvernement s’est attaché :
renforcement de la lutte contre les abus, engagement d’une réflexion
sur le périmètre légitime du recours à l’intermittence, sortie des
textes juridiques permettant le croisement des fichiers.

Une mission d’expertise indépendante, confiée à Jean-Paul Guillot,
a permis de poser sur la situation de l’emploi dans le spectacle
vivant, le cinéma et l’audiovisuel, et sur la place du régime
d’assurance chômage, un diagnostic objectif et assez largement
partagé. Les pistes de travail qu’il propose sont claires : quelles que
soient les mesures qui seront prises pour améliorer le régime
d’assurance chômage des artistes et des techniciens, elles ne
pourront produire d’effets que si elles accompagnent une politique
ambitieuse de l’emploi culturel au service de la création et de la
diffusion dans le spectacle vivant, le cinéma et l’audiovisuel.

Cette politique doit mobiliser l’Etat, les collectivités territoriales les
partenaires sociaux du secteur et les confédérations, chacun devant
prendre les engagements correspondant à ses responsabilités ; elle
doit ainsi permettre de ramener l’assurance chômage à son vrai rôle
et montrer que l’on cesse de faire reposer sur elle seule toute la
structuration de l’emploi dans le secteur.

Les conditions seront ainsi créées pour la négociation plus sereine
et constructive d’un nouveau protocole d’assurance chômage des
artistes et des techniciens. Il est essentiel que les partenaires
sociaux, garants de la solidarité interprofessionnelle, soient
pleinement rassurés sur l’esprit de responsabilité qui doit prévaloir
chez les pouvoirs publics et les partenaires sociaux du secteur.

C’est cet engagement que le Gouvernement prend devant vous,
Mesdames et Messieurs les Députés, et pour lequel j’ai besoin de
votre appui.

Dès le 1er janvier 2005, comme je m’y étais engagé, un nouveau
système sera en place. Il ne s’agit pas, à ce stade, d’un système
définitif, ni d’un nouveau protocole renégocié. En attendant ce
nouveau protocole, j’ai indiqué qu’il n’y aurait pas d’espace vide et
que l’Etat prendrait ses responsabilités. Le Gouvernement a donc
décidé de mettre en place, jusqu’à la conclusion d’un nouveau
protocole, un fonds transitoire qui reprend les principaux axes
proposés par Michel Lagrave.

Ce fonds permet de définir une période de référence de 12 mois
pour l’ouverture des droits (au lieu des 10,5 ou 10 mois, qui
correspondent à la durée définie pour 2005 par le protocole de
2003) avec date anniversaire. En retenant cette modalité, pour la
deuxième année consécutive, l’orientation pour un système pérenne
est claire : cette durée d’un an correspond au rythme annuel de
l’activité du secteur et permet aux salariés comme aux employeurs
de mieux programmer leur travail.

J’ai bien noté – et je comprends – les autres demandes qui se sont
exprimées pour qu’un nouveau système en 2005 préfigure
davantage les éléments nécessaires d’un système pérenne,
destinés à encourager un allongement de la durée du travail et à
réduire les situations de précarité.

Certains de ces éléments peuvent relever d’ajustements techniques
de la part de l’UNEDIC, d’autres pourront être pris en compte dans
le fonds transitoire de 2005 : après concertation avec les partenaires
sociaux, je préciserai ces points lors du Conseil national des
professions du spectacle de la semaine prochaine (le 17 décembre).
Le quatrième de l’année !

Je détaillerai également, devant ce même Conseil national des
professions du spectacle, les mesures dont j’ai présenté les grands
axes devant votre mission d’information la semaine dernière. La
politique de l’emploi que j’entends conduire a pour objectifs de
relever la part des emplois permanents et des structures pérennes,
d’accroître la durée moyenne de travail annuel rémunéré et des
contrats des intermittents. Ces mesures sont destinées, je vous le
rappelle :

– à améliorer la connaissance précise de l’emploi dans le secteur,
avec la responsabilité accrue de tous les organismes qui y
concourent, et à renforcer l’efficacité des contrôles ; le décret
permettant le croisement des fichiers entre les organismes sociaux
du secteur a été publié hier au Journal Officiel – il était attendu
depuis 1992 ! Il complète et prolonge celui du 7 mai 2004 permettant
le croisement des déclarations des employeurs et des salariés.

– à orienter progressivement les financements publics qui dépendent
de mon ministère vers l’emploi ; je tiens à ce stade à préciser que si
je veux encourager la transformation des emplois qui le justifient en
emplois permanents, il n’est en aucune manière dans mes objectifs
politiques de remettre en cause, si peu que ce soit, le régime de
l’intermittence, que nous considérons absolument indispensable à la
création, à la diffusion et, plus largement, à l’activité artistique et
culturelle. A ce titre, l’existence et la pérennisation des annexes VIII
et X constituent une garantie et une condition de la vitalité culturelle
de notre pays.

– à inciter les partenaires sociaux du secteur à accélérer et
systématiser la conclusion de conventions collectives ;

– à accompagner les efforts de professionnalisation des employeurs
comme des salariés.

D’ores et déjà, je puis vous dire que j’attends des partenaires
sociaux du spectacle vivant, du cinéma et de l’audiovisuel, et
singulièrement des employeurs, qu’ils manifestent, dans des délais
très rapprochés, leur sens des responsabilités pour compléter la
couverture du champ conventionnel. Dans cet esprit, j’ai réuni le 8
novembre dernier les représentants des diffuseurs afin qu’ils
engagent et qu’ils concrétisent diverses actions communes
permettant l’établissement de bonnes pratiques d’emploi et de réfléchir à de nouvelles formes contractuelles dans le secteur.

J’observe, à cet égard, que les diffuseurs privés viennent de
s’associer dans un syndicat des télévisions privées pour mieux
aborder ces sujets de réflexion.

Cette politique de l’emploi est au service de mon plan pour le
spectacle vivant. Le budget que vous avez adopté pour mon
Ministère traduit clairement la priorité qui lui est réservée : avec 753
M€, il s’agit de la dotation la plus importante pour le Ministère de la
Culture ; cette enveloppe comprend 23 M€ de mesures nouvelles,
dont 18 M€ pour accompagner le développement de l’emploi.

Dans chaque région, j’y travaille en ce moment même avec les
Directeurs régionaux des affaires culturelles, il y aura, en 2005, un
plan pour l’emploi dans le spectacle vivant.

Je souhaite vous en donner, brièvement, les principaux axes :

– Priorité à la diffusion, avec l’aide à la constitution, dans les
théâtres, de « pôles de diffusion », composés de personnels formés,
dotés d’outils techniques de recensement et de connaissance des
réseaux. Expérimentale en 2005, cette aide sera progressivement
étendue à partir de 2006 – et devra prendre en considération la
création d’un fonds spécifique d’aide à la diffusion en milieu rural.

– L’appui aux compagnies et aux ensembles indépendants, qui
doivent bénéficier d’aides incitatives à la reprise et d’un
encouragement, par des moyens spécifiques, à développer des
résidences de longue durée.

– Rendre aux auteurs et compositeurs, qui sont la force vive de la
création, la place éminente qui leur revient, en améliorant la
rémunération et la situation des auteurs, en renforçant leur
présence, par la généralisation des résidences de longue durée
d’auteurs et de compositeurs, dans les établissements
subventionnés.

– Redéfinir et relégitimer une politique de développement de la
pratique amateur, qui n’est ni une étape vers la professionnalisation,
ni un substitut à la pratique professionnelle. Ciment du lien social,
remarquable outil d’intégration et de dialogue entre les cultures et
les générations, elle doit être encouragée par la formation, le rapport
direct à la création, les rencontres entre artistes amateurs et
professionnels.

– Encourager la circulation internationale de l’art vivant, par la mise
en réseau des institutions et des projets sur le plan européen :
institutions de recherche dans le domaine musical, académies
européennes de jeunes artistes, jumelages entre théâtres français et
européens.

Cette politique, ces orientations, je ne peux pas les conduire seul.

J’ai besoin d’entendre la représentation nationale me dire si elle
partage ces ambitions, si elle est prête à unir sa voix à la mienne,
pour en appeler à la responsabilité partagée, aux côtés de l’Etat, des
collectivités territoriales, des partenaires sociaux du secteur, des
confédérations, du public lui-même, afin que, au sortir d’une crise
qui a douloureusement éprouvé le monde de la culture – mais qui a
aussi permis une formidable réflexion collective – nous nous
tournions ensemble vers l’avenir, et que l’art, la culture,
redeviennent ce qu’ils n’auraient jamais dû cesser d’être : le ferment
de notre unité et de notre identité commune.

Signature de l’accord de coproduction cinématographique entre la France et la Confédération Helvétique

7 décembre 2004

Monsieur le Ministre,

Mesdames, Messieurs,

Je suis très heureux de vous recevoir ici et de signer ce
nouvel accord de coproduction entre la France et la
Confédération helvétique.

Notre rencontre de ce midi illustre combien, comme l’avait
déclaré le Président de la République au Président de la
Confédération helvétique, entre la Suisse et la France,
« notre histoire est une histoire de famille ». Au sein de
cette grande famille de la culture que nous avons en
partage, c’est aujourd’hui la famille du cinéma qui se réunit
et j’en suis très heureux, Monsieur le Ministre, cher Pascal
Couchepin, à l’occasion de votre visite.

La dernière fois que nous nous sommes vus, c’était à
Shanghaï, où nous participions, à l’invitation de notre
collègue chinois, à la réunion du réseau international de
politique culturelle qui, sous l’égide de l’Unesco prépare la
convention internationale sur la diversité culturelle.

Aujourd’hui, c’est un pan essentiel de la diversité culturelle
qui nous rassemble.

Nos producteurs sont si nombreux à travailler ensemble et
à avoir établi au fil du temps des relations de confiance,
d’amitié, de créativité, et de fidélité, solides comme le roc.

Nos deux pays coproduisent en moyenne six à huit films
par an. Les talents qui s’exercent en Suisse sont chers au
coeur du public français. Parmi les plus illustres, j’ai plaisir
à citer Jean-Luc Godard bien évidemment, mais aussi
Alain Tanner ou Michel Soutter.

L’accord de coproduction cinématographique de 1977 avait
largement contribué à soutenir le partenariat artistique et à nourrir la
proximité culturelle entre nos deux pays.

Le nouvel accord, que nous signons aujourd’hui, doit nous permettre
de dynamiser encore plus notre coopération et de resserrer encore
les liens entre deux nos cinématographies.

Nous y avons travaillé ensemble, administration et professionnels
réunis, afin qu’il soit le plus pragmatique possible et le plus en phase
avec l’évolution du secteur cinématographique.

Ce nouvel accord va, c’est ma conviction, offrir de nouvelles
occasions d’encourager et de découvrir de nouveaux talents.

Cet accord prend aussi, à mes yeux, tout son sens, dans le cadre
d’une politique européenne en faveur du cinéma, que nous appelons
tous de nos voeux. Et si la Confédération suisse est membre du
Fonds Eurimages de longue date, je veux saluer ici son adhésion au
programme « MEDIA Plus » de l’Union Européenne. C’est un
engagement marquant dont nos deux cinématographies vont
mutuellement profiter pour leur distribution et leur promotion.

Le partenariat de coproduction reste le socle de l’Europe du cinéma.
Ces accords, en unissant les forces des systèmes nationaux sur les
mêmes projets, démontrent que les aides nationales contribuent
pleinement à la construction européenne dans le domaine du cinéma.

Je forme donc le voeu que notre partenariat, renouvelé et renforcé
par ce nouvel accord, soit également fructueux et exemplaire pour
l’Europe du cinéma, pour le bénéfice mutuel de nos talents et de nos
créateurs.

Je vous remercie.

Réception du centenaire du prix Femina

7 décembre 2004

Mesdames, Messieurs,

Chers amis,

Je suis très heureux de vous accueillir rue de Valois. Le
Ministère de la Culture et de la Communication est celui de
tous les livres, de toutes celles et de tous ceux qui les
aiment et qui les font et j’ai souhaité que cette soirée, pour
célébrer un anniversaire, une fête, un centenaire, soit
d’abord une rencontre amicale.

Je vous propose de la dédier d’emblée à un ami trop tôt
disparu, le 15 novembre dernier : Yves Berger. Il nous
manque ce soir et je tiens à rendre hommage à l’auteur, à
l’éditeur, à l’ami de la langue française et, tout
particulièrement, au lauréat du Prix Femina 1962, qui était
venu couronner son roman Le Sud cette année là. Je vous
demande d’observer quelques instants de silence en sa
mémoire.

Sous le signe du Femina, nous sommes réunis, afin de
fêter ses cent ans. Mais au-delà, je souhaite en votre
compagnie fêter le livre et tous ceux qui le servent. Objet
oecuménique, symbole de rencontres, de partage et de
passage, le livre rassemble, fédère, suscite la communion
des coeurs et des esprits.

Auteurs, éditeurs, diffuseurs, libraires, critiques, jurés,
lecteurs vous formez le « monde des lettres », « le milieu
littéraire » ou mieux encore « la grande famille du livre ».

Ces expressions sont-elles appropriées, pour caractériser
un monde peuplé souvent de solitaires, d’individualités et
de personnalités fortes, où le « je » est bien souvent la
règle ? La communauté de l’écrit existe bel et bien, c’est
un ciel magnifique où brillent les talents, non pas en étoiles
isolées, mais en constellations.

Un ciel qui vit au rythme des saisons. Le printemps fécond
succède à la solitude glacée de l’hiver, propice à la lecture
et à l’écriture. Le couple auteur éditeur, baigné parfois de
la moiteur de l’orage, prépare tout l’été la rentrée, pour
« la » saison des prix. littéraires. En automne, les livres et
leurs auteurs sont jetés en pleine lumière, comme une
moisson de feuilles qui aspirent à persister.

Et l’écrivain se trouve tout à coup courtisé, entend son titre murmuré,
voit son nom publié, son éditeur tourbillonne. Les Prix littéraires,
indispensables guides entre les livres et leurs lecteurs, entrent en
action. De grandes compagnies concurrentes, très organisées, aux
savantes hiérarchies internes, pèsent les mérites, se disputent les
faveurs et s’arrachent les talents.

Les Goncourt, la plus ancienne et la plus révérée, savourent leur
gibier chez Drouant ; les Renaudot, font table voisine. Les Interalliés,
dégustent chez Lasserre le produit de leur chasse. Les Médicis sont
adeptes de la chasse subtile. L’Académie française, engage aussi le
roman, mais selon les règles cynégétiques les plus ancrées. Et quel
tableau de chasse, en 2004 !

Laurent Gaudé pour Le Soleil des scorta ; Irène Nemirovsky pour
Suite française ; Marie Nimier pour La Reine du silence ; Florian
Zeller pour La Fascination du pire ; Bernard du Boucheron pour Court
serpent. Variété des auteurs, des thèmes, des maisons : ce cru
illustre la vigueur de l’édition française.

J’ai volontairement omis de ce palmarès le Femina dont nous fêtons
ce soir le centenaire. Celles que l’on appelait autrefois les
« amazones bleues » ont, vous le savez, distingué cette année Jean-
Paul Dubois pour une Une Vie française.

Le Prix Femina fut décerné pour la première fois en 1904 par un jury
de femmes dont les noms sont encore dans toutes les mémoires.
Tantôt épouses, Madame Daudet, Madame Catulle-Mendès et
Madame Félix-Faure-Gouyau, et le plus souven t très
indépendantes, Juliette Adam, Séverine, Miriam Harry, elles sont
vingt, rassemblées sous l’égide d’Anna de Noailles.

Aujourd’hui vous êtes douze, Mesdames, et dans cent ans vos noms
brilleront des mêmes feux, grâce à cet esprit Femina, fait d'élégance
et de détermination, de grâce et de volonté, de finesse et de force, de
raffinement et de courage. Cet esprit traverse, de livre en livre, toute
l’histoire d’un prix qui épouse l’histoire du siècle.

Il m’est venu, en feuilletant le petit ouvrage que nous avons édité à
cette occasion, pour évoquer cette histoire, ces mots de Gustave
Lanson, contemporains de la création du prix : « en littérature,
comme en art, on ne peut perdre de vue les oeuvres, infiniment et
indéfiniment réceptives et dont jamais personne ne peut affirmer avoir
épuisé le contenu ni fixé la formule. C’est dire que la littérature n’est
pas objet de savoir : elle est exercice, goût, plaisir. On ne la sait pas,
on ne l’apprend pas : on la pratique, on la cultive, on l’aime ».

J’ajoute, Mesdames, que, tout comme la littérature que nous aimons,
vous avez du caractère. Il ne saurait y avoir, pour vous, d'écriture,
d'univers romanesque spécifiquement "féminins". Ce qui vous
importe, c'est de découvrir, de révéler, de combattre pour un beau
roman, de quelque horizon qu'il vienne, de quelque pays, de quelque
continent qu'il surgisse – grâce, notamment, à la création récente du
Femina étranger.

Vous êtes, Mesdames, à l’écoute du monde contemporain, tout en
veillant à ne pas succomber aux modes et aux faux semblants. Vous
apportez un rayonnement particulier à notre culture. Vous illustrez la
défense du livre et de la lecture, la vitalité de l’écrit, dans la société
des écrans et des images qui est désormais la nôtre.

Grâce à vous tous, les livres existent, indépendamment, et d’abord
pour leurs lecteurs. Les livres comptent dans nos vies. Il n’y a pas
d’un côté la littérature et de l’autre la vie. Il y a la littérature et la vie,
ensemble, pour le meilleur. Car vos créations mènent leurs propres
existences, au coeur des nôtres, où elles demeurent, bien au-delà
des saisons et des feuilles mortes. Plus que toutes les images
éphémères qui rythment notre quotidien, le livre reste. La littérature
est bien un art du temps. Et cette affirmation de Mallarmé, dans Le
Livre, instrument spirituel, me paraît prendre tout son sens
aujourd’hui :
« que tout, au monde, existe pour aboutir à un livre ».

Et le moment est venu d’un hommage tout à fait particulier, à
l’occasion de ce centenaire.

Lorsque j’ai tenu à associer le ministère de la culture et de la
communication à la célébration du centenaire du Femina, et que
vous m’avez annoncé votre intention de décerner un prix spécial du
centenaire, j’ai souhaité le doter.

Et je suis très heureux de pouvoir vous annoncer que le jury du prix
Femina, présidé, comme vous le savez, par Claire Gallois, qui
prendra la parole dans un instant, a décerné ce prix spécial du
centenaire à Simon Leys.

« Ne croyez que ceux qui doutent », disait Lu Xun [Lou Hsün], sans
doute le plus grand écrivain chinois du XXe siècle. Avec Simon Leys,
qui est aussi, sous le nom de Pierre Ryckmans, l’un des plus savants
sinologues de notre temps, nous avons douté, non pas de la Chine,
mais d’une image mythique de la « Révolution culturelle ».

Et Simon Leys nous a montré combien la littérature nous permet de
percevoir quelle part de notre héritage relève de l’humanité
universelle.

Au-delà de la Chine, le talent littéraire protéiforme de Simon Leys
porte haut les qualités, au sens le plus noble du terme, de l’interprètetraducteur
qu’il veut être entre les langues, les cultures, les
civilisations.

Ce grand homme de lettres, membre de l’Académie royale de langue
et de littérature françaises de Belgique, où il a succédé à Georges
Simenon, ne finit jamais de nous étonner, en jouant avec les formes
littéraires, avec les mots, avec l’histoire, ses grands hommes et ses
mythes, qu’il n’hésite pas à revisiter pour le plus grand bonheur de
ses lecteurs.

Mais nous ne sommes pas surpris, même si nous regrettons son
absence, que ce marin, qui a traduit en 1990 le chef-d’oeuvre de
Richard Henry Dana, Deux années sur le gaillard d’avant et qui est
l’auteur d’une remarquable anthologie de La Mer dans la littérature
française, parue chez Plon, l’an dernier, n’ait pas pu être des nôtres
ce soir. Car il habite aux antipodes et n’a pas voulu, ou pas pu, une
fois de plus, faire le tour du monde.

Mais c’est avec plaisir que je lui cède la parole, par la voix de son
éditeur, Jean-Claude Simoën, à qui j’ai l’honneur de remettre ce prix.

Je vous remercie.

Remise officielle d’un chef d’oeuvre de l’art Dogon acquis par l’Etat grâce au mécénat du Groupe AXA pour le musée du quai Branly

3 décembre 2004

Monsieur le Président du Groupe AXA,

Monsieur le Président du Musée du Quai Branly,

Madame la Directrice des Musées de France,

Mesdames, Messieurs, Chers amis,

Je suis très heureux de vous accueillir ce soir rue de Valois, pour un moment d’une rare
émotion : la présentation d’une oeuvre majeure, d’une oeuvre unique, qui, grâce à la loi du
1er août 2003 sur le mécénat et grâce au mécénat d’Axa, va rejoindre les collections du
musée du Quai Branly.

Ce chef-d’oeuvre, le voici. Il nous invite au voyage et d’abord dans le temps. Les analyses au
Carbone 14 le datent du Xe ou du XIe siècle, ce qui en fait l’une des plus anciennes statues
en bois du continent africain, dans une région où les Dogons et leurs prédécesseurs, se sont
établis sur la falaise de Badiangara, qui surplombe la boucle du Niger.

Nous sommes bien
en face de l’un des tout premiers exemples de sculpture figurative issue du continent noir qui
ait traversé le temps.

Jacques Kerchache ne s’était pas trompé lorsqu’il avait insisté pour présenter des oeuvres
Dogon au Pavillon des Cessions du Louvre. Leur ancienneté témoigne de l’importance des
civilisations de ce continent.

Et l’une des seules faites de ce matériau qui exprime à la fois la force et la sève de la vie.

Elle a survécu aux climats, aux termites, aux migrations, aux guerres, qui expliquent la rareté
des effigies très anciennes en bois qui ont pu parvenir jusqu’à nous.

Son origine précise demeure une énigme, un mystère, que je laisserai le soin aux
spécialistes ici présents de lever pour nous. L’une des hypothèses concernant son histoire
est qu’elle est l’héritage d’un peuple qui migre pour préserver ses racines spirituelles face à
l’extension de l’Islam. Mais je compte sur les conservateurs du Musée pour satisfaire une
partie de notre curiosité. Et je ne puis que vous inviter à suivre les traces jadis ouvertes par
Marcel Griaule et à lire l’ouvrage de référence d’Hélène Leloup sur la statuaire Dogon.

Cette sculpture, ce sont d’abord les signes de cette histoire. Des signes qu’il ne m’appartient
évidemment pas de décrypter. Mais ce sont aussi des signes chargés d’émotion et créateurs
d’émotion – une émotion que nous ressentons tous aujourd’hui – un véritable choc
esthétique. Au-delà de la qualité plastique de cette oeuvre, nous ressentons en effet devant
elle cette force mystérieuse, d’une culture, qui est, comme le disait André Malraux, «
l’attitude fondamentale d’un peuple en face de l’univers », et qui fait aujourd’hui partie du
patrimoine universel de l’humanité. Nous sommes d’emblée frappés par l’allure de cette
statue dressée comme un trait d’union entre la terre et le ciel, et qui est à la fois homme et
femme.

Cette représentation ancestrale, transmise depuis tant de générations jusqu’à nous, exprime
aussi la fécondité de cultures trop longtemps méconnues du grand public et dont la
rencontre s’impose aujourd’hui, tant pour découvrir leur ancienneté et leur génie, que pour
comprendre et dialoguer avec les hommes qui en sont les représentants.

Oui, nous voyons aujourd’hui combien le musée du Quai Branly sera un lieu magique, un
lieu d’exception, sans équivalent dans le monde, où les perspectives et les transparences de
l’architecture, de l’art et de la science, mettront en relation, en continuité et en intelligence
des collections extrêmement riches, venues pour l’essentiel du laboratoire d’ethnologie du
musée de l’homme et du musée des arts d’Afrique et d’Océanie, mais aussi des acquisitions
comme celle-ci.

Cette pièce exceptionnelle complètera ces collections pour le plus grand bonheur du grand
public, mais aussi des chercheurs, du monde entier, qui s’intéressent aux arts d’Afrique,
d’Océanie, d’Asie et des Amériques.

Cher Jacques Friedmann, je sais le rôle essentiel qui a été le vôtre dans cette aventure.

Vous avez accepté le poste de Président du Conseil d’Orientation du Musée du Quai Branly.

Votre détermination y fait merveille. Votre engagement personnel est toujours sans faille.

Vous l’aviez déjà montré lorsque vous avez accompagné pendant de nombreuses années la
programmation artistique du Musée du Jeu de Paume. Soyez-en chaleureusement remercié.

Cher Stéphane Martin, je dois vous le dire, si je comprends et si je partage votre
attachement à cette magnifique entreprise, la contemplation de cette oeuvre unique ne fait
que renforcer mon impatience – que vous savez partagée – de voir ce musée ouvrir ses
portes dès 2006.

Vos équipes sont, je le sais, très engagées dans leur travail d’inventaire, de réhabilitation, de
présentation. C’est un travail considérable qui a été accompli avec enthousiasme et
professionnalisme : je suis reconnaissant à l’ensemble des personnes qui travaillent à mettre
en oeuvre ce projet. J’ai peut-être, si vous me le permettez, une attention particulière pour
Madame Martine Aublet, votre responsable du mécénat.

En effet, c’est, je l’ai dit, grâce au mécénat et à la loi du 1er août 2003 que l’Etat a pu
acquérir ce chef d’oeuvre. C’est la première fois qu’un objet venu des civilisations hors
d’Europe bénéficie de cette loi.

Je connais l’enthousiasme de Monsieur Claude Bébéar auquel je tiens à rendre hommage.

Et je remercie tout particulièrement, avant de lui céder la parole, le Président du groupe
AXA, Monsieur Henri de Castries, pour avoir accepté d’apporter un financement, sans lequel
cette statue n’aurait pu trouver sa place dans les collections du Quai Branly.

Madame la directrice des Musées de France, je veux enfin remercier toutes les personnes
qui ont avec vous rendu possible cette acquisition remarquable. Je tiens à vous féliciter pour
la vigilance exemplaire de la Direction des Musées de France qui a évité l’exportation de
cette pièce majeure. Le Comité des Trésors Nationaux et le Conseil Artistique des Musées
de France, dont je salue les présidents Monsieur Michel David-Weill et Monsieur Edmond
Honorat ont montré toute l’importance de ces instances.

Je veux enfin rendre hommage à la compétence de tous les spécialistes, les conservateurs,
mais aussi tous ceux que la passion a attirés vers ces civilisations que le musée du Quai
Branly nous permettra de découvrir, et où cette statue trouvera bientôt, selon les mots de
Guillaume Apollinaire, cet « asile unique, à la fois musée, temple, bibliothèque et laboratoire
».

Je vous remercie.

HAUT CONSEIL DES MUSEES DE FRANCE

1 décembre 2004

Monsieur le Ministre,

Messieurs les Sénateurs,

Messieurs les Députés,

Messieurs les Présidents,

Mesdames, Messieurs,

En ouvrant votre séance, et en vous accueillant ici, je tiens tout d’abord à souhaiter la bienvenue à deux nouveaux membres du Haut Conseil : Jean-François de Canchy, directeur régional des affaires culturelles d’Ile-de-France, que l’on ne présente plus, et
Elisabeth Patswa, qui est conservatrice du remarquable musée de la Résistance à Besançon, et présidente de l’association générale des conservateurs des musées et collections publiques de France.

C'est un vrai plaisir pour moi, aujourd'hui, de vous réunir pour cette nouvelle séance du Haut conseil des musées de France au milieu d'oeuvres significatives.

En effet, j'ai souhaité vous présenter une sélection d'oeuvres
acquises récemment sous plusieurs formes, et destinées à quelques musées de France, à Paris et en région.

Je soulignais le 15 juin dernier, devant vous, mon attachement, comme ministre et comme élu local, à la dimension culturelle et patrimoniale de l'aménagement du territoire. J’avais illustré mon propos par l'acquisition, au profit du musée des beaux-arts d'Angers, de deux grandes et importantes esquisses de Fragonard, retenues sur le territoire depuis trois ans comme
trésors nationaux. Je suis heureux de vous les présenter aujourd'hui dans ce salon des Maréchaux. Vous aurez, tout à l'heure, à émettre un avis sur ce transfert de propriété.

L'utilisation, pour la première fois, par l'Etat, des dispositions nouvelles du code du patrimoine, issues de la loi du 4 janvier 2002 relative aux musées de France, permet à une collectivité publique de transférer à une autre, à titre gratuit, la propriété de biens culturels constitutifs d'un musée de France. Il s'agit de
proposer aux villes, non pas un dépôt, conformément à la tradition observée jusqu'ici, mais bien un transfert en pleine propriété, inaliénable.

Outre les deux esquisses de Fragonard, je veux souligner ici l'opération exceptionnelle qu'a constitué l'achat, le 16 juin dernier, grâce au mécénat d'un grand groupe français, Carrefour, d'une collection de dessins italiens de la Renaissance, et du premier âge baroque, patiemment constituée en une trentaine d'années par un grand collectionneur français. 105 des 130 oeuvres qui
forment cette exceptionnelle collection, vont enrichir les musées de cinq villes en région : Orléans, Marseille, Toulouse, Lille et Reims. Paris ne sera pas oublié, puisque le Louvre présentera aussi une partie de cette collection (25 dessins).

Cette opération est, à mes yeux, exemplaire d'une décentralisation du patrimoine équilibrée et réussie.

Le choix d'oeuvres significatives, que j'ai souhaité réunir ici, offre un panorama des divers modes d'acquisitions destinés à enrichir les collections nationales.

J'ai donc le grand plaisir de vous présenter, en avant première, une exceptionnelle sculpture du Nord du pays Dogon, au Mali, destinée au musée du Quai Branly. Ce trésor national a pu être acquis grâce au mécénat du groupe AXA, et sera officiellement
présenté, ici même, demain. Il s'agit d'une pièce unique, car à l'origine de la sculpture africaine, qui trouvera sa place au sein de ce musée exceptionnel, ouvert au public dans un peu plus d'un an.

Vous pouvez aussi contempler une tête de cheval attique, acquise par préemption en vente publique, le 7 octobre, grâce à une participation du fonds du patrimoine, pour le musée du
Louvre.

La photographie occupe une place de plus en plus importante dans les collections nationales, et j'ai souhaité vous présenter une acquisition faite le 2 juillet, par préemption en vente publique et destinée au musée d'Orsay.

Enfin, un des modes d'enrichissement des collections est la dation, illustrée ici par ce dessin, de Géricault. Cette feuille mythique et exceptionnelle n'a été vue qu'à deux reprises, en 1950 et sera offerte au regard du public dans les salles des arts
graphiques du Louvre.

Le débat que vous allez avoir sur le rôle des sociétés d'amis est très important. Ces sociétés entretiennent un dialogue permanent entre les musées et la société civile. Le Parlement a reconnu cette importance, lors des débats sur la loi relative aux musées de France du 4 janvier 2002.

Comme vous le savez, le gouvernement est résolu à encourager le développement du mécénat. Pourquoi ? Pour impliquer dans notre vie culturelle tous les acteurs de la société civile, qu'il s'agisse des particuliers, des associations, des fondations ou des entreprises. Cet engagement de tous les citoyens dans une action au service de l'intérêt général renforce la cohésion sociale.

Les sociétés d'amis, par leur action, souvent bénévole, leurs
dons, leur contribution à des acquisitions, complètent parfaitement l'engagement des pouvoirs publics en matière de politique culturelle.

J'encourage vivement de telles structures à se mettre en place auprès des musées de France. J’encourage la création et la mobilisation de ces partenariats, qui peuvent être définis par une convention, et entraîner une participation active au bénéfice des musées. Les sociétés d'amis apportent un puissant soutien aux acquisitions et à l'action culturelle, définies conjointement avec la
direction des établissements. Cette participation active, illustrée chaque année à l'occasion du « Printemps des musées », ouvre naturellement des perspectives de développement international.

Sans préjuger de votre débat, permettez-moi une suggestion: il me semble très opportun de constituer, au sein du Haut conseil des musées de France, comme votre règlement intérieur l'autorise, un groupe de travail chargé de réfléchir au rôle des sociétés d'amis au regard de l'évolution des musées.
Votre réflexion contribuera ainsi à développer des relations fructueuses et utiles, pour rendre les collections accessibles au public le plus large, concevoir et mettre en oeuvre des actions
d'éducation et de diffusion visant à assurer l'égal accès de tous à la culture, pour contribuer aux progrès de la connaissance et de la recherche, ainsi qu'à la diffusion, comme le permet le code du patrimoine.

Vous savez que j'attache, Mesdames et Messieurs, une attention particulière à vos avis, vos conseils et vos recommandations en faveur des musées de France. Je compte sur vos propositions.

Je vous remercie.

Mission d’information sur les métiers artistiques de l’Assemblée Nationale

1 décembre 2004

Je suis heureux de me retrouver devant vous – et de
pouvoir, d’emblée, saluer le travail important que vous
accomplissez, la contribution qu’à travers vous la
représentation nationale entend apporter à une meilleure
reconnaissance du rôle que jouent, pour le rayonnement
de notre culture et de notre pays, les métiers artistiques. A
ce titre, l’attention que nos concitoyens et leurs
représentants portent aux conditions de travail des artistes
et techniciens va au-delà d’un seul sujet de solidarité
sociale ou professionnelle ; il s’agit d’un enjeu majeur de
politique culturelle.

Rappel des actions engagées

Dès ma prise de fonctions, avec l’appui du gouvernement
de Jean-Pierre Raffarin et, plus particulièrement, le
concours de Jean-Louis Borloo et de Gérard Larcher, je
me suis mobilisé pour créer les conditions d’une solution à
la crise du régime d’assurance-chômage des artistes et
techniciens du spectacle vivant, du cinéma et de
l’audiovisuel, provoquée par la conclusion de l’accord du
26 juin 2003, mais dont les causes sont beaucoup plus
profondes et anciennes.

Mon objectif politique est en effet de conforter le régime de
l’intermittence, au sein de la solidarité interprofessionnelle.
Je n’ai pas pour perspective ni souhait de supprimer
l’intermittence : elle est adaptée aux besoins et aux
spécificités de l’emploi culturel.

Je me suis employé à renouer les fils du dialogue entre
toutes les parties prenantes : j’ai réuni à trois reprises le
Conseil national des professions du spectacle – et je le
réunirai encore le 17 décembre prochain -, j’ai accéléré la
mise en place de conseils régionaux pour l’emploi et les professions du spectacle (j’ai participé le 25 octobre à
celui de Besançon), je suis allé à la rencontre, dans tous les festivals
et dans tous les spectacles auxquels j’ai assisté, des artistes et
techniciens, pour parler avec eux, pour comprendre leurs conditions
de travail et de vie – pour leur montrer que leur Ministre est à leurs
côtés pour améliorer l’exercice de leur métier et leur permettre
d’exprimer leur talent.

A chaque étape, depuis le mois d’avril, le Gouvernement s’est
attaché à faire face aux situations de plus grande précarité.
L’UNEDIC a accepté, pour les années 2004 et 2005, un retour à la
situation antérieure pour les congés de maternité (ils sont assimilés à
des jours travaillés, sur la base de 5 heures par jour, et comptent
ainsi pour le calcul des 507 heures).

Le Gouvernement a créé un fonds spécifique provisoire, financé par
l’Etat, dont l’organisation a été définie par Michel Lagrave, Conseiller-
Maître honoraire à la Cour des Comptes. Géré par l’UNEDIC, pour
rester dans le cadre de la solidarité interprofessionnelle, ce fonds est
destiné à prendre en charge l’indemnisation des artistes et
techniciens qui effectuent leurs 507 heures en 12 mois mais n’y
parviennent pas dans les 11 mois prévus pour 2004 par le nouveau
protocole. Ce fonds prend également en charge l’indemnisation des
personnes en congé de maladie pour une durée supérieure à 3 mois.

Ce fonds est opérationnel depuis le 1er juillet 2004.

Au 19 novembre, dernier état connu, 2110 demandes ont été
présentées, 1078 décisions d’admissions et 717 décisions de rejet
ont été prononcées, 315 dossiers demeurent en attente de traitement
ou ont été classés sans suite.

Ces chiffres ne correspondent pas aux prévisions qui avaient été
faites lors de la mise en place du fonds et varient inexplicablement
d’une semaine sur l’autre.

Sous la conduite de Michel Lagrave, je souhaite diligenter, avant de
préciser les modalités de renouvellement de ce fonds pour 2005, une
mission d’inspection conjointe des finances, des affaires sociales et
des affaires culturelles, afin de vérifier les conditions de
fonctionnement du fonds en 2004, et nous aider à comprendre les
difficultés nombreuses actuellement signalées comme l’inexplicable
variabilité des chiffres d’une semaine sur l’autre.

Surtout, sans attendre, le Gouvernement s’est engagé dans le
traitement résolu des problèmes de fond.

La lutte contre les abus, sous l’égide de la DILTI, s’est
considérablement accrue, la progression du nombre d’entreprises
contrôlées est permanente, comme celles des procédures pénales
qui font suites à ces contrôles.

Dans l’audiovisuel, public ou privé, la mobilisation des diffuseurs se
poursuit et a permis, d’ores et déjà, d’obtenir des résultats significatifs
en termes de réduction du recours non justifié à l’intermittence.

Les textes permettant le croisement des fichiers sont déjà sortis
(décret du 7 mai pour le croisement des fichiers employeurs et
salariés) ou en cours de publication (décret sur le croisement des
fichiers et des organismes sociaux, qui a reçu l’aval du Conseil d’Etat
et de la CNIL).

J’ai confié à Jacques Charpillon, chef du service de l’inspection
générale de l’administration des affaires culturelles, une mission de
propositions pour mieux délimiter le périmètre des métiers et des
secteurs d’activité dont les spécificités justifient le recours à
l’intermittence. Son rapport, largement débattu, donne des
orientations et des pistes pour rendre le périmètre incontestable.

Il appartient aux partenaires sociaux, j’y reviendrai, dans le cadre de
la négociation de conventions collectives, de reprendre à leur compte
tout ou partie des propositions de délimitation du périmètre
présentées par Jacques Charpillon. A leurs côtés, l’Etat veillera à la
légitimité incontestable des métiers et des secteurs retenus, fondés
sur des spécificités objectives. Le Gouvernement s’opposera à
l’extension de conventions collectives qui n’auront pas traité
sérieusement la question du périmètre.

Plus largement, j’ai confié à Jean-Paul Guillot, la mission d’expertise
destinée à aider l’ensemble des acteurs concernés à construire un
système pérenne de financement de l’emploi dans les secteurs du
spectacle vivant, du cinéma et de l’audiovisuel, et tout
particulièrement du système d’indemnisation du chômage des artistes
et des techniciens.

Il vient de me remettre son rapport, qui vous sera distribué d’ici la fin
de la matinée.

Ce rapport va être soumis à un large débat. Il alimentera le débat d’orientation qui se tiendra devant votre
Assemblée le 9 décembre prochain.

Il sera examiné par le Conseil national des professions du spectacle
que je convoque, spécialement à cet effet, le 17 décembre.
Un débat d’orientation doit également avoir lieu au Sénat, au mois de
janvier prochain.

La conclusion de Jean-Paul Guillot est claire. Aujourd’hui, quelles que
soient les appréciations que l’on peut porter sur les dispositions en
cours du régime d’assurance chômage, il est temps d’élargir le
spectre, de braquer les projecteurs, de mobiliser les énergies et les
volontés vers une politique ambitieuse de l’emploi culturel plutôt
qu’exclusivement sur les règles d’indemnisation du chômage.

Mon objectif est de créer les conditions d’un accord sur un système
pérenne du financement de l’emploi dans le secteur – et sur la place
que doit y prendre le régime d’assurance-chômage. Il nous faut sortir
de la logique qui a démontré, depuis une vingtaine d’années, de crise
en crise, de déficit en déficit, son inefficacité et qui consiste à
s’acharner sans résultat sur la définition des règles du régime
d’assurance-chômage.

Il faut passer d’un protocole d’accord contesté entre les partenaires
sociaux interprofessionnels, portant seulement sur l’assurancechômage,
à un protocole d’accord portant sur l’emploi culturel (une
sorte « d’Accords de Valois »), impliquant l’Etat, les collectivités
territoriales, les organisations du secteur et les confédérations, où
chacun doit prendre les engagements correspondant à ses
responsabilités, et où l’assurance-chômage sera progressivement
ramenée à son vrai rôle.

Compte tenu de la précarité qui s’est développée ces 15 dernières
années (80 % des intermittents ont un revenu annuel de leur travail
inférieur à 1,1 smic et 54 % d’entre eux déclarent moins de 600
heures travaillées), une politique de l’emploi adaptée aux
caractéristiques de ce secteur doit avoir pour objectifs de relever la
part des emplois permanents et des structures pérennes, d’accroître
la durée moyenne de travail annuel rémunéré et des contrats des
intermittents.

Je suis prêt à recevoir, de manière bilatérale, dès le début du mois de
janvier prochain, les partenaires sociaux du secteur et les
confédérations, les représentants des collectivités territoriales, pour
débattre avec eux de la politique d’emploi culturel.

Sans attendre l’ouverture de ces discussions, que je veux proposer à
chacun des partenaires concernés, je suis déterminé à engager sans
délai les actions qui dépendent directement de l’Etat et qui
correspondent à ces objectifs – et je suis prêt à accompagner les
démarches des collectivités territoriales qui s’orienteront dans cette
direction.

Ces actions s’organisent autour de 4 axes :

1. Renforcer l’efficacité des contrôles

Les actions déjà engagées doivent être poursuivies avec ténacité et
continuité ; elles commencent à produire leurs effets et la mobilisation
des services concernés doit demeurer entière : au-delà du
croisement des fichiers, il faut accélérer les travaux de construction
d’un système d’information économique et sociale sur l’emploi dans
le secteur, il faut encourager les principaux donneurs d’ordre dans
leurs efforts en cours pour intégrer, dans leurs contrats de soustraitance,
les incitations à une meilleure pratique du recours à
l’intermittence.

2. Orienter les financements publics vers l’emploi

Les financements publics, qu’ils émanent de l’Etat ou des
collectivités, à destination des structures ou projets culturels doivent
davantage tenir compte du volume et de la durée des emplois
générés par l’activité ainsi soutenue.

Des fonds spécifiques, pour lesquels l’Etat serait prêt à accompagner
les efforts des collectivités, permettraient d’aider à la
« permanentisation » de l’emploi ou à l’allongement significatif de la
durée des contrats.

3. Accélérer et systématiser la conclusion de conventions
collectives

Il importe de structurer le champ des conventions collectives et
d’aider les employeurs et les salariés à assurer une couverture
exhaustive du secteur, sans empiètements ou incohérences entre les
différentes conventions collectives.

Dans leur contenu, ces conventions collectives doivent traiter de la
question du périmètre légitime de l’intermittence et prévoir des
dispositions incitatives à la déclaration de tout le travail effectif
(préparation, répétitions…). En particulier les rémunérations prévues
pourront être fortement différenciées selon la durée des contrats,
pour encourager à l’allongement de leur durée.

Ces conventions collectives devront également permettre d’utiliser
toutes les possibilités juridiques ouvertes par les CDD d’usage.

4. Accompagner les efforts de professionnalisation des
employeurs et des salariés

Cet accompagnement passe par :
– l’encouragement aux dispositifs régionaux de mutualisation et de
structuration des employeurs du secteur du spectacle vivant.
– l’inscription, dans le projet de loi sur l’Education, du principe de
l’intervention des artistes dans les écoles et les établissements
scolaires : Il s’agit à la fois d’oeuvrer pour l’élargissement des publics
par la sensibilisation des jeunes scolarisés aux diverses formes
d’expression artistique et d’étendre les possibilités – et donc la durée
-d’emploi pour les artistes.
– le développement volontariste de l’apprentissage dans certains métiers
du secteur
– une meilleure maîtrise de l’offre de formation professionnelle, initiale et
continue, dans le secteur : en liaison avec la CNEFP-SV, inscrire
dans les schémas prévisionnels des formations des régions et dans
les PRDF un volet sur la formation professionnelle des artistes et
techniciens ; mieux maîtriser le dispositif d’habilitation des diplômes
universitaires dans le secteur ; définir, en liaison avec les professions,
un dispositif de « labellisation » d’une offre de formation privée qui
attire des jeunes sans leur offrir de débouchés ni une formation de
qualité ; s’assurer que l’offre de formation permet bien de concourir
aux projets de réorientation professionnelle pour des artistes et des
techniciens qui ne souhaitent pas – ou ne parviennent pas – à rester
dans le secteur
– un soutien aux artistes et aux techniciens dans leurs démarches de
recherches d’emplois, dans et hors le secteur, de logements, de
financements,…notamment à travers les futures Maisons de l’Emploi,
une mobilisation plus intense des ANPE Spectacle,…

En attendant la négociation nécessaire d’un autre protocole, un
fonds transitoire de préfiguration pour 2005
Toutes ces actions seront engagées dès le début de l’année 2005.

Elles créeront les conditions d’une meilleure négociation pour un
nouveau protocole d’assurance chômage des artistes et techniciens,
parce qu’elles montreront que l’on cesse de faire reposer sur la seule
assurance chômage toute la structuration de l’emploi dans le secteur.

En attendant ce nouveau protocole, j’ai indiqué qu’il n’y aurait pas
d’espace vide et que l’Etat prendrait ses responsabilités. Le
Gouvernement a donc décidé de renouveler, jusqu’à la conclusion
d’un nouveau protocole, le fonds spécifique provisoire qui a été mis
en place au 1er juillet 2004, selon les axes définis par Michel Lagrave
– et dont les modalités pourront être précisées à l’issue de la mission
d’inspection évoquée précédemment.

Ce fonds permet de définir, à compter du 1er janvier 2005, une
période de référence, pour l’ouverture des droits, de 12 mois (au lieu
des 10,5 ou 10 mois, qui correspondent à la durée définie pour 2005
par le protocole de 2003) avec date anniversaire. En cela, je le dis
clairement, je souhaite qu’il préfigure une règle qui devrait être
retenue par les partenaires sociaux pour un système pérenne, parce
que cette durée d’un an correspond au rythme annuel de l’activité du
secteur et permet aux salariés comme aux employeurs de mieux
programmer leur travail.

Ce fonds permet également de prendre en compte les congés de
maladie de plus de 3 mois – et donc des situations de grande
fragilité.

J’ai bien noté – et je comprends – les autres demandes qui se sont
exprimées pour qu’un nouveau système en 2005 préfigure davantage
les éléments nécessaires d’un système pérenne, destinés à
encourager un allongement de la durée du travail et à réduire les
situations de précarité.

Il me paraît légitime de laisser aux partenaires sociaux la
responsabilité d’en débattre et de décider la suite qu’ils veulent
réserver à ces propositions, dans le cadre du rendez-vous de fin
d’année qu’ils ont prévu.

Dans la mesure où ces propositions vont dans le sens souhaité pour
accompagner la politique de l’emploi que je veux mettre en place
pour le secteur, je ne suis pas fermé à ce que tout ou partie de ces
propositions, sous réserve d’examen plus précis, soit pris en charge
par le fonds transitoire de 2005, financé par l’Etat.

Nomination des maîtres d’art 2004

29 novembre 2004

Mesdames, Messieurs,

Nous sommes ici tous rassemblés pour fêter les dix ans du titre des maîtres d’art, et pour
nommer les sept nouveaux maîtres d’art de la promotion 2004. En une décennie, leur
nombre est porté à 63, et à plus d’une cinquantaine le nombre de leurs élèves. Nous fêtons
aussi l’arrivée de deux chefs d’atelier d’entreprises du luxe qui nous rejoignent et recevront
un trophée.

Dix ans, c’est à la fois peu et beaucoup pour transmettre avec passion des connaissances,
des expériences, des secrets de fabrication, créer de vrais liens entre un maître et son élève.

Je ne relancerai pas le vieux débat « artiste – artisan », qui avait fait l’objet d’une exposition
célèbre au musée des arts décoratifs, pour laquelle des grands noms de l’histoire de l’art et
de ses techniques avaient prêté leur plume, tels Georges Duby et André Chastel.

Les maîtres d’art que je nomme aujourd’hui sont à la fois des professionnels des métiers
d’art et des « métiers de l’art », dont certains sont inscrits à la Maison des artistes. Ils savent
allier à la maîtrise du « travail bien fait », de la restitution historique, la conscience de
l’évolution de leur métier, la notion de progrès et d’innovation. Car il ne suffit pas de savoirfaire.

Il faut aussi une intelligence sensible. Il faut s’adapter, écouter la matière et la
transformer. C’est ainsi que les connaissances et les expériences au service de la main et
de la pensée permettent à l’artisan d’art de devenir un véritable « maître », dans l’expression
de toutes les facettes de son art.

Aujourd’hui, plus que jamais, nos métiers d’art sont garants de nos traditions, de notre
identité et de notre rayonnement dans un environnement européen et international, qui
évolue très vite. Je pense par exemple à la protection de la faune et de la flore. Certains de
ces métiers sont menacés.

Je tiens à ce que le ministère de la culture et de la communication maintienne ses efforts
pour valoriser l’excellence des maîtres d’art et de leurs élèves, et améliorer encore la
transmission de leurs savoir-faire exceptionnels. La variété des compétences, les facettes
nombreuses de ces métiers qui touchent à la fois la grande tradition française, l’évolution
technologique, et la création contemporaine, leur permettent de relever les défis qu’ils
doivent affronter aujourd’hui.

Je sais que certains d’entre vous ont accepté, par passion, de reprendre de nouveaux
élèves, et de devenir à nouveau des pédagogues pendant trois ans, afin d’éviter la
disparition de certains secteurs.

Je tiens à vous en remercier.

Le ministère les accompagnera comme il l’a fait par le passé, et en remettant cette année
aux nouveaux nommés une allocation de 16.000 euros annuelle.

Mais je souhaite faire plus. C’est pourquoi j’ai décidé qu’il convenait d’aller plus loin et de
mettre à la disposition de vos métiers d’exception un lieu dont l’identité soit à votre image : la
Manufacture des Gobelins, à Paris. La grande galerie va être réhabilitée et abritera des
événements en faveur des métiers d’art. Cet espace de 1.000m² environ sur deux niveaux
sera accessible au public.

Je demande aux membres du Conseil des métiers d’art ici présents de poursuivre leurs
travaux dans les domaines du patrimoine, de la formation, des matériaux, et de l’innovation –
et de prendre en compte l’ensemble des problèmes rencontrés par les maîtres d’art.

Je souhaite aussi qu’il y ait à partir de l’année prochaine une plus grande transparence sur
les appels d’offres de la fonction publique. J’y veillerai particulièrement pour ceux du
ministère de la culture et de la communication, accessibles sur le site portail et sur celui des
métiers d’art du ministère, et je vais prendre contact avec le ministère de la fonction
publique pour les autres.

Je vais remettre à chaque nouveau maître d’art son diplôme, réalisé par un calligraphe, M.
Pierre Aubery, sur un très beau Velin d’Arche – fait main, bien sûr, – par le Moulin du Gué.

J’invite chacune des personnes à me rejoindre sur ce podium à l’appel de son nom :

– M. Alain BUYSE, sérigraphe. La sérigraphie offre de nombreuses possibilités
d’impressions et de matériaux que vous savez adapter et exploiter avec des artistes
contemporains ;

– M. Pierre CHARIAL, noteur. Un métier qui date du XVIIe siècle. Certaines morceaux de
Haydn ou de Mozart ont été créés spécialement pour l’orgue de barbarie. Ce métier, vous
savez le faire évoluer grâce à votre formation musicale, et à l’aide de l’informatique, en
créant un instrument qui réponde davantage aux exigences des compositeurs
contemporains.

– M. Jean-Dominique FLEURY, peintre-verrier. Vos nombreuses restaurations sont connues
au même titre que les projets ambitieux partagés avec Pierre SOULAGES ou Martial
RAYSSE. J’ai inauguré en juillet votre création, les vitraux de la Salle des Pèlerins de
l’ancien hôpital de Pons (Poitou-Charentes) ;

– M. Gilles JONEMANN, créateur-bijoutier. On pourrait dire que vous êtes inclassable, vous
travaillez aussi bien les métaux précieux que les matériaux naturels, en les détournant de
leur usage habituel. L’île de la Réunion vient de vous confier la mise en place d’une école
pour la transmission de vos savoir-faire à l’écoute de la nature ;

– M. Pierre MEYER, tourneur « figuré » sur ivoire. Vous travaillez également la nacre, les
bois précieux, l’écaille de tortue, et bien d’autre matériaux rares et réglementés. Votre très
grande dextérité et votre parfaite minutie vous ont permis d’être connu dans de nombreux
pays, et par des grandes marques ;

– M. Pierre REVERDY, coutelier d’art en acier damassé. Votre métier est un voyage dans le
temps et nous transporte chez les Celtes et les Peuples d’Orient. Vos lames ont la réputation
d’être les plus souples, les plus tranchantes, les plus dures ; elles ne peuvent ni se tordre, ni
se briser ;

– M. Eric SANSON, marqueteur. Vous recouvrez des meubles et des objets en trompe-l’oeil
avec du galuchat, de l’ivoire et de la nacre, avec patience et créativité. Vous remportez de
nombreux prix car la marqueterie, l’ébénisterie sont vraiment une affaire de famille chez les
Sanson.

Maintenant, je m’adresse aux deux chefs d’atelier des maisons Bernardaud et Puiforcat, que
j’invite également à me rejoindre, et auxquels je remets un trophée intitulé « Décor pour
service Diane – 1970 » créé par l’artiste Etienne Hajdu, dans les ateliers de la Manufacture
nationale de Sèvres :

– M. Christian BRUNET, modeleur, chef d’atelier de la société Bernardaud. Votre formation
à l’école nationale des arts décoratifs de Limoges vous permet de réaliser des porcelaines
gravées, des lithophanies, des pièces émaillées, et de modeler des pièces contemporaines ;

– M. Eric POPINEAU, planeur en orfèvrerie, chef d’atelier de la société Puiforcat-Hermès.
Vous représentez un grand savoir-faire d’un travail effectué uniquement à la main, au
contact de la flamme. Chacun de vos gestes exige force, précision, toucher et écoute, pour
réaliser des pièces de prestige en argent, en or ou en platine.

Je vous remercie Messieurs. Car cette année il n’y a pas de femme, nous attendrons l’année
2006.

L’année 2005 sera placée sous le signe de la transmission, des échanges et du progrès. Les
maîtres d’art participeront non seulement aux salons et aux manifestations du ministère. Ils
interviendront aussi dans les écoles d’art, dans les colloques, à titre d’expert.

Vous participez, je dois le souligner, au rayonnement international de la culture française. Je
tiens à signaler l’édition d’un guide des maîtres d’art, traduit en trois langues, qui vient de
paraître. Et je me réjouis de vous annoncer que l’année 2005 se clôturera par une exposition
en Chine, dans le cadre de l’année de la France en Chine.

Je vous remercie

Commission Nationale Culture-Handicap

29 novembre 2004

Madame la Ministre, Chère Marie-Anne,

Monsieur le Délégué interministériel, cher Patrick Gohet,

Messieurs les Présidents,

Mesdames, Messieurs,

Je suis particulièrement heureux de vous accueillir rue de Valois, avec ma collègue, Marie-
Anne Montchamp, pour cette quatrième réunion annuelle de la Commission Culture-
Handicap.

Le Président de la République a tenu à faire, vous le savez tous, de l’insertion des
personnes handicapés, l’un des grands chantiers de son quinquennat, afin de permettre « à
la société française de mieux accueillir la différence et de recueillir ses richesses ». A
l’occasion de la clôture de l’année européenne des personnes handicapées, à la fin de l’an
dernier, le Président de la République ajoutait : « notre conception de la citoyenneté nous
engage à rendre à nos concitoyens handicapés toute leur place au coeur de la cité, à leur
permettre de jouir des droits fondamentaux, d’être soumis aux devoirs qui s’imposent à tous
et de participer à la définition des choix publics ».

Cette année 2004, a été marquée par la discussion au Parlement, qui vous a mobilisée,
chère Marie-Anne, de la grande loi pour l’égalité des droits et des chances, la participation et
la citoyenneté des personnes handicapées, dont l’article premier, tel qu’il a été adopté par le
Sénat, proclame notamment : « toute personne handicapée a droit à la solidarité de
l’ensemble de la collectivité nationale, qui lui garantit, en vertu de cette obligation nationale,
l’accès aux droits fondamentaux reconnus à tous les citoyens, notamment (…) à l’éducation,
à la formation et à l’orientation professionnelle, à l’emploi (…) aux loisirs, au tourisme, à la
culture, à l’information et aux technologies de l’information et au plein exercice de sa
citoyenneté ».

Sans doute allez-vous revenir dans un instant, Chère Marie-Anne, sur cette oeuvre législative
majeure qui prendra, dès l’an prochain, le relais de la grande loi de 1975 et qui a pour
ambition de faire franchir à la société française une nouvelle étape.

Je tiens à vous dire aujourd’hui solennellement et à réaffirmer par ma voix que le Ministère
de la culture et de la communication prendra toute sa part de la réalisation de cette grande
ambition. C’est un devoir. C’est une chance. C’est aussi un beau projet pour réaliser
pleinement la mission qui lui a été assignée par André Malraux dès sa création : « rendre
accessibles les oeuvres capitales de l’humanité, et d’abord de la France, au plus grand
nombre possible de Français » et « assurer la plus vaste audience à notre patrimoine
culturel ».

Ce ministère est celui de l’alliance entre le patrimoine et la création. Il est celui de l’identité et
du rayonnement. Il est celui de la diversité. En prenant en compte les besoins des personnes
handicapées, en veillant à favoriser un meilleur accès de l’ensemble des publics à la culture
et aux pratiques artistiques, comme aux moyens d’information et de communication, ce
ministère accomplit sa mission et sa vocation.

La Commission nationale Culture-Handicap constitue le lieu par excellence des échanges,
des appuis nécessaires. C’est aussi le lieu idéal qui permet aux ministres, au délégué
interministériel, aux directeurs d’administration centrale, aux sociétés et aux établissements
publics, aux responsables des associations, d’impulser la mobilisation de tous, afin de faire
vivre, dans le domaine de la culture et de la communication, essentiel à la vie personnelle et
sociale, les trois grands principes, les trois grandes valeurs inscrites aux frontons de nos
édifices républicains.

Je tiens à remercier chacun d’entre vous pour votre participation à cette commission. Je
tiens à saluer :

– les associations représentatives des personnes handicapées qui s’engagent activement, je
le sais, dans chacun des groupes de travail, qui se réunissent tout au long de l’année pour
prolonger les recommandations et les orientations de cette commission ;

– les services du ministère de la culture et de la communication, et les établissements publics
sous sa tutelle, qui sont également représentés au plus haut niveau ;

– les sociétés de l'audiovisuel public, et notamment France Télévisions représentée par son
Président, M. Marc Tessier.

Le principe d’accessibilité généralisée affirmé par le projet de loi constitue le cadre général
de notre action qui doit se décliner dans toute la diversité des dimensions, des modes
d’expression et des métiers de la culture et de la communication.

Je pense, d'abord, à l'accès des personnes handicapées aux pratiques artistiques en
amateur.

Je pense, ensuite, à l'accès des artistes et les créateurs handicapés aux formations et aux
métiers de la culture. Cet accès doit être facilité. Il faut en conséquence adapter les cursus et
les techniques d'apprentissage, de médiation humaine et technique.

Je l’ai dit, la semaine dernière, en inaugurant les nouveaux locaux de l’Ecole nationale
supérieure des arts décoratifs, qui est « l’autre » grande école de la rue d’Ulm : on ne sait
pas assez que le Ministère de la culture et de la communication est aussi le ministère de
l’enseignement supérieur artistique et culturel. Et je tiens à ce qu’il assume à ce titre toutes
ses responsabilités.

Je tiens à saluer à ce propos, à titre d’exemple, l’engagement de l'Ecole supérieure des
Beaux-Arts de Marseille, qui réalise une refonte de son projet pédagogique pour accueillir
des étudiants sourds et malentendants.

Je pense aussi naturellement à l’accès de tous aux lieux de culture et notamment aux
monuments historiques : parce que notre patrimoine appartient à tous, il doit être ouvert à
tous.

Je ne manque pas de saluer et de mettre en valeur les efforts qui sont faits par les
responsables de ces lieux, en concertation avec les associations concernées et les élus, à
chacun de mes nombreux déplacements à travers la France. Ainsi, en inaugurant la
médiathèque José Cabanis à Toulouse, j’ai été sensible à l’effort d’équipement spécifique
qui a été fait pour permettre aux malvoyants l’accès au fonds des oeuvres littéraires et
artistiques.

A Chambord, j’ai salué l’accessibilité du rez-de-chaussée avec l’ouverture d’une piste de
visite, ainsi que la mise à disposition de véhicules électriques qui permettent enfin l’accès
autonome au parc, grâce à l’action déterminée de l’établissement, du ministère et le soutien
des associations et du mécénat.

Je tiens aussi beaucoup aux liens entre la culture et la communication par l’usage intelligent
des nouvelles technologies. A Chambord, un film en images de synthèse de haute définition
permet à toutes les personnes qui ne peuvent parcourir les terrasses ni les étages de
connaître l’ensemble des volumes, des façades et des ornements qui ont été entièrement
modélisés.

En inaugurant le musée des Beaux-Arts d’Angers agrandi et transformé, j’ai également
salué, non seulement l’enrichissement des collections, grâce à un apport exceptionnel des
collections nationales, mais aussi les efforts faits pour l’accès aux personnes handicapées et
de celles qui les accompagnent.

Je cite ces exemples, qui sont tous situés en Régions, délibérément. Pour vous montrer
l’importance que j’attache à ce que, bien sûr, les plus grands établissements, les plus
prestigieux, comme la Cité des Sciences et de l’Industrie, dont nous entendrons dans un
instant le Président, le musée du Quai Branly, le musée d’Orsay, le musée du Louvre, situés
à Paris, soient non seulement accessibles mais exemplaires. Mais je tiens aussi à ce que
ces efforts d’accessibilité soient répartis sur l’ensemble de notre territoire.

Et c’est sur l’ensemble de notre territoire que l'accès des visiteurs aux oeuvres doit être
développé, c’est une question de scénographie, d’adaptation de l’offre culturelle, de
dispositifs techniques et de médiation humaine.

J’attache aussi beaucoup d’importance à l'accès à l'information, aux outils de la pensée, au
discours critique, à la parole libératrice et créatrice, aux échanges culturels. C’est une
question d'apprentissage et de bonne maîtrise de la langue et des langues.

L'amélioration de l'accès à la culture exige enfin un effort de formation de l’ensemble des
professionnels de la culture et de la communication.
Notre séance permettra de décliner de nombreuses initiatives qui toutes ensemble,
constituent un véritable plan d'action en faveur de l'accès des personnes handicapées aux
pratiques artistiques et culturelles.

En premier lieu, c’est une mobilisation de l’administration centrale. La création d’un poste de
correspondant handicap, au sein de la délégation au développement et aux affaires
internationales, permettra la coordination entre les associations, le ministère de la culture et
ses établissements et les ministères partenaires.

Je me félicite que l’accessibilité au nouveau bâtiment qui abritera, dès le début de l’an
prochain les services du ministère, rue des Bons Enfants, soit exemplaire, tant pour le
personnel handicapé, que pour l’accueil des visiteurs handicapés.

J’ajoute que le ministère a fait de l'accueil des personnes handicapées au sein des
équipements culturels l’un des principaux indicateurs d’évaluation de son action à destination
des publics.

Chacune des directions régionales a été dotée d’un correspondant Handicap avec pour
mission d'assurer la mobilisation des différents secteurs de la culture, au sein de chaque
DRAC. Un plan de formation de ces correspondants Handicap et des conseillers sectoriels
des DRAC démarrera dès le mois prochain.

Jean-François Hébert nous présentera, au cours de cette séance, le bilan des six groupes
qui ont travaillé depuis l’an dernier sur l’amélioration de l’accueil des personnes handicapées
au sein des Etablissements publics. Je tiens à le remercier pour son investissement
personnel et pour le rôle moteur de la Cité des Sciences et de l’Industrie.

Le ministère de la culture et de la communication est aussi, vous le savez, le ministère de
l’architecture et en particulier des écoles d’architecture.

J’ai présenté au conseil des ministres mercredi dernier, avec mes collègues Gilles de Robien
et Marc-Philippe Daubresse une communication sur l’amélioration de la qualité architecturale
et du cadre de vie des Français. L’action que nous devons mener en faveur de l’accessibilité
du cadre bâti, et en particulier, du patrimoine dépendant du Ministère de la culture et de la
communication, où l’on estime qu’au total environ 600 établissements sont ouverts au public,
est une action résolue, qui doit commencer par un inventaire précis de l’existant.

Le domaine de la formation des architectes est également essentiel. Une étape très
importante a été franchie lors de cette rentrée universitaire, avec l’inscription de modules
consacrés à l’accessibilité pour tous les étudiants dans tous les programmes. Des
expériences pilotes ont été réalisées dans les écoles d’architecture de Rennes et de
Montpellier.

De manière plus large, afin d'encourager l'ensemble des lieux culturels à mieux accueillir les
personnes handicapées, le ministère de la culture et de la communication a engagé des
actions de sensibilisation et de formation. Je signale notamment :

– l’édition de guides pratiques ;

– la mise en place de séminaires, et notamment d'un cycle de séminaires inter-régionaux au
sein des DRAC. Je tiens à saluer l'action de la DRAC Alsace, dont le directeur est parmi
nous, qui a mis en oeuvre, le 7 octobre dernier, le premier séminaire interrégional Culture et
Handicap, sur l'accès des personnes handicapées aux pratiques artistiques. Un séminaire
national sur l’accueil des jeunes handicapés dans les établissements d’enseignement
artistique spécialisés (conservatoires et écoles de musique, de danse et de théâtre) sera
également organisé en 2005, par la direction de la musique, de la danse, du théâtre et du
spectacle vivant.

Enfin, je ne sépare pas le contact avec la culture, du lien avec l’audiovisuel et les industries
culturelles. C’est pourquoi je tiens à ce que l'accès au cinéma et à la télévision constitue un
champ d'action privilégié. Monsieur Marc Tessier, président de France Télévisions vous
présentera tout à l’heure le plan d'action de sa société pour l’accessibilité des programmes
des chaînes publiques. Je tiens également à souligner les initiatives du Centre National du
Cinéma pour l’accès au cinéma, que vous présentera Madame Catherine Colonna, et
notamment la mise en place d'un groupe de concertation rassemblant producteurs,
exploitants, diffuseurs et associations représentatives des personnes handicapées. C’est un
sujet que j’ai abordé notamment au congrès de la Fédération nationale des exploitants à
Bordeaux.

Afin d’irriguer d’avantage l’ensemble du territoire, nous souhaitons, avec Marie-Anne
Montchamp, que soit mise en place une convention culture/handicap, pour le secteur
médico-social, sur le modèle de la convention culture/santé qui concerne les hôpitaux.

Cette convention permettra le développement des pratiques artistiques au sein des
institutions d'accueil des personnes handicapées, notamment grâce à des jumelages entre
ces institutions et des équipements culturels. Cette action impliquera la collaboration des
ministères de la culture et de la communication et du Secrétariat d’Etat aux personnes
handicapées, en lien avec les associations de personnes handicapées gestionnaires
d'établissements d'accueil.

Je propose qu’un groupe de travail, se réunisse dès janvier 2005, afin de parvenir à la
conclusion d’une convention entre nos deux ministères dès le premier semestre de l’an
prochain.

L’ensemble de cette politique ne pourra porter pleinement ses fruits que si elle est ponctuée
de moments forts qui permettent au plus grand nombre d’acteurs de se rencontrer et
d’échanger, avec le relais des médias. Les rencontres “ Art, Culture et Handicap ” tenues en
octobre 2003 à Bourges ont été une vraie réussite. Forts de ce premier succès, nous devons
nous mobiliser pour organiser de nouvelles Rencontres “ Art, Culture et Handicap ” l’an
prochain.

Enfin, je me réjouis de signer aujourd’hui la charte nationale d'accessibilité, au cours de la
conférence de presse qui suivra cette séance.

Par cette adhésion sans réserve, j'entends renforcer l'engagement de mon ministère pour :

1. l’accessibilité des nouveaux aménagements et la prise en compte de la notion de chaîne
du déplacement ;

2. la concertation permanente avec les associations représentatives des personnes
handicapées ;

3. le conditionnement des aides publiques au résultat d’accessibilité, notamment dans les
contrats d'objectifs et de moyens ;

4. la qualité d’usage des équipements en fin de réalisation ;

5. l’accompagnement humain ;

6. la mise en place d’une information de qualité.

En conclusion, je voudrais insister sur le fait que la mobilisation de l’ensemble des acteurs
réunis autour de cette table est une condition essentielle de la réussite de notre action. Il est
particulièrement important que parallèlement à la mobilisation des services de mon ministère
et des établissements publics, des référents « culture » puissent être désignés et reconnus
au sein même des différentes associations nationales et de leurs délégations régionales.

Ainsi, un partenariat plus étroit entre le ministère de la culture et les associations qui siègent
autour de cette table pourra se nouer. Je pense notamment à l’accès aux pratiques
artistiques et culturelles.

Chère Marie-Anne, avant de te laisser la parole, je voudrais évoquer le souvenir de ce
samedi après-midi que nous avions passé ensemble en juin à Nogent-sur-Marne, après les
longs jours et les longues nuits que tu avais consacrés à la discussion de ton texte à
l’Assemblée. J’avais répondu à ton invitation à visiter l’exposition d’un artiste qui s’appelle
Odon. Son oeuvre très originale, et multiforme, est une oeuvre de tissage et de métissage,
constituée d’une série de tresses, à partir notamment de peintures sur papier.

Eh bien aujourd’hui, je t’invite, et je vous invite tous, en vous remerciant pour votre
participation et vos propositions, à tresser, à tisser, ensemble, de nouveaux liens. Des liens
de culture et de communication. Des liens essentiels à la cohésion et à l’avenir de notre
société.

Je vous remercie.