Rubrique ‘Discours rue de Valois’

Remise des insignes de Chevalier dans l’ordre des Arts et Lettres à Olivier Gluzman

9 février 2006

Cher Olivier Gluzman,

Je suis très heureux de vous accueillir ce soir rue de Valois. Je salue en vous un
ardent défenseur de la scène française, dans toute sa diversité et son dynamisme.

Votre dévouement exceptionnel, votre excellente connaissance du spectacle
vivant, votre intuition incomparable, ont été des soutiens essentiels pour les
nombreux artistes reconnus comme pour des jeunes talents, dont vous êtes
l’agent fidèle et persévérant, au sein de votre agence Les Visiteurs du soir.

Comment échapper à la séduction de quelqu’un qui a choisi de donner à son
agence de production et de management de spectacles le nom de son film
préféré, lorsque ce film n’est autre que ce chef-d’oeuvre de notre filmographie
nationale ?

J’y vois la marque de votre attirance profonde pour les sortilèges et les mystères
du monde du spectacle.

Vous avez reçu cette révélation directement des mains d’une grande et célèbre
visiteuse du soir, une véritable reine de la nuit : Régine ; vous n’aviez que 10 ans
lorsqu’elle vous a initié au charme envoûtant des coulisses du monde du
spectacle.

Dès lors, votre vocation était arrêtée, et vous-même, avez su revisiter de façon
aussi exemplaire que novatrice la mission du producteur-manager de spectacles.

Votre caractère foncièrement optimiste, amical, vos dispositions conquérantes,
voire offensives dans le meilleur sens du terme, votre mode de fonctionnement, au
coup de coeur, à la passion, avec un instinct très sûr des talents à débusquer
comme des potentialités encore inexplorées des plus grands artistes, font très vite
de votre agence le remarquable et étonnant repaire de quelques très grands
noms, de talents majeurs de la scène française et internationale.

Votre univers artistique est particulier, atypique. Il se nourrit des talents les plus
divers, avec une seule obsession : la qualité, et ce coup de coeur, auquel vous
tenez tant.

Je citerai tout d’abord Lluis Llach, phare de l’opposition catalane à la dictature
franquiste : c’est en le signant que vous ouvrez votre première agence.

Le coup de coeur, vous l’avez eu pour Jane Birkin, dont vous êtes le manager et le
producteur, et avec qui vous nous avez offert le disque live « Arabesques », un
pur bijou, qui a bouleversé les codes du genre : la plus britannique de nos
chanteuses françaises (et inversement) a triomphé lors d’une tournée
internationale, dans près de quarante pays, et a vendu plus de deux cent mille
albums. Son second album, le non moins magique « Rendez-vous », est devenu
disque d’or en quatre semaines seulement et se vend aujourd’hui dans le monde
entier.

Parmi les autres artistes qui vous ont rejoint, je citerai, Paolo Conte, Ute Lemper,
Julia Migenes, Lambert Wilson pour son activité de chanteur et de récitant. Il suffit
de les évoquer pour donner une juste idée de l’ampleur et du rayonnement de
votre activité et de votre ambition artistique.

J’y ajoute, parmi d’autres, les noms de Madredeus, Diane Dufresne, Caetano
Veloso, Alain Chamfort, ou de Misia que vous avez accompagnée dans la
redécouverte de ce grand genre populaire qu’est le fado.

Vous avez ce « nez » incomparable, qui vous a fait déceler des talents cachés et
créer plus d’une surprise. Nous connaissions Woody Allen clarinettiste, dont vous
produisez les tournées européennes depuis trois ans, nous ignorions en
revanche tout des tours de chant « latinos » d’Agnès Jaoui. Le public, qui l’adore,
voyait en elle une actrice cérébrale, rigoureuse, aux réparties souvent cinglantes,
teintées d’ironie douce amère. Elle s’est faite sensuelle, envoûtante, pour nous
chanter d’une voix chaude des amours malheureux, et vous avez été l’un des tout
premiers à croire en cette métamorphose étonnante et émouvante.

Votre engagement auprès des artistes que vous défendez est total, et vos choix
très ouverts, comme en témoignent les artistes que vous avez le plus récemment
signés : le fameux groupe américain Pink Martini (dont par parenthèses vous
n’incarnez vraiment pas le populaire « Je ne veux pas travailler »…) ; le pianiste
non-conformiste de la scène électronique, Gonzales ; la chanteuse et humoriste
algéroise, Biyouna ; mais aussi Victoria Abril pour son activité de chanteuse ; ou
encore la très engagée Israélienne Chava Alberstein.

Votre curiosité est sans fin, à l’image de votre amour de la littérature, à qui vous
offrez les plus grands comédiens : grâce à vous, Fanny Ardant, accompagnée de
la violoncelliste Sonia Wieder-Atherton, a prêté sa voix mythique aux non moins
légendaires Médée et Phèdre, lors d’une tournée française et européenne de
lecture des textes d’Euripide et de Racine, à la fin de l’année dernière.

Grâce à vous, dans quelques semaines, Patrice Chéreau et Philippe Calvario
feront revivre les textes géniaux, torturés et féroces d’Hervé Guibert, sur une
musique d’Eric Neveux, le temps de représentations en France et en Europe.

Cette générosité que vous déployez pour vos artistes, vous la mettez aussi au
service de causes humanitaires, et il n’est pas étonnant, cher Olivier Gluzman,
que l’on retrouve votre nom et votre enthousiasme associés à des manifestations
en faveur du Sidaction, d’Amnesty International ou de la Fédération Internationale
des Droits de l’Homme.

Tout cela suppose une énergie peu commune, et une remarquable force de
conviction. Or comment aimer convaincre sans aimer aussi les mots ?

Grâce à vous – je parlais tout à l’heure de métamorphose – Toulouse est
devenue une capitale de la littérature, le temps du Marathon des mots, que vous
dirigez avec Olivier Poivre d’Arvor. Les plus grands comédiens y ont chanté les
plus beaux chefs d’oeuvres : Isabelle Huppert (la marraine de l’événement)
Valeria Bruni-Tedeschi, Louis Garrel, Maria de Medeiros, Denis Podalydès,
Bernadette Laffont, Robin Renucci, Hugues Quester et bien d’autres encore ont
célébré notamment Fernando Pessoa, Hubert Nyssen, Noëlle Chatelet, Arthur
Rimbaud…

Plus qu’un agent, plus qu’un producteur, vous êtes un alchimiste, un visionnaire
et un ambassadeur génial des musiques et des mots qui vous touchent au coeur.

Parce que vous avez su donner une image dynamique et généreuse de la scène
artistique française, parce que vous avez imposé l’excellence d’une agence
française sur une scène internationale longtemps accaparée par des
professionnels anglo-saxons, je suis très heureux de vous honorer ce soir.

Cher Olivier Gluzman, au nom de la République, nous vous faisons chevalier
dans l’Ordre des Arts et des Lettres.

Remise des insignes de Commandeur dans l’ordre des Arts et des Lettres à Monsieur François-Regis Hutin

8 février 2006

Cher François-Régis Hutin,

Je suis très heureux de rendre hommage ce soir, rue de Valois, à une
très grande figure de la presse française. A l’image du Père Louis
Augros, dont vous avez préfacé la biographie en 1991, vous êtes investi
d’une véritable mission, à la tête de cette formidable aventure humaine,
Ouest-France. Une aventure fondée sur les liens, ou plutôt sur cette
véritable amitié qui vous lie profondément à vos plus de deux millions
trois cent mille fidèles lecteurs, dont vous accompagnez la vie au
quotidien, dans ses grands évènements et ses petits. Comme l’a écrit
Victor Hugo, « il n’y a ni petits faits dans l’humanité, ni petites feuilles
dans la végétation ; parce que c’est de la physionomie des années que
se compose la figure des siècles ».

Votre journal est plus que le reflet de la vie des habitants de l’Ouest, il
en est la mémoire et l’âme, de Fontenay-le-Comte en Vendée à Caen
dans le Calvados, en passant par Loudeac-Rostronen, de la Une et des
éditoriaux aux photographies et aux nouvelles des pages locales,
jusqu’aux avis d’obsèques, dont vous dites qu’ils « laissent deviner des
drames sous-jacents, des espérances, des désespoirs ».

L’épopée Ouest-France a commencé en 1899, lorsque votre grand-père
maternel, Emmanuel Desgrées du Loû, militant du christianisme social,
fonde l’Ouest-Eclair en compagnie de l’abbé Trochu, vicaire à Vitré.

Trente ans plus tard, votre grand-père engage, comme secrétaire
général chargé de la promotion, son gendre, Paul Hutin, fils de
fromager, dont le talent et l’énergie vont venir à bout des dernières
réticences de la très noble famille Desgrées du Loû. Votre père
s’engage dans la Résistance et ne revient à Rennes qu’à la Libération
pour fonder un nouveau journal, Ouest-France, « journal républicain du
matin ». Son premier éditorial et son premier cri de liberté, « Vive la
France ! », sera signé Paul Hutin-Desgrées, pour exprimer la
profondeur de son respect envers votre grand-père et la solidité de la
filiation entre les deux journaux.

Vous êtes né à Rennes, siège fondateur des deux quotidiens, sous ces
augures journalistiques, et votre destin semble tout tracé. C’est compter
sans votre forte personnalité et votre amour du voyage : vous fréquentez
d’abord les jésuites à Vannes puis le séminaire de Lisieux, avant de
faire vos humanités à la Sorbonne, dont vous sortez licencié en
sociologie. Puis, vous vous engagez dans la marine marchande et
parcourez le monde pendant deux ans. Vous en garderez un solide sens
de l’équilibre en affaires, une capacité à garder le cap par tous les
temps, à tenir la barre fermement, à rester alerte à la manoeuvre, sans
pour autant réduire la voilure et, si l’aiguille de votre boussole s’obstine à
vous indiquer le Nord, vous choisirez de vous consacrer à l’Ouest.

Vous rejoignez finalement le journal de votre famille en 1961 « pour
rendre service », dites-vous. Et quel service ! Vous commencez comme
journaliste, puis vous devenez cogérant, avant d’être nommé directeur
général adjoint en 1967. Vous prenez seul la direction de la société en
1970 et devenez président directeur général en 1984. Vous n’aurez de
cesse, depuis lors, de développer votre journal.

Pour qu’il échappe à la concentration croissante des médias, vous
l’abritez derrière une association loi 1901, l’Association pour le soutien
des principes de la démocratie humaniste. Et avec vous ces mots sont
tout sauf lettres mortes : vous menez un combat quotidien contre les
barbaries et les injustices qui frappent les hommes, partout dans le
monde : le génocide cambodgien, la peine de mort, le totalitarisme, en
Union soviétique, la répression de Solidarsnosc. Oui, comme l’écrivait
Albert Londres, « votre métier n’est pas de faire plaisir, non plus de faire
du tort, il est de porter la plume dans la plaie ».

Vous consolidez aussi Ouest-France en le plaçant au coeur d’un groupe
extrêmement diversifié et moderne. En trente ans, vous avez ainsi tissé
une toile dense autour du quotidien, devenu véritable groupe de presse,
composé d’hebdomadaires locaux, de magazines thématiques, de
journaux de petites annonces, d’imprimeries, de régies publicitaires,
mais aussi de presse gratuite, d’Internet et de télévision. Bien sûr, il y a
le papier, l’irremplaçable et cher papier, mais vous avez réinventé de
nouvelles relations avec vos lecteurs, au-delà du papier, tout en plaçant
le journal au coeur de ce vaste réseau.

Vous avez bâti un groupe exemplaire, un empire très solide, une
forteresse imprenable, dit-on, qui jouit d’une grande reconnaissance
chez tous ses fidèles. En 1975, Ouest-France est devenu le premier
quotidien de France, place qu’il n’a jamais quittée depuis. Aujourd’hui,
plus de quarante éditions locales sont à la disposition des habitants de
la Basse-Normandie, de la Bretagne et des Pays de la Loire.

Plus qu’un métier, plus qu’une passion, le journalisme est, pour vous, un
véritable sacerdoce : « Le premier ingrédient de la presse, c'est la
confiance, la loyauté, la transparence. Pour faire un bon journal, il n'y a
qu'un secret : aimer les autres, être attentifs à leur vie, à leurs souhaits,
à leurs misères, sans en rajouter… » Depuis maintenant plus d’un
siècle, les habitants de l’Ouest vivent au rythme de leur quotidien et
vous vivez aussi à leur rythme. Cette amitié et cette intimité profondes
avec vos lecteurs, vous l’entretenez avec conviction, passion, dévotion :

« Nous sommes là pour comprendre le monde, dites-vous, de la plus
petite commune à la planète entière… »

Votre enthousiasme et votre curiosité vont bien au-delà de l’Ouest de la
France, tourné vers le grand large, et je suis très heureux également
d’honorer en vous ce soir, cher François-Régis Hutin, un authentique et
un fervent défenseur de l’Europe, qui demeure un projet politique,
culturel et humain, plus que jamais actuel, une vision, vous le savez,
que nous avons en commun.

Oui, je suis très heureux de distinguer un authentique humaniste, un
éditorialiste passionné, un Européen convaincu.

Cher François-Régis Hutin, au nom de la République, nous vous faisons
Commandeur dans l’ordre des Arts et des Lettres.

Remise des insignes de Chevalier dans l’ordre national du Mérite à Madame Elisabeth Lefebvre

8 février 2006

Chère Elisabeth Lefebvre,

Avec vous, nous restons dans l’univers de la presse, non loin de la
Bretagne, de la mer, du côté Ouest, du côté « maison », au sein du
monde de la presse magazine, qui accompagne aussi les
préoccupations, les passions, la vie quotidiennes de nos concitoyens.

Oui, la presse magazine fait aussi partie de notre paysage familier.
Comme la presse quotidienne régionale, mais sur un rythme différent,
le maître mot de cette famille au sein de laquelle vous avez effectué
votre parcours professionnel, c’est aussi la proximité.

Vous avez su prendre le pouls des évolutions de notre société, en
créant des magazines qui en offraient le reflet le plus fidèle. Car la vie,
notre vie, le monde qui vous entoure, n’ont cessé de susciter votre sens
de l’observation, votre curiosité passionnée et attentive.

Après une maîtrise d’anglais à la Sorbonne, vous enseignez brièvement
à Paris, et c’est en discutant avec vos anciennes élèves, alors que vous
étiez déjà depuis deux ans chef de publicité dans le groupe Prouvost,
que vous avez l’idée de votre premier magazine. Jacinte naîtra en 1975
de votre volonté d’offrir un magazine féminin de qualité à la jeune
génération. Audacieuse et inspirée, vous créez dès l’année suivante
Enfants magazine, dédié à celles qui, comme vous, conjuguent vie
active et vie de famille. L’entreprise que vous co-dirigez avec votre mari
rachète en 1977 le mensuel 20 ans, qui fusionne alors avec Jacinte.

En 1980, vous fondez Biba, pour les femmes qui, comme vous, ont une
bien remplie, le magazine des « femmes qui travaillent et qui aiment ça
comme le disait le slogan publicitaire du lancement.

Six ans plus tard, forte de votre bonne connaissance du milieu d
professionnels de la Beauté, qui constituent l’essentiel des annonceurs
vos magazines, vous lancez le bimensuel Cosmétique News.

Presse adolescente, féminine, professionnelle : vous semblez vouloir t
oser et vous explorez toutes les facettes de cette nouvelle femme
s’affirme et s’épanouit en cette fin de millénaire, donnant raison à ce t
peut-être prophétique du poète Louis Aragon : « La femme est l’avenir
l’homme », avant que Jean Ferrat ne le chante.

A la fin des années 1980, vous construisez une maison sur la côte varoise
et vous trouvez, là encore, une idée formidable pour un nouveau magazine.

Le premier numéro de Maisons Côté Sud, magazine de la maison, de la
décoration et de l’art de vivre dans le Sud, sort en avril 1990 et connaît
rapidement un très grand succès, jamais démenti depuis. Mais vous n’en
restez pas là : renouant avec les racines bretonnes de votre père, vous
lancez quatre ans plus tard Côté Ouest, puis ce sera Côté Est en 1999.

Ce
dernier magazine vous emmènera jusqu’en Russie, pays dont vous
tomberez amoureuse au point d’en apprendre la langue.

Votre curiosité et votre appétit de nouvelles connaissances et de nouvelles
découvertes, que vous voulez partager avec vos lecteurs, ne semblent
connaître aucune limite. En 1996, vous créez Atmosphères, nouveau
magazine féminin branché sur l’air du temps, qui concentre tous les thèmes
qui vous sont chers : les dernières tendances, la décoration, les voyages et
l’art de vivre. Puis en 1999, vous devenez directrice générale des Editions
de Demain, et prenez la tête de magazines aux noms évocateurs : L’Art de
voyager, Partir, Cuisiner et Cuisine de Saison.

Observatrice et narratrice infatigable, vous êtes également très investie
dans des activités professionnelles bénévoles et dans la vie associative.

Ainsi, vous êtes administrateur de Cosmetic Executive Women France, une
association caritative que vous avez introduite dans notre pays, qui s’est
donnée pour mission d’utiliser l’art du maquillage et les soins esthétiques
comme soutien psychologique des personnes malades, âgées, ou
handicapées. Vous avez été notamment vice-présidente de l’Institut
Pratique du Journalisme et vous venez d’accepter la présidence des Amis
de l’Institut français de Saint Petersbourg. Vous avez mille vies, mille
passions, mille intérêts.

Atmosphères est intégralement vendu à Roularta en 2003 et les trois
magazines Côté Sud, Ouest et Est font l’objet d’une association avec le
groupe Express Expansion. Vous conservez une part du capital et restez à
la tête de leur rédaction jusqu’à la fin de l’an dernier. Aujourd’hui, vous
venez de quitter le groupe. Vous faites une pause, dites-vous. Certes, mais
je ne serais pas surpris que d’ici peu, jaillisse une nouvelle idée, une
nouvelle passion, que vous aurez sans doute à coeur de transformer une
fois de plus avec succès, en un superbe magazine.

Ce soir, c’est votre dévouement, votre talent, votre enthousiasme
communicatif, votre passion pour l’art du bien-être, du mieux-être, cet art de
vivre, cette fierté de retrouver ses racines, cet art de s’ouvrir à soi et à
l’autre, que j’ai voulu mettre à l’honneur dans ce ministère qui vous va
comme un gant, puisque c’est celui des idées, de la création, des artistes et
des projets.

Chère Elisabeth Lefebvre, au nom du Président de la République, et en
vertu des pouvoirs qui nous sont conférés, nous vous faisons chevalier
dans l’ordre national du Mérite.

Colloque Autrement, Autre part, Comment : Repenser la place de la Culture et de l’Art dans la Cite, au Sénat

6 février 2006

Messieurs les Ministres, Cher Michel Duffour, Cher Edmond Hervé,

Mesdames et Messieurs les Sénateurs,

Mesdames et Messieurs les Députés,

Messieurs les Présidents,

Mesdames et Messieurs,

Chers Amis,

Je suis très heureux d’ouvrir avec vous cette journée de réflexion due à
l’initiative de l’Institut des Villes, en partenariat avec le ministère de la culture et
de la communication et le ministère de la cohésion sociale et de la parité. Je
me félicite qu’au Sénat, les collectivités territoriales, les villes et leurs élus,
aient rendez-vous avec les artistes, les créateurs, les animateurs culturels,
pour repenser la place de la culture et de l’art dans la cité, pour continuer à
défricher, à ouvrir de nouveaux territoires de l’art. L’art dont Malraux disait qu’il
était une conquête, autant, sinon plus qu’un héritage.

Sans doute avait-il, en
créant les maisons de la culture, le dessein de bâtir de nouvelles cathédrales
de l’art, de nouveaux lieux, de nouvelles institutions, pour servir la volonté
républicaine de démocratiser, c’est-à-dire d'ouvrir largement l'accès à la
culture, en s'inspirant de ce que Jules Ferry et les « hussards noirs » de la
République avaient en leur temps, fait, avec l’école, pour l’éducation nationale,
qui s’appelait alors l’instruction publique.

Aujourd’hui, quoiqu’on puisse dire, écrire ou lire, ça et là, l’ambition fondatrice
de Malraux est atteinte, voire dépassée par près de quarante ans de politique
culturelle et d’efforts conjugués de l’Etat, des collectivités territoriales, des
artistes, des techniciens, des responsables des lieux et des festivals, de
l’ensemble des acteurs de la culture, pour offrir à nos concitoyens un choix
toujours plus large, multiple et ouvert de propositions artistiques et culturelles.

Et si l’éducation artistique et culturelle demeure un enjeu essentiel, la culture
fait parfois l’école buissonnière.

La démocratisation culturelle reste néanmoins, nous en sommes tous
conscients, un objectif à atteindre, à parfaire, à pousser plus loin, au plus
proche de nos concitoyens. Oui, il s’agit bien aujourd’hui de faire vivre la
diversité culturelle, dans notre pays, dans nos régions, dans nos villes, dans
notre société. La diversité culturelle, qui est devenue, l’an dernier, pour la
première fois dans l’histoire, un principe de droit international, avec l’adoption
de la convention de l’Unesco. Vous savez la part qu’a prise la France dans ce
progrès vers l’humanisation et la maîtrise de la mondialisation, qui est l’un des
grands défis de notre temps.

La crise que nous avons connue à la fin de l’an dernier dans les banlieues a
montré combien cette exigence de diversité culturelle doit aussi permettre à
notre politique culturelle d’apporter toute sa part à la cohésion sociale. Si
beaucoup de facteurs, notamment économiques, et, bien sûr le chômage des
jeunes en premier lieu, mais aussi l’urbanisme et les conditions de logement,
peuvent contribuer à expliquer les racines de ce malaise des banlieues, la crise
pose aussi la question de l’identité culturelle.

C’est pourquoi le ministère de la culture et de la communication se donne
comme objectif de promouvoir des pratiques culturelles qui fassent progresser
la tolérance, le dialogue dans le respect des différences, seule façon de lutter
contre toutes les formes d’exclusion et de ségrégation, et de susciter le désir de
vivre et de créer ensemble.

L’action de l’Institut des Villes et des élus que vous rassemblez, en partenariat
avec le ministère de la culture et de la communication, en faveur du soutien en
faveur des nouveaux territoires de l’art, ainsi qu’aux lieux et aux équipes qui
s’engagent, dans vos communes, dans des pratiques culturelles innovantes, va
dans ce sens.

A la source de ce travail, qui inspire votre colloque aujourd’hui, se trouvent
autant de rencontres, entre les volontés politiques et les initiatives d’artistes, qui
dessinent une nouvelle façon de penser la place et le rôle de la culture dans le
développement urbain, social et économique des villes. En fonction des
problématiques spécifiques de vos territoires, vous avez élaboré des
propositions et des outils qui sont autant de pistes d’action, des « bonnes
pratiques » qu’il me paraît particulièrement utile aujourd’hui d’échanger, de
mutualiser, de penser ensemble.

Si votre colloque se déroule ici-même au Sénat, c’est que les collectivités
territoriales – et je suis comme beaucoup d’entre vous élu municipal – sont,
après les artistes eux-mêmes, les premières impliquées dans ces
expérimentations qui émanent le plus souvent de collectifs d’artistes, qui
veulent ainsi se situer tout à la fois en marge et au coeur de la cité.

Je suis convaincu que ces nouveaux territoires de l’art représentent une grande
chance pour nous, pour trois raisons.

D’abord, parce que ces expérimentations sont porteuses d’une parole. Une
parole qui traduit un profond désir d’ouverture, de relation, une parole qui tend à
abolir les frontières entre les artistes et leurs publics, entre les modes
d’expression, entre les hommes. C’est une parole collective, un désir de vivre,
de travailler ensemble, dans le respect de chacun. C’est une parole précieuse,
enthousiaste, civique, et nous devons l’écouter.

Cette parole, ensuite, s’exprime sur notre territoire urbain. Elle est protéiforme,
mais elle est aussi omniprésente. De plus en plus de villes connaissent ce
phénomène. Je suis convaincu que les friches peuvent jouer un rôle essentiel
dans la décentralisation et l’aménagement culturels de notre territoire.

Et je me
réjouis que vous ayez inscrit à votre programme une réflexion sur la culture et
l’attractivité des territoires.

Ces initiatives d’artistes, de tous horizons et de toutes disciplines, sont une
chance formidable de renouveler ces lieux qui ne sont plus des marges, et de
leur donner une nouvelle vie, en offrant une visibilité forte à un patrimoine,
industriel par exemple, qui était parfois oublié, abandonné, relégué, et que nos
concitoyens peuvent à présent, se réapproprier.

Ce sont aussi des laboratoires de la création contemporaine sous toutes ses
formes.

Pour toutes ces raisons, je pense que nous devons faire tout notre possible,
quand émergent des projets de qualité, des projets qui contribuent
véritablement à faire de la culture un nouveau facteur de lien social, dans un
endroit où cela faisait cruellement défaut, pour les encourager, les soutenir et
les aider à se développer. Mais, j’en ai parfaitement conscience, cela
représente aussi un grand défi. Les nouveaux territoires de l’art se construisent
souvent, ne nous le cachons pas, en réaction contre les pouvoirs publics ou du
moins contre une certaine institutionnalisation de l’art. Le dialogue que chaque
collectivité établit alors avec ces lieux émergents est un dialogue souvent
fragile, qui oblige à inventer des solutions inédites et concrètes.

Reconnaissons et soyons fiers de ce que sont et de ce que font ces artistes,
ces équipes, ces friches, dans le dialogue et avec le soutien des populations et
des élus. Elaborons ensemble des partenariats, autour d’objectifs clairs, et
l’Etat a naturellement un rôle à jouer dans cette reconnaissance et dans la
définition de ces objectifs. Mais, gardons-nous des tentations
d’institutionnaliser, d’officialiser, de bureaucratiser ces friches ! Ne nous hâtons
pas de transformer ces jachères fécondes, où croissent les herbes folles, les
fleurs sauvages, en jardins à la française !

Nous avons tous en mémoire l’exemple réussi d’Ariane Mnouchkine, de son
équipe et de la Cartoucherie, qui était, à l’origine, une friche, une
expérimentation, qui a vite rencontré d’abord la curiosité, puis la participation,
l’adhésion et le succès d’un public croissant, qu’il était du devoir de l’Etat
d’accompagner et de soutenir, bien sûr. Mais comme le dit Ariane Mnouchkine
elle-même, il fallait d’abord oser chercher.

Examinons donc, car c’est aussi le rôle de l’Etat et des élus, chaque expérience
au cas par cas. Car ces projets émergents peuvent répondre à une logique de
proximité, de soutien et d’amélioration de la qualité de la vie dans les quartiers
en difficultés, et entrer dans le cadre de la rénovation urbaine, portée
aujourd’hui par la politique de la ville.

C’est pourquoi, avec Jean-Louis Borloo, je veux mobiliser des moyens
nouveaux pour la culture, en faveur des jeunes et du lien entre les générations,
essentiels à la cohésion de notre société, et je me réjouis que Catherine Vautrin
clôture votre colloque. Je prépare, ainsi, dans les six départements où viennent
d’être désignés des préfets délégués à l’égalité des chances, une action forte
en faveur d’initiatives culturelles pour l’intégration. Je propose que 20% de
l’enveloppe affectée aux préfets délégués, au titre des crédits de la politique de
la ville, soient réservés à ces projets culturels, pour un total de 4 millions
d’euros pour 2006. Ces actions comprennent le soutien aux pratiques
artistiques émergentes, notamment dans les friches urbaines, dès lors que ces
lieux créent une culture à partager.

Vous le savez, ces projets artistiques et culturels sont en évolution, et parfois
en révolution permanentes. Chaque expérience est singulière et inscrite sur un
territoire.

Le ministère de la culture et de la communication a reconnu le caractère
novateur de nombre de ces projets. Aujourd’hui, le ministère, sur les crédits
déconcentrés des DRAC, finance plusieurs de ces équipements, je pense en
particulier à la Friche la Belle-de-Mai à Marseille, TNT à Bordeaux, Mix Art
Myrys à Toulouse, La Casa Musicale à Perpignan, l’Antre-Peaux à Bourges,
Mains d’oeuvres à Saint-Ouen, Gare au théâtre, à Vitry-sur-Seine, où je suis allé le 20 novembre dernier, La halle Verrière à Meisenthal en Lorraine, l’Usine
à Tournefeuille dans l’agglomération du Grand Toulouse, Culture Commune à
Loos-en-Gohelle, Le Boulon à Vieux-Condé, l’Atelier 231 à Sotteville les Rouen,
le Collectif 12 à Mantes la jolie, Là Hors De dans le quartier de la Duchère à
Lyon, entre autres exemples.

La relocalisation du projet Mix Art Myrys, dont l’équipe, après dix années
d’existence dans des conditions d’occupation illégales des locaux, situés au
centre de Toulouse, illustre de manière exemplaire la concertation menée entre
les pouvoirs publics, puisqu’elle a mobilisé les services de l’Etat (DRAC et
préfecture), la Ville de Toulouse, la communauté de l’Agglomération du Grand
Toulouse, le Conseil Général de la Haute-Garonne et le Conseil Régional de
Midi-Pyrénées et les porteurs de projets.

J’insiste sur ce point, l’Etat ne se désengage pas. Il n’est pas le grand absent
de ce nouveau souffle. Il y participe largement, d’autant que ces expériences se
multiplient sur l’ensemble du territoire national. Mais l’Etat n’est pas
nécessairement requis d’intervenir partout et doit aussi laisser la place à la
spontanéité de ce foisonnement artistique.

Ainsi, parallèlement à la reconduction interministérielle du GIP Institut des
Villes, la signature d'une convention triennale avec celui-ci a confirmé notre
volonté réciproque de continuer à travailler ensemble sur des objectifs
communs, en nous appuyant sur les compétences de la Mission Nouveaux
Territoires de l’Art de cet Institut.

Par ailleurs, j’ai souhaité qu’un groupe de travail national, co-piloté par la
Délégation au développement et aux affaires internationales de mon ministère
et la mission « Nouveaux Territoires de l’Art », soit mis en place afin d’observer
et d’être à l’écoute de ces démarches. Il est constitué principalement de
représentants des Directions régionales des affaires culturelles, de l’association
des Directeurs des affaires culturelles des grandes villes et agglomérations de
France, et du réseau Autreparts de l’association Hors les Murs, regroupant des
opérateurs culturels.

La Fédération nationale des Collectivités territoriales pour la Culture (FNCC) et
l’Observatoire des politiques culturelles de Grenoble sont associés à ces
travaux.

J’attire également votre attention sur les réflexions résumées dans le dernier
numéro de la revue Culture et Recherche, édité par le ministère, qui fait état
des savoirs et des réflexions sur les liens actuels entre la démocratisation
culturelle, la diversité culturelle et la cohésion sociale. J’ai demandé à ce qu’un
exemplaire de cette revue, qui vient de paraître, vous soit distribué. Je compte
sur vos échanges et vos travaux d’aujourd’hui pour faire encore progresser
notre réflexion collective et notre action dans ce domaine. Je salue la parution
des actes du fameux colloque de la Belle de Mai sur les Nouveaux territoires de
l’art, cher Michel Duffour . Mais, je tiens à dissiper certaines présentations
caricaturales. Je vous l’ai dit, l’Etat ne se désengage pas, il continue à agir, à
reconnaître, à faire connaître et à adapter son rôle d’intervention, d’animation,
de coordination des politiques culturelles face aux nouvelles pratiques
émergentes.

Car les nouveaux espaces de projets artistiques et culturels ne sont pas
seulement des outils de valorisation urbaine au service de la cohésion sociale,
ils sont aussi les vecteurs d'autres modes de production et de diffusion de l'art.

Il ne s'agit pas d'opposer certaines pratiques à d'autres, le champ de l'institution
au champ "non-institutionnel", l'art "officiel" à la création indépendante, mais au
contraire, d'imaginer comment des liens nouveaux peuvent se tisser entre
toutes les composantes de la vie artistique et culturelle. Je suis conscient des
défis que l’évolution du paysage artistique, culturel, social, pose à cette mission
essentielle, réconciliatrice, médiatrice, stratégique de l’Etat aujourd’hui, face à
nos concitoyens, à notre société, à notre monde.

Je vois des motifs d’espoir, de confiance, d’optimisme dans les nombreux
exemples d’artistes, reconnus internationalement, issus des démarches
artistiques et culturelles qui font l’objet de votre colloque. Je pense notamment
à la compagnie Komplex Kapharnaum de la Friche en cours à Villeurbanne qui,
après avoir participé au festival d’Aurillac et à des manifestations dans de
nombreux pays européens, a ouvert le festival d’Avignon en 2004.

Pour les musiques actuelles, je pense aussi, par exemple, au groupe de rap
IAM qui a travaillé dans les locaux de répétition de la friche de la Belle de Mai
ou à la formation musicale Herman Düne dans ceux de Mains d’oeuvres à
Saint-Ouen, qui se produit aujourd’hui au niveau international.

De la même manière que des artistes issus de ces lieux acquièrent une
notoriété nationale ou internationale, des artistes reconnus par les institutions
rejoignent aussi parfois ces lieux. Je pense par exemple, aux interventions de
Daniel Buren ou de Claude Lévêque à la friche l’Antre-Peaux à Bourges ou à la
compagnie de danse Käfig, sous la direction de Mourad Merzouki, qui envisage
un travail à long terme dans l’agglomération du Grand Lyon dans le quartier
prioritaire de Bron-Parilly accompagnée par l’Agence Nationale du
Renouvellement Urbain (ANRU).

Je tiens enfin à vous dire combien le ministère de la culture et de la
communication s’engage dans ces réflexions et je suis convaincu que votre
colloque nous permettra d’ouvrir de nouvelles pistes, pour agir ensemble au
service de la culture et de la cité.

Je vous remercie.

Clôture de la rencontre internationale « Le mécénat, acteur du développement culturel et artistique » – Abbaye de Royaumont

4 février 2006

Chers amis,

Je suis très heureux d’être parmi vous ce soir pour clôturer ces deux journées de partage
d’expériences. J’ai écouté avec beaucoup d’intérêt les derniers intervenants et je suis très
satisfait de voir que ces rencontres ont ouvert de vraies pistes pour l’avenir du mécénat en
France.

Je suis très fier de voir, grâce à vous, mon pari réussi. Un pari audacieux, puisqu’il consistait
à vous « cloîtrer » tous pendant deux jours pour travailler sur ce sujet qui me paraît
essentiel. Le superbe cadre que nous avons choisi pour votre réflexion, l’abbaye de
Royaumont, aura, je l’espère, offert plus de confort à votre travail. C’est un pari réussi,
disais-je, puisque ces rencontres ont pris la forme souhaitée au départ, d’un séminaire de
décideurs, qui met sur un pied d’égalité intervenants et participants, configuration assez
innovante mais qui aura permis à chacun de vous, je l’espère, de construire un dialogue plus
riche.

Je tiens à remercier tous les intervenants, et en particulier ceux qui sont venus parfois de
très loin pour nous faire partager leurs expériences. Loin d’opposer un système à un autre, la
rencontre a montré au contraire la complémentarité des différentes approches et la nécessité
de nourrir les pratiques françaises des réussites de nos pays amis.

Je remercie aussi très chaleureusement, pour l’organisation de ces journées, la Fondation
Royaumont, qui a été le théâtre prestigieux de ces discussions passionnantes.

Enfin je tiens à saluer encore une fois nos mécènes et sponsors : la Caisse des Dépôts, la
Fondation Gaz de France, la Banque de Neuflize, Total, Groupama, le Crédit Agricole,
LVMH, Air France et Vacances bleues, ainsi que la Fondation Florence Gould et la
Fondation Bertelsmann en Allemagne. Ces rencontres, comme beaucoup d’évènements
culturels majeurs en France, n’auraient pu se faire sans leur soutien.

Chacun, participant comme intervenant, aura, j’en suis convaincu, mesuré le degré de
maturité du mécénat en France. Il n’est plus possible aujourd’hui de dire que la France est
en retard sur ce sujet. La loi du 1er août 2003 a introduit un changement majeur dans les
mentalités, j’en croise tous les jours les expressions les plus riches et les plus variées et ce
séminaire en marque une nouvelle étape.

Ces rencontres ont permis d’explorer l’éventail très large des possibilités offertes par le
mécénat aujourd’hui. Le nouveau dispositif permet en effet de multiples entrées, et je suis
sûr que l’atelier consacré au mécénat de compétences aura bien montré l’intérêt de ce genre
d’opération, pour une grande entreprise – l’exemple développé était celui de Vinci – mais
aussi pour une petite société qui n’a jamais fait de mécénat et qui peut y trouver une façon
simple et valorisante d’exercer sa générosité. Collectionner, créer un lieu, une fondation,
offrir une aide technologique, toutes ces façons de prendre en charge l’intérêt collectif ont
été, grâce à vous, étudiées, et sans doute de nouvelles idées ont germé, en entendant
témoigner vos collègues asiatiques, anglo-saxons et européens.

Je me réjouis que ces deux journées vous aient permis d’aborder des sujets très pratiques,
qui montrent bien que nous arrivons – et je m’en réjouis, car cela confirme le succès de la
diffusion de la loi – à une nouvelle étape dans le développement du mécénat en France :
comment professionnaliser le mécénat ? Que recherche une entreprise mécène ? Comment
associer les mécènes au Conseil d’administration ? Toutes ces questions essentielles, qui
ont été traitées dans vos ateliers, montrent bien que nous avons largement dépassé le stade
du « pour ou contre » et que du « pourquoi », nous sommes progressivement mais
irrémédiablement passés au « comment » : Comment monter un projet commun ? Comment
faire du mécénat un outil de diversification des publics ?

Le mécénat n’est pas une simple affaire d’argent, ce séminaire l’aura – s’il en était besoin –
une nouvelle fois rappelé. Le mécénat est avant toute chose un partenariat, une addition,
une libération de différentes énergies, qui se nourrissent et se renforcent mutuellement.

Grâce à lui, le milieu culturel peut bénéficier des compétences et des réseaux des
responsables des entreprises, dans de nombreux domaines : communication, relations avec
les publics, gestion de projets, meilleure insertion de la culture dans le tissu local.

Je le rappelle, comme le montre le présent colloque, organisé grâce à la mission Mécénat du
ministère que je remercie de son travail, le mécénat n’est en rien le signe d’un quelconque
désengagement de l’Etat. Au contraire il offre une chance unique à tous les acteurs culturels
de trouver des appuis supplémentaires. Je dis bien à tous les acteurs culturels car le
mécénat ne concerne évidemment pas les seuls grands établissements parisiens.

Le mécénat est en effet un enjeu réel pour l’attractivité de l’ensemble de nos territoires dans
leur diversité, et les représentants des villes de Pittsburgh aux Etats-Unis, de Lille en France,
du festival des Eurockéennes à Belfort, du festival de Marseille, du festival Nuits de
Champagne à Troyes, qui ont animé les ateliers sur ce sujet, ne me contrediront pas. Je sais
que de nombreux directeurs régionaux et représentants de chambres de commerce
m’écoutent et je tiens à leur dire que le mécénat de proximité, le mécénat des petites et
moyennes entreprises et industries, est un axe central de ma politique dans ce domaine. La
richesse culturelle du territoire d’implantation d’une entreprise est un atout crucial de sa
réussite, de son attractivité de sa compétitivité et de la qualité de vie et de l’environnement
de ses cadres et de ses employés, et les entreprises qui se sont lancées dans le mécénat
l’ont bien compris.

Vos rencontres, qui ont associé acteurs européens, américains et asiatiques, ont mis en
avant l’enjeu international du mécénat. De nombreuses entreprises françaises implantées à
l’étranger soutiennent des projets culturels et artistiques, comme le montrent, par exemple,
la Fondation FACE de New York, ou l’apport des entreprises françaises à la Chine lors des
années croisées France-Chine. Inversement, la générosité de nos amis étrangers s’exerce
pleinement en France et je tiens encore une fois à rendre hommage aux associations d’amis
américains qui soutiennent avec passion nos plus grands établissements. Je n’oublie pas les
autres nombreux mécènes étrangers, et je pense par exemple à la générosité des mécènes
asiatiques qui ont permis la rénovation du musée Guimet. Ces gestes nous rappellent que le
mécénat est aussi une grande chance pour le dialogue des cultures. Les échanges culturels
et artistiques permettent une meilleure connaissance et un plus grand respect de l’autre, le
mécénat en devient progressivement un vecteur privilégié.

Je souhaite à mon tour, à l’issue de ces rencontres qui, comme je l’ai déjà dit, marquent un
tournant dans l’évolution du mécénat en France, ouvrir quelques voies d’avenir.

Ce séminaire a montré l’importance capitale du dialogue, du partage des expériences et des
« bonnes pratiques ». En ce domaine comme en d’autres, je crois aux vertus de l’échange et
de l’exemple. C’est pourquoi je souhaite, pour poursuivre dans cette voie, que soient
organisées des rencontres bilatérales au niveau européen – et la première aura lieu dès
cette année avec l’Allemagne – afin de confronter nos pratiques et nos législations dans une
perspective de progrès réciproques.

Je souhaite également un renforcement de l’expertise des DRAC dans ce domaine, en lien
avec les chambres de commerce et d’industrie, pour l’aide au montage de projets de
mécénat, en réponse à la demande largement exprimée par les institutions culturelles d’être
accompagnées professionnellement dans leurs démarches de mécénat.

Je crois, je vous l’ai dit, à l’addition des énergies. Je suis également convaincu que nous
devons mutualiser nos efforts pour accroître la visibilité de la France à l’étranger. J’envisage,
dans cet esprit, la constitution d’un club du mécénat associant nos institutions culturelles les
plus prestigieuses afin de proposer aux mécènes étrangers des facilités d’accès et des
services communs, qu’ils soient mécènes de l’une ou de l’autre institution.

Je vous remercie tous, encore une fois, de vous être engagés dans cette réflexion collective.

J’y suis très sensible car, vous le savez, ce sujet me tient particulièrement à coeur.

Je forme enfin le voeu que l’année 2006 soit riche de nouveaux partenariats, que le mécénat
tisse encore des liens solides entre les hommes, au coeur de nos régions, comme dans le
monde entier.

Et si je ne peux participer à votre dîner de clôture ce soir, après avoir eu le plaisir de vous
accueillir rue de Valois jeudi dernier, c’est parce que je vais assister, au centre dramatique
national de Gennevilliers, à la dernière représentation, dans la mise en scène de Bernard
Sobel, à la pièce d’Alexandre Nicolaïevitch Ostrovski intitulée Don, mécènes et adorateurs,
qui est, au- delà de la critique de la société russe de la fin du XIXe siècle, d’abord un hymne
et un appel intemporels au rayonnement et à la passion de l’art vivant, que nous partageons
tous.

Je vous remercie.

Festival international du court métrage de Clermont-Ferrand

3 février 2006

Monsieur le Président,

Mesdames, Messieurs, chers Amis,

Je suis très heureux de vous retrouver à Clermont-Ferrand pour la vingthuitième
édition du festival.

Je tiens tout d’abord à renouveler à toute l’équipe du festival le
témoignage de mon admiration et de ma gratitude, pour son
engagement en faveur du film court, et à remercier les collectivités
territoriales qui, aux côtés de l’Etat, lui apportent leur soutien.

Le succès renouvelé du festival, tant auprès du public que des
professionnels, est la juste récompense de votre engagement, de votre
passion.

Il y a un an, je m’engageais ici à mettre en oeuvre un plan en faveur du
court métrage. Où en est le court métrage ? Quelles sont ses
perspectives aujourd’hui ? Tel est l’objet de notre rendez-vous, que j’ai
pris ici même avec vous tous l’an dernier.

La créativité et la vitalité artistique de ce secteur multiforme et foisonnant
sont évidentes. Elles en font un véritable laboratoire de l’ensemble de la
filière française du cinéma et de l’audiovisuel, et la source permanente
de son renouvellement, qui est l’une des clés de son succès. Elles ne
doivent pas être entravées, voire compromises par une forme de
précarité économique.

Ensemble, nous avions fait ce constat, et celui de la nécessité d’agir en
faveur de ce secteur emblématique de la diversité culturelle.

C’est pourquoi je me félicite de la création du ROC, rassemblement des
organisations du court métrage. Créé à l’initiative du Syndicat des
producteurs indépendants (SPI) et de la Société des réalisateurs
français (SRF), je ne doute pas qu’il contribuera efficacement à la
professionnalisation, à la structuration et à la dynamique de ce secteur.

Depuis les 12 mois qui viennent de s’écouler, le Ministère de la Culture
et de la Communication, le CNC et les professionnels ont beaucoup
réfléchi et travaillé, afin de mettre en place, dans la concertation, des
mesures permettant de développer le soutien au court métrage et
l’emploi dans ce secteur.

L’exercice était à la fois exaltant et délicat, les inquiétudes des
professionnels nombreuses. Nous avons pris le bon chemin. Nous
sommes désormais sur la bonne voie et nous avons réussi, à travers un
premier ensemble de mesures cohérentes, à concilier deux de nos
objectifs prioritaires : la professionnalisation du secteur et le respect du
droit du travail d’une part, le maintien du gisement de la création et des
talents, qu’est et que doit rester le court métrage, d’autre part.

Concernant les aides publiques, je suis heureux de pouvoir annoncer pour
2006 une augmentation très significative des crédits que consacre le
Centre national de la cinématographie à la production des films de court
métrage. J’ai tenu à augmenter le budget consacré à ce secteur de 42 %,
ce qui représente 1,8 M- de moyens supplémentaires. Cette avancée
constitue un effort important de l’Etat dans un contexte budgétaire très
tendu. Elle permettra une revalorisation importante de l’aide moyenne par
film de fiction qui passera ainsi de 45 000 – à 78 000 -, avec un maintien
du nombre de films aidés.

Cette mesure est complétée par les nouvelles modalités d’intervention du
CNC dans le cadre des fonds régionaux d’aide à la création, grâce aux
conventions Etat/CNC/Régions.

En 2005, le premier bilan des collectivités territoriales fait apparaître une
progression de près de 1 M- des aides à la production de film de court
métrage et je les en félicite.

En 2006, le CNC renforcera son partenariat avec les collectivités dans le
cadre des conventions Etat-CNC-Régions en étendant au secteur du court
métrage la mesure « 1- de l’Etat pour 2 – des collectivités », qui
fonctionne déjà pour le long métrage et les programmes audiovisuels des
Régions.

Une première estimation permet de prévoir une augmentation de plus de
1,5 M-, à laquelle le CNC pourrait participer pour 1,2 M-.

Au total, ce sont donc 3 M- de mesures nouvelles en provenance de l’Etat
qui sont affectées en 2006 au secteur de la production de films de court
métrage.

Concernant le financement par les chaînes de télévision, je me réjouis de
l’annonce par le Président de France Télévisions, comme il s’y était
engagé, de l’augmentation sensible du budget consacré aux films de court
métrage.

Je veux à ce stade évoquer les recettes de France Télévisions. J’ai
entendu la demande de France Télévisions d’un rehaussement des
recettes publicitaires. Je souhaite préciser qu’à mes yeux il n’est pas
question que des ajustements dans le domaine de la publicité puissent
toucher à l’intégrité des oeuvres. Il n’est pas question non plus, alors que
le secteur de la distribution va avoir accès à la publicité nationale
télévisée, que le marché publicitaire national soit déstabilisé. Comme vous
l’avez entendu, et dans le même élan, Canal Plus a pris le même
engagement que France- Télévisions pour le court métrage. Les budgets
consacrés au court métrage par ces chaînes vont ainsi augmenter de
40%.

Comme nous l’avions souhaité l’année dernière, les diffuseurs contribuent
ainsi, aux côtés des pouvoirs publics, à soutenir la jeune création et les
grands auteurs de demain. Je les invite vivement à ne pas relâcher leur
effort dans les années à venir, et à le poursuivre en concertation avec les
professionnels. Ce n’est que dans un cadre pluriannuel que ces efforts
prendront un sens. Je suis certain que l’ensemble des chaînes de télévision vont se joindre rapidement au mouvement et vous pouvez
compter sur moi pour les y inciter. Je crois d’ailleurs profondément au
rajeunissement et au renouvellement de l’audience qu’une programmation
intelligente de courts métrages va provoquer certainement. Dans le cadre
du contrat d’objectifs et de moyens de France Télévisions, l’effort financier
devra s’accompagner d’une amélioration de l’exposition des courts
métrages, notamment- mais pas seulement- sur France 4 et France 5.

Par
ailleurs, il est indispensable, quelle que soit la chaîne concernée,
d’ « éditorialiser » et donc de valoriser la diffusion des courts métrages.

Ce travail accompli avec tous les professionnels en 2005 a permis une
réelle prise de conscience par les partenaires du secteur de l’urgence de
la situation et les efforts de tous sont là pour le confirmer.

Il reste du chemin à faire pour pérenniser, conforter et développer ce
vivier indispensable de la création sur des chantiers importants, j’en citerai
quelques uns.

• Le mécénat

Depuis plus d’un an, avec l’aide du CNC, les intervenants du secteur du
court métrage réfléchissent aux moyens de faire partager leur passion à
des mécènes. Vivier des talents de demain, vecteur d’expérimentation, le
court métrage est porteur de valeurs qui peuvent en effet rencontrer les
attentes de partenaires privés désireux de développer leur engagement
en faveur de la création contemporaine et de l’innovation.

Je sais aussi qu’associations et organisations professionnelles de
producteurs et de réalisateurs et représentants des auteurs entendent
engager directement une démarche de prospection auprès de mécènes
privés. Je salue cette initiative commune, qui repose sur une capacité à
formuler un projet de fondation novateur. Le CNC lui apporte d’ores et
déjà son soutien technique et contribuera à la réalisation d’une mission de
préfiguration de cette fondation.

• Les charges sociales

Concernant la possibilité d’une exonération de charges sociales au
bénéfice des entreprises de court métrage, autre piste évoquée il y a un
an pour soutenir le secteur, les organisations professionnelles m’ont
transmis, il y a quelques jours, un projet en faveur de l’activité de court
métrage. J’appuie cette proposition, que j’ai personnellement transmise au
Ministre de l’emploi, du travail et de la cohésion sociale.

• Le champ de la formation et de l’insertion professionnelle

Plus qu’un lieu de formation, le secteur du court métrage est
essentiellement le lieu de l’insertion professionnelle, où les jeunes
professionnels sortis des écoles affrontent et intègrent le monde du travail.

Les premiers pas qu’ils effectueront sur les tournages de court métrage
leur permettront de faire leurs preuves et de constituer les équipes de
demain. Je veux qu’une réflexion s’engage sur les dispositifs
d’accompagnement existants. Cette réflexion doit réunir l’ensemble des
partenaires concernés : le Centre national de la Cinématographie, le ministère en charge de la formation professionnelle, la FEMIS et les
régions.

• Les principales obligations pour la production d’un film de court
métrage dans le cadre d’une pratique amateur et d’une pratique
professionnelle

A l’image du Guide des obligations sociales liées à l’emploi d’artistes et de
techniciens dans le secteur du spectacle enregistré, un Guide spécifique
pour le secteur de la production de films de court métrage sera mis en
ligne sur le site du CNC et sur le portail du court métrage au cours du
premier trimestre 2006. Son objectif principal est de faire le point sur les
principales obligations liées à la production d’un film de court métrage,
dans un cadre lucratif et dans un cadre non lucratif. Il donnera ainsi les
lignes précises de partage entre les pratiques amateurs (ou bénévoles) et
les pratiques professionnelles.

• La diffusion

J’ai confié au producteur Alain Rocca une mission sur les potentiels de
développement de la diffusion du court métrage sur les différents supports
(salles, télévision, mais aussi, nouveaux médias, tels que le téléphone
mobile). Le rapport, que vous pouvez d’ores et déjà consulter sur le site
du CNC, dresse un bilan de l’ensemble de la diffusion du court métrage
en France et s’attache à observer le rôle des différents réseaux de
diffusion dans le préfinancement des oeuvres. A partir de cette
observation, Alain ROCCA développe une série de recommandations
pour chaque type de diffusion. Une large consultation sera lancée avec
l’ensemble de la profession qui devrait nous permettre de poursuivre le
travail commencé en 2005. La réflexion et la passion de nous tous nous
permettra de progresser.

Saisir cette occasion pour saluer le travail remarquable que mène
l’Agence du court métrage depuis 20 ans en faveur de la diffusion, avec la
collaboration en premier lieu des salles de cinéma et des festivals. Grâce
à l’investissement de tous, ce sont 1 200 films courts différents qui,
chaque année, sont vus en salles sur l’ensemble du territoire national.

Parallèlement au développement d’un réseau de diffusion, l’Agence a
oeuvré au fil des ans pour une rationalisation et une structuration de ce
secteur, grâce à la mise en place d’un système économique permettant
une remontée de recettes aux différents ayants droit. Ces sources de
financements liés directement à l’exploitation des films ont permis aux
différentes structures de production de renforcer leur politique de création
et d’accompagnement des auteurs. Elles doivent être aujourd’hui
confortées, élargies et revalorisées.

Les 12 mois écoulés ont donc été fructueux. Le court métrage mérite cette
mobilisation des énergies. Ces mesures doivent s’inscrire dans un effort
pluriannuel. Elles n’auront de portée véritable que si elles s’inscrivent
dans la durée. Je remercie tous ceux, professionnels et représentants des
institutions, qui travaillent à la mise en place de ce cadre juridique,
économique et financier pour le court métrage. C’est le gage de
l’importance que nous attachons à l’avenir de ce genre artistique à part
entière.

Je ne veux pas, terminer mon propos sans dire un mot du projet de loi sur
le droit d’auteur. L’enjeu de ce texte est majeur. Il doit permettre la juste
rémunération des talents, en particulier de ceux qui sont les plus fragiles.

Le combat que je mène, c’est celui de la diversité culturelle, c’est celui de
la défense de la création la plus diversifiée. Ce combat est un combat
juste, car il est fondé sur des valeurs essentielles. Ce n’est qu’avec vous
tous, avec votre soutien sans réserve que je peux le mener. Merci de
votre soutien, il m’est précieux.

Inauguration de l’exposition Le verre dans l’Empire romain à la Cité des sciences et de l’industrie

2 février 2006

Monsieur l’Ambassadeur,

Monsieur le Président, Cher Jean-François Hébert,

Mesdames, Messieurs,

Chers Amis,

Je suis très heureux d’être parmi vous à la Cité des sciences et de l’industrie, pour inaugurer
cette formidable exposition « Le verre dans l’Empire romain ».

Je suis doublement heureux d’être aujourd’hui à vos côtés, cher Jean-François Hebert,
d’abord pour célébrer cette matière qui fait voir « la vie en beau », comme l’a écrit
Baudelaire, ensuite pour vous témoigner, devant vos équipes, et particulièrement celles qui
ont organisé cette exposition, ce que je vous disais en vous remettant il y a quelques mois
les insignes d’officier dans l’ordre national du mérite, toute mon admiration pour
l’extraordinaire nouveau souffle qui inspire la Cité des sciences et de l’industrie, qui est le
quatrième établissement le plus visité après le Louvre, Versailles et le Centre Pompidou. Un
établissement qui conjugue une forte exigence de qualité et une très grande ouverture,
puisqu’il propose des clés de lecture adaptées à chacun, pour découvrir les merveilles de la
science, un établissement résolument tourné vers l’avenir, le progrès, mais aussi le débat,
essentiel pour notre société, sur les grands enjeux des sciences et des techniques.

La Cité
des sciences et de l’industrie a connu l’année dernière un record de fréquentation – 3 180
000 visiteurs en 2005, et je suis persuadé que l’année 2006 sera, grâce à vous tous, encore
meilleure !

Une année qui commence bien, avec cette magnifique exposition qui lie l’art et la science, le
Beau et le Vrai, et nous invite à marcher sur les traces de cette époque qui fascine tous nos
contemporains, le temps de Pétrone, Sénèque, Cicéron, le temps où les grands hommes
étaient à la fois des scientifiques, des philosophes, parfois des historiens, des hommes
politiques ou des avocats, un temps où les sages concentraient le savoir dans tous les
domaines.

En notre époque où la connaissance est éclatée en spécialités, où le progrès peut
faire peur, parce que nous ne comprenons plus comment fonctionnent ces objets que nous
utilisons tous les jours, vous faites résonner leurs voix dans ce parcours. Des voix
émouvantes, qui commentent avec passion les bouleversements apportés par cette matière
qui nous semble aujourd’hui si banale dans ses applications, si quotidienne dans ses
usages, et que nous redécouvrons, grâce à vous, sous un nouveau jour.

L’éruption du Vésuve en ce tristement fameux 24 août 79 après Jésus Christ fut une
effroyable tragédie humaine, dont le jeune Pline fut le témoin impuissant et le narrateur
fidèle. Ce drame fut aussi un grand cadeau pour les archéologues, puisqu’il a figé et
préservé le quotidien de la ville de Pompéi et de ses habitants et nous donne aujourd’hui
l’occasion rare de revisiter la vie sous l’Empire romain à travers le prisme de l’apparition du
verre.

Une apparition presque magique, qui semble relever d’un mystère proche de l’alchimie
: l’homme n’a découvert ni l’élixir de longue vie, ni la panacée universelle, ni la pierre
philosophale, qui transforme les métaux vils en métaux précieux, mais il a trouvé le secret
tout aussi fascinant de la transformation de milliers de grains de sable, en une pâte
malléable, docile, qui peut revêtir une infinité d’aspects, et qui, une fois sèche, devient aussi
dure que fragile, transparente et belle.

C’est avec une grande émotion que j’ai parcouru les allées de cet extraordinaire parcours,
pour admirer les vestiges de la vie quotidienne, simple ou luxueuse, d’il y a près de deux
mille ans : vases, pots à onguents, ustensiles de toilettes, instruments chirurgicaux, le verre
est un prétexte formidable pour nous immiscer dans l’intimité de nos ancêtres, et en
découvrir les détails les plus secrets, les plus étonnants et les plus insoupçonnés, comme
cette incroyable bague qui laisse apparaître, à travers une pierre translucide, le bouleversant
visage d’un jeune homme, dont on nous dit qu’il était le fils de celle qui la portait. Je pense
aussi à ce bas-relief qui représente une visite chez l’oculiste !

Je me félicite que cette superbe exposition, conçue en 2004 par l’istituto e museo di storia
della scienza de Florence, soit le fruit d’une étroite collaboration entre des établissements et
des spécialistes français et italiens et je tiens à saluer Monsieur Ludovic Ortona,
ambassadeur d’Italie en France, qui nous a fait le plaisir de nous accompagner aujourd’hui.

Je suis très heureux enfin de clore cette visite au son magique du cristal Baschet, instrument
de féerie qui joue sur la vibration de cette noble matière, et nous rappelle, s’il en était encore
besoin, au sortir de ce magnifique parcours, que le verre nous réserve encore bien des
surprises.

Je suis persuadé que cette exposition rencontrera un grand succès.

Je vous remercie.

Conférence de presse Perspectives et développement du Palais de Tokyo

2 février 2006

Monsieur le Président, Cher Maurice Lévy,

Messieurs les Directeurs, Cher Nicolas Bourriaud, Cher Jérôme Sans,

Cher Marc-Olivier Wahler,

Mesdames, Messieurs,

Chers Amis,

Je suis très heureux de vous retrouver aujourd’hui au Palais de Tokyo.
Un lieu ouvert à toutes les rencontres que provoque l’art dans notre
société, un lieu vivant, un lieu emblématique du dynamisme, de la
vitalité et de la diversité des arts actuels, dans toutes leurs dimensions.

Un lieu où demain s’invente aujourd’hui, un lieu où la création la plus
contemporaine ne cesse d’attirer de nouveaux publics. Un lieu que
nous aimons, où nous aimons aller à la découverte, à la rencontre,
nous laisser surprendre, interpeller, confronter à tout ce qui bouge, à
tout ce qui nous donne l’occasion de vivre au rythme des expériences,
des visions, des échanges, qui sont le propre de la création émergente.

Un lieu sans cesse en mouvement, qui se situe aujourd’hui à un
moment clé de son histoire, de « notre histoire », pour évoquer ce
flamboyant feu d’artifices sur lequel, chers Nicolas Bourriaud et Jerôme
Sans, après quatre années très riches, vous achevez votre mandat. Un
nouveau directeur, Marc-Olivier Wahler vous succède. Et de nouvelles
perspectives s’annoncent pour l’ensemble du Palais, qui va bientôt faire
l’objet d’un réaménagement global, avec un fort engagement de l’Etat et
du ministère de la culture et de la communication.

Je tiens à saluer, cher Nicolas Bourriaud et cher Jérôme Sans, le
remarquable travail que vous avez accompli pendant ces quatre
dernières années. Si le Palais de Tokyo est aujourd’hui l’un des
centres d’art les plus visités d’Europe, avec plus de 200.000 visiteurs
par an, plus de 900.000 personnes venues depuis son ouverture au
public à la rencontre de plus de 300 artistes et de plus d’une centaine
d’expositions, si le Site de création contemporaine est devenu une
référence européenne, voire mondiale, pour l’originalité et la qualité de
son modèle, c’est bien grâce à votre talent et à votre énergie, auxquels
je veux aujourd’hui rendre hommage.

La passionnante et tonique exposition « Notre histoire », que je vous
remercie d’avoir monté si vite et avec autant de talent, et que j’invite
chacun d’entre vous à voir et à revoir, illustre avec panache l’empreinte
durable que vous laissez en ce lieu et que je caractériserais comme un
état d’esprit.

Oui, il y a un esprit du Palais de Tokyo. Un esprit fait d’enthousiasme, de curiosité, de réactivité, de mobilité, de
convivialité, d’imagination, d’invention, d’exigence, de qualité, de décloisonnement, de transdisciplinarité. Oui,
l’esprit du Palais de Tokyo, c’est tout cela à la fois : un esprit ouvert sur toutes les tendances, toutes les formes
d’expression artistique, tous les mouvements de notre société. Cet esprit, je m’y reconnais, je le partage, je
l’encourage, et vous pouvez compter sur moi, sur l’engagement de l’Etat, pour le faire vivre, pour le prolonger,
pour le projeter vers l’avenir.

Je suis sûr que nous pourrons continuer à compter sur votre dynamisme, sur votre grande connaissance de l’art
d’aujourd’hui et sur votre engagement aux côtés des artistes. De très nombreuses candidatures de qualité nous
sont parvenues pour vous succéder, et c’est Marc-Olivier Wahler qui a été choisi par le jury dont j’ai accepté le
choix.

Je veux donc maintenant souhaiter chaleureusement la bienvenue à Marc-Olivier Wahler. Vous avez fait la
preuve, lors de vos fonctions précédentes, au Centre d’art de Neuchâtel puis au Swiss Institute de New York, de
votre grand attachement à la création actuelle, en multipliant les collaborations les plus variées et en développant
des structures plaçant l’artiste au coeur de leurs projets. L’identité du Palais de Tokyo sera, je n’en doute pas,
sous votre direction, préservée et confortée, tout en bénéficiant du constant renouvellement qui est le propre de
la création.

En Suisse ou aux Etats-Unis, vous avez toujours porté un grand intérêt à la scène artistique française. Je ne
doute pas que vous aurez à coeur de continuer ici, à faire preuve de liberté et d’ouverture, pour accueillir toutes
les pratiques émergentes.

J’ajoute que par vos fonctions antérieures, vous êtes rompu à la recherche de partenariats. C’est une
compétence essentielle, d’autant plus que l’Etat maintiendra, je l’ai dit, son engagement fort, en faveur du Site de
création, comme du Pavillon que Ange Leccia continuera de diriger avec talent. Car l’addition des énergies de
tous les acteurs est plus que jamais nécessaire aujourd’hui. Je sais aussi combien vous vous êtes toujours
montré attentif à la transmission des savoirs et à la sensibilisation des publics à l’art contemporain. Ce sont des
objectifs essentiels et le Palais de Tokyo se doit de continuer à jouer un rôle exemplaire dans ce domaine.

J’adresse donc tous mes voeux de succès à Marc-Olivier Wahler, et je tiens à assurer à Maurice Lévy et à
l’ensemble du conseil d’administration de l’association du Palais de Tokyo, Site de création contemporaine, que
le ministère de la culture et de la communication sera toujours à leurs côtés pour les aider à poursuivre leur
mission, dans le respect des orientations qui font l’identité et l’originalité de ce lieu sans équivalent au monde.

Alors que le Musée d’art moderne de la Ville de Paris vient de rouvrir ses portes, et je suis heureux d’avoir visité
hier la lumineuse exposition consacrée à Bonnard, le Site de création contemporaine du Palais de Tokyo aura
donc une actualité riche au cours des prochains mois, avec l’exposition « Notre histoire », les nombreuses
manifestations qui l’accompagnent, puis les nouvelles expositions que vous allez préparer, cher Marc-Olivier
Wahler. Mais, vous le savez bien, une large partie du bâtiment dans lequel nous nous trouvons reste encore
actuellement inoccupée. Cette situation va heureusement bientôt évoluer.

Je voudrais en effet évoquer les perspectives à moyen et à long terme du Palais de Tokyo. L’aile ouest où nous
nous trouvons, appartenant à l’Etat, développe 20.000 m² utiles, dont le tiers est aujourd’hui occupé par le Site de
création contemporaine. Un grand plateau de 5.300 m² est actuellement en friche au niveau inférieur à celui
occupé par le Site de création, et plusieurs milliers de m² au niveau de la Seine et aux niveaux supérieurs sont
dans le même état.

Ces surfaces disponibles en plein coeur de Paris, proches non seulement du Musée d’art moderne de la Ville de
Paris, du Musée Galliera et du Musée Guimet mais aussi, du Grand Palais, et bientôt, du Musée du Quai Branly,
qui va ouvrir cette année, et de la Cité de l’architecture et du patrimoine, toute proche, au Palais de Chaillot, nous
offrent une occasion formidable de donner une nouvelle visibilité à la création française.

Aussi la décision a-t-elle été prise, et le Premier Ministre l’a annoncé il y a quelques semaines à la FIAC, en
même temps que d’autres mesures importantes destinées à redonner toutes ses chances à la création en France, de réhabiliter sans plus tarder l’ensemble du Palais de Tokyo, qui pourra ainsi constituer un lieu phare au
service de la création sous toutes ses formes, une véritable « Cité de la création contemporaine ».

Un projet global et cohérent va donc être élaboré, tenant compte de la réussite du Site de création
contemporaine, qui sera conforté au sein du nouvel ensemble, et prévoyant une ouverture à des domaines tels
que le cinéma, le design et la mode, ainsi que la présentation d’expositions monographiques consacrées à des
ensembles significatifs de créateurs vivants de la scène française et d’oeuvres issues de collections publiques et
privées.

J’ai souhaité que soient étudiés rapidement tous les aspects techniques, juridiques, financiers et culturels de ce
projet, et j’ai désigné à cette fin auprès du Délégué aux Arts plastiques un directeur du projet de réaménagement
du Palais de Tokyo : Alain Lombard, qui me fera des propositions précises avant l’été. Un comité de pilotage des
études préalables a été confié à l’EMOC, l’établissement public de maîtrise d’ouvrage des projets culturels, et se
réunit aujourd’hui même.

La deuxième phase de réhabilitation du Palais de Tokyo est donc lancée.

Ce lieu de culture et de création, qui
est aussi un lieu de vie, va pouvoir au cours des prochaines années, se montrer plus que jamais prospectif, actif,
mobile, interdisciplinaire, à la fois planétaire et proche, imaginatif, concret, généreux, accueillant et convivial.

De nombreuses mesures ont déjà été prises et mises en application au cours des derniers mois en faveur du
développement de la création dans notre pays. Une meilleure reconnaissance des diplômes des écoles d’art a
été obtenue. Les nouvelles dispositions fiscales annoncées par le Premier Ministre se concrétisent.

Pour reprendre les mots de Philippe Jacottet, les artistes d’aujourd’hui nous incitent à voir « une constellation,
tout près ». Une constellation d’oeuvres, de points de vue, de créateurs qui sont ceux qui vivent, enseignent ou
travaillent pour un temps en France, font vivre des pensées, des formes, des réflexions ou des sensations
irremplaçables, indispensables à notre société que proposent les artistes d’aujourd’hui, toutes générations
confondues.

Les nouvelles perspectives du Palais de Tokyo s’inscrivent donc au coeur d’une politique culturelle que je suis
fier de mener à bien, et qui vise à reconnaître pleinement la place de la création dans notre société et à faire de
la France l’un des foyers les plus vivants de la création contemporaine.

Je vous remercie.

Présentation des Nouveaux albums des paysagistes

2 février 2006

Mesdames, Messieurs,

Je suis particulièrement heureux de vous accueillir au ministère de la
culture et de la communication pour la proclamation des lauréats des
tout Nouveaux albums des paysagistes.

Après le Palmarès des jeunes urbanistes proclamé en novembre 2005
par mon collègue chargé des transports et de l'équipement, Dominique
Perben, après les Nouveaux albums des jeunes architectes qui vous
sont bien connus, j'ai voulu créer ces Albums en faveur des jeunes
paysagistes, de moins de 35 ans, pour manifester l'intérêt que nous
devons tous porter aux compétences et aux qualités de ces hommes et
de ces femmes, qui nous aident à comprendre la cohérence de nos
paysages et à nous proposer des évolutions pertinentes.

Le paysage fait partie de notre vie, de notre histoire, de notre patrimoine
vivant, de notre culture. En effet, comme l'écrit Pierre Sansot : "si la
notion de paysage mérite d'être honorée, ce n'est pas seulement parce
qu'elle se situe, de manière exemplaire, à l'entrecroisement de la nature
et de la culture, des hasards de la création et de l'univers et du travail
des hommes, ce n'est pas seulement parce qu'elle vaut pour l'espace
rural et pour l'espace urbain. C'est essentiellement parce qu'elle nous
rappelle que cette terre, la nôtre, que nos pays sont à regarder, à
retrouver (…)"

Nos concitoyens sont de plus en plus conscients des effets néfastes
d'une banalisation outrancière de nos paysages. Face à ce danger, qui
est de mieux en mieux perçu, les paysagistes nous aident à revenir aux
lieux, à enrichir, vivifier et cultiver cette notion familière de lieu, de
proximité, d'un rapport humain à l'espace que nous habitons, au territoire
qui nous entoure, dans toute sa diversité, et dans ses qualités, ses
textures, ses lignes de force, ses usages, ses perspectives.

Au-delà de la promotion nécessaire et méritée de jeunes professionnels
aux talents prometteurs, ces albums nous permettent de sensibiliser
encore davantage l'ensemble de nos concitoyens, en France comme en
Europe, aux compétences et aux réalisations des paysagistes dans leur
ensemble.

Oui, c'est aussi pour l'ensemble des paysagistes que nous agissons, en
invitant les décideurs, les acteurs publics ou privés, comme nos
concitoyens, à reconnaître l'ensemble d'une profession dans toute la
diversité de ses composantes et de ses champs d'intervention : les
espaces publics, les parcs et les jardins, mais aussi le paysage de
grande échelle et la géographie humaine dans son ensemble, telle que
l'entendait déjà Vidal de la Blache lorsqu'il y a un peu plus de cent ans, il
nous a invité à comprendre le paysage, au delà du visible, dans toutes
ses dimensions culturelles, sensorielles, sensibles, dans un échange
constant entre l'histoire longue et la vie quotidienne des hommes.

Maintenant, je tiens à remercier très chaleureusement tous les membres du jury
qui se sont réunis tôt ce matin, au ministère, sous la co-présidence du
paysagiste Michel Desvigne et d'Ann-José Arlot, directrice chargée de
l'architecture. J'adresse également mes remerciements à tous les experts qui
se sont plongés dans les dossiers présentés par les équipes candidates.

Cette première édition, tant par le nombre que par la qualité des candidats, est
un succès. Il illustre l'attente des jeunes professionnels et leur quête de
reconnaissance, leur envie d'agir, de proposer, d'aménager, de créer.
Les lauréats bénéficieront d'une importante campagne de promotion conduite
par la direction de l'architecture et du patrimoine avec la Cité de l'architecture et
du patrimoine :

– ainsi, une exposition itinérante leur sera dédiée, qui sera inaugurée en juin
et présentée ensuite, dès le mois d'octobre prochain, cher François de
Mazières, à la Cité, au Palais de Chaillot, dans une scénographie signée par
Karine Herman, lauréate en 2004 des Nouveaux albums des jeunes
architectes, en même temps que l'exposition consacrée aux jeunes
architectes ;

– un site Internet et une publication permettront en outre, d'ici l'été, de les
faire largement connaître ;

– enfin, le Cercle de parrainage des nouveaux albums, commun aux
paysagistes et aux architectes, leur favorisera l'accès à la commande publique
et privée, grâce à l'engagement des collectivités territoriales, des grandes
sociétés publiques et des grandes entreprises privées qui y participent.

Avant d'inviter tous les lauréats à me rejoindre, je tiens à vous convier à un
prochain rendez-vous, ici même : le vendredi 17 mars, j'aurai le plaisir de vous
dévoiler les noms des lauréats de la promotion 2005-2006 des Nouveaux
albums des jeunes architectes. Cette proclamation s'inscrira dans le cadre de
l'opération "Vivre les villes", lancée conjointement avec mes collègues chargés
de l'équipement et du logement, pour partir à la découverte de l'architecture et
de l'urbanisme de nos villes. Et, bien entendu, de nos paysages urbains !

Le jury qui s'est réuni ce matin, a choisi cinq équipes lauréates pour la qualité
de leurs projets paysagers et urbains, pour la richesse de leur parcours
professionnel, comme pour leurs capacités d'innovation.

J'adresse par avance, à chacune et à chacun d'entre vous, toutes mes
félicitations. Votre talent emporte aujourd'hui la confiance que nous vous
accordons : à vous désormais de poursuivre votre essor. Il y a tant à faire!

Je suis maintenant très heureux d'appeler les lauréats de cette première édition
des Nouveaux albums des paysagistes :

ô€‚¾ Gilot et Mandel : Claire Gilot et Daphné Mandel

􀂾 Thierry Kandjee

ô€‚¾ Map [paysagistes] : Olivier Baert et Gaëlle Pinier

ô€‚¾ Sarl Atelier Acanthe : Juliette Bailly-Maître, Ronan Gallais et Marion
Guermonprez

􀂾 Marion Talagrand

Bravo, et merci à tous !

Remise des insignes de Chevalier dans l'Ordre National de la Légion d'Honneur à Jean-Jacques Lebel

1 février 2006

Cher Jean-Jacques Lebel,

Je suis très heureux de vous accueillir ce soir rue de Valois, et de distinguer en vous un
homme d’entreprise, qui s’est engagé dans le développement d’une activité qui contribue
incontestablement au rayonnement international de la France.

Vous êtes né à Londres. Vous avez parlé la langue de Shakespeare avant même
d’apprendre celle de Molière. Votre père, Claude Lebel, était alors Conseiller d’ambassade
dans la capitale britannique et une figure clé de la diplomatie de l’époque puisque, après
votre déménagement à Washington, en 1959, il assiste aux discussions entre De Gaulle et
Kennedy au sujet de la crise des missiles de Cuba. Un père exigeant, « perfectionniste »,
dites-vous, un modèle à qui vous décidez très jeune de faire honneur.

De retour en France
en 1962, vous fréquentez les établissements les plus prestigieux de Paris : vous remportez
un Prix d’éloquence à 17 ans. Nous verrons bien tout à l’heure si ce prix était mérité ! Vous
obtenez le baccalauréat en 1968, et si cette année-là, on offrit beaucoup de diplômes, la
mention « Très bien », que vous avez brillamment obtenue, ne fut jamais gratuite. « C’était le
minimum que je pouvais faire pour être digne de ma famille », dites-vous. Ce minimum, vous
l’avez placé extrêmement haut, pendant toute votre carrière.

Vous intégrez l’ESSEC en 1969, alors que votre père est nommé ambassadeur de France
au Maroc. Votre goût pour les études se nourrit de votre passion pour les voyages,
l’aventure, l’étranger, l’ailleurs, l’autre. Vous auriez pu être un élève simplement brillant et
studieux, vous avez aussi voulu être un authentique cosmopolite, un globe-trotter infatigable,
rejoignant en voiture, comme on pouvait le faire à cette époque, Rabat, Moscou, Helsinki.

Cette passion de la découverte et de la conquête ne vous quittera jamais : vous effectuez
votre service comme coopérant de l’Expansion Economique à Bombay, où vous vous
efforcez de « vendre » les technologies de pointe françaises en matière de
télécommunications à des Indiens surtout soucieux, à l’époque, d’importer des machines-outils.

Cette expérience vous incite à créer votre entreprise, la Goagem, qui sera pour vous
une excellente école de commerce international et de dialogue des cultures.

En 1974, sur fond de crise du pétrole, vous rentrez en France et travaillez pendant sept ans
au marketing chez Procter et Gamble. En 1981, votre route croise celle de L’Oréal, une
entreprise qui souffle un esprit nouveau, différent, une entreprise pionnière et flexible, en
forte expansion. Vous devenez patron de la filiale des produits publics à Londres, où vous
exercez pleinement vos talents. Vous lancez notamment la mousse coiffante Free Style,
avant d’être nommé à la tête des Laboratoires Garnier à Paris. Quelle mission pouvait-on
confier à un esprit aussi brillant, passionné et ouvert que le vôtre ? L’internationalisation de
la marque, bien évidemment.

En 1990, Lindsay Owen-Jones vous confie la filiale Public-Coiffure Britannique. Vous
traversez de nouveau la Manche, accompagné cette fois de votre épouse Isabelle et de
votre jeune fils Jacques, qui, suivant lui aussi les brillantes traces de son père, est
aujourd’hui totalement bilingue. Pendant presque 10 ans, vous développez
considérablement les activités et le chiffre d’affaires de votre filiale. C’est sous votre direction
que sont lancés les produits aujourd’hui cultes tels que les shampooings Elsève, le
maquillage L’Oréal, le maquillage Maybelline. Conscient que la santé et l’avenir d’une
entreprise résident dans la force, l’ingéniosité et le dynamisme de ses ressources humaines,
vous créez des liens avec des universités comme Oxford et menez une solide politique de
recrutement. Conscient également que vos meilleurs relais dans le public, ce sont ces
coiffeurs qui tous les jours, utilisent vos produits et conseillent vos potentiels clients, vous
renforcez les liens avec ces professionnels.

Grâce à votre succès, vous êtes nommé en 1999 Directeur de la zone Multi Division
Amérique Latine. Vous y resterez peu de temps, mais suffisamment pour apprendre une
nouvelle langue : l’espagnol. Vous sillonnez le continent de long en large, fidèle à votre
passion du terrain, et visitez les capitales, les usines, mais aussi les petites villes, pour
mieux vous imprégner de l’esprit latin. Vous menez encore une fois des expériences
pionnières, en développant la communication sur Internet, ce nouveau média dont les
entreprises ne peuvent plus se passer aujourd’hui.

En 2001 vous entrez au Comité exécutif de L’Oréal, et vous êtes nommé vice-président en
charge de la Division professionnelle. Pour vous, les coiffeurs sont de véritables artisans,
parfois même de vrais artistes.

Art de l’élégance, art du quotidien, art éphémère, sans cesse remis en question par les
modes qu’elle invente, la coiffure nécessite une créativité permanente et vous avez été
parmi les premiers à le comprendre.

Vous mettez au point des programmes d’éducation et d’échange, pour vos 500 000 coiffeurs
partenaires dans le monde et vous créez des gammes de produits adaptés à chacun, et
aussi aux budgets les plus modestes, afin que tous les coiffeurs et leurs clients, y compris
dans les pays en voie de développement, accèdent à la qualité, à la beauté, à l’élégance
dont votre entreprise est porteuse dans le monde entier.

Un jour, vous avez contemplé cet ensemble formidable de partenaires, et plutôt que d’y voir
– et ce serait tout naturel ! – l’aboutissement de votre talent et de votre travail, vous y avez
vu un gigantesque réseau d’hommes et de femmes à travers la planète et dans de nombreux
pays en voie de développement, et donc l’occasion unique de faire passer un message
capital. Le Directeur général de l’UNESCO, Koïchiro Matsuura avait appelé à « la
mobilisation de tous les secteurs de la société » pour endiguer le fléau du Sida. Vous
comprenez que les salons de coiffure sont des hauts lieux de convivialité, d’échange, de
confiance, et qu’ils offrent des relais uniques pour porter ce message.

Vous mettez en place,
en coopération avec l’UNESCO, un programme d’éducation « Coiffeurs du monde contre le
Sida », qui introduit dans la formation des professionnels de la coiffure des séquences
pédagogiques sur la prévention du virus. Le programme est entamé en Afrique du Sud, en
Inde et au Brésil, il démarre en ce moment en Europe, et couvrira bientôt le monde entier.

Parce que vous ne concevez pas le métier de coiffeur comme une activité futile, mais utile,
parce qu’il embellit la vie, parce qu’il est une source de bien-être, de mieux-être, vous croyez
même en ses vertus thérapeutiques et vous en constatez les bienfaits notamment au sein du
salon de coiffure que vous avez offert aux adolescents en souffrance physique ou psychique,
de la Maison de Solenn. Cette Maison, due à l’initiative de Mme Chirac et de la Fondation
Hôpitaux de Paris-Hôpitaux de France, dont Marcel Rufo est le responsable médical, est une
structure d’accueil spécialement dédiée aux jeunes, de 12 à 19 ans.

Vous le savez certainement, Kaïros est le Dieu grec du moment opportun. On le représente
souvent sous les traits d’un jeune homme, à la longue chevelure, que chacun doit savoir
saisir s’il ne veut pas laisser passer sa chance. Au regard de votre exceptionnelle carrière, il
semble que non seulement vous n’avez pas laissé s’échapper Kaïros, toutes les fois qu’il
s’est présenté à vous, mais qu’en plus, aujourd’hui, c’est vous qui prenez soin de sa
magnifique chevelure, afin que d’autres puissent mieux la saisir.

Parce que vous avez une idée très noble du métier que vous exercez depuis maintenant
presque trente ans, parce que vous y avez mis toute votre audace, tout votre talent, et tout
votre coeur, je suis très heureux de vous honorer ce soir.

Cher Jean-Jacques Lebel, au nom du Président de la République, et en vertu des pouvoirs
qui nous sont conférés, nous vous faisons Chevalier de la Légion d’honneur.