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REMISE DES EPREUVES CORRIGEES PAR BALZAC DU LYS DANS LA VALLÉE SACHÉ

Monsieur le Président du conseil général d’Indre-et-Loire, cher Marc Pommereau,
Monsieur le Maire de Saché [si présent],
Monsieur le Vice-Président de la Chambre de commerce et d’industrie de Touraine, cher Bernard Estivin,
Monsieur le Professeur Lelong,
Monsieur le Directeur régional de la Banque Populaire Val de France, cher Denis Stevenard,
Mesdames, Messieurs,
Chers amis,

Je suis très heureux, et très ému, de revenir aujourd’hui à Saché, pour vous remettre ces deux volumes des épreuves du Lys dans la vallée, corrigées de la main d’Honoré de Balzac, dans le lieu même où il a conçu et écrit cette œuvre phare de notre littérature. Je suis très fier qu’elle retrouve ainsi ses racines. Madame de Mortsauf et Félix de Vandenesse rejoignent le théâtre qu’Honoré de Balzac donna à leur amour, cette vallée de l’Indre, de Monts à Marnay, qui porte aujourd’hui le nom de « la Vallée du Lys ». C’est dire combien les Sachéens rendent l’amour inconditionnel que Balzac vouait à notre région : « Ne me demandez plus pourquoi j’aime la Touraine, écrivit-il dans le Lys ; je ne l’aime ni comme on aime son berceau, ni comme on aime une oasis dans le désert, je l’aime comme un artiste aime l’art. »C’est donc avec une émotion intense que nous contemplons aujourd’hui ces pages noircies, barrées de traits et de boucles, corrigées de cette écriture penchée, si vivante, et de ces signes typographiques que maîtrisent si bien les auteurs habitués à réécrire sans cesse leurs textes. « On met bien du noir sur du blanc en douze heures, petite sœur, écrivit Balzac, et, au bout d’un mois de cette existence, il y a pas mal de besogne de faite. »

Si les Balzaciens me permettent de citer Sainte-Beuve, ces épreuves, raturées d’encre brune, noire et violacée, apportent une nouvelle preuve de ce « bouillonnement » qu’il perçut et que nous ressentons dans l’écriture de Balzac, cette hésitation, cette fièvre, cette écriture en marche, qui se montre au fur et à mesure qu’elle se fait, qui dévoile ses rouages, cette écriture si éloignée de la concision classique, et en cela si moderne. « Il a des suites d’expressions vives, inquiètes, capricieuses, jamais définitives, des expressions esquissées et qui cherchent, écrivait le critique dans ses Causeries du lundi. Ses imprimeurs le savent bien ; en faisant imprimer ses livres, il remaniait, il refaisait sur chaque épreuve à n’en plus finir. Chez lui le moule même était dans un bouillonnement continuel, et le métal ne s’y fixait pas. Il avait trouvé la forme voulue, qu’il la cherchait encore. »

La découverte de cette écriture, c’est aussi celle de l’intimité, des secrets de l’acte créateur, comme si nous suivions pas à pas les méandres de son imagination, qui épousait elle-même le cours de la vallée de l’Indre, celle-là même qui s’étend aujourd’hui sous nos yeux, comme elle se déployait, il y a près de deux siècles, sous le regard de Balzac. Oui, c’est une grande chance pour nous tous de parcourir ces pages, et de découvrir la fameuse dédicace, de la main de l’auteur, à son ami, le Dr Jean-Baptiste Nacquart : « Cher docteur, voici l’une des pierres qui domineront dans la frise d’un édifice littéraire lentement et laborieusement construit, je veux y inscrire votre nom en vous la dédiant, autant pour remercier le savant qui s’entendit si bien avec la nature pour me sauver jadis, que pour honorer l’ami. » Quelle belle preuve d’amitié en effet !

Ces deux volumes qui vont rejoindre dans un instant le fonds de votre musée, représentent aussi une étape marquante de la construction du droit de la propriété littéraire dans notre pays, ce qui, vous vous en doutez, n’est pas sans rapport avec l’actualité la plus brûlante, deux semaines jour pour jour après l’adoption par le Parlement d’une loi relative aux droits d’auteur, à laquelle j’ai consacré quelque énergie.

Je ne vais pas revenir en détail sur le célèbre procès qui opposa Balzac et Bulloz, directeur de La Revue de Paris, et de La Revue des deux mondes, qui publia les premières feuilles de ce qui devint ensuite Le Lys dans la vallée, non encore corrigées – comble de l’horreur pour le « bouillonnant » Balzac – dans une revue de Saint-Petersbourg. Je retiens de cet épisode l’affirmation du droit de l’auteur sur son œuvre.

Ce sont autant de raisons qui nous conduisent à nous réjouir, collectivement, que ce joyau de notre patrimoine littéraire rejoigne les collections publiques. Je rappelle que c’est le 20 juin dernier, au cours de la vente publique de la collection du plus grand libraire du monde, Pierre Berès, que l’État a préempté, pour le compte du Conseil général d’Indre-et-Loire, ces 370 pages d’épreuves corrigées et 11 pages autographes du Lys dans la vallée. L’État a également préempté pour le compte de la ville de Grenoble les cinq volumes du Journal de Stendhal et j’ai reçu, au nom de l’État, des mains de Pierre Berès, les cinq volumes de la première édition de La Chartreuse de Parme, annotée, corrigée par Stendhal lui-même, « par déférence pour les avis de M. de Balzac ».

Ainsi, de Paris à Saché, en passant par Grenoble, c’est une même fierté, une même émotion qui nous rassemblent autour de l’amour de notre patrimoine littéraire.

Je tiens ici à remercier encore Pierre Bergé, Frédéric Chambre, ainsi que Benoît Yvert et ses collaborateurs de la Direction du livre et de la lecture, qui ont contribué, avec discrétion et efficacité, à ces acquisitions.

L’État en effet sait reconnaître la valeur des grandes œuvres et le ministère de la Culture et de la Communication, grâce à son budget d’intervention, peut, comme nous l’avons fait, acquérir directement
ou soutenir les acquisitions de ses bibliothèques ou de celles des collectivités territoriales. C’est ainsi que j’ai décidé, dès que j’ai été alerté de l’intérêt de ces acquisitions exceptionnelles, de mobiliser le fonds du patrimoine, pour réussir cette opération, dont je savais qu’elle serait soutenue avec enthousiasme par les collectivités territoriales.

Avec l’acquisition de ces deux volumes du Lys dans la vallée, ce sont quelques-unes des plus belles pages de notre littérature qui retrouvent aujourd’hui leur berceau. Par-delà son intérêt et son originalité propres, cette acquisition est un évènement majeur, qui permet de rendre enfin accessible cette pièce qui fut exposée pour la première fois à Tours, en mai 1920, pour le « Centenaire du romantisme en Touraine ». Nous devons tous nous en réjouir, car c’est le fruit de nos efforts communs, et d’un partenariat exemplaire entre l’État, les collectivités territoriales et les mécènes. Je tiens à saluer l’œuvre accomplie par le conseil général d’Indre-et-Loire, qui, grâce à l’appui de la Chambre de commerce et d’industrie, à la grande générosité du Professeur Lelong et au soutien de la Banque populaire Val de France, a permis de réaliser cette acquisition.

Je salue enfin la présence de M. Métadier, dont la famille posséda ce château, et y créa le premier musée littéraire de France. Ce musée, dont vous avez fait don au Département d’Indre-et-Loire en 1958, vous en avez été pendant quarante ans le conservateur passionné.

Je ne voudrais pas terminer sans vous rappeler à cette occasion combien le patrimoine écrit est riche, multiple, fragile et merveilleux. Notre pays peut s’enorgueillir de compter des milliers de bibliothèques, des millions de livres, de manuscrits, d’estampes et de photographies. Toute cette richesse accumulée n’est pas toujours assez connue ni assez valorisée. Les acquisitions d’aujourd’hui sont une manifestation éclatante de notre attachement à ce patrimoine. Puissent-elles nous inciter tous à redécouvrir notre si riche patrimoine écrit et graphique !

Monsieur le Président,
Au nom de l’État, j’ai l’honneur et le plaisir de vous remettre ces deux volumes des épreuves corrigées du Lys dans la vallée de Balzac.

Je vous remercie.

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REMISE DES EPREUVES CORRIGEES PAR BALZAC DU LYS DANS LA VALLÉE SACHÉ

Monsieur le Président du conseil général d’Indre-et-Loire, cher Marc Pommereau,
Monsieur le Maire de Saché [si présent],
Monsieur le Vice-Président de la Chambre de commerce et d’industrie de Touraine, cher Bernard Estivin,
Monsieur le Professeur Lelong,
Monsieur le Directeur régional de la Banque Populaire Val de France, cher Denis Stevenard,
Mesdames, Messieurs,
Chers amis,

Je suis très heureux, et très ému, de revenir aujourd’hui à Saché, pour vous remettre ces deux volumes des épreuves du Lys dans la vallée, corrigées de la main d’Honoré de Balzac, dans le lieu même où il a conçu et écrit cette œuvre phare de notre littérature. Je suis très fier qu’elle retrouve ainsi ses racines. Madame de Mortsauf et Félix de Vandenesse rejoignent le théâtre qu’Honoré de Balzac donna à leur amour, cette vallée de l’Indre, de Monts à Marnay, qui porte aujourd’hui le nom de « la Vallée du Lys ». C’est dire combien les Sachéens rendent l’amour inconditionnel que Balzac vouait à notre région : « Ne me demandez plus pourquoi j’aime la Touraine, écrivit-il dans le Lys ; je ne l’aime ni comme on aime son berceau, ni comme on aime une oasis dans le désert, je l’aime comme un artiste aime l’art. »C’est donc avec une émotion intense que nous contemplons aujourd’hui ces pages noircies, barrées de traits et de boucles, corrigées de cette écriture penchée, si vivante, et de ces signes typographiques que maîtrisent si bien les auteurs habitués à réécrire sans cesse leurs textes. « On met bien du noir sur du blanc en douze heures, petite sœur, écrivit Balzac, et, au bout d’un mois de cette existence, il y a pas mal de besogne de faite. »

Si les Balzaciens me permettent de citer Sainte-Beuve, ces épreuves, raturées d’encre brune, noire et violacée, apportent une nouvelle preuve de ce « bouillonnement » qu’il perçut et que nous ressentons dans l’écriture de Balzac, cette hésitation, cette fièvre, cette écriture en marche, qui se montre au fur et à mesure qu’elle se fait, qui dévoile ses rouages, cette écriture si éloignée de la concision classique, et en cela si moderne. « Il a des suites d’expressions vives, inquiètes, capricieuses, jamais définitives, des expressions esquissées et qui cherchent, écrivait le critique dans ses Causeries du lundi. Ses imprimeurs le savent bien ; en faisant imprimer ses livres, il remaniait, il refaisait sur chaque épreuve à n’en plus finir. Chez lui le moule même était dans un bouillonnement continuel, et le métal ne s’y fixait pas. Il avait trouvé la forme voulue, qu’il la cherchait encore. »

La découverte de cette écriture, c’est aussi celle de l’intimité, des secrets de l’acte créateur, comme si nous suivions pas à pas les méandres de son imagination, qui épousait elle-même le cours de la vallée de l’Indre, celle-là même qui s’étend aujourd’hui sous nos yeux, comme elle se déployait, il y a près de deux siècles, sous le regard de Balzac. Oui, c’est une grande chance pour nous tous de parcourir ces pages, et de découvrir la fameuse dédicace, de la main de l’auteur, à son ami, le Dr Jean-Baptiste Nacquart : « Cher docteur, voici l’une des pierres qui domineront dans la frise d’un édifice littéraire lentement et laborieusement construit, je veux y inscrire votre nom en vous la dédiant, autant pour remercier le savant qui s’entendit si bien avec la nature pour me sauver jadis, que pour honorer l’ami. » Quelle belle preuve d’amitié en effet !

Ces deux volumes qui vont rejoindre dans un instant le fonds de votre musée, représentent aussi une étape marquante de la construction du droit de la propriété littéraire dans notre pays, ce qui, vous vous en doutez, n’est pas sans rapport avec l’actualité la plus brûlante, deux semaines jour pour jour après l’adoption par le Parlement d’une loi relative aux droits d’auteur, à laquelle j’ai consacré quelque énergie.

Je ne vais pas revenir en détail sur le célèbre procès qui opposa Balzac et Bulloz, directeur de La Revue de Paris, et de La Revue des deux mondes, qui publia les premières feuilles de ce qui devint ensuite Le Lys dans la vallée, non encore corrigées – comble de l’horreur pour le « bouillonnant » Balzac – dans une revue de Saint-Petersbourg. Je retiens de cet épisode l’affirmation du droit de l’auteur sur son œuvre.

Ce sont autant de raisons qui nous conduisent à nous réjouir, collectivement, que ce joyau de notre patrimoine littéraire rejoigne les collections publiques. Je rappelle que c’est le 20 juin dernier, au cours de la vente publique de la collection du plus grand libraire du monde, Pierre Berès, que l’État a préempté, pour le compte du Conseil général d’Indre-et-Loire, ces 370 pages d’épreuves corrigées et 11 pages autographes du Lys dans la vallée. L’État a également préempté pour le compte de la ville de Grenoble les cinq volumes du Journal de Stendhal et j’ai reçu, au nom de l’État, des mains de Pierre Berès, les cinq volumes de la première édition de La Chartreuse de Parme, annotée, corrigée par Stendhal lui-même, « par déférence pour les avis de M. de Balzac ».

Ainsi, de Paris à Saché, en passant par Grenoble, c’est une même fierté, une même émotion qui nous rassemblent autour de l’amour de notre patrimoine littéraire.

Je tiens ici à remercier encore Pierre Bergé, Frédéric Chambre, ainsi que Benoît Yvert et ses collaborateurs de la Direction du livre et de la lecture, qui ont contribué, avec discrétion et efficacité, à ces acquisitions.

L’État en effet sait reconnaître la valeur des grandes œuvres et le ministère de la Culture et de la Communication, grâce à son budget d’intervention, peut, comme nous l’avons fait, acquérir directement
ou soutenir les acquisitions de ses bibliothèques ou de celles des collectivités territoriales. C’est ainsi que j’ai décidé, dès que j’ai été alerté de l’intérêt de ces acquisitions exceptionnelles, de mobiliser le fonds du patrimoine, pour réussir cette opération, dont je savais qu’elle serait soutenue avec enthousiasme par les collectivités territoriales.

Avec l’acquisition de ces deux volumes du Lys dans la vallée, ce sont quelques-unes des plus belles pages de notre littérature qui retrouvent aujourd’hui leur berceau. Par-delà son intérêt et son originalité propres, cette acquisition est un évènement majeur, qui permet de rendre enfin accessible cette pièce qui fut exposée pour la première fois à Tours, en mai 1920, pour le « Centenaire du romantisme en Touraine ». Nous devons tous nous en réjouir, car c’est le fruit de nos efforts communs, et d’un partenariat exemplaire entre l’État, les collectivités territoriales et les mécènes. Je tiens à saluer l’œuvre accomplie par le conseil général d’Indre-et-Loire, qui, grâce à l’appui de la Chambre de commerce et d’industrie, à la grande générosité du Professeur Lelong et au soutien de la Banque populaire Val de France, a permis de réaliser cette acquisition.

Je salue enfin la présence de M. Métadier, dont la famille posséda ce château, et y créa le premier musée littéraire de France. Ce musée, dont vous avez fait don au Département d’Indre-et-Loire en 1958, vous en avez été pendant quarante ans le conservateur passionné.

Je ne voudrais pas terminer sans vous rappeler à cette occasion combien le patrimoine écrit est riche, multiple, fragile et merveilleux. Notre pays peut s’enorgueillir de compter des milliers de bibliothèques, des millions de livres, de manuscrits, d’estampes et de photographies. Toute cette richesse accumulée n’est pas toujours assez connue ni assez valorisée. Les acquisitions d’aujourd’hui sont une manifestation éclatante de notre attachement à ce patrimoine. Puissent-elles nous inciter tous à redécouvrir notre si riche patrimoine écrit et graphique !

Monsieur le Président,
Au nom de l’État, j’ai l’honneur et le plaisir de vous remettre ces deux volumes des épreuves corrigées du Lys dans la vallée de Balzac.

Je vous remercie.

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